Éliminatoires de la CAN 2027 : Les Aigles font le plein

Avec deux victoires en autant de sorties, le Mali a parfaitement négocié les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027. Six points qui installent déjà les Aigles en tête du Groupe K, à égalité avec le Rwanda.

Le Mali pouvait difficilement espérer meilleur départ. Pour leur entrée en lice, le 25 septembre au stade du 26 Mars de Bamako, les Aigles ont dominé le Cap-Vert sur le score de 3-1. Une victoire convaincante face à une sélection qui sortait d’une bonne campagne à la Coupe du Monde 2026. Ange Martial Tia avait rapidement ouvert le score avant l’égalisation capverdienne. Nene Dorgeles a ensuite pris le relais avec un doublé.

Pour le premier match officiel d’Anthony Da Silva sur le banc, le Mali a notamment affiché de la maîtrise et une capacité à accélérer dans les moments clés. Quatre jours plus tard, le 29 septembre à Monrovia, pour le compte de la deuxième journée, le scénario a été bien différent. Face aux Lone Stars du Liberia, les Aigles ont dû patienter jusqu’à la 79ème minute pour faire la différence. Une nouvelle fois, Ange Martial Tia a surgi pour inscrire l’unique but de la rencontre et offrir une deuxième victoire consécutive au Mali.

Six points mais deux visages

Ces deux premières journées ont ainsi montré deux facettes de l’équipe malienne. Séduisante et efficace offensivement contre le Cap-Vert, elle a été davantage bousculée dans son expression à Monrovia, où elle a néanmoins su faire preuve de patience pour ramener l’essentiel. Le bilan comptable reste impeccable, avec six points, quatre buts inscrits et un seul encaissé.

Ange Martial Tia constitue également l’une des principales satisfactions de ce début de campagne. Le jeune international a marqué lors de ses deux premières sélections, tandis que Nene Dorgeles a confirmé son poids offensif avec son doublé lors de la première journée.

Le sans-faute malien ne permet toutefois pas encore de creuser l’écart. Le Rwanda a lui aussi remporté ses deux premières rencontres, d’abord contre le Liberia, sur le score de 3-1, puis face au Cap-Vert, sur le score de 2-1. Les deux sélections comptent donc six points après deux journées.

Le calendrier leur réserve justement une double confrontation lors de la prochaine fenêtre. Le Mali recevra d’abord le Rwanda le 11 novembre à Bamako, avant de se déplacer à Kigali le 15 novembre. Cette double confrontation devrait permettre d’y voir plus clair dans la lutte pour la tête du groupe.

Mohamed Kenouvi

81ème Assemblée générale de l’ONU : Le Mali porte ses priorités et celles de l’AES

Du 22 au 28 septembre à New York, la délégation malienne a défendu les priorités nationales sur le développement, la paix, la sécurité et la coopération. Le discours du ministre Abdoulaye Diop a conclu une semaine également marquée par plusieurs rencontres bilatérales et par une présence coordonnée de l’AES.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale conduisait la délégation au nom du Président de la Transition, Assimi Goïta. Le ministre de la Santé et du Développement social ainsi que la Conseillère spéciale du Chef de l’État chargée des questions diplomatiques ont également participé aux travaux.

Une réunion de coordination tenue le 21 septembre à la Mission permanente du Mali avait permis d’examiner les rendez-vous présentant un intérêt pour le pays. L’agenda associait réunions thématiques, consultations avec les partenaires, activités de l’AES et échanges avec la communauté malienne.

La déclaration nationale, prononcée le 28 septembre, coïncidait avec le 66ème anniversaire de l’admission du Mali aux Nations unies, 6 jours après son indépendance. Elle a achevé une participation qui ne s’est pas limitée à la tribune de l’Assemblée générale.

Plaidoyers

Lors de la réunion de haut niveau du 23 septembre consacrée au 40ème anniversaire de la Déclaration sur le Droit au Développement, Abdoulaye Diop a affirmé que ce droit « n’est pas une question de charité, mais d’autonomisation et de participation ». Il a présenté la Vision Mali Kura 2063 et appelé à accélérer les Objectifs de Développement Durable.

À la réunion ministérielle des Pays les Moins Avancés, le ministre a défendu une mobilisation collective en faveur d’un développement durable et équitable. Devant la Commission de consolidation de la paix, il a insisté sur l’appropriation nationale des processus de paix, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation et l’investissement dans la jeunesse. Il a demandé la rééligibilité du Mali à un nouveau cycle du « Peacebuilding and Recovery Facility ».

Devant l’Organisation de la Coopération Islamique, Abdoulaye Diop a dénoncé les soutiens extérieurs dont bénéficieraient les groupes terroristes au Sahel et mis en cause l’Ukraine. Kyiv rejette ces accusations.

Partenariats

Les consultations bilatérales ont commencé avec le Nigeria et le Ghana. Elles se sont poursuivies avec le Qatar, le Royaume-Uni, le Congo, l’Égypte, l’Algérie, Cuba et le Nicaragua. Le ministre Diop s’est également entretenu avec le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la situation politique et sécuritaire au Mali et au Sahel.

L’AES a aussi présenté une position commune. Le 22 septembre, ses ministres des Affaires étrangères ont rencontré leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse. Le 24 septembre, les ministres de l’AES et leur homologue russe, Sergueï Lavrov, ont examiné leur coopération, la situation au Sahel et la préparation du troisième Sommet Russie – Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou.

Le 25 septembre, un événement consacré à la sécurité et au développement au Sahel a réuni l’AES et plusieurs partenaires. Des représentants du Maroc, du Togo, de l’Algérie, du Congo, du Royaume-Uni, de la Russie, des États-Unis, de l’ONU, de l’Union africaine et de la CEDEAO y ont pris la parole.

Tribune

Dans son discours du 28 septembre, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’attachement du Mali au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence. Il a cité les attaques des 25 avril et 4 juillet parmi les manifestations de la menace sécuritaire et défendu la Force unifiée de l’AES ainsi que la coopération avec la Russie.

Le ministre a rappelé que l’État gardait « la main tendue » vers les combattants disposés à déposer les armes et à rejoindre la République. « La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a-t-il déclaré, en l’étendant aux choix économiques, à la valorisation des ressources naturelles et à l’emploi des jeunes.

Il a également abordé la Palestine, l’adaptation climatique, l’intelligence artificielle et les migrations, présentées comme une richesse plutôt qu’une menace. Le Mali a enfin demandé une ONU réformée, plus représentative et accordant une place plus importante à l’Afrique. Cette semaine new-yorkaise aura donc servi à défendre les priorités nationales maliennes tout en installant davantage l’AES comme interlocuteur collectif.

Amina Dicko : « Nous constatons une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical »

Amina Dicko est la présidente de l’association Solidaris 223. Elle nous donne son regard sur la lutte contre les cancers du col de l’utérus et du sein. Elle revient sur les raisons du diagnostic tardif et les actions à mener pour une meilleure sensibilisation.

Quelles sont les principales raisons qui expliquent encore les consultations ou les diagnostics tardifs des cancers du sein et du col de l’utérus ?

Nous constatons notamment une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical. Cela peut retarder la consultation jusqu’à ce que la maladie devienne beaucoup plus difficile à traiter.

Dans quelle mesure les conditions de vie et l’environnement des femmes influencent-ils leur décision de se faire dépister ?

La situation est particulièrement difficile pour les femmes déplacées ou vivant dans des conditions de vulnérabilité. L’éloignement des structures sanitaires et l’absence d’accompagnement constituent des obstacles supplémentaires qui peuvent retarder leur accès au dépistage.

Quelles actions faudrait-il renforcer en priorité pour favoriser un diagnostic plus précoce ?

Il faut renforcer la sensibilisation de proximité en associant les associations, les leaders communautaires et les professionnels de santé, avec des messages diffusés dans les langues comprises par les femmes. Le dépistage doit également être rendu plus accessible et abordable grâce à des campagnes gratuites ou subventionnées, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Enfin, il faut développer les partenariats entre les structures sanitaires, la société civile et les autorités afin de mieux coordonner la prévention et la prise en charge.

Foire aux Disques : De la mémoire musicale aux défis de demain

Du 24 au 27 septembre, la berge du Palais de la Culture Amadou Hampâté Ba a accueilli la première édition de la Foire aux Disques. Portée par l’Union des Associations des Artistes, Producteurs et Éditeurs du Mali (UAAPREM), la manifestation a consacré quatre jours à l’histoire de la musique malienne, à ses supports et à leur transmission.

Placée sous le thème « La musique : hier, aujourd’hui et demain », la foire a réuni artistes, producteurs, éditeurs, collectionneurs et passionnés. Disques vinyles, CD, photographies, affiches, phonographes et autres objets liés à la musique ont retracé plusieurs périodes de la création malienne. L’exposition a rappelé l’évolution des modes d’écoute, de conservation et de diffusion des œuvres. Le public a retrouvé des supports devenus rares.

Pour le Directeur du Palais de la Culture, Souleymane Bathiono, l’initiative a constitué « un espace de découverte, de dialogue et de rencontre autour de la musique malienne ». Elle a mis en relation artistes, producteurs, distributeurs, éditeurs et collectionneurs, et donné une place aux œuvres et aux parcours qui ont marqué différentes générations.

Mémoire

La programmation ne s’est pas limitée aux objets exposés. Conférences, débats, projections, concerts intergénérationnels, showcases et distinctions honorifiques ont rythmé les quatre journées. Les échanges ont porté sur les changements liés au streaming et à la dématérialisation. Souleymane Bathiono a présenté la foire comme une occasion de « préserver la mémoire musicale du Mali tout en ouvrant des perspectives nouvelles pour les générations futures ». Les concerts ont réuni des artistes de différentes générations et proposé des répertoires variés.

Les discussions ont porté sur la production musicale, les droits d’auteur, la distribution et les mutations de l’industrie musicale. Ces échanges ont permis aux différents acteurs de confronter leurs expériences et de revenir sur les difficultés de conservation, de diffusion et de transmission. Les projections et les rencontres ont aussi rappelé la nécessité de mieux documenter les parcours, les œuvres et les supports qui ont façonné la musique malienne.

Pour Mbaye Boubacar Diarra, Président de l’UAAPREM, cette première édition devait mettre en valeur le chemin parcouru et ouvrir la réflexion sur la suite. Des hommages ont été rendus aux anciennes gloires, aux producteurs et à d’autres acteurs culturels. La foire a cherché à rapprocher les jeunes générations de cet héritage. À l’issue des quatre jours, les organisateurs souhaitent inscrire ce rendez-vous dans la durée et poursuivre le travail de transmission de la mémoire musicale malienne.

Joseph Amara Dembélé

Bamako : Quand les immeubles inachevés nourrissent les rumeurs

À Bamako, certains immeubles ont fini par avoir une seconde vie, celle des récits, sans jamais avoir connu la première. À l’Hippodrome, « Djinè ka étagi » traîne derrière lui depuis des décennies des histoires d’envoûtement que rien ne permet d’établir comme cause de son inachèvement. À l’ACI 2000, l’immeuble communément appelé le Borj nourrit lui aussi les commentaires. Sur les berges du Niger, l’ex Mariétou Palace, devenu Afriqiyah Hôtel après son rachat par des investisseurs libyens en 2007, a connu de nombreux arrêts de chantier et changements de propriétaires.

Ces récits font partie de l’imaginaire urbain. Ils ne doivent pourtant pas remplacer les questions simples. À qui appartiennent aujourd’hui ces bâtiments ? Leur structure est-elle encore saine ? Que coûterait leur achèvement, leur reconversion ou, si nécessaire, leur démolition ? Tant que ces réponses seront absentes, les rumeurs occuperont l’espace laissé vacant par l’information.

Le problème dépasse l’image de la ville. Des bâtiments inachevés ou durablement inutilisés peuvent devenir des refuges, des dépôts sauvages ou des lieux propices à des activités illicites. Le temps dégrade aussi les structures laissées sans entretien.

Il faut donc recenser ces grands immeubles, clarifier leur statut foncier et juridique, contrôler leur sécurité et fixer pour chacun une issue réaliste. Certains peuvent être achevés, d’autres reconvertis ou sécurisés. Chaque abandon prolongé représente aussi un coût pour la capitale et appelle à des décisions publiques enfin assumées.

Bamako n’a rien à gagner à laisser des carcasses de béton devenir des monuments aux rumeurs. Une ville avance aussi en donnant une fonction, ou au moins un avenir clair, à ce qui reste debout.

Éthiopie : Sept groupes annoncent une alliance contre Abiy Ahmed

Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, l’Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord. Sept groupes armés et politiques, dont le TPLF et le mouvement national Fano de l’Amhara, ont annoncé une alliance visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et à mettre en place une transition.

Les combats ont repris au Tigré avant de gagner l’Afar et l’Amhara. L’Union africaine a confirmé la saisie et l’occupation par les forces tigréennes des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, qu’elle juge contraires aux engagements de Pretoria. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces villes. L’organisation continentale a appelé à une désescalade immédiate, à la reprise du dialogue direct et a demandé à Olusegun Obasanjo de soutenir les efforts diplomatiques.

Le Tigray People’s Liberation Front occupe une place centrale dans cette nouvelle offensive. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne avant l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, avait combattu le gouvernement fédéral de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, sans régler entièrement le retour des déplacés, les territoires contestés de l’ouest du Tigré ni le désarmement des forces tigréennes.

Alliance fragile

La coalition réunit le TPLF, le mouvement national Fano de l’Amhara et des groupes issus notamment de l’Oromia, de l’Afar, de la région somalienne et du Benishangul-Gumuz. Elle dit vouloir remplacer le gouvernement fédéral par une administration de transition.

Cette convergence ne signifie pas encore commandement militaire commun ni projet politique partagé. Fano rassemble plusieurs factions, tandis que Tigréens et Amhara restent opposés sur des territoires disputés. Des analystes soulignent l’éloignement géographique des groupes, la faiblesse de certains et leurs divergences politiques. Leur rapprochement apparaît davantage comme une entente tactique contre Abiy Ahmed que comme une force unifiée capable de conquérir puis d’exercer le pouvoir. Addis-Abeba accuse par ailleurs l’Érythrée de soutenir cette alliance, ce qu’Asmara dément.

La crise dépasse le Tigré. Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine et l’Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l’Afrique. La reprise des combats a perturbé les réseaux internet et téléphoniques dans le Tigré et provoqué de nouveaux déplacements. Le précédent conflit aurait fait des centaines de milliers de morts, selon plusieurs estimations. Pour des civils encore marquées par la guerre de 2020-2022, les coupures de réseau, les mouvements de population et la crainte de nouvelles pénuries ravivent le souvenir d’un conflit dont les conséquences sont toujours visibles.

Cancers du sein et du col : Le diagnostic tardif persiste en Afrique

Le diagnostic tardif des cancers du sein et du col n’est pas une singularité malienne. Dans une grande partie de l’Afrique, les patientes consultent alors que la maladie a déjà progressé.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 60 et 70% des femmes atteintes d’un cancer du sein ou du col sont diagnostiquées tardivement. Pour le seul cancer du sein, une revue systématique publiée le 10 juin 2026 a analysé 125 études menées entre 2014 et 2025 dans 28 pays d’Afrique subsaharienne. Sur 42 689 patientes, 63,1% avaient reçu leur diagnostic aux stades III ou IV. Cette proportion atteignait 71% en Afrique de l’Ouest.

Le retard réduit les chances de survie et rend les soins plus lourds. D’après l’OMS, environ une Africaine sur deux atteinte d’un cancer du sein survit cinq ans après le diagnostic, contre plus de 90% dans les pays à revenu élevé. Les écarts tiennent notamment aux difficultés d’accès au diagnostic rapide et aux traitements spécialisés.

Cibles

L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein fixe trois repères, résumés par la formule 60-60-80. Elle recommande de diagnostiquer au moins 60% des cancers invasifs aux stades I ou II, d’achever la confirmation du diagnostic dans les 60 jours suivant la première consultation et de permettre à au moins 80% des patientes de suivre l’intégralité du traitement recommandé.

Pour le cancer du col de l’utérus, la stratégie 90-70-90 prévoit, d’ici 2030, la vaccination de 90% des filles contre le papillomavirus humain avant 15 ans. Elle vise aussi le dépistage de 70% des femmes à 35 ans, puis à 45 ans, avec un test performant, ainsi que la prise en charge de 90% des lésions précancéreuses et des cancers invasifs. L’élimination correspond à moins de quatre nouveaux cas pour 100 000 femmes par an.

Le 21 septembre 2026, l’OMS Afrique a publié un manuel destiné aux personnels des soins primaires. Le document explique comment reconnaître les signes suspects du cancer du sein, réaliser une première évaluation et orienter rapidement les patientes vers l’imagerie, l’anatomopathologie et le traitement. Il recommande aussi le suivi des rendez-vous manqués pour limiter les abandons. Selon l’organisation, des délais de six mois ou davantage entre les premiers symptômes et des soins appropriés restent fréquents sur le continent.

Mohamed Kenouvi

Cancers du sein et du col : Le poids du diagnostic tardif

Malgré les campagnes de sensibilisation et de dépistage, les cancers du sein et du col de l’utérus restent encore souvent découverts tardivement au Mali. Faible recours au dépistage, contraintes sociales et financières et difficultés dans le parcours de soins continuent de retarder le diagnostic.

Parmi 964 patientes diagnostiquées entre 2019 et 2022 dans trois CHU de Bamako et suivies jusqu’en 2024, environ une sur quatre l’avait été à un stade précoce. Cette étude d’Epicentre, menée auprès de femmes prises en charge par Médecins Sans Frontières (MSF) et le ministère de la Santé et du Développement social, montre cependant une amélioration pour le cancer du col : la proportion de diagnostics précoces est passée de 14,3% en 2019 à 28,4% en 2022.

Dans les services spécialisés, les formes avancées continuent de dominer. Selon le Dr Madani Ly, cancérologue au Centre international d’oncologie de Bamako, les patientes arrivent le plus souvent aux stades III et IV, lorsque la maladie a déjà considérablement évolué.

Une seconde analyse du même programme, présentée en 2025, porte sur 1 757 femmes prises en charge entre 2018 et 2023 dans les CHU du Point G, Gabriel Touré et l’Hôpital du Mali. Pour le cancer du sein, 67% présentaient une tumeur classée T4, signe d’une maladie localement avancée. Pour celui du col, 53% étaient au stade IV et 22% au stade III.

Faible dépistage

Ces diagnostics tardifs interviennent dans un contexte où le recours au dépistage demeure limité. Selon l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM-VII) 2023-2024, seulement 10% des femmes de 15 à 49 ans ont déclaré avoir déjà été examinées par un professionnel de santé pour le cancer du sein. La proportion tombe à 9% en milieu rural, contre 15% à Bamako. Le recours à cet examen augmente également avec le niveau d’instruction et les conditions économiques des femmes interrogées.

Pour le cancer du col de l’utérus, l’écart est encore plus marqué. Si 36% des femmes interrogées en ont entendu parler et que 26% connaissent l’existence d’un test, seulement 5% ont déclaré en avoir effectué un. Elles sont 9% à Bamako contre 4% en milieu rural.

Les campagnes organisées ces dernières années ont élargi l’offre. En 2024, 91 027 femmes ont été dépistées pour les deux cancers confondus : 43 236 pour le sein et 47 791 pour le col. Parmi les femmes examinées pour le sein, 384 cas suspects ont été détectés et 134 orientés vers une structure de référence. Ces données montrent aussi l’importance de suivre les cas suspects après le premier examen afin qu’ils puissent accéder aux analyses complémentaires.

La multiplication des campagnes ne suffit toutefois pas à installer une culture durable du dépistage. Pour Mme Amina Dicko, Présidente de Solidaris 223, association engagée dans la lutte contre ces deux cancers, le manque d’information est l’un des premiers freins.

« Beaucoup de femmes ne connaissent pas suffisamment les signes d’alerte et certaines pensent qu’en l’absence de symptômes, il n’est pas nécessaire de se faire dépister », observe-t-elle.

Freins persistants

Le retard ne s’explique pas uniquement par un déficit d’information. Le Dr Madani Ly cite également « les croyances socioculturelles, les difficultés financières et l’accessibilité aux soins dans les services spécialisés ».

Solidaris 223 observe les mêmes obstacles. À la peur du diagnostic s’ajoutent les pesanteurs socioculturelles, la gêne face à certains examens et la banalisation des premiers signes. « Malheureusement, certaines femmes ne consultent que lorsque la maladie devient difficile à supporter », souligne Amina Dicko.

La précarité peut reléguer la santé au second plan. Pour une femme confrontée aux dépenses quotidiennes et aux charges familiales, financer une consultation ou des examens sans ressentir de symptômes importants n’est pas toujours prioritaire. La possibilité de décider seule de se soigner compte également. « Dans certaines familles, les décisions concernant les soins peuvent dépendre du soutien du conjoint ou de l’entourage », relève Mme Dicko.

Les femmes déplacées ou vivant loin des structures sanitaires cumulent ces difficultés. Manque de moyens, distance, transport et absence d’accompagnement peuvent repousser le dépistage ou la consultation.

Diagnostic sous contraintes

La première consultation ne met pas nécessairement fin aux délais. Entre la suspicion d’un cancer, les examens complémentaires, la confirmation du diagnostic et l’orientation vers une structure spécialisée, plusieurs étapes ralentissent encore le parcours. Le rapport Epicentre relève aussi l’éparpillement des soins entre plusieurs établissements de Bamako, qui oblige certaines patientes à multiplier les déplacements. Dans la cohorte étudiée, le délai médian entre le résultat anatomopathologique et le premier traitement atteignait 66 jours pour le cancer du col et 44 jours pour celui du sein.

Le Dr Madani Ly pointe notamment « le manque d’informations et aussi de formation continue des agents de santé ». Une meilleure identification des signes suspects permettrait une orientation plus rapide vers les services appropriés.

Les contraintes matérielles retardent également la confirmation du diagnostic. « Les femmes sont souvent confrontées à plusieurs difficultés telles que le coût des examens complémentaires, les frais de transport, l’accès aux spécialistes et parfois les délais d’attente », détaille Amina Dicko.

La peur du résultat et le choc émotionnel compliquent aussi le parcours. Certaines femmes l’interrompent faute de moyens ou de soutien, tandis que d’autres ignorent vers quelle structure se tourner.

« Le véritable défi n’est donc pas seulement de dépister, mais de garantir à chaque femme un parcours de soins complet, de la détection précoce jusqu’à la prise en charge », insiste la Présidente de Solidaris 223.

Suivi à renforcer

La confirmation du diagnostic ne garantit pas la continuité des soins. Il faut encore que la patiente soit orientée, accompagnée et maintenue dans le circuit jusqu’au début puis à la poursuite de sa prise en charge. Le rapport Epicentre illustre l’ampleur du problème : 31,9% des patientes atteintes d’un cancer du col et 29,8% de celles atteintes d’un cancer du sein avaient été perdues de vue.

Amina Dicko préconise « un système d’accompagnement et de référencement afin qu’aucune femme ayant un résultat suspect ou positif ne soit laissée sans orientation ». Elle appelle aussi à renforcer le soutien psychosocial et financier pour permettre la poursuite des examens et des traitements.

Pour elle, une meilleure coordination entre structures sanitaires, organisations de la société civile et autorités réduirait les ruptures entre le diagnostic, l’orientation vers les spécialistes et le traitement.

Des acquis à consolider

Entre 2021 et 2025, MSF et ses partenaires ont pris en charge plus de 2 300 patientes à Bamako. Leur bilan de septembre 2026 relève des difficultés d’accès au diagnostic, aux traitements et à la radiothérapie. Dans la cohorte Epicentre, la survie à trois ans atteignait 72% pour le cancer du sein et 55% pour celui du col.

La prévention du cancer du col a franchi une nouvelle étape avec l’introduction, en novembre 2024, du vaccin contre le papillomavirus humain (VPH). Entre janvier et septembre 2025, plus de 145 000 filles âgées de 10 ans avaient été vaccinées au Mali, dont plus de 113 000 scolarisées et environ 32 400 non scolarisées.

Lors d’Octobre Rose 2025, l’Office national de la Santé de la Reproduction avait fixé un objectif de 100 000 femmes à dépister. La campagne prévoyait aussi la prise en charge d’au moins 70% des lésions précancéreuses détectées et l’orientation d’au moins 95% des cas de cancer vers les sites spécialisés.

Présenté en juin 2026, le Plan triennal du Projet Oncologie 2026-2028 repose sur six axes, à savoir la surveillance épidémiologique, la prévention et le dépistage précoce, le renforcement des capacités diagnostiques, l’amélioration de l’accès aux traitements, les soins de support et les soins palliatifs, ainsi que la gouvernance. Il vise à augmenter d’au moins 25% d’ici 2028 la proportion de patientes bénéficiant d’une prise en charge précoce et équitable à Bamako et dans ses environs.

Mohamed Kenouvi

Rage : vaccination des chiens et prise en charge immédiate des morsures

Le Mali marque ce lundi 28 septembre la vingtième Journée mondiale de lutte contre la rage. Le Conseil des ministres a annoncé une cérémonie à Bamako, sous le thème « Plus forts ensemble ».

Selon le gouvernement, la journée est consacrée à la sensibilisation des propriétaires d’animaux de compagnie et à leur vaccination régulière. L’action s’inscrit dans l’objectif international de mettre fin, d’ici à 2030, aux décès humains provoqués par la rage transmise par les chiens.
La rage est une maladie virale qui attaque le système nerveux central. Elle se transmet par la salive d’un animal infecté, principalement lors d’une morsure ou d’une griffure. Un contact de la salive avec une plaie ouverte ou une muqueuse constitue également une exposition.
Les chiens à l’origine de 99 % des cas humains
D’après la fiche publiée le 17 septembre 2026 par l’Organisation mondiale de la santé, les chiens sont responsables de 99 % des cas de rage humaine. Les enfants de 5 à 14 ans figurent parmi les victimes fréquentes.
L’OMS estime à 44 203 le nombre annuel de décès dans le monde, sur la base de ses estimations sanitaires de 2021. Elle précise que le décompte exact demeure difficile en raison des cas mal diagnostiqués ou absents des systèmes de surveillance.
Quand les symptômes cliniques apparaissent, la maladie est mortelle dans pratiquement 100 % des cas. Le délai entre l’exposition et les premiers signes atteint généralement deux à trois mois, avec des variations allant de moins d’une semaine à un an.
Au Mali, le ministère de l’Élevage et de la Pêche indiquait que la maladie était endémique. En citant la Direction générale de la santé et de l’hygiène publique, le département avait recensé onze décès entre janvier et septembre 2024. Ce chiffre constitue un bilan limité à cette période.
Un état d’avancement de la campagne de vaccination, publié par l’Agence malienne de presse le 20 mars 2025, faisait état de 523 chiens vaccinés contre la rage à l’échelle nationale. Le chef de la section de surveillance épidémiologique de la Direction nationale des services vétérinaires précisait que les vaccins destinés aux chiens et aux chats étaient importés et facturés entre 15 000 et 20 000 FCFA selon le prestataire.
Les gestes après une exposition
Après une morsure ou une griffure par un animal potentiellement infecté, l’OMS recommande de laver immédiatement la plaie à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes. La personne exposée doit ensuite consulter rapidement un service de santé.
La prophylaxie post-exposition comprend une évaluation de la blessure et une vaccination antirabique complète. Pour les morsures profondes, les griffures ayant traversé la peau ou la contamination d’une muqueuse par la salive, le protocole peut inclure des immunoglobulines ou des anticorps monoclonaux antirabiques.
L’OMS classe les griffures superficielles sans saignement parmi les expositions nécessitant un nettoyage et une vaccination immédiate. Les morsures ou griffures ayant traversé le derme relèvent de la catégorie des expositions graves.
La vaccination des chiens interrompt la transmission du virus à sa source. L’OMS la présente comme la stratégie la plus rentable pour prévenir la rage humaine. La conduite recommandée après une exposition repose sur trois actes successifs : laver la plaie pendant au moins quinze minutes, se rendre dans une structure sanitaire et suivre entièrement le protocole prescrit.
Massiré Diop

Associations et fondations : le rapport trimestriel attendu le 10 octobre

Les associations et les fondations exerçant au Mali doivent transmettre leur rapport d’activités du troisième trimestre au plus tard le 10 octobre. Le calendrier annoncé par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation découle du décret n°2026-0152/PT-RM du 13 mars 2026.

Selon l’avis ministériel relayé le 26 septembre, les rapports d’activités passent d’une transmission mensuelle à une transmission trimestrielle. Les dépôts sont attendus le 10 avril pour le premier trimestre, le 10 juillet pour le deuxième, le 10 octobre pour le troisième et le 10 janvier de l’année suivante pour le quatrième.
Le même avis maintient au 31 mars la date limite de transmission du rapport annuel. Les dossiers sont adressés à la Direction générale de l’Administration du territoire.
Deux documents à remettre chaque trimestre
Le décret du 13 mars impose deux transmissions distinctes. Les associations et les fondations doivent d’abord fournir un tableau ressources-emplois. Ce document retrace les ressources reçues et leur utilisation. Il doit également indiquer l’origine des fonds crédités sur leurs comptes.
Le second document est le rapport d’activités trimestriel, présenté suivant le canevas établi par l’administration. Les deux pièces doivent parvenir aux services compétents au plus tard le dixième jour du mois suivant la fin du trimestre.
Pour la période de juillet à septembre 2026, l’échéance correspond donc au 10 octobre. Le quatrième trimestre, couvrant octobre, novembre et décembre, fera l’objet d’un dépôt avant le 10 janvier 2027.
Le décret vise les associations étrangères, celles qui ont signé un accord-cadre avec l’État, les associations reconnues d’utilité publique ainsi que toute association bénéficiant d’un financement public ou privé. Les fondations sont également soumises au contrôle du respect de leurs obligations légales et statutaires.
Justificatifs et contrôle territorial
Le texte encadre aussi l’utilisation des financements destinés aux actions de développement. Tout appui financier ou toute subvention accordée à une association ou à une fondation requiert un avis de non-objection du ministère chargé de l’Administration territoriale.
Les projets de développement sont soumis, selon leur niveau d’exécution, aux comités régionaux, locaux ou d’arrondissement chargés de l’orientation, de la coordination et du suivi des actions de développement.
Pour chaque activité, l’organisme concerné doit conserver les justificatifs d’achat et produire un procès-verbal de réception attesté par le représentant de l’État dans la localité. Le décret prévoit également que ce représentant soit informé avant le déroulement de l’activité.
Le contrôle administratif relève de la Direction générale de l’Administration du territoire au niveau central. Dans les régions et les subdivisions administratives, il est exercé par les représentants de l’État. L’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales apporte un appui technique au contrôle financier et à la vérification des informations bancaires et des pièces justificatives.
Le prochain rendez-vous fixé par ce dispositif est le 10 octobre. Il concerne le rapport d’activités et le tableau ressources-emplois couvrant les opérations réalisées entre le 1er juillet et le 30 septembre 2026.
Massiré Diop

Transport et logistique : le gouvernement adopte les textes de la nouvelle société nationale

Le Conseil des ministres a adopté, vendredi 25 septembre, les projets de texte portant création de la Société malienne de Transport et de Logistique ainsi que l’approbation de ses statuts. La décision a été prise sur le rapport du ministre des Transports et des Infrastructures.

Selon le communiqué gouvernemental, la société aura pour mission d’assurer le transport public routier de personnes et de marchandises, à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali. Cette formulation lui attribue à la fois une activité nationale, des liaisons transfrontalières et le transport de voyageurs.
La décision porte, à ce stade, sur la création juridique de la structure et l’approbation de ses statuts. Le communiqué publié après le Conseil des ministres s’arrête à son nom et à sa mission. Il ne chiffre ni son capital social, ni son parc initial de véhicules, ni la date de démarrage de ses opérations.
Une réponse liée aux circuits d’approvisionnement
Le gouvernement relie cette création aux difficultés rencontrées dans l’importation et l’exportation des produits. Le communiqué cite le transport, l’entreposage, la manutention et le stockage des marchandises agricoles, des intrants et des hydrocarbures.
Le Mali dépend principalement des corridors routiers reliant son territoire aux ports des pays côtiers. Les produits importés transitent par plusieurs frontières avant leur acheminement vers les dépôts et les centres de consommation. Les mêmes voies servent à exporter le coton, les produits agricoles et d’autres marchandises.
La Société malienne de Transport et de Logistique est ainsi présentée par le gouvernement comme un outil intervenant sur l’ensemble de cette chaîne. Sa mission officielle dépasse le seul déplacement des camions puisqu’elle s’inscrit dans une réforme consacrée à l’importation, au stockage et à l’exportation des produits considérés comme stratégiques.
Les premières informations publiées ne précisent pas la répartition des activités entre la nouvelle société, les entreprises privées de transport, les opérateurs pétroliers et les organismes publics déjà engagés dans l’approvisionnement. Cette organisation pourra être établie à partir des statuts complets et des textes d’application.
Près de 58 millions de litres reçus en une semaine
La création intervient alors que les services publics et les opérateurs suivent chaque semaine les entrées d’hydrocarbures. Selon les chiffres présentés lors de la 34e réunion de suivi de l’approvisionnement, tenue à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, 57,999 millions de litres de gazole et de supercarburant ont été réceptionnés entre le 14 et le 20 septembre.
Plusieurs sources, qui rapportent ces données, chiffre à environ 1 273 le nombre de camions-citernes correspondant. Un autre convoi de 1 278 citernes était en cours de réception à Bamako au moment de la réunion.
Au 20 septembre, les dépôts d’OMAP, de SANKE et de STAR Oil comptaient ensemble 10,171 millions de litres de gazole et 10,089 millions de litres de supercarburant, d’après la même source. Ces chiffres portent uniquement sur les trois dépôts cités et sur la situation enregistrée à cette date.
Ils décrivent des opérations conduites avant la mise en activité annoncée de la nouvelle société. Ils donnent néanmoins une indication sur le volume des flux que mobilise l’approvisionnement du pays et sur le nombre de véhicules engagés pendant une seule semaine.
La mission adoptée le 25 septembre couvre également le transport de voyageurs. Les textes rendus publics placent donc dans une même structure deux activités distinctes, le transport public de personnes et le transport de marchandises. Les statuts complets permettront d’identifier les organes de direction, les ressources initiales et les modalités d’exploitation retenues pour chacune d’elles.
Massiré Diop

FACEJ SUGU 5 : plus de 16,5 millions de FCFA de chiffre d’affaires

La 5ᵉ édition du FACEJ SUGU a permis aux jeunes entrepreneurs maliens de transformer l’exposition de leurs produits et services en opportunités commerciales. Durant les trois jours de l’événement, 103 entreprises ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 16 559 850 FCFA, soit une moyenne de 160 775 FCFA par entreprise.

Les rideaux sont tombés, ce samedi 26 septembre 2026, sur la 5ᵉ édition de la Foire des jeunes entrepreneurs, dénommée FACEJ SUGU. L’événement a réuni 167 entreprises exposantes réparties sur 131 stands, ainsi que des institutions techniques et financières installées sur 19 stands. La fréquentation a également soutenu la dynamique commerciale. Au total, 2 709 visiteurs et clients ont été enregistrés durant les trois jours, soit une moyenne d’un peu plus de 900 visiteurs par jour.
Pour la cheffe d’équipe du FACEJ II, Mme Christine Kaboré Kayitesi, ces résultats illustrent l’intérêt d’un espace permettant aux entrepreneurs de présenter directement leurs offres au public. « Le FACEJ SUGU est, pour les jeunes entrepreneurs, une occasion de se retrouver, d’échanger, de développer leur réseau, d’apprendre et surtout de vendre leurs produits et services », a-t-elle souligné.
Au-delà des ventes, le FACEJ SUGU a servi de cadre à des échanges sur les difficultés d’accès au financement. Un grand panel a ainsi réuni des institutions financières, des porteurs de projets et des entreprises en activité. L’objectif était de permettre aux entrepreneurs de mieux comprendre les mécanismes de financement, mais aussi d’échanger sur les obstacles qui limitent leur accès aux ressources financières. « Il s’agissait de mieux appréhender le rôle des institutions, mais aussi de comprendre les difficultés liées à l’accès au financement et, ensemble, de trouver des solutions », a expliqué la cheffe d’équipe du FACEJ II.
La question du financement a également été abordée sous l’angle de l’entrepreneuriat féminin. Le panel baptisé « Le coin des femmes » a permis de discuter des difficultés rencontrées par les femmes dans leur parcours entrepreneurial et de la nécessité de renforcer leurs réseaux.
Nouveau cap
Le secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, M. Drissa Guindo, a exhorté les participants à faire de cette manifestation le point de départ de relations économiques durables.
« Je vous invite à maintenir les liens établis au cours de cette édition », a-t-il lancé aux entrepreneurs. Il a également insisté sur la nécessité, pour les entreprises, de renforcer leur compétitivité. « Continuez donc à améliorer la qualité de vos produits et services. Continuez à vous former, continuez à rechercher de nouveaux marchés et de nouveaux partenariats », a-t-il recommandé.
Le représentant du ministère a par ailleurs souligné que l’entrepreneuriat ne devait pas rester concentré à Bamako. La participation d’entrepreneurs venus de différentes localités montre, selon lui, l’existence de talents et de savoir-faire à valoriser dans les territoires.
La remise d’attestations aux jeunes entrepreneurs, aux écoles partenaires, aux stylistes et aux artisans ayant participé au défilé a donné une dimension symbolique à la clôture de l’événement.
Joseph Amara Dembélé

Bamako : Les saveurs maliennes se réinventent

 

À Bamako, plats régionaux, recettes venues d’ailleurs et produits locaux se côtoient dans les rues et les familles. Cette circulation gastronomique transforme les habitudes sans effacer une cuisine qui demeure un marqueur d’identité.

Dans la capitale, le rythme urbain favorise les repas rapides. Galettes de céréales, beignets, brochettes et jus locaux accompagnent les matinées. Attiéké, spaghettis et riz à la sénégalaise ont trouvé leur place dans les menus.

Cette évolution n’efface pas le patrimoine culinaire. Mil, sorgho, maïs, riz et fonio reviennent dans la restauration sous des formes renouvelées. Des cuisiniers les présentent autrement, ouvrant les recettes familiales à de nouveaux publics.

Le tigadèguèna, le tô, le djouka ou les préparations au soumbala restent des repères familiers. Leur permanence tient aux gestes transmis, au choix des produits et aux saveurs qui rattachent chaque plat à une région, une saison ou une cérémonie.

La cuisine malienne s’est toujours nourrie des circulations. Les anciennes routes commerciales ont rapproché céréales, épices et techniques de cuisson. Dans le Nord, le widjila, pain cuit à la vapeur, et le fakoye racontent cet héritage saharien et songhaï.

Les échanges ouest-africains ont poursuivi ce métissage. Le riz au gras appartient à une grande famille régionale de plats de riz, tandis que l’attiéké venu de Côte d’Ivoire s’est installé dans la cuisine urbaine bamakoise.

Les céréales locales gardent pourtant une place centrale. Le tô, préparé avec du mil, du sorgho ou du maïs, s’accompagne de sauces au gombo ou aux feuilles de baobab. Le fonio, céréale ancienne d’Afrique de l’Ouest, demeure apprécié pour sa finesse et sa diversité d’usage.

Le soumbala, obtenu par fermentation des graines de néré, donne aux sauces une identité immédiatement reconnaissable. Le fakoye, préparé avec des feuilles séchées de corète, reste l’un des plats emblématiques du Nord.

Transmission

« Quand j’étais petit, je n’avais jamais vu d’attiéké. Aujourd’hui, on en trouve partout », observe le Doyen des journalistes Diomansi Bomboté. Il cite aussi le djouka, longtemps associé à Kayes avant de se diffuser dans tout le pays.

D’autres produits reculent. Djènèba Sidibé évoque le datou, condiment issu de graines d’oseille fermentées, devenu moins visible sur les marchés et dans les cuisines bamakoises.

Cette évolution invite moins à opposer ancien et moderne qu’à transmettre les recettes, soutenir les productrices et mieux faire connaître les produits. Une cuisine reste vivante lorsqu’elle circule, se transforme et conserve le goût de son histoire.

Ali Sankaré

Gestion des ressources : de nouvelles mesures au Burkina

Le Conseil des ministres burkinabè a adopté, jeudi 24 septembre 2026, plusieurs mesures relatives à la gestion des ressources mobilisées pour le développement. La création d’une structure consacrée à l’entretien du patrimoine public et l’adoption de nouvelles règles applicables aux organisations non gouvernementales figurent parmi les principales décisions.

La gestion des ressources occupe ainsi une place importante dans les textes adoptés à Ouagadougou. Réuni sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres a notamment précisé le cadre de partenariat entre l’État, les ONG et les associations de développement.
La création de Faso Sanya, nouvel établissement public à caractère administratif, constitue l’une des principales mesures à portée économique. La structure sera chargée de la maintenance préventive et corrective des bâtiments publics, notamment dans les domaines du nettoyage, de la plomberie, de l’électricité, de la climatisation et de la rénovation.
À travers cette structure, le gouvernement entend professionnaliser la maintenance du patrimoine immobilier public, mutualiser les ressources et améliorer la prise en charge des infrastructures. Faso Sanya travaillera avec la Maison des Compétences Burkina Suudu Bawdè afin de mobiliser des coopératives regroupant des ouvriers qualifiés.
Cette organisation pourrait ouvrir de nouvelles possibilités aux artisans, aux coopératives et aux petites structures spécialisées dans les services techniques. Elle doit également permettre à l’État de mieux préserver son patrimoine immobilier et de planifier les interventions d’entretien.
Le Conseil des ministres a également adopté deux décrets précisant les conditions d’obtention du statut d’ONG ainsi que les modalités de collaboration entre l’État et les organisations associatives. Ces textes s’inscrivent dans l’application de la loi du 17 juillet 2025 portant liberté d’association.
Les ONG intervenant au Burkina Faso devront désormais consacrer au moins 80 % de leur budget global aux investissements directs. Selon le gouvernement, cette disposition instaure une clé de répartition commune destinée à orienter une plus grande part des ressources vers les programmes et les populations bénéficiaires.
Un accord-cadre sera exigé des associations de droit burkinabè, tandis que les organisations étrangères seront régies par une convention de siège. Les nouvelles dispositions prévoient également une évaluation administrative, financière et technique des activités. Une période transitoire de deux ans est accordée aux organisations concernées pour se conformer à ces exigences.
Joseph Amara Dembélé

Déportations américaines : L’Afrique sollicitée comme continent tiers

Une enquête coordonnée par Forbidden Stories décrit un dispositif américain d’expulsions vers des pays tiers largement étendu à l’Afrique. Les accords associent négociations diplomatiques, conditions d’accueil et, dans plusieurs cas, contreparties financières.

Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, au moins 25 447 personnes ont été expulsées des États-Unis vers 28 pays dont elles n’étaient pas ressortissantes, selon les données réunies par le consortium. Environ 20 000 ont été envoyées au Mexique. Les autres ont été transférées vers des pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, parfois sans lien préalable avec leur destination. La plupart de ces transferts n’ont pas été annoncés publiquement.

Le dispositif est piloté notamment par l’Office of Remigration, créé en mai 2025 au sein du Département d’État. Une carte interne datée de mars 2026 montre que Washington avait approché 49 des 54 pays africains. 13 accords avaient alors été obtenus et 9 autres pays étaient en négociation.

Les arrangements diffèrent selon les États. L’Ouganda accepte uniquement des ressortissants africains sans antécédents criminels. La République démocratique du Congo exclut au contraire les ressortissants africains. En Eswatini, les documents consultés par le Washington Post font état d’un accord permettant l’accueil de 150 personnes au maximum contre un paiement direct de 5,1 millions de dollars. 19 migrants y ont déjà été envoyés.

Financements

Les négociations comprennent aussi un volet financier. À la fin juin, l’administration Trump avait autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour faciliter des accords avec 31 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine. Sur ce total, 81 millions étaient destinés directement à 13 gouvernements.

Les documents mentionnent également 179 millions de dollars promis à l’Organisation internationale pour les migrations et 124 millions au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces organisations ne sont pas parties aux accords bilatéraux. Les fonds concernent notamment l’accueil, le retour volontaire ou des projets dans les pays associés au dispositif.

Les conditions réservées aux personnes expulsées varient également. Des migrants envoyés en Guinée équatoriale ont affirmé, par l’intermédiaire de leurs avocats, avoir été détenus dans des conditions difficiles. D’autres, arrivés dans plusieurs pays africains, ont ensuite demandé à retourner dans leur pays d’origine avec l’aide de l’OIM.

En Afrique, les accords recensés fixent des profils, des quotas et des modalités de prise en charge différents selon les pays. Les financements américains font désormais partie de plusieurs de ces arrangements.

Mines : L’AES veut transformer elle-même ses richesses

La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES s’est achevée avec des recommandations communes. Transformation locale, connaissance géologique, contenu local et formation doivent donner plus de poids économique aux ressources des trois pays.

Organisée à Ouagadougou du 14 au 20 septembre parallèlement à la SAMAO, la rencontre a réuni près de 5 000 participants de onze pays. « Nos ressources sont des instruments de souveraineté », a déclaré à l’ouverture le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo.

Les participants ont recommandé la maîtrise des données géologiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger, notamment dans la zone des trois frontières. Ils ont aussi proposé des centres régionaux d’excellence pour former les spécialistes et des projets communs de transformation et de valorisation.

« Il ne s’agit pas seulement d’exploiter ces ressources, il s’agit de les transformer sur place pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des revenus », a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Il a également défendu plus de transparence dans l’octroi des titres et permis miniers ainsi qu’un rapprochement des politiques et des cadres juridiques des trois États.

978 milliards versés au Trésor

Le rapport ITIE 2024 confirme le poids des mines dans l’économie malienne. Le secteur représentait 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations. Sur 1 023 milliards de francs CFA de revenus extractifs déclarés, 978 milliards ont été encaissés par le Trésor public. Les collectivités de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Bougouni ont reçu 10,56 milliards de francs CFA au titre des patentes.

La redistribution s’est élargie en mars 2026, avec 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis entre 819 communes. La moitié revient aux communes directement touchées par l’exploitation, 25% aux autres collectivités des zones minières et 25% au reste du pays.

Le Code minier et la Loi sur le contenu local de 2023 prévoient une participation publique renforcée, le recours aux fournisseurs maliens et cinq fonds consacrés notamment au développement local, à la recherche géologique et aux infrastructures.

La transformation prend aussi une forme industrielle. Lancée à Sénou en juin 2025, la construction d’une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an doit traiter la production nationale et accueillir celle d’autres pays. L’État malien doit conserver une participation majoritaire dans cette infrastructure, présentée comme régionale.

Front social : Les revendications se multiplient

Plusieurs préavis de grève convergent vers la fin de septembre. Les demandes portent sur les rémunérations et le respect des accords conclus, tandis que les prix alimentaires évoluent différemment selon les marchés.

À Loulo-Gounkoto, les syndicats des travailleurs de SOMILO SA et de GOUNKOTO SA ont annoncé quatre jours de grève, du 28 septembre au 1er octobre. Ils accusent leurs directions de ne pas avoir traité les demandes transmises depuis février, notamment sur les heures supplémentaires, le remboursement des frais de mission et l’application d’accords sociaux.

Les salariés de Food & Events Africa, prestataire chargé de la restauration et des services de soutien sur le complexe, prévoient cinq jours d’arrêt, du 28 septembre au 2 octobre. Leurs représentants reprochent à la direction de ne pas appliquer les accords relatifs aux heures supplémentaires, aux avantages sociaux et aux conditions de travail. Les syndicats de la Direction nationale de la Géologie et des mines et d’autres services de l’administration minière ont, quant à eux, déposé un préavis de 72 heures, du 29 septembre au 1er octobre. Ils réclament des salaires impayés, des indemnités et des primes sectorielles.

Quotidien difficile

Ces préavis portent sur la régularité des revenus et le respect des accords. Car les retards de paiement ou de remboursement affectent les dépenses familiales.

Les prix alimentaires présentent toutefois des évolutions contrastées. D’après la FAO, les cours de gros du mil et du sorgho sont restés globalement stables au Mali en août 2026. Sur certains marchés, ils ont néanmoins progressé respectivement jusqu’à 9% et 10% en un mois.

Par rapport à août 2025, les prix ont reculé jusqu’à 33% pour le mil et 29% pour le sorgho, grâce aux disponibilités issues de la bonne récolte céréalière de 2025. Cette détente nationale ne profite pas uniformément aux consommateurs. À Gao et Tombouctou, en revanche, les céréales sont nettement plus chères que sur les autres marchés suivis, en raison des perturbations commerciales et de l’épuisement des stocks familiaux. L’amélioration nationale ne décrit pas entièrement ce que paient réellement les ménages, selon leur ville et l’état des circuits d’approvisionnement locaux.

Au moment de l’annonce des mouvements, Barrick et le ministère des Mines n’avaient pas réagi publiquement aux préavis. Les syndicats ont maintenu leurs échéances tout en laissant ouverte la possibilité de négociations. Les prochains jours diront si les paiements réclamés et les accords contestés pourront être réglés avant les premiers arrêts de travail.

Joseph Amara Dembélé

Forum du Mali Kura : Bamako prépare son grand rendez-vous de l’investissement

Le ministère de l’Industrie et du Commerce, à travers l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali), a procédé, le 24 septembre 2026 à Bamako, au lancement officiel du Forum international de l’investissement au Mali, dénommé « Forum du Mali Kura ». Prévu les 11 et 12 décembre 2026 au CICB, l’événement ambitionne de réunir des investisseurs, des porteurs de projets et des acteurs économiques autour des opportunités d’investissement dans le pays.

La conférence de presse de lancement a réuni plusieurs composantes de l’écosystème économique malien. Autour du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, étaient notamment présents le directeur général de l’API-Mali, Ibrahim Ahamadou Touré, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Madiou Simpara, des présidents de chambres consulaires, des représentants du corps diplomatique accrédité au Mali, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreux acteurs du secteur privé.
La présentation détaillée du Forum a été assurée par Ibrahim Ahamadou Touré. Le directeur général de l’API-Mali a exposé les ambitions du rendez-vous, son format, les participants attendus, le dispositif organisationnel ainsi que les mécanismes envisagés pour assurer le suivi des engagements qui pourraient être pris lors du Forum.
Un Forum tourné vers les projets
L’objectif général est de positionner le Mali comme une destination privilégiée pour l’investissement en Afrique de l’Ouest, tout en accélérant sa transformation économique et en renforçant son image à l’international.
À cela s’ajoutent plusieurs objectifs spécifiques : promouvoir un portefeuille structuré d’opportunités d’investissement, mettre directement en relation les porteurs de projets maliens et les investisseurs, favoriser la signature de protocoles d’accord et de partenariats, et mobiliser le secteur privé, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers ainsi que la diaspora autour de l’investissement productif.
Le Forum veut également mettre en avant les réformes engagées, promouvoir les chaînes de valeur locales et encourager davantage la transformation industrielle sur le territoire national.
Les rencontres B2B, entre entreprises, et B2G, entre investisseurs et structures publiques, doivent constituer l’un des principaux instruments de mise en relation. Des panels thématiques, des présentations de projets et un espace d’exposition sont également prévus.
« Nous ne voulons pas organiser un Forum où les gens viennent seulement écouter des discours. Nous voulons un Forum où l’on parle de projets, où les investisseurs rencontrent les porteurs de projets », a insisté Ibrahim Ahamadou Touré. En amont, l’API-Mali travaille ainsi à la constitution d’un portefeuille de projets jugés viables et suffisamment structurés pour être soumis aux investisseurs.
Environ 1 000 participants sont attendus, dont 400 internationaux. Les organisateurs annoncent notamment la participation d’entreprises, de fonds d’investissement, d’institutions financières, de banques de développement et d’organisations patronales étrangères. La Russie, la Chine, la Türkiye, l’Inde, le Maroc, le Burkina Faso et le Niger ont été annoncés comme pays invités d’honneur.
Le secteur privé malien est particulièrement appelé à préparer ses projets. La diaspora doit, elle aussi, être associée à la démarche, à la fois comme source de capitaux, de compétences et de partenariats.
Faire valoir les atouts du Mali
La présentation de l’API-Mali a également été l’occasion de passer en revue les arguments économiques que les organisateurs comptent mettre en avant auprès des investisseurs. L’agriculture, l’agro-industrie, les mines, l’énergie, l’élevage, les infrastructures, le numérique, la santé et l’éducation figurent parmi les secteurs identifiés.
Ibrahim Ahamadou Touré a notamment évoqué un marché national de près de 25 millions d’habitants, élargi à près de 80 millions de consommateurs avec le Burkina Faso et le Niger dans l’espace de l’AES. Il a également mis en avant les terres arables, les ressources minières et la position géographique du pays.
Un autre enjeu, largement évoqué au cours de la conférence de lancement, concerne l’image du pays. Le Forum doit servir, selon ses promoteurs, à mieux faire connaître les opportunités existantes et à « changer le narratif » sur le Mali auprès des milieux économiques internationaux. Une plateforme numérique doit être lancée courant octobre pour les inscriptions, la présentation des projets et la programmation des rendez-vous entre participants.
Le privé en première ligne
Prenant la parole à la suite de la présentation de l’API-Mali, Moussa Alassane Diallo a officiellement lancé le processus d’organisation du Forum. Le ministre de l’Industrie et du Commerce a inscrit l’initiative dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et dans la volonté affichée d’accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale.
Il a notamment insisté sur la transformation locale des matières premières, citant le cas du coton. Alors que l’agriculture représente 32% du PIB, moins de 2% du coton sont actuellement transformés localement. « C’est là un paradoxe qu’il faut corriger », a-t-il déclaré.
Mais le ministre a surtout placé les opérateurs nationaux devant leurs responsabilités. « Le secteur privé malien sera au cœur de ce dispositif. C’est à lui de porter ses projets », a-t-il souligné, appelant également les banques, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers, les représentations diplomatiques et la diaspora à accompagner cette dynamique.
Après cette conférence de lancement, la préparation doit désormais entrer dans une phase de mobilisation accrue, qui se poursuivra jusqu’à la tenue du Forum en décembre. L’API-Mali prévoit ensuite un suivi sur plusieurs mois, avec un objectif clairement affiché : faire en sorte que les rencontres, les protocoles et les intentions annoncés au CICB débouchent sur des investissements effectivement réalisés.
Mohamed Kenouvi

De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain

Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.

Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.

C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.

J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.

Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.

Alger

Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.

Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.

Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.

J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.

Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.

C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.

Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.

À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.

Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.

Terrain

Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.

En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma.

Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.

Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.

Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.

Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.

On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.

Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.

À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?

Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.

Sécurité

Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.

J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.

Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.

L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.

La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.

Négocier

C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.

Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.

Il fallait négocier.

Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.

Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.

L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.

Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.

Transmettre

La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.

L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.

Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.

Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.

Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.

Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.

Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.

Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.

Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.

Promotion

L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.

Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.

Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.

C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.

La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.

Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.

Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.

Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.

Repartir

Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.

Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.

Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.

Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.

Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.

Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.

J’en suis reparti avec une méthode.

Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.

Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.

C’est souvent là que commence la paix.

Massiré DIOP

Éliminatoires de la CAN 2027 : Le Mali face à ses premiers enjeux

Le Mali entame les éliminatoires de la CAN 2027 avec deux rendez-vous en quatre jours. Les Aigles reçoivent le Cap-Vert le 25 septembre à Bamako, avant de se déplacer au Liberia le 29 septembre.

Une nouvelle campagne s’ouvre pour les Aigles. Après sa nomination en juin dernier, Anthony Da Silva dirigera ses premiers matches officiels à la tête de la sélection malienne. Ces deux rencontres doivent permettre au technicien de poser les premières bases de son projet, mais surtout au Mali de prendre des points dès le début des éliminatoires.

Le regroupement a débuté le 21 septembre au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane-Traoré de Kabala, où les Aigles ont multiplié les séances collectives dès le lendemain. Pour cette entrée en matière, le sélectionneur s’appuie sur un groupe mêlant cadres habituels et nouveaux profils. Émile Doucouré, Adama Camara, Almamy Gory et Ange Martial Tia découvrent notamment la sélection.

Anthony Da Silva a toutefois dû revoir ses plans en attaque. Initialement convoqués, El Bilal Touré et Moussa Sylla ont déclaré forfait. Le premier a renoncé au rassemblement pour convenance personnelle, tandis que le second est retenu en Europe pour des raisons familiales.

Sékou Koïta et Mamadou Doumbia ont été appelés en renfort. Des cadres comme Djigui Diarra, Hamari Traoré, Amadou Haïdara, Aliou Dieng, Lassana Coulibaly, Kamory Doumbia et Lassine Sinayoko sont toutefois présents pour apporter leur expérience au groupe.

Six points en jeu

Face au Cap-Vert, l’objectif sera d’abord de réussir l’entrée en compétition à domicile.

Dans un groupe K également composé du Liberia et du Rwanda, chaque point pèsera lourd dans une campagne limitée à six journées. Les deux premières équipes du groupe décrocheront leur billet pour la phase finale.

Quatre jours plus tard, les Aigles changeront de décor avec un déplacement au Liberia. Ce deuxième rendez-vous donnera déjà davantage de consistance au bilan de cette première fenêtre internationale.

Cette double confrontation constituera également un premier révélateur pour Anthony Da Silva. Lors de la présentation de sa liste, le sélectionneur avait insisté sur le mérite, la régularité, le comportement et les performances en club comme critères de sélection. Place désormais au terrain pour un groupe très attendu.

Après ces deux journées, le Mali disputera un match amical contre la Tunisie, le 3 octobre à Radès. Les éliminatoires reprendront ensuite en novembre avec les troisième et quatrième journées, avant leur dénouement en mars 2027.

Mohamed Kenouvi