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Mali – URD : Quel porte-étendard après Soumaïla Cissé ?

Près de 3 mois après le décès de son leader, Soumaïla Cissé, l’Union pour la République et la Démocratie (URD) se remet en marche pour « perpétuer son combat » et honorer sa mémoire. Après la période de deuil, le parti a relancé ses activités politiques avec une première réunion du Bureau exécutif national, début février. Même si la procédure de sélection d’un candidat à la prochaine présidentielle n’est pas encore enclenchée, toutes les attentions se cristallisent sur ce parti, 3ème  force politique du pays en mal  de leader incontesté. Entre les compagnons de longue date de Soumaïla Cissé à l’URD et certaines personnalités politiques en quête de soutien dans la course à Koulouba, la « bataille » de la succession de l’ex-chef de file de l’opposition s’annonce âpre.

 À 12 mois de l’élection présidentielle qui devrait mettre fin à la transition, l’URD est toujours sous le choc de la disparition de Soumaïla Cissé. Mais ce choc « propulse » le parti, qui est en phase de « reprise en main » pour aller vers l’avant. Une marche en avant dont le 1er Vice-président, Salikou Sanogo, qui assure l’intérim à la tête du parti, a rappelé aux militants la nécessité, lors de la réunion du Bureau exécutif national du 9 février 2021. « N’oublions jamais que c’est ensemble, en acceptant d’autres, que nous pouvons perpétuer le combat de notre défunt président afin d’honorer sa mémoire », avait-il affirmé, appelant à « aller à la rencontre de plus de Maliens encore, plus de groupements de Maliens ». Si le parti peut en effet se réjouir d’avoir suscité ces dernières semaines de nombreuses adhésions, dont la plus notable est celle de l’ancien ministre de l’Économie et candidat à la présidentielle de 2018, Mamadou Igor Diarra, le 6 février dernier, il reste tout aussi confronté à la gestion de l’après-Soumaïla.

 Reprendre le flambeau

Au sein de l’URD, malgré des craintes, on affirme que la succession de l’ancien président de l’UEMOA ne posera pas de problèmes puisque les textes règlent la question et que, conformément à ces textes, le porte-étendard sera désigné au moment opportun. « Les gens doivent savoir que l’une des forces de l’URD est son collectif. Nous travaillons tous ensemble, nous formons une équipe et nous voulons gagner ensemble. C’est ce crédo qui anime tous les responsables et militants de l’URD et qui fait en réalité notre force », affirme Demba Traoré, Secrétaire à la communication du parti. « Soumaïla était le candidat naturel. Mais il a toujours été désigné suivant une procédure. Ce sont les sections qui désignent leur candidat et leur choix se portait sur lui. Cela a toujours été respecté. Soumaïla n’étant plus, la procédure est là et elle sera suivie. Les candidats vont se présenter dans les sections et un collège désignera, en fonction du choix des sections, celui qui sera le candidat de l’URD », renchérit Moussa Seye Diallo, son adjoint.

Parmi les noms évoqués en interne, ceux de l’actuel Président par intérim, le Professeur Salikou Sanogo, 77 ans, d’Ibrahim N’diaye, 72 ans et 2ème Vice-Président, tous deux anciens ministres, mais dont l’âge est un handicap dans une élection ouverte où la nouvelle génération compte bien s’imposer. De là à imaginer Bocar Cissé, fils aîné de feu Soumaïla, porter les couleurs du parti ? Ce dernier, quadragénaire et cadre de banque, a démenti l’information selon notre confrère Jeune Afrique. Quant à l’avocat Demba Traoré, qui fut ministre pendant la transition de 2012 et député, il indique avoir toujours joué collectif. « J’ai occupé de hautes fonctions dans ce pays. A chacune de ces occasions j’ai été proposé par mes camarades politiques. Pour moi c’est cela le plus important. Je ne me suis jamais porté candidat à quoi que ce soit, alors que j’en ai le droit. Aujourd’hui je peux vous affirmer que je n’ai dit quoi que ce ne soit à personne par rapport à une éventuelle candidature pour présider le parti ou quelque chose d’autre », déclare sans ambages celui qui ne souhaite pas que le débat soit focalisé sur les personnes. « C’est ensemble que nous pouvons aller à Koulouba. Je veux m’appesantir sur l’existant. Et en termes de candidature, la procédure que le parti prévoit n’est pas encore enclenchée », ajoute t-il.

À ces potentiels prétendants internes est venu s’ajouter Mamadou Igor Diarra, suite à son adhésion à l’URD et la fusion avec le mouvement politique qui avait porté sa candidature en 2018, Mali En Action. Une adhésion « sans conditions » et « entamée bien avant le décès de Soumaïla Cissé », mais qui suscite toutefois beaucoup d’interrogations, même si pour les responsables actuels de l’URD elle ne fait pas de facto de l’ancien ministre de l’Économie, 54 ans et dirigeant du Groupe BOA Bank, le futur porte-étendard du parti. « Maintenant qu’il est membre de l’URD, s’il veut être candidat du parti, il va devoir suivre la procédure. Chez nous, il n’y a pas de nouveaux ni d’anciens adhérents »,  confie Moussa Seye Diallo.

« L’adhésion de Mamadou Igor Diarra n’indique quand même pas qu’il prendra la tête de l’URD. À l’interne, beaucoup de personnes estiment qu’àprès Soumaïla cela devrait être leur tour. Il va donc être très difficile qu’Igor vienne et d’un coup de baguette magique, prenne les rênes. Mais je sais qu’en adhérant à l’URD il n’est pas seulement dans une optique de renforcement du parti. Il a aussi des ambitions personnelles à faire prévaloir », souligne pour sa part l’analyste politique Salia Samaké.

 Le salut par l’extérieur ?

D’autres personnalités externes à l’URD, qui ne possèdent pas d’appareil politique  capable de les mener vers Koulouba en 2022, tenteraient de s’appuyer sur le parti de l’ex-chef de file de l’opposition, implanté à travers tout le territoire et disposant d’un important stock d’élus et de relais locaux. .

Le PDG de Cira Holding SAS, Seydou Mamadou Coulibaly, 56 ans, récemment porté à la tête d’un mouvement aux fins de conquête du pouvoir, Benkan – le pacte citoyen, est en quête d’une base politique solide. Même s’il est aussi annoncé du côté de l’Adema, il serait en discussion avec certains cadres de l’URD et se serait rendu au domicile de Madame Cissé Astan Traoré, veuve de Soumaïla Cissé.

L’ancien Premier ministre Boubou Cissé, 47 ans, à qui certains prêtent une ambition présidentielle, pourrait obtenir le soutien d’une frange du parti, dont sont issus plusieurs membres de sa famille, notamment son oncle Sékou Cissé, influent député élu à Djenné pendant plusieurs législatures. « Bien qu’ancien PM d’IBK, il a toujours respecté l’opposition et Soumaïla Cissé, dont il s’est battu pour obtenir la libération », affirme un cadre de la Primature.

Ces potentiels futurs candidats auraient d’ailleurs plus de chances de porter les couleurs du parti à la prochaine présidentielle, selon les confidences sous anonymat d’une source interne. « Aucun membre du bureau actuel ne pourra être candidat et supporter les frais qui vont avec. C’est pourquoi les personnalités avec de gros moyens financiers ont le plus de chances de porter son étendard ». Selon Salia Samaké, «parmi les têtes présentes actuellement à l’URD, il sera très difficile d’avoir un représentant qui puisse porter l’étendard et obtenir l’adhésion populaire comme Soumaïla. Mais, avec une analyse poussée, on se rend compte que l’opportunité de personnalités externes peut aider le parti à trouver le cheval sur lequel miser », pense également Salia Samaké. Toutefois, l’analyste politique estime que ce sont ces personnalités qui ont besoin de l’URD pour atteindre leur objectif, et non le contraire.

« Ils se disent qu’en termes de poids politique l’URD est un parti assez représentatif. Il est plus facile pour quelqu’un qui a les moyens, en adhérant aujourd’hui à l’URD, de tirer la machine et d’aller de l’avant plutôt que de commencer par un parti qui n’est pas bien implanté. Toutes les personnes à l’affut savent que les difficultés de succession de Soumaïla leur offrent une opportunité pour essayer de gagner de la place. La porte est ouverte à ce niveau », soutient-il.

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