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Justice : Une crédibilité à conquérir

« Seule une personne sur trois a confiance dans le système judiciaire ». Cette analyse du rapport HIIL sur les « Besoins et satisfaction en matière de justice au Mali » traduit une réalité bien partagée. Au delà d’un procès perdu, le fonctionnement de la justice suscite des interrogations et même la méfiance du citoyen ordinaire.

Dénonçant une immixtion grave du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires, le Syndicat autonome de la magistrature (SAM) et le Syndicat libre de la magistrature (SYLIMA) ont exprimé leur indignation suite à la convocation avortée de Mahmoud Dicko par le Procureur de la République près le tribunal de la commune V, le 3 mars 2020.

« Une atteinte grave à l’indépendance de la justice » et même « un mépris de l’autre pouvoir », affirme M. Ibrahim Djibrilla Maïga, chargé des Relations extérieures du SAM.

Si elle n’a pas connu le même dénouement, cette affaire rappelle  celle du prêcheur Bandiougou Doumbia, condamné le 9 mars pour ses propos. « Même si, aux yeux de l’opinion, ces affaires sont similaires, devant le juge chaque cas est unique et les procédures indépendantes les unes des autres », note M. Maïga.

Pour « le cas Dicko », l’intéressé a plaidé un détournement de ses propos, alors que, dans le « cas Bandiougou », ce dernier en était à la troisième fois, une « récidive » qui obligeait « le Parquet à prendre ses responsabilités », ajoute M. Maïga.

Dans tous les cas, du côté de la justice, « il n’y a pas de faute et il n’y a pas de traitement préférentiel. Il y a une analyse objective, et même scientifique, des situations juridiques présentées », soutient le secrétaire aux Relations extérieures du SAM.

Besoin de justice

Malgré le faible niveau de confiance en l’institution, le besoin de justice reste grand. « De ce que nous observons, on peut dire que les gens attendent beaucoup. Mais attendre et croire font deux. Selon l’étude, il y a environ 1/3 des Maliens qui ont confiance en la justice. C’est un constat », note M. Diakaria Traoré, assistant du coordinateur Accès à la justice de la clinique juridique Demeso. L’organisation, qui œuvre dans l’assistance judiciaire depuis 1994, estime que même si les expériences sont personnelles, les justiciables qui ont recours à ses services sont attachés à la justice. Mais, pour le « justiciable, perdre un procès n’est pas une fin en soi. La difficulté, c’est de perdre en sachant que le droit n’a pas été dit ».

Il faut donc travailler à la crédibilité de la justice, parce qu’il « en va de la paix au Mali », conclut M. Traoré.

Fatoumata Maguiraga

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