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Mali – Centre Karama : Un espoir pour les enfants non scolarisés

Apporter le sourire à des enfants déscolarisés et oubliés, sans repères, parfois obligés de mendier et de travailler durement pour aider leurs familles, c’est la raison d’être du Centre spécial Karama. Une chance de s’instruire et d’avoir un avenir. Cette école, pour les enfants, est synonyme d’épanouissement, de liberté et surtout d’opportunité de se construire.

C’est dans une pirogue avec une quarantaine d’enfants à bord que le départ est pris. Habillés en tenue scolaire, la joie de vivre se lit sur leurs visages. Heureux, ils mangent leurs beignets, se chamaillent, et l’odeur du Lipton chaud envahit toute la pirogue. Bruits de moteur, air pur, les mains dans l’eau, sereins et apaisés, les enfants sont joyeux et leurs gestes le traduisent. Arrivés sur l’îlot, situé à Badalabougou, le Directeur, Broulaye Konaté, pas peu fier, fait la genèse du centre d’apprentissage. « Lors d’une visite touristique, la Coordinatrice de l’association Karama, Marie Garnier, a constaté dans le campement bozo que les enfants n’avaient pas accès à l’école et que les plus petits faisaient la manche, ce qui l’a décidé à construire une école à cet endroit en 2017 pour eux tous ».

Ici, il n’y a pas de drapeau, parce que l’établissement n’est pas officiellement reconnu par l’État, malgré des démarches entreprises depuis une année auprès de la mairie de la Commune VI. C’est donc autour d’un arbre que les enfants, les mains sur la poitrine, tous en chœur, chantent l’hymne national du Mali, moment de grande solennité.

Il est important de noter que malgré le fait que le centre n’ait pas encore d’agrément, il travaille avec l’Académie de la rive droite et le CAP de Torokorobougou pour offrir le meilleur à ses élèves en termes de contenus scolaires et pédagogiques.

L’enseignement dans ce centre est ludique. Les enfants, au delà des cours, participent à des jeux, à des activités récréatives, à des ateliers de danse et de création avec des bénévoles, comme la star féminine du rap malien Ami Yerewolo et tant d’autres personnes qui se sentent concernées et impliquées, vu la situation de ces enfants. On leur enseigne le français mais aussi la langue, la culture et les valeurs bozos. Un enseignement dispensé par un membre de leur communauté afin de préserver cette culture.

L’établissement compte plus de 80 élèves, qui ne sont pas tous bozos, répartis en trois classes, de la première à la troisième année. « Au départ, les parents étaient réticents et préféraient garder leurs enfants à la maison ou les envoyer au bord du goudron mendier ou vendre des sachets d’eaux. Nous avons débuté avec une quarantaine d’élèves et aujourd’hui nous en sommes à plus du double. Actuellement, nous avons beaucoup de demandes d’autres campements qui souhaitent venir dans notre centre, mais les moyens manquent. Nous sommes donc à la recherche de partenaires », explique Marie Garnier, fondatrice de l’association Karama.

Donner une chance

Les grands axes du centre sont l’environnement, la sauvegarde du fleuve Niger et la valorisation des savoirs locaux. Enthousiastes, les enfants savent ce qu’ils lui doivent. Fatoumata Traoré, 12 ans, élève de troisième année, en est le plus beau témoignage. « Avant la création de ce centre, je travaillais pour ma mère, je lavais des habits et je vendais des beignets au quotidien, aujourd’hui, grâce à ce centre, j’apprends énormément et je rêve de devenir docteure ». Si Fatoumata a ce rêve aujourd’hui, c’est grâce à Karama, et elle n’est pas la seule. Ses amis rêvent de devenir enseignants, journalistes, médecins, et aspirent à gagner décemment leur vie pour venir en aide à leurs parents et à toute leur famille. La jeune Maïmouna Traoré le dis clairement : « j’étudie aujourd’hui pour pouvoir aider mon père, ma mère et tous mes parents qui sont dans le besoin ».

Mais son rêve risque de prendre du plomb dans l’aile car le centre est menacé de fermeture, faute de moyens. « Notre plus grand souhait est de voir ce centre devenir une école publique pour offrir la meilleure éducation possible à tous ces enfants, qui en ont besoin », espère Marie Garnier.

Yehiya Boré

 

Cet article a été publié dans Journal du Mali l’Hebdo n°322 du 10 au 16 juin 2021 

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