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Oxmo Puccino : « Je suis plus proche des musiciens que des artistes vocaux »

En pleine tournée dans toute la France pour son nouvel album, le rappeur franco-malien Oxmo Puccino a pris le temps, entre deux dates, de répondre à nos questions.

Vous avez dévoilé votre nouvel album « La nuit du réveil » en septembre 2019. Vous y évoquez notamment votre jeunesse et votre parcours. Pourquoi ce choix émotionnel, plus de 20 ans après le début de votre carrière ?

J’évoque les souvenirs dans mon dernier album parce qu’il faut toujours se souvenir d’où on vient, pour avoir une meilleure idée de sa trajectoire, et, en même temps, c’était pour faire une référence socio-historique, pour mélanger les deux mots, parce que il y a des choses dont on ne parle pas assez mais qui permettent d’en savoir plus, sur les raisons pour lesquelles nous sommes en France, par exemple. À 45 ans, et après 20 ans de carrière, forcément il y a des mises au point à faire pour ouvrir un nouveau chapitre. Cela tombe bien, parce que je viens fêter les 20 ans de mon premier album « Opéra Puccino », donc, évidemment, cela sonne comme un bilan.

La sortie de cet album présume-t-elle d’un futur retour au Mali, pour essayer d’y apporter une touche Oxmo ?

Le retour au bercail est entrecoupé. Je viens chaque année ou tous les deux ans, pour les vacances ou pour la musique. Je parle de musique, parce que le rap comme on l’a connu, qui obéissait à certains codes, fait partie du passé. Aujourd’hui, il a évolué d’une telle manière que c’est de la musique. On peut parler de musique d’origine hip-hop, qui est un courant, mais dans le rap d’aujourd’hui on chante plus que jamais, comme dans une chanson normale. Il n’y a que le contexte et le folklore qui l’entoure qui font qu’on parle encore de rap. C’est une musique qui va continuer à évoluer et qui ne va pas changer de nom, vu que nous n’avons pas encore trouvé son pendant.

Que savez-vous du milieu du rap malien ? Une collaboration sera-t-elle un jour envisageable avec l’un des artistes ?

J’ai beaucoup entendu parler d’Iba One. Mais la course au buzz fait qu’aujourd’hui le public a du mal à se fidéliser avec un artiste et ne le suit pas assez longtemps pour qu’on s’en rappelle. Cela est valable dans tous les pays. C’est la course et la cadence de production fait qu’il est difficile de rester dans les mémoires. Je n’ai pas encore eu l’occasion de travailler avec un artiste local, parce que je n’ai pas encore pu les rencontrer. Je suis plus proche des musiciens. Ballaké Sissoko, Cheick Tidiane Seck, pour citer que ces deux-là. J’aime beaucoup le guitariste Vieux Farka Touré. Je suis plus proche des musiciens que des artistes vocaux, j’ai plus d’atomes crochus avec eux. On fait plus facilement une chanson avec un musicien qu’à deux chanteurs sans musiciens.

Vous êtes depuis 2012 ambassadeur de l’UNICEF pour la défense des droits des enfants. Nombre d’entre eux sont, selon des rapports, privés d’éducation au Mali, du fait de l’insécurité notamment. Comment jugez-vous cette situation ?

Depuis que j’ai l’honneur d’être ambassadeur de l’UNICEF, je me suis rendu compte que c’est un travail sans fin, malheureusement. Mais, heureusement, il y a des résultats. C’est ce que je me dis. Quelles que soient les difficultés auxquelles font face les enfants dans le monde, il y a des gens qui y pensent. Mais ils ne peuvent pas être partout. Il y a beaucoup de situations qui justifient la présence d’organismes d’aide, les guerres, les famines, les catastrophes naturelles. Le Mali n’y échappe pas, malheureusement. Avec l’UNICEF, j’ai pris conscience qu’il était très compliqué d’aider. Et quand une instance vient d’ailleurs, c’est doublement plus difficile.

Vous être très connu en France et beaucoup moins ici, au Mali. Vos textes très poétiques, qui peuvent paraître difficilement perceptibles par tous, expliquent-ils ce décalage ?

L’attention que pourrait demander un texte aujourd’hui est réduite, en raison du nombre d’occupations que nous avons. Nous sommes tous sur les smartphones, submergés de messages personnels, de news. Forcément, cela laisse peu d’attention pour le reste. Et lorsqu’un texte demande trop d’attention, il passe à la trappe. C’est la manière dont nous consommons les choses aujourd’hui, mais je ne pense pas que ce soit la meilleure. Mais moi je ne peux pas échapper à ma nature. Si j’ai quelque chose à dire, j’ai une manière de le faire et toute la base de mon travail, j’espère, c’est la poésie. Et si le prix de la poésie est d’être coupé d’une partie de la population, je serai heureux avec ceux qui seront touchés, parce que le plus important c’est l’émotion qui passe entre nous.

Quelles sont les liens que vous avez gardés au Mali ?

Il y a le bambara, mes parents, qui sont en France, mais j’ai toujours de la famille au Mali. Il y a les pensées. Nous pensons tout le temps à ce qui se passe. On parle peu à distance et nous apprenons toujours lorsque nous nous déplaçons. Lorsque nous ne sommes pas là-bas, nous pensons à tout ce que nous n’y faisons pas

Propos recueillis par Boubacar Sidiki Haidara

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