Session d’octobre du CNT : Lois et contrôle de l’Exécutif au programme

Ouverte le 5 octobre 2026 au CICB, la session ordinaire d’octobre du Conseil national de Transition (CNT) sera dominée par l’examen du projet de loi de finances 2027. Pendant 75 jours au plus, les membres devront aussi étudier plus d’une trentaine de projets de loi et reprendre cinq lois organiques.

Le discours d’ouverture du Président du CNT, Malick Diaw, a donné la mesure du travail attendu. Entre textes en instance, nouveaux projets transmis par le Gouvernement et seconde délibération de plusieurs lois organiques, cette rentrée parlementaire doit faire avancer les réformes institutionnelles et renforcer le contrôle de l’action publique.

Un agenda législatif fourni

« Plus d’une trentaine de projets de loi sont inscrits à l’ordre du jour de nos commissions », a annoncé Malick Diaw. Il s’agit de textes renvoyés lors des précédentes sessions et de nouveaux projets déposés par le Gouvernement.

À cet ensemble s’ajoute la seconde délibération sur cinq lois organiques relatives à la Cour constitutionnelle, à la Cour suprême, à la Cour des comptes, au Conseil supérieur de la magistrature et aux langues nationales. Après leur contrôle de constitutionnalité, elles reviennent devant le CNT pour intégrer les observations de la Cour constitutionnelle.

La reprise remet également sur la table les textes pris pendant l’intersession. Autorisé à légiférer par ordonnance entre la clôture de la session d’avril et l’ouverture de celle d’octobre, le Gouvernement a notamment adopté en Conseil des ministres un projet d’ordonnance modifiant le Code des personnes et de la famille, avec des dispositions sur la perte et la déchéance de la nationalité malienne.

Deux autres projets d’ordonnance ont concerné le statut des villages, fractions et quartiers ainsi que les ressources fiscales des collectivités territoriales, adaptées à la nouvelle organisation administrative. Conformément à l’article 121 de la Constitution, une ordonnance entre en vigueur dès son adoption, mais devient caduque si le projet de loi de ratification n’est pas déposé dans le délai fixé par la loi d’habilitation.

Le budget 2027 en première ligne

Le dossier central est le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre. Il prévoit 3 866,635 milliards de francs CFA de recettes et 4 462,646 milliards de dépenses, soit un déficit de 596,011 milliards. Par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026, les recettes progresseraient de 14,64%, les dépenses de 11,75% et le déficit reculerait de 3,93%.

L’examen prolongera le Débat d’orientation budgétaire tenu en juin autour du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route », a résumé Malick Diaw. Les commissions devront vérifier la traduction financière des priorités annoncées ainsi que les hypothèses de croissance et de mobilisation des recettes.

L’exercice intervient alors que les dépenses de défense et de sécurité doivent cohabiter avec les besoins d’éducation, de santé, d’eau, d’énergie et d’emploi. Dans le cadre du budget-programme, l’examen ne portera donc pas uniquement sur les montants, mais aussi sur les objectifs assignés aux crédits et les indicateurs retenus pour apprécier les résultats.

L’action gouvernementale à l’examen

Le contrôle de l’action gouvernementale occupera également la session. Les commissions examineront les crédits demandés pour 2027, l’exécution des programmes en cours et les résultats obtenus. Les membres du Gouvernement seront entendus dans leurs domaines respectifs avant la synthèse de la Commission des Finances et le débat en plénière.

Malick Diaw a insisté sur la nécessité d’un « contrôle rigoureux de l’action publique ». Il a aussi résumé la logique du budget-programme par une interrogation : « la question n’est plus seulement combien avons-nous dépensé, mais pour quoi et avec quels résultats ? »

En parallèle, le CNT devra assurer le suivi des recommandations de la session inaugurale des Parlements de la Confédération des États du Sahel, tenue à Niamey du 24 au 29 août. Ces recommandations ont été transmises aux Chefs d’État de l’AES.

Les auditions, les amendements et les votes diront comment le CNT arbitre entre réformes institutionnelles, contraintes budgétaires et attentes sociales. Le projet de budget 2027 constituera le principal test.

Mohamed Kenouvi

Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous

La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.

Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.

La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.

Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.

Relais locaux

Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.

La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.

Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.

La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.

Massiré Diop

Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie

Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.

Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.

Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.

La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.

Décrochages multiples

Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.

Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.

Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.

« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.

Seuils d’âge contradictoires

La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.

Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.

Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.

Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.

Alerte précoce

La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.

Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.

La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.

Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.

Continuité dans la protection

La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.

La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.

La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.

Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.

Massiré Diop

Dr Seydou Diallo : « Nous avons dépassé le seuil de 70% de dépistage »

Chef du service de santé mère-enfant à l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), le Dr Seydou Diallo revient sur les efforts engagés dans le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Il évoque la progression du recours au dépistage, les difficultés persistantes dans certaines zones et le dispositif de prise en charge mis en place au CHU du Point G. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel bilan l’ONASR dresse-t-il aujourd’hui du dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus ?
Le bilan que nous dressons aujourd’hui est vraiment élogieux. Avec l’opérationnalisation de l’ONASR en 2022, nous avons commencé à organiser régulièrement, chaque année, Octobre Rose, consacré au dépistage du cancer du sein, que nous avons associé au dépistage du cancer du col de l’utérus.
En outre, le dépistage est intégré à la campagne de planification familiale, désormais couplée au dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein. Il y a également le programme « Week-end 70 », qui permet d’effectuer le dépistage de routine.
Avant l’opérationnalisation de l’ONASR, le taux de dépistage au Mali était inférieur à 5%.Aujourd’hui, nous avons dépassé le seuil de 70%.
Cette multiplication des campagnes a-t-elle permis de faire reculer les diagnostics tardifs ?
La sensibilisation commence à porter ses fruits. Auparavant, les cancers étaient détectés beaucoup plus tardivement. Aujourd’hui, avec l’augmentation du dépistage, nous constatons que les femmes arrivent moins souvent à des stades avancés, notamment dans le cas du cancer du col de l’utérus. On ne peut pas inverser la tendance d’un seul coup. Cela se fera progressivement, grâce à la sensibilisation et au dépistage précoce.
Les difficultés demeurent surtout dans certaines zones humanitaires, où la situation sécuritaire complique l’accès des services de santé aux populations. Malgré cela, des campagnes de sensibilisation et de dépistage y sont également organisées.
Qu’en est-il de l’orientation et du suivi des femmes après le dépistage ?
Aujourd’hui, il y a moins de difficultés en matière d’orientation. Les femmes chez lesquelles un cancer est confirmé sont orientées vers le CHU du Point G, où existe une chaîne de prise en charge allant du bilan à la chimiothérapie et à la radiothérapie.
Un partenariat entre l’État malien et Médecins sans frontières permet aux femmes intégrées dans cette cohorte de bénéficier d’une prise en charge gratuite. Cela concerne le bilan diagnostique, le bilan thérapeutique, la chimiothérapie, la radiothérapie et même l’hormonothérapie.
Auparavant, nous ne disposions pas de cette orientation claire et toute la prise en charge était à la charge de la patiente. Aujourd’hui, il faut reconnaître qu’il y a eu une avancée significative.
Comment assurer la continuité entre le dépistage, la confirmation du diagnostic et le traitement ?
Pour le cancer du col de l’utérus, nous effectuons notamment le dépistage à l’aide des tests IVA/IVL dans nos structures. Pour le cancer du sein, nous encourageons les femmes à pratiquer régulièrement l’autopalpation, notamment après les menstruations, afin de rechercher une asymétrie, une grosseur anormale, une plaie ou une boule.
Lorsqu’on veut aller plus loin, la mammographie permet de dépister le cancer du sein. Après le dépistage, la biopsie et l’examen anatomopathologique permettent de confirmer la présence de cellules cancéreuses.
Une fois le diagnostic confirmé, les femmes sont orientées vers le CHU du Point G et intégrées dans la cohorte. À partir de là, la prise en charge devient gratuite, du bilan aux traitements.
C’est cette chaîne qui permet aujourd’hui d’améliorer la continuité entre le dépistage, le diagnostic et la prise en charge.
Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Aguelhoc : des coupons alimentaires pour 8 000 personnes

Le PAM a commencé les distributions au début de septembre. La première phase couvre environ 1 500 ménages déplacés ou accueillant des familles.

Près de 8 000 personnes ont bénéficié d’une première distribution de coupons alimentaires à Aguelhoc, dans la région de Kidal. Selon Aline Samu Nkuelo, représentante et directrice du Programme alimentaire mondial au Mali, l’opération a commencé au début du mois de septembre et concerne environ 1 500 ménages.
L’assistance cible des personnes déplacées ainsi que les familles qui les accueillent. Les bénéficiaires utilisent leurs coupons pour acheter des produits alimentaires auprès de commerçants locaux, en fonction des besoins de leur foyer.
Ces informations ont été données par la responsable du PAM au cours d’un entretien diffusé le 6 octobre par Studio Tamani. La communication publiée ne précise pas la valeur de chaque coupon, la liste des produits admissibles ou le nombre de commerces participant au dispositif.
Une évaluation menée auprès des ménages
Avant le lancement de l’opération, le PAM, ses partenaires et d’autres agences ont réalisé une évaluation multisectorielle dans la zone. D’après Aline Samu Nkuelo, trois ménages interrogés sur quatre ont déclaré rencontrer de grandes difficultés pour se nourrir convenablement.
La même évaluation a relevé que 99 % des ménages interrogés signalaient une forte baisse de leur pouvoir d’achat. Ce pourcentage concerne les personnes couvertes par l’enquête menée à Aguelhoc. Il ne constitue pas une estimation applicable à l’ensemble des ménages maliens.
La responsable du PAM explique que les familles d’accueil partagent leurs ressources avec les nouveaux arrivants. L’opération les intègre donc au dispositif au même titre que les ménages déplacés.
Les femmes enceintes ou allaitantes et les jeunes enfants font l’objet d’une attention particulière. Le PAM rattache cette priorité aux niveaux de malnutrition observés dans le nord du pays et aux besoins nutritionnels propres à ces groupes.
Des achats auprès des commerçants locaux
Le coupon diffère d’une distribution directe de céréales ou d’autres denrées. Il permet au ménage de choisir les produits disponibles auprès des commerçants agréés dans la localité.
Ce mécanisme suppose que les marchés disposent de stocks suffisants et que les prix restent suivis pendant l’opération. Il nécessite également un contrôle des coupons remis, des transactions réalisées et des remboursements dus aux commerçants.
Le montant attribué à chaque ménage constitue une donnée importante pour apprécier la couverture réelle de l’aide. La communication diffusée le 6 octobre indique le nombre de personnes et de foyers bénéficiaires, mais ne fournit pas cette valeur financière.
Aline Samu Nkuelo précise que l’intervention a été préparée avec les autorités maliennes, les responsables communautaires, les organisations non gouvernementales partenaires et les autres agences présentes dans la zone.
Une aide nationale fortement ciblée
À l’échelle nationale, le PAM estime que plus de 1,5 million de personnes ont été confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure de juin à août 2026. Une évaluation d’urgence réalisée en juin avait conclu que 40 % des ménages interrogés avaient besoin d’une assistance humanitaire, tandis que 4 % déclaraient en avoir reçu au cours des trois mois précédents.
Le PAM indique également que ses difficultés de financement l’ont conduit à réduire la durée de certaines aides de six à trois mois en 2026. Selon l’organisation, plus de 200 000 personnes vulnérables ont été retirées des programmes d’assistance à la suite de cette révision des priorités.
À Aguelhoc, le PAM prévoit un suivi après les distributions et la collecte d’avis auprès des bénéficiaires. Aline Samu Nkuelo a indiqué qu’une première observation des effets de l’aide demanderait un à deux mois.
Le bilan disponible porte sur le démarrage de l’opération. Il établit que près de 8 000 personnes, réparties dans environ 1 500 ménages, ont reçu des coupons utilisables auprès de commerçants locaux. Les résultats nutritionnels et la durée effective de la prise en charge seront documentés par le suivi annoncé par le PAM.
Massiré Diop

Les FAMa entrent à Kidal après le retrait du FLA

Les forces maliennes ont repris position dans la ville le 6 octobre. Une entrée opérée sans heurts en raison du retrait de la ville des éléments du FLA.

Les Forces armées maliennes sont entrées mardi 6 octobre à Kidal, cinq mois après avoir quitté la ville. Dans une déclaration lue à la télévision nationale, le porte-parole du gouvernement, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, a annoncé que les forces nationales avaient repris le contrôle de cette capitale régionale du nord du pays.
Selon le gouvernement, l’opération a mobilisé des moyens terrestres et aériens avec l’appui de partenaires russes. L’état-major avait annoncé, plus tôt dans la journée, le lancement d’opérations « aéroterrestres d’envergure » dans la région de Kidal dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Les militaires maliens et leurs soutiens russes sont entrés dans Kidal dans l’après-midi. Le communiqué gouvernement indique que les forces renforçaient leur présence dans la ville mardi soir.
Dans un communiqué rendu plus tôt dans la journée, le FLA que ce retrait visait à préserver les hommes et le matériel du groupe. Le mouvement séparatiste affirme que son retrait s’est déroulé sans combat direct avec les forces qui entraient dans la ville.
Les FAMa avaient pris Kidal en novembre 2023, après le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali. L’armée et ses partenaires russes avaient alors délogé les mouvements armés signataires de l’ancien accord de paix de 2015.
La situation avait de nouveau basculé en avril 2026. Le FLA, soutenu par le JNIM, avait effectué l une série d’attaques coordonnées à travers le pays, poussant l’armée à se retrancher à Anéfis pour organiser la contre-offensive.
L’entrée du 6 octobre constitue ainsi l’aboutissement de celle-ci.
Le gouvernement affirme que le renforcement de la présence militaire doit permettre le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base. Cette annonce concerne notamment les autorités régionales, les structures sanitaires, les écoles et les autres services publics interrompus ou déplacés depuis les combats d’avril.
La circulation constitue un autre point à documenter. L’état-major présente le rétablissement de la libre circulation des personnes et des biens comme l’un des objectifs de l’opération.
Le fait établi au 7 octobre est le retour des FAMa dans Kidal après le retrait annoncé du FLA. La reprise administrative, la sécurisation des axes et le rétablissement des services figurent dans la déclaration gouvernementale comme les étapes qui doivent suivre.
Massiré Diop

Ambassade au Caire : 625,9 millions de FCFA d’irrégularités

Le Vérificateur général a contrôlé les comptes de 2022 au 31 mars 2026. Les constats ont été transmis aux autorités financières et judiciaires compétentes.

Le Bureau du Vérificateur général a publié le 25 septembre son rapport sur la gestion de l’ambassade du Mali au Caire. La mission a examiné les exercices 2022, 2023, 2024, 2025 ainsi que les opérations effectuées jusqu’au 31 mars 2026.
Le contrôle portait sur les dépenses de personnel, de fonctionnement et d’investissement, les recettes de chancellerie, les autres recettes et les fonds envoyés par la Paierie générale du Trésor.
Le BVG chiffre les irrégularités financières relevées à 625 938 181 FCFA. Ce montant représente un constat d’audit. Sa récupération éventuelle et la détermination des responsabilités suivent les procédures financières, disciplinaires ou judiciaires applicables.
Deux postes représentent 93 % du montant
La catégorie la plus importante concerne, selon le BVG, 361 066 488 FCFA de gains de change qui auraient dû être comptabilisés et reversés. Le rapport relie ces écarts aux conversions d’euros en livres égyptiennes effectuées pour régler les dépenses de l’ambassade.
Le deuxième poste atteint 222 317 960 FCFA. Il correspond à des dépenses que le BVG qualifie de fictives. Les comptes rendus détaillés du rapport mentionnent notamment des frais de scolarité, des frais d’hébergement et des majorations de loyers.
Ces deux catégories totalisent 583 384 448 FCFA, soit environ 93,2 % de l’ensemble des irrégularités financières relevées.
Le BVG chiffre par ailleurs à 26 349 695 FCFA les dépenses considérées comme indues et à 8 648 172 FCFA les avantages accordés au personnel sans base réglementaire suffisante.
Le rapport ajoute 3 810 667 FCFA de recettes perçues mais non reversées, 3 078 000 FCFA d’indemnités de déplacement et de mission jugées indues ainsi que 667 199 FCFA de minoration des recettes provenant des visas et des timbres fiscaux. L’addition de ces sept catégories donne le total de 625 938 181 FCFA.
Des lacunes dans la tenue des comptes
La vérification relève également des dysfonctionnements administratifs. Le secrétariat chargé de la comptabilité ne tenait pas, selon le rapport, plusieurs registres obligatoires dans les conditions prévues par la réglementation.
Les constats portent sur le livre des recettes, le livre des dépenses, la comptabilité des quittanciers, la comptabilité-matières, l’enregistrement des frais bancaires et le rapatriement des fonds restés inutilisés.
Le BVG recommande la tenue régulière de ces documents, l’enregistrement de l’ensemble des frais prélevés par les banques et le reversement des fonds suivant les règles du Trésor. Selon le compte rendu publié par Bamada, plus de 108 millions de FCFA de fonds inemployés étaient restés sur les comptes bancaires de l’ambassade.
La mission a aussi examiné les recettes de chancellerie. Celles-ci proviennent notamment des visas, des timbres et de différents actes consulaires. Leur suivi associe les quittances délivrées, les montants encaissés, leur comptabilisation et leur reversement.
Des constats transmis, sans jugement de culpabilité
Les responsables concernés ont été associés à la procédure contradictoire prévue pour les vérifications du BVG. Selon les comptes rendus du rapport, ils ont présenté des observations sur plusieurs constats. Le Vérificateur général a maintenu les irrégularités financières retenues après l’examen des réponses et des pièces produites.
Le BVG indique avoir transmis les faits susceptibles de relever de la législation budgétaire et financière au président de la Section des comptes de la Cour suprême. Il les a également dénoncés au procureur de la République financier.
Une transmission permet aux institutions compétentes d’examiner les faits, les pièces et les responsabilités. Elle ne constitue ni une condamnation ni une décision définitive sur la qualification pénale des opérations.
Le rapport fixe ainsi trois éléments établis. La période contrôlée va de janvier 2022 au 31 mars 2026. Le montant total relevé atteint 625 938 181 FCFA. Les faits concernés ont quitté le seul cadre du contrôle administratif par leur transmission aux autorités chargées des comptes publics et des poursuites financières.
Massiré Diop

Migrants de retour : 27 800 Maliens accompagnés

Plus de 27 800 ressortissants ont bénéficié d’un retour volontaire depuis 2022, selon le gouvernement. Le programme fait aussi état de 14 000 projets économiques et de 10 000 formations.

La troisième réunion du comité de pilotage du Programme de protection, de retour et de réintégration des migrants en Afrique subsaharienne s’est tenue le 1er octobre à Bamako. Elle était présidée par le ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher.
La rencontre a réuni l’Organisation internationale pour les migrations, la Délégation de l’Union européenne au Mali, des services publics, des partenaires financiers et des représentants de la société civile.
Selon le bilan publié par le gouvernement, le MPRR-SSA a accompagné plus de 27 800 Maliens dans le cadre d’un retour volontaire depuis 2022. Le programme a également aidé 1 518 migrants étrangers en transit au Mali à regagner leur pays. Ces deux chiffres correspondent à des catégories distinctes.
Plusieurs formes d’assistance
Le ministère fait état de plus de 14 000 projets de réintégration économique, de 10 000 formations professionnelles et de près de 19 000 prises en charge psychosociales.
Ces données décrivent des interventions. Elles ne peuvent être additionnées pour obtenir un nombre global de bénéficiaires, car une même personne peut recevoir un soutien psychosocial, suivre une formation puis bénéficier d’un financement économique. APA relève explicitement ce possible chevauchement.
Un projet de réintégration économique peut prendre la forme d’une activité individuelle ou collective. Les communications publiées à l’issue de la réunion ne donnent pas la répartition des 14 000 projets par secteur, par région ou par montant.
Les formations professionnelles constituent une autre composante. Le ministère a demandé qu’elles correspondent aux activités exercées dans les territoires où les personnes s’installent après leur retour. Le suivi évoqué par Mossa Ag Attaher porte aussi sur la continuité des activités financées et la situation économique des bénéficiaires.
L’assistance psychosociale concerne notamment les personnes ayant subi des violences, une exploitation, une détention ou d’autres situations traumatisantes au cours de leur parcours. La Commission européenne indique que le programme prévoit également une aide médicale, un hébergement temporaire, l’établissement de documents de voyage et une assistance immédiate après l’arrivée.
Un dispositif régional mis en œuvre par l’OIM
Le MPRR-SSA intervient dans les pays d’origine et de transit situés sur les routes atlantiques, méditerranéennes occidentales et méditerranéennes centrales. L’Organisation internationale pour les migrations en assure la mise en œuvre.
Selon la Commission européenne, la première phase régionale a couvert seize pays d’Afrique subsaharienne, dont le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Sa période officielle allait du 1er août 2022 au 31 mars 2025.
Le budget régional de cette phase atteignait 333,8 millions d’euros. La contribution de l’Union européenne représentait 330 millions d’euros, soit 98,9 % du total. Cette enveloppe couvrait l’ensemble des pays participants et ne correspond pas à une dotation réservée au Mali.
La Commission européenne indique qu’une seconde phase a été préparée en 2024. Le comité réuni à Bamako a demandé son articulation avec la Politique nationale de migration et le Cadre national pour la réintégration des migrants.
Les chiffres présentés le 1er octobre constituent un bilan cumulé depuis 2022. Le gouvernement fournit le nombre de retours et le volume des différentes assistances. La ventilation annuelle, le coût moyen des projets, leur répartition territoriale et le nombre d’activités encore opérationnelles ne figurent pas dans le compte rendu public.
Le bilan distingue cependant clairement trois ensembles. Plus de 27 800 Maliens ont été accompagnés pour revenir au pays. Quelque 1 518 migrants étrangers ont quitté le Mali avec une assistance au retour. Les projets, formations et prises en charge psychosociales décrivent les services fournis après ou autour de ces déplacements.
Massiré Diop

Cheptel : un plan de 8 milliards de FCFA

Le plan 2025-2029 finance des ouvrages hydrauliques et des périmètres pastoraux. Selon L’Essor, cinq systèmes hydrauliques ont déjà été réceptionnés à Koulikoro.

Le Comité national de pilotage de la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien a tenu sa première session le 1er octobre à Bamako. La réunion était présidée par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, en présence de la Direction nationale des productions et des industries animales, des services techniques et des organisations professionnelles.
La stratégie a été approuvée par le décret du 3 juillet 2025. Son premier plan d’action couvre la période 2025-2029 et représente une programmation financière de 8 milliards de FCFA. Le Journal officiel confirme l’approbation de la stratégie et du plan quinquennal par le décret n°2025-0435/PT-RM.
Un second décret, daté du 5 mai 2026, a organisé son pilotage. Le dispositif comprend un comité national, un comité technique de coordination ainsi que des organes régionaux et locaux. La session du 1er octobre constitue la première réunion du comité national établi dans ce cadre.
Des crédits concentrés sur les trois dernières années
D’après les chiffres présentés pendant la réunion, 600 millions de FCFA sont affectés aux activités de 2025 et 2026. Les 7,4 milliards restants sont programmés entre 2027 et 2029.
Le plan d’action prévoyait initialement 2,7 milliards de FCFA pour 2027. Selon L’Essor, les arbitrages budgétaires ont ramené l’allocation à un milliard de FCFA, soit une différence de 1,7 milliard avec la programmation initiale. Le ministre Youba Ba a demandé une augmentation de la contribution de l’État et la mobilisation de partenaires financiers.
Ces montants correspondent à une programmation pluriannuelle. La somme effectivement engagée apparaît dans les marchés conclus, les paiements exécutés et les ouvrages réceptionnés au cours de chaque exercice.
La stratégie répond, selon le ministère, aux difficultés rencontrées sur les parcours de transhumance, à la réduction des espaces pastoraux, à la pression foncière et aux différends liés à l’accès à l’eau ou aux terres. Les infrastructures prévues comprennent notamment des points d’eau améliorés et des périmètres destinés à l’élevage.
Cinq systèmes hydrauliques réceptionnés
Selon le bilan rapporté par L’Essor, les travaux de quatorze systèmes hydrauliques pastoraux améliorés ont été lancés en 2025 dans les régions de Koulikoro, Bougouni et Kita. Cinq ouvrages ont été réceptionnés à Koulikoro.
Ces systèmes doivent fournir de l’eau au bétail dans les zones aménagées. Leur utilisation concerne également l’organisation des déplacements des troupeaux et la fréquentation des points d’abreuvement par les éleveurs.
Deux périmètres pastoraux figurent dans le programme de 2025. Les publications consultées présentent différemment leur état d’exécution. L’Agence malienne de presse parle de deux périmètres réalisés, dont un à Balanfina, dans le cercle de Yanfolila. L’Essor indique que les travaux ont commencé à Yanfolila et que le projet de Kangaba rencontre une difficulté liée au choix du site.
Le statut administratif et technique de chaque site doit donc être confirmé par un état de réception de la Direction nationale des productions et des industries animales. La réception d’un ouvrage intervient après l’achèvement des travaux et leur contrôle, tandis qu’un chantier lancé reste en cours d’exécution.
Pour 2026, le programme comprend la poursuite des infrastructures déjà engagées et deux nouveaux périmètres pastoraux à Sikasso et Koutiala. L’AMAP attribue cette programmation au ministère de l’Élevage et de la Pêche.
La première session du comité fournit ainsi quatre repères chiffrés. Le plan quinquennal porte sur 8 milliards de FCFA, dont 600 millions pour ses deux premières années. Cinq systèmes hydrauliques sont signalés comme réceptionnés à Koulikoro et un milliard de FCFA est inscrit après arbitrage pour 2027.
Massiré Diop

Prix à la consommation : La crainte d’une flambée

L’Institut national de la statistique (INSTAT) a publié son Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC) pour août 2026. Selon l’Institut, les prix à la consommation des ménages au Mali ont augmenté de 0,3% par rapport à juillet. Sur un an, la hausse atteint 3,3%, une évolution préoccupante dans le contexte d’une campagne agricole mitigée.

Cette évolution pèse sur les dépenses alimentaires, qui occupent une place importante dans le budget des ménages. La hausse de plusieurs produits de consommation courante est perceptible sur les marchés. Par rapport à mai 2026, les prix ont progressé de 2,3%. Par rapport à août 2025, le niveau général des prix, hors produits frais et énergie, a augmenté de 1,3%.

Selon l’INSTAT, l’augmentation mensuelle provient principalement des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées », en hausse de 0,6%. Les prix des tubercules, plantains et bananes à cuire ont progressé de 5,6%, le lait cru entier de 6,9%, les légumes-fruits frais ou réfrigérés de 4% et la viande fraîche, réfrigérée ou congelée de 1,5%. Selon la provenance, les produits locaux et importés ont renchéri respectivement de 0,4% et 0,1%. Sur un an, ces hausses atteignent 4% pour les produits locaux et 1,9% pour ceux importés. La progression est donc plus forte pour les produits locaux qu’importés.

Prévenir les pénuries

« Les prix ont brusquement grimpé en raison de la sécheresse enregistrée dans certaines zones de Koutiala et San », explique Bakary Diarra, membre de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) à Sikasso. Selon lui, les difficultés de la campagne ont entraîné l’écoulement rapide des anciens stocks, provoquant cette hausse, notamment pour le maïs, dont le kilogramme est passé de 125 à 175 francs CFA. La pomme de terre locale n’étant pas disponible, le kilogramme de pomme de terre importée est passé de 600 à 900 francs CFA.

Une baisse pourrait être observée en novembre avec l’arrivée des nouvelles récoltes. Mais « pour combien de temps ? », s’interroge M. Diarra. Compte tenu de l’insuffisance de la production dans certaines zones, la situation reste inquiétante, surtout avec les risques de spéculation sur les marchés.

Dans ce contexte, plusieurs producteurs pourraient hésiter à vendre immédiatement leurs récoltes, un réflexe courant lorsque l’offre s’annonce limitée et que les prix augmentent. Pour prévenir une pénurie généralisée, l’État doit anticiper et prendre des mesures adaptées, suggère M. Diarra.

 

Chiffres :

Hausse générale entre août 2025 et août 2026 : 3,3%

Hausse des produits locaux sur un an : 4%

Hausse des produits importés sur un an : 1,9%

Rentrée scolaire 2026-2027 : la sécurité des aliments au cœur de la reprise

La rentrée scolaire 2026-2027 a été officiellement lancée jeudi 1er octobre au Groupe scolaire Mamadou Diarra N°2 de Médina-Coura, à Bamako. La sécurité sanitaire des aliments en milieu scolaire a constitué le thème central de cette reprise.

La cérémonie a réuni élèves, enseignants, directeurs d’école, responsables du Centre d’animation pédagogique et de l’Académie d’enseignement de Bamako Rive gauche. Le ministre de l’Éducation nationale, Dr Amadou Sy Savané, était accompagné de ses homologues de l’Enseignement supérieur, de la Jeunesse et des Sports ainsi que de l’Agriculture. Cette mobilisation des différents acteurs de l’école a marqué le coup d’envoi de la nouvelle année scolaire.
Dans une classe de 9e année, l’enseignant Abdoul Aziz Traoré a dispensé la leçon modèle sur le thème : « La sécurité sanitaire des aliments en milieu scolaire ». Il a notamment insisté sur les règles d’hygiène, la conservation des aliments et les précautions à observer pour limiter les risques liés à la consommation de produits impropres.
« L’école est un espace transversal où tout le monde a quelque chose à dire et à faire : les parents d’élèves, les enseignants, les syndicats, les autorités locales », a rappelé le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané. Il a également attiré l’attention sur les risques liés aux aliments mal transportés, mal conservés ou mal cuits, estimant que la protection de la santé des élèves nécessite l’implication de toute la communauté éducative.
Kadidja Kodio, directrice de l’Académie d’enseignement de Bamako Rive gauche, a insisté sur la pertinence de la thématique. « Les écoles sont entourées de vendeuses et la qualité des aliments laisse parfois à désirer, vu que les conditions de conservation ne respectent pas les règles de l’art », a-t-elle alerté. Selon elle, la leçon modèle doit permettre aux enfants d’acquérir des notions d’hygiène et de sécurité alimentaire qu’ils pourront également partager autour d’eux. Elle a notamment évoqué les aliments laissés à découvert, exposés aux insectes ou vendus à proximité de caniveaux, ainsi que les risques liés à la consommation de produits avariés.
Mme Camara Nana Kadia Koné, présidente de l’Association des femmes promotrices d’écoles privées du Mali (AFPEP-Mali), a pour sa part appelé à une mobilisation dépassant la distinction entre enseignement public et privé. « Ce n’est point une question d’école privée ou publique, il s’agit du Mali. Notre objectif est de donner une formation de qualité pour le développement de notre pays », a-t-elle déclaré. Elle a également mis en avant la contribution des établissements privés aux résultats enregistrés lors des examens nationaux.
Ali Sankaré

Birahim Soumaré : « Notre diplomatie repose sur la défense des intérêts nationaux »

Ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, Birahim Soumaré expose les principes d’une diplomatie attachée à sa liberté de décision. Il évoque la diversification des partenariats, la médiation et le suivi des engagements conclus avec les États.

Sur quels principes la diplomatie malienne doit-elle s’appuyer ?

La démarche diplomatique définie par le Chef de l’État repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires. Elle doit permettre au Mali de travailler avec différents États sans renoncer à ses priorités. Nos relations s’inscrivent dans le respect mutuel, la souveraineté, la non-ingérence et la recherche d’intérêts communs. La diplomatie sert d’abord à créer les conditions permettant au pays de défendre sa sécurité, son développement et sa place dans les relations internationales. Cette coopération doit rester ouverte et non exclusive.

La diversification des partenariats peut-elle entraîner le Mali dans les rivalités entre puissances ?

La nature de notre relation avec un pays ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec un autre. Notre dynamique diplomatique doit s’orienter en fonction de nos intérêts, et non des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques opposant des nations. Nous avons l’expérience d’une politique équidistante envers les partenaires avec lesquels nous travaillons. Cette approche permet de conserver la liberté de définir chaque relation selon ce qu’elle apporte au Mali.

Le Mali possède-t-il une tradition diplomatique susceptible de soutenir cette liberté ?

Notre pays dispose d’une histoire diplomatique importante. Il a notamment contribué au règlement de la Guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc. La signature à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre les deux pays a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette expérience montre que le Mali peut entretenir de bonnes relations avec plusieurs partenaires, préserver son équilibre et contribuer au règlement des différends.

Comment faire pour que les engagements diplomatiques produisent des résultats concrets ?

Les Commissions mixtes constituent des outils diplomatiques. Elles permettent de reprendre les accords antérieurs, d’examiner leur mise en œuvre et d’intégrer les demandes exprimées par les différents départements ministériels dans l’énergie, l’éducation, la formation ou le commerce. Mais la volonté politique doit être traduite en engagements concrets, suivis et évaluables. Il faut une feuille de route claire, un mécanisme de suivi des accords et des priorités précises. Sans cette continuité, les rencontres produisent des textes sans donner toute leur portée à la coopération.

UFOA A U20 : le Mali connaît ses adversaires pour la course à la CAN

La sélection malienne est désormais fixée sur ses adversaires au tournoi qualificatif de l’Union des fédérations ouest-africaines de football – Zone A (UFOA A U20), prévu à Bamako du 15 au 30 octobre. Pays hôte, elle évoluera dans le groupe A aux côtés de la Guinée, du Liberia et de la Gambie, tandis que le groupe B réunit le Sénégal, tenant du titre, la Mauritanie, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau.

Le tirage au sort, organisé ce jeudi 1er octobre 2026 dans la capitale malienne, a placé le Mali en position A1 en sa qualité de pays hôte. Le Sénégal, vainqueur de la précédente édition, a été directement positionné dans le groupe B. Les autres sélections participantes, à savoir la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Liberia et la Sierra Leone, ont ensuite été réparties entre les deux poules.
Pour les hommes de Mamoutou Kane, dit Mourley, l’objectif est de décrocher la qualification pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations U20 au Ghana. Le président de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), Mahazou dit Baba Cissé, a appelé les jeunes à aborder la compétition avec « discipline, cohésion et engagement ». Il a également insisté sur l’importance de cette catégorie dans la construction de l’avenir du football malien.
Au-delà du résultat sportif, les responsables de l’UFOA A ont souligné la progression du football des jeunes dans la zone. Abdoulaye Cissé, directeur des compétitions de l’Union des fédérations ouest-africaines de football – Zone A (UFOA A), a notamment rappelé les performances récentes des sélections ouest-africaines dans les compétitions continentales.
L’organisation de cette compétition constitue également un nouveau rendez-vous pour le Mali, après l’accueil du tournoi qualificatif UFOA A U17 en 2023. Les autorités sportives maliennes mettent en avant les infrastructures et les efforts consentis pour accueillir les délégations dans de bonnes conditions.
Avec huit sélections engagées, le tournoi de Bamako offrira deux billets pour la CAN U20 2027 au Ghana, réservés aux deux finalistes.
Joseph Amara Dembélé

Éliminatoires de la CAN 2027 : Les Aigles font le plein

Avec deux victoires en autant de sorties, le Mali a parfaitement négocié les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027. Six points qui installent déjà les Aigles en tête du Groupe K, à égalité avec le Rwanda.

Le Mali pouvait difficilement espérer meilleur départ. Pour leur entrée en lice, le 25 septembre au stade du 26 Mars de Bamako, les Aigles ont dominé le Cap-Vert sur le score de 3-1. Une victoire convaincante face à une sélection qui sortait d’une bonne campagne à la Coupe du Monde 2026. Ange Martial Tia avait rapidement ouvert le score avant l’égalisation capverdienne. Nene Dorgeles a ensuite pris le relais avec un doublé.

Pour le premier match officiel d’Anthony Da Silva sur le banc, le Mali a notamment affiché de la maîtrise et une capacité à accélérer dans les moments clés. Quatre jours plus tard, le 29 septembre à Monrovia, pour le compte de la deuxième journée, le scénario a été bien différent. Face aux Lone Stars du Liberia, les Aigles ont dû patienter jusqu’à la 79ème minute pour faire la différence. Une nouvelle fois, Ange Martial Tia a surgi pour inscrire l’unique but de la rencontre et offrir une deuxième victoire consécutive au Mali.

Six points mais deux visages

Ces deux premières journées ont ainsi montré deux facettes de l’équipe malienne. Séduisante et efficace offensivement contre le Cap-Vert, elle a été davantage bousculée dans son expression à Monrovia, où elle a néanmoins su faire preuve de patience pour ramener l’essentiel. Le bilan comptable reste impeccable, avec six points, quatre buts inscrits et un seul encaissé.

Ange Martial Tia constitue également l’une des principales satisfactions de ce début de campagne. Le jeune international a marqué lors de ses deux premières sélections, tandis que Nene Dorgeles a confirmé son poids offensif avec son doublé lors de la première journée.

Le sans-faute malien ne permet toutefois pas encore de creuser l’écart. Le Rwanda a lui aussi remporté ses deux premières rencontres, d’abord contre le Liberia, sur le score de 3-1, puis face au Cap-Vert, sur le score de 2-1. Les deux sélections comptent donc six points après deux journées.

Le calendrier leur réserve justement une double confrontation lors de la prochaine fenêtre. Le Mali recevra d’abord le Rwanda le 11 novembre à Bamako, avant de se déplacer à Kigali le 15 novembre. Cette double confrontation devrait permettre d’y voir plus clair dans la lutte pour la tête du groupe.

Mohamed Kenouvi

81ème Assemblée générale de l’ONU : Le Mali porte ses priorités et celles de l’AES

Du 22 au 28 septembre à New York, la délégation malienne a défendu les priorités nationales sur le développement, la paix, la sécurité et la coopération. Le discours du ministre Abdoulaye Diop a conclu une semaine également marquée par plusieurs rencontres bilatérales et par une présence coordonnée de l’AES.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale conduisait la délégation au nom du Président de la Transition, Assimi Goïta. Le ministre de la Santé et du Développement social ainsi que la Conseillère spéciale du Chef de l’État chargée des questions diplomatiques ont également participé aux travaux.

Une réunion de coordination tenue le 21 septembre à la Mission permanente du Mali avait permis d’examiner les rendez-vous présentant un intérêt pour le pays. L’agenda associait réunions thématiques, consultations avec les partenaires, activités de l’AES et échanges avec la communauté malienne.

La déclaration nationale, prononcée le 28 septembre, coïncidait avec le 66ème anniversaire de l’admission du Mali aux Nations unies, 6 jours après son indépendance. Elle a achevé une participation qui ne s’est pas limitée à la tribune de l’Assemblée générale.

Plaidoyers

Lors de la réunion de haut niveau du 23 septembre consacrée au 40ème anniversaire de la Déclaration sur le Droit au Développement, Abdoulaye Diop a affirmé que ce droit « n’est pas une question de charité, mais d’autonomisation et de participation ». Il a présenté la Vision Mali Kura 2063 et appelé à accélérer les Objectifs de Développement Durable.

À la réunion ministérielle des Pays les Moins Avancés, le ministre a défendu une mobilisation collective en faveur d’un développement durable et équitable. Devant la Commission de consolidation de la paix, il a insisté sur l’appropriation nationale des processus de paix, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation et l’investissement dans la jeunesse. Il a demandé la rééligibilité du Mali à un nouveau cycle du « Peacebuilding and Recovery Facility ».

Devant l’Organisation de la Coopération Islamique, Abdoulaye Diop a dénoncé les soutiens extérieurs dont bénéficieraient les groupes terroristes au Sahel et mis en cause l’Ukraine. Kyiv rejette ces accusations.

Partenariats

Les consultations bilatérales ont commencé avec le Nigeria et le Ghana. Elles se sont poursuivies avec le Qatar, le Royaume-Uni, le Congo, l’Égypte, l’Algérie, Cuba et le Nicaragua. Le ministre Diop s’est également entretenu avec le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la situation politique et sécuritaire au Mali et au Sahel.

L’AES a aussi présenté une position commune. Le 22 septembre, ses ministres des Affaires étrangères ont rencontré leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse. Le 24 septembre, les ministres de l’AES et leur homologue russe, Sergueï Lavrov, ont examiné leur coopération, la situation au Sahel et la préparation du troisième Sommet Russie – Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou.

Le 25 septembre, un événement consacré à la sécurité et au développement au Sahel a réuni l’AES et plusieurs partenaires. Des représentants du Maroc, du Togo, de l’Algérie, du Congo, du Royaume-Uni, de la Russie, des États-Unis, de l’ONU, de l’Union africaine et de la CEDEAO y ont pris la parole.

Tribune

Dans son discours du 28 septembre, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’attachement du Mali au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence. Il a cité les attaques des 25 avril et 4 juillet parmi les manifestations de la menace sécuritaire et défendu la Force unifiée de l’AES ainsi que la coopération avec la Russie.

Le ministre a rappelé que l’État gardait « la main tendue » vers les combattants disposés à déposer les armes et à rejoindre la République. « La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a-t-il déclaré, en l’étendant aux choix économiques, à la valorisation des ressources naturelles et à l’emploi des jeunes.

Il a également abordé la Palestine, l’adaptation climatique, l’intelligence artificielle et les migrations, présentées comme une richesse plutôt qu’une menace. Le Mali a enfin demandé une ONU réformée, plus représentative et accordant une place plus importante à l’Afrique. Cette semaine new-yorkaise aura donc servi à défendre les priorités nationales maliennes tout en installant davantage l’AES comme interlocuteur collectif.

Amina Dicko : « Nous constatons une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical »

Amina Dicko est la présidente de l’association Solidaris 223. Elle nous donne son regard sur la lutte contre les cancers du col de l’utérus et du sein. Elle revient sur les raisons du diagnostic tardif et les actions à mener pour une meilleure sensibilisation.

Quelles sont les principales raisons qui expliquent encore les consultations ou les diagnostics tardifs des cancers du sein et du col de l’utérus ?

Nous constatons notamment une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical. Cela peut retarder la consultation jusqu’à ce que la maladie devienne beaucoup plus difficile à traiter.

Dans quelle mesure les conditions de vie et l’environnement des femmes influencent-ils leur décision de se faire dépister ?

La situation est particulièrement difficile pour les femmes déplacées ou vivant dans des conditions de vulnérabilité. L’éloignement des structures sanitaires et l’absence d’accompagnement constituent des obstacles supplémentaires qui peuvent retarder leur accès au dépistage.

Quelles actions faudrait-il renforcer en priorité pour favoriser un diagnostic plus précoce ?

Il faut renforcer la sensibilisation de proximité en associant les associations, les leaders communautaires et les professionnels de santé, avec des messages diffusés dans les langues comprises par les femmes. Le dépistage doit également être rendu plus accessible et abordable grâce à des campagnes gratuites ou subventionnées, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Enfin, il faut développer les partenariats entre les structures sanitaires, la société civile et les autorités afin de mieux coordonner la prévention et la prise en charge.

Foire aux Disques : De la mémoire musicale aux défis de demain

Du 24 au 27 septembre, la berge du Palais de la Culture Amadou Hampâté Ba a accueilli la première édition de la Foire aux Disques. Portée par l’Union des Associations des Artistes, Producteurs et Éditeurs du Mali (UAAPREM), la manifestation a consacré quatre jours à l’histoire de la musique malienne, à ses supports et à leur transmission.

Placée sous le thème « La musique : hier, aujourd’hui et demain », la foire a réuni artistes, producteurs, éditeurs, collectionneurs et passionnés. Disques vinyles, CD, photographies, affiches, phonographes et autres objets liés à la musique ont retracé plusieurs périodes de la création malienne. L’exposition a rappelé l’évolution des modes d’écoute, de conservation et de diffusion des œuvres. Le public a retrouvé des supports devenus rares.

Pour le Directeur du Palais de la Culture, Souleymane Bathiono, l’initiative a constitué « un espace de découverte, de dialogue et de rencontre autour de la musique malienne ». Elle a mis en relation artistes, producteurs, distributeurs, éditeurs et collectionneurs, et donné une place aux œuvres et aux parcours qui ont marqué différentes générations.

Mémoire

La programmation ne s’est pas limitée aux objets exposés. Conférences, débats, projections, concerts intergénérationnels, showcases et distinctions honorifiques ont rythmé les quatre journées. Les échanges ont porté sur les changements liés au streaming et à la dématérialisation. Souleymane Bathiono a présenté la foire comme une occasion de « préserver la mémoire musicale du Mali tout en ouvrant des perspectives nouvelles pour les générations futures ». Les concerts ont réuni des artistes de différentes générations et proposé des répertoires variés.

Les discussions ont porté sur la production musicale, les droits d’auteur, la distribution et les mutations de l’industrie musicale. Ces échanges ont permis aux différents acteurs de confronter leurs expériences et de revenir sur les difficultés de conservation, de diffusion et de transmission. Les projections et les rencontres ont aussi rappelé la nécessité de mieux documenter les parcours, les œuvres et les supports qui ont façonné la musique malienne.

Pour Mbaye Boubacar Diarra, Président de l’UAAPREM, cette première édition devait mettre en valeur le chemin parcouru et ouvrir la réflexion sur la suite. Des hommages ont été rendus aux anciennes gloires, aux producteurs et à d’autres acteurs culturels. La foire a cherché à rapprocher les jeunes générations de cet héritage. À l’issue des quatre jours, les organisateurs souhaitent inscrire ce rendez-vous dans la durée et poursuivre le travail de transmission de la mémoire musicale malienne.

Joseph Amara Dembélé

Bamako : Quand les immeubles inachevés nourrissent les rumeurs

À Bamako, certains immeubles ont fini par avoir une seconde vie, celle des récits, sans jamais avoir connu la première. À l’Hippodrome, « Djinè ka étagi » traîne derrière lui depuis des décennies des histoires d’envoûtement que rien ne permet d’établir comme cause de son inachèvement. À l’ACI 2000, l’immeuble communément appelé le Borj nourrit lui aussi les commentaires. Sur les berges du Niger, l’ex Mariétou Palace, devenu Afriqiyah Hôtel après son rachat par des investisseurs libyens en 2007, a connu de nombreux arrêts de chantier et changements de propriétaires.

Ces récits font partie de l’imaginaire urbain. Ils ne doivent pourtant pas remplacer les questions simples. À qui appartiennent aujourd’hui ces bâtiments ? Leur structure est-elle encore saine ? Que coûterait leur achèvement, leur reconversion ou, si nécessaire, leur démolition ? Tant que ces réponses seront absentes, les rumeurs occuperont l’espace laissé vacant par l’information.

Le problème dépasse l’image de la ville. Des bâtiments inachevés ou durablement inutilisés peuvent devenir des refuges, des dépôts sauvages ou des lieux propices à des activités illicites. Le temps dégrade aussi les structures laissées sans entretien.

Il faut donc recenser ces grands immeubles, clarifier leur statut foncier et juridique, contrôler leur sécurité et fixer pour chacun une issue réaliste. Certains peuvent être achevés, d’autres reconvertis ou sécurisés. Chaque abandon prolongé représente aussi un coût pour la capitale et appelle à des décisions publiques enfin assumées.

Bamako n’a rien à gagner à laisser des carcasses de béton devenir des monuments aux rumeurs. Une ville avance aussi en donnant une fonction, ou au moins un avenir clair, à ce qui reste debout.

Éthiopie : Sept groupes annoncent une alliance contre Abiy Ahmed

Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, l’Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord. Sept groupes armés et politiques, dont le TPLF et le mouvement national Fano de l’Amhara, ont annoncé une alliance visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et à mettre en place une transition.

Les combats ont repris au Tigré avant de gagner l’Afar et l’Amhara. L’Union africaine a confirmé la saisie et l’occupation par les forces tigréennes des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, qu’elle juge contraires aux engagements de Pretoria. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces villes. L’organisation continentale a appelé à une désescalade immédiate, à la reprise du dialogue direct et a demandé à Olusegun Obasanjo de soutenir les efforts diplomatiques.

Le Tigray People’s Liberation Front occupe une place centrale dans cette nouvelle offensive. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne avant l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, avait combattu le gouvernement fédéral de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, sans régler entièrement le retour des déplacés, les territoires contestés de l’ouest du Tigré ni le désarmement des forces tigréennes.

Alliance fragile

La coalition réunit le TPLF, le mouvement national Fano de l’Amhara et des groupes issus notamment de l’Oromia, de l’Afar, de la région somalienne et du Benishangul-Gumuz. Elle dit vouloir remplacer le gouvernement fédéral par une administration de transition.

Cette convergence ne signifie pas encore commandement militaire commun ni projet politique partagé. Fano rassemble plusieurs factions, tandis que Tigréens et Amhara restent opposés sur des territoires disputés. Des analystes soulignent l’éloignement géographique des groupes, la faiblesse de certains et leurs divergences politiques. Leur rapprochement apparaît davantage comme une entente tactique contre Abiy Ahmed que comme une force unifiée capable de conquérir puis d’exercer le pouvoir. Addis-Abeba accuse par ailleurs l’Érythrée de soutenir cette alliance, ce qu’Asmara dément.

La crise dépasse le Tigré. Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine et l’Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l’Afrique. La reprise des combats a perturbé les réseaux internet et téléphoniques dans le Tigré et provoqué de nouveaux déplacements. Le précédent conflit aurait fait des centaines de milliers de morts, selon plusieurs estimations. Pour des civils encore marquées par la guerre de 2020-2022, les coupures de réseau, les mouvements de population et la crainte de nouvelles pénuries ravivent le souvenir d’un conflit dont les conséquences sont toujours visibles.

Cancers du sein et du col : Le diagnostic tardif persiste en Afrique

Le diagnostic tardif des cancers du sein et du col n’est pas une singularité malienne. Dans une grande partie de l’Afrique, les patientes consultent alors que la maladie a déjà progressé.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 60 et 70% des femmes atteintes d’un cancer du sein ou du col sont diagnostiquées tardivement. Pour le seul cancer du sein, une revue systématique publiée le 10 juin 2026 a analysé 125 études menées entre 2014 et 2025 dans 28 pays d’Afrique subsaharienne. Sur 42 689 patientes, 63,1% avaient reçu leur diagnostic aux stades III ou IV. Cette proportion atteignait 71% en Afrique de l’Ouest.

Le retard réduit les chances de survie et rend les soins plus lourds. D’après l’OMS, environ une Africaine sur deux atteinte d’un cancer du sein survit cinq ans après le diagnostic, contre plus de 90% dans les pays à revenu élevé. Les écarts tiennent notamment aux difficultés d’accès au diagnostic rapide et aux traitements spécialisés.

Cibles

L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein fixe trois repères, résumés par la formule 60-60-80. Elle recommande de diagnostiquer au moins 60% des cancers invasifs aux stades I ou II, d’achever la confirmation du diagnostic dans les 60 jours suivant la première consultation et de permettre à au moins 80% des patientes de suivre l’intégralité du traitement recommandé.

Pour le cancer du col de l’utérus, la stratégie 90-70-90 prévoit, d’ici 2030, la vaccination de 90% des filles contre le papillomavirus humain avant 15 ans. Elle vise aussi le dépistage de 70% des femmes à 35 ans, puis à 45 ans, avec un test performant, ainsi que la prise en charge de 90% des lésions précancéreuses et des cancers invasifs. L’élimination correspond à moins de quatre nouveaux cas pour 100 000 femmes par an.

Le 21 septembre 2026, l’OMS Afrique a publié un manuel destiné aux personnels des soins primaires. Le document explique comment reconnaître les signes suspects du cancer du sein, réaliser une première évaluation et orienter rapidement les patientes vers l’imagerie, l’anatomopathologie et le traitement. Il recommande aussi le suivi des rendez-vous manqués pour limiter les abandons. Selon l’organisation, des délais de six mois ou davantage entre les premiers symptômes et des soins appropriés restent fréquents sur le continent.

Mohamed Kenouvi