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Ami Yerewolo : La mue

Fin avril, la rappeuse Ami Yerewolo a sorti son troisième album. AY, inspiré de ses initiales et fruit d’un travail avec un label français, regroupe des titres tantôt intimiste, tantôt « egotrip », ce qui permet à l’artiste de s’accepter.

12 ans de carrière et des vertes et des pas mûres vécues. Rétrospectivement, Ami Yerewolo mesure le chemin parcouru. Celui d’une femme amoureuse d’un art et désireuse de montrer son talent. Il se dit souvent qu’entre les désirs et la réalité, il y a plusieurs pas. Elle s’est heurtée à la misogynie du milieu et aux regards et commentaires la renvoyant sans cesse à son genre. « On m’a clairement fait savoir qu’on ne voulait pas de moi. Le talent ne compte pas, les rappeuses ne sont pas considérées». Lorsqu’elle se lance, il lui est prédit une carrière éphémère. Mais sa détermination est la plus forte. Lorsqu’elle décide de sortir un album, des gens du milieu tentent de l’en dissuader, des producteurs lui tournent le dos, mais elle persévère. 2014 pour le premier, le second 4 ans plus tard, tous deux autoproduits. « Je me suis donné comme responsabilité de devenir une référence pour les autres femmes qui aimeraient faire du rap. Je ne saurai abandonner. Un modèle doit servir de phare» se motive Ami Yerewolo.

S’accepter

Ce troisième album aura été pour l’artiste un torrent de découvertes. Pour la première fois, elle travaille avec un producteur, pose des instrumentaux différents et rappe, du pur rap, qu’elle délaissait parfois au profit d’autres styles pour « faire plaisir » aux Maliens. « Cet album parle de moi, je rappe sans filtre, sans me cacher. À travers les textes je me libère, c’est une découverte, je me suis acceptée », explique-t-elle. Pense-t-elle d’abord à elle-même, au détriment du public ? « Je ne sais pas encore si j’ai mon public », répond-elle. Le plus important est de montrer le travail qu’elle a effectué sur sa personne. L’un des titres de l’album « Je gère », évoque notamment cette phase. Elle gère désormais sa vie.

Le succès pour tous

C’est un différentiel de traitement qu’Ami ne comprend guère. « Le rap est le genre le plus écouté au Mali. Il a un grand succès, mais seuls les hommes du domaine bénéficient de cette rente », analyse-t-elle. Avec l’impression qu’il y a une sélection dans la culture malienne. Mais, prévient-elle, celui, ou plutôt celle, qui la fera véritablement rayonner n’est pas parmi ceux qui sont mis en avant.

Boubacar Sidiki Haidara

 Cet article a été publié dans Journal du Mali l’Hebdo n°318 du 13 au 19 mai 2021 

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