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Mali – CNJ : Un président contesté

Élu à la présidence du Conseil National de la Jeunesse (CNJ) en novembre 2019, Amadou Diallo est déjà contesté par certains membres du bureau de l’organisation. Sa présence au Conseil National de Transition (CNT), ainsi qu’une mauvaise gestion de fonds alloués au CNJ sont les griefs de certains de ses camarades à son encontre. Ils projettent l’organisation d’une conférence nationale pour permettre à l’organisation de fonctionner « conformément à ses textes ».

« On ne lui demande pas de démissionner. Ce sont les textes qui disent qu’il y a incompatibilité entre tout mandat à caractère politique et la présidence du CNJ », justifie Mahamane Ibrahim, Vice-président du CNJ et responsable des questions d’employabilité, des mines et du pétrole.

Il cite l’article 18 du règlement intérieur de l’organisation qui fait du président « le responsable moral » CNJ, ce qui « signifie que durant les 3 ans de mandat le président ne peut pas occuper une autre fonction ou avoir un autre mandat ».

Et accepter de siéger au CNT, qui est l’organe législatif de la transition, alors que «  le CNJ est apolitique », c’est « une non conformité ».

Justement, sur cette représentativité au CNT, les détracteurs de l’actuel président du CNJ réclament « la restitution du quota » du CNJ, qui avait droit à 4 places, selon eux. En outre, c’est lors d’une réunion où il n’y a pas eu de consensus que le président a présenté sa candidature.

L’autre point de discorde entre le Président Diallo et ses camarades est la gestion des fonds alloués par Plan Mali, un partenaire qui s’est d’ailleurs retiré, selon les explications, à la suite de l’utilisation non justifiée d’environ 14 millions.

Un texte, diverses interprétations

Pourtant c’est aussi aux textes de la structure que renvoient les soutiens de l’actuel président. La désignation du président du CNJ, qui a « été mandaté lors d’une réunion ordinaire », n’a rien d’illégal selon eux. Qu’il siège au CNT, comme plusieurs autres présidents de faîtières, ne fait que renforcer l’implication de la société civile et de la jeunesse en particulier à un organe dans lequel « tous les acteurs doivent être impliqués ». Quand aux 4 places, elles ont été réservées aux regroupements de jeunesse et pas seulement au CNJ, selon Ibrahim Coulibaly, chargé de la promotion de la Charte africaine de la jeunesse et de l’atteinte de l’Agenda 2063.

Si « aucun texte ne prévoit la démission du président », dans ce cas de figure imprévu l’article 85 cité par ceux qui réclament l’organisation d’une conférence nationale ne peut être utilisé, selon les soutiens du président. Parce que l’empêchement ne peut être retenu que lorsque l’on constate l’incapacité du président à accomplir ses fonctions, or ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de « dossier en retard »,  ajoute Ibrahim Coulibaly.

Quand au fonds, c’est lors d’une réunion que la clé de répartition a été discutée. Il a été « injecté dans le renforcement institutionnel » et les « associations impliquées ont été dotées ».

Ces tiraillements ne sont pas propres au CNJ. C’est même plutôt « une tradition », note le Dr Fodié Tandjigora, sociologue. Dans toutes les faîtières, les responsables appelés ailleurs « ont tenté de garder la main sur leur structure de base, considérant leur deuxième fonction comme provisoire ».

Même si la présence au CNJ apparaît comme la volonté de donner une « caution civile à un pouvoir taxé de militaire », les détracteurs peuvent avoir raison de craindre que cette fonction n’empêche le président du CNJ de jouer pleinement son rôle dans une association « dynamique ».

Si des médiations sont actuellement en cours, le « mieux serait d’amener les différentes tendances à une négociation », afin que les textes soient respectés, pour permettre par exemple que les fonctions du président soient dévolues à quelqu’un d’autre, suggère le Dr Tandjigora.

Fatoumata Maguiraga 

 

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