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Tombouctou : Un quartier, une danse

La ville de Tombouctou est connue de par le monde comme une ville légendaire, à la culture immense, belle et historique. Énormément d’évènements, des manifestations culturelles notamment, ont contribué à faire sa gloire. Parmi elles, on compte ses danses, véritable fierté des habitants de la Cité des 333 saints. Particularité : chaque quartier a sa danse, qui a sa signification et son histoire.

« L’or vient du sud, le sel vient du nord, l’argent vient du pays du Blanc mais les paroles de Dieu, les choses savantes et les jolis contes, on ne les trouve qu’à Tombouctou », dit un proverbe populaire de la Cité des 333 saints, longtemps considéré comme une ville des lumières, joyau du Bilal el Sudan et carrefour du savoir en Afrique. La ville, qui a abrité l’une des plus anciennes universités africaines, celle de Sankoré, a une autre particularité : chacun de ses quartiers à sa propre danse, le barbarba, le bellé-idjé, le diaba, le hala et le dimba.

Le barbaba ou danse des bouchers est typique du quartier Djingareiber. C’est une tradition pour conjurer les mauvais sorts lancés aux bouchers quand la viande n’est pas de bonne qualité. Ces derniers sont insultés, injuriés, traités de tous les noms. À travers cette danse, ils rejettent toutes ces insultes et s’immunisent contre toutes les « langues noires ».

Le bellé-idjé est la danse d’Abaradjou, celle des mineurs de sel gemme revenant de Taoudénit, où le travail est extrêmement pénible, après la saison froide. Ils dansent et chantent avec leurs familles, leurs amis et leurs enfants. Cette danse, qui se fait au clair de la lune, est leur façon d’exprimer leur liberté, leur joie d’avoir quitté cet enfer et de retrouver Tombouctou.

D’une liberté à une autre Le diaba, danse des Kel Tamasheqs noirs du quartier Bella Farandi, est synonyme de liberté pour les habitants. Ils saluent la fin des travaux forcés, en 1947, car c’étaient surtout eux qui, de force, étaient réquisitionnés pour construire les routes et cultiver les terres. Chaque pas de cette danse est le témoignage d’une liberté retrouvée et l’occasion de la célébrer.

Les danses ne se limitent pas qu’à célébrer des épisodes de la vie. L’ardeur au travail trouve aussi sa reconnaissance dans ces mouvements du corps. Tel le hala, danse des cultivateurs du quartier de Sareykeyna. C’est une danse de réjouissances. Après une longue journée de travail, d’investissement collectif ou individuel dans les champs, les cultivateurs, à leur retour sont

accueillis par leurs proches. Tous ensemble, ils dansent pour rejoindre leurs maisons et célèbrent la fin d’une dure journée de labeur.

Le dimba est la danse des maçons du quartier de Sankoré. Lorsqu’un maçon ou un membre de sa famille se marie, on se retrouve dans l’après-midi pour le danser, souvent avec de larges chapeaux, pour montrer qu’on est fier d’être maçon ou pour exprimer sa joie à la fin d’une belle construction.

Au fil des années, ces danses, faites avec grâce, passion et sourires, ont évolué, se sont améliorées et sont même parvenues à s’imposer aux orchestres dits modernes.  Il n’était pas permis qu’il y ait des manifestations en même temps dans des quartiers différents, pour permettre aux habitants de tous les quartiers de se retrouver dans un même lieu afin de passer ensemble des moments de joie, de cohésion sociale et de vivre ensemble.

Pour Salem Ould Elhadj, historien, écrivain-chercheur, officier de l’Ordre national du mérite originaire de la Cité mystérieuse : « ces danses traditionnelles permettent aux familles de différents quartiers unies par des liens de mariage de se retrouver dans la bonne humeur. Elles symbolisent aussi la grande solidarité humaine qui fait la fierté de tout Tombouctou ».

Yehiya Boré

Cet article a été publié dans Journal du Mali l’Hebdo n°324 du 24 au 30 juin 2021

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