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Eco : Quel nouveau délai ?

Fixée à juillet 2020, la nouvelle échéance pour le démarrage de la monnaie Eco semble plus que jamais compromise. « Illusoire » même, selon les spécialistes. Si la crise liée à la pandémie du Covid-19 est passée par là, ce sont surtout l’impréparation et l’inobservation de certains préalables qui font planer le doute sur l’avenir de la monnaie de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Fixée au début au 31 décembre 2019, la fin du franc CFA reportée démontre l’absence de crédibilité de la part des États de la zone, explique le Professeur Mamoutou Soumaré, économiste. Si la relation entre la France et le franc CFA a pris théoriquement fin, il n’existe actuellement « aucun accord » pour la mise en place de l’Eco d’ici juillet 2020.

D’abord sur les billets. Où seront-ils imprimés, combien de temps les deux monnaies vont-elles coexister pour assurer la transition ? Autant de questions qui ne peuvent être réglées en un mois, ajoute le Professeur Soumaré.

Pour le passage du franc malien au franc CFA, il a fallu un certain temps pour échanger les derniers francs contre la nouvelle monnaie. « Impossible » à faire dans le contexte actuel, puisque l’Eco n’existe pas encore.

Faux combat ?

Pour le spécialiste, avec la multiplication des annonces, « les gens se sont trompés de combat ». Les 9 000 milliards environ des comptes d’opération ne sont pas « de l’argent disponible », car déjà injecté dans l’économie. Lorsqu’un exportateur malien exporte vers les États-Unis, ses clients le payent en dollars. Il a alors l’obligation de les déposer à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui en évalue le montant en francs CFA et le lui remet. La banque centrale a l’obligation de déposer 50% de cette somme auprès du Trésor français.

C’est peut-être « humiliant de déposer nos réserves dans un pays étranger », mais cela ne signifie pas que nous pourrons les réinjecter dans l’économie lorsqu’elles seront rapatriées. Une autre récrimination est que les billets sont imprimés ailleurs. Ce qui n’est pas l’apanage du franc CFA. En Afrique, 22 pays font imprimer leurs billets à l’étranger, car ceci nécessite un savoir-faire dont nous ne disposons pas encore et n’est pas un signe de dépendance. Plusieurs pays d’Asie font imprimer leurs billets au Canada, où se trouve l’une des rares sociétés spécialisées dans le monde.

La dernière incertitude sur l’Eco est sa garantie de convertibilité, que la France ne pourra assurer si le Nigeria y entre. À moins de se préparer à une dévaluation, prévient le Professeur Soumaré.

Fatoumata Maguiraga

Chiffres

180 milliards de dollars : PIB UEMOA

PIB UEMOA : 7% du PIB français

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