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Bogo Ja : Quand Siby revêt ses plus belles couleurs de terre

Bogo Ja! Un festival qui fait parler de lui avec son retour aux sources et la valorisation de la terre de Siby, à travers des décorations traditionnelles des maisonnées, cases ou tout simplement des maisons de cette partie du pays. Une diversité culturelle qui n’attend qu’à être contemplée et perpétuée pour une relève assurée de nos us et coutumes.

Les 15 et 16 février 2020 s’est tenue dans la ville de Siby à 45 kilomètres de la capitale malienne Bamako, la septième édition de Bogo Ja. Bogo Ja est un festival local qui met en valeur la technique de revêtement traditionnel des maisons à travers leurs décorations faites d’argile de différentes couleurs. Des couleurs allant du gris, au rouge, en passant par le jaune, le blanc, sans oublier le marron, donnent de l’allure aux maisons de cette localité.

Ce travail de mise en valeur des maisons en banco est essentiellement fait par les femmes. Les hommes de la localité affirment que seules les femmes maîtrisent avec perfection cet art décoratif des maisons, qui tire d’ailleurs ses origines dans les traditions profondes et lointaines du Mali. C’est pour pérenniser cette façon de manier avec agilité la terre et de la transformer qu’à vu le jour le festival Bogo Ja il y a sept ans à Siby. Sept années durant lesquelles le festival grandi de part son expérience et ses innovations.

                                

Sept années pendant lesquelles les femmes de Siby transforment à travers « le concours de la plus belle maison décorée » leur cadre vie. Elles doivent aussi avant le passage du jury, veiller à l’assainissement de leurs concessions en nettoyant au quotidien les alentours, un autre aspect du concours. Des critères parmi tant d’autres qui permettent de monter sur le podium des meilleures artistes initiées à l’art du revêtement traditionnel à travers la terre à chaque édition du Bogo Ja. Le concours se fait généralement à quelques jours du lancement du festival. Quand Siby revêt ses plus belles couleurs de terre, c’est plus de 400 maisons qui sont décorées, transformées chaque année.

C’est donc un festival qui rassemble toute la ville et attire de plus en plus de festivaliers venus découvrir ce que l’on pourrait nommer comme l’art du revêtement et de la décoration traditionnelle de Siby. D’ailleurs pour contempler et toucher du doigt ce travail fait de mains de femmes, les festivaliers à travers des visites guidées se bousculent sur des charrettes pour marquer avec un clic du téléphone ou d’un appareil photographique, leur passage devant ces maisons aux couleurs lumineuses et belles comme l’arc-en-ciel.

Atelier                  

Pendant la durée du festival, les femmes à travers des démonstrations de cet art séduisent et retiennent l’attention du public sur cette façon de faire dont elles seules détiennent le secret. Un secret qu’elles se donnent à cœur joie de transmettre aux générations futures à travers des ateliers d’apprentissage.

Soumaila Camara, l’initiateur du Festival, dans une émotion de satisfaction, salue le partenariat avec la Maison du Karité qui s’inscrit dans la promotion des produits locaux tout comme le banco, c’est pourquoi explique-t-il, « à travers ce festival, nous voudrions remettre en avant cette pratique traditionnelle parce-qu’on estime que c’était en perdition; surtout que les gens sont en train de construire des maisons en ciment alors que l’intérieur ne fait toujours pas bon vivre. » Il s’agit en effet d’effacer les préjugés sur les maisons en banco car elles sont plus adaptées à notre environnement lorsque les matériaux sont bien travaillés selon des techniciens du bâtiment.

Bogo Ja c’est aussi l’invitation à la promotion de l’architecture avec des matériaux locaux. Pour ce faire des enfants venus participer à cette édition ont pris plaisir à apprendre les techniques de base aux côtés des professionnels du bâtiment et du Banco.  Pour l’architecte Mariame Sy, Co-fondatrice de Fact Sahel, le but de cette association est d’œuvrer « à la valorisation du banco » car la réalité climat du Sahel n’est pas compatible avec les maisons construites avec des matériaux importés comme le « ciment ». « C’est ce qui explique d’ailleurs le fait que l’on est recours à d’autres moyens comme la climatisation et le ventilateur pour nous soulager pendant la saison sèche. Le combat du Fact est donc de rendre évident la construction en banco à travers notre réseau d’experts ».

En 2020 la ministre de l’Artisanat et du Tourisme, madame Nina Wallet Intalou, aux côtés du maire de Siby et bien d’autres personnalités, a rendu un vibrant hommage en encourageant ces femmes vertueuses de Siby qui assurent la transmission de nos valeurs traditionnelles. Elle est aussi restée admirative face aux différents ateliers de Bogolan, d’architecture avec du banco, des expositions et bien d’autres qui ont retenu l’attention du public venu nombreux à cette édition, vivre et partager avec les populations de Siby leur savoir-faire.

Idelette BISSUU

 

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