AES – CEDEAO : Quel avenir pour la coopération ?

Le dialogue engagé à Dakar le 17 octobre doit donner un cadre durable aux relations entre l’AES et la CEDEAO. La circulation des personnes, le commerce et la sécurité appellent des engagements concrets entre les deux ensembles.

La séparation institutionnelle n’a pas effacé les interdépendances. Depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, le 29 janvier 2025, les pays des deux ensembles continuent de partager des corridors commerciaux, des mouvements de populations et des défis sécuritaires. Il s’agit désormais d’organiser cette proximité dans un cadre différent de celui qui prévalait avant la rupture.

Dans le prolongement des consultations du 22 mai 2025 à Bamako, les ministres réunis à Dakar le 17 octobre ont décidé de constituer des groupes de travail thématiques conjoints, chargés de préparer un accord-cadre de coopération. Leurs conclusions seront soumises aux Exécutifs. Le communiqué conjoint renvoie la date et le lieu de la prochaine rencontre à des consultations diplomatiques.

Changement de méthode

Pour l’analyste politique Amadou Haidara, cette évolution marque le passage progressif « d’une logique de rupture et de confrontation politique à une logique de coexistence institutionnelle et de coopération pragmatique ». Il y voit aussi un changement dans l’approche de la CEDEAO, désormais appelée à définir ses relations avec une organisation distincte.

Cette analyse est partagée par Bakary Sambe, Président-fondateur du Timbuktu Institute. Le chercheur évoque « un tournant de méthode plus que de fond ». À ses yeux, les divergences sur les transitions politiques, l’architecture sécuritaire et les questions monétaires demeurent, mais le dialogue s’inscrit désormais dans un processus formalisé.

Des divergences à surmonter

Les obstacles sont d’abord politiques et institutionnels. La CEDEAO est attachée à la défense de l’ordre constitutionnel et aux règles communautaires, tandis que l’AES met en avant la souveraineté des États et l’autonomie des choix stratégiques.

Selon M. Haidara, ces orientations « ne sont pas nécessairement incompatibles », mais elles peuvent compliquer les discussions sur la gouvernance régionale, la sécurité et les partenariats internationaux.

S’y ajoute la question du statut de la Confédération. Lors des concertations préparatoires du 16 octobre à Ouagadougou, l’AES a insisté sur la reconnaissance de sa personnalité juridique et institutionnelle. La reconstruction de la confiance, affectée par les tensions autour des transitions politiques et des sanctions, constitue un autre défi.

Intérêts convergents

Les interdépendances économiques et humaines offrent un terrain d’entente. Les échanges avec les États côtiers restent essentiels aux économies sahéliennes. Le 18 octobre à Dakar, des représentants de la diaspora de l’AES ont évoqué les difficultés liées aux documents administratifs et aux passages aux frontières. Pour Amadou Haidara, les facilités de circulation et de commerce maintenues après le retrait doivent être transformées en engagements réciproques, stables et juridiquement encadrés.

La sécurité offre également un terrain de coopération. « La sécurité de l’un est indissociable de celle de l’autre », souligne Bakary Sambe, qui préconise notamment une coordination des États-majors et un meilleur partage du renseignement.

À Dakar, Mamadou Tangara, Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, a défendu une « coopération fonctionnelle » concernant notamment la sécurité, le commerce, la transhumance et le climat.

Perspectives de rapprochement

Trois trajectoires se dessinent pour l’après Dakar, selon Amadou Haidara. La première repose sur une coopération sectorielle, avec des accords pratiques sur la mobilité, le transit ou la sécurité frontalière. Les deux organisations pourraient ainsi répondre aux besoins immédiats des populations sans attendre de surmonter l’ensemble de leurs désaccords politiques.

Le deuxième scénario serait celui d’un partenariat plus structuré, encadré par un accord-cadre instituant des mécanismes permanents de concertation, de suivi et des réunions régulières. Une telle formule permettrait, selon M. Haidara, de stabiliser les relations tout en préservant l’autonomie des deux ensembles.

Enfin, l’analyste n’exclut pas un ralentissement des négociations, en raison des divergences sur les compétences respectives, les engagements sécuritaires ou la gouvernance régionale. Les groupes de travail pourraient alors prolonger les discussions sans parvenir rapidement à des décisions applicables.

Pour notre interlocuteur, la mise en place de ces groupes de travail ne préjuge pas de l’issue des négociations. « C’est une avancée procédurale, mais les véritables compromis restent à construire », souligne-t-il.

Mohamed Kenouvi 

Microfinance : Financer l’économie au plus près

Ouverte le 20 octobre au CICB, la 9ème Semaine de la Microfinance se poursuit jusqu’au 23. Derrière les chiffres se pose la question concrète du financement d’une boutique, d’une campagne agricole ou d’un petit atelier lorsque les banques classiques restent difficiles d’accès.

Kafa Traoré, Directeur général de Nyeta Musow Mopti, résume l’ambition du secteur en affirmant que « toute personne qui a une bonne idée peut se faire financer ». Dans la pratique, l’idée doit aussi devenir un projet viable, capable de supporter les échéances, le coût du crédit et les garanties demandées.

Le secteur pèse déjà dans l’économie. Fin 2025, le Mali comptait 116 systèmes financiers décentralisés et environ 1,6 million de clients. Les dépôts avaient atteint 184,4 milliards de francs CFA, en hausse de 11,7% sur un an, tandis que l’encours des crédits s’était établi à 209,9 milliards, en progression de 2,4%, selon les données présentées par l’APSFD-Mali. Les créances en souffrance avaient reculé de 13,7%, à 13,2 milliards. En 2025, plus de 40 000 nouveaux membres avaient rejoint ces institutions financières.

Cette évolution révèle un contraste. L’épargne augmente près de cinq fois plus vite que le crédit. L’écart ne signifie pas que l’argent reste immobile, puisque les institutions utilisent aussi des ressources de refinancement. Cet écart invite à examiner comment les institutions de microfinance peuvent transformer davantage de ressources en crédits productifs sans se fragiliser.

Des produits adaptés aux activités

Le panel du 21 octobre devait précisément examiner le financement de l’agriculture, des PME-PMI et du secteur informel. Pour un producteur, un crédit utile doit suivre le calendrier de la campagne. Pour une commerçante, les remboursements doivent rester compatibles avec des recettes souvent irrégulières.

Aïssata Dicko Diallo, Directrice générale de Nyogondèmè Soba, souhaite que la rencontre permette de « trouver des solutions » et des « produits adaptés » avec les clients. Cette écoute peut aider à éviter des offres standardisées, mal ajustées aux revenus ruraux ou aux petites activités.

Les discussions du 22 octobre porteront sur la continuité des services dans les zones d’insécurité et sur la digitalisation. Les opérations mobiles peuvent réduire les déplacements et les coûts, mais nécessitent réseau, sécurité informatique et accompagnement des usagers.

La feuille de route attendue devra répondre aux questions de refinancement, de garanties et de tarification. Son utilité se vérifiera dans la capacité des institutions à rendre le crédit plus accessible sans exposer l’épargne de leurs clients.

 

Octobre Rose : des réseaux sociaux au dépistage

Après une campagne numérique consacrée aux cancers féminins, Solidaris223 a réuni professionnels de santé et associations à Bamako. La rencontre a également permis de dépister 48 femmes et de vacciner 30 filles contre le HPV.

La 7ᵉ conférence annuelle de Solidaris223 s’est tenue le 17 octobre 2026 à l’Azalaï Hôtel Bamako. Les communications sur la prévention ont été accompagnées d’une séance gratuite de dépistage du cancer du col de l’utérus et d’une vaccination contre le papillomavirus humain (HPV).
Parmi les 48 femmes dépistées, trois ont présenté des résultats nécessitant des examens complémentaires. Elles ont été orientées vers les services de santé pour un suivi. Trente filles âgées de 10 ans ont, de leur côté, reçu le vaccin contre le HPV.
Présidente de Solidaris223, Amina Dicko a présenté le bilan de la campagne numérique menée du 1er au 15 octobre avec SankoréLabs et le Collectif des associations de lutte contre les cancers du sein et du col de l’utérus. Selon les chiffres communiqués, les contenus ont touché 954 955 personnes, enregistré près de 1,9 million de vues et suscité plus de 80 000 interactions. La campagne a circulé au Mali et dans plusieurs autres pays africains.
Les cancers du sein et du col de l’utérus restent les plus fréquents chez les Maliennes. Selon les estimations de GLOBOCAN 2024, le pays aurait enregistré 2 554 nouveaux cas de cancer du sein et 1 217 décès. Pour le cancer du col de l’utérus, 2 042 nouveaux cas et 1 242 décès sont estimés sur la même période. Ensemble, ces deux maladies représentent un peu plus de la moitié des nouveaux cancers recensés chez les femmes.
Vaccination
Les échanges ont largement porté sur la vaccination contre le HPV, introduite dans le Programme élargi de vaccination en novembre 2024. Elle est gratuite pour les filles de 10 ans et disponible dans les centres de santé. Des agents de santé peuvent également se déplacer dans les écoles et les communautés.
Cette gratuité facilite l’accès à un vaccin dont une dose était estimée à environ 150 000 francs CFA dans les officines privées lors de son introduction, selon Gavi. Entre janvier et septembre 2025, plus de 145 000 filles de 10 ans avaient été vaccinées. Parmi elles figuraient environ 32 400 filles non scolarisées.
Le professeur Ibrahim Téguété a expliqué le rôle du HPV dans l’apparition du cancer du col de l’utérus et l’intérêt de vacciner les filles avant une éventuelle exposition au virus. Une dose est administrée à la plupart des bénéficiaires. Les filles immunodéprimées doivent en recevoir une seconde six mois plus tard. La vaccination ne remplace toutefois pas le dépistage à l’âge adulte.
Proximité
Une partie des discussions a concerné les réticences de certains parents, les fausses informations sur le vaccin et les difficultés à atteindre les filles qui ne fréquentent pas l’école. Les organisations de la société civile ont été invitées à travailler avec les agents de santé, les familles et les responsables communautaires pour mieux expliquer la vaccination.
Amina Dicko a insisté sur la continuité de ce travail. « Aucune femme ne devrait affronter la maladie seule », a-t-elle déclaré. Elle souhaite que les associations participent davantage à l’information, à l’orientation des malades et à l’accompagnement des familles.
Solidaris223 annonce la poursuite de ses activités de sensibilisation, de dépistage et de vaccination dans plusieurs localités. Une nouvelle séance de suivi est prévue en février 2027.

Corruption en Afrique : Une lutte entravée

En Afrique, la lutte contre la corruption repose sur des dispositifs nationaux, continentaux et internationaux. Malgré ces cadres, les faiblesses institutionnelles et les ingérences politiques freinent encore l’atteinte des résultats.

La protection des ressources publiques figure parmi les objectifs de cette lutte. Elle doit préserver les fonds destinés aux écoles, aux hôpitaux et aux autres services essentiels, en associant prévention, contrôle et sanctions.

Parmi les instruments continentaux figure la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, adoptée en 2003 à Maputo. Son Conseil consultatif recueille des informations sur la corruption, conseille les gouvernements et suit l’application des engagements des États parties.

Issu du NEPAD, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) permet également aux États volontaires d’examiner leur gouvernance politique, économique et institutionnelle.

À l’échelle internationale, la Convention des Nations unies contre la corruption encadre la prévention, l’incrimination des faits, la coopération entre États et la restitution des avoirs issus de la corruption.

Dans plusieurs pays, des autorités spécialisées conduisent des enquêtes et des actions de sensibilisation. La déclaration de patrimoine de certains responsables publics, le contrôle des marchés et la publication des informations budgétaires font partie des instruments de prévention.

Des résultats encore limités

Leur efficacité suppose toutefois une justice capable d’instruire les dossiers et de juger les infractions sans ingérence politique. Le contrôle citoyen, porté notamment par les médias et les organisations de la société civile, contribue aussi à signaler les abus et à demander des comptes. La protection des personnes qui dénoncent ces pratiques est également nécessaire pour prévenir les représailles et encourager les signalements.

L’ampleur des pertes est préoccupante. Dans son rapport de 2020, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement estimait à 88,6 milliards de dollars par an les sorties illicites de capitaux d’Afrique, soit 3,7% du PIB continental. Cette estimation couvre des pratiques plus larges que la seule corruption.

Selon Transparency International, l’Afrique subsaharienne obtient un score moyen de 32 sur 100 dans l’Indice de perception de la corruption 2025, contre 42 au niveau mondial. Elle est la région la moins bien classée. Plus le score est faible, plus la corruption du secteur public est perçue comme élevée.

Les obstacles demeurent nombreux. Le manque d’indépendance judiciaire réduit la portée des poursuites, tandis que l’insuffisance des moyens et de l’expertise affaiblit les institutions de contrôle. Les engagements politiques produisent peu d’effets lorsqu’ils restent sans application. Les conflits et l’instabilité compliquent également la continuité des réformes et le fonctionnement des administrations.

Ébola en RDC : le flou financier fragilise la riposte

La plus grave épidémie d’Ébola en République démocratique du Congo a franchi les frontières du pays. Alors que le bilan dépasse 4 500 morts, Africa CDC réclame des explications sur plus de 700 millions de dollars dont l’utilisation est difficile à retracer.

Déclarée en mai dans l’Ituri, l’épidémie provoquée par le virus Bundibugyo continue de s’étendre malgré les moyens internationaux mobilisés. Selon les données arrêtées au 17 octobre, la RDC comptait 9 455 cas confirmés et 4 561 décès. Le virus touchait 66 zones de santé dans huit provinces, le Nord-Ubangi étant la dernière atteinte. Plus de 900 malades étaient hospitalisés en isolement.

Le passage du virus au Kenya a donné une dimension régionale à la crise. Le premier malade, arrivé de RDC par l’Ouganda, est décédé le 5 octobre à Nairobi. Sept autres contaminations ont ensuite été détectées parmi ses proches, des soignants et un accompagnant hospitalier. Toutes sont liées à ce premier cas et les autorités kenyanes n’ont pas signalé de transmission communautaire. Nairobi a renforcé les contrôles aux frontières, tandis que la Tanzanie surveille pendant 21 jours les voyageurs venant des pays à risque.

Plus de 700 millions de dollars à tracer

La progression de l’épidémie s’accompagne d’une controverse sur le financement de la riposte. Selon le Directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, les bailleurs déclarent avoir versé 962 millions de dollars aux organisations chargées des interventions. Mais une vérification menée avec les autorités congolaises n’aurait permis de documenter précisément qu’un peu plus de 200 millions. Plus de 700 millions de dollars restent ainsi insuffisamment renseignés dans les rapports financiers disponibles.

Ce constat ne prouve pas un détournement. Il révèle toutefois un sérieux déficit de transparence entre bailleurs, organisations internationales, ONG et autorités nationales. Le gouvernement congolais affirme ne pas avoir reçu directement ces fonds et a limité à 25 le nombre d’ONG autorisées à intervenir, sur près d’une centaine précédemment présentes.

Cette opacité devient aussi un problème sanitaire. Des agents mobilisés en première ligne ont protesté contre des retards de paiement et des conditions de travail difficiles. Dans des régions marquées par les violences armées et la méfiance envers les institutions, les zones d’ombre financières fragilisent la confiance des communautés. Publier les montants reçus, les dépenses et leurs bénéficiaires apparaît aussi nécessaire que renforcer le dépistage, l’isolement et le suivi des contacts. D’où l’urgence de faire toute la lumière sur cette affaire.

Rapports 2024 et 2025 du BVG : quelles suites pour les irrégularités relevées ?

Le Bureau du Vérificateur général (BVG) a remis le 14 octobre ses rapports annuels 2024 et 2025 au Président de la Transition. Les constats dressés dans plusieurs secteurs relancent surtout la question des suites administratives, financières et judiciaires données aux irrégularités relevées.

 

Au total, 94 missions ont été réalisées au cours des deux années. Le rapport 2024 en réunit 44, dont 28 vérifications financières et de conformité, 3 vérifications de performance et 13 suivis de recommandations. Selon le Vérificateur général, environ 61 % des vérifications financières et de conformité ont été engagées à la suite de saisines.

Du développement rural à la santé en passant par les transports, le sport et la diplomatie, les missions ont concerné des secteurs très différents. Au 20 octobre, les versions intégrales des deux rapports annuels n’étaient toutefois pas encore accessibles sur le site du BVG, qui a annoncé leur publication après leur transmission aux autres institutions.

Le rapport 2025 recense 50 missions : 24 vérifications financières et de conformité, 10 vérifications de performance et 16 suivis de recommandations. Les saisines des autorités ou des citoyens ont représenté 58 % des vérifications financières et de conformité et 70 % de celles portant sur la performance.

Les travaux menés pendant les deux exercices ont permis de régulariser et de reverser au Trésor plus de 2,4 milliards de francs CFA. Ce montant correspond aux sommes effectivement régularisées et non à l’ensemble des irrégularités financières constatées. Parallèlement, 40 dossiers étaient en cours de traitement auprès du Procureur de la République financier et du Président de la Section des comptes de la Cour suprême.

Le suivi reste toutefois incomplet. En 2024, 49 % des 150 recommandations applicables avaient été entièrement mises en œuvre. En 2025, sur 161 recommandations applicables adressées à 16 entités, 55 % avaient été mises en œuvre, 17 % l’étaient partiellement et 27 % ne l’étaient pas. 11 des 16 structures concernées avaient atteint un taux d’application d’au moins 50 %.

Faiblesses récurrentes

Les difficultés dépassent la seule exécution des recommandations. En 2025, le BVG a constaté que 42 % des entités vérifiées tenaient mal leur Comptabilité Matières, 21 % ne respectaient pas la séparation entre ordonnateur et comptable public et 17 % ne disposaient pas d’un manuel de procédures validé. Sur le plan financier, 54 % des déperditions concernaient des recettes non recouvrées ou recouvrées mais non reversées, contre 46 % liées à l’exécution des dépenses. Ces lacunes fragilisent le contrôle interne et compliquent la correction durable des pratiques.

Parmi les rapports sectoriels récemment publiés, la vérification de performance consacrée à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) illustre ces difficultés. Rendue publique le 8 octobre et réalisée sur saisine, elle couvre la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025. Le BVG justifie ce contrôle par le rôle de l’Institut dans la protection sociale, l’importance des ressources qu’il gère et les insuffisances déjà relevées lors de précédentes missions.

Durant la période examinée, les recettes de l’INPS se sont élevées à 1 250,985 milliards de francs CFA et ses dépenses à 1 183,435 milliards. La mission a notamment évalué le cadre institutionnel, l’organisation, les ressources humaines et la capacité de l’Institut à assurer ses missions.

Sur le plan institutionnel, le BVG relève que la directive de la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES) relative au socle juridique applicable aux organismes de prévoyance sociale n’a pas été transposée dans la législation nationale. Selon le rapport, cette situation limite l’efficacité du système et de la gestion de l’INPS.

La mission estime également que l’organisation interne ne permet pas une répartition suffisamment claire des responsabilités. Le manuel de procédures, qui date de 2004, n’intègre pas les évolutions intervenues depuis dans le fonctionnement de l’Institut.

La gestion des recrutements figure aussi parmi les principaux constats. Pour le BVG, elle « n’assure pas la qualité des ressources humaines mobilisées et la maîtrise des charges de personnel ».

Entre 2023 et 2025, l’INPS a recruté 2 926 agents. Les Inspecteurs de sécurité sociale représentaient 66,51 % de ces recrutements, devant les agents principaux, les agents divisionnaires et les gestionnaires de comptes. Environ 83 % des personnes recrutées ont été affectées à Bamako, contre 17 % dans les 7 directions régionales.

Une vérification financière distincte, publiée le 14 septembre et couvrant également les exercices 2021 à 2025, a évalué les irrégularités financières à 15,989 milliards de francs CFA. Sur ce montant, 64,45 millions avaient été régularisés pendant les travaux de contrôle, laissant un reliquat de 15,925 milliards.

Le rapport de performance relève en outre un taux d’encadrement, soit la part des cadres dans l’effectif total, de 73 % en 2024, alors que la norme de la CIPRES se situe entre 5 et 10 %.

Le poids des charges de personnel dans les cotisations a, de son côté, atteint 25,03 % en 2025, au-dessus du plafond de 15 % retenu par la CIPRES.

Le BVG signale enfin que l’attribution de plusieurs primes ne reposait pas sur une évaluation formelle de la performance des agents. Ces constats illustrent les conséquences concrètes d’un contrôle interne insuffisant sur les ressources et le fonctionnement d’un organisme public.

Garantir le suivi

La remise des rapports ouvre trois voies de suivi, explique le Pr Daman-Guilé Diawara, économiste du développement. Les faits susceptibles de constituer des infractions peuvent être transmis aux autorités judiciaires, tandis que les irrégularités relevant de la gestion appellent des corrections administratives et des mesures de recouvrement. La transmission d’un dossier ne préjuge toutefois ni de l’ouverture de poursuites ni de la culpabilité des personnes concernées.

Selon lui, les ministères de tutelle, les Conseils d’administration et les responsables des structures concernées doivent corriger les manquements, engager, lorsqu’elles sont justifiées, des procédures disciplinaires et recouvrer les sommes dues. Le BVG effectue ensuite des missions de suivi pour vérifier l’application de ses recommandations.

Pour le Pr Diawara, les contrôles contribuent à la bonne gestion, à la lutte contre la corruption et au recouvrement des fonds publics. Les plus de 2,4 milliards de francs CFA régularisés et versés au Trésor au titre des deux rapports montrent leur utilité financière, sans résumer à eux seuls leur portée.

La transmission des faits susceptibles de constituer des infractions peut aussi avoir un effet dissuasif, à condition que les procédures aboutissent dans des délais raisonnables et dans le respect de la présomption d’innocence.

La publication des constats permet en parallèle aux citoyens de suivre l’utilisation des ressources publiques. Cette transparence reste cependant limitée si les décisions administratives, les recouvrements et l’évolution des dossiers judiciaires ne sont pas rendus accessibles. Pour l’économiste, un suivi public devrait préciser, pour chaque recommandation, la structure responsable, l’action attendue, le délai fixé et l’état d’exécution.

La correction des défaillances dans les marchés publics, la comptabilité, le recouvrement des recettes et l’exécution budgétaire pourrait également réduire la répétition des mêmes irrégularités d’un contrôle à l’autre.

Pérenniser la bonne gouvernance

Pour transformer les contrôles ponctuels en pratiques durables, le Pr Diawara appelle à renforcer l’ensemble de la chaîne chargée de donner suite aux rapports.

Il estime nécessaire que chaque dossier transmis bénéficie d’un traitement documenté, sans interférence politique ni lenteur excessive. Il recommande également de dématérialiser davantage la passation des marchés et le paiement des taxes afin de réduire les contacts directs et les risques de corruption.

L’économiste propose enfin de renforcer la protection juridique des personnes qui signalent des pratiques illicites dans l’administration, d’associer davantage la société civile au suivi de la gestion publique et d’intégrer le civisme, ainsi que l’éthique, aux programmes de formation des fonctionnaires.

Fatoumata MAGUIRAGA

Réfugiés et déplacés : 78 % des besoins du HCR restent à financer

Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés a effectué une visite de terrain au Mali du 13 au 16 septembre 2026. À Bamako et dans les localités de Koro et Tombouctou, Birham Salih a réaffirmé l’engagement du HCR aux côtés du gouvernement malien et plaidé pour le renforcement des investissements en faveur des populations déplacées.

Au Mali, le troisième trimestre 2026 s’est caractérisé par la persistance des besoins de protection et d’assistance dans les zones d’accueil. Le HCR et ses partenaires ont poursuivi leurs actions dans plusieurs domaines, de l’enregistrement des réfugiés à la protection, en passant par l’éducation, la santé et l’autonomisation.
Parmi les principales réalisations figurent l’enregistrement de 8 991 réfugiés, la remise de 13 902 certificats individuels de réfugié et la distribution de 13 000 kits scolaires. Les interventions ont également permis de renforcer l’accès aux soins, au logement et aux services de protection, malgré une pression continue sur les capacités d’accueil.
Entre juillet et septembre 2026, 8 991 personnes issues de 3 266 ménages ont été enregistrées dans différentes zones, notamment à Gao, Bandiagara, Bamako, Koulikoro et Kayes. Durant la même période, 13 902 certificats individuels ont été remis, facilitant l’accès aux services de base dans plusieurs localités. Des opérations d’enregistrement se sont également poursuivies à Koro.
Besoins spécifiques
Les interventions ont aussi concerné les personnes ayant des besoins spécifiques. À Bamako, 32 personnes, dont 18 femmes et 14 hommes, ont bénéficié d’une assistance pour des besoins prioritaires.
Par ailleurs, 274 personnes, parmi lesquelles 227 femmes et filles, ont bénéficié d’un accompagnement psychosocial et psychologique pour faire face aux conséquences des déplacements. Une assistance ponctuelle en espèces a été accordée à 124 ménages à Koro, San et Douentza. Pour favoriser le maintien scolaire des enfants réfugiés, 13 000 kits ont été distribués dans les régions de Bandiagara, Gao, Kayes, Ménaka et Tombouctou. Des initiations à l’informatique et des formations ont également contribué à l’autonomisation de 195 personnes, dont 103 filles. Des acteurs du secteur scolaire ont aussi bénéficié de formations.
Au 30 septembre 2026, le Mali comptait 414 524 déplacés internes, tandis que 343 091 réfugiés maliens se trouvaient dans les pays d’asile et 322 584 réfugiés étaient présents sur le territoire malien. Le HCR recensait également 606 réfugiés maliens de retour et 153 132 déplacés internes retournés dans leurs zones d’origine. Par ailleurs, 22 417 réfugiés restaient non enregistrés.
À cette même date, le HCR Mali n’avait mobilisé que 22 % des 90,4 millions de dollars requis pour ses opérations en 2026, laissant 78 % des besoins encore à financer.

Koko Fashion Show : les traditions maliennes sur le podium

Prévue ce samedi 24 octobre au Centre international de conférences de Bamako (CICB), la 6e édition de Koko Fashion Show mettra en lumière le patrimoine vestimentaire malien sous le thème « Préserver les traditions ». Défilé de mode, valorisation des savoir-faire locaux et ouverture sur la sous-région et la diaspora seront au menu de la rencontre.

La mode malienne sera à l’honneur samedi 24 octobre à partir de 16 heures au Centre international de conférences de Bamako (CICB). Pour sa sixième édition, Koko Fashion Show entend faire des traditions vestimentaires un levier de promotion de l’identité culturelle et du savoir-faire des créateurs maliens.
Lors d’une conférence de presse organisée mardi 20 octobre 2026, en prélude à l’événement, l’équipe de coordination a dévoilé les grandes lignes de cette édition placée sous le thème « Préserver les traditions ». Organisé par la maison de haute couture KOKO Fashion, l’événement vise à mettre en lumière la richesse culturelle du Mali à travers ses vêtements, ses tissus et ses techniques artisanales, tout en montrant leur place dans la mode contemporaine.
« Nous voulons aller plus en profondeur dans les racines de notre culturalité et magnifier la tradition malienne dans toute sa splendeur », a expliqué Fatoumata Sanogo, coordinatrice générale de Koko Fashion Show.
Le bogolan, le bazin et les autres tissus traditionnels occuperont une place importante dans cette édition. Au-delà de leur dimension culturelle, les organisateurs veulent rappeler leur potentiel commercial et leur capacité à conquérir de nouveaux marchés.
Pour Hamadoun Bocoum, créateur de mode et promoteur de KOKO Fashion, le défilé constitue un moyen de faire connaître les créations maliennes à un public plus large, notamment à l’international. La visibilité acquise lors de ces événements peut contribuer à développer les ventes et à ouvrir des débouchés aux artisans, teinturières et créateurs. La valorisation du patrimoine passe également par sa transmission aux jeunes générations. Pour l’équipe organisatrice, connaître ses origines permet de construire son avenir sans renoncer à son identité. Les vêtements traditionnels, soulignent les responsables, peuvent aussi bien se porter au travail que lors des grandes cérémonies et des événements mondains. L’édition 2026 prévoit ainsi d’associer tradition et modernité, sans enfermer la culture malienne dans le passé.
Une ouverture internationale
Koko Fashion Show prévoit également un tapis rouge inspiré du Met Gala, destiné à mettre en valeur l’élégance et la créativité maliennes. Les invités sont encouragés à porter des tenues qui reflètent les traditions et les savoir-faire locaux. Le tapis rouge débutera à 16 heures, avant le lancement de la retransmission télévisée annoncé à partir de 17 h 30.
Pour la première fois, l’événement sera diffusé en direct sur TM1, selon les organisateurs. Cette couverture doit permettre au public de suivre le rendez-vous au-delà de Bamako, notamment grâce aux réseaux sociaux. Plusieurs délégations étrangères sont annoncées, notamment de Guinée, de Côte d’Ivoire, de Mauritanie et du Gabon, ainsi que des participants venus des États-Unis et de France. L’équipe souhaite renforcer cette ouverture dans les prochaines années en invitant davantage de créateurs de la sous-région et de la diaspora.
Les organisateurs ont également mis en avant le rôle des jeunes dans cette dynamique. Selon eux, environ 700 personnes ont participé au casting des mannequins, une démarche qui vise à offrir des opportunités au-delà des seuls professionnels du secteur. Le Roi 12 12 est le parrain de cette édition, en reconnaissance de son engagement en faveur de l’entrepreneuriat et de la jeunesse.
Joseph Amara Dembélé

Macina accueille plus de 3 400 déplacés après les violences de septembre

Selon Médecins sans frontières, les familles arrivées de Touara, Souleye et d’autres villages vivent principalement chez des proches. La clinique mobile de l’organisation a reçu 2 131 patients en quinze jours.

Plus de 3 400 personnes déplacées ont rejoint Macina après les violences survenues en septembre dans plusieurs localités de la région de Ségou, selon un bilan publié le 16 octobre par Médecins sans frontières.
MSF cite notamment une attaque à Souleye le 1er septembre et une autre à Touara le 15 septembre. L’identité des auteurs et le bilan humain complet restent à établir. L’organisation indique toutefois avoir fourni à l’hôpital de Macina des kits d’urgence utilisés pour la prise en charge de 25 blessés de l’attaque de Touara.
L’Agence malienne de presse avait également fait état, le 5 octobre, de déplacements provoqués par les attaques contre Kelle, Souleye et Touara. Une rencontre s’était alors tenue entre MSF, les responsables communaux et le service local du développement social afin de recenser les personnes accueillies et leurs besoins.
Des départs organisés dans l’urgence
Une habitante de Touara citée sous un prénom d’emprunt par MSF raconte avoir entendu des tirs entre 16 heures et 20 heures. Elle affirme que les hommes armés sont ensuite entrés dans le village. Les femmes et les enfants ont quitté la localité en pirogue au milieu de la nuit.
Arrivée à Macina avec sa famille, elle a trouvé refuge chez un proche qui héberge une quarantaine de personnes déplacées. Elle dit aussi que sa famille n’a pas pu retourner au village pour enterrer certains de ses proches.
La majorité des nouveaux arrivants vivent chez des familles d’accueil, d’après MSF. Certaines habitations abritent ainsi plusieurs ménages. D’autres personnes dorment dans la rue. Avant ces arrivées, Macina accueillait déjà plus de 5 000 déplacés, selon l’organisation.
Lors de la réunion du 5 octobre, les autorités locales ont recensé des besoins en nourriture, en vêtements, en eau, en produits d’hygiène et en abris. Elles ont aussi évoqué la nécessité d’un accompagnement psychosocial et de tentes pour les écoles confrontées à une augmentation de leurs effectifs.
Plus de 2 100 consultations en quinze jours
MSF déploie depuis la fin du mois de septembre une clinique mobile en appui aux structures du ministère de la Santé. L’organisation estime sa fréquentation à environ 150 patients par jour.
En quinze jours, les équipes médicales ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants. Hussein Younoussa, responsable des activités d’urgence de MSF, indique que les consultations concernent principalement des infections respiratoires et des cas de paludisme.
Selon lui, les infections respiratoires sont liées aux conditions d’hébergement des déplacés. Plusieurs familles manquent d’abris, de latrines et de points d’eau. Les femmes et les enfants représentent la majorité des patients reçus par la clinique mobile.
MSF prévoyait de maintenir cette équipe mobile pendant trois mois. Le dispositif complète les activités déjà menées par l’organisation au Centre de santé de référence et au Centre de santé communautaire de Macina.
MSF signale également le départ de plusieurs organisations humanitaires de la zone en raison de difficultés de financement. À Macina, l’assistance repose actuellement sur les services publics, les communautés d’accueil, les personnes de bonne volonté et les organisations encore présentes.
Massiré Diop

CEDEAO–AES : des groupes de travail pour préparer un accord-cadre

Réunies à Dakar le 17 octobre, les deux organisations ont décidé d’engager des discussions techniques au sein de groupes de travail conjoints. Leurs conclusions seront examinées par les ministres avant une nouvelle session.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et la Confédération des États du Sahel ont tenu, samedi 17 octobre à Dakar, leur première session ministérielle consacrée à la coopération entre les deux organisations.
La délégation de la CEDEAO était conduite par le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, président du Conseil des ministres de l’organisation. Celle de l’AES était dirigée par son homologue burkinabè, Karamoko Jean-Marie Traoré, président du Comité ministériel de pilotage de la Confédération.
Le Mali était représenté dans la délégation confédérale avec le Burkina Faso et le Niger. La réunion faisait suite aux consultations organisées le 22 mai 2025 à Bamako.
Un mécanisme technique avant le prochain rendez-vous
Le principal résultat consigné dans le communiqué conjoint concerne la création de groupes de travail thématiques. Ces groupes mèneront les discussions techniques destinées à préparer un accord-cadre de coopération entre la CEDEAO et l’AES.
Leurs conclusions seront soumises aux ministres avant la prochaine session. La date, le lieu et la composition des groupes seront arrêtés par voie diplomatique.
Le communiqué ne détaille pas encore les thèmes confiés à chaque groupe. Il fixe cependant les principes annoncés pour la suite des échanges : bon voisinage, respect de la souveraineté, dignité des États et protection des intérêts des populations.
La rencontre de Dakar a donc établi une méthode de négociation. Elle n’a débouché ni sur un accord-cadre signé ni sur une modification immédiate des règles appliquées aux frontières.
Les règles provisoires restent en vigueur
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. Le même jour, l’organisation régionale avait adopté des dispositions transitoires pour limiter les perturbations touchant les citoyens et les activités économiques.
La CEDEAO avait demandé à ses États membres de continuer à reconnaître les passeports et cartes d’identité portant son logo et détenus par les citoyens des trois pays. Elle avait aussi maintenu, jusqu’à nouvel ordre, la circulation, la résidence et l’établissement sans visa.
Les biens et services provenant du Mali, du Burkina Faso et du Niger continuaient également à bénéficier du traitement prévu par le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO et sa politique d’investissement. Ces mesures devaient rester applicables jusqu’à la définition complète des nouvelles relations avec les trois États.
L’accord-cadre annoncé à Dakar doit donner une base négociée à cette coopération entre deux organisations désormais distinctes. Pour les voyageurs, transporteurs et commerçants maliens, le régime en vigueur reste celui des dispositions transitoires de janvier 2025, dans l’attente des décisions issues des groupes de travail.
Massiré Diop

Route de Koulikoro : la circulation alternée reprend sur la RN27

Depuis ce lundi 19 octobre, les véhicules circulent de nouveau en alternance sur le tronçon urbain de la RN27. Le ministère des Transports explique cette mesure par la poursuite des travaux sur certaines parties de la voie.

La circulation alternée a repris ce lundi 19 octobre sur le tronçon urbain de la Route nationale 27, communément appelée route de Koulikoro. La mesure concerne le chantier d’élargissement reliant le rond-point du Grand Hôtel à Boulkassoumbougou.
Le ministère des Transports et des Infrastructures a annoncé ce changement après une visite effectuée vendredi 16 octobre avec des représentants de la Police nationale et de la mairie du District de Bamako. Selon son communiqué, certaines sections doivent être temporairement fermées pour permettre la poursuite des travaux.
Une partie de la chaussée reste ainsi ouverte à la circulation pendant que l’entreprise intervient sur l’autre. Le ministère demande aux conducteurs de respecter la signalisation temporaire et les instructions données par les agents chargés de réguler le trafic.
Un axe de 9,42 kilomètres
Le chantier porte sur 9,42 kilomètres entre le centre de Bamako et Boulkassoumbougou. Les travaux ont été officiellement lancés le 16 juillet 2024. Le groupement Covec-Mali/EGK en assure l’exécution.
Le projet prévoit, selon les sections, deux ou trois voies de circulation dans chaque sens. Il comprend aussi des trottoirs, des pistes cyclables, des passerelles et plusieurs ouvrages destinés à faciliter l’écoulement des eaux.
Des ponts sont annoncés à Missira, Banconi, Djélibougou, Farakoba et Boulkassoumbougou. Le chantier traverse les Communes I, II et III et se déroule dans des quartiers où la circulation, les commerces et les habitations restent actifs.
Cette configuration explique le recours à l’alternance. Lors d’une visite effectuée en mars, la ministre des Transports, Dembélé Madina Sissoko, avait indiqué que les équipes devaient maintenir le passage des véhicules tout en protégeant les zones de travaux.
Les entreprises interviennent aussi autour de câbles électriques, de fibres de télécommunication et de conduites d’eau installés sous ou à proximité de la chaussée. Leur déplacement ou leur protection accompagne les terrassements et l’élargissement de la route.
Un calendrier actualisé attendu
Au début du mois de mars, le taux d’exécution physique était estimé à 26,25 %, pour 66,11 % du délai contractuel consommé, selon les chiffres communiqués par le ministère. Le délai initial était fixé à trente-six mois, saisons des pluies comprises.
La ministre avait attribué le retard aux difficultés d’approvisionnement en carburant, aux perturbations du corridor Bamako-Dakar, à deux attaques contre des installations utilisées par l’entreprise et aux contraintes d’un chantier exécuté en pleine zone urbaine. Elle avait demandé un calendrier actualisé au groupement chargé des travaux.
La circulation dans les deux sens avait été rétablie le 16 septembre sur les parties rendues accessibles. La reprise de l’alternance, un mois plus tard, correspond à l’ouverture de nouvelles zones de travaux.
Le communiqué du 16 octobre ne donne ni nouveau taux d’exécution ni date révisée de livraison. Pour les automobilistes et les transports collectifs, les sections effectivement fermées seront indiquées par la signalisation déployée le long du chantier.
Massiré Diop

Dioïla : dix morts dans l’effondrement d’un bâtiment en construction

Un bâtiment à étage s’est effondré samedi 17 octobre à Tripanobougou, faisant dix morts et sept blessés selon l’Agence malienne de presse. Une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les causes du drame et situer les responsabilités.

Dix personnes ont perdu la vie dans l’effondrement d’un bâtiment en construction survenu samedi 17 octobre, vers 15 heures, à Tripanobougou, un quartier de la ville de Dioïla. L’Agence malienne de presse fait également état de sept blessés pris en charge.
Parmi les victimes décédées figurent le propriétaire du chantier, ses deux enfants âgés de 7 ans et sept ouvriers. Des travailleurs, des visiteurs et les membres de la famille se trouvaient à l’intérieur du bâtiment au moment de l’accident.
La dalle du dernier étage venait d’être achevée lorsque la structure s’est écroulée. Sa chute a entraîné les deux niveaux du bâtiment, ensevelissant les personnes présentes. Cette chronologie est celle recueillie localement par l’agence publique. La cause technique de l’effondrement reste soumise aux constatations des enquêteurs.
Des secours mobilisés sur le chantier
Les sapeurs-pompiers, la Protection civile, la police et des habitants ont participé aux recherches dans les décombres. Le maire de la commune rurale de Kaladougou, Yacouba Dowélé Marico, a également sollicité les moyens de l’entreprise BECGM pour appuyer les opérations.
Les secouristes ont extrait les dix corps et évacué les blessés vers les structures sanitaires. Le gouverneur de la région de Dioïla, le général de division Kéba Sangaré, s’est rendu dimanche auprès des blessés avant de rencontrer la famille endeuillée.
Le bilan de sept blessés retenu ici est celui publié dimanche par l’AMAP après la visite du gouverneur. Des comptes rendus diffusés pendant les premières heures des opérations évoquaient cinq blessés.
Une enquête conduite par le parquet
Le procureur de la République près le tribunal de Dioïla, Sarafily Coulibaly, a ouvert une enquête judiciaire. Le responsable du chantier a été conduit au poste de police pour les besoins des investigations.
L’enquête doit établir les conditions dans lesquelles le bâtiment a été conçu et exécuté, ainsi que les circonstances de l’effondrement. Les constatations techniques permettront au parquet de déterminer les responsabilités éventuelles et de retenir, le cas échéant, les qualifications pénales correspondantes.
La communication publiée dimanche ne fournit encore aucun résultat d’expertise sur les matériaux, la dalle, le coffrage ou les dispositifs de soutien utilisés pendant le bétonnage. Elle ne précise pas non plus les autorisations administratives obtenues pour la construction.
Kéba Sangaré a annoncé que les personnes ayant participé à la réalisation du bâtiment seraient entendues. Il a également demandé le respect des normes de construction. Le dossier relève désormais de l’enquête judiciaire ouverte à Dioïla.
Massiré Diop

Coupe CAF : Le Réal et FC Diarra à un tour des groupes

Le Mali conserve deux représentants en Coupe de la Confédération après le premier tour préliminaire. L’AS Réal de Bamako et le FC Diarra abordent, les 17 et 18 octobre, une double confrontation qui peut leur ouvrir les portes de la phase de groupes.

L’AS Réal sera le premier à entrer en lice, le 17 octobre en Tunisie, face à l’Espérance sportive de Zarzis. Le retour est programmé pour le 24 octobre à Bamako. Les Scorpions arrivent à ce rendez-vous après avoir éliminé Vitesse FC du Burkina Faso avec une victoire 2-1 à l’extérieur puis un nul 0-0 à domicile.

Cette qualification a montré l’un de leurs principaux atouts, à savoir la capacité à gérer une double confrontation. Classé parmi les clubs de niveau 2 par la CAF avant le tirage, le Réal possède aussi davantage d’expérience continentale que son compatriote. Sa solidité défensive et sa faculté à obtenir un résultat hors de Bamako seront précieuses face à Zarzis.

Le club tunisien, absent des compétitions continentales depuis 20 ans, a toutefois réussi son retour. Il a éliminé Diambars du Sénégal 3-2 sur l’ensemble des deux matches, une victoire 3-1 à domicile et une défaite 1-0 au retour.

Atouts

Le FC Diarra recevra de son côté ASKO de Kara le 18 octobre avant de se déplacer au Togo le 25. Pour sa première campagne africaine, le club de Sébénicoro a franchi un obstacle important en sortant Nations FC du Ghana. Vainqueur 1-0 à Bamako, il a ensuite obtenu le nul 1-1 à Accra.

Cette capacité à résister loin de ses bases constitue son meilleur argument. Les hommes de Hamidou Sangaré peuvent aussi s’appuyer sur leur jeunesse, leur discipline et l’enthousiasme d’un groupe qui découvre la compétition sans complexe. Finaliste de la Coupe du Mali 2026 après avoir notamment éliminé le Stade malien en demi-finale, FC Diarra a déjà montré qu’il pouvait tenir dans des matches fermés.

ASKO représente néanmoins un test supérieur. Le club togolais, lui aussi classé parmi les équipes de niveau 2 par la CAF, a balayé l’AS ZAM du Niger 6-0 sur l’ensemble des deux manches au tour précédent.

Pour les deux clubs maliens, ce 2ème tour préliminaire signifie entrer directement en phase de groupes. Celle-ci débutera du 27 au 29 novembre. Le Réal mise sur son vécu, Diarra sur son élan. Deux chemins différents pour tenter de maintenir le Mali présent dans la compétition.

Déchets ménagers : Les champs faute de dépôts

Faute de dépôts de transit accessibles, certains GIE de Bamako déversent les déchets collectés dans des champs périphériques, avec l’accord de leurs propriétaires. Présenté comme utile aux deux parties, cet arrangement révèle surtout les ruptures de la chaîne d’évacuation des ordures.

Pour Bamadou Sidibé, Président du Collectif des Groupements intervenant dans l’Assainissement au Mali (COGIAM), une gestion durable commence par une collecte régulière. Il préconise des poubelles fermées dans les ménages, le tri à la source et la transformation des matières organiques en compost, plutôt que leur mélange avec les plastiques, les métaux et les autres résidus. Les GIE assurent la pré-collecte, avant l’évacuation vers les sites de transit et de traitement. Toute rupture lors de l’une de ces étapes ralentit le ramassage dans les quartiers et favorise la création de dépôts sauvages.

« La ville des Trois caïmans ne dispose que d’un seul dépôt de transit aménagé, qui se trouve en Commune II », affirme-t-il. Un nouveau dépôt, inauguré en juillet 2026 dans le deuxième arrondissement pour plus de 356 millions de francs CFA, a renforcé les équipements existants. Pour le COGIAM, cette infrastructure demeure cependant insuffisante au regard des besoins des quartiers.

À Sogoniko, Faladiè, Banankabougou, Yirimadio et Sirakoro-Méguétana, des GIE transportent une partie des déchets vers des champs de la zone aéroportuaire. Selon Amadou Diadié Samassékou, membre d’un GIE, ces déversements reposent parfois sur un accord conclu avec les exploitants agricoles.

Solution précaire

« Pendant la saison sèche, les propriétaires des champs nous sollicitent pour aller déverser nos déchets chez eux. Non seulement ils estiment qu’ils fertilisent les terres, mais ils y trient aussi les sachets en plastique et le fer pour les revendre », explique-t-il. Mais l’épandage d’ordures ménagères non triées ne peut être assimilé à du compost et expose les sols à des matières potentiellement polluantes.

Pendant l’hivernage, cette solution devient plus difficile. Les cultures occupent les parcelles, l’humidité complique le tri et les véhicules doivent parcourir plusieurs kilomètres sur des routes dégradées pour trouver un autre lieu de déchargement. Ces contraintes ralentissent la collecte et favorisent l’accumulation des ordures dans les quartiers.

La capitale dispose de sites destinés à recevoir les déchets, notamment à Noumoubougou, mais leur accessibilité et la continuité de l’évacuation sont contestées par les GIE. L’augmentation du nombre de dépôts de transit ne suffira pas sans une chaîne fonctionnelle associant pré-collecte, transport, tri, compostage contrôlé, recyclage et traitement final.

Ali Sankaré

Masques et marionnettes : Un patrimoine vivant à transmettre

Porteurs de récits, de croyances et de valeurs sociales, les masques et marionnettes occupent une place essentielle dans le patrimoine culturel malien. Reconnue par l’UNESCO, la tradition de Markala reste toutefois confrontée au défi de la transmission.

Les masques et les marionnettes sont bien plus que des objets sculptés ou des personnages de spectacle. Ils racontent l’histoire des communautés, transmettent des valeurs et traduisent une vision du monde dans laquelle les êtres humains, les animaux et les forces invisibles sont étroitement liés.

Dans les sociétés traditionnelles, ces pratiques accompagnent les cérémonies et les rassemblements communautaires. Elles associent sculpture, danse, chant, musique et représentation théâtrale, tout en faisant circuler des connaissances héritées des générations précédentes.

Selon le maître marionnettiste Yaya Coulibaly, leurs origines remontent à l’ancienne relation entre les humains, les animaux sauvages et les esprits associés aux forêts, aux cours d’eau et aux collines sacrées. « La première marionnette est la jeune fille appelée mɛrɛn », explique-t-il.

Chaque masque et chaque marionnette possède une signification. Le lion symbolise la puissance et l’autorité, tandis que la vache, appelée misi, apparaît dans des représentations qui dénoncent certains travers de la société.

Transmission

Les marionnettes collectives, connues sous le nom de kalakakɔnɔ sogow, reproduisent les comportements humains à travers des scènes symboliques. Les spectacles rappellent l’importance de la solidarité, de l’honnêteté et du respect des règles sociales.

Pour Yaya Coulibaly, le recul de ces pratiques tient d’abord à la rupture de la transmission entre les générations. Autrefois, les anciens enseignaient aux jeunes les techniques de fabrication, les récits et la signification des représentations. « Aujourd’hui, cette transmission devient difficile, notamment à cause du désintérêt de certains jeunes, du manque de moyens financiers et de l’évolution des modes de vie », observe-t-il. Les changements religieux conduisent aussi à l’abandon de certaines traditions. L’insécurité empêche l’organisation de manifestations culturelles dans plusieurs localités, notamment à Markala.

Sans formation des jeunes, soutien aux artistes et sensibilisation des communautés, certains savoir-faire pourraient disparaître avec leurs détenteurs. L’inscription en 2014 de la sortie des masques et marionnettes de Markala sur la Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité constitue une reconnaissance, mais elle ne suffit pas à assurer durablement leur continuité.

« Pour préserver ce patrimoine, il faut encourager la transmission, valoriser le travail des marionnettistes et donner davantage de place à ces expressions culturelles dans nos événements et nos espaces éducatifs », conclut Yaya Coulibaly.

Joseph Amara Dembélé

Financement public : L’option FMI se précise

Après la mission conduite du 5 au 9 octobre, le Mali et le Fonds monétaire international poursuivent leurs échanges en vue d’un programme appuyé par une Facilité élargie de crédit (FEC). Encore à préparer, cet accord pourrait permettre de diversifier les ressources et de réduire la pression du financement intérieur.

La visite du FMI n’a pas débouché sur l’ouverture de négociations. Le ministère de l’Économie et des Finances annonce la transmission d’informations complémentaires et des visioconférences. Aucun montant, calendrier ou engagement définitif n’a encore été arrêté.

Les besoins de financement de l’État restent élevés. Selon la Direction générale de la dette publique, le Trésor a mobilisé 724,23 milliards de francs CFA sur le marché régional de l’UEMOA au premier semestre 2026. Fin juin, la dette intérieure représentait 52,9% de l’encours total, contre 47,1% pour la dette extérieure. Le taux d’endettement s’établissait à 38,3% du PIB.

Le niveau global est inférieur au plafond communautaire de 70%, mais la structure de la dette compte. Dans son dernier rapport sur le Mali, le FMI relevait qu’environ 1 285 milliards de francs CFA d’obligations régionales et de prêts syndiqués arrivaient à échéance en 2026, presque deux fois plus qu’en 2025. Le recours soutenu aux banques et au marché régional alourdit le service de la dette et peut réduire les ressources disponibles pour financer les entreprises.

Un relais concessionnel

Une FEC offrirait des ressources à des conditions plus favorables et sur une durée plus longue que les émissions à court terme. Elle pourrait aussi compléter les financements déjà obtenus auprès de la Banque mondiale, de la BAD et de la BOAD. Selon la même source, sept accords totalisant 190,89 milliards de francs CFA ont été signés au premier semestre, dont 185,88 milliards sous forme de prêts.

Le futur programme prolongerait les réformes engagées dans le cadre du programme de référence achevé en 2026 : mobilisation des recettes intérieures, numérisation fiscale, contrôle des marchés publics, suivi des entreprises publiques et protection des dépenses sociales. Le FMI prévoit une croissance de 5,5% en 2026, contre 6,3% dans les projections officielles.

L’accord reste toutefois à construire. Son intérêt économique tiendra autant aux ressources mobilisées qu’à sa capacité à diminuer le coût du financement, préserver les investissements publics et éviter que les besoins de l’État ne pèsent davantage sur le crédit destiné au secteur privé.

 

Afrique de l’Ouest : Des prisons sous forte pression

Au-delà du cas malien, la pression sur les établissements pénitentiaires traverse plusieurs pays de la sous-région. Du Sénégal au Niger en passant par le Burkina Faso et la Guinée, surpopulation et poids des personnes en attente de jugement sont au cœur des difficultés carcérales.

Au Sénégal, la population carcérale atteignait 15 267 détenus au 18 août 2025, selon le ministère de la Justice. Parmi eux, 547 personnes étaient en détention provisoire depuis au moins trois ans. Face à la pression, l’administration pénitentiaire a également renforcé ses capacités d’accueil : 1 390 places supplémentaires ont été créées entre 2024 et 2025, tandis qu’un programme de modernisation prévoit la construction de plusieurs établissements.

La pression apparaît moins forte au Burkina Faso, mais reste réelle. Les dernières statistiques nationales disponibles, arrêtées au 31 décembre 2024, font état de 8 799 détenus pour 5 403 places, soit un taux d’occupation de 162,9%. Les personnes en détention avant jugement représentaient 29% de la population carcérale, soit 2 552 détenus.

Entre surpopulation et pistes de désengorgement

Au Niger, des données plus récentes montrent une situation particulièrement tendue dans certains établissements. À la maison d’arrêt de Niamey, 1 895 personnes étaient détenues au 8 mars 2026, dont 1 496 prévenus et 399 condamnés. L’établissement affichait alors un taux d’occupation de 416%. À Dosso, la prison civile accueillait au 15 avril 2026 329 détenus pour 250 places, dont 149 prévenus.

La question du désengorgement figure d’ailleurs parmi les préoccupations affichées par les autorités nigériennes. En avril 2026, le ministère de la Justice mettait notamment en avant la mise en œuvre des alternatives à l’incarcération comme l’un des moyens de lutter contre la surpopulation carcérale. Le recours au travail d’intérêt général et à la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est également encouragé pour accélérer le traitement de certains dossiers.

En Guinée, les dernières données nationales disponibles remontent à mars 2024. Elles faisaient état de 5 549 détenus, dont 55,5% en détention préventive. Le niveau d’occupation du système pénitentiaire était alors estimé à 171,4%.

D’un pays à l’autre, les niveaux de surpopulation et le poids de la détention préventive varient, mais aucun des systèmes observés n’échappe totalement à la pression carcérale. Une réalité qui fait de la gestion des prisons un défi partagé à l’échelle ouest-africaine, avec des réponses encore très inégales selon les États.

Mohamed Kenouvi

Dr Ahmadou Touré : « Aucun développement durable n’est possible sans souveraineté effective »

Dans son nouvel ouvrage, « Souveraineté et refondation étatique au Mali (2020-2026) : vers l’Alliance des États du Sahel », Dr Ahmadou Touré analyse la trajectoire engagée au Mali depuis 2020. Maître-assistant et directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, il revient sur les critères d’une souveraineté effective, les fragilités de la refondation et les défis de la Confédération AES. Propos recueillis par Massiré DIOP.

Quelle idée centrale relie les années 2020 à 2026 ?

Le fil conducteur de cette période est la reconquête d’une souveraineté effective et durable. J’entends par là la capacité retrouvée de l’État à déterminer ses orientations politiques, sécuritaires, économiques et diplomatiques, puis à disposer des moyens nécessaires pour les appliquer.
À partir de 2020, cette volonté s’est progressivement traduite dans les institutions. La Charte de la Transition, les Assises nationales de la Refondation, la Constitution de 2023, le Cadre stratégique de la refondation de l’État et la Vision Mali Kura 2063 participent d’une même trajectoire. Ils donnent une architecture politique et juridique à la volonté de reconstruire l’autorité de l’État, de réorganiser les institutions et de rétablir une capacité nationale de décision.
Cette dynamique s’est également manifestée sur le terrain avec la montée en puissance des Forces armées maliennes, la reprise de Kidal et la recherche d’un contrôle plus durable du territoire. Sur le plan régional, la création de l’Alliance des États du Sahel, puis son évolution vers une Confédération, prolonge cette démarche en permettant au Mali, au Burkina Faso et au Niger de mutualiser certaines réponses.
La refondation reste cependant un processus. Elle ne peut pas se limiter aux textes adoptés, aux changements institutionnels ou aux succès militaires. Elle doit se traduire par une présence civile effective de l’État, par le fonctionnement régulier de l’administration et par des améliorations que les populations peuvent constater dans leur vie quotidienne. C’est à cette condition que la souveraineté revendiquée deviendra une réalité durable.

Comment reconnaître une souveraineté effective ?

La souveraineté devient effective lorsqu’un État parvient à exercer durablement ses responsabilités sur l’ensemble de son territoire. Cela suppose d’abord de contrôler les espaces nationaux, de protéger les populations et de maîtriser les décisions relatives à l’emploi de la force. Une souveraineté fragilisée apparaît lorsque l’État ne peut plus circuler, administrer ou assurer les services essentiels dans une partie du pays.
Elle se reconnaît aussi à la liberté de choisir ses partenaires, de définir les termes de la coopération et de mettre fin aux dispositifs qui ne répondent plus aux intérêts nationaux. Cette liberté n’implique pas une fermeture au monde. Elle permet de construire des partenariats fondés sur les priorités du pays, la réciprocité et les résultats obtenus.
La dimension économique est tout aussi importante. Le contrôle des ressources stratégiques doit permettre leur transformation locale, une meilleure mobilisation fiscale et le financement des politiques publiques. La souveraineté économique perd une grande partie de son contenu lorsque les richesses sont extraites sans créer suffisamment d’emplois, de compétences, d’entreprises nationales ou de recettes durables.
Mais la souveraineté se vérifie surtout dans le fonctionnement de l’État. Une école ouverte, un centre de santé accessible, un service d’état civil opérationnel, une justice présente, l’accès à l’eau ou la continuité de l’administration en sont des manifestations concrètes. Un État peut affirmer son indépendance diplomatique et conserver, dans le même temps, de profondes fragilités intérieures. Aucun développement durable n’est possible sans souveraineté effective. Celle-ci existe réellement lorsque l’État assume pleinement ses responsabilités et produit des résultats pour la population.

Quelle fragilité menace le plus la reconstruction de l’État ?

Le risque principal réside dans le décalage entre la reconquête militaire et l’ancrage civil de l’État. Les opérations militaires peuvent reprendre une localité, sécuriser un axe ou rétablir un rapport de force favorable. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à assurer une présence durable de l’État.
Après la phase militaire doivent venir l’administration, l’école, la santé, la justice, l’état civil, les infrastructures et les services économiques. Il faut aussi pouvoir déployer des agents publics, assurer leur sécurité, leur donner des moyens de travail et garantir la continuité de leurs missions. Le retour de l’État ne peut pas se résumer à l’installation ponctuelle de quelques représentants dans les chefs-lieux.
La confiance des populations est également déterminante. Une présence administrative dépourvue de dialogue, de justice ou de services accessibles reste fragile. Il faut former et responsabiliser des personnels locaux, associer les collectivités et les autorités légitimes, organiser le dialogue intercommunautaire et prendre en compte les traumatismes laissés par les années de conflit.
La justice transitionnelle peut contribuer à traiter certaines violations, à établir les responsabilités et à prévenir les cycles de représailles. Le renseignement de proximité doit, pour sa part, reposer sur une relation de confiance avec les habitants. Une population qui ne se sent ni protégée ni écoutée transmet difficilement les informations nécessaires à la prévention des attaques et à la lutte contre les réseaux armés.
La reconstruction demande donc d’articuler sécurité, présence civile, justice, dialogue et développement local. Sans cette complémentarité, le contrôle territorial peut demeurer provisoire. L’État doit pouvoir rester après l’opération militaire, administrer dans la durée et convaincre les populations que son retour améliore concrètement leur situation.

Que doit encore accomplir la Confédération AES ?

La Confédération doit maintenant consolider ses institutions communes et leur donner des moyens propres. La coopération politique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger a permis de construire une position commune sur plusieurs dossiers. La prochaine étape consiste à transformer cette proximité politique en capacités opérationnelles durables.
Dans le domaine sécuritaire, la Force unifiée doit s’appuyer sur un renseignement partagé, des protocoles harmonisés, des procédures de coordination précises et une doctrine commune. La mutualisation doit permettre aux trois États de mieux anticiper les menaces, de coordonner leurs interventions et de sécuriser les espaces frontaliers.
La construction confédérale doit également se traduire dans l’économie. Des corridors routiers fiables, des réseaux électriques interconnectés, des projets agricoles communs et des mécanismes facilitant la circulation des personnes et des marchandises rendraient l’intégration visible. Une banque ou un instrument financier capable de soutenir les investissements productifs pourrait accompagner les entreprises, les infrastructures et la transformation locale des ressources.
La Confédération devra enfin produire des bénéfices concrets en matière de sécurité, d’énergie, d’alimentation, d’échanges et d’emplois. Les populations jugeront l’AES moins à travers les déclarations politiques qu’à partir de ses effets sur leur quotidien. La souveraineté collective deviendra crédible lorsque les institutions communes disposeront des moyens d’agir et que les citoyens des trois pays pourront reconnaître, dans leur vie de tous les jours, les résultats de cette intégration.

Kidal : Après l’armée, réinstaller l’État

Les FAMa ont repris Kidal le 6 octobre, près de six mois après leur retrait. La sécurisation de la ville ouvre un autre chantier : rétablir l’administration, ramener les services publics et renouer avec des populations dispersées, alors que les groupes armés restent actifs.

L’armée malienne a consolidé sa présence après des opérations aériennes et terrestres menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui tenait Kidal avec le JNIM depuis les attaques du 25 avril, affirme avoir effectué un « repli stratégique et maîtrisé » afin de préserver ses hommes et ses moyens.

Le gouvernement annonce « le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base ». L’État-major entend aussi sécuriser les populations, les frontières et la circulation des personnes et des biens.

La ville a toutefois changé de contrôle sans bataille terrestre décisive. Le FLA présente son retrait comme temporaire et les groupes armés conservent une capacité d’action dans la région. Le retour des FAMa constitue donc un succès, sans marquer la fin des menaces.

L’expérience récente incite à la prudence. Après la reprise de novembre 2023, le gouvernorat, la police, la gendarmerie, le Trésor, l’hôpital et l’Académie d’enseignement avaient repris leurs activités. Les axes restaient cependant dangereux. Les attaques d’avril 2026 ont ensuite provoqué le départ de l’armée, de l’administration et d’une partie des habitants.

Sécurité

Tenir Kidal suppose de protéger la ville et ses accès. La route de Gao, les liaisons avec Anéfis, Tessalit et Aguelhoc ainsi que les circuits d’approvisionnement sont essentiels aux services publics et au retour des familles. Une présence limitée au chef-lieu laisserait les agents, les commerçants et les transporteurs exposés dès leur sortie de la localité.

Réfugié à Gao depuis juillet, l’enseignant Almoustapha Maïga souhaite rentrer, mais évoque l’insécurité et le mauvais état de la route. « Beaucoup de mes collègues veulent aussi retourner, mais nous ne savons pas comment, avec le manque de ressources », a-t-il confié à la Deutsche Welle. Il demande un appui au transport pour ceux qui ont tout laissé derrière eux.

Le renseignement de proximité et le traitement des alertes comptent autant que les patrouilles. Une population qui craint des représailles ou ne dispose d’aucun interlocuteur fiable transmet difficilement les informations nécessaires pour empêcher la reconstitution des réseaux armés.

Services

Le retour des services part d’une situation dégradée. Après le 25 avril, l’alimentation scolaire avait été suspendue dans 16 écoles de la région, touchant 2 913 élèves, dont au moins la moitié de filles. Fin juin, l’UNICEF signalait encore des établissements endommagés ou occupés et un accès très réduit aux cours.

La Direction régionale de la Santé avait aussi été prise pour cible. Trois cliniques mobiles assuraient une partie des soins. En août, le CICR a transféré six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Le réseau urbain d’eau, qui desservait environ 1 004 ménages, avait également été affecté.

Le retour des déplacés réclame une organisation concrète. Certaines familles ont perdu leur logement, leurs revenus ou leurs moyens de transport. Sidi Mohamed Ag Almoctar, Président du Conseil régional de Kidal, espère que « cette fois-ci, c’est la bonne ». Cet espoir reste lié à la possibilité de rentrer sans s’exposer à un nouvel abandon.

Confiance

La gouvernance locale forme le troisième volet. Élus, autorités traditionnelles, organisations de femmes et de jeunes, éleveurs, commerçants et déplacés doivent être associés aux décisions sur la reconstruction et les services. Dans un climat où la parole publique demeure prudente, des consultations régulières peuvent faire remonter les besoins sans confondre critique, désaccord politique et soutien aux groupes armés.

L’universitaire Pierre Claver Bakoroba Traoré plaide pour une décentralisation plus poussée et pour le dialogue. « Il ne faut surtout pas fermer la porte », estime également un habitant interrogé par Studio Tamani. La concertation n’exclut ni l’autorité de l’État ni la lutte contre les violences. Elle peut réduire les frustrations dont les groupes armés tirent parti.

Une administration présente, des routes praticables, des services ouverts et des habitants revenus durablement donneront un contenu concret à la reprise de Kidal. Sans ces relais civils, la ville risque de rester une position militaire disputée et de connaître encore les changements de contrôle qui ont rythmé son histoire récente.

Massiré Diop

Droits humains : Les voix du Sahel à Dakar

La 89ème session publique de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples se tient à Dakar du 12 au 21 octobre. Les préoccupations du Sahel, sans constituer un thème officiel, y sont portées par des organisations citoyennes et des défenseurs des droits humains.

Les onze commissaires examinent la situation des droits humains sur le continent, les rapports des États, les communications reçues et les activités des mécanismes spéciaux. La rencontre coïncide avec le 40ème anniversaire de l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, le 21 octobre 1986.

Le Forum des ONG, organisé du 8 au 10 octobre, a précédé la session. Ses travaux ont abordé l’espace civique, la liberté d’expression, l’accès à l’information, la protection des défenseurs, les conflits, les déplacements ainsi que l’eau et l’assainissement, thème de l’Union africaine pour 2026.

AfricTivistes a recueilli des contributions de citoyens, d’activistes et de défenseurs à travers ses réseaux Sahel Activistes, Sahel Résilience et CitizenLabs. Leur synthèse doit porter sur les libertés publiques, les droits numériques, la protection des populations et l’accès aux mécanismes africains.

Libertés

Le rétrécissement de l’espace civique figure parmi les préoccupations relevées à l’échelle du continent par le Forum des ONG. Dans plusieurs pays sahéliens, des organisations de défense des droits et des associations de presse documentent aussi des suspensions de médias, des poursuites ou interpellations de journalistes et d’activistes ainsi que des difficultés d’accès à l’information. Les autorités concernées invoquent la sécurité nationale, l’ordre public et la lutte contre la désinformation.

La Commission doit entendre, les 12, 13, 14, 18 et 19 octobre, des déclarations d’États, d’institutions nationales et d’ONG. Ses rapporteurs présenteront leurs travaux sur la liberté d’expression, les défenseurs des droits humains, les prisons, la torture, les réfugiés, les déplacés et les migrants.

Les examens périodiques portent sur le Cameroun, la Guinée-Bissau, Maurice et la Zambie et non sur le Sahel central. Les préoccupations sahéliennes passeront par les déclarations, les échanges avec les commissaires et les documents transmis par la société civile.

« L’objectif n’est pas seulement de documenter les problèmes, mais également d’identifier les réponses existantes », explique AfricTivistes. La CADHP peut adopter des résolutions et adresser des recommandations aux États, sans prononcer des jugements comparables à ceux de la Cour africaine. Les conclusions de Dakar préciseront la place accordée aux alertes venues du Sahel même.