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Ménaka : SOS assistance humanitaire

Photo archives - illustration_ Entrée de Menaka _ Crédit photo: Kassim Traoré - VOA

Sous coup d’une offensive djihadiste de l’EIGS depuis début mars 2022, la localité de Ménaka accueille des milliers de déplacés venant des villages environnants. Conséquence : elle est aujourd’hui confrontée à « une grave crise humanitaire », alertent plusieurs autorités locales et organisations humanitaires.

« Les populations déplacées de Ménaka appellent à l’aide ». C’est, entre autres, avec ce slogan que la population civile de Ménaka s’est exprimée le 6 juin lors d’une marche silencieuse, avec un appel à la rescousse face aux « graves violations des droits de l’Homme », à savoir les massacres de Tamalate, Inchinane, Inekar et Emiss-Emiss par le groupe État islamique.

Ces massacres ont fait « des veuves et des orphelins innombrables, des pertes de tous leurs biens poussant à un déplacement massif des populations, créé une insécurité résiduelle dans les villes et sur les axes routiers, occasionné des enlèvements, des braquages et des viols », énumère le Conseil régional de la société civile à travers un communiqué. Il invite les organismes humanitaires à renforcer l’assistance aux personnes déplacées internes.

Ce sont « plus de 1 500 civils qui se sont retrouvés en déplacement forcé, dont l’écrasante majorité se retrouve aujourd’hui dans une situation précaire, notamment dans la localité d’Andéramboukane, où l’on compte 100 ménages, soit près de 600 personnes. On a aussi répertorié 70 ménages à Inékar, soit 420 personnes, et enfin 480 personnes à Iguizragane», avait annoncé dès le 14 mars le bureau du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) au Mali. Son représentant, Mohamed Touré, en déplacement dans la localité, avait évoqué une inquiétude pour « ces déplacés internes, qui ont fui les combats et se sont retrouvés dans des situations de grande précarité parce que, dans leur fuite, ils ont tout laissé derrière eux ».

À sa suite, la  MINUSMA a annoncé, via un communiqué de presse le 31 mars dernier, être préoccupée par la dégradation de la situation sécuritaire dans la région et son impact sur les populations civiles. Partant de ce constat, le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies au Mali et chef de la MINUSMA, El-Gassim Wane, s’est rendu le 31 mai dans la ville pour rencontrer les autorités locales, les représentants de la société civile et les personnes déplacées suite aux conflits.

« À Ménaka, j’ai entendu des témoignages poignants sur le sort des populations affectées. Tout doit être fait pour renforcer l’appui qui leur est apporté. Pour sa part, la MINUSMA, conformément à son mandat, continuera à faciliter l’assistance humanitaire », promet-il.

Solution pérenne

Tout comme M. Wane, le 6 juin, Antoine Grand, chef de la délégation du Comité International de la Croix Rouge au Mali (CICR) s’est dit, à travers un tweet, « très préoccupé par la situation humanitaire à Ménaka », tout en assurant que ses équipes « sont en train de renforcer significativement la présence et la réponse du CICR sur place pour faire face aux besoins ».

Parmi les priorités de l’assistance humanitaire : l’eau.  « Étant source de vie, nous appelons les autorités à trouver une solution pérenne au problème d’eau que vivent les populations de Ménaka. À cela s’ajoute le problème de l’électricité, qui entrave plusieurs activités économiques à cause des coupures intempestives depuis le mois de Carême », plaide le Président du Conseil régional de la société civile, Sidi Barka.

Selon une source locale, « à Ménaka, on dépense plus pour l’eau que pour les condiments. Une barrique coûte 1 000 francs. Donc cinq barriques par jour c’est 5000 francs, soit 150 000 francs par mois. C’est intenable », argue-t-il.

Outre l’aide humanitaire, les habitants de la localité « exhortent l’État et ses partenaires à redéployer, dans la mesure du possible », les forces de sécurité pour la sécurisation des personnes et la reconquête des zones abandonnées.

C’est dans ce cadre que le gouvernement a envoyé une délégation en avril dernier dans la zone, « pour affirmer la compassion et le soutien des autorités ». Conduite par le Ministre de la Réconciliation, de la paix et de la cohésion nationale, le Colonel Major Ismaël Wagué, elle a remis quarante tonnes de vivres aux déplacées et s’est imprégnée de la « situation sécuritaire de la région lors d’une rencontre avec les groupes armés signataires de l’Accord de paix ».

Un soutien jugé insatisfaisant, à en croire les banderoles des manifestants. Sur l’une d’elle on pouvait lire : « le silence du Mali et de la communauté internationale sur les massacres à Ménaka, pourquoi ? ».

Aly Asmane Ascofaré

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