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Revendications: Faut-il limiter le droit de grève ?

Au Mali, de plus en plus, les grèves des syndicats se multiplient. Certains décrètent, pour obtenir satisfaction, un arrêt de travail illimité. Mais ce droit à la grève et le bras de fer que se livrent syndicats et gouvernement ont des conséquences graves sur la population, surtout dans certains secteurs.  Faut-il restreindre ce droit ?

« Le droit de grève est un acquis démocratique et sa remise en cause entrainera une régression en terme d’avancée démocratique. Tout homme qui initiera cela croisera les travailleurs sur son chemin », déclare d’office Woyo Konaté, Docteur en philosophie politique et enseignant à l’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako. « Il y a des secteurs sensibles qui peuvent être concernés, mais en prenant des dispositions spécifiques pour que les travailleurs les acceptent », nuance-t-il. Au Mali, les grèves pour réclamer de meilleures conditions de vie s’étalent souvent sur des périodes indéterminées et les populations subissent les cas les conséquences de l’antagonisme entre les syndicats et le gouvernement. C’est surtout dans les secteurs de la santé et de la justice que les répercussions sont instantanées. « Même si on ne restreint pas le droit pour tous, c’est nécessaire dans la santé et la justice », souhaite Lagalafou Simpara, professeur d’enseignement secondaire. « Quand les médecins sont en grève, les conséquences sont immédiates et peuvent provoquer des morts, alors que la vie d’un individu n’a pas de prix. C’est pareil pour les  magistrats, parce qu’il  y a des gens qui sont au terme de leur peine et doivent recouvrer la liberté, mais ils restent en prison », explique-t-il.

Le gouvernement  indexé

La cherté de la vie et les revenus mensuels des travailleurs les obligent à camper sur des positions drastiques, faute de réponses à leurs doléances. « Des dégâts sont causés et le gouvernement ne bronche pas. Nous pensons que les revendications d’ordre économique et financier souffrent d’un manque de volonté politique, non de moyens », dit Dr Woyo Konaté, invitant à lutter contre la corruption.

Pour Ousmane Almoudou, Secrétaire général du Syndicat national des enseignants fonctionnaires des collectivités territoriales (SYNFCT), les grèves sont toujours motivées et faites souvent « à contre cœur ». « Malheureusement, on a habitué les Maliens au fait que pour obtenir un accord il faut aller en grève. Pour que cet accord soit appliqué, il faut une autre grève. L’État ne respecte pas ses engagements ». Selon lui, « le jour où l’on parlera de limiter le droit de grève on retournera à la dictature ». Il préconise plutôt la création d’un organe de dialogue social, comme il en existe dans d’autres pays de l’UEMOA, pour anticiper les problèmes.

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