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Cedeao : Issoufou, une présidence au goût d’inachevé

Mahamadou Issoufou, le chef de l’État du Niger, boucle une année de présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) pertubée par le nouveau coronavirus.Un an avant la fin de son second quinquennat au Niger, Mahamadou Issoufou a transmis les rênes de la Cedeao au Ghanéen Nana Akufo-Addo. Le président nigérien n’aura pas eu le temps de mener à terme les projets phares de l’organisation régionale. À sa prise de fonction, il avait promis à la communauté « un saut qualitatif » dans les domaines de la sécurité, de la gouvernance et de l’intégration.

À l’heure du bilan, force est de constater que tous les voyants ne sont pas au vert. La menace jihadiste est loin d’être endiguée en Afrique de l’ouest. Il y a seulement quelques jours, deux militaires français de l’opération Barkhane, sont morts à Tessalit (Mali). Une bombe artisanale a fait s’exploser leur véhicule blindé. Auparavant, une dizaine de soldats maliens ont perdu la vie dans une embuscade près de la frontière mauritanienne.

Dans le bassin du lac Tchad et dans le Sahel, la montée en puissance des armées de la coalition de lutte contre le terrorisme se heurte au déficit de financement des États membres. Au-delà, la Cedeao n’a toujours pas mobilisé sa force en attente.

« Personne ne peut comprendre que des forces spéciales européennes, à travers les opérations Barkhane et Takuba, participent (à la lutte contre le terrorisme) pendant que notre organisation continue à y être absente et n’assume pas les obligations qu’elle a prises dans le cadre du Protocole du 10 décembre 1999 relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité », fustige M. Issoufou.

Sous sa direction, la Cedeao n’est pas parvenue à « mettre en œuvre une véritable politique de défense et de sécurité commune ». En Afrique de l’ouest, les défaillances de l’État central contribuent au développement de mouvements radicaux, notamment jihadistes. C’est pour cette raison que la consolidation des institutions démocratiques est primordiale. En Guinée Bissau, un président a été démocratiquement élu après des années d’instabilité politique. Il s’agit d’Umaro Sissoco Embalo.

« Grâce aux efforts d’accompagnement de notre communauté, le climat politique a été apaisé et toutes les institutions de gouvernance du pays sont en place. (C’est) un succès indéniable », s’est félicité le président du Niger.

Mais en République de Guinée, la quête d’un troisième mandat pour Alpha Condé menace de troubler la fragile quiétude de ce pays. Idem pour la Côte d’Ivoire qui porte encore les stigmates de la guerre civile de 2011. Si la Cedeao est très à cheval sur le mécanisme légal d’accession au pouvoir, elle demeure souvent impuissante face à l’appétence de certains chefs d’État.

« Les démocraties, pour réussir, ont besoin d’institutions fortes. Dans ce domaine, il y a à la fois des avancées et des reculs mais globalement notre région a accompli des progrès remarquables », a relativisé Mahamadou Issoufou.

Dans le passif de son bilan à la tête de la Cedeao figure la controverse sur la monnaie unique. Le respect des critères de convergence n’est pas garanti par l’ensemble des États membres. Il s’y ajoute que l’adoption d’une nouvelle monnaie commune, l’Éco, par les pays de l’Union économique et monétaire des États de l’Afrique de l’ouest (Uemoa) complique davantage la concrétisation d’une union monétaire de toute la région.

Dans l’immédiat, l’espace communautaire doit se battre pour ne plonger à cause de la Covid-19. Depuis 2011, le taux de croissance économique moyen est supérieur à 4% dans presque la totalité des États membres. Pour cette année, a renseigné le chef de l’État nigérien, notre région connaitra un taux moyen de croissance de -2,1% au lieu de 3,3% prévu.

Un obstacle majeur sur la voie du progrès économique. Plus que jamais, l’Afrique de l’Ouest doit faire bloc. C’est en tout cas la conviction du président sortant de la Cedeao qui a paraphrasé Kwamé Nkrumah, le premier chef de l’État du Ghana indépendant : « Nous devons nous unir ou périr ».

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