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Rapport de l’ONU : La croissance en Afrique demeure insuffisante pour réaliser des progrès significatifs en 2020

D’après le rapport « Situation et perspectives de l’économie mondiale » des Nations Unies pour l’année 2020 publié aujourd’hui (16 janvier 2020), le ralentissement de l’économie mondiale, la persistance des effets de l’effondrement des prix des matières premières et la pérennisation des fragilités dans certains grands pays devraient maintenir la croissance économique de l’Afrique à un niveau modeste en 2020, entravant ainsi les efforts visant à améliorer le niveau de vie sur le continent.

D’après ce rapport, l’économie mondiale a enregistré sa croissance la plus faible en une décennie, baissant à 2,3 pour cent en 2019, en raison de l’incidence des différends commerciaux sur l’activité économique. Toutefois, en 2020, si les risques sont maîtrisés, l’activité économique mondiale pourrait repartir légèrement à la hausse. Si une croissance de 2,5 pour cent est possible en 2020, le rapport prévient qu’une recrudescente des tensions commerciales, de la crise financière, ou une escalade des tensions géopolitiques pourraient saborder la reprise.

Selon des prévisions pessimistes, la croissance mondiale pourrait ralentir pour se situer à seulement 1,8 pour cent cette année. Un ralentissement prolongé de l’activité économique mondiale pourrait considérablement entraver le développement durable, notamment l’atteinte des objectifs visant à éradiquer la pauvreté et à créer des emplois décents pour tous. Dans le même temps, la généralisation des inégalités et la persistance de la crise climatique alimentent une grogne croissante dans plusieurs parties du monde. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a prévenu que « ces risques pourraient compromettre gravement et durablement les perspectives de développement. Ils menacent également de favoriser la prolifération des politiques de repli, à un moment où la coopération mondiale s’avère primordiale ».

La croissance du PIB repart à la hausse, mais reste bien en dessous du potentiel du continent La croissance moyenne du PIB en Afrique devrait légèrement s’accélérer, passant de 2,9 pour cent en 2019 à 3,2 pour cent en 2020. De manière décevante, le PIB par habitant du continent dans son ensemble n’a augmenté que d’un demi pour cent par an au cours de la dernière décennie. Une accélération conséquente des taux de croissance s’avère nécessaire pour que la région puisse réaliser des progrès significatifs en vue d’atteindre les objectifs de développement durable.

Les situations économiques divergent considérablement entre les sous-régions. Alors que l’activité économique demeure solide en Afrique de l’Est et s’améliore en Afrique du Nord, la croissance demeure largement en berne en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique de l’Est. Au Nigeria, pays dont l’économie est l’une des plus importantes du continent, malgré la reprise annoncée de la croissance, le PIB par habitant devrait diminuer, tandis que les perspectives à moyen terme demeurent sombres. En Afrique de l’Est, les perspectives enchanteresses sont soutenues par la solidité de la demande intérieure et des investissements publics dans les infrastructures. La croissance devrait s’y maintenir à 6,0 pour cent en 2020. En Éthiopie, la croissance devrait dépasser les 7,0 pour cent en 2020 et 2021, portée par de solides investissements publics et par la confiance croissante des entreprises suite aux réformes économiques.

Cependant, l’Éthiopie devra impérativement combattre ses faiblesses, notamment l’insuffisance des réserves étrangères, les niveaux élevés d’endettement et un déficit élevé du compte courant. À l’inverse, les perspectives économiques en Afrique australe sont défavorables, avec plusieurs économies en stagnation ou en récession, sur fonds d’investissements limités, de déficit énergétique et de chocs liés aux conditions météorologiques. Après une hausse estimée à 0,3 pour cent en 2019, le PIB devrait croître de 0,9 pour cent en 2020 et de 1,9 pour cent en 2021. En Afrique du Sud, la croissance est estimée à 0,5 pour cent pour l’année 2019, soit un chiffre bien en deçà du potentiel du pays.

Les perspectives de croissance demeurent sombres, alors que l’économie continue de subir l’impact négatif des incertitudes politiques, de la fragilité du climat des affaires et de l’étroitesse de la marge d’action budgétaire. L’Afrique est confrontée à d’immenses défis en matière de progrès vers l’atteinte des objectifs de développement durable L’objectif consistant à éradiquer la pauvreté extrême d’ici 2030 s’éloigne peu à peu. Malgré un déclin palpable du taux de pauvreté par habitant au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes vivant dans une pauvreté extrême (celles qui subsistent avec moins de 1,90 $ par jour) continue d’augmenter, particulièrement en Afrique subsaharienne.

La réduction de la pauvreté extrême nécessite une accélération substantielle de la croissance, et un renforcement du lien entre la croissance et la création d’emplois, conjuguée à une réduction des inégalités et à la mise en œuvre de systèmes de protection sociale. Alors que la croissance de l’Afrique reste étroitement liée aux cycles des prix des matières premières, une diversification fondamentale de la structure de production est nécessaire. La Zone de libre-échange continentale africaine constitue un pas dans la bonne direction pour promouvoir le commerce régional et l’intégration des investissements, la diversification des exportations et les emplois mieux rémunérés.

Pourtant, la matérialisation de ces avantages dépend de la mise en œuvre effective des politiques stratégiques dans des domaines tels que les industries naissantes, les investissements directs étrangers, l’innovation et les marchés du travail. Des risques orientés vers la baisse En Afrique, les risques à court terme sont orientés vers la baisse. Sur le plan domestique, les chocs liés aux conditions météorologiques auront probablement des effets négatifs sur la production agricole, avec des conséquences économiques et sociales désastreuses. En outre, dans de nombreux pays, les perspectives à court terme peuvent être affectées par les conflits politiques, l’instabilité sociale et les problèmes de sécurité. Sur le plan externe, une baisse accrue de la croissance mondiale pourrait considérablement affecter les perspectives de croissance du continent, à travers divers facteurs tels que la faiblesse de la demande extérieure et des prix des matières premières, la timidité des flux de capitaux et des investissements directs à l’étranger, et la baisse des revenus générés par les transferts de fonds et le tourisme.

Source: Nations Unies

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