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Blouses blanches et « pom pom girls » en études de médecine: l’hôpital dans la rue

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« On a beau travailler non stop, sans manger, sans boire, ça ne sert à rien »: Margot, urgentiste du Samu de Garches, fait partie du millier de blouses blanches et bleues, internes, infirmières, aides soignants ou étudiants en médecine qui manifestent mardi à Paris pour « sauver l’hôpital ».

Le cortège, orchestre des « blouses brothers » en tête, a relié l’hôpital Lariboisière, près de la gare du Nord, à la place de la République, où s’est élancée la manifestation contre la réforme des retraites.

« On a voulu défiler séparément pour rester visibles », explique Stéphanie Fry, pneumologue au CHU de Lille. En 13 ans d’exercice, elle a vu l' »ambiance changer: on nous demande d’être rentables, de prendre des parts de marché à l’hôpital privé », témoigne-t-elle. « Mais nous, on vend rien, on soigne. Il faut changer tout le système de financement de l’hôpital ».

Luc, médecin en soins palliatifs, dénonce la culture du chiffre: « on nous demande le taux d’occupation, la durée et le nombre de séjours, il faut toujours plus de séjours, on croule sous les injonctions contradictoires, il faut soigner bien, mais sans que ça coûte ».

Trois internes en blouses bleues de bloc opératoire échangent avec une médecin de la Pitié-Salpêtrière qui les supplie de « ne pas laisser tomber l’hôpital pour le privé ».

Omar, interne en anesthésie, raconte avoir trouvé la veille « un patient en état de choc sur un brancard dans un couloir ». « L’infirmière n’avait pas pu s’en occuper, on l’a brancardé avec un confrère médecin vers la réanimation ».

Faute de secrétaire, internes et médecins « font de plus en plus de tâches administratives », explique Aude, anesthésiste à la Pitié. « C’est du temps qu’on n’a plus pour parler aux familles ».

Elle a vu l’unité de soins de réhabilitation fermer dans l’hôpital faute de personnel. « On est obligé d’envoyer des patients à 70 km de là en Seine-et-Marne, où leurs familles ne peuvent pas aller les voir ».

Nathalie, pédopsychiatre à l’hôpital Avicenne à Bobigny, a vu « des patients qui restent bloqués aux urgences pendant parfois 24 heures, alors qu’ils devraient être réorientés vers un hôpital psychiatrique. Ca entraîne des fugues, parfois de la maltraitance, parce qu’ils sont livrés à eux-mêmes ».

– Hôpital en « sous-France » –

Les pancartes artisanales disent le malaise d’un hôpital « en sous-France »: « Soignants en colère, l’hôpital c’est la galère », ou encore « #soignants low cost, c’est non ».

Tous les métiers sont de la partie: pour Amaury, interne à Trousseau, « on est en tension à tous les échelons, les seniors comme les internes font les bouche-trous, on voit des médecins à la photocopieuse ».

Beaucoup de jeunes égayent le cortège comme ces « pom pom girls » en étude de médecine à Paris 13 Bobigny qui agitent leurs pompons pailletés.

« Les jeunes, on les épuise en quelques années, le risque c’est de les dégoûter du métier », relève Aude.

Les manifestants défilent à l’appel des collectifs Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences, d’organisations de praticiens, d’internes (Isni) et des syndicats CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, SUD, Unsa.

Doublement du budget alloué à la santé, revalorisation salariale générale, recrutements immédiats et ouvertures de lits supplémentaires… Les revendications n’ont pas changé depuis le début d’un mouvement inédit dans les services d’urgences mi-mars, qui s’est étendu depuis à l’ensemble de l’hôpital.

Mardi, la réforme des retraites s’ajoute aux griefs des hospitaliers: « Rallonger le temps de travail, ce n’est pas possible, à 55 ans, les aide-soignants ont déjà mal au dos, ils manipulent des patients de 80 kg sans lève-malades… ils sont bousillés », raconte Adeline, 39 ans, infirmière dans un hôpital de l’AP-HP.

« On est inquiètes » du calcul de la retraite sur toute la carrière au lieu des six derniers mois, dit-elle, rappelant que « quand on est infirmière on démarre très bas, autour de 1.500 euros. En prenant la carrière dans l’ensemble, c’est sûr et certain que ça va faire baisser notre retraite ».

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