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Rentrée scolaire et grogne des avocats en vedette dans les journaux camerounais

Le retour à l’école, sur fond de crise sécessionniste dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi la grève annoncée des avocats, sont en vedette dans les journaux camerounais parus lundi.C’est donc «le grand jour» pour des milliers d’élèves du primaire et du secondaire, annonce le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune qui traduit à la fois l’ambiance des préparatifs, le climat dans les états-majors, l’anxiété des parents et, surtout, les mesures spéciales de sécurité prises par les autorités.

«Rentrée scolaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest : voici venu le jour-J !» s’exclame l’hebdomadaire de langue anglaise The Sun, décrivant un climat marqué par l’espoir, l’anxiété et l’incertitude.

Sur instructions du chef de l’État, toutes les mesures sont prises pour une rentrée sans heurts particulièrement dans les zones sous conflit séparatiste où, selon InfoMatin, les pouvoirs publics viennent de débloquer d’énormes moyens financiers en termes de fournitures aux apprenants et de construction de nouvelles infrastructures.

«Rentrée scolaire : Paul Biya convoque un conseil de guerre», titre Essingan au sujet du conclave élargi de défense et de sécurité, tenu en fin de semaine dernière sur instructions du président de la République contre les ennemis de l’école. «Sécurisation optimale», confirme L’Indépendant.

«Les élèves du Nord-Ouest et du Sud-Ouest iront-ils à l’école aujourd’hui ?» s’interroge L’Essentiel. «Des appels se sont fait entendre dans les régions anglophones. Ceux de l’élite, artistes, sportifs, ministres, leaders d’opinion, mères d’enfants ou élèves ont plaidé pour la reprise des classes. La ferveur patriotique portée par les initiateurs du mouvement ‘’Back to School » a séduit l’ensemble des citoyens camerounais à l’intérieur du pays et dans la diaspora. Nous verrons aujourd’hui, jour de rentrée, si le plaidoyer a porté les fruits. L’espoir d’une rentrée normale demeure pour les élèves de cette partie du pays privés d’école par les séparatistes depuis trois ans.»

Le scénario se répète depuis trois ans tel un disque de platine rayé, à chaque veille de rentrée scolaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, prolonge Mutations : au concert d’appels des autorités publiques en vue de la reprise des classes s’oppose le tintamarre des mises en garde des leaders des bandes armées qui sèment la terreur dans ces régions.

Il est malheureusement regrettable et douloureux aujourd’hui de se rendre à l’évidence qu’aucun camp ne veut lâcher sur l’école. L’école est désormais prise entre deux feux. Elle semble condamnée à vie dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest. L’action de l’armée et les résultats aux examens officiels brandis depuis trois ans n’y changent pas grand-chose. Or, il est universellement admis que si l’on veut compromettre l’avenir d’une nation, l’on s’attaque à l’école. Il faut donc sauver l’école. Le dire ce n’est pas faire le jeu d’un camp au détriment de l’autre. Le dire, c’est simplement prendre sa part, toute sa part pour le respect d’un droit humain fondamental : le droit à l’éducation.»

C’est la rentrée des batailles rangées, confirme Intégration : dans le guerre à trois autour de la reprise des classes en régions anglophones, l’armée mise sur la géostratégie alors que la rue et les séparatistes, eux, tablent sur l’émotionnel avec des élèves et parents pris entre deux feux.

Malgré les réunions préparatoires et les nombreux appels au retour des classes dans les deux régions, de nombreuses écoles restent fermées en ce jour de rentrée, déplore La Voix du Centre.

Défis Actuels, pour sa part, s’intéresse à ce qu’il qualifie d’illusion de la gratuité dans l’éducation de base où les frais d’association des parents d’élèves, de cours d’informatique, matériels d’hygiène, de rames de papier, d’examens séquentiels, l’achat quasi-obligatoire de tables-bancs par les géniteurs, etc. pour inscrire les enfants au primaire, s’avère longue et annule toute notion de gratuité telle que vantée par le gouvernement.

Au lieu de venir résoudre les problèmes que connait l’enseignement primaire au Cameroun, la gratuité en a plutôt apporté plus qu’il en existait depuis l’année scolaire 2000/-2001.

Prenant délibérément de la distance avec cette rentrée à hauts risques, Le Jour, Repères et The Post focalisent sur le boycott des tribunaux annoncé du 16 au 20 septembre par l’Ordre national des avocats du Cameroun. Le régime s’offre une nouvelle grève des auxiliaires de justice, soupire Le Messager.

L’entrave à l’exercice professionnel et les atteintes physiques contre les avocats sont des préoccupations récurrentes au Cameroun et, une fois encore, l’un des points inscrits à l’ordre du jour de la toute dernière session du conseil de l’Ordre tenue samedi dernier, acquiesce Le Jour.

L’un après l’autre, les membres de l’Ordre des avocats ont voté la même motion : du 16 au 20 septembre prochain, ce sera «justice morte » dans tous les tribunaux du pays, renchérit Défis Actuels qui annonce un mouvement de protestation contre le mépris du droit de la défense, des cas de tortures ou de brutalité policière, etc.

Cette décision, qui met en exergue leur mécontentement, n’a pas été prise sur un coup de tête si on se réfère à la résolution du Conseil de l’ordre qui part de plusieurs constats d’entraves à la bonne exécution de la justice, confirme Mutations.

Au sujet des lenteurs judiciaires et des violations des droits de la défense, les avocats et le ministère de la Justice sont parfaitement en phase. Et de rappeler que le 30 juillet 2019 le chef dudit département, Laurent Esso, a interpellé les chefs des cours d’appel des 10 régions du pays pour leur demander de lui faire parvenir, «d’extrême urgence», «des amendements et réaménagements susceptibles d’être envisagés dans les dispositions du code de procédure pénale». Preuve est donc faite que même la Chancellerie reconnaît la réalité des récriminations soulevées par les hommes en robe noir.

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