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Binationaux : Le Mali en quête de talents

Qui, parmi les binationaux, pour venir renforcer la sélection malienne ? Le sujet passionne depuis plusieurs années et le plus souvent, aux spéculations succèdent les déceptions. Ces dernières pourraient bien être suivies par l’espoir d’enfin voir évoluer sous les couleurs nationales quelques-uns des binationaux convoités par le Mali. C’est du moins l’une des principales missions que s’est fixé le nouveau Comité exécutif de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), en place depuis le 29 août.

Mi-octobre, une délégation de l’instance, conduite par Fousseyni Diawara, sélectionneur adjoint des Aigles et M. Sidibé, un avocat de joueurs, a rencontré en Angleterre Adama Diarra Traoré pour essayer de le convaincre de venir joueur pour le Mali. De cette rencontre, l’émissaire Diawara confie avoir rencontré « un garçon très intelligent, très attaché à ses racines ». Au micro de l’ORTM, le Président de la FEMAFOOT, Mamoutou Touré dit « Bavieux », se montrait optimiste. « J’ai dépêché une mission en Angleterre qui a déjà rencontré Adama Traoré de Wolverhampton. Et moi-même j’ai eu également un entretien téléphonique avec lui. Je pense que les échanges que nous avons eus avec Adama porteront  fruit ».

Son premier Vice-président, Kassoum Coulibaly « Yambox », nous a assuré cette semaine que la situation avait évolué. Il affichait également son enthousiasme pour le joueur hispano-malien. Selon certaines indiscrétions, Traoré aurait déjà donné son aval. Il devrait même être sur la liste du Mali pour les rencontres des éliminatoires de la CAN 2021, que les Aigles débuteront le 14 novembre face à la Guinée. Du côté du Comité exécutif, l’on se garde de toute officialisation hâtive, mais une nouvelle délégation, cette fois-ci conduite par le Président de la fédération et le sélectionneur national Mohamed Magassouba s’est cette semaine rendue en Europe pour y rencontrer les cadres de la sélection, afin que ces derniers s’impliquent également pour convaincre les binationaux.

D’anciens joueurs engagés

Concernant la liste, la machine est enclenchée. Remise par d’anciens footballeurs binationaux ayant choisi le Mali, elle contient plusieurs noms, selon Coulibaly. « Nous avons reçu de la part des anciens footballeurs une liste de joueurs évoluant en Europe. Ils ont voulu nous aider en faisant des démarches auprès des binationaux. C’est pour cela qu’ils nous ont remis cette liste et c’est à partir de cela que nous avons commencé nos rencontres », explique-t-il. Même si la fédération n’a pas souhaité communiquer le nombre exact de joueurs recensés, elle indique néanmoins que plusieurs sont répertoriés.

Ces « anciens », Éric Sékou Chelle, Cedric Kanté, Fousseyni Diawara et Fréderic Oumar Kanouté, tous des binationaux ayant opté pour le Mali, sont déterminants dans cette politique de séduction. Durant sa mission en Angleterre, Diawara a également pris contact au téléphone avec Abdoulaye Doucouré, valeur sûre du milieu de terrain de Watford, lanterne rouge du championnat anglais. En début d’année, répondant aux questions des internautes, le sélectionneur adjoint confiait : « cela fait deux ans qu’on attend une réponse favorable de sa part, mais le joueur préfère recevoir les pré-convocations de l’équipe de France ». C’est aussi cela. En plus de lutter contre l’image négative du pays, véhiculée par différents canaux, le Mali doit également composer avec la concurrence de grandes Nations, la France notamment.

Pour ce faire, une commission de la FEMAFOOT est sur le point d’être mise en place dans l’Hexagone. Dirigée par un « ancien », elle aura pour mission d’améliorer auprès des binationaux l’image qu’ils ont du Mali. « Nous avons pour objectif de disputer la CAN 2021 et la Coupe du monde 2022. Nos anciens internationaux partagent cet objectif avec nous, ils ont assuré vouloir nous aider. Ils nous ont confié que tout ce qui se disait sur le Mali avant leur venue était faux et ils veulent donc contribuer à convaincre d’autres joueurs de leur emboîter le pas », explique Kassoum Coulibaly.

Assainir l’environnement

La crise au sein du football malien qui a duré pendant près de quatre ans a terni l’image du pays. S’ajoutent à cela des affaires de primes et d’autres problèmes, notamment lors de certaines préparations. La communication positive autour de la sélection s’en est donc retrouvée ardue. La liste de la dernière rencontre amicale du Mali face à l’Afrique du Sud a fait couler beaucoup d’encre. Elle contenait 25 joueurs, mais seulement 14 étaient disponibles. 11 étaient forfaits, certains pour cause de blessures, les autres ayant simplement boycotté la sélection. En cause, des primes de la CAN 2019 non payées. Mais, pour la fédération, il ne s’agit d’impayés. Le texte de loi sur les primes précise que les joueurs y ont droit en cas de qualification pour les quarts de finale. Élaborée sous l’ancienne formule de la Coupe d’Afrique des Nations à 16, elle a vu la donne changer. Les équipes disputent désormais un huitième de finale, stade auquel le Mali avait été éliminé par la Côte d’Ivoire.

Pour les contenter, des dispositions seraient en train d’être prises. La fédération souhaite pour cela expérimenter une nouvelle approche. Exit les liasses de billet et les paiements en liquide, place aux versements dans une banque, ce qui devrait mettre un terme aux malentendus. « Certaines familles de joueurs nous apportaient des procurations au nom de ces derniers, mais eux affirmaient n’avoir rien signé. Avec cette méthode, leur argent sera directement versé dans leur compte. Ils pourront donc en disposer comme ils le souhaitent », soutient le premier Vice-président de la fédération. Sur le plateau de Canal + ce lundi, Fousseyni Diawara assurait qu’une nouvelle logique de travail était née depuis l’installation du nouveau Comité exécutif.

Spectre du passé

La rocambolesque « affaire » Sikou Niakaté a laissé des traces. Convoqué par le sélectionneur national, Mohamed Magassouba, en novembre 2017, pour prendre part à la rencontre qualificative du Mondial 2018 contre le Gabon, le jeune défenseur franco-malien n’avait finalement pas joué. Ce qui lui laissait le champ libre pour jouer avec un autre pays. Sollicité une nouvelle fois par le Mali, cette fois-ci pour un match amical, ce dernier avait finalement opté pour la sélection U19 française. Une volte-face que le technicien malien avait peu goûtée. « Quitter une sélection A pour une équipe des U19,  quand on aime son pays ce sont des choses qui ne se font pas. Qu’on joue ou pas avec cette sélection A, on reste avec son pays quand on l’aime. S’il aime le Mali, il peut revenir, puisqu’il n’a été que convoqué que chez les U19 français… Cela doit être une erreur de jeunesse…

Mais s’il ne revient pas je dis Dieu merci, parce que le jour où j’ai pris cette équipe du Mali, j’ai prié Dieu de faire en sorte qu’arrive à bon port et qu’elle soit débarrassée des apatrides, des traîtres, des indécis », s’était-il emporté. Pour s’éviter pareille situation, le Mali a donc décidé de démarcher au plus tôt ces binationaux. Ce qui était déjà le cas dans le passé, mais qui s’accentue désormais. Ainsi, Moussa Sissako, qui évolue avec les jeunes du Paris-Saint Germain, est retenu parmi les joueurs devant disputer la CAN U-23. Le frère de ce dernier, en contact avec la fédération, a mis en ordre les documents du défenseur afin de faciliter sa venue dans le nid des Aigles. Un autre jeune s’est vu offrir l’opportunité très tôt de jouer avec le Mali, cette fois-ci à l’échelon supérieur.

Demba Camara ou Demba Van Leeuwen, né aux Pays-Bas d’un père malien et d’une mère hollandaise. Il était du dernier match des Aigles en Afrique du Sud, où il a fait son entrée en jeu dans les ultimes secondes du match. « Nous aurions voulu le voir à l’œuvre un peu plus, mais, malheureusement, il n’a pas beaucoup joué. Du peu que nous avons vu de lui, c’est un bon élément, ce sera un plus », s’enthousiasme Coulibaly. La sélection de ce jeune n’avait pas fait l’unanimité, certains lui reprochant sa non notoriété et le fait qu’il n’évolue dans un prestigieux club hollandais.

Même s’il salue la politique de la fédération à l’endroit des binationaux, le consultant sportif Mohamed Soumaré avertit qu’il ne faut pas non plus sacrifier sur l’autel de ces joueurs ceux qui sont déjà présents. « Ce serait une erreur de leur promettre une place de titulaires pour tenter de les convaincre. Il faudra leur présenter le projet sportif et leur faire comprendre qu’ils doivent s’inscrire dans une dynamique, pour ne pas froisser les joueurs qui composent déjà la sélection ». Au sein de la fédération, on s’évertue à lever toute équivoque à ce sujet. « Nous avons pour objectif d’améliorer la qualité de nos jeunes. Nous voulons bien les former et en voir le maximum évoluer dans les championnats européens. Cela dit, les binationaux sont un plus. Avec les joueurs que nous avons déjà, 20 à 30% de binationaux suffiraient à rendre plus forte l’équipe. Notre souhait est qu’ils se mélangent avec ceux qui sont déjà là. Un seule équipe, un même corps », précise-t-il.

 

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