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Les controverses politiques en vedette dans les journaux camerounais

Les controverses autour du projet de loi portant Code général des collectivités territoriales décentralisées (CTD), déposé vendredi devant le Parlement réuni en session extraordinaire avec en filigrane la tentative de résolution de la crise sécessionniste anglophone, s’affichent en couverture des journaux camerounais parus lundi.«Les régions anglophones tiennent leur statut spécial» (The Advocate) ; «Code de la décentralisation : la largesse de Paul Biya aux Anglophones» (Génération Libre) «Décentralisation : le projet de loi qui fait polémique» (La Voix du Centre) ; «Sentiments mitigés autour du projet de loi sur les statuts spéciaux» (Eden) ; «Statuts spéciaux : Cadeau empoisonné, caractéristiques attrayantes» (The Post,) ; «Que de privilèges concédés aux régions anglophones !» (Sans Détour) et «Parlement : 15 jours pour expurger les démons de la division» (L’Indépendant) sont les titres affichés par les journaux.

Pour le bihebdomadaire Essignan, Paul Biya vient de réaliser «le super-banco», un coup de maître avec ce texte qui remet les pendules à l’heure. Cette loi, explique L’Essentiel, va donner une plus grande liberté d’action pour les maires et les élus locaux, avec 15% des recettes de l’État consacrées à la décentralisation.

«Fidèle à ses engagements pour la bonne marche du pays, le président Paul Biya a ainsi pris la pleine mesure des choses, en décidant de soumettre au Parlement, les conditions qui permettent d’octroyer plus de ressources et d’autonomie aux régions anglophones, en vue d’un développement harmonieux et l’amélioration des conditions de vie des populations.»

Le gouvernement pousse la décentralisation à ses dernières limites, applaudit The Sun. Ce sont des changements majeurs, opine Le Financier d’Afrique. C’est «le tournant», renchérit le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, ledit projet proposant des «changements profonds» au premier rang desquels un statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NO/SO), la mise en place d’une fonction publique spécifique et d’un statut particulier d’élu local, mais aussi la disparition du poste de délégué du gouvernement, super-maire nommé par décret présidentiel et trônant au-dessus de maires élus dans certaines grandes agglomérations.

Et c’est à ce niveau que les choses coincent, répond en écho Mutations, l’article 246 du projet de loi suscitant de vives critiques en ce sens qu’il instaure la fonction de «maire de la ville», élu par les communes d’arrondissement et qui devrait être un autochtone.

Cette notion d’autochtonie, s’emporte la présidente de l’Alliance des forces progressistes (AFP), Alice Sadio, «devenue le véritable dada du régime et ses acolytes, n’est ni plus ni moins qu’une trahison du principe de +personnalité nationale+ contenu dans le préambule de la Constitution du Cameroun».

«C’est un concept qui crée de facto une inégalité entre les citoyens d’un même pays, d’une même région et d’une même ville, analyse, dans les colonnes de la même publication, l’historien Ahmadou Sehou. Comment comprendre qu’un citoyen qui est né ou qui est installé dans une ville depuis de longues années, qui y a investi ou qui y paye ses impôts ne puisse prétendre être maire de cette ville parce que ses parents auraient des racines dans une autre localité ? Comment comprendre qu’à l’heure où des Camerounais sont maires et responsables dans d’autres pays, on puisse mettre ce genre de barrières ? On peut protéger les minorités ou les natifs en faisant jouer simplement le jeu démocratique, sans avoir besoin de l’inscrire dans une loi ».

Pour Repères, il s’agit d’une polémique inutile : les passions se déchainent sur un seul article du projet de loi alors que «le texte n’apporte aucune révolution», codifiant simplement les usages et pratiques en vigueur et ne prévoyant aucune restriction, s’agissant des maires d’arrondissement.

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