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Basket-ball : le revers des médailles

Si le basket-ball est le sport collectif qui a rapporté le plus de trophées au Mali, le boycott par l’équipe nationale senior, le 1er juillet dernier, des qualifications pour la Coupe du monde, a mis en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les athlètes de la discipline. Au-delà des réussites et des performances, focus sur les scandales qui ternissent le basket malien. 

Comme souvent, quand il s’agit du pays, c’est d’abord le « patriotisme » qui prévaut. Le souhait de ne pas ternir l’image de la Nation, la peur de ne pas être indexé. Jusqu’au jour où la patience atteint ses limites. Et que Ibrahim Djambo et ses camarades disent « il faut que les choses changent. On veut un changement au niveau de la fédération et au ministère. On veut juste un petit respect de ce que nous sommes en train de faire comme boulot. C’est notre travail, on vit de ça ».

Le 1er juillet 2022, à la surprise générale, le score du match d’ouverture de la 3ème fenêtre des qualifications pour la Coupe du monde de basket 2023, opposant le Mali à l’Ouganda, affiche 20 à 0 en faveur des Ougandais. Le Mali vient de perdre sur tapis vert après le refus de jouer de ses basketteurs. Pour cause de non paiement de primes.

Un problème pour lequel les sportifs avaient refusé de s’entraîner lors de la préparation à Bamako et pour lequel ils refusent de jouer de nouveau lors du deuxième match contre le Nigeria, le 2 juillet dernier.

« Depuis Bamako il y a eu trop de problèmes : de primes, de papiers, d’hôtel… Mais on nous a fait des promesses et nous avons accepté de venir à Kigali jouer. Mais il n’y a rien qui ait été fixé, ni arrangé. On arrive à 10, avec des joueurs qui restent à Bamako faute de papiers. Alors que ce sont des choses qui auraient pu être réglées depuis des semaines, pendant qu’on était à Bamako, mais rien n’a été fait », regrette le basketteur Ibrahim Djambo, accompagné de ses coéquipiers, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux le week-end dernier.

L’acte leur a valu une exclusion de la compétition, après une décision de la Fédération internationale de basket-ball (FIBA). « Selon le Règlement officiel du basket-ball, si une équipe perd par forfait deux fois dans le même tournoi elle est disqualifiée du tournoi et les résultats des matchs joués par cette équipe sont annulés », a indiqué l’instance internationale de basket-ball dans un communiqué le 2 juillet 2022.

« Des sanctions »

La Fédération balienne de Basket-ball (FMBB) n’a pas tardé à réagir, dès le 1er juillet. Elle s’est dite surprise de l’acte des joueurs et rappelle « qu’en plus des primes de sélections perçues, le transport international de la compétition et la mise au vert à Bamako ont été entièrement pris en charge par le ministère de tutelle ».

Le Directeur technique adjoint de la fédération, Mamadou Boubel Konaté, a lors d’une récente sortie médiatique reconnu le non paiement de deux primes de victoire (57 millions de francs CFA) des basketteurs seniors. Il regrette cependant leur modus operandi après que, dit-il, l’État ait payé leur prime de sélection pour les qualifications au Rwanda.

« On doit respecter le pays qui paye les billets d’avions, l’hôtel… Pendant 3 fenêtrel’État a dépensé plus de 100 millions, aujourd’hui tout ça est jeté à l’eau. Puisqu’on est disqualifié pour les Afrobasket et pour la course à la Coupe du monde. 6 ans de travail foutus en l’air », dit-il. La fédération avait promis des sanctions. Elles sont tombées le 5 juillet et elles sont lourdes. La FMBB a sanctionné les sept joueurs qui apparaissent sur la vidéo, jugée humiliante pour le pays. Ils sont radiés de la sélection nationale et de toutes les activités liées au basket-ball au Mali. La fédération a également demandé au ministre des Sports de compenser les frais engagés pour la participation en les prélevant sur les primes des joueurs concernés. Enfin, les dirigeants du basket malien entendent saisir la FIBA pour d’éventuelles poursuites. Si l’instance mondiale conclut à la responsabilité des joueurs, elle pourrait à son tour les suspendre. Le couperet de la fédération aura des conséquences sur le basket-ball masculin. À très court terme déjà, puisque les joueurs radiés composent l’ossature de la sélection nationale. S’y trouvent notamment le capitaine Mahamadou Kante, le bon shooteur Ibrahima Saounera ou encore l’un des leaders, Ibrahim Djambo. La relève devrait également en pâtir avec la radiation d’Oumar Ballo, grand espoir du basket-ball malien qui évolue aujourd’hui dans le championnat universitaire américain et qui découvrait la sélection senior. En 2019, lors de la fabuleuse épopée des U-19, qui les avait menés jusqu’en finale, une première historique pour une nation africaine, Ballo avait été meilleur rebondeur et contreur de la compétition en cinq petits matchs disputés, contre sept normalement. Il y a aussi le risque que d’autres joueurs ne se montrent solidaires et décident de boycotter la sélection suite à la radiation de leurs coéquipiers.

16 mois de salaires impayés

Ce nouvel épisode n’est finalement qu’un scandale de plus dans le milieu du basket-ball malien. Depuis plusieurs années, ils se succèdent. En 2021, le coach français Sylvain Lautié, longtemps entraîneur de la sélection malienne masculine, puis de la féminine (2005 à 2020), a engagé une action judiciaire contre la FMBB pour 16 mois de salaires impayés.

La même année, l’équipe nationale senior Dames était également confrontée à un problème d’arriérés de primes datant de 2019. Ce qui avait poussé la meneuse de la sélection, Touty Gandega, a boycotter l’Afrobasket féminin de 2021 au Cameroun.

« L’équipe a fini deuxième, mais pouvait sans doute remporter le trophée si on avait eu Touty avec nous. En son absence, on a dû transformer Djénéba Ndiaye, qui est une ailière virevoltante, en meneuse. Cela a joué sur sa rentabilité et sur celle de l’équipe », reconnaît Alpha Bagayoko, ancien instructeur FIBA proche de la FMBB.

D’ailleurs, la basketteuse franco-malienne n’a pas manqué d’apporter son soutien à l’équipe masculine. « Le moment donné, il faut dire stop. Vous [la FMBB] acceptez d’aller dans des compétitions et vous ne payez pas vos joueurs. Toutes les personnes qui disent, il faut jouer pour l’amour du pays, fermez-la ! Vous, vous accepteriez d’aller au travail et de ne pas être payés ? Ce n’est pas une question d’argent, mais une question de respect des athlètes. Une question de principe. Toi tu es là, tu veux aider le pays, mais le pays t’enterre », déplore-t-elle.

Ainsi, aux mêmes causes ont répondu les mêmes effets. « Ce n’est pas seulement à cause des primes de matchs. Il y a eu des successions de manques de respect. Lors du dernier Afrobasket masculin, en 2021, les joueurs sont partis au Rwanda sans les primes. Pis, ils ont quitté Bamako sans que leur soit remis le drapeau national pour aller défendre le pays, comme cela se fait avec toutes les autres équipes. C’est le résultat de tout cela qui ressurgit aujourd’hui », explique l’analyse sportif Drissa Niono.

Agressions sexuelles

Au-delà des histoires de primes et de la « non reconnaissance du mérite » dénoncée par les basketteurs, les Dames des sélections nationales seraient aussi confrontées à des agressions sexuelles, à en croire une enquête publiée le 14 juin 2021 par Human Rights Watch. L’ONG internationale y fait état d’accusations d’agressions sexuelles lancées par certaines joueuses de l’équipe féminine des moins de 18 ans contre plusieurs personnalités du basket-ball malien, dont leur coach, Amadou Bamba. Arrêté et inculpé en juillet 2021 par la justice, ce dernier doit être jugé pour « pédophilie, tentative de viol et attentat à la pudeur ».

Accusé d’avoir « dissimulé les abus sexuels », le Président de la FMBB, Harouna Maiga, a quant à lui été suspendu par la FIBA. Depuis sa suspension, le 25 juillet 2021, la fédération n’a plus de Président.

Au Mali, la violence sexuelle basée sur le genre « est un phénomène généralisé ». Un sondage réalisé en 2018 par l’Institut national de la statistique (INSTAT) a prouvé que près de la moitié des femmes et des filles maliennes âgées de 15 à 49 ans avaient subi des violences liées au genre. Le monde du basket ne fait pas exception et cela prive bon nombre de petites filles de leur rêve de basketteuse. Comme cela a été le cas de Mariam (pseudonyme), aujourd’hui âgée de 22 ans.

À 14 ans, la jeune fille rêvait de devenir comme son idole, la basketteuse américaine Brittney Griner, qui a aujourd’hui des démêlées en Russie pour trafic de drogue présumé. Les espérances de Mariam furent anéanties par l’obsession sexuelle de son coach d’un centre de formation de Bamako. « Au début, il a insinué qu’il y avait une lesbienne parmi nous et qu’il lui fallait vérifier. Au petit soir, à la fin de l’entraînement, il nous amenait une à une dans un coin, enlevait nos vêtements et touchait nos seins et nos parties intimes », se remémore avec amertume Mariam. Aujourd’hui encore, elle en frémit. Après cela, continue-t-elle, « il sélectionnait chaque jour certaines filles pour, disait-il, des entraînements individuels. En nous apprenant à shooter, il en profitait pour faire des attouchements. C’est ainsi que beaucoup d’entre nous ont décidé d’arrêter le basket sans pouvoir le dénoncer, par honte ou peut-être par peur », confie-t-elle.

Un témoignage parmi tant d’autres sur un monde où l’omerta a très souvent été la règle et l’est encore. Ce qui montre les travers et le revers des médailles des succès de nos sélections nationales de basket-ball.

Aly Asmane Ascofaré

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