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Mali – Transition : S’entendre dans la diversité

Un Mali nouveau. C’est le mantra qui pourrait résumer l’aspiration d’une grande partie du peuple malien suite à la destitution du régime de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keita. Mais, autant beaucoup de Maliens sont d’accord sur cette impérieuse nécessité de construction d’un Mali nouveau, autant les voies et moyens pour y parvenir divergent d’une composante de la Nation à une autre. La transition, qui doit s’atteler à jeter les bases solides d’une gouvernance vertueuse, est à l’étape des concertations entre les forces vives du pays, pour recueillir les propositions pertinentes dans un élan inclusif. Des propositions autour desquelles le consensus sera recherché pour une transition réussie.

C’est ce jeudi 10 septembre que s’ouvrent les concertations, au niveau national, sur la transition à Bamako, entre les forces vives de la Nation, dont les délégués régionaux, sous l’égide du Comité national pour le salut du peuple (CNSP).

Ces concertations, qui se poursuivront jusqu’au samedi 12 septembre, visent à pousser la réflexion pour convenir des grands axes de la feuille de route de la transition, à définir l’architecture et les organes de cette transition et à en élaborer la charte. En somme, à la fin de ces trois jours, les modalités pratiques de la transition devraient être établies, dont les réponses aux questions les plus attendues : sa durée et les personnes pour la diriger.

Une première rencontre de réflexion sur les termes de référence a été déjà organisée le 5 septembre dernier à Bamako et dans les capitales régionales, où d’importantes propositions d’amendement ont été faites par les participants sur les sujets qui doivent être débattus.

Un comité d’experts a par la suite été chargé de faire la synthèse de toutes les propositions faites afin d’élaborer de manière définitive les termes de référence des concertations nationales.

Civil ou militaire ?

Si à Bamako les discussions se sont uniquement appesanties sur la réflexion autour des amendements du projet de termes de référence, elles ont été poussées loin dans les régions, où les participants se sont penchés sur les propositions concernant les modalités pratiques de la transition. Les délégués de ces régions viendront à Bamako présenter ces réflexions.

Selon le rapport de synthèse des travaux de la région de Mopti, « il faut confier la transition aux civils technocrates, avec la participation des Forces de défense et de sécurité, et écarter tous les anciens ministres ». « 30% de technocrates, 30% de militaires, 20% de politiques, 20 % de femmes et jeunes », en ce qui concerne l’attelage du gouvernement et « 1 à 3 ans » pour la durée.

La région de Koulikoro a élaboré quant à elle une proposition de feuille de route de la transition sur cinq axes principaux : la sécurité, l’éducation, les réformes, la justice et les élections, pour une durée de 2 ans, dirigée par « une personnalité neutre n’ayant pas une double nationalité » civile, accompagnée d’un Vice-président militaire, et un gouvernement de mission de 25 membres, conformément à la recommandation du Dialogue national inclusif (DNI), « mené par un Premier ministre technocrate civil ».

Les Kayésiens préconisent également la mise en place d’un organe de suivi de la transition « composé de la société civile, des partis politiques, des Maliens de l’extérieur  et des militaires, au nombre de 15 ».

Les propositions de Tombouctou tranchent avec celles susmentionnées. Confier la transition à un militaire en activité pour une durée de 18 mois et « désigner les membres du gouvernement en fonction de compétences apolitiques ».

Les forces vives de cette région recommandent aussi, entre autres, de reconquérir et de sécuriser le territoire, de maintenir la Constitution de février 1992 jusqu’à sa révision, de relire le Code électoral et la mise en place d’un organe indépendant pour l’organisation d’élections libres, transparentes et apaisées.

Présent lors de l’atelier sur les TDR, le Conseil supérieur de la diaspora malienne (CSDM) veut voir des Maliens de la diaspora participer pleinement à la gestion de la transition. « Si le Président de la transition est un Malien de l’intérieur, il faut que le Premier ministre soit un Malien de l’extérieur. Si les deux institutions sont dirigées par des Maliens de l’intérieur, il faut que l’Assemblée nationale qui sera instaurée soit dirigée par un membre de la diaspora », propose Mohamed Chérif Haidara, président du CSDM.

Divergences chez les politiques

Le M5-RFP, qui continue de réclamer une place centrale dans la mise en place et la gestion de la transition, a élaboré un projet de charte dans lequel sa vision est exposée. La réduction du budget de fonctionnement de la présidence de la République, de la Primature et des organes législatifs ou encore la dissolution du Conseil économique, social et culturel, de la Haute cour de justice, du Haut conseil des collectivités territoriales ainsi que des assemblées régionales et des conseils de cercles y sont recommandées.

Pour le Mouvement pour le Mali (MPM), parti issu de la majorité présidentielle déchue, pour une transition réussie il faut impérativement soit  reconduire l’Assemblée nationale dissoute  pour s’occuper des réformes et de la loi d’amnistie, soit organiser d’urgence une élection législative, dans les six mois, pour élire une Assemblée qui s’occupera des différentes réformes.

« Dans tous les cas, une Assemblée est indispensable dans la transition, qu’elle soit issue d’élections ou constituante, afin d’accompagner et de mener les réformes profondes dont le pays a  besoin d’urgence. Pour moi, il ne peut y avoir mieux en matière de légitimité que ceux qui ont été élus il y a moins de six mois par le peuple », affirme Hady Niangadou, ex-député et Président du MPM.

Pour sa part, la Coalition des Forces patriotiques (COFOP) appelle à aller immédiatement à  la mise en place des organes de la transition, pour « éviter une transition dans la transition », transition qui dans sa durée ne « doit pas excéder 18 mois ».

Ces 18 mois paraissent trop long pour la Convergence pour le développement du Mali (CODEM), qui plaide plutôt pour une transition d’une année, comme recommandé par la CEDEAO, qui s’attèlera essentiellement à l’organisation des élections générales, pour un retour rapide à la normalité constitutionnelle.

Difficile consensus ?

Les débats de fond vont être l’occasion pour l’ensemble des forces vives de la Nation d’essayer d’uniformiser toutes les propositions pour la réussite de la transition, sur la base du document de synthèse final élaboré par le comité d’experts commis par le CNSP.

« Le plus important, c’est de mettre le Mali au-dessus de tout. Que tous ceux qui sont dans la sauvegarde des intérêts personnels mettent cela de côté et ne se soucient que de l’intérêt du Mali. Nous voulons tout simplement aller vers des solutions dans lesquelles tout le monde se retrouvera », tempère Hama Ag Mohamed, Coordinateur des chefs traditionnels des régions du Nord du Mali.

« Les propositions de tout le monde ne peuvent pas être prises en compte, parce qu’elles n’ont pas toutes la même pertinence », reconnait Fahad Ag Almahmoud de la Plateforme des mouvements armés signataires de l’Accord d’Alger et Secrétaire général du Gatia, pour lequel, par ailleurs, la transition doit avoir d’autres priorités que le débat autour de l’Accord lui-même, parce que « l’Accord prévoit en son article 65 le droit de toutes les parties à demander d’en rediscuter certains passages, s’il s’avère qu’ils  doivent être changés ».

Mais, dans sa démarche inclusive, le CNSP se heurte au refus de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) de prendre part aux concertations sur la transition.

À l’échelle de la communauté internationale, la CEDEAO maintient sa pression sur la junte militaire. Elle la somme de nommer un Président et un Premier ministre de transition civils, au plus tard le 15 septembre, soit 3 jours après la fin des concertations nationales. Le temps presse.

Germain Kenouvi

 

Repères :

300 : Participants souhaités par le CNSP

12 à 24 mois : Différentes propositions pour la durée de la transition

15 septembre : Expiration de l’ultimatum de la CEDEAO

 

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