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Bassirou Gaye : « Les djihadistes prennent du temps pour savoir où et comment attaquer »

Barkhane intensifie ses frappes contre les djihadistes ces dernières semaines au Mali. Au moins une soixantaine d’entre eux ont été tués récemment par la force française. Bassirou Gaye, chercheur associé au Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel et à Timbuktu Institute, livre dans cet entretien à Journal du Mali son analyse des offensives de Barkhane.

Comment analysez-vous l’intensification des frappes de Barkhane ?

Je pense qu’il faut comprendre cette intensification à deux niveaux. Premièrement, elle survient dans un contexte où plus de 200 djihadistes ont été libérés à la suite de la libération des otages Soumaila Cissé, Sophie Pétronin et les deux Italiens. Cela a fait un tollé au Mali, comme un peu partout dans le monde. Même en Occident, beaucoup de personnes ont fait des reproches concernant la manière dont ces libération ont été obtenues. Pour essayer de se rattraper, il fallait donc s’inscrire dans une logique d’intensification des frappes contre les djihadistes. Le 2ème niveau, à mon avis, c’est que nous sommes dans une période où le Mali s’inscrit dans une perspective de négociation avec les groupes djihadistes, ce que la France n’a jamais voulu. Envisager une perspective de dialogue, c’est comme dire que les actions militaires, notamment celles entreprises par la France, ont montré leurs limites, d’où l’intensification des frappes.

Justement, pensez-vous que cette intensification de Barkhane réduit les marges du dialogue avec les djihadistes pour Bamako ?

Cela pourrait être le cas et cela parait évident. Il faut d’abord rappeler que ce souhait de dialogue avec les djihadistes a été émis par le peuple malien au Dialogue national inclusif. Je pense qu’il faut d’abord s’inscrire dans une logique de négociation avec les acteurs locaux. Si la hiérarchie des djihadistes arrive à émerger, c’est parce qu’elle est parvenu à créer une sorte d’endogénéisation de la dynamique. Il serait donc mieux de créer d’abord un cadre de discussion avec les communautés qui renforcent les groupes djihadistes et de recueillir leurs besoins et problèmes. Je pense que l’État doit en premier lieu passer par cela avant d’atteindre Iyad Ag Ghaly et Amadoun Kouffa.

Doit-on craindre une réplique systématique des groupes djihadistes ?

C’est sûr, il y aura des répliques. Mais je ne pense pas que les attaques djihadistes en réponse vont être systématiques. Ce sont des gens qui prennent du temps pour savoir où et comment attaquer. Ils vont certes le faire, mais ils essayeront de réunir les conditions nécessaires pour cela et, malheureusement, dans la plupart des cas, cela ne rate pas. Il faut donc s’y attendre, au Mali comme ailleurs.

Germain Kénouvi

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