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Orpaillage traditionnel : Une suspension, des remous

Dans l’arrêté interministériel n°1197/MMP-MATD-MSPC-MEADD-SG du 27 mars 2020, les ministères des Mines et du pétrole, de l’Administration territoriale et de la décentralisation, de la Sécurité et la protection civile et de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable ont décidé de suspendre les activités d’orpaillage sur toute l’étendue du territoire à compter du 27 mars et ce jusqu’au 30 avril 2020. Cette décision pourra être prorogée en fonction de l’évolution de la pandémie du coronavirus au Mali, précise le gouvernement. Une pilule dure à avaler pour les acteurs.

C’est devant son téléviseur que Seydou Keita, Président de la Fédération nationale des orpailleurs du Mali (FNOM) dit avoir appris la nouvelle. Si, en premier lieu, il juge la décision « bonne » en cette période de coronavirus, Keita prévoit qu’elle aura de graves conséquences. « Énormément de personnes travaillent sur les sites d’orpaillages, si cette interdiction venait à être effective, le pays enregistrera de nombreux braquages ». En outre, le Président de la FNOM prédit que l’État ne saurait faire respecter cette mesure. « Ce sera comme pour l’interdiction du dragage. Il existe 357 sites d’orpaillages à travers le pays, y compris à Kidal », précise Keita, « impossible donc pour l’État de tout contrôler, il n’en a pas les moyens ». Selon les autorités, des cellules techniques regroupant des membres de tous les ministères concernés ont été mises en place pour veiller au respect de l’arrêté. Ces dernières mèneront des missions sur zones et les relais de l’État (préfets, maires) seront mis à contribution pour le respect strict de la mesure. La ministre des Mines et du pétrole a précisé que les contrevenants devront répondre de leurs actes.

Guerre de tranchées ?

La FNOM affirme n’avoir rien instruit à ses membres. N’ayant pas été associée à la décision, elle ne saurait l’entériner. « On ne peut pas prendre une telle mesure sans au préalable en discuter avec les acteurs », se plaint notre interlocuteur. « Ne serait-ce que pour la sensibilisation. Les chefs de villages n’accepteront jamais la fermeture des sites d’orpaillages. Quand bien même, comment les personnes qui y travaillent nourriront leurs familles ? C’est ajouter de nouveaux problèmes à ceux déjà existants », ajoute-t-il. Selon des estimations, plus d’un million de personnes travaillent ou sont liées aux activités d’orpaillage traditionnel, qui produit environ 15 tonnes d’or par an.

Boubacar Sidiki Haidara

Chiffres

357 : Sites d’orpaillages à travers le pays

15 tonnes d’or : Estimation de la production annuelle de l’orpaillage traditionnel

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