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Sociétés d’exploitation minière : Quel impact sur le développement local ?

L’exploitation minière s’accompagne de programmes de développement communautaire au bénéfice des populations locales. Si en général l’impact des activités et des projets financés reste positif pour les localités concernées, on observe également quelques manquements, qui minimisent les avantages.

Les programmes de développement communautaire couvrent des secteurs comme l’éducation, la santé, l’énergie, l’eau, l’assainissement, le désenclavement routier, l’agriculture, entrepreneuriat et l’industrie, la promotion des femmes, l’appui à l’administration, la sécurité, la protection de l’environnement, la culture et le sport.

Dans le domaine de la santé, les sociétés minières participent à la construction et à la  rénovation des centres de santé et conduisent des programmes de prévention de maladies comme le paludisme, les MST et Ebola.

Elles financent la construction et la rénovation de salles de classes, ainsi que, parfois, les salaires des enseignants, dans le domaine de l’éducation.

Apports significatifs

« Nous sommes fiers de la relation établie avec la communauté locale. La société emploie plus de 2 200 personnes à Syama, dont 92% sont des Maliens. En termes de santé et de bien-être, Resolute se concentre sur la construction et la rénovation de cliniques médicales, la formation de médecins communautaires et la fourniture d’aide contre la sécheresse », affirme John Welborn, PDG de Resolute Mining Ltd.

« En termes d’éducation pour la communauté locale, Resolute investit dans la construction d’écoles et la création de possibilités de formation et de développement, notamment en développant une affiliation avec le Collège Jean Bosco pour améliorer la formation technique. Nous  avons également installé des châteaux d’eau, des puits, des pompes manuelles et des pompes à énergie solaire, pour fournir de l’eau à la communauté locale », ajoute-t-il.

La société Robex a, pour sa part  signé avec les communautés voisines un plan de développement communautaire dans lequel elle apporte aux villages et aux communes une aide considérable.

« Robex a fait procéder à une grande campagne afin de permettre aux communautés de définir elles-mêmes leurs besoins. Par ailleurs, un comité de suivi a été mis en place afin de permettre de piloter les projets et de s’assurer que ceux-ci sont bien réels et mis en œuvre », souligne la société, dont l’exploitation se situe à Nampala.

Certains programmes visent le développement d’activités économiques et l’appui aux groupements d’intérêt économique, plutôt que de construire des infrastructures. Ils permettent par exemple le développement de nouvelles industries locales (la production de savon ou de beurre de karité) ou de nouveaux services (le traitement des ordures du village).

Même s’il est difficile de mesurer la part exacte de la population locale dans la main d’œuvre des mines, certaines indications permettent de s’en faire une idée. SOMISY estimait par exemple en 2015 que la population des villages avoisinants la mine de Syama représentait près de 65% de sa main d’œuvre non qualifiée.

Endeavour comptait à la même période  dans l’ensemble de sa main d’œuvre 40% de travailleurs venant du cercle où se trouvent ses opérations minières. SEMOS, pour sa part, employait 80% de travailleurs originaires de la région de Kayes où se trouvaient les opérations de sa mine.

Des manquements à combler

Mais ces programmes ont tendance à ne pas considérer le développement durable de la collectivité après la fermeture de la mine.

Si la plupart des mines ont mis en place des structures « participatives », pour inviter les communes avoisinantes à fournir leur opinion, le processus de décision pour leurs programmes de développement communautaire tend trop souvent à être dirigé unilatéralement par la société minière, selon une étude intitulée « Analyse économique du développement du secteur minier et des défis de la préservation de l’environnement et des ressources naturelles », réalisée par les ministères de l’Environnement et de l’Économie en novembre 2015.

« La population locale manque de lisibilité sur les cahiers de charges des programmes financés par les sociétés minières. Certains villages se sont plaints que la mine décide et gère unilatéralement les actions prioritaires, les prestataires et les contrats associés avec les programmes de développement communautaire ».

Par ailleurs, les investissements communautaires des sociétés minières ne touchent pas l’ensemble de la région où leurs mines sont en opération. Selon l’étude, les villages visés sont généralement les plus proches de la mine ou des routes par lesquelles la production est transportée, parce qu’ils sont les villages les plus touchés par les impacts environnementaux de l’activité minière.

« En 2014, les initiatives financées par Endeavour couvraient 21 villages (la moitié) des communes de Sitakily et Kéniéba, celles financées par SOMILO, 13 villages et celles financées par SEMOS 17 villages ».

Les initiatives mises en place dans un objectif de développement communautaire sont aussi parfois détournées au profit de notables locaux. À cela s’ajoute « un phénomène de clientélisme et de népotisme » qui laisse largement pour compte les villages situés hors du champ d’investissement des sociétés minières.

Germain KENOUVI

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