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Tombouctou – Gao : une vie à l’écart d’Internet

A titre illustratif, photo prise au crépuscule dans le cercle de Niafunké et publiée le 9 février 2019 sur Facebook - Crédit photo : Dr Allaye Bocoum

À l’heure où le monde se rue sur le réseau internet 5G, les habitants du Septentrion malien sont encore en quête d’une bonne connexion. Privée d’Internet haut débit depuis août 2021, suite à des perturbations liées à des actes de vandalisme contre les installations techniques des opérateurs de téléphonie Orange et Moov Africa Malitel, c’est tout une population qui réapprend à vivre sans Internet en plein 21ème siècle.

Avoir Internet est un privilège. Oumou Tounkara, 19 ans, le sait maintenant. La ressortissante de Niafunké, qui l’utilisait surtout auparavant pour faire le tour des réseaux sociaux, traine aujourd’hui son spleen. « Sans WhatsApp, Facebook… je me demande souvent comment les gens arrivent à tenir », confie-t-elle.

Dans sa localité, il faut parcourir à peu près 3 km en dehors de la ville, derrière le poste des forces de sécurité, pour avoir accès à un brin de connexion internet. « On dirait des drogués. Du matin au soir, les gens errent partout pour venir prendre leur dose au lieu où se trouve l’antenne de Malitel », explique hilare Soumaila Traoré, domicilié en ce lieu. Selon lui, certains y passent même la nuit où la connexion est la plus rapide. Notamment les travailleurs des organisations non gouvernementales, qui, « pour envoyer ou recevoir des mails, ont mille et un problèmes », déplore Kaourodo Daou, agent d’une ONG.

La situation est pareille dans les autres villes du nord. Comme à Diré, là où Djeneba Maïga n’a pas pu partager sur Facebook les photos du baptême de ses jumeaux et celles du « Mariage mondial » de sa meilleure amie. Privée d’Internet, elle se résigne. « Il faut monter sur le toit de sa maison ou patienter très tard dans la nuit pour avoir un tout petit peu le réseau internet. Arrivé à ce niveau, mieux vaut essayer de vivre sans », dit-elle.

Abandon

Autre localité, même préoccupation. À Ansongo, Aliou Adourahamane n’a plus l’opportunité de partager sur les réseaux sociaux « les nombreuses souffrances » que, d’après lui, vivent les villages de son cercle. « Avec la crise sécuritaire au nord depuis 2012, et qui n’a cessé d’intensifier, on croyait que rien de plus grave ne pouvait nous arriver. La pilule devient plus amère avec cette coupure d’Internet, car ça nous donne l’impression d’être à l’écart de la marche du monde  sans pouvoir le dénoncer », regrette Aliou, pour lequel cette situation suscite un sentiment d’abandon chez des nordistes. Ce sentiment grandit d’autant plus que la situation n’est pas déplorée « dans les discours des dirigeants du pays, alors même que les communications téléphoniques sont aussi instables depuis plusieurs mois chez nous », dénonce-t-il.

Frustration

« On avait connu des problèmes de débit, ruptures de communication au nord pendant 24h voire 72h, mais jamais cela n’avait duré autant », analyse Ibrahima Maïga, spécialiste des questions de paix et de sécurité au Sahel. Pour lui, c’est pourquoi la situation suscite des réactions de frustration. « Pour les nordistes, c’est une démonstration supplémentaire de leur statut de Maliens de seconde zone parce que privés de tout, y compris de possibilité de communiquer avec le reste du monde », explique-t-il.

Les perturbations de l’Internet au nord selon Yacouba Poudiougou, agent Orange Mali basé à Youwarou, « sont dues au sabotage de l’antenne de Sendegue, dans la circonscription de Konna, qui sert de relais Internet pour tout le nord. C’est cela qui a causé le problème ». Un problème à l’issue encore incertaine et qui dure depuis déjà six mois.

Aly Asmane Ascofaré

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