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A Baltimore, des violons pour lutter contre la violence

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Violons, violoncelles et harpes se mettent au diapason, dans un charivari de notes et de cris, pour un concert: par l’enseignement de la musique, un programme périscolaire veut insuffler le changement social dans la ville américaine défavorisée de Baltimore.

Quelques parents sont venus assister à un concert donné par un orchestre de 60 enfants dans une école de cette ville portuaire de l’est des Etats-Unis, plombée par la pauvreté, la drogue et la criminalité.

Ce soir de mars, l’évènement se déroule à quelques pâtés de maisons du lieu où Freddie Gray, un jeune Noir de 25 ans, avait été arrêté par la police en avril 2015. Sa mort, dans des circonstances jamais éclaircies, avait déclenché des manifestations et des émeutes.

La métropole du Maryland est l’une des plus violentes du pays, avec plus de 300 homicides par an, et près d’un quart de ses 620.000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Des programmes de rénovation urbaine ont tenté de briser la spirale mais des zones entières restent sinistrées, à quelques rues seulement des quartiers branchés ou résidentiels.

Le programme « OrchKids utilise la musique pour véhiculer le changement social, en tentant de combattre les problèmes sociaux ici à Baltimore », explique à l’AFP son directeur, Nick Skinner.

Au total, 1.300 enfants, de l’école primaire au lycée, ont accès à l’enseignement gratuit de la musique, quatre après-midi par semaine.

Plutôt que d’être livrés à eux-mêmes après l’école, à des horaires où beaucoup de parents travaillent, les petits musiciens étudient dans un endroit sûr. « Nous offrons non seulement un soutien scolaire mais aussi un goûter sain et un dîner avant qu’ils rentrent chez eux », détaille M. Skinner.

Inspiré d’un programme similaire au Venezuela, OrchKids a débuté avec une classe de 30 enfants.

« Quand nous avons commencé en 2008, la plupart des gens pensaient qu’on était des policiers infiltrés. Il n’y avait pas de confiance », se souvient le directeur, rappelant la défiance de longue date entre la communauté noire, majoritaire à Baltimore, et la police locale jugée raciste et corrompue.

– « Un avenir différent » –

Onze ans plus tard, la première promotion s’apprête à passer le baccalauréat et aller à l’université. Une première pour beaucoup des familles de ces enfants.

Plusieurs élèves ont même pu participer à un stage estival prestigieux, dans l’Etat du Michigan. Ludy, 13 ans, joueur de basson, s’est ainsi produit avec ses camarades devant Barack Obama. « Ouais, c’est arrivé une fois. C’était sympa », balaye-t-il sans excitation.

Et si la musique ne devient pas toujours un projet professionnel, le programme ouvre les horizons des jeunes élèves. Bella, collégienne bassoniste, sait que son dossier pour entrer à l’université sera étayé par sa participation à OrchKids.

Elle hésite toutefois entre devenir « médecin ou chef cuisinière ».

Si OrchKids a vu le jour, c’est avant tout grâce à Marin Alsop. Cette chef d’orchestre de renommée mondiale a posé ses valises à Baltimore en 2007, devenant la première femme à diriger un orchestre symphonique majeur aux Etats-Unis.

Elle a décidé d’utiliser cette plateforme pour rendre la musique classique plus accessible et parrainer des enfants de Baltimore.

« A travers des programmes comme OrchKids, les enfants peuvent envisager un avenir différent », explique-t-elle. « Ils peuvent voyager, jouer, voir le monde d’une certaine manière, ils sont sur scène, ils reçoivent une vision positive d’eux-mêmes pour ce qu’ils font ».

Alors que le monde de la musique classique est accusé de machisme, Marin Alsop rappelle l’anecdote d’une rencontre avec deux enfants d’OrchKids. La chef d’orchestre interroge un jeune garçon sur ce qu’il souhaite devenir plus tard: « chef d’orchestre », répond-il. « Mais non! », s’exclame une élève à côté. « Chef d’orchestre, c’est pour les filles ».

L’Américaine, qui dirige également les orchestres symphoniques de Sao Paulo et de la radio de Vienne, rêve à terme de toucher 10.000 élèves. Soit un élève sur huit dans l’enseignement public de la ville. « J’aimerais que Baltimore devienne la ville de la musique, plutôt que celle du crime », dit-elle.

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