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Mali – Moussa Ag Acharatoumane : « Nous travaillons dans la durée pour maintenir ce calme autant que possible »

Initiée il y a un peu plus d’un mois dans la région de Ménaka, l’opération « Ménaka sans armes », continue d’être menée conjointement par les groupes signataires de l’Accord pour la paix et l’armée malienne, avec l’appui de la Minusma et de la Force Barkhane. Moussa Ag Acharatoumane, Secrétaire général du MSA, de la plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d’Alger, et l’un des responsables de l’opération, fait le point pour Journal du Mali dans cet entretien.

Comment se déroulent concrètement les activités de l’opération « Ménaka sans armes » sur le terrain?

Pour le moment l’opération « Ménaka sans armes » se passe calmement avec des résultats conséquent. Cette opération est une idée ancienne qui tire sa légalité d’une décision de notre gouverneur Daouda Maiga qui date de 2017 qui avait pris un certain nombre de mesures pour ramener la sécurité face au banditisme grandissant dans la ville. Nous avons pendant des années mis des efforts avec les FAMa et les mouvements sous appellations à l’époque  de la « coalition MSA-GATIA » qui par la suite se sont retrouvés sous la bannière de la plateforme suite à l’arrivée du MSA dans ce regroupement. La Minusma, il y a quelques mois aussi, avait mis en avant cette idée de « Ménaka sans arme » pour accentuer son  appui aux autorités locales, mais cette démarche n’a réellement pu décoller qu’en mars dernier suite à une série d’actes de banditisme contre nos populations, leurs biens et les humanitaires, que la plateforme en étroite collaboration avec les Famas a décidé de l’appliquer. Au bout de quelques semaines, nos frères de la CMA se sont rejoint à la marche ainsi que toute la population, d’où cette petite accalmie actuelle dans la ville de Ménaka. C’est une opération qui se déroule en plusieurs phases. D’abord il y a un couvre-feu qui est instauré de 22h à 5h du matin, les FAMa patrouillent de nuit dans la ville, des check-points sont installés tout autour de la ville pour filtrer tous les entrées et sorties de la ville.

La plateforme des mouvements signataires de l´Accord dont le MSA mène cette opération avec les FAMa et aussi avec l´appui de Barkhane et de la Minusma. Comment se passe cette collaboration?

La collaboration dans cette région entre d’une part les Maliens (FAMa-GATIA-MSA) a toujours été  fraternelle, aussi avec les forces étrangères (MINUSMA – BARKHANE)  elle a été toujours amicale et sincère.  Je pense que toutes les forces présentes ont le souci de la sécurité de Ménaka et le font du mieux qu’elles peuvent même si les choses ne sont pas toujours faciles encore moins simple.

A la date d´aujourd’hui, quelles sont les résultats obtenus?

Nous pouvons dire sans risque de se tromper que depuis le début de cette opération  la ville de Ménaka renoue tout doucement avec la sécurité, car elle a permis dans un premier temps de faire comprendre à tous les voleurs et malfrats que désormais ils ne seront plus libres de faire leurs forfaits à Ménaka. Beaucoup ont été appréhendés, certains ont dénoncé leurs complices, des biens volés ont été retrouvés. L’autorité de l’Etat, le respect de l’ordre commence aussi à se faire sentir à l’intérieur de la ville. La gendarmerie est saisie pour la suite judiciaire à donner à certains cas, et les cadis aussi de la région, conformément à la législation islamique, apporte leur contribution dans le règlement  de certains cas de vols ou de différends.  

L´opération a débuté le 24 septembre 2020. Quand prendra-t-elle fin?

Pour le moment, nous travaillons dans la durée pour qu’on maintienne ce calme autant que possible,jusqu’à ce que l’Etat soit en mesure de prendre véritablement la relève. Les mouvements n’ont pas les moyens pour tenir, car c’est lourd à tout point de vue, d’où l’importance d’injecter des moyens dans ce genre d’initiatives qui peuvent servir d’exemple aux autres.

L´un des objectifs de l´opération est de repousser les groupes terroristes de la zone et mettre fin au banditisme armé. Des dispositions  sont-elles prises pour qu´en cas d´enrayement de la menace à Ménaka, elle ne se déplace pas aux environs, créant un autre bastion des groupes terroristes ailleurs?

Pour le moment, nous nous concentrons sur la ville de Ménaka pour rétablir la sécurité, ensuite nous allons voir la prochaine destination en fonction de nos résultats, car il ne faut pas vite crier victoire, nous sommes dans un environnement ou tout est fragile et les acteurs ne sont pas souvent aidés comme il le faut.  Quant à la question du terrorisme, ce sont les FAMa et leurs partenaires de l’opération Barkhane qui s’occupent de sa gestion. Nous, dans un passé,  nous étions opposés à ces groupes qui s’en étaient pris à nos innocentes populations. Face à cela nous ne pouvons que les défendre d’où les nombreux combats qui nous ont opposé à eux.

Quels sont les difficultés auxquels vous êtes confrontées jusque-là?

Les difficultés sont nombreuses. D’abord celle du manque de moyens, car la plateforme a mobilisé plus d’une centaine de véhicules et presque 600 éléments pour cette opération. Entretenir tout ce monde n’est pas évident même si la volonté ne manque pas de notre côté. Ménaka n’a toujours pas un juge qui accepte de venir rester à Ménaka, ce qui doit être vite corrigé par les autorités. Les gens sont fatigués de ces nombreux fonctionnaires (Enseignants,préfets etc.) qui sont souvent payés par l’Etat au nom de ces populations mais  qui sont toujours absents quand on a besoin d’eux dans ces zones lointaines où les gens fournissent des efforts pour sortir la tête de l’eau. D’où la nécessité de donner souvent la chance aux enfants issus de ces zones de servir leur pays, leur région et leurs populations. La prison aussi de la ville n’est pas fonctionnelle, d’où toutes les tracasseries que nous avons à chaque fois qu’on doit évacuer des voleurs vers Gao. Ménaka  est en retard comparée aux autres régions du pays. Même un réseau internet digne de ce nom n’est pas là-bas, nous avons un hôpital qui fonctionne dans des conditions misérables. Quand nous avons des cas graves, nos populations doivent aller vers Niamey ou à Gao. Nos écoles aussi sont en difficulté, nous avons un lycée qui manque d’enseignants. Des problèmes se posent à chaque période de soudure pour les hommes et les animaux dans la région.L’un des piliers de la sécurité c’est aussi le développement et nous lançons un cri de cœur pour venir en aide à cette région et vite.

Propos recueillis par Germain Kénouvi

 

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