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Mali – Korèdugaw : Se moquer de nos vices

L’installation « La danse des Korèdugaw » est à visiter à l’Institut français du Mali jusqu’au 31 octobre 2020. C’est l’œuvre d’un jeune plasticien malien, pur produit du Conservatoire multimédia Balla Fasséké Kouyaté, d’où il est sorti major de sa promotion en 2019. À 24 ans, Ibrahim Kébé s’inspire de l’art des « Korèdugaw », une société secrète qui, à travers la comédie et la raillerie, dénonce les tares et les vices de notre société.

« La danse des Korèdugaw » s’intéresse à des problématiques de notre époque contemporaine malienne et africaine, à ce qui se passe autour de nous. Les « Korèdugaw sont des visionnaires et s’adaptent à toutes les époques », explique Ibrahim Kébé. La surconsommation fait partie des préoccupations de cette société secrète depuis longtemps et elle a toujours fait de la récupération pour s’habiller et même pour manger, poursuit M. Kébé.

Dénoncer les maux de la société tout en s’amusant, c’est le choix de ce jeune plasticien, qui ne veut plus que l’on s’arrête sur les tenues ou le côté comique, d’où son idée de présenter des Korèdugaw nus, afin que l’on ne retienne que leur message.

Pour la place de la femme, qu’il veut promouvoir comme le fait cette société secrète, qui magnifie leur rôle, il s’en saisit à travers une toile intitulée « Alternance », où il s’interroge sur l’éventualité de confier aux femmes, « ayant une double capacité à relever les défis », les plus hautes responsabilités.

Valeurs inspirantes

Concernant la jeunesse et ses contradictions, et pour l’immigration ou le sexe, « un sujet tabou », Ibrahim Kébé présente en une vingtaine de sculptures et deux tableaux les maux actuels. La lutte pour le fauteuil présidentiel, qui est d’une brûlante actualité en Afrique, et le perpétuel ballet des « politiciens », qui nous font miroiter le bonheur contre « du thé ou des tee shirts », suscitent le militantisme de Kébé, qui veut s’enraciner dans notre « notre patrimoine pour résoudre nos maux ».

Le choix du plastique noir pour habiller ses personnages n’est pas fortuit. Il fait écho au combat mené contre ce fléau pour notre environnement.

Sélectionné pour la « Saison Africa 2020 », il sera en résidence d’octobre à décembre à la Belle de Mai, à Marseille, reçu par les Bancs publics, structure qui travaille habituellement avec spécialistes de performances en danse. Avec d’autres jeunes africains, il exposera ensuite ses œuvres au cours d’un festival initié dans le même cadre.

Fatoumata Maguiraga

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