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Opérateurs culturels : Des clous dans les spectacles

Annulations de dernière minute, pressions, difficulté d’obtenir une salle, les écueils sont nombreux pour les opérateurs culturels, qui s’interrogent.

Dur, dur d’être un opérateur culturel par les temps qui courent. Et ce n’est sûrement pas Abou Guitteye qui dira le contraire. Promoteur d’Africa Scene et organisateur du show culturel mensuel Bama Art, il a dû d’annuler son spécial Selifitini, qui devait débuter le jour de la fête de l’Aïd, le 12 mai. C’est via les réseaux sociaux qu’il l’a annoncé, contraint selon lui par la mairie de la Commune III, qui lui ferait subir un chantage. Les messages de soutien à Bama-Art se sont multipliés. M. Guitteye a décidé d’attaquer la mairie, qui n’a pas encore souhaité s’exprimer. Cette affaire illustre les difficultés auxquelles font face les opérateurs culturels pour monter un spectacle ou organiser un show. « Pour faire un évènement culturel, il faut engager ses propres fonds, parce que ni les banques, ni les autorités, ni même les sponsors, qui donnent le plus souvent des miettes, ne t’accompagnent » peste un acteur. C’est donc prendre les risques sur ses propres deniers ou emprunter auprès d’un tiers, sans aucune assurance de réussite, donc d’un retour sur investissement. Pandémie de Covid oblige, le challenge est tenir son évènement à la date prévue.

Lourdes pertes

Le 10 avril dernier, annoncé en grande pompe, le BMS Show (Ballinu Montana Sissoko), organisé par l’influenceur homonyme, a été reporté à quelques heures du méga concert, victime collatérale des mesures prises par le gouvernement pour inverser la courbe des contaminations. Mauvaise surprise à l’arrivée du jet, affrété pour 33 millions de francs CFA, assure M. Montana, pour transporter l’artiste Wizkid. En tout, il aurait déboursé 138 millions pour la location des équipements, les cachets… « Dans le show-biz, ce sont des sommes qui ne sont pas remboursées ». Une nouvelle date doit donc être trouvée. BMS vise le mois de juin, mais exige d’abord des autorités de le « sécuriser » avant de se lancer. De nouveaux fonds doivent être engagés, « pour faire de nouvelles affiches et peut-être affréter un autre jet privé ».

Fuir le pays?

Pour des acteurs culturels, c’est une éventualité. Devant l’incapacité d’obtenir des salles, expérience vécue par l’humoriste Kanté la semaine dernière, certains envisagent fortement de délocaliser leurs évènements à l’extérieur du Mali. « Iba One, Sidiki Diabaté ou encore Oumou Sangaré font déjà des spectacles en Côte d’Ivoire ou ailleurs, et ce sont des réussites. Cela pourrait faire des émules », constate l’un d’eux.

Boubacar Sidiki Haidara

 Cet article a été publié dans Journal du Mali l’Hebdo n°319 du 13 au 19 mai 2021 

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