Mutilations génitales féminines : des séquelles qui traversent les années

Les mutilations génitales féminines restent profondément ancrées dans de nombreuses communautés maliennes. Malgré les campagnes d’abandon, elles continuent d’exposer les filles et les femmes à de lourdes conséquences sanitaires et psychologiques.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins ou toute autre lésion pratiquée pour des raisons non médicales. Plus de 230 millions de filles et de femmes dans le monde en ont subi une forme. Pour 2026, environ 4,5 millions de filles sont encore considérées comme exposées au risque d’en être victimes.
L’Afrique concentre la majeure partie du phénomène, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées. Le Mali figure parmi les pays où la pratique demeure particulièrement répandue, malgré plusieurs décennies de sensibilisation et de mobilisation communautaire.
Selon l’Enquête Démographique et de Santé au Mali (EDSM) 2023-2024 2023-2024, 88,6 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % chez les 15-19 ans. La pratique connaît toutefois de fortes disparités territoriales, avec 95,7 % à Kayes contre 0,5 % à Gao. Tradition, attentes liées au mariage, pression familiale et certaines représentations de la féminité continuent d’alimenter sa transmission.
Préserver la réputation de la jeune fille, la préparer au mariage ou répondre aux attentes de la communauté sont des raisons qui ne devraient pas prévaloir sur les risques pour sa santé, estime Namouké Coulibaly, tradithérapeute. Pour lui, l’excision peut entraîner des complications physiques, sexuelles et psychologiques durables.
Sa persistance s’explique largement par son inscription dans les normes sociales, souligne la Dr Fanta Diarra, sociologue, enseignante-chercheuse et spécialiste des questions de genre. « Dans certaines communautés, une fille non excisée peut encore être perçue comme différente ou ne correspondant pas aux attentes liées au mariage », explique-t-elle. La transmission se maintient aussi au sein des familles, où l’influence des mères et des grands-parents demeure importante.
La sociologue relativise surtout l’argument du contrôle de la sexualité. « Si l’excision garantissait réellement la chasteté, toutes les filles excisées resteraient abstinentes jusqu’au mariage. Or, ce n’est évidemment pas le cas. La sexualité dépend de l’éducation, des valeurs et des choix personnels, et non d’une mutilation », argumente-t-elle. L’OMS rappelle que les MGF n’apportent aucun bénéfice pour la santé.
Risques sanitaires
A. C., excisée à un bas âge, a aujourd’hui 29 ans. Plus de deux décennies après, elle affirme continuer d’en subir les conséquences. « J’étais très jeune au moment des faits. Les conséquences ont commencé à se manifester quand j’ai connu mes premières règles, qui étaient pénibles. Après plusieurs traitements, les douleurs ont certes baissé, mais elles continuent », déplore-t-elle.
Ces douleurs ne représentent qu’une partie des séquelles possibles. La sage-femme Maïmouna Doumbia évoque notamment les infections urinaires ou vaginales répétées, les douleurs pendant les rapports, les troubles menstruels et les complications lors de l’accouchement. Une vaste analyse publiée en 2025 avec l’appui de l’OMS établit que les femmes ayant subi une MGF présentent plus de deux fois le risque de travail prolongé ou obstrué et d’hémorragie lors de l’accouchement.
Les complications peuvent aussi survenir immédiatement après l’intervention, notamment des hémorragies, des infections et des douleurs intenses. À plus long terme, elles peuvent affecter la vie sexuelle, la grossesse et la santé mentale. La même étude relève chez les femmes concernées un risque presque trois fois supérieur de dépression ou d’anxiété et 4,4 fois supérieur de syndrome de stress post-traumatique.
Certaines femmes vivent également avec de lourdes complications obstétricales. La fistule obstétricale, généralement provoquée par un travail prolongé et obstrué, peut entraîner des fuites permanentes et un profond isolement social. Elle n’est pas une conséquence automatique de l’excision, mais les complications obstétricales associées aux MGF peuvent favoriser les situations conduisant à sa survenue. Pour Maïmouna Doumbia, les femmes concernées nécessitent une prise en charge adaptée et sans jugement.
Face à cette situation, la sensibilisation sanitaire reste essentielle, mais la question du droit occupe une place croissante dans le débat. Le Mali reste dépourvu d’une loi nationale spécifique criminalisant les mutilations génitales féminines. Une circulaire interdit pourtant leur pratique dans les établissements sanitaires depuis 1999 et un programme national de lutte contre l’excision a été créé en 2002. Plus de vingt ans après, une prévalence toujours proche de 90 % nourrit les appels en faveur d’un cadre juridique plus contraignant.
Pour Fatoumata Keïta, leader d’opinion, l’action doit également viser les pressions communautaires. La crainte du jugement social peut conduire certaines familles à maintenir la pratique malgré la connaissance des risques. Des évolutions existent cependant. En 2024, 121 communautés maliennes ont officiellement déclaré l’abandon des MGF, tandis que plus de 109 000 filles et femmes ont bénéficié de services de prévention ou de protection.
Fatoumata Keïta préconise une sensibilisation associant parents, adolescentes, hommes, leaders communautaires et religieux ainsi que professionnels de santé. L’objectif est de créer un environnement dans lequel refuser l’excision n’expose plus les familles à l’isolement. Elle insiste également sur la nécessité d’accompagner les femmes qui vivent déjà avec des séquelles.
Au cœur de cette confrontation entre normes sociales, traditions et protection de la santé se trouve le destin de milliers de jeunes filles qui subissent encore cette pratique. Au Mali, la persistance de l’excision jusque dans les jeunes générations montre que, malgré les progrès enregistrés dans certaines communautés, le chemin vers son abandon reste encore long.
Joseph Amara Dembélé

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés

Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.

Le Comité international de la Croix-Rouge précise avoir organisé cette évacuation après avoir obtenu des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Son communiqué ne donne pas l’identité des personnes transférées et ne précise pas leur statut. Cette discrétion correspond à son mandat d’intermédiaire neutre et au caractère confidentiel de son dialogue avec les belligérants.
Le même jour, le Front de libération de l’Azawad a annoncé avoir confié au CICR six militaires maliens blessés, capturés lors de précédents affrontements. Selon le mouvement, leur évacuation de Kidal s’est effectuée par voie aérienne à bord d’un hélicoptère de l’organisation.
La concordance de la date, du lieu et du nombre de personnes permet de rapprocher les deux annonces. Seul le FLA présente toutefois les blessés comme des militaires faits prisonniers. Le CICR s’en tient à leur transfert médical et les Forces armées maliennes n’avaient pas encore confirmé leur identité lundi.
Deux remises successives
Cette opération survient trois jours après la libération de 82 militaires détenus par le FLA et le JNIM. Annoncée le 13 août par l’état-major, leur remise avait également été confirmée par le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui l’avait présentée comme un « geste humanitaire ».
Les 82 soldats ont regagné Bamako le 14 août. Ils ont été accueillis à la Base aérienne 101 de Sénou par le chef d’état-major général des Armées, le général de division Élysée Jean Dao. Celui-ci a annoncé leur prise en charge médicale et le rattrapage des avantages perdus durant leur captivité.
Si les six blessés transférés à Gao sont bien ceux désignés par le FLA, le nombre de militaires remis depuis le 13 août atteint 88. Après la première libération, le mouvement affirmait que d’autres militaires demeuraient en captivité.
Le CICR rappelle que le droit international humanitaire impose un traitement humain aux blessés et aux détenus. L’organisation soutient une vingtaine de centres de santé ainsi que les hôpitaux de Gao et Mopti. Entre janvier et juin 2026, ces structures ont pris en charge 69 892 personnes.

Ras Bath/Rose Vie Chère : sept ans ferme chacun 

Après plus de trois années passées en détention, Ras Bath et Rose Vie Chère connaissent désormais leur peine. La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako les a condamnés, lundi 17 août, à dix ans de réclusion chacun, dont trois avec sursis, ainsi qu’à 240 000 FCFA d’amende

Le verdict laisse sept années ferme à Mohamed Youssouf Bathily et Rokia Doumbia, de leurs vrais noms. Le parquet avait réclamé dix ans ferme contre le chroniqueur. Pour l’activiste, il avait demandé la même peine, dont cinq années avec sursis. La Cour s’est donc montrée moins sévère envers Ras Bath que ne le souhaitait l’accusation, mais plus lourde envers Rose Vie Chère.

Le dossier porte principalement sur des faits qualifiés d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État par les technologies de l’information et de la communication. Deux passages de Rose Vie Chère dans l’émission « Le Grand Dossier » se trouvaient au centre des débats. Elle y dénonçait la hausse des prix, les délestages et les difficultés des ménages.

L’accusation a vu dans ces interventions une action concertée contre les autorités de transition. Rose Vie Chère a répondu qu’elle parlait comme commerçante confrontée à la cherté de la vie. Ras Bath a défendu son travail de chroniqueur, tandis que leurs avocats ont contesté l’existence d’un projet commun et demandé leur acquittement.

Détenus depuis mars 2023, les deux condamnés ont déjà passé environ trois ans et cinq mois en prison. Cette période devrait être prise en compte dans l’exécution de leur peine.

Pour Rose Vie Chère, la sortie pourrait théoriquement intervenir autour de mars 2030. Le calcul de Ras Bath sera plus délicat, puisqu’une partie de sa détention se rapporte à une précédente condamnation et que le mandat concernant cette affaire date du 28 mars 2024. Les échéances exactes seront fixées par l’administration pénitentiaire.

La défense conserve la possibilité de saisir la Cour suprême. Elle n’avait pas encore annoncé, lundi, si elle formerait un pourvoi en cassation.

Grande Commission mixte Mali-Maroc : le développement au cœur de la 4e session

La capitale malienne accueillera, du 21 au 24 juillet 2026, la quatrième session de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et le Maroc. Ce mécanisme diplomatique bilatéral permettra aux deux pays d’évaluer les actions déjà engagées, de renforcer leur partenariat et de préparer la signature de nouveaux accords dans plusieurs secteurs stratégiques.

Cette nouvelle session doit donner un nouvel élan aux relations diplomatiques et économiques entre Bamako et Rabat, vingt-six ans après la troisième rencontre de la Grande Commission mixte, tenue en juin 2000. Les travaux porteront notamment sur le commerce, les investissements, l’agriculture, les infrastructures, les mines, l’énergie, la santé, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la sécurité, la culture, la jeunesse et le sport. Ils seront coprésidés par les ministres chargés des Affaires étrangères des deux pays.
Un forum d’affaires réunissant des opérateurs économiques maliens et marocains est également annoncé le 23 juillet, en marge de la session, afin de favoriser les échanges directs, les investissements et la création de partenariats entre les secteurs privés.
Selon le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, la rencontre s’inscrit dans la dynamique de consolidation des relations d’amitié, de fraternité et de coopération qui unissent le Mali et le Maroc, sous l’impulsion des plus hautes autorités des deux États.
La rencontre offrira aux deux parties l’occasion de procéder à une évaluation approfondie de la coopération bilatérale, d’examiner les progrès accomplis depuis les précédents engagements et d’identifier les projets qui nécessitent une nouvelle impulsion. Elle devra également permettre de définir des orientations stratégiques et des actions prioritaires destinées à diversifier le partenariat dans des domaines porteurs de croissance, d’emploi et de développement.
La quatrième session devrait enfin être marquée par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente visant à renforcer le cadre juridique de la coopération, à faciliter les investissements et à ouvrir de nouvelles perspectives aux institutions publiques, aux entreprises et aux acteurs économiques des deux pays.
Joseph Amara Dembélé

Foudre en hivernage : les gestes qui mettent des vies en danger

Plusieurs cas de foudre causant des victimes et des dégâts colossaux ont été enregistrés depuis le début de cet hivernage par le service de Prévision météorologique de Mali Météo. Avec une intensité électrique phénoménale, un coup de foudre est estimé à 30 000 ampères (A) en moyenne, de quoi être mortel. Au Mali, face à des gestes quotidiens qui augmentent le risque de foudroiement, plusieurs spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Le Mali a enregistré au total 10 cas de foudre pendant la saison des pluies (hivernage) en 2025, selon les données officielles publiées par le Centre de Coordination et de Gestion des Crises (CECOGEC). Pour cette année, plusieurs cas ont déjà été signalés.
La foudre est une décharge électrique géante et naturelle qui se produit pendant un orage. Selon l’analyse scientifique, elle prend naissance dans le nuage, où les morceaux de glace se frottent intensément entre eux et créent de l’électricité, à la manière d’une pile géante. Le nuage se charge électriquement et projette une immense étincelle vers le sol.
Les spécialistes en la matière soulignent que le terme « foudre » désigne uniquement l’éclair qui touche le sol, ce qui ne représente en réalité que 10 % des décharges électriques totales d’un orage, la grande majorité, restant confinée à l’intérieur des nuages.
« En cette saison humide, des orages accompagnés de vents violents, d’éclairs et, parfois, de cas de foudre sont fréquemment observés. Nous avons déjà enregistré plusieurs victimes ainsi que des effondrements d’habitations. J’invite la population à prendre toutes les précautions nécessaires pour se prémunir contre la foudre, qui demeure un phénomène météorologique particulièrement dangereux durant cette période hivernale », a lancé le Chef du Bureau de Prévision météorologique, Bakary MANGANE, lors de la réunion hebdomadaire du CECOGEC, tenue le mercredi 8 juillet dernier.
En dépit de ce bilan mensuel alarmant et de la peur constante du danger, la population reste majoritairement sous-informée face aux risques d’exposition.
 Selon Seydou Coulibaly, spécialiste en secours, les facteurs primaires du foudroiement découlent directement de la position ou de l’emplacement de la victime : les étendues d’eau ; l’abri sous les grands arbres ; les grandes élévations dénuées de paratonnerre. « Ces situations exposent les victimes à des risques élevés de foudroiement », précise le quinquagénaire . Il ajoute d’autres facteurs liés à la conductivité électrique, tels que la proximité d’un ouvrage métallique, les branchements électriques des poteaux et les lignes téléphoniques fixes ou internet. « Le non-respect des consignes liées au travail dans certaines localités à forte probabilité de foudroiement constitue également un facteur aggravant », renchérit-il.
Ces éléments susmentionnés n’engendrent pas la foudre, mais augmentent considérablement le risque de foudroiement car ils facilitent la propagation du courant électrique. Concernant le mythe du téléphone portable largement répandu, il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique confirmant l’hypothèse d’une quelconque attirance. Le téléphone portable n’attire pas la foudre ; c’est l’exposition de la personne dans un environnement à risque qui favorise le foudroiement, soutiennent les scientifiques.
Phénomène dévastateur
La foudre est à l’origine de plusieurs incendies d’immeubles, d’installations de transport d’électricité, d’usines et d’habitations. Le 8 juillet 2026, de fortes intempéries accompagnées de foudre ont causé d’importants dommages sur le réseau de transport d’énergie de la société Énergie du Mali (EDM-SA). Cela a entraîné de graves perturbations dans la fourniture d’électricité à travers plusieurs localités du pays, notamment à Bamako.
La foudre peut  aussi causer des pertes en vie humaine . Dans la majeure partie des cas, les victimes meurent par électrocution. Les plus chanceuses sont celles qui s’en sortent avec des brûlures graves sur une large surface du corps.
Cela prouve que l’on peut tout à fait survivre à un foudroiement en raison de sa brièveté. Une hypothèse validée par le National Severe Storms Laboratory (NSSL), un laboratoire de recherche dépendant de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) aux États-Unis. Selon ce laboratoire, un coup de foudre est extrêmement bref : la décharge principale ne dure en moyenne qu’environ 20 à 50 microsecondes (millionièmes de seconde).
C’est cette brièveté qui explique pourquoi certains arbres ou édifices survivent à un impact direct, et pourquoi des êtres humains peuvent parfois réchapper à un foudroiement (le courant glissant rapidement sur la peau mouillée par effet de contournement, appelé flashover), même si les séquelles physiques et neurologiques graves restent fréquentes.
Secours et protections
Les consignes de protection contre la foudre devraient être connues de tous. Interrogé sur la question, M. Seydou Coulibaly préconise de toujours se mettre à l’abri en évitant les facteurs de risque mentionnés plus haut. Il met également en garde contre les déplacements sous la pluie. Du côté de Mali-Météo, Bakary MANGANE appelle au renforcement des habitations fragiles et recommande d’éviter de s’abriter sous les arbres pendant les orages, tout en respectant scrupuleusement les consignes de sécurité afin de préserver des vies humaines.
Le premier geste de secours après un accident de foudre est la protection personnelle, qui consiste à faire une analyse succincte du lieu du sinistre afin d’éviter tout risque de suraccident, estime M. Coulibaly. Selon le spécialiste, les gestes de réanimation sont strictement réservés aux personnes ayant une parfaite maîtrise des techniques de secourisme.
« Lors de la prise en charge de la victime, les gestes approximatifs sont prohibés. Seule la parfaite maîtrise des techniques permet de redonner vie à une victime en arrêt des trois fonctions vitales (respiratoire, nerveuse et circulatoire) », dit-il.
En l’absence de maîtrise des gestes de premiers secours, il faut rapidement évacuer la victime vers le centre de santé le plus proche, puisque l’arrêt cardiaque est le principal risque immédiat chez la victime, en plus des brûlures. Toutefois, les secours ou le premier témoin, s’il est titulaire d’un certificat de secourisme, peut procéder à un massage cardiaque externe (MCE) ou à une réanimation cardiopulmonaire (RCP) dès lors que l’arrêt du cœur est constaté,  conclut le spécialiste.
Joseph Amara Dembélé

Mondial 2026 : Avant l’épilogue, les grandes leçons d’une édition inédite

À l’approche du dénouement de la Coupe du monde 2026, plusieurs enseignements se dégagent de cette première édition à 48 équipes, entre surprises, confirmation des favoris et bilan contrasté des sélections africaines.

Bien avant la finale, cette Coupe du monde a déjà bouleversé plusieurs repères. Pour la première fois, 48 nations étaient réunies dans un même tournoi, avec une phase de groupes élargie et l’apparition des seizièmes de finale.

Une formule qui a offert davantage de rencontres et permis à un plus grand nombre de sélections de goûter à la compétition, tout en imposant un parcours plus long aux candidats au titre.

Le tournoi a toutefois confirmé que l’élargissement du plateau n’avait pas réduit son intensité. Plusieurs outsiders ont bousculé les hiérarchies et chaque tour à élimination directe a réservé son lot de surprises.

Redistribution des cartes

Le passage à 48 équipes a multiplié les opportunités pour les sélections émergentes, tout en obligeant les grandes nations à gérer un calendrier plus dense. Cette évolution a favorisé des confrontations inédites et prolongé le suspense jusqu’aux derniers matchs de groupe.

Les grandes nations de l’histoire de la compétition ont rarement bénéficié d’un parcours tranquille. Les seizièmes de finale ont ajouté une étape supplémentaire, donnant davantage de poids à la profondeur des effectifs, à la récupération et à la gestion des temps faibles.

Des surprises sans véritable révolution

Ce Mondial aura offert plusieurs résultats marquants. L’élimination de l’Allemagne face au Paraguay ou encore celle du Brésil contre la Norvège, dans une moindre mesure, figurent parmi les principaux coups de théâtre de la phase à élimination directe.

À l’inverse, certaines nations ont confirmé leur statut. L’Espagne s’est montrée particulièrement convaincante, jusqu’à décrocher son billet pour la finale. La France a également confirmé sa régularité en atteignant le dernier carré, tandis que l’Angleterre et l’Argentine se sont elles aussi hissées en demi-finales au terme de parcours parfois plus laborieux.

Ces trajectoires rappellent que les surprises restent possibles, mais que la régularité, l’expérience et la maîtrise collective continuent de départager les équipes dans les moments décisifs.

L’Afrique hors du dernier carré

L’augmentation du nombre de participants a permis au continent africain de présenter davantage de représentants, avec des parcours parfois encourageants. Le Maroc s’est de nouveau affirmé comme la locomotive du football africain en atteignant les quarts de finale, après avoir déjà marqué les esprits en 2022.

Derrière les Lions de l’Atlas, plusieurs sélections ont montré de belles séquences sans parvenir à s’installer durablement dans la phase finale. Le Sénégal, la RDC, le Ghana, le Cap-Vert, l’Algérie ou encore la Côte d’Ivoire ont quitté la compétition dès les seizièmes, tandis que l’Égypte a atteint les huitièmes.

Cette édition confirme néanmoins que les sélections africaines sont capables de rivaliser avec des adversaires de premier plan sur une rencontre. Le défi est de maintenir ce niveau sur la durée et de mieux négocier les moments décisifs pour se rapprocher régulièrement du dernier carré.

La Coupe du monde 2026 aura ainsi élargi le champ des possibles sans rendre le titre plus accessible. Davantage de nations se sont mêlées à la compétition, mais le sommet demeure réservé aux sélections capables de conjuguer profondeur d’effectif, maîtrise tactique et constance.

Mohamed Kenouvi

Dr Cheick Oumar Soumano : « Il faut que les jeunes soient associés »

Dans le cadre de la Journée mondiale des compétences des jeunes, célébrée le 15 juillet, Dr Cheick Oumar Soumano, Président de l’Organisation des jeunes patrons et Coordinateur du Baromètre, analyse les politiques de formation et d’insertion au Mali.

Quel bilan faites-vous des politiques publiques de formation des jeunes ?

Nous pouvons être satisfaits de ce qui a été entrepris par les autorités. Le ministère chargé de la Jeunesse intervient surtout sur la citoyenneté et la sensibilisation, tandis que celui chargé de l’Entrepreneuriat, de l’Emploi et de la Formation professionnelle agit davantage sur la formation, l’insertion et la création d’entreprises. Ces actions couvrent plusieurs domaines. Mais les besoins restent énormes. Les politiques doivent donc être intensifiées afin qu’une plus grande partie de la jeunesse puisse en bénéficier.

Pourquoi l’inadéquation entre formation et emploi persiste-t-elle ?

Beaucoup de programmes ont été conçus sans associer les Directeurs des Ressources Humaines et sans tenir compte des tendances de l’économie pour les vingt prochaines années. Les cursus universitaires ont souvent été pensés sur une base théorique, sans correspondre aux besoins réels. Cette difficulté concerne le Mali, mais aussi d’autres pays de la sous-région et de l’AES. Les reconversions professionnelles apportent une réponse. Un diplômé en anglais destiné à l’enseignement peut, par exemple, devenir secrétaire bilingue grâce à une formation adaptée et à un stage. Ce n’est pas la faute des jeunes. Les autorités cherchent aujourd’hui à corriger une situation qui a fortement affecté leur insertion.

Quelle part de responsabilité les pouvoirs publics portent-ils ?

Je préfère parler d’une mauvaise perception plutôt que de responsabilité. Les programmes étaient élaborés au bénéfice des jeunes sans les associer suffisamment et sans consulter pleinement le secteur privé, qui utilise les compétences. L’État a joué son rôle de formation et d’éducation. Il doit désormais rassembler les acteurs, mettre leurs compétences en synergie et mieux prendre en compte les besoins des employeurs afin de rendre l’insertion plus efficace.

Quelles réformes attendez-vous ?

« Il faut que les jeunes soient associés », notamment à travers le Conseil national de la Jeunesse. Toutes les composantes du secteur privé doivent aussi être écoutées, de l’agriculture à l’artisanat, en passant par l’industrie, le commerce et les services. Ensemble, les acteurs doivent élaborer les curricula et instaurer un cadre permanent de concertation et d’évaluation. Les jeunes doivent participer au suivi des propositions et de leur impact sur l’insertion. Ce travail produira ses effets à moyen et long terme.

Bamako City Tour : Inscrire le tourisme local dans la durée

Du 18 juillet au 27 septembre 2026, l’Agence de promotion touristique du Mali organise la quatrième édition de Bamako City Tour. Porté par le département de la Culture, le programme vise à rapprocher les résidents des sites touristiques et à soutenir un secteur affaibli par la crise. Après trois éditions aux résultats jugés encourageants, l’enjeu est désormais de consolider l’élan.

Organisée en partenariat avec les agences de voyages et les guides touristiques, l’initiative s’installe progressivement dans l’agenda culturel du pays. Elle cherche à développer le tourisme intérieur et à rendre leur patrimoine plus accessible aux Maliens. Elle offre aux locaux l’occasion de découvrir des lieux souvent proches, mais encore absents de leurs habitudes de loisirs et de sorties.

« C’est un programme qui a révolutionné l’accessibilité et la promotion des sites touristiques auprès des résidents nationaux, majoritairement des enfants et adolescents, mais également des adultes », assure Sidy Keïta, Directeur général de l’APTM.

Après trois éditions, l’Agence estime que Bamako City Tour a favorisé la valorisation des sites, le développement de parcours touristiques urbains et un nouveau regard des populations sur leur patrimoine. Le programme a aussi contribué à relancer l’activité des agences de voyages et des guides, dont le travail a été fortement touché par la crise.

Maintenir la dynamique

Selon le Directeur général de l’APTM, au moins une vingtaine de sites touristiques ont été valorisés à Bamako et dans les régions. Environ 40 000 personnes ont bénéficié de visites subventionnées à Bamako, Ségou, Sikasso, Mopti et Kayes. Les contenus réalisés autour de ces sites auraient, pour leur part, touché près de 15 millions de personnes.

Chaque année, le programme mobilise plus de quinze agences de voyages et une vingtaine de guides. Il leur a également permis de proposer et de vendre des circuits touristiques au-delà de la période consacrée au City Tour, prolongeant ainsi les retombées de l’opération.

La pérennisation de ces acquis exige cependant des investissements importants. La Phase II, centrée sur les parcours interurbains, suppose des routes praticables, des sites entretenus, une signalisation adaptée et de meilleures conditions d’accueil et de visite. Plusieurs lieux historiques restent encore méconnus ou difficilement accessibles.

Maintenir la dynamique passe enfin par l’élargissement des circuits et des expériences proposés aux visiteurs. Bamako City Tour peut contribuer à la relance du tourisme intérieur, à condition que l’initiative gagne en régularité, consolide les professionnels mobilisés et améliore durablement l’accès au patrimoine.

États-Unis – Iran : Ormuz au cœur de la reprise des hostilités

Les récentes frappes américaines et les ripostes iraniennes ont fragilisé l’accord intérimaire conclu en juin pour arrêter la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz. La crise menace désormais la navigation, les marchés énergétiques et l’équilibre régional bien au-delà du Golfe.

Les États-Unis et l’Iran ont repris leurs attaques, après plusieurs semaines de trêve précaire. Washington a frappé des sites de missiles, de drones et de surveillance, tandis que Téhéran a visé une base militaire américaine en Jordanie, Bahreïn et des pétroliers proches du détroit. Un marin indien a été tué et huit autres blessés lors d’attaques contre deux navires liés aux Émirats arabes unis.

Signé le 17 juin, le mémorandum intérimaire prévoyait l’arrêt des hostilités, la réouverture d’Ormuz et soixante jours de négociations sur le nucléaire iranien, les sanctions et la navigation. Le Pakistan et le Qatar avaient facilité l’entente, tandis qu’Oman intervenait sur les modalités maritimes. L’application du texte s’est heurtée à des lectures opposées, Washington exigeant un passage libre et Téhéran revendiquant l’organisation du trafic.

Ormuz sous pression

Donald Trump a annoncé le rétablissement d’un blocus sur les ports iraniens et proposé une contribution équivalant à 20% de la valeur des cargaisons protégées par les États-Unis. Les modalités restent à préciser et suscitent des réserves parmi les armateurs et les gouvernements, attachés à la liberté de navigation.

Près d’un cinquième du pétrole mondial transitait habituellement par Ormuz. Le Brent a dépassé 86 dollars le baril, tandis que le trafic commercial de pétroliers est tombé à son plus bas niveau depuis deux mois. Les assureurs ont relevé leurs primes de guerre, certains recommandant de suspendre les traversées, et les coûts d’affrètement ont fortement augmenté.

L’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, l’Irak et Bahreïn dépendent largement du détroit pour leurs exportations énergétiques. Le Qatar, grand fournisseur de gaz naturel liquéfié, cumule ainsi les rôles de médiateur et d’État exposé à toute fermeture prolongée.

La médiation continue

Malgré les frappes, les canaux diplomatiques restent actifs. Doha, Islamabad et Mascate cherchent à rétablir les discussions. Washington réclame un engagement public iranien garantissant la sécurité maritime, tandis que Téhéran conditionne l’apaisement à la fin des opérations américaines.

La crise dépasse le Golfe. La hausse du pétrole renchérit le transport, l’électricité, les engrais et les denrées importées. La stabilité d’Ormuz déterminera la solidité de la trêve, la reprise des flux énergétiques et la possibilité d’un règlement politique durable.

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.

Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets

Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.

« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.

Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.

La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.

Affectations

Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.

Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.

Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.

Mohamed Kenouvi

Diaspora malienne : Le pari de l’investissement productif

Le Forum international de la Diaspora tient sa deuxième édition du 16 au 18 juillet à Bamako, avec l’investissement productif au centre des échanges. Une question domine : comment orienter une part de l’épargne, des compétences et des réseaux des Maliens de l’extérieur vers des activités viables, créatrices de valeur et d’emplois ?

En 2024, le Mali a reçu près de 1,07 milliard de dollars de transferts personnels, soit plus de 600 milliards de francs CFA et un peu plus de 4% du PIB, selon la Banque mondiale. Ces données saisissent imparfaitement les circuits informels. Les envois financent d’abord l’alimentation, la santé, la scolarité, le logement, des équipements collectifs et des initiatives locales.

Cette solidarité demeure le premier apport économique de la diaspora. Le Forum veut élargir cette contribution à l’investissement productif, à travers des panels sur le financement, l’environnement des affaires et le transfert de compétences, des rencontres d’affaires, la présentation de projets bancables, des expositions et un guichet unique d’accompagnement.

Le débat dépasse les trois journées du Forum. Il porte sur le passage du transfert à l’épargne, puis de l’épargne au capital investi dans une activité viable, avec le promoteur, l’investisseur, la banque, les intermédiaires financiers et les collectivités au bout de la chaîne.

L’épargne avant l’investissement

Dans une tribune publiée le 14 juillet 2026 en marge du Forum, Harouna Niang, ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des investissements, déplace le point de départ du débat. « Un investissement durable est presque toujours précédé par une capacité d’épargne », affirme-t-il. Il propose de ne pas limiter la réflexion à la création d’entreprises, mais d’y intégrer la constitution au Mali d’une épargne stable, rémunérée et accessible à distance.

Une étude du Fonds international de développement agricole, publiée en 2022 à partir d’une enquête menée en 2021 auprès de 209 personnes et de 90 organisations en France, en Espagne et en Italie, fait apparaître un fort intérêt. Parmi les individus interrogés, 95% souhaitaient entreprendre ou investir, 61% investir dans des entreprises et 69% placer de l’argent au Mali. Seuls 20% avaient déjà réalisé un premier investissement. Cet échantillon éclaire surtout les pratiques de la diaspora établie dans ces trois pays européens.

Pour Mahamadou Beïdaly Sangaré, économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de Bamako, la mobilisation d’une part des fonds vers des activités productives doit préserver leur rôle social. Il évoque la création d’opportunités dans les régions d’origine et l’accompagnement des ménages souhaitant développer des activités génératrices de revenus.

Le projet face au filtre bancaire

Les données du FIDA mesurent le passage de l’intention au projet. Sept entreprises sur dix déjà concrétisées par les répondants représentaient un budget de 10 000 à 50 000 euros, soit environ 6,6 à 32,8 millions de francs CFA. Elles étaient financées principalement sur fonds propres. Le recours aux banques ou à la microfinance restait inférieur à 5%, tandis que 82% des personnes interrogées citaient le financement comme première difficulté.

« L’entrepreneuriat ne s’improvise pas », souligne Mahamadou Beïdaly Sangaré. Il relie plusieurs échecs au manque de préparation des promoteurs et cite le conseil, l’orientation, la formation et le suivi parmi les appuis susceptibles de sécuriser leur parcours.

Selon Moussa Niang, cadre de banque spécialisé dans le risque et les produits bancaires, le lieu de résidence du promoteur ne change pas les critères fondamentaux du crédit. « Ce n’est pas le porteur qui importe, mais le projet lui-même, en termes de solvabilité, de liquidité, avec l’existence de clients et de rentabilité », résume-t-il.

L’apport en capitaux, les éventuels actionnaires, les revenus attendus, les garanties et le retour sur investissement entrent dans l’examen du dossier. Vivre à l’étranger ne constitue pas, selon lui, un obstacle en soi. Les projets réalisés au Mali sont examinés au regard des règles applicables aux entreprises, aux sûretés et aux contrats de financement.

Des déposants avant tout

« La diaspora n’est pas vue comme une clientèle qui a besoin de crédit, mais comme de potentiels déposants », observe Moussa Niang. Les offres portent surtout sur les comptes de dépôt, les comptes à terme, l’épargne rémunérée et le rapatriement de fonds. Lorsqu’un Malien de l’extérieur sollicite un financement, son dossier rejoint le circuit ordinaire d’analyse du risque.

Mahamadou Beïdaly Sangaré distingue les membres de la diaspora qui recherchent un placement sans vouloir gérer une entreprise et les entrepreneurs, qui disposent d’un projet mais manquent de capitaux. Leur mise en relation peut ouvrir un financement fondé sur la confiance, complété par des prises de participation directes ou des obligations émises sur le marché régional.

Du côté du crédit, Moussa Niang met l’accent sur la garantie. « Un collatéral pour les investissements, sur le modèle du FACEJ, serait un grand pas », estime-t-il. Un tel mécanisme réduirait une partie du risque supporté par la banque sans remplacer l’étude de la viabilité du projet.

Une chaîne d’acteurs financiers

Harouna Niang élargit la relation au-delà du face-à-face entre banques et emprunteurs. Sa tribune associe banques, assurances, opérateurs de transfert, fintech, organisations de la diaspora et sociétés de gestion et d’intermédiation. Il rattache aux banques l’épargne et les services numériques, aux assurances la couverture des patrimoines et des investissements et aux opérateurs de transfert la fluidité des transactions.

L’ancien ministre attribue aux SGI un rôle de liaison : structuration financière, levées de fonds privées, fonds sectoriels, rapprochement avec des investisseurs et préparation des sociétés capables d’accéder au marché régional. Des expériences existent déjà. YiriMali permet à des membres de la diaspora de financer des microentreprises gérées par leurs proches, tandis que Ciwara Capital investit dans des PME maliennes et leur apporte un appui technique.

Pour étayer cette approche, Harouna Niang cite les produits bancaires développés par l’Inde pour ses ressortissants établis à l’étranger, les obligations destinées à la diaspora israélienne et les dispositifs mis en place par le Maroc. Il présente ces expériences comme des combinaisons d’instruments adaptés, d’institutions crédibles et d’un climat de confiance entretenu dans la durée.

Le guichet unique « Diaspora Invest » annoncé au Forum est présenté comme un point d’entrée vers les administrations et partenaires. L’API-Mali indique parallèlement qu’un guichet d’accompagnement consacré à la diaspora est en cours d’opérationnalisation. Leur articulation doit préciser les services accessibles à distance, les délais et le suivi des projets. La première édition avait réuni plus de 300 investisseurs venus de 66 pays et les rencontres B2B et les séances sur les projets bancables doivent rapprocher l’épargne disponible des besoins identifiés.

Les collectivités en première ligne

Pour les organisations de la diaspora, l’investissement productif ne se limite pas à la création d’une société. L’étude du FIDA y rattache aussi les activités génératrices de revenus, les équipements améliorant la production et certains investissements dans l’éducation ou la santé, lorsqu’ils renforcent durablement les capacités locales.

Parmi les 90 organisations interrogées, 83% citaient l’agriculture, 59% la santé et 58% l’éducation comme domaines souhaités d’intervention. Plus de la moitié conservaient un lien de solidarité et de redevabilité à l’échelle du village, plaçant les collectivités et les communautés locales parmi les acteurs du choix, du suivi et de la pérennité des projets.

Mahamadou Beïdaly Sangaré cite également l’agriculture et l’industrie parmi les activités susceptibles de créer des emplois et de la valeur ajoutée dans les économies locales. À l’apport financier s’ajoutent les compétences acquises à l’étranger, les partenaires techniques, les réseaux commerciaux, les méthodes de gestion et la connaissance de nouveaux marchés.

Le programme du Forum place ses échanges entre deux horizons : l’argent envoyé pour répondre à l’urgence familiale et le capital engagé sur plusieurs années. « Il ne s’agit pas de demander à la diaspora de choisir entre son intérêt personnel et l’intérêt national. Il s’agit de construire un système où les deux convergent naturellement », résume Harouna Niang.

Violences universitaires : le SNESUP décrète un arrêt de travail de 72 heures à la FST 

Le comité du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESUP) de la Faculté des sciences et techniques (FST) a annoncé, par communiqué, un arrêt de travail de 72 heures à compter de ce lundi 13 juillet jusqu’au mercredi 15 juillet 2026. Cette décision fait suite aux violences survenues le vendredi 10 juillet dernier au sein de la faculté, qui ont coûté la vie à un étudiant.

 

 

Les mauvais souvenirs des violences incessantes dans les espaces universitaires resurgissent. Ravivés par les événements du vendredi dernier qui ont engendré la mort tragique d’un étudiant à la Faculté des sciences et techniques (FST), sur la colline du savoir. Face à cette dérive estudiantine et à une permanente exposition de ses militants à l’insécurité, le comité du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de la Faculté des sciences et techniques (SNESUP-FST) a décidé d’observer un arrêt de travail.

 

Dans une lettre adressée au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le secrétaire général du comité SNESUP-FST justifie la mesure d’arrêt de travail par « l’insécurité chronique » qui règne depuis plusieurs années dans l’espace universitaire, ainsi que par les affrontements récents entre étudiants.

Le syndicat a exigé que les responsabilités soient établies et a appelé les autorités compétentes à prendre des mesures concrètes afin de mettre fin à l’insécurité qui touche les établissements universitaires, en particulier la FST.

 

Le comité SNESUP-FST a, par ailleurs, fait savoir qu’il se réserve le droit de prendre d’autres mesures qu’il jugera appropriées pour garantir la sécurité de ses militants et de ses militantes sur leur lieu de travail

 

Joseph Amara DEMBELE

 

Aigles du Mali : Anthony Da Silva fixe le cap

Un mois après la signature officielle de son contrat, Anthony Da Silva a effectué sa première sortie devant la presse le 6 juillet 2026 à Bamako. Le nouveau sélectionneur des Aigles a dessiné les contours d’un projet fondé sur l’exigence, l’identité et le jeu.

La ligne directrice est fixée. Anthony Da Silva veut bâtir une sélection compétitive, ouverte, mais encadrée par des principes clairs. Son ambition est d’installer une méthode, une discipline et une culture de la performance.

« Je vais tout faire et tout donner pour rendre le sourire au peuple malien. Cela ne sera pas facile, nous allons y aller étape par étape », a-t-il déclaré dans une prise de parole à la fois prudente et ambitieuse.

Pour y parvenir, le sélectionneur entend clarifier les règles d’accès à l’équipe nationale. Les critères sont établis : « le patriotisme, qui est non négociable, la discipline, non négociable aussi, les performances et l’état d’esprit ».

Une sélection ouverte, mais exigeante

Anthony Da Silva assure que la porte restera ouverte à tous les profils, sans distinction entre joueurs locaux et expatriés. « À partir du moment où les joueurs rentrent dans les critères que nous avons définis, qu’ils évoluent dans le championnat local ou à l’étranger, qu’ils aient 17 ans ou 35 ans, ils pourront être appelés », a-t-il insisté.

Sur le terrain, le nouveau patron des Aigles veut une équipe plus entreprenante. Son idée est claire : prendre l’initiative, garder le ballon et imposer le rythme. « J’aime que mes équipes soient protagonistes du jeu, qu’elles aient le ballon, parce que c’est nous qui devons dicter le rythme ». Dans les trente derniers mètres, Da Silva veut une équipe « plus tueuse », convaincu que ce détail a manqué au Mali ces dernières années.

La CAN 2027 comme premier test

Ce projet devra vite se traduire en résultats. Dès septembre prochain, les éliminatoires de la CAN 2027 offriront au nouveau sélectionneur son premier grand défi. Le Mali évoluera dans un groupe comprenant le Cap-Vert, auteur d’une Coupe du monde solide en restant invaincu dans le temps réglementaire face à l’Espagne, l’Uruguay et l’Argentine, ainsi que le Liberia et le Rwanda.

Pour réussir cette entrée en matière, Anthony Da Silva mise aussi sur un travail quotidien avec la Fédération et la Direction technique nationale. « C’est un travail collectif », a-t-il rappelé, avant de résumer son engagement en trois mots : « honnêteté, transparence et beaucoup de travail ».

Mohamed Kenouvi

Eaux en sachets : L’alerte à ne pas négliger

L’alerte venue du Sénégal ne doit pas être regardée comme une affaire lointaine. Des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop ont analysé 100 échantillons d’eaux en sachets, issus de 50 marques vendues à Dakar et à Mbour. Selon les résultats rapportés, 82% présentaient une contamination et seuls 2% étaient jugés satisfaisants. Au Mali, l’eau en sachets est entrée dans les habitudes. On la boit dans les écoles, les marchés, les gares, les bureaux, les cérémonies, les chantiers et les familles, surtout en période de forte chaleur.

Le problème n’est pas l’existence de cette eau. Elle répond à un besoin réel, dans un pays où l’accès à une eau potable disponible, fraîche et abordable est inégal. Le problème commence lorsque ce produit du quotidien échappe aux contrôles réguliers. Les questions de base sont pourtant simples : qui fabrique cette eau ? Avec quelle eau de base ? Dans quelles conditions d’hygiène ? Avec quels emballages ? Après quelles analyses ? Et sous la surveillance effective de quelle autorité ?

Le Mali ne peut pas attendre qu’un scandale sanitaire éclate pour agir. Les boissons et eaux vendues au public touchent d’abord les enfants, les travailleurs modestes et les populations qui n’ont pas toujours d’autre choix. La sécurité alimentaire ne doit pas être visible seulement dans les textes. Elle doit se voir dans les inspections, les laboratoires, les autorisations, les sanctions et l’information du consommateur.

Encadrer ce secteur ne signifie pas tuer les petits producteurs. Cela signifie les former, les contrôler et protéger le public. L’eau est trop essentielle pour être abandonnée à une confiance aveugle.

Culture : « TƐGƐNƆ », l’empreinte d’un héritage ancestral

Au Musée national du Mali, l’artiste Abdou Ouologuem propose « TƐGƐNƆ », « L’Empreinte », une exposition qui met en dialogue les collections patrimoniales du musée et la création contemporaine. À travers objets anciens, œuvres d’art, photographies et traces matérielles du passé, elle interroge la transmission de l’héritage malien aux jeunes générations.

Dans la salle d’exposition, le bruit de la ville s’efface. Sous une lumière douce, les visiteurs avancent entre les vitrines, face à des pièces qui racontent plusieurs siècles d’histoire. Bijoux, statuettes, manuscrits, instruments de musique et objets du quotidien rappellent la richesse des savoir-faire, des croyances et des modes de vie qui ont façonné le Mali.

Le parcours réserve aussi des découvertes plus rares. Des fragments de textiles anciens, issus des grottes des Tellem en pays dogon, témoignent d’une maîtrise ancienne du tissage. « J’ai appris ici que nos ancêtres pouvaient transformer la laine de mouton en tissu bien avant l’arrivée des techniques modernes », confie Kadidiatou Sow, étudiante en patrimoine culturel. À quelques pas de là, les parures en or, en argent et en cuir, ainsi que le « Tafé », habit traditionnel lié à l’honneur et à la protection de la femme, rappellent que le vêtement pouvait aussi porter une dignité sociale.

Mémoire visuelle

La force de « TƐGƐNƆ » tient à son refus d’enfermer le patrimoine dans le passé. Les œuvres contemporaines, notamment celles d’Abdoulaye Konaté, répondent aux poteries, aux masques et aux objets anciens. Les photographies de Malick Sidibé et de Seydou Keïta, témoins de l’élégance et des mutations sociales du Mali moderne, dialoguent avec des manuscrits et des pièces rituelles.

Pour Abdou Ouologuem, sortir ces objets des réserves du Musée national relève d’un geste de transmission. « Je ne voulais pas parler d’une communauté plutôt que d’une autre. Je voulais parler de l’empreinte d’un peuple, de ce que nos ancêtres ont fait comme travail, de ce qu’ils nous ont laissé comme héritage », explique l’artiste.

Le message touche les visiteurs. Pour Kadidiatou, le patrimoine malien n’a pas disparu, mais sa transmission s’est affaiblie. Elle estime qu’il faut l’enseigner dès l’enfance, à l’école comme dans les familles.

En quittant l’exposition, les objets du quotidien prennent une autre valeur. Une calebasse, un tissu, un outil ou un geste artisanal deviennent les signes d’une mémoire encore vivante. « TƐGƐNƆ » rappelle ainsi qu’un peuple ne construit son avenir qu’en reconnaissant l’empreinte de ceux qui l’ont précédé.

Salimata Wagué

Hivernage : Le paludisme en première ligne

Chaque hivernage rappelle la vulnérabilité du Mali face au paludisme, à la fièvre typhoïde et aux maladies diarrhéiques. Malgré les campagnes de prévention, ces pathologies touchent encore les plus exposés, notamment les enfants et les femmes enceintes.

Parmi les maladies fréquentes durant la saison des pluies, le paludisme reste la première préoccupation. Sa transmission augmente chaque année pendant cette période, avec un pic observé entre juillet et décembre.

Le Mali fait partie des 11 pays les plus touchés par le paludisme, selon Medicines for Malaria Venture. En 2022, la maladie représentait 37% des consultations et 27% des décès dans les formations sanitaires.

Le pays continue de porter une part importante de la charge mondiale. En 2023, il représentait 3,1% des cas de paludisme et 2,4% des décès dans le monde, ainsi qu’environ 6,6% des cas en Afrique de l’Ouest.

Même si la prévalence chez les enfants de moins de cinq ans est passée de 47% en 2012 à 19% en 2021, les défis restent nombreux. Ils concernent le diagnostic tardif, les formes graves, l’accès limité aux soins et la compréhension des messages de prévention, dans un pays où l’alphabétisation des adultes est autour de 35,6%.

Diagnostic tardif

Les eaux stagnantes, l’humidité et l’insalubrité transforment l’environnement en terrain favorable aux moustiques et à plusieurs infections, explique le Dr Goïta, médecin au Centre de santé communautaire de Lafiabougou 1, en Commune IV du District de Bamako. Si ces conditions favorisent maladies de peau, infections respiratoires et maladies parasitaires, le paludisme demeure la première cause de consultation.

Le médecin déplore surtout le recours tardif aux centres de santé. Selon lui, ce retard complique la prise en charge, augmente le risque de formes graves et renchérit le coût des soins.

L’accès aux soins est lui-même fragilisé dans certaines zones. Des données humanitaires récentes indiquent qu’environ 4% des structures de santé étaient non fonctionnelles et 10% partiellement accessibles dans les zones affectées par l’insécurité.

Pour le Dr Goïta, la prévention est essentielle. L’assainissement du cadre de vie, l’utilisation des moustiquaires imprégnées et la protection des maisons contre les moustiques « restent des mesures simples mais efficaces ».

Depuis 2012, le Programme national de lutte contre le paludisme mène la chimio-prévention saisonnière chez les enfants de 3 à 59 mois. Mais le dispositif est confronté à l’inobservance des doses administrées par les familles, à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire, au faible niveau d’alphabétisation et aux difficultés d’accès aux soins.

Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi

N’golo Diarra : « Aucune portion du territoire ne doit être laissée à l’ennemi »

Depuis le 4 juillet 2026, Anéfis est au cœur d’une nouvelle séquence sécuritaire dans le nord du Mali, après des attaques menées par des groupes armés contre les positions de l’armée. En réponse, les Forces armées maliennes ont lancé des contre-offensives pour reprendre l’initiative et consolider le contrôle de cette localité stratégique. Pour Dr N’golo Diarra, enseignant-chercheur et spécialiste des relations internationales, de la diplomatie et de la géopolitique des conflits armés, cette situation traduit surtout la volonté de l’État malien de réaffirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national.

Quelle lecture faites-vous de la situation sécuritaire en cours à Anéfis, dans un contexte où le Mali reste confronté à la pression des groupes armés ?

Il faut rappeler que le Mali revient de très loin dans cette lutte contre le terrorisme. À un moment donné, le pays avait perdu le contrôle d’une très grande partie de son territoire. Aujourd’hui, avec la réorganisation et la montée en puissance des forces armées, l’État est parvenu à reprendre l’initiative sur plusieurs fronts. Mais tous les observateurs s’accordent à dire que le pays reste confronté au harcèlement des groupes terroristes et de leurs soutiens.

Que traduit, selon vous, la contre-offensive engagée par l’armée malienne face à ces attaques ?

Cette contre-offensive montre la détermination de l’armée à assumer ses missions essentielles : défendre l’intégrité du territoire, protéger les personnes et sécuriser leurs biens. La paix totale ne peut pas encore être proclamée sur toute l’étendue du territoire national, mais l’armée envoie un message clair : le reste du pays appartient à l’État malien et aucune portion du territoire ne doit être laissée à l’ennemi.

Pourquoi Anéfis occupe-t-elle une place aussi stratégique dans le rapport de force entre l’État malien et les groupes armés?

Au-delà de sa position géographique, cette localité représente un enjeu politique et militaire. Les mouvements indépendantistes et leurs soutiens cherchent à s’appuyer sur certaines zones pour maintenir une capacité de pression sur l’État malien. C’est dans cette logique qu’ils invoquent souvent le droit des peuples à l’autodétermination.

Comment comprenez-vous cette référence au droit à l’autodétermination ?

C’est un argument que ces mouvements utilisent pour tenter de légitimer leurs revendications. Mais, dans les faits, pour revendiquer un territoire, il faut d’abord chercher à en contrôler une partie. C’est précisément ce que ces groupes essaient de faire. En face, l’État malien agit pour déjouer ce plan, réaffirmer sa souveraineté et ramener l’ensemble du territoire dans le giron national.