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Pèlerinage Maâya Sira : pour la restauration de nos valeurs ancestrales

Maâya Sira est un pèlerinage annuel qui veut restaurer le patrimoine traditionnel et culturel subsaharien à travers des récits oraux, des initiations sacrées et des pratiques cultuelles. La 6ème édition s’est tenue du 16 au 22 décembre dernier.

« Tant que les Noirs continueront d’être embarqués dans les wagons religieux des autres, nous ne sortirons jamais du dogmatisme destructeur, de l’esclavage mental, des souffrances multiformes, de la pauvreté spirituelle et matérielle, de la maladie mentale et nous resterons sous la domination des autres», lance Kôrêdjo – Missa Doumbia, Président fondateur de Maâya Blôn, une association panafricaine culturelle, spirituelle et philosophique organisatrice du pèlerinage Maâya Sira.

Cette série de dévotions a lieu maintenant depuis six ans, non en respect des religions révélées, mais pour célébrer « nos ancêtres ». Son but est de réhabiliter la « tradition spirituelle ancestrale » en revalorisant les valeurs fondatrices de la société malienne, et africaine en général.

L’initiative vient de Kôrêdjo – Missa Doumbia, un ingénieur électricien diplômé de l’Institut polytechnique de Leningrad, en ex-Union Soviétique, et d’un Master spécialisé en informatique industrielle en France. « Nous l’avons initié pour remettre à l’endroit tout ce qui a été mis à l’envers par la violence effroyable de l’histoire, rebâtir nos valeurs civilisationnelles et tout ce qui a été détruit par les fossoyeurs de l’humanité », explique-t-il.

Dans un pays à forte majorité musulmane, comment réussir un tel travail de conscientisation qui peut se buter à de nombreux obstacles ? « Nous sommes en mission des ancêtres, pour laver leur honneur. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation avec qui que ce soit. Est-il digne et acceptable pour un être sensé que d’autres influences (Islam, Christianisme) trouvent leur place dans sa propre maison et non sa tradition spirituelle ?», répond le Président fondateur de Maâya Blôn.

Le pèlerinage Maâya Sira se tient sur plusieurs sites avec différentes activités. Les journées de conférences se tiennent dans la ville de Bamako. Quant aux cultes, ils se tiennent dans un village du Manden. Les cérémonies initiatiques ont lieu dans un village du Djitoumou et un village du Bélédougou a été choisi pour les cérémonies de célébration de mariages et de baptêmes traditionnels.

Difficultés

L’organisation du pèlerinage Maâya Sira n’est pas sans difficultés pour l’association Maâya Blôn. La première est d’ordre financier. En six ans d’existence, le pèlerinage n’a jamais bénéficié de l’accompagnement de l’État. « Nos membres sont en majorité des ruraux très pauvres. Les autorités du Mali ne nous ont jamais accordé un franc CFA pour nous soutenir. Elles ne répondent même pas à nos invitations pour présider la cérémonie d’ouverture ».

Cependant Kôrêdjo – Missa Doumbia reconnaît que pour l’édition 2020 la ministre de la Culture Kadiatou Konaré était présente au lancement des activités. En outre, à cause de leurs prises de position en faveur des valeurs traditionnelles maliennes et africaines en général, certains membres de Maâya Blôn sont constamment traités « d’athées », s’exposant ainsi à des menaces et injures.

« Dans le dévoilement des faits réels de l’histoire, ou même du présent, il y a toujours un risque à lever le voile qui couvre les secrets. Ce risque est celui que comporte toute recherche de la vérité lorsqu’elle met en cause des intérêts puissants. Ce que nous dénonçons, c’est l’exploitation criminelle de la religion et non la religion elle-même », explique M. Doumbia.

Cependant, il en faudra beaucoup plus pour détourner Maâya Blôn de sa mission. L’association entend continuer à se dresser comme une véritable sentinelle pour la restauration de « nos valeurs traditionnelles ancestrales, réhabiliter nos cultes, nos rituels sociétaux, afin que la jeunesse sache de quoi il s’agit ».

Elle demande également au gouvernement d’instituer une journée pour sa fête. « Cette indifférence des autorités nous désole énormément », conclut Kôrêdjo – Missa Doumbia.

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