Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet

Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel.

Selon le cap fixé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, trois orientations doivent guider les actions. Elles portent sur l’accroissement des recettes, le renforcement de la lutte contre la fraude et les trafics illicites, ainsi que la poursuite des réformes structurantes. Le Directeur général a demandé que ces priorités se traduisent dans le travail quotidien de chaque service et de chaque agent.
Concernant les recettes, les Douanes déclarent avoir mobilisé 533,743 milliards de FCFA entre janvier et juin, contre une prévision de 482,823 milliards. Le bilan présenté fait état d’un excédent de 50,918 milliards de FCFA et d’un taux de réalisation de 110,55 %. En juillet, 98,547 milliards ont été recouvrés et la Direction générale situe les réalisations cumulées à 632,314 milliards, soit 64,85 % de l’objectif annuel de 975 milliards. Ce dernier dépasse de 59,412 milliards les 915,588 milliards provisoirement mobilisés en 2025.
Ces résultats maintiennent les Douanes au-dessus de la trajectoire théorique nécessaire pour atteindre leur objectif annuel. Il reste toutefois 342,686 milliards de FCFA à recouvrer entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle d’environ 68,54 milliards. Le Directeur général a donc invité les services à maintenir le rythme jusqu’à la clôture de l’exercice.
Les difficultés sécuritaires et logistiques qui affectent les corridors, notamment l’axe Kidira-Diboli-Kayes reliant le Mali au Sénégal, compliquent la circulation des marchandises et leur prise en charge douanière. Cette situation exige davantage de vigilance, de réactivité et de coordination pour sécuriser les flux sans aggraver les délais supportés par les transporteurs et les opérateurs économiques.
Fraude et modernisation
Quant à la lutte contre la fraude, elle ne consiste pas seulement à préserver les recettes de l’État. Elle doit également protéger le commerce légal, les opérateurs économiques de bonne foi, les consommateurs et la sécurité publique face à la circulation de produits interdits ou dangereux.
Le Directeur général a ainsi demandé de renforcer le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et la coopération entre les services, tout en évitant que les contrôles ne deviennent un frein au commerce régulier. Parmi les opérations documentées au premier semestre, la Brigade mobile d’intervention a saisi, le 17 avril près de Bamako, 23 bonbonnes de mercure, 1 650 bâtons d’explosifs, deux rouleaux de cordon détonant, 25 détonateurs et 17 briques de chanvre indien. Les services ont aussi intercepté cinq tonnes de cyanure dissimulées dans un chargement à Ségou en juin, en plus de saisies d’armes, de munitions, de médicaments illicites et de produits impropres à la consommation.
Le troisième axe concerne la modernisation de l’administration. Les Douanes disposent d’un portefeuille de 38 réformes comprenant le renforcement du contrôle documentaire, le développement du SIGECOD, le Système interconnecté de gestion du contrôle documentaire, et l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Cette dernière doit faciliter l’échange de données sur les marchandises en transit, sécuriser les recettes et réduire les délais aux frontières, notamment dans le cadre de la coopération entre les pays de l’AES et le Togo.
Pour le Directeur général, une réforme doit produire des résultats mesurables dans les bureaux, les brigades et les postes frontaliers. Il a demandé aux responsables de traduire les projets de modernisation en pratiques concrètes, d’évaluer leurs effets sur les recettes et les délais, puis de faire remonter les difficultés rencontrées par les agents et les usagers.
« Les Douanes maliennes, c’est vous », a lancé Cheickna Amala Diallo à son personnel. Du cadre supérieur à l’agent de surveillance, du service spécialisé au poste frontalier, chaque fonction participe à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des corridors et à la protection de l’économie.
Tout en reconnaissant les sacrifices imposés par le contexte sécuritaire et les contraintes logistiques, le responsable a appelé à consolider les résultats obtenus. La rencontre a ainsi associé un bilan financier favorable à une obligation de continuité, les cinq derniers mois de l’année devant déterminer si l’objectif inédit de 975 milliards de FCFA sera effectivement atteint.

Traite des personnes : COMPASS célèbre cinq ans d’engagement au Mali

La lutte contre la traite des personnes a été au cœur d’une cérémonie organisée le 20 août 2026 à l’hôtel Maeva Palace, à Bamako, pour marquer le cinquième anniversaire du programme COMPASS au Mali. L’événement était couplé à la clôture des activités nationales organisées dans le prolongement de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 30 juillet.

La rencontre s’est tenue en présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, de représentants diplomatiques et de plusieurs acteurs engagés dans la protection des migrants. Le ministre de la Justice, Mamoudou Kassogué, était représenté par le secrétaire général de son département, Dr Boubacar Sidiki Diarrah. Selon le rapport américain de 2025 sur la traite des personnes, couvrant la période d’avril 2024 à mars 2025, les autorités maliennes ont déclaré 68 enquêtes, 300 personnes poursuivies et trois condamnations.

Derrière ces chiffres se trouvent des femmes, des hommes et des enfants confrontés à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à la mendicité contrainte ou à d’autres formes d’asservissement. Durant la même période, les services maliens ont identifié et orienté vers une prise en charge 102 enfants victimes, tandis qu’une organisation internationale a accompagné 285 autres personnes. La prévention doit ainsi empêcher que la précarité, les déplacements ou les promesses frauduleuses d’emploi soient utilisés pour recruter et exploiter les plus vulnérables.

Dans ce cadre, la responsabilité des médias et la mobilisation de la jeunesse occupent une place importante. Une information rigoureuse peut aider à reconnaître les méthodes de recrutement, faire connaître les voies de signalement et protéger l’identité des victimes.

La lutte contre la traite doit s’inscrire dans la durée, a rappelé Sara El-Koundi, chargée de protection à l’Organisation internationale pour les migrations au Mali.

« Les programmes ont une durée. Les projets ont un calendrier. Mais la dignité humaine n’a pas d’expiration », a-t-elle déclaré, présentant la traite comme l’une des formes les plus cruelles d’exploitation.

Elle a appelé à maintenir l’assistance et la protection des personnes vulnérables après la fin des projets. Le dernier rapport disponible recense treize centres de transit au Mali, mais un seul hébergement spécialisé pour les femmes adultes victimes de traite, situé à Bamako. La prise en charge reste plus limitée en dehors de la capitale et les hommes victimes ne disposent pas encore de services spécialisés.

Le représentant de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas a, pour sa part, rappelé le rôle de COMPASS dans l’accompagnement des migrants. Il a présenté le programme comme le résultat d’une coopération entre l’OIM, les autorités maliennes, les collectivités, les associations et les partenaires engagés dans la protection des personnes en déplacement.

Au Mali, COMPASS est mis en œuvre par l’OIM avec le financement du Royaume des Pays-Bas. Lancé en 2021, le programme intervient dans la protection des migrants vulnérables, la lutte contre la traite, l’assistance au retour, la réintégration et le renforcement des capacités nationales. L’OIM indique avoir protégé et accompagné 340 victimes de traite dans le pays en 2025. La phase actuelle de COMPASS, commencée en 2024 dans quatorze pays, doit se poursuivre jusqu’à la fin de 2027.

Encourager la sensibilisation

La cérémonie a également été consacrée à la remise des prix du concours de productions journalistiques organisé après l’atelier de formation des 4 et 5 août 2026. Conduite par l’OIM avec le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées et l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication, cette formation avait réuni 30 élèves journalistes et communicateurs.

Les participants avaient été formés au traitement rigoureux et éthique de la traite, avec une attention particulière à la protection des victimes et à l’utilisation des termes appropriés. Le concours leur a ensuite permis de mettre en pratique les connaissances acquises. Mariam Aboubacar a été distinguée dans la catégorie télévision et journalisme mobile, Moussa Cissé en radio et Bagna Maïga pour la presse écrite et les médias en ligne.

Un autre moment de la cérémonie a été la remise du Prix feu Boubacar Touré, créé en hommage au premier président du Comité national de lutte contre la traite des personnes. La distinction a été décernée à l’Association pour la promotion des initiatives de développement, APID, pour sa contribution à la protection des victimes et à la prévention du phénomène.

Au nom du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Dr Boubacar Sidiki Diarrah a félicité les lauréats du concours et les partenaires distingués. Il a salué leur contribution aux actions de prévention, d’identification et d’accompagnement des victimes.

Parmi les activités de la 13e édition nationale de la Journée mondiale figuraient des séances de mobilisation dans les écoles et les universités. Elles visaient à informer les jeunes sur les méthodes utilisées par les trafiquants, notamment les fausses offres d’emploi, les promesses de voyage et les recrutements liés aux escroqueries en ligne.

La rencontre a enfin rappelé que la réponse ne dépend pas seulement des institutions judiciaires et des organisations internationales. Elle repose aussi sur la vigilance des familles, le travail des médias, l’engagement des associations et la capacité des services compétents à identifier rapidement les victimes. La poursuite de COMPASS jusqu’en 2027 devra notamment contribuer à renforcer les mécanismes de signalement, d’orientation et de prise en charge dans les régions situées hors de Bamako.

Salimata Wagué

Accords locaux : entre survie des villages et refus de l’État

Le gouvernement exclut de soutenir les arrangements conclus entre des communautés et des groupes armés, tout en reconnaissant que certaines populations y adhèrent pour pouvoir cultiver, circuler ou échapper aux violences. Cette position remet au centre une réalité complexe du Centre : des villages composent avec les forces présentes sur le terrain lorsque leur survie quotidienne est en jeu.

Le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Ismaël Wagué, a précisé le 14 août que l’État « ne va jamais soutenir » les accords entre des communautés et les groupes armés qualifiés de terroristes par les autorités. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée dans le cadre de la Semaine nationale de la jeunesse.
Selon lui, ces arrangements offrent aux groupes armés des zones de repli et réduisent la transmission de renseignements aux forces de sécurité. Des villages peuvent ainsi devenir, volontairement ou sous la contrainte, des espaces où les combattants circulent avec un risque moindre d’être signalés.
Ismaël Wagué a toutefois établi une distinction importante entre les groupes armés et les populations qui acceptent leurs conditions. Confrontés aux blocus, à la fermeture des marchés, à l’impossibilité d’accéder aux champs ou à la menace d’attaques, certains habitants cherchent avant tout à préserver leur vie et leurs moyens de subsistance. Le ministre estime que leur adhésion à un pacte ne suffit pas à les considérer comme des ennemis de l’État.
Contraintes
Depuis plusieurs années, des arrangements de ce type sont documentés dans les cercles de Koro, Bankass, Djenné, Douentza et Bandiagara. Les conditions imposées varient selon les localités, mais elles comprennent souvent le dépôt ou le rangement des armes, l’arrêt de la transmission d’informations aux forces gouvernementales et l’acceptation de règles sociales inspirées de l’interprétation religieuse des groupes armés.
En contrepartie, des communautés ont obtenu la levée de blocus, l’accès aux marchés, la reprise des travaux agricoles ou une réduction des attaques. Certains accords ont aussi permis l’éloignement de bases armées des habitations ou la réouverture limitée d’écoles. Ces concessions restent fragiles et dépendent largement des commandants locaux, des médiateurs et du comportement des différentes parties.
La situation observée en 2026 montre les limites de ces arrangements. Selon ACLED, l’offensive menée en mai par le JNIM contre des groupes de chasseurs dozos dans les cercles de Bandiagara, Bankass et Djenné est en partie liée aux tensions autour de villages ayant conclu des accords locaux. L’organisation indique qu’une douzaine de villages de Bankass ont remis des armes au groupe après cette campagne de violence.
Une autre source de tension vient des milices qui rejettent ces pactes et soupçonnent les localités signataires de favoriser l’implantation du JNIM. Human Rights Watch avait déjà documenté en 2024 une division au sein de Dan Na Ambassagou : certains éléments avaient accepté un accord et déposé les armes, tandis que d’autres avaient poursuivi le combat. Cette fracture avait précédé de nouvelles attaques contre des villages.
La complexité du dossier explique la poursuite du dialogue gouvernemental avec les organisations communautaires. Le 12 mai, Ismaël Wagué avait ainsi réuni des représentants de Tabital Pulaaku, de Guina Dogon et de Dan Na Ambassagou autour des questions de prévention des conflits et de coexistence entre communautés.
Le ministre continue par ailleurs d’encourager les accords conclus entre villages ou communautés pour régler des litiges fonciers, pastoraux ou sociaux. Le refus exprimé concerne donc les pactes passés avec les groupes armés, et non les mécanismes traditionnels de médiation locale.
Cette ligne fixe une limite politique claire, mais son application dépendra de la capacité de l’État à proposer une solution concrète aux villages concernés. La sécurisation des routes, l’accès aux champs, la réouverture des marchés et la présence de services publics peuvent réduire l’intérêt de ces arrangements. Sans amélioration durable des conditions de vie et de sécurité, certaines communautés continueront de négocier localement l’espace nécessaire à leur survie

Budget 2026 : 410 milliards pour la Défense et la Sécurité

Plus du quart des dépenses exécutées par l’État au premier semestre 2026 a concerné la Défense et la Sécurité. Cette concentration intervient au moment où les recettes progressent plus rapidement que les décaissements, avant l’application complète d’un budget rectificatif qui accroît encore les besoins de financement.

À la date du 30 juin, les dépenses du budget général atteignaient 1 507,502 milliards de francs CFA, soit 43,63 % des crédits prévus pour l’année, selon la situation d’exécution budgétaire publiée par le ministère de l’Économie et des Finances.
Sur cette enveloppe, le ministère de la Défense et des Anciens combattants a exécuté environ 314 milliards de francs CFA. La Sécurité et la Protection civile ont mobilisé près de 95 milliards. Ensemble, ces deux départements représentent quelque 409 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 27 % des dépenses effectuées pendant les six premiers mois.
Rapporté à la période, l’effort équivaut à environ 2,26 milliards de francs CFA par jour. La comparaison donne aussi la mesure des choix budgétaires : l’Éducation nationale totalise près de 195 milliards de francs CFA et la Santé environ 151 milliards. Les crédits exécutés au titre de la Défense et de la Sécurité dépassent ainsi de plus de 60 milliards les dépenses cumulées de ces deux départements sociaux.
Cette lecture par ministère demande toutefois une précaution. Elle ne couvre pas nécessairement l’ensemble des interventions publiques en faveur de l’éducation ou de la santé, dont certaines peuvent être portées par d’autres structures ou des comptes spécifiques. Elle montre néanmoins le poids central pris par la sécurité dans l’utilisation effective des ressources.
Arbitrages
Face à ces dépenses, les recettes du budget général ont atteint 1 814,240 milliards de francs CFA, correspondant à 61,82 % des prévisions. L’écart de 306,738 milliards observé avec les décaissements traduit surtout une différence de rythme à mi-année. Il ne constitue pas un excédent budgétaire annuel, compte tenu des dépenses restant à réaliser, des opérations de trésorerie et du déficit prévu sur l’ensemble de l’exercice.
Les Impôts ont fourni environ 844 milliards de francs CFA et les Douanes 533,743 milliards au premier semestre. À fin juillet, les recettes douanières étaient passées à 632,314 milliards, soit près de 65 % de leur objectif annuel de 975 milliards.
La performance la plus singulière vient des Domaines et du Cadastre. Avec 334,74 milliards de francs CFA recouvrés pour une prévision annuelle de 270 milliards, cette administration avait déjà dépassé son objectif d’environ 64,74 milliards. La composition de ces recettes et leur caractère reproductible seront déterminants pour apprécier la solidité de cette progression.
Adoptée après la clôture du semestre, la loi de finances rectificative a porté les dépenses prévues de 3 578,217 à 3 993,319 milliards de francs CFA. Les recettes ont été relevées à 3 372,895 milliards, tandis que le déficit prévisionnel est passé de 520,425 à 620,425 milliards.
Les 415,103 milliards de dépenses supplémentaires doivent notamment couvrir les opérations de sécurisation du territoire, une subvention exceptionnelle à la CMDT et de nouvelles charges liées aux fonds miniers. Le second semestre devra donc conjuguer accélération des programmes publics, maintien des recettes fiscales et financement d’un déficit accru de 100 milliards de francs CFA.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

Santé mentale des jeunes : quand la souffrance passe pour de la paresse

Chez certains jeunes Maliens, la souffrance psychologique peut se dissimuler derrière des études poursuivies, des activités maintenues et même des sourires. Alors que les pouvoirs publics inscrivent progressivement la santé mentale parmi leurs priorités, reconnaître les signes et accéder à un accompagnement restent des défis.

« Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Pour une personne qui traverse une période difficile, la question peut sembler banale. Pourtant, derrière une baisse de motivation, un retrait ou une difficulté à accomplir certaines tâches peut se trouver une réalité que l’entourage ne perçoit pas.

S.S. raconte avoir commencé à ressentir un changement lorsque des choses auparavant simples lui demandaient beaucoup plus d’énergie. Elle continuait pourtant à avancer dans son quotidien. « Je continuais à faire ce que j’avais à faire, mais intérieurement, je sentais que quelque chose n’allait plus », témoigne-t-elle. Dans ses études comme dans ses activités, elle remarque une baisse de motivation et d’énergie. Ses relations avec les autres changent également. Elle s’isole davantage et ressent moins l’envie de communiquer, sans que son entourage comprenne toujours ce qui se passe.

Une souffrance invisible

Certaines personnes pensent simplement que S.S. a changé ou qu’elle est devenue moins disponible. Son manque d’énergie est parfois interprété comme de la paresse ou un manque de volonté. Une perception qu’elle vit difficilement. « Lorsque tu es déjà en difficulté, entendre que tu es simplement paresseux ou que tu ne fais pas assez d’efforts peut renforcer le sentiment de culpabilité », confie-t-elle.

Son témoignage met en évidence un paradoxe. Une personne peut continuer à étudier, à participer à certaines activités, à discuter et même à rire tout en traversant une période de souffrance. « Le fait de réussir à fonctionner normalement par moments ne signifiait pas que je n’allais pas mal », explique-t-elle.

Cette capacité à maintenir certaines habitudes rend parfois le mal-être difficile à percevoir. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ un adolescent de 10 à 19 ans sur sept vit avec un trouble mental à l’échelle mondiale. Ces troubles restent souvent non reconnus et non traités, tandis que la stigmatisation et la discrimination peuvent éloigner les jeunes des services d’accompagnement.

Il ne s’agit cependant pas de transformer chaque fatigue ou baisse de motivation en dépression. Ces changements peuvent avoir de nombreuses causes et seule l’évaluation d’un professionnel qualifié permet d’établir un diagnostic. Ils méritent néanmoins d’être pris au sérieux lorsqu’ils persistent ou perturbent durablement les études, les relations et la vie quotidienne.

Dans une salle de classe, certains signes peuvent être plus visibles. Un professeur de mathématiques au lycée Abdoulaye Maïga évoque les changements d’humeur, la baisse de participation aux cours et, dans certains cas, les pleurs. Selon lui, les difficultés d’un élève peuvent avoir plusieurs origines, notamment des problèmes sociaux, familiaux ou financiers. Il estime donc nécessaire d’observer la durée et l’évolution de ces changements avant de tirer des conclusions.

L’enseignant explique que la formation reçue à l’École normale supérieure comporte des modules consacrés à la pédagogie de l’enfant et de l’adolescent. L’expérience acquise sur le terrain peut ensuite renforcer la capacité d’observation. Lorsqu’un élève semble en difficulté, il essaie d’abord d’échanger avec lui afin de comprendre ce qui se passe.

Cette écoute repose toutefois largement sur l’initiative individuelle. « Pas à ma connaissance », répond-il lorsqu’il est interrogé sur l’existence d’un dispositif particulier d’accompagnement dans son établissement. Pour lui, une plus grande attention permettrait aux enseignants de repérer certains changements et d’alerter les personnes compétentes. Il estime surtout nécessaire de mettre en place « des structures spéciales » pour mieux accompagner les jeunes.

Pour A.C., le changement est apparu après son accouchement. Ses activités se poursuivent, mais elle constate une fermeture progressive dans ses relations avec les autres. Son entourage, dit-elle, a mal vécu cette transformation. Certaines personnes la considèrent comme « perdue » ou ne comprennent pas ses décisions. Elle-même n’a pas immédiatement mesuré ce qui lui arrivait.

A.C. explique avoir continué certaines activités parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix. Le plus difficile, selon elle, reste de faire comprendre à son entourage son changement intérieur et sa nouvelle manière de réfléchir. Son témoignage rappelle qu’un comportement n’est pas interprété de la même façon par celui qui le vit et par ceux qui l’observent. Là où la personne ressent une transformation profonde, l’entourage peut seulement voir quelqu’un devenu distant, moins disponible ou différent.

Des réponses à construire

La santé mentale des jeunes commence progressivement à apparaître dans les politiques publiques maliennes. Un atelier multisectoriel organisé du 2 au 7 avril 2025 a validé le Plan stratégique de la santé des adolescents et des jeunes pour la période 2025-2029. Le document mentionne les troubles mentaux parmi les défis nécessitant une attention urgente et prévoit de renforcer l’accès aux services, la sensibilisation et la prévention.

Le Mali dispose également d’un Plan stratégique national de santé mentale et de soutien psychosocial 2025-2029. Rendu public par le ministère de la Santé et du Développement social, il vise notamment à accompagner 80 % des personnes exposées à des événements traumatisants. Une Stratégie nationale multisectorielle de promotion de la santé et du bien-être 2026-2035 a par ailleurs été adoptée en novembre 2025.

Ces orientations témoignent d’une reconnaissance croissante de la santé mentale dans l’action publique. Entre les objectifs annoncés et l’expérience quotidienne des jeunes, la question de l’accès concret à des professionnels, à des cellules d’écoute et à des services de proximité reste cependant posée.

Les témoignages recueillis ne permettent pas de mesurer l’ampleur de la dépression chez les jeunes Maliens. Ils montrent surtout comment une souffrance peut être vécue, dissimulée et interprétée par l’entourage.

Une thèse de médecine soutenue en 2024 à la Faculté de médecine et d’odontostomatologie de Bamako apporte néanmoins un éclairage sur une population particulière. Réalisée auprès de 844 étudiants entre janvier 2023 et avril 2024, elle a rapporté une fréquence de dépression de 41,9 % selon l’outil utilisé.

Ce résultat doit être interprété avec prudence. Le questionnaire était auto-administré en ligne et diffusé de manière volontaire dans les groupes WhatsApp des différentes classes. Les auteurs reconnaissent que cette méthode ne permet pas d’établir un diagnostic clinique individuel et que l’étude, menée à un moment donné, ne démontre pas de relation de causalité. Le chiffre concerne uniquement les étudiants ayant participé à cette enquête et ne peut être appliqué à l’ensemble de la jeunesse malienne.

Les données nationales demeurent également incomplètes. Le profil malien de l’Atlas de la santé mentale 2020 indiquait déjà que les informations disponibles étaient principalement compilées dans les statistiques générales de santé et que la production scientifique restait faible. Un rapport régional de l’OMS publié en août 2025, fondé sur les premières données de l’Atlas 2024, place le Mali parmi les pays disposant d’un plan de santé mentale intégré à d’autres politiques. Le pays ne figure toutefois pas parmi ceux qui déclarent régulièrement un ensemble complet d’indicateurs ou une ligne budgétaire spécialement consacrée à la santé mentale.

Écouter avant de juger

Pour S.S., l’attitude qu’elle aurait souhaitée de son entourage tient finalement en une question simple : « Qu’est-ce qui se passe ? », plutôt que « Pourquoi tu ne fais plus comme avant ? » Cette différence résume une grande partie du problème. Lorsqu’un jeune cesse de participer, s’isole, perd de l’énergie ou semble moins investi, la première réaction peut être de juger son comportement. Comprendre ce qui se trouve derrière ce changement demande davantage d’attention.

L’OMS souligne que les environnements familiaux, scolaires et sociaux jouent un rôle important dans la santé mentale des adolescents. Elle recommande aussi de renforcer les services adaptés aux enfants et aux jeunes, alors que leur accès demeure insuffisant dans de nombreux contextes.

Au Mali, les politiques publiques accordent désormais davantage de place au bien-être mental. Dans les salles de classe, les familles et les groupes d’amis, la première forme d’aide peut cependant commencer bien avant une consultation : prendre au sérieux un changement, poser une question et écouter la réponse.

Car derrière celui que l’on croit simplement paresseux peut se trouver quelqu’un qui, comme S.S., continue d’avancer alors qu’il dépense déjà beaucoup d’énergie pour y parvenir.

Salimata Wagué

Mali-Mètre 2026 : le sentiment d’amélioration recule, l’espoir demeure

Plus d’une personne interrogée sur deux estime que la situation générale du pays s’est améliorée au cours des douze derniers mois. Cette perception recule toutefois de 14,2 points en un an, tandis que les attentes restent fortes en matière de sécurité, d’emploi et de services essentiels.

La Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) Mali a rendu publics, mercredi 19 août à l’Azalaï Hôtel Salam de Bamako, les résultats de la 17ᵉ édition de son sondage d’opinion politique « Mali-Mètre ». L’enquête offre une analyse approfondie des perceptions citoyennes sur la situation sécuritaire, l’économie, la gouvernance, la justice et la coopération internationale.
Mali-Mètre est un instrument d’analyse et de sondage d’opinion sociopolitique. Mis en place par la FES depuis 2012, il mesure régulièrement les perceptions des citoyens concernant la politique, l’économie, la sécurité et la vie sociale. Il vise à recueillir les opinions et les attentes de la population afin d’aider les dirigeants, les élus et la société civile à mieux orienter les actions publiques.
L’édition 2026 a connu plusieurs innovations, notamment la mise en place d’un comité scientifique composé d’experts en science politique, en sociologie, en enquêtes quantitatives et en conseil en politiques publiques. Selon Abdourhamane Dicko, directeur de Programmes à la FES Mali, ce comité a contribué à la révision de la méthodologie et du questionnaire.
Les résultats présentés reposent sur les réponses de 2 220 personnes âgées de 18 ans ou plus, interrogées du 10 au 24 avril 2026 dans le district de Bamako et dix capitales régionales : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudenni et Ménaka. L’échantillonnage a été réalisé selon la méthode des quotas, en tenant compte du sexe, de l’âge et du niveau d’instruction.
Ces données reflètent les perceptions des populations vivant dans les villes couvertes. Le rapport précise qu’elles sont représentatives de ces capitales régionales et du district de Bamako, et non de l’ensemble du territoire national ou de toutes les populations des régions concernées.
Une amélioration moins ressentie
Le rapport fait apparaître un contraste dans l’opinion. Si la confiance envers les autorités de la Transition et les forces de défense et de sécurité reste élevée, l’appréciation positive de la situation générale du pays connaît un recul.
Selon les résultats, 54,5 % des personnes interrogées estiment que la situation s’est améliorée au cours des douze derniers mois, contre 68,7 % en 2025. Le recul atteint ainsi 14,2 points en un an. Pour 22,5 %, la situation est restée stable, tandis que 22,4 % jugent qu’elle s’est détériorée.
Parmi les personnes qui constatent une amélioration, 40,7 % l’expliquent principalement par la baisse de l’insécurité. La diminution des actes terroristes est citée par 11,4 %, devant le retour d’un sentiment de paix et de quiétude, à 6,2 %, et la présence des militaires et des patrouilles, à 5,6 %.
Le volet sécuritaire recueille un niveau élevé de satisfaction. Près de trois quarts des personnes interrogées, soit 74,6 %, estiment que l’insécurité a diminué dans leur région au cours des trois mois précédant l’enquête. Les forces de défense et de sécurité bénéficient également de 94,2 % de satisfaction, dont 63,1 % de personnes très satisfaites.
Les préoccupations restent cependant fortes dans le domaine économique. Parmi les personnes estimant que la situation générale s’est détériorée, 21,6 % citent la cherté de la vie, 16,7 % les délestages, 14,8 % la crise du carburant et 10,1 % la dégradation des conditions de vie.
La crise du carburant a particulièrement pesé sur le quotidien. Parmi ses conséquences, la hausse du coût de la vie est citée par 77,6 % des femmes et 72,3 % des hommes. Le ralentissement de l’économie est également relevé par 59,5 % des femmes et 67 % des hommes.
L’accès à l’électricité constitue un autre point de forte insatisfaction. Au total, 66 % des personnes interrogées s’en déclarent insatisfaites, contre 28,9 % qui expriment leur satisfaction. Le taux d’insatisfaction atteint notamment 87,8 % à Bamako, 90,8 % à Mopti, 97,8 % à Tombouctou et 97,7 % à Gao.
Interrogées sur les principaux défis du pays, les personnes sondées placent l’insécurité en tête avec 39,6 %. Elle est suivie du terrorisme à 37,3 %, de la crise du carburant à 36,7 %, du chômage des jeunes à 36 % et des délestages à 34,9 %. Parmi les actions immédiates attendues du gouvernement figurent la lutte contre l’insécurité, la création d’emplois, la gestion des délestages et le développement de l’agriculture.
Des soutiens élevés, des attentes persistantes
Le soutien à la Transition demeure élevé. Au total, 88,5 % des personnes interrogées se disent satisfaites de sa gestion, malgré un recul de 2,2 points par rapport à 2025. Le gouvernement recueille, pour sa part, 78,8 % de satisfaction.
Invitées à choisir, entre le président de la Transition, le gouvernement et le Conseil national de Transition, l’acteur auquel elles accordent le plus leur confiance, 72,1 % des personnes interrogées désignent le président Assimi Goïta. Ce résultat était de 86 % en 2024, soit une baisse de 13,9 points en deux ans.
Sur le plan de la coopération internationale, 62 % des personnes interrogées déclarent avoir beaucoup confiance en la Russie pour aider le Mali à retrouver son intégrité territoriale. Une autre proportion de 24,3 % affirme lui faire un peu confiance. Le niveau cumulé atteint ainsi 86,3 %.
L’Alliance des États du Sahel bénéficie également d’un soutien marqué. La création de la Confédération recueille 84,3 % de satisfaction. Par ailleurs, 59,8 % des personnes interrogées citent l’AES comme la principale institution avec laquelle le Mali devrait entretenir un bon partenariat, devant l’Union africaine, les BRICS et l’UEMOA.
Les résultats révèlent aussi un recul de la perception d’un niveau élevé de corruption. La proportion des personnes qui jugent la corruption élevée est passée de 81,5 % en 2022 à 36,8 % en 2026. Cette évolution traduit un changement de perception et non une mesure directe de l’ampleur réelle du phénomène.
La justice demeure, en revanche, un sujet de préoccupation. Le niveau de confiance s’établit à 46,7 %, contre 75,1 % en 2025, soit une chute de 28,4 points. Parmi les personnes qui expriment un manque de confiance, 76,8 % évoquent la corruption au sein de la justice. La longueur et le coût des procédures, ainsi que leur méconnaissance par une partie de la population, ressortent également dans plusieurs villes couvertes par l’enquête.
Malgré les difficultés économiques et sociales exprimées, l’espoir reste solidement ancré. Au total, 77,7 % des personnes interrogées pensent que la situation du pays s’améliorera au cours des six prochains mois. Elles sont également 79,3 % à estimer que leurs enfants auront un meilleur niveau de vie.
Le retour de la paix et de la sécurité constitue leur premier souhait pour l’avenir, avec 78,9 %. Viennent ensuite l’emploi pour les jeunes, cité par 43,4 %, la relance de l’économie à 39,1 % et de bonnes récoltes accompagnées d’une meilleure sécurité alimentaire à 36,9 %.
L’enquête comporte néanmoins des limites relevées par ses auteurs. Elle couvre uniquement le milieu urbain et ne prend pas en compte les zones rurales ni toutes les nouvelles régions administratives. Ses résultats constituent une photographie de l’opinion au moment de la collecte et peuvent évoluer rapidement en fonction du contexte.
Les opérations de terrain se sont achevées le 24 avril 2026, soit juste avant les attaques complexes survenues le 25 avril dans plusieurs localités du pays. Les effets de ces événements sur les perceptions de la population ne sont donc pas pris en compte dans cette 17ᵉ édition.
Joseph Amara Dembélé

Los Angeles célèbre Angélique Kidjo

Angélique Kidjo, chanteuse franco-béninoise, a dévoilé mardi 18 août l’étoile à son nom sur le prestigieux Walk of Fame (l’allée des célébrités) de Los Angeles. Elle devient ainsi la première chanteuse africaine à inscrire son nom sur cette avenue mythique.

La chanteuse franco-béninoise Angélique Kidjo a désormais son nom sur la célèbre Walk of Fame de Los Angeles, une reconnaissance qu’elle a officiellement reçue ce 18 août 2026. « C’est un moment historique pour mon pays, pour le continent africain et pour la culture en général », s’est-elle exprimée à l’issue de la cérémonie, tenue en présence de plusieurs sommités du cinéma et de l’industrie musicale.
Détentrice de cinq Grammy Awards, Angélique Kidjo s’est forgé une carrière internationale riche de 18 albums, qui s’étend sur plus de quarante ans. Repérée au début des années 1980 par Chris Blackwell, producteur de Bob Marley, elle a toujours brassé les influences, revisitant le Boléro de Ravel ou la pop des Talking Heads. Elle a collaboré plus récemment avec les poids lourds nigérians de l’afrobeat Davido et Burna Boy. En plus de sa carrière artistique, c’est une militante engagée pour la cause des femmes et des couches marginalisées. Habituée des sommets internationaux, comme le Forum économique mondial de Davos, elle y relaie le travail de sa fondation.
À plus de 60 ans, la chanteuse franco-béninoise a fait vibrer les plus grandes scènes musicales mondiales. Avec une énergie incroyable, elle allie magiquement les sonorités de son terroir avec celles du monde, donnant à sa musique une dimension planétaire.
Cette étoile sur Hollywood Boulevard vient couronner une riche et remarquable carrière, confirmant son statut d’une des voix les plus influentes de la planète.
Grâce à sa capacité à créer des passerelles entre les générations, les cultures et les continents, l’artiste a exploré de nombreux univers musicaux, mêlant sonorités africaines, jazz, funk, pop, rock et, plus récemment, afrobeats, contribuant largement à sa renommée mondiale.
Ali Sankaré

Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse

La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé.

Environ 3,7 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire, sur une population nationale estimée à 24,5 millions. Le Cluster Santé en cible 1,6 million et fait état de 61 333 personnes atteintes. Ces chiffres figurent dans un document préparé par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, épidémiologiste au sein du dispositif d’urgence sanitaire et du Cluster.
Le financement disponible reste très inférieur aux besoins. Le texte du bulletin indique que 36,9 % des ressources avaient été mobilisées à la fin de juillet. Son tableau financier affiche cependant 9,7 millions de dollars reçus sur les 30,5 millions requis, soit 31,9 %. Cet écart n’est pas expliqué, mais les deux évaluations montrent que près des deux tiers des ressources attendues restent à mobiliser.
L’insécurité perturbe particulièrement les soins dans le Nord et le Centre. À Gao, les incidents enregistrés dans la région voisine de Kidal compliquent l’accès aux centres de santé et la continuité des services. Les supervisions, les campagnes de vaccination et l’acheminement des médicaments sont également affectés.
En juillet, 771 ménages représentant 3 781 personnes ont quitté leurs localités. Le mouvement le plus important concerne 2 814 habitants partis de Kouakourou vers Mopti. Quelque 680 personnes ont également rejoint Ménaka depuis Anéfis, tandis que 287 autres ont été déplacées vers Markala et Kirango.
Alertes sanitaires
Ces mouvements surviennent dans un contexte marqué par plusieurs foyers épidémiques. De janvier à la fin de juillet, 413 cas de dengue ont été confirmés, avec un décès. La diphtérie totalise 753 cas suspects depuis juillet 2025, dont 91 confirmés et 37 décès, dans 41 districts sanitaires répartis entre neuf régions.
Le Mpox a réapparu après près de 80 jours sans cas confirmé. Six infections ont été confirmées en juillet, dont quatre à Bamako et deux à Kalabancoro. Depuis le début de l’année, le bilan s’établit à 26 cas confirmés et un décès.
La rougeole poursuit également sa progression. Le pays comptait 248 cas confirmés à la fin de la 31ᵉ semaine, tandis que 19 des 75 districts sanitaires avaient connu au moins un épisode épidémique. Ouélessébougou et la Commune VI de Bamako ont rejoint en juillet la liste des districts concernés.
Trois cas présumés de rage humaine ont été signalés à Kayes et ont tous été suivis de décès. Trois cas de tétanos néonatal ont aussi été enregistrés à Kidal, Séféto et Koutiala, avec deux décès documentés.
À la date du 5 août, la couverture vaccinale atteignait seulement 38,02 % pour la première dose du vaccin antipoliomyélitique oral et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole. Ces niveaux restent préoccupants au regard de la multiplication des déplacements et des difficultés rencontrées par les équipes pour atteindre certaines localités.
Malgré ces contraintes, 415 444 consultations curatives ont été enregistrées en juillet dans les régions humanitaires. Les partenaires ont poursuivi les cliniques mobiles, le dépistage nutritionnel, la vaccination et la fourniture de médicaments. Leurs prochaines interventions porteront notamment sur la campagne contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation au risque Ebola et le prépositionnement d’intrants à Gao pour les régions du Nord et du Centre.
La réponse dépendra désormais de la mobilisation rapide des financements et de la sécurisation des voies d’accès. Le maintien officiel d’une structure en activité ne suffit pas lorsque les patients, le personnel et les médicaments rencontrent des difficultés pour y parvenir.

Mutilations génitales féminines : des séquelles qui traversent les années

Les mutilations génitales féminines restent profondément ancrées dans de nombreuses communautés maliennes. Malgré les campagnes d’abandon, elles continuent d’exposer les filles et les femmes à de lourdes conséquences sanitaires et psychologiques.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins ou toute autre lésion pratiquée pour des raisons non médicales. Plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde en ont subi une forme. Pour 2026, environ 4,5 millions de filles sont encore considérées comme exposées au risque d’en être victimes.
L’Afrique concentre la majeure partie du phénomène, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées. Le Mali figure parmi les pays où la pratique demeure particulièrement répandue, malgré plusieurs décennies de sensibilisation et de mobilisation communautaire.
Selon l’Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM) 2023-2024 2023-2024, 88,6 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % chez les 15-19 ans. La pratique connaît toutefois de fortes disparités territoriales, avec 95,7 % à Kayes contre 0,5 % à Gao. Tradition, attentes liées au mariage, pression familiale et certaines représentations de la féminité continuent d’alimenter sa transmission.
Préserver la réputation de la jeune fille, la préparer au mariage ou répondre aux attentes de la communauté sont des raisons qui ne devraient pas prévaloir sur les risques pour sa santé, estime Namouké Coulibaly, tradithérapeute. Pour lui, l’excision peut entraîner des complications physiques, sexuelles et psychologiques durables.
Sa persistance s’explique largement par son inscription dans les normes sociales, souligne la Dr Fanta Diarra, sociologue, enseignante-chercheuse et spécialiste des questions de genre. « Dans certaines communautés, une fille non excisée peut encore être perçue comme différente ou ne correspondant pas aux attentes liées au mariage », explique-t-elle. La transmission se maintient aussi au sein des familles, où l’influence des mères et des grands-parents demeure importante.
La sociologue relativise surtout l’argument du contrôle de la sexualité. « Si l’excision garantissait réellement la chasteté, toutes les filles excisées resteraient abstinentes jusqu’au mariage. Or, ce n’est évidemment pas le cas. La sexualité dépend de l’éducation, des valeurs et des choix personnels, et non d’une mutilation », argumente-t-elle. L’OMS rappelle que les MGF n’apportent aucun bénéfice pour la santé.
Risques sanitaires
A. C., excisée à un bas âge, a aujourd’hui 29 ans. Plus de deux décennies après, elle affirme continuer d’en subir les conséquences. « J’étais très jeune au moment des faits. Les conséquences ont commencé à se manifester quand j’ai connu mes premières règles, qui étaient pénibles. Après plusieurs traitements, les douleurs ont certes baissé, mais elles continuent », déplore-t-elle.
Ces douleurs ne représentent qu’une partie des séquelles possibles. La sage-femme Maïmouna Doumbia évoque notamment les infections urinaires ou vaginales répétées, les douleurs pendant les rapports, les troubles menstruels et les complications lors de l’accouchement. Une vaste analyse publiée en 2025 avec l’appui de l’OMS établit que les femmes ayant subi une MGF présentent plus de deux fois le risque de travail prolongé ou obstrué et d’hémorragie lors de l’accouchement.
Les complications peuvent aussi survenir immédiatement après l’intervention, notamment des hémorragies, des infections et des douleurs intenses. À plus long terme, elles peuvent affecter la vie sexuelle, la grossesse et la santé mentale. La même étude relève chez les femmes concernées un risque presque trois fois supérieur de dépression ou d’anxiété et 4,4 fois supérieur de syndrome de stress post-traumatique.
Certaines femmes vivent également avec de lourdes complications obstétricales. La fistule obstétricale, généralement provoquée par un travail prolongé et obstrué, peut entraîner des fuites permanentes et un profond isolement social. Elle n’est pas une conséquence automatique de l’excision, mais les complications obstétricales associées aux MGF peuvent favoriser les situations conduisant à sa survenue. Pour Maïmouna Doumbia, les femmes concernées nécessitent une prise en charge adaptée et sans jugement.
Face à cette situation, la sensibilisation sanitaire reste essentielle, mais la question du droit occupe une place croissante dans le débat. Le Mali reste dépourvu d’une loi nationale spécifique criminalisant les mutilations génitales féminines. Une circulaire interdit pourtant leur pratique dans les établissements sanitaires depuis 1999 et un programme national de lutte contre l’excision a été créé en 2002. Plus de vingt ans après, une prévalence toujours proche de 90 % nourrit les appels en faveur d’un cadre juridique plus contraignant.
Pour Fatoumata Keïta, leader d’opinion, l’action doit également viser les pressions communautaires. La crainte du jugement social peut conduire certaines familles à maintenir la pratique malgré la connaissance des risques. Des évolutions existent cependant. En 2024, 121 communautés maliennes ont officiellement déclaré l’abandon des MGF, tandis que plus de 109 000 filles et femmes ont bénéficié de services de prévention ou de protection.
Fatoumata Keïta préconise une sensibilisation associant parents, adolescentes, hommes, leaders communautaires et religieux ainsi que professionnels de santé. L’objectif est de créer un environnement dans lequel refuser l’excision n’expose plus les familles à l’isolement. Elle insiste également sur la nécessité d’accompagner les femmes qui vivent déjà avec des séquelles.
Au cœur de cette confrontation entre normes sociales, traditions et protection de la santé se trouve le destin de milliers de jeunes filles qui subissent encore cette pratique. Au Mali, la persistance de l’excision jusque dans les jeunes générations montre que, malgré les progrès enregistrés dans certaines communautés, le chemin vers son abandon reste encore long.
Joseph Amara Dembélé

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés

Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.

Le Comité international de la Croix-Rouge précise avoir organisé cette évacuation après avoir obtenu des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Son communiqué ne donne pas l’identité des personnes transférées et ne précise pas leur statut. Cette discrétion correspond à son mandat d’intermédiaire neutre et au caractère confidentiel de son dialogue avec les belligérants.
Le même jour, le Front de libération de l’Azawad a annoncé avoir confié au CICR six militaires maliens blessés, capturés lors de précédents affrontements. Selon le mouvement, leur évacuation de Kidal s’est effectuée par voie aérienne à bord d’un hélicoptère de l’organisation.
La concordance de la date, du lieu et du nombre de personnes permet de rapprocher les deux annonces. Seul le FLA présente toutefois les blessés comme des militaires faits prisonniers. Le CICR s’en tient à leur transfert médical et les Forces armées maliennes n’avaient pas encore confirmé leur identité lundi.
Deux remises successives
Cette opération survient trois jours après la libération de 82 militaires détenus par le FLA et le JNIM. Annoncée le 13 août par l’état-major, leur remise avait également été confirmée par le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui l’avait présentée comme un « geste humanitaire ».
Les 82 soldats ont regagné Bamako le 14 août. Ils ont été accueillis à la Base aérienne 101 de Sénou par le chef d’état-major général des Armées, le général de division Élysée Jean Dao. Celui-ci a annoncé leur prise en charge médicale et le rattrapage des avantages perdus durant leur captivité.
Si les six blessés transférés à Gao sont bien ceux désignés par le FLA, le nombre de militaires remis depuis le 13 août atteint 88. Après la première libération, le mouvement affirmait que d’autres militaires demeuraient en captivité.
Le CICR rappelle que le droit international humanitaire impose un traitement humain aux blessés et aux détenus. L’organisation soutient une vingtaine de centres de santé ainsi que les hôpitaux de Gao et Mopti. Entre janvier et juin 2026, ces structures ont pris en charge 69 892 personnes.

Ras Bath/Rose Vie Chère : sept ans ferme chacun 

Après plus de trois années passées en détention, Ras Bath et Rose Vie Chère connaissent désormais leur peine. La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako les a condamnés, lundi 17 août, à dix ans de réclusion chacun, dont trois avec sursis, ainsi qu’à 240 000 FCFA d’amende

Le verdict laisse sept années ferme à Mohamed Youssouf Bathily et Rokia Doumbia, de leurs vrais noms. Le parquet avait réclamé dix ans ferme contre le chroniqueur. Pour l’activiste, il avait demandé la même peine, dont cinq années avec sursis. La Cour s’est donc montrée moins sévère envers Ras Bath que ne le souhaitait l’accusation, mais plus lourde envers Rose Vie Chère.

Le dossier porte principalement sur des faits qualifiés d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État par les technologies de l’information et de la communication. Deux passages de Rose Vie Chère dans l’émission « Le Grand Dossier » se trouvaient au centre des débats. Elle y dénonçait la hausse des prix, les délestages et les difficultés des ménages.

L’accusation a vu dans ces interventions une action concertée contre les autorités de transition. Rose Vie Chère a répondu qu’elle parlait comme commerçante confrontée à la cherté de la vie. Ras Bath a défendu son travail de chroniqueur, tandis que leurs avocats ont contesté l’existence d’un projet commun et demandé leur acquittement.

Détenus depuis mars 2023, les deux condamnés ont déjà passé environ trois ans et cinq mois en prison. Cette période devrait être prise en compte dans l’exécution de leur peine.

Pour Rose Vie Chère, la sortie pourrait théoriquement intervenir autour de mars 2030. Le calcul de Ras Bath sera plus délicat, puisqu’une partie de sa détention se rapporte à une précédente condamnation et que le mandat concernant cette affaire date du 28 mars 2024. Les échéances exactes seront fixées par l’administration pénitentiaire.

La défense conserve la possibilité de saisir la Cour suprême. Elle n’avait pas encore annoncé, lundi, si elle formerait un pourvoi en cassation.

Grande Commission mixte Mali-Maroc : le développement au cœur de la 4e session

La capitale malienne accueillera, du 21 au 24 juillet 2026, la quatrième session de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et le Maroc. Ce mécanisme diplomatique bilatéral permettra aux deux pays d’évaluer les actions déjà engagées, de renforcer leur partenariat et de préparer la signature de nouveaux accords dans plusieurs secteurs stratégiques.

Cette nouvelle session doit donner un nouvel élan aux relations diplomatiques et économiques entre Bamako et Rabat, vingt-six ans après la troisième rencontre de la Grande Commission mixte, tenue en juin 2000. Les travaux porteront notamment sur le commerce, les investissements, l’agriculture, les infrastructures, les mines, l’énergie, la santé, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la sécurité, la culture, la jeunesse et le sport. Ils seront coprésidés par les ministres chargés des Affaires étrangères des deux pays.
Un forum d’affaires réunissant des opérateurs économiques maliens et marocains est également annoncé le 23 juillet, en marge de la session, afin de favoriser les échanges directs, les investissements et la création de partenariats entre les secteurs privés.
Selon le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, la rencontre s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations d’amitié, de fraternité et de coopération qui unissent le Mali et le Maroc, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux États.
La rencontre offrira aux deux parties l’occasion de procéder à une évaluation approfondie de la coopération bilatérale, d’examiner les progrès accomplis depuis les précédents engagements et d’identifier les projets qui nécessitent une nouvelle impulsion. Elle devra également permettre de définir des orientations stratégiques et des actions prioritaires destinées à diversifier le partenariat dans des domaines porteurs de croissance, d’emploi et de développement.
La quatrième session devrait enfin être marquée par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente visant à renforcer le cadre juridique de la coopération, à faciliter les investissements et à ouvrir de nouvelles perspectives aux institutions publiques, aux entreprises et aux acteurs économiques des deux pays.
Joseph Amara Dembélé

Foudre en hivernage : les gestes qui mettent des vies en danger

Plusieurs cas de foudre causant des victimes et des dégâts colossaux ont été enregistrés depuis le début de cet hivernage par le service de Prévision météorologique de Mali Météo. Avec une intensité électrique phénoménale, un coup de foudre est estimé à 30 000 ampères (A) en moyenne, de quoi être mortel. Au Mali, face à des gestes quotidiens qui augmentent le risque de foudroiement, plusieurs spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Le Mali a enregistré au total 10 cas de foudre pendant la saison des pluies (hivernage) en 2025, selon les données officielles publiées par le Centre de Coordination et de Gestion des Crises (CECOGEC). Pour cette année, plusieurs cas ont déjà été signalés.
La foudre est une décharge électrique géante et naturelle qui se produit pendant un orage. Selon l’analyse scientifique, elle prend naissance dans le nuage, où les morceaux de glace se frottent intensément entre eux et créent de l’électricité, à la manière d’une pile géante. Le nuage se charge électriquement et projette une immense étincelle vers le sol.
Les spécialistes en la matière soulignent que le terme « foudre » désigne uniquement l’éclair qui touche le sol, ce qui ne représente en réalité que 10 % des décharges électriques totales d’un orage, la grande majorité, restant confinée à l’intérieur des nuages.
« En cette saison humide, des orages accompagnés de vents violents, d’éclairs et, parfois, de cas de foudre sont fréquemment observés. Nous avons déjà enregistré plusieurs victimes ainsi que des effondrements d’habitations. J’invite la population à prendre toutes les précautions nécessaires pour se prémunir contre la foudre, qui demeure un phénomène météorologique particulièrement dangereux durant cette période hivernale », a lancé le Chef du Bureau de Prévision météorologique, Bakary MANGANE, lors de la réunion hebdomadaire du CECOGEC, tenue le mercredi 8 juillet dernier.
En dépit de ce bilan mensuel alarmant et de la peur constante du danger, la population reste majoritairement sous-informée face aux risques d’exposition.
 Selon Seydou Coulibaly, spécialiste en secours, les facteurs primaires du foudroiement découlent directement de la position ou de l’emplacement de la victime : les étendues d’eau ; l’abri sous les grands arbres ; les grandes élévations dénuées de paratonnerre. « Ces situations exposent les victimes à des risques élevés de foudroiement », précise le quinquagénaire . Il ajoute d’autres facteurs liés à la conductivité électrique, tels que la proximité d’un ouvrage métallique, les branchements électriques des poteaux et les lignes téléphoniques fixes ou internet. « Le non-respect des consignes liées au travail dans certaines localités à forte probabilité de foudroiement constitue également un facteur aggravant », renchérit-il.
Ces éléments susmentionnés n’engendrent pas la foudre, mais augmentent considérablement le risque de foudroiement car ils facilitent la propagation du courant électrique. Concernant le mythe du téléphone portable largement répandu, il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique confirmant l’hypothèse d’une quelconque attirance. Le téléphone portable n’attire pas la foudre ; c’est l’exposition de la personne dans un environnement à risque qui favorise le foudroiement, soutiennent les scientifiques.
Phénomène dévastateur
La foudre est à l’origine de plusieurs incendies d’immeubles, d’installations de transport d’électricité, d’usines et d’habitations. Le 8 juillet 2026, de fortes intempéries accompagnées de foudre ont causé d’importants dommages sur le réseau de transport d’énergie de la société Énergie du Mali (EDM-SA). Cela a entraîné de graves perturbations dans la fourniture d’électricité à travers plusieurs localités du pays, notamment à Bamako.
La foudre peut  aussi causer des pertes en vie humaine . Dans la majeure partie des cas, les victimes meurent par électrocution. Les plus chanceuses sont celles qui s’en sortent avec des brûlures graves sur une large surface du corps.
Cela prouve que l’on peut tout à fait survivre à un foudroiement en raison de sa brièveté. Une hypothèse validée par le National Severe Storms Laboratory (NSSL), un laboratoire de recherche dépendant de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) aux États-Unis. Selon ce laboratoire, un coup de foudre est extrêmement bref : la décharge principale ne dure en moyenne qu’environ 20 à 50 microsecondes (millionièmes de seconde).
C’est cette brièveté qui explique pourquoi certains arbres ou édifices survivent à un impact direct, et pourquoi des êtres humains peuvent parfois réchapper à un foudroiement (le courant glissant rapidement sur la peau mouillée par effet de contournement, appelé flashover), même si les séquelles physiques et neurologiques graves restent fréquentes.
Secours et protections
Les consignes de protection contre la foudre devraient être connues de tous. Interrogé sur la question, M. Seydou Coulibaly préconise de toujours se mettre à l’abri en évitant les facteurs de risque mentionnés plus haut. Il met également en garde contre les déplacements sous la pluie. Du côté de Mali-Météo, Bakary MANGANE appelle au renforcement des habitations fragiles et recommande d’éviter de s’abriter sous les arbres pendant les orages, tout en respectant scrupuleusement les consignes de sécurité afin de préserver des vies humaines.
Le premier geste de secours après un accident de foudre est la protection personnelle, qui consiste à faire une analyse succincte du lieu du sinistre afin d’éviter tout risque de suraccident, estime M. Coulibaly. Selon le spécialiste, les gestes de réanimation sont strictement réservés aux personnes ayant une parfaite maîtrise des techniques de secourisme.
« Lors de la prise en charge de la victime, les gestes approximatifs sont prohibés. Seule la parfaite maîtrise des techniques permet de redonner vie à une victime en arrêt des trois fonctions vitales (respiratoire, nerveuse et circulatoire) », dit-il.
En l’absence de maîtrise des gestes de premiers secours, il faut rapidement évacuer la victime vers le centre de santé le plus proche, puisque l’arrêt cardiaque est le principal risque immédiat chez la victime, en plus des brûlures. Toutefois, les secours ou le premier témoin, s’il est titulaire d’un certificat de secourisme, peut procéder à un massage cardiaque externe (MCE) ou à une réanimation cardiopulmonaire (RCP) dès lors que l’arrêt du cœur est constaté,  conclut le spécialiste.
Joseph Amara Dembélé

Mondial 2026 : Avant l’épilogue, les grandes leçons d’une édition inédite

À l’approche du dénouement de la Coupe du monde 2026, plusieurs enseignements se dégagent de cette première édition à 48 équipes, entre surprises, confirmation des favoris et bilan contrasté des sélections africaines.

Bien avant la finale, cette Coupe du monde a déjà bouleversé plusieurs repères. Pour la première fois, 48 nations étaient réunies dans un même tournoi, avec une phase de groupes élargie et l’apparition des seizièmes de finale.

Une formule qui a offert davantage de rencontres et permis à un plus grand nombre de sélections de goûter à la compétition, tout en imposant un parcours plus long aux candidats au titre.

Le tournoi a toutefois confirmé que l’élargissement du plateau n’avait pas réduit son intensité. Plusieurs outsiders ont bousculé les hiérarchies et chaque tour à élimination directe a réservé son lot de surprises.

Redistribution des cartes

Le passage à 48 équipes a multiplié les opportunités pour les sélections émergentes, tout en obligeant les grandes nations à gérer un calendrier plus dense. Cette évolution a favorisé des confrontations inédites et prolongé le suspense jusqu’aux derniers matchs de groupe.

Les grandes nations de l’histoire de la compétition ont rarement bénéficié d’un parcours tranquille. Les seizièmes de finale ont ajouté une étape supplémentaire, donnant davantage de poids à la profondeur des effectifs, à la récupération et à la gestion des temps faibles.

Des surprises sans véritable révolution

Ce Mondial aura offert plusieurs résultats marquants. L’élimination de l’Allemagne face au Paraguay ou encore celle du Brésil contre la Norvège, dans une moindre mesure, figurent parmi les principaux coups de théâtre de la phase à élimination directe.

À l’inverse, certaines nations ont confirmé leur statut. L’Espagne s’est montrée particulièrement convaincante, jusqu’à décrocher son billet pour la finale. La France a également confirmé sa régularité en atteignant le dernier carré, tandis que l’Angleterre et l’Argentine se sont elles aussi hissées en demi-finales au terme de parcours parfois plus laborieux.

Ces trajectoires rappellent que les surprises restent possibles, mais que la régularité, l’expérience et la maîtrise collective continuent de départager les équipes dans les moments décisifs.

L’Afrique hors du dernier carré

L’augmentation du nombre de participants a permis au continent africain de présenter davantage de représentants, avec des parcours parfois encourageants. Le Maroc s’est de nouveau affirmé comme la locomotive du football africain en atteignant les quarts de finale, après avoir déjà marqué les esprits en 2022.

Derrière les Lions de l’Atlas, plusieurs sélections ont montré de belles séquences sans parvenir à s’installer durablement dans la phase finale. Le Sénégal, la RDC, le Ghana, le Cap-Vert, l’Algérie ou encore la Côte d’Ivoire ont quitté la compétition dès les seizièmes, tandis que l’Égypte a atteint les huitièmes.

Cette édition confirme néanmoins que les sélections africaines sont capables de rivaliser avec des adversaires de premier plan sur une rencontre. Le défi est de maintenir ce niveau sur la durée et de mieux négocier les moments décisifs pour se rapprocher régulièrement du dernier carré.

La Coupe du monde 2026 aura ainsi élargi le champ des possibles sans rendre le titre plus accessible. Davantage de nations se sont mêlées à la compétition, mais le sommet demeure réservé aux sélections capables de conjuguer profondeur d’effectif, maîtrise tactique et constance.

Mohamed Kenouvi

Dr Cheick Oumar Soumano : « Il faut que les jeunes soient associés »

Dans le cadre de la Journée mondiale des compétences des jeunes, célébrée le 15 juillet, Dr Cheick Oumar Soumano, Président de l’Organisation des jeunes patrons et Coordinateur du Baromètre, analyse les politiques de formation et d’insertion au Mali.

Quel bilan faites-vous des politiques publiques de formation des jeunes ?

Nous pouvons être satisfaits de ce qui a été entrepris par les autorités. Le ministère chargé de la Jeunesse intervient surtout sur la citoyenneté et la sensibilisation, tandis que celui chargé de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation professionnelle agit davantage sur la formation, l’insertion et la création d’entreprises. Ces actions couvrent plusieurs domaines. Mais les besoins restent énormes. Les politiques doivent donc être intensifiées afin qu’une plus grande partie de la jeunesse puisse en bénéficier.

Pourquoi l’inadéquation entre formation et emploi persiste-t-elle ?

Beaucoup de programmes ont été conçus sans associer les Directeurs des Ressources Humaines et sans tenir compte des tendances de l’économie pour les vingt prochaines années. Les cursus universitaires ont souvent été pensés sur une base théorique, sans correspondre aux besoins réels. Cette difficulté concerne le Mali, mais aussi d’autres pays de la sous-région et de l’AES. Les reconversions professionnelles apportent une réponse. Un diplômé en anglais destiné à l’enseignement peut, par exemple, devenir secrétaire bilingue grâce à une formation adaptée et à un stage. Ce n’est pas la faute des jeunes. Les autorités cherchent aujourd’hui à corriger une situation qui a fortement affecté leur insertion.

Quelle part de responsabilité les pouvoirs publics portent-ils ?

Je préfère parler d’une mauvaise perception plutôt que de responsabilité. Les programmes étaient élaborés au bénéfice des jeunes sans les associer suffisamment et sans consulter pleinement le secteur privé, qui utilise les compétences. L’État a joué son rôle de formation et d’éducation. Il doit désormais rassembler les acteurs, mettre leurs compétences en synergie et mieux prendre en compte les besoins des employeurs afin de rendre l’insertion plus efficace.

Quelles réformes attendez-vous ?

« Il faut que les jeunes soient associés », notamment à travers le Conseil national de la Jeunesse. Toutes les composantes du secteur privé doivent aussi être écoutées, de l’agriculture à l’artisanat, en passant par l’industrie, le commerce et les services. Ensemble, les acteurs doivent élaborer les curricula et instaurer un cadre permanent de concertation et d’évaluation. Les jeunes doivent participer au suivi des propositions et de leur impact sur l’insertion. Ce travail produira ses effets à moyen et long terme.

Bamako City Tour : Inscrire le tourisme local dans la durée

Du 18 juillet au 27 septembre 2026, l’Agence de promotion touristique du Mali organise la quatrième édition de Bamako City Tour. Porté par le département de la Culture, le programme vise à rapprocher les résidents des sites touristiques et à soutenir un secteur affaibli par la crise. Après trois éditions aux résultats jugés encourageants, l’enjeu est désormais de consolider l’élan.

Organisée en partenariat avec les agences de voyages et les guides touristiques, l’initiative s’installe progressivement dans l’agenda culturel du pays. Elle cherche à développer le tourisme intérieur et à rendre leur patrimoine plus accessible aux Maliens. Elle offre aux locaux l’occasion de découvrir des lieux souvent proches, mais encore absents de leurs habitudes de loisirs et de sorties.

« C’est un programme qui a révolutionné l’accessibilité et la promotion des sites touristiques auprès des résidents nationaux, majoritairement des enfants et adolescents, mais également des adultes », assure Sidy Keïta, Directeur général de l’APTM.

Après trois éditions, l’Agence estime que Bamako City Tour a favorisé la valorisation des sites, le développement de parcours touristiques urbains et un nouveau regard des populations sur leur patrimoine. Le programme a aussi contribué à relancer l’activité des agences de voyages et des guides, dont le travail a été fortement touché par la crise.

Maintenir la dynamique

Selon le Directeur général de l’APTM, au moins une vingtaine de sites touristiques ont été valorisés à Bamako et dans les régions. Environ 40 000 personnes ont bénéficié de visites subventionnées à Bamako, Ségou, Sikasso, Mopti et Kayes. Les contenus réalisés autour de ces sites auraient, pour leur part, touché près de 15 millions de personnes.

Chaque année, le programme mobilise plus de quinze agences de voyages et une vingtaine de guides. Il leur a également permis de proposer et de vendre des circuits touristiques au-delà de la période consacrée au City Tour, prolongeant ainsi les retombées de l’opération.

La pérennisation de ces acquis exige cependant des investissements importants. La Phase II, centrée sur les parcours interurbains, suppose des routes praticables, des sites entretenus, une signalisation adaptée et de meilleures conditions d’accueil et de visite. Plusieurs lieux historiques restent encore méconnus ou difficilement accessibles.

Maintenir la dynamique passe enfin par l’élargissement des circuits et des expériences proposés aux visiteurs. Bamako City Tour peut contribuer à la relance du tourisme intérieur, à condition que l’initiative gagne en régularité, consolide les professionnels mobilisés et améliore durablement l’accès au patrimoine.

États-Unis – Iran : Ormuz au cœur de la reprise des hostilités

Les récentes frappes américaines et les ripostes iraniennes ont fragilisé l’accord intérimaire conclu en juin pour arrêter la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz. La crise menace désormais la navigation, les marchés énergétiques et l’équilibre régional bien au-delà du Golfe.

Les États-Unis et l’Iran ont repris leurs attaques, après plusieurs semaines de trêve précaire. Washington a frappé des sites de missiles, de drones et de surveillance, tandis que Téhéran a visé une base militaire américaine en Jordanie, Bahreïn et des pétroliers proches du détroit. Un marin indien a été tué et huit autres blessés lors d’attaques contre deux navires liés aux Émirats arabes unis.

Signé le 17 juin, le mémorandum intérimaire prévoyait l’arrêt des hostilités, la réouverture d’Ormuz et soixante jours de négociations sur le nucléaire iranien, les sanctions et la navigation. Le Pakistan et le Qatar avaient facilité l’entente, tandis qu’Oman intervenait sur les modalités maritimes. L’application du texte s’est heurtée à des lectures opposées, Washington exigeant un passage libre et Téhéran revendiquant l’organisation du trafic.

Ormuz sous pression

Donald Trump a annoncé le rétablissement d’un blocus sur les ports iraniens et proposé une contribution équivalant à 20% de la valeur des cargaisons protégées par les États-Unis. Les modalités restent à préciser et suscitent des réserves parmi les armateurs et les gouvernements, attachés à la liberté de navigation.

Près d’un cinquième du pétrole mondial transitait habituellement par Ormuz. Le Brent a dépassé 86 dollars le baril, tandis que le trafic commercial de pétroliers est tombé à son plus bas niveau depuis deux mois. Les assureurs ont relevé leurs primes de guerre, certains recommandant de suspendre les traversées, et les coûts d’affrètement ont fortement augmenté.

L’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, l’Irak et Bahreïn dépendent largement du détroit pour leurs exportations énergétiques. Le Qatar, grand fournisseur de gaz naturel liquéfié, cumule ainsi les rôles de médiateur et d’État exposé à toute fermeture prolongée.

La médiation continue

Malgré les frappes, les canaux diplomatiques restent actifs. Doha, Islamabad et Mascate cherchent à rétablir les discussions. Washington réclame un engagement public iranien garantissant la sécurité maritime, tandis que Téhéran conditionne l’apaisement à la fin des opérations américaines.

La crise dépasse le Golfe. La hausse du pétrole renchérit le transport, l’électricité, les engrais et les denrées importées. La stabilité d’Ormuz déterminera la solidité de la trêve, la reprise des flux énergétiques et la possibilité d’un règlement politique durable.

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.