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Artemisia : Des vertus insoupçonnées

L’Artemisia est une plante séculaire reconnue pour ses nombreuses vertus, dont celles de prévenir et de soigner le paludisme. Mais son usage au Mali, comme pour de nombreux médicaments « traditionnels », n’est pas encore homologué par les autorités scientifiques. Néanmoins, depuis quelques années, ses acteurs souhaitent promouvoir davantage cette plante pour contribuer à la lutte contre les maladies et à la création d’emplois.

En pleine crise du coronavirus, alors que le monde scientifique n’avait pas fini de s’interroger, l’Artemisia faisait beaucoup parler d’elle. Si la plante n’est pas adoptée comme un remède miracle, ses capacités à renforcer le système immunitaire refont surface. La plante, déjà utilisée dans la médecine traditionnelle en Chine et en Afrique de l’Est, est très prisée. Au Mali, le plant est cédé 10 000 francs CFA et l’offre est très insuffisante. Le Fonds d’appui à la création d’entreprises par les jeunes (Facej), un programme de l’ONG Swisscontact, qui appuie les promoteurs d’entreprise dans la recherche de financements a décidé d’y investir.

Dans la lutte contre la Covid-19, plusieurs entreprises se sont engagées dans la fabrication de masques et de savons, entre autres. Le fonds a proposé une alternative et subventionné une cinquantaine d’entreprises à Bamako, Sikasso, Bougouni, Ségou, Diré, Goundam, Koulikoro, Kati et Kabala pour la culture de l’Artemisia.

Pour M. Elie Sinayoko, chargé de promotion de la Chaîne de valeur Artémisia au FACEJ, si l’idée « était de les aider à cultiver la plante parce qu’en 2020 l’offre était très insuffisante », il est intéressant d’en faire la promotion, parce que le produit « est abordable et utilisé déjà à titre préventif dans beaucoup de pays ». Même si les « ventes sont timides », il espère que les vertus seront bientôt connues au Mali afin que le paludisme cesse de faire des ravages.

Caution scientifique

Le principe actif de la plante sert de base aux traitements antipaludéens, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne le recommande pas en phytothérapie. Pourtant, certains scientifiques présentent l’Artemisia comme une solution pour l’Afrique, qui paye un lourd tribut au paludisme avec environ 90% des 445 000 décès annuels dus à la maladie dans le monde.

La Professeure Rokia Sanogo, cheffe du Département de médecine traditionnelle de l’Institut national de santé publique (INSP), impliquée dans des projets sur l’Artemisia au plan africain, analyse le contexte. « Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un mouvement. Certains se mobilisent pour en faire la culture ». Mais il faut aller « à un contrôle de ce qui est fait ». Dans le cadre d’une « démarche professionnelle », elle a rencontré le Programme national de lutte contre le paludisme(PNLP), le Malaria Research and Training Center (MRTC) et se dit «  intéressée pour faire le travail de contrôle » et déterminer notamment, dans le « contexte malien », quelle est la qualité de la plante et comment faire si on veut l’utiliser pour soigner.

Des acteurs engagés

Madame Coulibaly Fanta Traoré a « tout abandonné » pour se consacrer au développement d’Artemisia après un voyage en Suisse en 2017. Elle suit une série de formations en France et en Afrique et devient la Présidente de la première Maison d’Artémisia de Kati. Elle a formé à ce jour plus de 2 000 personnes dans 100 villages sur les techniques de culture de la plante et sa transformation. Dans les villages qui ne peuvent pas payer, elle forme gratuitement 5 personnes contre 10 à Bamako, parce qu’elle est « décidée à faire la promotion de cette plante », dont elle apprécie les vertus.

Une plante facile à cultiver, sauf pour la germination, l’une des difficultés du processus. Mais la plante est résistante une fois cette technique maîtrisée. Deux variétés aux mêmes vertus sont mises en œuvre par les Maisons d’Artémisia. L’Artemisia afra a l’avantage de vivre plusieurs années, alors que l’Artemisia annua donne des graines et meurt au bout d’une seule. Puisqu’il est difficile de la multiplier par les graines, il faut faire du bouturage.

Le Bénin a autorisé la vente de traitements et la Maison d’Artemisia de Lubile, en RDC, pourrait devenir un centre de référence de l’OMS pour des études cliniques, grâce à un partenariat.

« Les Maisons d’Artémisia est une association humanitaire française de lutte contre le paludisme par les Artemisia annua et afra à destination des populations les plus vulnérables  du Sud». L’association, qui annonce 6 000 000 de traitements depuis sa création, en 2013, en compte 104 dans 24 pays.

Fatoumata Maguiraga

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