Société › Environnement

Mali-Folkecenter : La pollution du fleuve Niger en débat

Mali-Folkecenter a organisé, vendredi 21 mai, sa causerie-débat mensuelle Nyetaa Baro à la Maison des jeunes de Bamako sous le thème : « fleuve Niger : quelles solutions face à la pollution ? » Plusieurs chercheurs, étudiants et associations œuvrant pour la préservation de l’environnement étaient présents.

Le fleuve Niger se meurt. D’année en année, il se rétrécit. Long de 4200 km, dont 1750 km traverse le Mali,  ce poumon socioéconomique et culturel du pays dont vivent directement ou indirectement 80% de la population risque de disparaître, tant sur la qualité de son eau qui s’altère que celle de sa quantité qui diminue. Le constat est criard et interpelle. C’est dans cette optique que l’ONG de défense de l’environnement, Mali-Folkecenter a dédié son dernier Nyetaa Baro à la sauvegarde du fleuve Niger, une causerie-débat visant à appeler à plus de solidarité autour de lui. « Nous sommes engagés dans les questions environnementales depuis notre création. Et qui parle d’environnement au Mali, parle d’une ressource nourricière sur le sol qui est le fleuve Niger.

Il est le cordon ombilical de notre histoire socioéconomique et culturelle. Étant menacé, il est donc naturel que Mali-Folkecenter puisse réunir des experts nationaux et des autorités politiques et administratives ainsi que des acteurs de la société civile pour discuter du problème et des solutions y afférentes.  Et je pense que c’est un message de solidarité et de responsabilité qui a surtout été lancé autour du fleuve Niger», explique Dr.Ibrahim Togola, président du conseil d’administration de Mali-Folkecenter.

Selon Moussa Diamoye, directeur général adjoint de l’Agence du bassin du fleuve Niger (ABFN), « La pollution de l’eau est la détérioration des caractéristiques physiques, chimiques et biologiques de l’eau. »  Il a déclaré que son service a commandé une étude sur la pollution du fleuve Niger en 2016. Et les sources de pollution identifiées sont principalement urbaines, agricoles, industrielles et artisanales, principalement causées par les changements climatiques et les activités humaines. « La pollution sur le fleuve a comme conséquences la prolifération des plantes aquatiques nuisibles, la diminution, voire l’arrêt des écoulements du fait de l’ensablement, les atteintes à la diversité biologique », a-t-il expliqué.

611 548 m3 d’eaux usées dans le fleuve Niger par jour

Le Pr. Sidy Ba, expert en génie chimique et environnemental à l’École nationale d’ingénieurs de Bamako a réalisé une étude cartographique sur les collecteurs d’eau à Bamako. L’étude a dénombré  94 collecteurs, dont 70 construits et 24 naturels. Aussi, 58 des 94 collecteurs aboutissent-ils au fleuve Niger pour y déverser leurs eaux, constituant ainsi des points de pollution pour le fleuve Niger.  L’étude a permis  d’estimer le débit cumulé des eaux usées rejetées dans le fleuve Niger à la traversée de Bamako à 7,08 m3/s, soit une quantité d’eau polluée d’environ 611 548 m3  par jour. « Le constat prouve que le fleuve Niger est de plus en plus pollué à Bamako. Et on n’a pas besoin d’aller analyser l’eau du fleuve pour le savoir parce qu’ on n’a pas de station de traitement des eaux usées même si les collecteurs étaient prévus, à l’origine, pour le drainage des eaux fluviales.

Mais du fait que les déchets sont déchargés dans ces collecteurs, ces eaux fluviales deviennent des eaux usées qui sont directement drainées dans le fleuve sans être traitées par une station adéquate. C’est face à cela qu’on a eu  l’idée de mener cette étude. Et pour quantifier l’ampleur de cette pollution, il fallait déterminer par quelles voies ces eaux arrivent dans le fleuve et on s’est rendu compte que c’est principalement par les collecteurs. Et quand on a été voir s’il y avait une carte pour les collecteurs de la ville, on s’est rendu compte qu’il n’y en avait pas. Donc c’est de là qu’est venue l’idée de faire une cartographie des collecteurs et faire une estimation des eaux qui arrivent dans le fleuve à travers ces collecteurs », explique le Pr. Sidy Ba.

Comme solution, l’expert en génie chimique et environnemental propose la mise en place de « deux collecteurs principaux qui longent le fleuve Niger sur les deux rives. Au lieu que les eaux usées drainées par les collecteurs arrivent directement au fleuve, il faut les collecter dans un collecteur principal et puis aller vers une station de traitement avant de les rejeter dans le fleuve Niger.»

Plusieurs autres recommandations ont été faites par les participants, notamment, aller vers l’engagement citoyen et multiplier les sensibilisations à l’égard des décideurs politiques. Le président du conseil d’administration de Mali-Folkecenter déclare avoir pris bonne note. « Nous allons nous réunir autour des recommandations et essayer de réunir nos forces avec des acteurs de la jeunesse et de la presse pour conscientiser et emmener nos autorités à prendre des décisions qu’il faut. »

Boubacar Diallo

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