Forum du Mali Kura : Bamako prépare son grand rendez-vous de l’investissement

Le ministère de l’Industrie et du Commerce, à travers l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali), a procédé, le 24 septembre 2026 à Bamako, au lancement officiel du Forum international de l’investissement au Mali, dénommé « Forum du Mali Kura ». Prévu les 11 et 12 décembre 2026 au CICB, l’événement ambitionne de réunir des investisseurs, des porteurs de projets et des acteurs économiques autour des opportunités d’investissement dans le pays.

La conférence de presse de lancement a réuni plusieurs composantes de l’écosystème économique malien. Autour du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, étaient notamment présents le directeur général de l’API-Mali, Ibrahim Ahamadou Touré, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Madiou Simpara, des présidents de chambres consulaires, des représentants du corps diplomatique accrédité au Mali, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreux acteurs du secteur privé.
La présentation détaillée du Forum a été assurée par Ibrahim Ahamadou Touré. Le directeur général de l’API-Mali a exposé les ambitions du rendez-vous, son format, les participants attendus, le dispositif organisationnel ainsi que les mécanismes envisagés pour assurer le suivi des engagements qui pourraient être pris lors du Forum.
Un Forum tourné vers les projets
L’objectif général est de positionner le Mali comme une destination privilégiée pour l’investissement en Afrique de l’Ouest, tout en accélérant sa transformation économique et en renforçant son image à l’international.
À cela s’ajoutent plusieurs objectifs spécifiques : promouvoir un portefeuille structuré d’opportunités d’investissement, mettre directement en relation les porteurs de projets maliens et les investisseurs, favoriser la signature de protocoles d’accord et de partenariats, et mobiliser le secteur privé, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers ainsi que la diaspora autour de l’investissement productif.
Le Forum veut également mettre en avant les réformes engagées, promouvoir les chaînes de valeur locales et encourager davantage la transformation industrielle sur le territoire national.
Les rencontres B2B, entre entreprises, et B2G, entre investisseurs et structures publiques, doivent constituer l’un des principaux instruments de mise en relation. Des panels thématiques, des présentations de projets et un espace d’exposition sont également prévus.
« Nous ne voulons pas organiser un Forum où les gens viennent seulement écouter des discours. Nous voulons un Forum où l’on parle de projets, où les investisseurs rencontrent les porteurs de projets », a insisté Ibrahim Ahamadou Touré. En amont, l’API-Mali travaille ainsi à la constitution d’un portefeuille de projets jugés viables et suffisamment structurés pour être soumis aux investisseurs.
Environ 1 000 participants sont attendus, dont 400 internationaux. Les organisateurs annoncent notamment la participation d’entreprises, de fonds d’investissement, d’institutions financières, de banques de développement et d’organisations patronales étrangères. La Russie, la Chine, la Türkiye, l’Inde, le Maroc, le Burkina Faso et le Niger ont été annoncés comme pays invités d’honneur.
Le secteur privé malien est particulièrement appelé à préparer ses projets. La diaspora doit, elle aussi, être associée à la démarche, à la fois comme source de capitaux, de compétences et de partenariats.
Faire valoir les atouts du Mali
La présentation de l’API-Mali a également été l’occasion de passer en revue les arguments économiques que les organisateurs comptent mettre en avant auprès des investisseurs. L’agriculture, l’agro-industrie, les mines, l’énergie, l’élevage, les infrastructures, le numérique, la santé et l’éducation figurent parmi les secteurs identifiés.
Ibrahim Ahamadou Touré a notamment évoqué un marché national de près de 25 millions d’habitants, élargi à près de 80 millions de consommateurs avec le Burkina Faso et le Niger dans l’espace de l’AES. Il a également mis en avant les terres arables, les ressources minières et la position géographique du pays.
Un autre enjeu, largement évoqué au cours de la conférence de lancement, concerne l’image du pays. Le Forum doit servir, selon ses promoteurs, à mieux faire connaître les opportunités existantes et à « changer le narratif » sur le Mali auprès des milieux économiques internationaux. Une plateforme numérique doit être lancée courant octobre pour les inscriptions, la présentation des projets et la programmation des rendez-vous entre participants.
Le privé en première ligne
Prenant la parole à la suite de la présentation de l’API-Mali, Moussa Alassane Diallo a officiellement lancé le processus d’organisation du Forum. Le ministre de l’Industrie et du Commerce a inscrit l’initiative dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et dans la volonté affichée d’accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale.
Il a notamment insisté sur la transformation locale des matières premières, citant le cas du coton. Alors que l’agriculture représente 32% du PIB, moins de 2% du coton sont actuellement transformés localement. « C’est là un paradoxe qu’il faut corriger », a-t-il déclaré.
Mais le ministre a surtout placé les opérateurs nationaux devant leurs responsabilités. « Le secteur privé malien sera au cœur de ce dispositif. C’est à lui de porter ses projets », a-t-il souligné, appelant également les banques, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers, les représentations diplomatiques et la diaspora à accompagner cette dynamique.
Après cette conférence de lancement, la préparation doit désormais entrer dans une phase de mobilisation accrue, qui se poursuivra jusqu’à la tenue du Forum en décembre. L’API-Mali prévoit ensuite un suivi sur plusieurs mois, avec un objectif clairement affiché : faire en sorte que les rencontres, les protocoles et les intentions annoncés au CICB débouchent sur des investissements effectivement réalisés.
Mohamed Kenouvi

De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain

Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.

Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.

C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.

J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.

Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.

Alger

Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.

Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.

Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.

J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.

Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.

C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.

Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.

À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.

Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.

Terrain

Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.

En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma : Ouatagouna au Mali, Ayerou au Niger et Markoye au Burkina Faso.

Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.

Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.

Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.

Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.

On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.

Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.

À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?

Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.

Sécurité

Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.

J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.

Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.

L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.

La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.

Négocier

C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.

Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.

Il fallait négocier.

Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.

Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.

L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.

Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.

Transmettre

La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.

L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.

Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.

Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.

Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.

Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.

Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.

Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.

Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.

Promotion

L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.

Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.

Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.

C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.

La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.

Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.

Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.

Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.

Repartir

Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.

Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.

Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.

Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.

Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.

Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.

J’en suis reparti avec une méthode.

Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.

Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.

C’est souvent là que commence la paix.

Massiré DIOP

Éliminatoires de la CAN 2027 : Le Mali face à ses premiers enjeux

Le Mali entame les éliminatoires de la CAN 2027 avec deux rendez-vous en quatre jours. Les Aigles reçoivent le Cap-Vert le 25 septembre à Bamako, avant de se déplacer au Liberia le 29 septembre.

Une nouvelle campagne s’ouvre pour les Aigles. Après sa nomination en juin dernier, Anthony Da Silva dirigera ses premiers matches officiels à la tête de la sélection malienne. Ces deux rencontres doivent permettre au technicien de poser les premières bases de son projet, mais surtout au Mali de prendre des points dès le début des éliminatoires.

Le regroupement a débuté le 21 septembre au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane-Traoré de Kabala, où les Aigles ont multiplié les séances collectives dès le lendemain. Pour cette entrée en matière, le sélectionneur s’appuie sur un groupe mêlant cadres habituels et nouveaux profils. Émile Doucouré, Adama Camara, Almamy Gory et Ange Martial Tia découvrent notamment la sélection.

Anthony Da Silva a toutefois dû revoir ses plans en attaque. Initialement convoqués, El Bilal Touré et Moussa Sylla ont déclaré forfait. Le premier a renoncé au rassemblement pour convenance personnelle, tandis que le second est retenu en Europe pour des raisons familiales.

Sékou Koïta et Mamadou Doumbia ont été appelés en renfort. Des cadres comme Djigui Diarra, Hamari Traoré, Amadou Haïdara, Aliou Dieng, Lassana Coulibaly, Kamory Doumbia et Lassine Sinayoko sont toutefois présents pour apporter leur expérience au groupe.

Six points en jeu

Face au Cap-Vert, l’objectif sera d’abord de réussir l’entrée en compétition à domicile.

Dans un groupe K également composé du Liberia et du Rwanda, chaque point pèsera lourd dans une campagne limitée à six journées. Les deux premières équipes du groupe décrocheront leur billet pour la phase finale.

Quatre jours plus tard, les Aigles changeront de décor avec un déplacement au Liberia. Ce deuxième rendez-vous donnera déjà davantage de consistance au bilan de cette première fenêtre internationale.

Cette double confrontation constituera également un premier révélateur pour Anthony Da Silva. Lors de la présentation de sa liste, le sélectionneur avait insisté sur le mérite, la régularité, le comportement et les performances en club comme critères de sélection. Place désormais au terrain pour un groupe très attendu.

Après ces deux journées, le Mali disputera un match amical contre la Tunisie, le 3 octobre à Radès. Les éliminatoires reprendront ensuite en novembre avec les troisième et quatrième journées, avant leur dénouement en mars 2027.

Mohamed Kenouvi

Défense collective : Trois ans après, quels résultats pour l’AES ?

Trois ans après la signature de la Charte du Liptako-Gourma, la défense collective de l’Alliance des États du Sahel (AES) prend forme. Force unifiée, commandement commun et coopération opérationnelle en constituent les acquis. Leur efficacité reste difficile à apprécier.

Le 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger signaient la Charte du Liptako-Gourma et plaçaient la défense collective au cœur de leur alliance. Trois ans plus tard, l’assistance mutuelle prévue par le texte s’appuie sur une Force unifiée et un état-major commun. L’installation de l’état-major à la Base aérienne 101 de Niamey, en novembre 2025, a précédé la remise de l’étendard consacrant le lancement officiel de la Force, le 20 décembre à Bamako.

Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, la coopération militaire a franchi un premier seuil. « Elle est passée d’une solidarité politique à la construction d’un instrument militaire commun », souligne-t-il. Composée de contingents des trois pays et appelée à intervenir dans l’espace confédéral, la Force unifiée en constitue l’élément central. En juillet, le Président nigérien Abdourahamane Tiani évaluait son effectif à 5 000 militaires et annonçait un objectif de 18 000 hommes.

L’analyste cite l’opération Yéréko 2, conduite du 24 février au 6 mars 2025 dans la région nigérienne de Tillabéri. Elle est, selon lui, « l’exemple le mieux documenté d’une opération conjointe ». Le commandement commun peut, ajoute-t-il, déployer ses unités sans solliciter, à chaque mouvement, l’accord préalable des états-majors nationaux. Cette latitude distingue la force des dispositifs régionaux antérieurs.

Une coopération élargie

Le rapprochement militaire touche la formation, la maintenance, les capacités aériennes et la planification. Le 7 avril 2026, onze aviateurs dont deux Maliens et des Burkinabè, ont reçu leurs attestations après quatre mois de formation au pilotage et à la maintenance du Mi-35. L’encadrement était malien et l’appareil fourni par le Burkina Faso. Le 10 juillet, les ministres de la Défense ont examiné à Ouagadougou le projet d’accord relatif au statut de la Force unifiée.

Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, y voit un changement d’approche. « Il existe une volonté plus ferme de la part des États d’être maîtres de leur propre destin », affirme-t-il. Les trois pays prennent davantage en charge leur sécurité, tout en conservant des partenariats extérieurs pour l’équipement et la formation. Il relève « davantage de coordination entre les États, notamment au sein des forces armées », dans la zone des trois frontières.

Cette organisation ne constitue pas encore une capacité militaire régionale pleinement intégrée. Yacouba Sogoré considère néanmoins que « la Force unifiée est aujourd’hui une réalité militaire et non plus seulement un projet politique ». Elle a permis, ajoute-t-il, « d’institutionnaliser la coopération entre les trois armées, de mettre en place un commandement commun et d’engager des opérations conjointes ». Yéréko 2 reste toutefois l’action tripartite d’ampleur la plus précisément documentée. Les informations publiques sur les autres engagements coordonnés ne permettent pas d’en dresser un bilan général.

Le défi de l’efficacité

Les contraintes persistent. Les trois armées sont fortement engagées sur leurs territoires. « L’AES dispose de mécanismes d’assistance, mais pas encore d’une réserve collective suffisamment disponible pour intervenir rapidement lorsqu’un des trois pays est confronté à une offensive majeure », explique Yacouba Sogoré. L’harmonisation des procédures, des doctrines et des règles d’engagement se poursuit. L’étendue du territoire complique aussi le renseignement, la logistique et les délais d’intervention.

Abdoulaye Tamboura insiste sur les moyens technologiques. « Il faut mettre l’accent sur les outils numériques, l’information satellitaire, la technologie, les drones et d’autres moyens destinés à appuyer les forces de défense et de sécurité », estime-t-il. Il privilégie la capacité de réaction des armées plutôt qu’une présence permanente sur chaque portion du territoire.

La prochaine étape consiste à rendre cette coopération permanente et rapidement mobilisable. Yacouba Sogoré fixe le cap : parvenir à « une capacité régionale intégrée, réactive et autonome », capable de produire du renseignement partagé, de planifier des opérations simultanées et de projeter des forces là où une crise survient. Après trois ans, l’AES possède les premiers éléments d’un outil commun. Les délais d’intervention, la continuité des opérations et la protection des populations permettront d’en apprécier les résultats.

Mohamed Kenouvi

FACEJ Sugu 5 : près de 3 milliards de FCFA accordés à 1 453 entreprises

La cinquième édition du FACEJ Sugu s’est ouverte mercredi 23 septembre à Bamako avec l’ambition de rapprocher les jeunes entrepreneurs des financements, des marchés et des partenaires. À la date du 15 septembre 2026, la coordination du programme faisait état de 1 453 entreprises financées pour près de 3 milliards de francs CFA.

Du 23 au 26 septembre, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ se transforme en vitrine de l’entrepreneuriat jeune au Mali. Environ 150 exposants accompagnés par le programme y présentent leurs produits et services dans des secteurs allant de l’agroalimentaire aux cosmétiques, en passant par la mode, l’artisanat, les services numériques et les solutions écologiques.
En plus de l’exposition, l’enjeu économique consiste surtout à permettre à ces jeunes entreprises de trouver des débouchés, de nouer des partenariats et de consolider leur accès au financement.
Les chiffres communiqués par la coordination du FACEJ donnent une idée de l’état d’avancement du dispositif. Au 15 septembre 2026, 1 453 entreprises avaient été financées pour près de 3 milliards de francs CFA, soit environ 97 % de la cible de 1 500 entreprises fixée pour la deuxième phase. Cette somme correspond aux financements déjà accordés et non à l’enveloppe globale de 17 milliards de francs CFA annoncée pour la période 2024-2027. Le programme indique aussi avoir formé 2 174 jeunes à l’entrepreneuriat et à la gestion, tandis que 1 536 plans d’affaires ont été validés par les comités de sélection. Plus de 822 millions de francs CFA ont par ailleurs été rétrocédés à 351 jeunes ayant correctement remboursé leurs crédits. Parmi ces bénéficiaires, 42 % sont des femmes.
Le financement repose notamment sur cinq institutions partenaires : la Banque nationale de développement agricole, Bank of Africa-Mali, Coris Bank International Mali, Cofina Mali et Kafo Jiginew. Pour la cheffe de mission du FACEJ II, Christine Kaboré Kayitesi, l’étape décisive ne consiste plus seulement à financer les jeunes, mais à les aider à transformer leurs projets en entreprises capables de durer. Derrière chaque entreprise exposée se trouve, a-t-elle rappelé, « un parcours parsemé d’embûches », mais aussi la capacité de « tenir debout, se réinventer et poursuivre l’effort ».
L’ambassadeur des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter, a également présenté l’accès au crédit comme l’un des principaux obstacles à l’entrepreneuriat des jeunes. « Un obstacle notamment pour les jeunes entrepreneurs est l’accès au crédit nécessaire au lancement de leur entreprise », a-t-il souligné, en présentant le FACEJ comme une réponse à cette difficulté.
Les femmes et l’économie verte
La deuxième phase du FACEJ accorde une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin et aux activités respectueuses de l’environnement. D’après les données présentées lors de la cérémonie, 574 entreprises portées par des femmes ont déjà obtenu 1,9 milliard de francs CFA de financements. Elles représentent environ 39,5 % de l’ensemble des entreprises financées.
La responsable du programme a insisté sur ce choix, estimant que l’avenir économique du Mali « ne peut se construire sans toutes ses forces vives, en particulier les jeunes femmes ».
Le dispositif entend également renforcer les activités liées à la transition écologique. Au 15 septembre, 267 jeunes porteurs de projets verts ou de verdissement avaient bénéficié de financements à hauteur de 1,3 milliard de francs CFA. Le programme a aussi formé 80 jeunes à l’innovation agricole et 21 aux installations solaires, tandis que 52 autres ont été accompagnés dans la conception de solutions vertes. Les montants consacrés aux entreprises féminines et aux projets verts ne s’additionnent pas nécessairement, une entreprise portée par une femme pouvant également relever de l’économie verte.
Cette orientation se traduit dans la foire par la « Green Tech City », un espace réservé aux innovations environnementales.
Pour la ministre de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, l’objectif est de faire émerger un entrepreneuriat « productif, innovant, responsable et créateur de valeur ».
Elle a également plaidé pour le passage « d’une logique de simple activité économique à une véritable dynamique de chaîne de valeur », associant producteurs, transformateurs, prestataires, financiers, distributeurs et consommateurs.
Transformer les contacts en marchés
C’est sur cette transformation que repose l’intérêt économique de la cinquième édition du FACEJ Sugu. La ministre a invité les exposants à profiter des quatre journées pour rechercher des clients, des partenaires et de nouveaux marchés.
« Le véritable succès d’une telle initiative ne se mesure pas uniquement au nombre de visiteurs ou de stands. Il se mesure à ce qui restera après la foire : les relations créées, les marchés conclus, les entreprises renforcées, les investissements mobilisés et les emplois générés », a-t-elle déclaré.
Les rencontres entre entreprises, les échanges avec les institutions financières, les chambres consulaires et les structures d’accompagnement doivent aider les exposants à transformer les contacts établis pendant la foire en contrats, financements et débouchés. Le représentant du Danemark a rappelé que le partenariat vise à permettre aux jeunes « de créer leurs activités, de développer leurs entreprises et de construire leur avenir ici au Mali ».
La dimension territoriale occupe également une place importante. Les entreprises présentes viennent notamment de Bamako, Kita, Sikasso, Ségou, Bougouni, Koutiala, Mopti, Tombouctou, San et Djenné.
Une fois les stands démontés, l’essentiel se jouera dans la capacité de ces entreprises à conserver les contacts noués, à décrocher des marchés, à accéder durablement au crédit et à créer des emplois.

Map Action : Signaler un risque environnemental en langues nationales

Signaler une inondation, un dépôt sauvage ou un point d’eau pollué est difficile lorsque le dispositif impose de savoir lire et écrire en français. La startup malienne Kaicedra adapte désormais sa plateforme Map Action pour permettre aux habitants de transmettre ces alertes vocalement dans les langues nationales.

Map Action n’est pas une application entièrement nouvelle. Développée depuis plusieurs années, elle permet déjà de photographier un problème environnemental, de le géolocaliser et de l’enregistrer sur une carte numérique. Les signalements peuvent concerner notamment les déchets, les inondations ou des caniveaux obstrués. L’application peut fonctionner hors connexion, puis les informations sont organisées pour être consultées par les structures concernées.

L’évolution engagée en 2026 porte surtout sur l’accès au service. Selon Boubacar Keita, fondateur de Kaicedra, les premiers usages ont montré que la principale difficulté n’était ni la photographie ni la localisation, mais la description écrite du problème. Pour une partie des utilisateurs, devoir rédiger en français constituait un obstacle.

Parler plutôt qu’écrire

Le nouveau dispositif prévoit une ligne téléphonique gratuite permettant de décrire oralement un incident dans une langue locale. L’intelligence artificielle extrait les principales informations du message avant une vérification par un opérateur humain et leur transmission aux autorités locales. Le bambara fait partie des langues sur lesquelles travaille l’équipe.

La difficulté technique tient notamment au faible volume de données numériques disponibles dans certaines langues nationales. Pour entraîner et évaluer correctement les modèles, Kaicedra doit constituer des données adaptées aux expressions utilisées pour décrire des risques environnementaux au Mali.

La plateforme associe également les signalements citoyens à des cartes ouvertes et à l’imagerie satellitaire. Des outils d’apprentissage automatique servent à classer les alertes et à repérer les zones nécessitant une attention particulière. Lors de précédents tests, 60 étudiants et jeunes chercheurs avaient utilisé une version beta de l’application pour documenter des problèmes dans leurs quartiers.

Le passage à une utilisation plus large est en cours. Un atelier national a réuni des représentants d’institutions provenant des 19 régions et du District de Bamako avant le déploiement. Les échanges ont notamment fait ressortir un besoin de formation dans les régions.

Le dispositif ne s’arrête donc pas au signalement. Pour être réellement utiles, les alertes transmises doivent être prises en charge rapidement par les services concernés. L’objectif est de permettre aux habitants de faire remonter un problème plus facilement et d’aider les autorités à intervenir plus vite lorsqu’une situation l’exige.

Pr Fana Tangara : « Nous avons besoin de cadres bien formés et bien équipés »

La deuxième édition du Salon de la rentrée universitaire, tenue du 17 au 19 septembre au Parc des expositions, s’inscrit dans « Mali Kura, vision 2063 ». Le Pr Fana Tangara, Directeur général de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, explique la place du secteur dans cette orientation.

Pourquoi organiser ce salon et quel est son principal objectif ?

Le salon a été organisé pour offrir au peuple malien un espace d’échanges, de partage et de découverte entre les acteurs de l’Enseignement supérieur. Les étudiants peuvent y trouver des informations sur les offres de formation, mieux s’orienter et choisir leur filière avant la préinscription. Les établissements publics et privés y présentent leurs formations, leurs résultats de recherche et leurs savoir-faire. Les entreprises sont également invitées à échanger avec le monde universitaire afin de rapprocher les formations des possibilités d’emploi.

Que représente « Mali Kura, vision 2063 » pour l’Enseignement supérieur ?

Cette vision doit permettre à chacun de contribuer au développement de la Nation. Le Président de la Transition a décrété 2026 – 2027 « Année de l’Éducation et de la Culture ». Dans ce cadre, l’Enseignement supérieur a décidé de mener une série d’activités afin de jouer pleinement son rôle dans le développement économique, social et culturel du pays. Nous avons besoin de capital humain, donc de formations adéquates et de cadres bien formés et bien équipés.

Comment rapprocher davantage l’université et le monde de l’emploi ?

Les entreprises peuvent présenter leurs offres d’emploi et échanger avec les établissements et les apprenants. L’objectif est qu’ensemble nous puissions mieux définir les offres de formation, afin que les apprenants puissent trouver, à leur sortie, des postes correspondant aux formations effectuées.

Quelle ambition portez-vous pour les prochaines éditions ?

Nous souhaitons que cette activité devienne pérenne et que chaque année, à la veille de la rentrée universitaire, nous puissions nous retrouver. Ce rendez-vous doit permettre d’échanger et de prendre des décisions pour le développement de l’Enseignement supérieur au Mali.

Quel message adressez-vous aux différents acteurs ?

Je demande une forte mobilisation. Les élèves qui n’ont pas encore le baccalauréat doivent venir découvrir les possibilités qui pourront s’offrir à eux. Les nouveaux bacheliers doivent venir poser leurs questions pour mieux s’orienter. Les établissements publics et privés, à Bamako comme à l’intérieur du pays, doivent présenter leurs offres. Les entreprises doivent aussi être présentes pour échanger avec le monde universitaire, dans l’intérêt des apprenants et du développement du pays.

CECOGEC : Investir dans la durée

La modernisation de la salle d’opérations du Centre de coordination et de gestion des crises constitue une avancée importante. Pouvoir centraliser plusieurs dizaines de flux vidéo, suivre certaines interventions, traiter les appels d’urgence et étendre la couverture à plusieurs régions renforce les capacités de réaction face aux situations sensibles.

Cet investissement mérite d’être salué. Mais, dans ce domaine, il est important de préciser que la qualité des équipements ne suffit pas. Une salle moderne n’a de valeur que si elle reste opérationnelle dans le temps, avec du personnel formé, des procédures claires et une maintenance assurée régulièrement.

Les crises n’attendent pas que les systèmes soient disponibles. Elles imposent des équipements fonctionnels, une circulation rapide de l’information et une coordination efficace entre les services concernés. Il faut ainsi penser dès maintenant à l’entretien régulier du matériel, au renouvellement des logiciels, à la formation continue des agents et à la disponibilité des pièces nécessaires en cas de panne.

La protection des données mérite également une attention particulière. Plus les informations centralisées sont nombreuses, plus leur sécurisation devient essentielle. Du coup, les modalités d’accès, de conservation et d’utilisation doivent être encadrées avec rigueur.

Il ne s’agit pas de minimiser l’importance de la modernisation engagée. Au contraire, il faut lui donner toutes les chances de produire les résultats attendus. L’État gagnerait à inscrire ce type d’équipement dans une véritable politique de suivi, avec des responsabilités clairement définies et des évaluations régulières.

Dans la gestion des crises, la technologie peut faire gagner un temps précieux. Encore faut-il qu’elle fonctionne bien lorsque l’urgence survient.

Enseignement secondaire : le privé largement majoritaire

En 2023, 58 % des élèves régulièrement orientés après le DEF avaient rejoint le privé. À quelques jours de la rentrée du 1er octobre 2026, la reprise des autorisations d’ouverture, le poids des orientations et les exigences de contrôle replacent au premier plan la capacité de l’État à réguler un secteur privé devenu indispensable.

À l’approche de la rentrée 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale a multiplié les rencontres avec les acteurs de l’école. Le 15 septembre, les syndicats ont notamment soulevé la disponibilité des enseignants, la sécurité des établissements, les écoles fermées et l’état d’avancement des orientations des admis au Diplôme d’études fondamentales (DEF). Le lendemain, le ministre a reçu d’autres partenaires, parmi lesquels les associations de parents d’élèves et plusieurs organisations de promoteurs d’écoles privées.

Le poids du privé n’est plus marginal. En 2022-2023, le Fondamental II comptait 3 298 établissements privés sur 5 884, soit 56,1 %. Au secondaire général, 1 169 établissements étaient privés contre 86 publics, soit 93,1 % des 1 255 structures recensées. Dans la filière technique et professionnelle, 717 des 745 écoles recensées en 2023 étaient privées, contre 26 publiques, auxquelles s’ajoutaient le Centre de formation professionnelle militaire de Bapho et le CERFILTEX de Ségou, qui assurent également des formations de niveau CAP et BT.

Cette présence se retrouve dans les orientations. En 2023, sur 72 688 élèves réguliers orientés après le DEF, 29 900 l’avaient été vers le public, soit 42 %, contre environ 41 000, soit 58 %, vers le privé. Pour l’Association des parents d’élèves du Mali, la proportion est trop importante et pose, au-delà de l’accès, les questions du coût supporté par l’État, de la qualité de l’enseignement et du respect des normes. Pour 2026-2027, les orientations étaient encore en cours de finalisation à la mi-septembre.

Accalmie

À partir de 2021, la délivrance de nouveaux arrêtés d’ouverture d’écoles privées avait été suspendue dans un contexte de contrôles et d’irrégularités relevées dans le secteur. La signature des arrêtés a repris en décembre 2025. Depuis, elle a concerné plus de 50 établissements du secondaire général, sept du fondamental et deux du préscolaire, selon les informations publiées après la décision d’août 2026.

Le 20 août, le ministère a franchi une autre étape en levant la mesure de verrouillage qui frappait des établissements privés d’enseignement secondaire. Plus de 200 structures ont ainsi retrouvé la possibilité d’accueillir des élèves orientés par l’État. Cette décision n’efface toutefois pas les exigences réglementaires : les établissements qui demeurent en situation de non-conformité disposent de 18 mois pour régulariser leur situation. À l’expiration de ce délai, ils s’exposent aux sanctions prévues par les textes.

Ce retour à une situation plus ouverte intervient après plusieurs années de fortes interrogations sur le financement du privé. Selon les paiements retracés par la Direction générale du Budget et cités par l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), l’État a versé 196,096 milliards de francs CFA aux établissements privés de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel entre les années scolaires 2017-2018 et 2020-2021, soit une moyenne annuelle de 49,023 milliards. L’OCLEI avait également recensé 1 077 écoles secondaires privées fonctionnant avec des arrêtés qu’il qualifiait de « présumés faux ». Parmi elles, 236 avaient reçu 15,565 milliards de francs CFA de subventions sur la période.

Pour Ousmane Almoudou Touré, responsable de la Synergie des syndicats signataires du 15 octobre 2016, le déverrouillage constitue une bonne chose après les différends liés notamment au financement des bourses et demi-bourses des élèves orientés dans le privé. « Le privé est massivement présent » dans le secondaire, rappelle-t-il. Toute rupture durable avec ces établissements toucherait directement des enfants qui « ont droit à l’éducation », qu’ils fréquentent le public ou le privé.

Garder le contrôle

Cette dépendance ne dispense pas l’État de contrôler. Ousmane Almoudou Touré estime que la question se pose d’abord en termes de carte scolaire. Il juge « inadmissible de ne pas avoir une carte scolaire » suffisamment appliquée pour organiser l’implantation des établissements et éviter une concentration des écoles dans certaines zones alors que d’autres restent insuffisamment couvertes. Pour lui, l’existence d’écoles privées est prévue par la loi, mais leur développement doit rester encadré.

Les contrôles ont déjà montré que le problème ne tient pas seulement au nombre d’établissements. Une vérification du Bureau du Vérificateur général, portant sur les années scolaires 2017-2018 à 2021-2022 dans le District de Bamako et le chef-lieu du cercle de Kati, a établi que 1 850 élèves initialement orientés dans le public avaient été transférés irrégulièrement vers des établissements privés. Les subventions correspondantes se sont élevées à 257,36 millions de francs CFA. La même mission a relevé que 19 des 32 établissements visités ne remplissaient pas les critères d’éligibilité pour recevoir des élèves orientés par l’État. ([SGG Mali][7])

Pour le responsable syndical, le développement du privé ne doit pas faire de l’école « juste du commerce ». Le service public de l’éducation reste chargé de former les ressources humaines dont le pays a besoin. Construire davantage d’établissements publics, recruter et mieux répartir les enseignants, tout en travaillant avec les structures privées qui respectent les règles, constitue selon lui le moyen d’éviter que l’État ne « perde la main ».

La disponibilité du personnel reste justement l’une des préoccupations de cette rentrée. Lors de la rencontre du 15 septembre, les syndicats ont évoqué l’adéquation entre les besoins des établissements et les ressources humaines disponibles, le redéploiement des enseignants détenteurs d’une licence, ainsi que plusieurs difficultés liées aux conditions d’exercice. Le ministère assure avoir engagé des actions pour améliorer l’utilisation des ressources et des infrastructures et permettre le respect du calendrier scolaire.

Attentes

Le climat social complète cette équation. Le 2 mai 2026, les syndicats signataires du 15 octobre 2016 avaient retiré leur préavis de grève de 72 heures après les événements sécuritaires du 25 avril. Ils avaient toutefois indiqué qu’un nouveau mouvement restait possible si les revendications demeuraient sans réponse. Parmi les dossiers toujours cités figurent l’application d’engagements relatifs à la prime spéciale des enseignants, la situation des détenteurs de licence et la formation à l’ENSup.

Ces attentes se heurtent aussi au besoin d’élargir l’offre publique. La période 2026-2027 a été déclarée « Année de l’Éducation et de la Culture ». En janvier, les autorités ont annoncé un programme d’investissement de 130 milliards de francs CFA comprenant notamment 26 lycées ordinaires, deux lycées d’excellence, neuf instituts de formation professionnelle, cinq instituts de formation des maîtres et la réhabilitation de 22 établissements. En juillet, le gouvernement a ratifié un accord de prêt de 48 milliards de francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement pour une première phase de construction, de rénovation et d’équipement d’infrastructures scolaires, principalement au secondaire, avec un volet consacré au supérieur.

Cette rentrée intervient enfin dans un contexte où une partie importante du réseau scolaire reste hors service. À fin avril 2026, le Cluster Éducation recensait 2 444 écoles non fonctionnelles, privant 733 200 élèves de cours et affectant 14 664 enseignants. Insécurité, déplacements de populations, attaques contre des villages, destructions d’infrastructures et inondations figurent parmi les causes recensées. À la mi-septembre, le ministère communiquait encore le même total de 2 444 établissements, alors présenté comme concernant le fondamental dans le centre du pays. Il s’agit donc du même ordre de grandeur, mais pas d’un nouveau comptage détaillé arrêté en septembre.

À quelques jours de l’ouverture des classes, la question n’est donc plus de savoir si le privé a une place dans le système : il l’occupe déjà largement au secondaire. Pour l’État, il s’agit désormais de contrôler les établissements, mieux encadrer les orientations, renforcer son offre propre et faire respecter les règles sans fragiliser la scolarité des élèves qui dépendent du privé.

Prisons : la politique nationale 2026-2030 approuvée

Le gouvernement a adopté le décret approuvant la Politique nationale pénitentiaire et son plan d’actions. Cette décision intervient dans un système qui comptait 10 773 détenus à la fin de 2023, dont 71,7 % en détention provisoire.

Le gouvernement malien a approuvé, vendredi 18 septembre, la Politique nationale pénitentiaire et son plan d’actions 2026-2030. Le décret a été adopté en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme.
Selon le communiqué officiel, une communication écrite consacrée à cette politique avait été présentée au Conseil des ministres le 12 août. Le gouvernement explique que le document doit servir de référence à l’administration pénitentiaire dans le respect des normes nationales et internationales.
Le communiqué du 18 septembre ne présente pas le contenu détaillé du plan. Il ne précise ni son coût, ni les actions retenues, ni les établissements concernés en priorité. Les objectifs annuels et les administrations responsables de chaque activité n’y figurent pas non plus.
D’après le World Prison Brief, qui reprend les chiffres de la Commission nationale des droits de l’Homme, les établissements pénitentiaires maliens comptaient 10 773 détenus au 29 décembre 2023.
Les personnes en détention provisoire représentaient 71,7 % de la population carcérale. Près de trois détenus sur quatre attendaient donc leur jugement ou une décision définitive de la justice.
Cette donnée distingue les prévenus et les inculpés des personnes condamnées. Les premiers restent présumés innocents et sont détenus pendant la procédure judiciaire. Les seconds exécutent une peine prononcée par une juridiction.
Le World Prison Brief recensait 60 établissements pénitentiaires en 2022. Les données publiques disponibles ne fournissent pas un état actualisé de la capacité d’accueil de chacun de ces établissements.
La situation particulière des femmes
Selon la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, citée dans un rapport de l’Association pour la prévention de la torture, 370 femmes étaient incarcérées au Mali à la fin de 2023. Elles représentaient 3,43 % de la population carcérale.
Parmi ces femmes, 224 se trouvaient en détention provisoire et 146 avaient été condamnées. La Commission nationale des droits de l’Homme avait également recensé, en avril 2023, 22 femmes vivant en détention avec leurs enfants.
Le rapport indique qu’un seul établissement était exclusivement réservé aux femmes, le Centre de détention, de rééducation et de réinsertion de Bollé. Les autres détenues étaient réparties dans des unités pour femmes au sein d’établissements mixtes.
L’Association pour la prévention de la torture relevait aussi le manque de personnel médical dans certains lieux de détention. Ses observations portaient notamment sur l’accès aux médicaments, la santé mentale, l’état des registres médicaux et les conditions de fouille.
Le document recommandait le recrutement de davantage d’agentes pénitentiaires, l’aménagement d’espaces pour les femmes accompagnées d’enfants et la mise en place d’activités de formation professionnelle.
Des conditions déjà documentées
Dans son rapport publié en septembre 2024, l’Association pour la prévention de la torture décrit un système marqué par la surpopulation, la précarité des conditions de détention et l’inadaptation de certaines infrastructures.
L’organisation relie également la forte présence de prévenus à la lenteur des procédures judiciaires. Elle souligne que les personnes en attente de jugement sont plus nombreuses que les détenus condamnés.
La Commission nationale des droits de l’Homme exerce le mandat de mécanisme national de prévention de la torture. D’après le même rapport, ce mécanisme ne disposait pas, en 2024, de ressources humaines propres suffisantes pour accomplir l’ensemble de ses missions de contrôle.
Les normes internationales auxquelles se réfère le gouvernement comprennent les Règles Nelson Mandela des Nations unies. Elles portent notamment sur l’hébergement, l’hygiène, l’alimentation, l’accès aux soins, la discipline, les contacts avec les familles, le travail et la préparation de la libération.
L’adoption du décret du 18 septembre rend officielle la Politique nationale pénitentiaire pour la période 2026-2030. À ce stade, les informations rendues publiques établissent son objectif général et sa durée. Le plan d’actions détaillé, son budget et ses indicateurs de suivi restent à publier.
Massiré Diop

Loulo-Gounkoto : plusieurs préavis convergent vers le 28 septembre

Des travailleurs des sociétés exploitant le complexe aurifère, du prestataire Food & Events Africa et de l’administration minière annoncent des arrêts de travail entre le 28 septembre et le 2 octobre. Les calendriers et les revendications doivent être distingués.

Plusieurs organisations syndicales ont déposé des préavis susceptibles de perturber, à partir du 28 septembre, les activités du complexe aurifère de Loulo-Gounkoto et de certains services de l’administration minière.
Les documents consultés par Reuters concernent plusieurs employeurs. Ils ne correspondent donc pas à un mouvement unique conduit autour d’une plateforme commune.
Les syndicats de la Société des mines de Loulo, ou SOMILO, et de Gounkoto SA annoncent chacun une grève de quatre jours, du lundi 28 septembre au jeudi 1er octobre. Ils reprochent à leurs directions de ne pas avoir apporté de réponse satisfaisante à des revendications soumises en février.
Les demandes citées portent notamment sur le remboursement de frais de mission et l’application d’accords professionnels. Le contenu intégral des cahiers de doléances et les réponses écrites des directions n’ont pas encore été rendus publics.
Chez Food & Events Africa, entreprise chargée de la restauration et de services d’appui sur les sites, le préavis couvre cinq jours, du 28 septembre au 2 octobre. Les représentants des travailleurs réclament l’application d’accords concernant les heures supplémentaires, les avantages et les conditions sociales.
Un autre préavis concerne la Direction nationale de la géologie et des mines ainsi que d’autres structures de l’administration minière. L’arrêt annoncé doit durer 72 heures, du 29 septembre au 1er octobre. Les revendications portent sur des salaires, des indemnités et des primes liées au secteur minier.
Ces tensions sociales interviennent pendant la remise en activité de Loulo-Gounkoto. Le complexe a traversé en 2025 un conflit prolongé entre l’État malien et Barrick autour de la fiscalité et de l’application du nouveau cadre minier.
Un accord annoncé le 24 novembre 2025 prévoyait le règlement des contentieux, l’abandon de la procédure d’arbitrage engagée par Barrick, la libération d’employés détenus et le retour du contrôle opérationnel à la société minière.
La reprise de la production est restée progressive. Selon les chiffres de Barrick rapportés par Reuters, Loulo-Gounkoto a produit environ 190 000 onces d’or pendant le premier semestre de 2026, un niveau inférieur à celui enregistré avant le conflit.
La situation de l’emploi a également changé. En mai, des sources citées par Reuters indiquaient que Gounkoto Mining Services, important sous-traitant du complexe, préparait son retrait et avait adressé des lettres de fin de contrat à plus de 600 travailleurs. Barrick et la maison mère du prestataire n’avaient alors pas commenté ces informations.
La succession d’une suspension d’activité, d’une administration provisoire, d’une reprise graduelle et de réductions d’effectifs explique la sensibilité des relations professionnelles. Les salariés cherchent à faire appliquer des engagements portant sur leurs revenus et leurs conditions de travail, tandis que les entreprises doivent rétablir la production et maîtriser leurs charges.
Des effets différents selon les services
La portée d’une grève dépendra du nombre de travailleurs qui suivront le mot d’ordre et des services maintenus. L’extraction, le traitement du minerai, l’entretien, la restauration, le transport et la sécurité ne sont pas affectés de la même manière.
Une interruption de quelques jours peut ralentir la production, reporter des opérations de maintenance ou augmenter certains coûts. Son effet précis dépend des stocks de minerai disponibles, de l’organisation des équipes et des activités considérées comme indispensables pour sécuriser les installations.
Le préavis de Food & Events Africa touche des fonctions d’appui. Même lorsque ces agents n’interviennent pas directement dans l’extraction, la restauration et la logistique conditionnent la présence durable des équipes sur un site minier éloigné.
Le mouvement annoncé dans l’administration minière répond à des revendications distinctes. Son incidence éventuelle concernera les dossiers traités par les services participants. Le périmètre exact, les bureaux touchés et les dispositions de continuité restent à préciser.
Le rapprochement des calendriers peut donner l’impression d’une grève générale du secteur. Les documents disponibles décrivent plutôt plusieurs conflits sociaux qui se dérouleraient pendant la même semaine.
Une semaine pour négocier
Reuters indiquait vendredi que Barrick et le ministère des Mines n’avaient pas répondu à ses demandes de commentaires. Aucun accord public mettant fin aux préavis n’avait été annoncé lundi matin.
Les négociations devront établir séparément les engagements pris par chaque employeur, les sommes éventuellement dues, le calendrier de paiement et les dispositions contestées. La publication d’un relevé de conclusions permettrait aux travailleurs de connaître précisément les mesures acceptées et leurs échéances.
Les services du travail peuvent faciliter la conciliation et vérifier la conformité des préavis ainsi que l’application des accords collectifs. La sécurité des personnes et des équipements devra également être organisée si les mouvements commencent.
L’enjeu dépasse la seule quantité d’or produite pendant quelques journées. Loulo-Gounkoto se trouve dans une phase de rétablissement après un conflit qui a affecté la production, l’emploi et les relations entre l’État et l’entreprise. Une solution durable demande donc des engagements professionnels assez précis pour être vérifiés après la reprise du travail.
Les prochaines informations décisives seront les résultats des discussions, le maintien ou la levée de chaque préavis et les services concernés à partir du 28 septembre.
Massiré Diop

Visas chinois : vers une reprise à Bamako

Les autorités maliennes et chinoises recherchent une solution aux difficultés récemment rencontrées par les opérateurs économiques maliens dans l’obtention de visas pour la Chine. Une séance de travail tenue le mercredi 16 septembre 2026 a permis d’examiner des mesures destinées à favoriser une reprise rapide des services consulaires chinois à Bamako.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, et celui de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, ont conduit les échanges avec l’ambassadeur de Chine au Mali, Li Xiang. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements (API-Mali), ainsi que des représentants des organisations du secteur privé et des services chargés du commerce ont également participé à la rencontre.
Cette réunion intervient à la suite de la suspension temporaire de la délivrance des visas par la section consulaire de l’ambassade de Chine à Bamako. Dans un avis publié le 3 septembre, la représentation diplomatique chinoise avait annoncé une réorganisation temporaire de ce service.
Depuis le 15 septembre, les demandes de visa introduites par les ressortissants maliens sont orientées vers les représentations diplomatiques chinoises au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Maroc.
Cette situation complique directement la mobilité des hommes d’affaires maliens. Pour les importateurs, les commerçants et les autres opérateurs travaillant avec des partenaires chinois, les déplacements sont souvent indispensables à la négociation des contrats, au suivi des commandes, à la recherche de fournisseurs et au développement de nouvelles relations commerciales.
Face à ces difficultés, les autorités maliennes ont engagé des discussions avec la partie chinoise afin d’en limiter les conséquences sur le secteur privé. L’objectif est de faciliter la reprise des déplacements professionnels et de préserver la continuité des échanges entre les deux pays.
Les discussions ont permis aux deux parties de convenir de la recherche de solutions techniques alternatives et pragmatiques. Selon le communiqué publié à l’issue de la rencontre, ces mesures doivent favoriser une reprise « effective et rapide » des services consulaires chinois à Bamako.
Fluidifier les échanges
La question des visas touche plus largement aux relations commerciales entre le Mali et la Chine. Le pays asiatique constitue un partenaire important pour les entreprises maliennes, notamment dans l’importation de marchandises et d’équipements, les infrastructures et les investissements.
Pour le Mali, la facilitation de la mobilité des opérateurs économiques représente donc un moyen de maintenir les échanges et de permettre au secteur privé de développer ses partenariats avec les entreprises chinoises.
La rencontre souligne également les conséquences que peuvent avoir les procédures administratives sur le fonctionnement des entreprises. Les autorités maliennes entendent ainsi poursuivre les échanges avec leurs partenaires chinois afin de réduire les obstacles susceptibles de ralentir les activités économiques.
Les prochaines étapes porteront sur la mise en œuvre des solutions retenues par les deux parties. Leur portée dépendra notamment de la rapidité de leur déploiement et de leur accessibilité pour les opérateurs économiques maliens concernés.
Joseph Amara Dembélé

FACEJ SUGU 5 : la jeunesse entreprend

La cinquième édition de la Foire des jeunes entrepreneurs du Mali, dénommée FACEJ SUGU, a été officiellement lancée le vendredi 18 septembre, dans les locaux du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Prévue du 23 au 26 septembre au Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ, cette rencontre ambitionne de valoriser les résultats du FACEJ II et de renforcer la dynamique entrepreneuriale des jeunes au Mali, dans un contexte où l’accès à l’emploi demeure une préoccupation majeure.

Le lancement a été annoncé au cours d’un point de presse présidé par le secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. La cheffe de mission du FACEJ II, Mme Christine Kaboré Kayitesi, des représentants des bailleurs de fonds, des partenaires techniques et financiers ainsi que des entrepreneurs ont également pris part à la rencontre. Le Fonds d’appui à la création d’entreprise par les jeunes (FACEJ II) vise à renforcer l’autonomisation économique des jeunes à travers la création et le développement d’entreprises durables, notamment dans le domaine de l’économie verte. Dotée d’un budget de 17 milliards de FCFA pour la période 2024-2027, cette deuxième phase prévoit de soutenir 1 500 entreprises à Bamako, Ségou, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, Mopti, Dioïla, Koutiala et San, a indiqué le secrétaire général dans son allocution d’ouverture.
Au 31 août 2026, 1 435 entreprises avaient déjà bénéficié d’un financement. Parmi elles, 39 % sont dirigées par des femmes, tandis que 280 projets relevant de l’économie verte ont été accompagnés. Placée sous le thème « De l’idée à l’entreprise : la jeunesse au cœur de l’entrepreneuriat au Mali », cette cinquième édition réunira plus de 150 exposants. Au programme figurent des ventes de produits, des rencontres interentreprises, des séances de réseautage et des échanges avec des institutions financières.
Des financements qui changent d’échelle
Partenaire du FACEJ depuis sa première phase, la Banque nationale de développement agricole (BNDA) indique avoir financé 892 projets de jeunes dans le cadre du FACEJ I et 695 autres au titre du FACEJ II. Au total, 1 587 entreprises ont ainsi été accompagnées pour un montant supérieur à 3 milliards de FCFA. Selon Hamadoun Ousmane Bocoum, directeur du Pôle Exploitation commerciale de la BNDA, le mécanisme de partage des risques facilite l’accès au crédit pour des entrepreneurs qui ne disposent pas toujours des garanties habituellement exigées par les banques. Les bénéficiaires du programme peuvent notamment accéder à des financements au taux annuel de 8 %, contre 10 à 11 % pour des crédits comparables accordés en dehors du dispositif. Pour les jeunes entrepreneurs, toutefois, l’apport du FACEJ ne se limite pas au financement : il comprend également un suivi de proximité et un accompagnement assuré par des bureaux de facilitation comme CASA.
Fatimata Traoré, promotrice de TEEM House, une entreprise spécialisée dans la transformation des matières premières agricoles maliennes, explique que l’appui reçu lui a permis d’acquérir de nouveaux équipements, notamment des installations fonctionnant à l’énergie solaire. Ce soutien a également contribué à augmenter sa capacité de production et à mieux structurer son activité. « Financer une entreprise lui permet d’avancer, mais l’accompagner et renforcer ses compétences lui permettent de devenir pérenne », a-t-elle souligné.
Son ambition est désormais de développer des produits locaux capables de conquérir les marchés national et international, tout en contribuant à réduire les pertes post-récolte et à créer des emplois au profit des jeunes et des femmes.
Madi Diaby, gérant d’I KATCHI Express, une entreprise spécialisée dans les services de livraison, a lui aussi insisté sur l’importance du suivi. Grâce au financement obtenu, son entreprise a pu acquérir de nouvelles motos, acheter un véhicule de livraison et s’installer dans des locaux plus spacieux.
« Le financement nous a permis d’acquérir de nouvelles motos et un véhicule de livraison », a-t-il expliqué. Il estime que le suivi régulier assuré par le FACEJ aide également les bénéficiaires à se fixer des objectifs précis et à mieux organiser leurs activités. I KATCHI Express ambitionne désormais de recruter davantage de jeunes et de diversifier ses services.
L’accompagnement comme levier
Partenaire du FACEJ depuis 2019, le bureau de facilitation CASA indique avoir accompagné 159 entrepreneurs au cours des deux phases du programme, contribuant ainsi à la création ou à la consolidation de 733 emplois. Selon Drissa Gnamba, représentant de CASA, le dispositif affiche un taux de remboursement de 92 % et un taux de survie des entreprises de 83 %. L’accompagnement couvre notamment l’identification des porteurs de projets, leur formation, la gestion financière, l’accès au financement et le suivi technique des entreprises. Durant les quatre jours de la foire, FACEJ SUGU 5 proposera également un espace « Green Tech City », composé de 15 stands consacrés aux solutions écologiques, un « grin des femmes » dédié à l’entrepreneuriat féminin, des panels thématiques ainsi qu’un défilé de mode.
Les organisateurs entendent surtout faire de cette foire un véritable espace de promotion et de commercialisation. Les visiteurs pourront acheter directement les produits des bénéficiaires et participer à une tombola quotidienne pour tout achat d’un montant minimum de 5 000 FCFA. L’enjeu est désormais de transformer le financement et l’accompagnement en un véritable tremplin vers des entreprises plus solides, créatrices d’emplois et capables de s’imposer durablement sur leurs marchés.
Joseph Amara Dembélé

Bréhima Ely Dicko : « Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte »

La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, a confirmé le rapprochement et débouché sur la proposition d’équipes thématiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie, les transports, l’énergie, les bourses universitaires et la recherche. Le sociologue Bréhima Ely Dicko explique comment cette volonté politique peut produire des résultats durables et perceptibles par les populations.

Dans un Sahel où les relations entre États restent dominées par la sécurité, comment sortir les partenariats de cette seule logique ?

Désécuriser les partenariats ne signifie pas ignorer les menaces. Il s’agit de les sortir d’une logique de blocs et de rivalités pour les ramener aux services rendus aux populations. Le Mali évolue dans un « pluralisme partenarial contraint » où plusieurs offres se croisent. Le principal risque est la « balkanisation des alignements », avec un domaine de souveraineté confié à chaque partenaire. Une diplomatie de l’utilité doit plutôt apprécier chaque coopération selon trois critères : la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Quels résultats permettraient aux populations de percevoir de véritables « dividendes de paix » ?

Ces dividendes doivent être visibles dans la vie quotidienne. La première priorité est de formaliser et de sécuriser le commerce transfrontalier, notamment par des zones de commerce intégré. Pour le citoyen, l’intégration se mesure au prix du sac de riz et à la fluidité du passage. Il faut aussi désenclaver le Nord du Mali et le Sud algérien grâce aux infrastructures de connexion. Une route, une fibre optique ou une ligne électrique donnent une réalité concrète à la coopération.

Quelle place le capital humain doit-il occuper dans cette relance ?

Il représente l’investissement de long terme. La relance des bourses, des échanges universitaires, de la reconnaissance des diplômes et de la coopération sanitaire rapproche directement les deux sociétés. Les étudiants, les chercheurs et les professionnels de santé deviennent alors des acteurs de la coopération. La relation gagne ainsi une assise humaine qui dépasse les rencontres entre responsables politiques.

Comment transformer la frontière commune en espace de co-développement ?

Il faut passer d’une logique principalement consacrée à la sécurisation à une gouvernance tournée vers le co-développement des zones frontalières. La sécurité durable vient aussi du développement, des échanges et de l’accès aux services. Les communautés concernées doivent être associées aux projets et constater leurs effets sur leurs activités. La relance actuelle constitue donc un test : celui de la capacité des deux États à transformer une relation d’État à État en une relation de société à société. Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte.

Campagne agricole : Les engrais restent difficiles d’accès

Pluies irrégulières et difficultés d’accès aux engrais pèsent sur la campagne agricole 2026 – 2027. Localement, l’espoir repose sur la contre-saison.

Dotée d’un budget de 164,39 milliards de francs CFA, la campagne vise 11,92 millions de tonnes de céréales. Fin mars, les stocks d’engrais couvraient seulement 22% des besoins estimés, selon la FAO. Dans les zones habituellement arrosées, le manque de pluies inquiète.

« Cette année, la principale difficulté reste celle de l’eau. L’an passé, au mois d’août, nous avions enregistré environ 300 mm de pluie, contre seulement 100 mm à la même période cette année », témoigne Seydou Coulibaly, paysan à Wakoro, près de Dioïla.

En visite dans la région les 5 et 6 septembre, le ministre de l’Agriculture a fait état d’un taux de réalisation de 80% des superficies. Il a lié la réussite de la campagne à la poursuite des pluies jusqu’en octobre.

La zone est stratégique pour le coton, le maïs et le mil. Malgré l’aspect satisfaisant des cotonniers, le retard des engrais a conduit à reconvertir 12 123 hectares de coton en mil, selon la direction locale de la CMDT à Fana. Les producteurs espèrent encore sauver le mil, beaucoup moins le maïs.

Circuit de distribution inefficace

Plus que la faiblesse des pluies, l’entretien du réseau irrigué et l’accès aux engrais ont entravé les activités à Niono, principal bassin rizicole du pays, où intervient l’Office du Niger.

« La pluie n’a pas été abondante, mais c’est surtout l’entretien du réseau qui a posé problème. Dans l’ensemble, le riz présente un bon aspect. À présent, nous avons un problème d’engrais », explique Bréhima Cissouma, membre d’une coopérative de 100 producteurs à Niono.

Pour obtenir l’engrais subventionné, les paysans doivent présenter une caution délivrée au terme d’une procédure contraignante. Le sac de 50 kg d’engrais minéraux coûte 15 000 francs CFA au tarif subventionné, contre 30 000 francs CFA hors subvention, selon les producteurs interrogés.

« Nous n’avons pas pu obtenir les cautions avant la date limite du 15 août pour avoir l’engrais organique », précise M. Cissouma. Les signatures demandées auprès de la Chambre d’Agriculture, de la Filière Riz et du Contrôle financier allongent une procédure pourtant soumise au calendrier agricole.

Dans cette zone irriguée, l’espoir repose encore sur la contre-saison, si les engrais disponibles sont remis à temps.

Pr Ibrahima N’Diaye : « Selon moi, l’État n’a pas suffisamment pris en charge la formation du citoyen ».

Le civisme et le patriotisme sont au cœur du débat au Mali, 66 ans après l’indépendance. Quel est le rapport du citoyen malien à l’Etat, quel citoyen faut-il pour le Mali, de demain, le Pr. Ibrahima N’Diaye, sociologue répond à nos questions.

Comment caractérisez-vous aujourd’hui le rapport du citoyen malien à l’État ?

Le citoyen ordinaire se reconnaît beaucoup dans les autorités et les légitimités traditionnelles, parce qu’elles correspondent à son mode de vie. À côté de celles-ci existe la citoyenneté républicaine, avec ses institutions et ses textes, davantage comprise par ceux qui sont passés par l’école. Cette dualité complexifie le rapport du citoyen à l’État.

Qu’est-ce qui explique l’incivisme ?

Il y a deux problèmes. Le premier est la dissonance entre deux citoyennetés : celle issue de l’héritage ancien et celle portée par la République. Chacune a ses propres références et peut considérer les comportements de l’autre comme de l’incivisme.

Le second problème, plus grave selon moi, est que l’État n’a pas suffisamment pris en charge la formation du citoyen. Cette mission a longtemps été confiée aux partis politiques, aux associations, aux syndicats et à la société civile, sans produire les résultats attendus.

Comment renforcer durablement la citoyenneté au Mali ?

Nous disposons de valeurs partagées depuis des siècles, comme le Sinankunya, le Mɔgɔya ou le Maaya. Elles doivent être constamment rappelées, transmises et expliquées. Il faut aussi inciter les citoyens à passer à l’action.

L’impulsion doit venir d’un leadership conscient et légitime, capable d’entraîner la population vers davantage de cohésion, d’entente et d’entraide.

Éclat de Plume : Le théâtre jeunesse forme ses auteurs

À Bamako, dix jeunes apprennent à écrire pour les enfants afin d’enrichir un répertoire théâtral encore peu développé au Mali. Porté par Côté Cour, l’atelier mise sur la transmission des contes, des mémoires et des réalités locales pour rapprocher le jeune public malien de la scène.

Depuis le 2 septembre, l’Espace Côté Cour de Djicoroni-Para accueille l’atelier d’écriture du projet « Éclat de Plume », après une phase pilote en 2025. Les participants, âgés de 18 à 30 ans, ont été retenus par un comité de sélection de 3 personnes après 45 jours d’appel à candidatures. Les 5 femmes et 5 hommes viennent de Bamako et de la région de Koutiala. La restitution est annoncée pour le 18 septembre.

Créée en 2011 par la comédienne et metteure en scène Mama Koné, l’association Côté Cour agit dans la formation, la création et la diffusion des arts du spectacle. Avec cet atelier, elle veut combler le manque de textes pensés pour les enfants de 3 à 12 ans. L’écriture doit tenir compte de leur âge et de leur sensibilité, sans renoncer à raconter leur environnement, leur patrimoine et les questions qui traversent la société.

L’Institut Français du Mali et la Coopération espagnole, à travers l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement, financent le projet. L’association Djarama du Sénégal, le Théâtre Soleil du Burkina Faso, l’Association Notre Culture et Kile au Mali apportent leur appui technique.

« Vu le manque, nous avons initié ce projet pour motiver les amateurs qui veulent écrire pour le jeune public. À travers cet atelier, nous voulons leur donner les outils nécessaires », explique Mama Koné. Elle veut aussi attirer les familles au spectacle et annonce d’autres cohortes.

Transmission

L’encadrement est assuré par le Burkinabè Kiswindsida Thierry Hervé Oueda, auteur, metteur en scène, Directeur artistique du Théâtre Soleil et spécialiste du théâtre jeunesse. Les participants travaillent les personnages, les dialogues, la construction des histoires et l’adaptation du langage. Pour le formateur, écrire pour les enfants permet aussi de préserver des contes et des mémoires menacés de disparition.

Les organisateurs annoncent l’édition des textes, puis leur adaptation en spectacles destinés aux établissements scolaires. Le projet ne forme donc pas seulement de nouveaux auteurs. Il prépare des œuvres ancrées dans les cultures maliennes et contribue à former le public de demain. La restitution donnera un premier aperçu de cette rencontre entre création, transmission et enfance.

Aly Sankaré

UFOA-A U17 : Le Mali tombe avant le dernier carré

Le tournoi de l’UFOA-A U17 2026 entre dans sa phase décisive au Sénégal. La Gambie, la Guinée, le Liberia et le Sénégal ont rejoint le dernier carré, tandis que le Mali quitte prématurément la compétition et manquera la prochaine CAN U17.

Lancée le 7 septembre, la compétition a rapidement dégagé une hiérarchie dans le groupe A. Pays hôte et double tenant du titre zonal, le Sénégal a dominé la Mauritanie (4-0), puis surclassé la Sierra Leone (5-0), avant de boucler la phase de groupes par un nul face à la Gambie (0-0).

Avec sept points, les Lionceaux terminent premiers, devant les Baby Scorpions, également solides, vainqueurs de la Sierra Leone (4-1) et de la Mauritanie (3-1).

Dans le groupe B, la disqualification de la Guinée-Bissau après les tests IRM a réduit la poule à trois équipes. Le Liberia en a pris les commandes avec un nul contre le Mali (1-1), puis une victoire face à la Guinée (2-1), synonyme de qualification.

Le coup d’arrêt des Aiglonnets

Finaliste de la précédente édition à domicile, le Mali n’aura jamais réellement lancé son tournoi. Face au Liberia, les Aiglonnets ont dû attendre la 89ème minute pour arracher le match nul face à un adversaire que leurs aînés avaient écrasé 6-0 à l’ouverture du tournoi en 2025.

Ce point les plaçait pourtant en position favorable avant le duel décisif contre la Guinée : un nul suffisait pour atteindre les demi-finales. Le Mali a même frappé le premier en ouvrant le score dès la 2ème minute, grâce à Adama Keïta. Mais le Syli Cadet a égalisé avant la pause, puis renversé la rencontre en seconde période pour s’imposer finalement 2-1.

Deux matches, un seul point et une élimination dès la phase de groupes : le bilan est sévère pour une sélection habituée aux premiers rôles continentaux. Les Aiglonnets manqueront ainsi la prochaine CAN U17, une première depuis 2019, si l’on excepte l’édition 2021, annulée.

Le tournoi se poursuit ce jeudi 17 septembre au stade Lat-Dior de Thiès, avec deux demi-finales au programme. Le Sénégal sera opposé à la Guinée, tandis que la Gambie en découdra avec le Liberia.

Au-delà d’une place en finale, l’enjeu sera continental, puisque les deux finalistes décrocheront leur qualification pour la prochaine CAN U17. La finale est programmée le 20 septembre.

Mohamed Kenouvi

BRICS : Un nouvel appui aux revendications africaines

Les BRICS ont renouvelé leur soutien aux revendications africaines pour une représentation accrue dans les institutions mondiales. La déclaration adoptée à New Delhi associe cette réforme aux monnaies nationales, au financement du développement et à la coopération économique.

La place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale figure parmi les principaux engagements de la déclaration finale du 18ème sommet des BRICS, tenu les 12 et 13 septembre.

Le texte appelle à une réforme de l’Organisation des Nations unies et de son Conseil de sécurité, afin de les rendre plus représentatifs et efficaces. Il reconnaît les « aspirations légitimes » des pays africains, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte.

Cette position réclame au moins deux sièges permanents dotés des mêmes prérogatives que les membres actuels, ainsi que cinq sièges non permanents. L’Afrique dispose de trois sièges élus, mais est absente de la catégorie permanente, réservée à cinq États.

Le document reprend une demande ancienne sans désigner les pays appelés à représenter le continent. Ce choix appartient aux dirigeants africains, tandis que toute modification du Conseil exige une réforme de la Charte des Nations unies.

Les BRICS ont également rappelé la portée historique de la traite transatlantique et de l’esclavage racialisé des Africains, qualifiés de crimes les plus graves contre l’humanité. Cette reconnaissance rejoint les demandes africaines en faveur de la justice historique, de la mémoire et des réparations.

Financements en monnaies locales

Sur le terrain économique, le groupe souhaite développer l’utilisation des monnaies nationales dans le commerce et les investissements, ainsi que des systèmes de paiement transfrontaliers. La déclaration ne crée pas de monnaie commune, mais privilégie une évolution progressive des mécanismes existants.

La Nouvelle Banque de développement est appelée à accroître ses financements, notamment en monnaies locales, et à mobiliser davantage de capitaux privés. Pour les économies africaines, cette orientation peut diversifier les ressources disponibles et réduire certains risques liés aux emprunts libellés en devises étrangères.

Énergie, agriculture, sécurité alimentaire, gestion de l’eau et infrastructures figurent parmi les autres domaines de coopération retenus. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie, membres africains du groupe, pourront porter ces priorités dans les futurs programmes.

La portée concrète de la déclaration dépendra des financements engagés, des projets approuvés et de la capacité des membres à transformer leur consensus politique en décisions applicables. Pour l’Afrique, New Delhi fournit surtout un appui diplomatique supplémentaire à une réforme réclamée depuis deux décennies.

Bébés siamoises : Après la prouesse, le temps du suivi

La séparation réussie de deux nouvelles-nées constitue une avancée majeure pour la chirurgie pédiatrique malienne. Mais, parce qu’elles partageaient notamment une seule vessie et un seul côlon, l’opération ouvre une période de surveillance déterminante pour leur rétablissement.

Nées le 29 août au CHU Gabriel-Touré, les jumelles conjointes partageaient une partie de leurs systèmes digestif et urinaire. Leur séparation, présentée par les autorités sanitaires comme une première au Mali, a mobilisé des chirurgiens pédiatriques, anesthésistes-réanimateurs, cardiologues, radiologues, pharmaciens, laborantins et personnel du bloc opératoire. Selon le Dr Djiré Mohamed Kassoum, membre de l’équipe médicale, l’intervention a duré environ trois heures. Lors du point de presse du 11 septembre, le Professeur Yakaria Coulibaly, Chef du service de Chirurgie pédiatrique, a expliqué que la vessie commune avait été divisée. Le côlon a été attribué à l’une des enfants, tandis qu’une ouverture temporaire permettant l’évacuation des selles a été aménagée pour l’autre. Les deux bébés restent depuis lors sous surveillance médicale continue.

Un rétablissement sous étroite surveillance

Après la séparation, la première préoccupation consiste à vérifier que chaque enfant produit suffisamment d’urine, que ses reins fonctionnent correctement et qu’aucune fuite ni obstruction n’apparaît. Oumou Touré, pédiatre au Centre de santé de référence de la Commune V, précise qu’il s’agit d’un contrôle essentiel après ce type d’intervention.

Sur le plan digestif, l’équipe suit la reprise du transit et introduit progressivement l’alimentation. Une attention particulière porte sur les sutures et l’ouverture temporaire pratiquée chez l’une des jumelles. Toute anomalie peut provoquer une infection abdominale et réclamer une prise en charge rapide.

L’infection est justement l’une des principales complications redoutées après une opération aussi lourde. Les défenses des nouvelles-nés étant encore fragiles, la température, l’état général, les plaies et les résultats des analyses font l’objet de contrôles réguliers pour détecter rapidement tout signe inquiétant.

La nutrition compte également dans le rétablissement. L’alimentation s’adapte à la tolérance digestive de chaque bébé. La prise de poids, l’hydratation et la croissance renseignent ensuite sur leur évolution.

Les deux enfants peuvent évoluer différemment. Leur suivi est donc individuel et porte notamment sur les fonctions urinaire et digestive, la croissance et la cicatrisation. Les médecins détermineront les soins, le rythme des contrôles et la nécessité d’autres interventions en fonction de l’évolution de chacune. Une vigilance appelée à durer plusieurs années. La séparation constitue une première victoire. Sa réussite durable repose désormais sur la continuité des soins et l’accompagnement des jumelles comme de leur famille.

Joseph Amara Dembélé