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Ibrahim Maïga: « Il est trop tôt pour parler d’amélioration de la situation »

Ibrahim Maïga, chercheur à l'institut ISS Africa

Ce 20 janvier marque les 61 ans de l’armée malienne. Un anniversaire qui intervient dans un contexte de lutte antiterroriste dans laquelle les FAMa enregistrent des succès. Mais pour l’analyste sécuritaire Ibrahim Maïga, il est encore trop tôt pour parler de victoire.  

Les FAMa multiplient les succès contre les groupes terroristes et on sent une nette amélioration de la situation sécuritaire dans le centre du pays. Qu’est-ce qui explique ce changement de rapports de force ?

Je pense qu’à ce stade il est trop tôt pour parler de « nette amélioration », mais on sent une accalmie qui est peut-être le signe d’une montée en puissance réelle de l’armée. Le défi aujourd’hui est de traduire ces victoires tactiques en succès stratégiques. Il faudrait pour cela qu’une offre politique accompagne la réponse militaire.

Quid de l’implication de ceux que la communauté internationale appelle « mercenaires russes » et que nos autorités qualifient « d’instructeurs russes » ?

Je n’ai toujours pas de preuve de l’implication de ce qu’on appelle des « mercenaires russes ». On sait qu’il y a des instructeurs russes et le gouvernement malien ne s’en est pas caché. Même s’il y a un autre partenaire sur le terrain, sa présence à elle seule ne permet pas d’expliquer les relatifs succès récents, qui sont importants pour le moral des troupes et du peuple malien. Mais il faut être extrêmement prudent. Ce n’est pas la première fois que nous avons une accalmie consécutive à des opérations militaires d’envergure. Il faudra attendre des semaines, voire des mois, pour aboutir à une tendance qui illustre une nette amélioration de la situation.

Peut-on aujourd’hui dire que l’armée malienne peut combler le vide sécuritaire que le retrait de Barkhane pourrait occasionner ?

Ce sera extrêmement difficile, car l’armée malienne ne dispose pas des effectifs et des moyens logistiques nécessaires pour assurer une couverture optimale du territoire national, très vaste. Un retrait précipité des forces françaises créerait un vide qu’il faudra très rapidement chercher à combler. Il trouver un modus operandi avec elles pour éviter que leur départ ne débouche sur des complications supplémentaires.

Le ministère de la Défense a lancé un recrutement spécial pour les régions du centre et du nord. Dans quel but ? 

Cela vise trois objectifs. D’abord, c’est une façon d’aller rapidement vers le DDR accéléré, l’intégration d’individus qui combattent sur le terrain avec les FAMa. Ensuite, c’est pour renforcer les capacités en ressources humaines des forces armées maliennes. Enfin, c’est pour donner le visage d’une armée multiethnique et multicommunautaire, à l’image du Mali. Mais ce n’est pas la panacée, car la formation reste l’un des défis majeurs des FAMa.

Boubacar Diallo

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