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Mahamadou Cissé : « Le manque de financement est la bête noire des start-up »

Mahamadou Cissé est un jeune entrepreneur issu de la diaspora malienne. Président du CNJ France, il évoque les défis du cadre des affaires et son engagement pour une pleine participation de tous les Maliens à la réalisation du nouveau Mali.

Fikaso fait partie des rares start-up à avoir tiré profit de la pandémie de la  Covid-19…

Au début, nous avons été sérieusement impactés par l’instauration du couvre-feu, puis nous nous sommes adaptés. La Covid-19 a positivement changé certaines habitudes, parce que les gens ont commencé à s’intéresser aux services de livraison à domicile de plats et de courses. Nous avons su tirer profit de cette situation inédite. L’équipe Fikaso doit travailler à maintenir cette hausse de clientèle et à la faire perdurer même après la pandémie.

Quelles sont les contraintes majeures auxquelles est confrontée l’entreprise ?

Tous les jeunes entrepreneurs sont unanimes sur la question, le manque de financement est la bête noire des start-up, alors que nous savons que l’accès à un financement est indispensable pour passer à l’échelle supérieure. L’État doit mettre en place plus de mécanismes pour garantir les entrepreneurs dans l’obtention de prêts bancaires.

Comment jugez-vous le cadre des affaires au Mali ?

Vous savez, l’instabilité politique n’est jamais rassurante pour le climat des affaires, malheureusement. En tant que jeune entrepreneur, je peux témoigner que ces changements brusques ne font qu’augmenter le capital risque de notre pays. Le nouveau gouvernement doit travailler à ramener la confiance perdue en mettant en place des mesures incitatives très rapidement. Il nous faut séduire les investisseurs et vendre le Mali comme une destination d’affaires sûre et rentable. Hormis cela, nous avons la chance d’avoir un marché malien qui est attractif et offre beaucoup d’opportunités dans différents domaines, comme l’agrobusiness, les transports, le numérique, etc.

Des particularités existent pour entreprendre au Mali, encore plus lorsque l’on vient de la diaspora. En tant que Président du CNJ France, comment contribuez-vous à y faire face ?

La sphère entrepreneuriale est très complexe, de par la lourdeur administrative et la petite corruption qui sont les premiers obstacles pour un jeune entrepreneur. Avec mon équipe, nous avons décidé d’axer notre mandat sur l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes. C’est en ce sens que s’est tenu le 5, 6 et 7 décembre 2019 le forum sur « La migration et l’insertion professionnelle des jeunes dans le pays d’accueil et d’origine ». Le forum a été présidé par le ministre de l’Emploi et la formation professionnelle de l’époque, accompagné du directeur du FAFPA. Les échanges ont donné lieu à un projet de partenariat entre la Cité des sciences et métiers français et l’État malien.

Mon équipe a été élue sur la base d’un programme dans lequel nous réfléchissons à des pistes de solutions pour mettre en œuvre des mécanismes qui faciliteront la démarche entrepreneuriale des jeunes maliens de la diaspora. Nous avons déjà entamé des échanges avec les autorités diplomatiques et consulaires pour la création d’un guichet unique qui regrouperait toutes les données et statistiques sur les secteurs porteurs au Mali, par exemple. Nous sommes allés plus loin en proposant une cellule d’accueil et d’accompagnement des entrepreneurs et investisseurs maliens de la diaspora. Je suis convaincu que la reconstruction du Mali passera nécessairement par les apports financiers, professionnels et intellectuels.

L’ambitieux programme « Construire le Mali » a été lancé cette année, avec pour objectif de favoriser l’investissement de la diaspora malienne. Pensez-vous que son but sera atteint ?

CNJ – France a organisé deux webinaires pour le programme, sur comment créer et gérer son entreprise au Mali. Nous espérons que l’objectif d’accompagner 100 porteurs de projets sera atteint. C’est un projet qui est réfléchi depuis l’intérieur du pays, en impliquant fortement les acteurs de l’écosystème entrepreneurial (Consortium d’incubateurs). Nous fondons beaucoup d’espoirs dans sa réussite.

Sur plusieurs plans, la diaspora malienne regrette de ne pas être considérée à juste titre. En est-il de même au plan économique ?

Avec le recul, on peut clairement dire que la non implication de la diaspora malienne dans le gouvernement de transition est une grave erreur d’appréciation de la part du CNSP. Le nombre de Maliens établis à l’étranger est estimé à 6 millions. Ces 6 millions d’âmes rêvent d’un meilleur Mali, tout comme les Maliens de l’intérieur. Elles contribuent au développement socio-économique du pays, à travers leurs transferts d’argent qui, il faut le rappeler, représentent plus que l’Aide publique au développement. Ces Maliens et Maliennes doivent être écoutés, entendus et compris. Toute marginalisation serait contraire à l’idée même de ce nouveau Mali qu’on nous vend. Nous exhortons les autorités de la transition à corriger cela au moment de la mise en place du Conseil national de la transition (CNT), avec une forte implication des jeunes et des femmes.

Propos recueillis par Fatoumata Maguiraga

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