Crises africaines : L’Union africaine face au défi de l’action

Plusieurs conflits armés demeurent actifs en République démocratique du Congo, au Soudan, dans le Sahel et dans la Corne de l’Afrique, avec des conséquences humaines et sécuritaires majeures. Dans ce contexte, l’Union africaine peine à s’imposer comme un acteur central, tandis que les initiatives diplomatiques et sécuritaires sont largement portées par des puissances extérieures.

De l’est de la République démocratique du Congo au Soudan, les dynamiques de violence continuent de s’intensifier ou de se fragmenter. En RDC, les affrontements impliquant des groupes armés aux ramifications régionales provoquent des déplacements massifs de populations et fragilisent davantage un État déjà sous pression. Malgré des cadres de dialogue existants et des accords successifs, les combats se poursuivent, mettant en évidence l’incapacité des mécanismes africains à imposer une désescalade durable.

Au Soudan, le conflit déclenché en 2023 a entraîné l’effondrement quasi total des structures étatiques. Les violences récurrentes, y compris contre des installations humanitaires et onusiennes, illustrent une guerre devenue incontrôlable, où les appels de l’Union africaine à un cessez-le-feu restent sans effet concret. La situation humanitaire y est aujourd’hui l’une des plus graves au monde, avec des millions de déplacés et de réfugiés.

Au Sahel, la persistance des groupes armés et la recomposition des alliances régionales traduisent une instabilité durable. Face au relatif effacement de l’Union africaine, certaines organisations sous-régionales, dont la CEDEAO, tentent de s’affirmer sur la gouvernance, les transitions politiques et la sécurité, malgré des divergences internes et des capacités opérationnelles inégales.

Face à ces crises, l’Union africaine apparaît souvent en retrait, les médiations les plus visibles étant menées par des acteurs extérieurs comme les États-Unis, le Qatar ou certaines puissances européennes. Si ces initiatives maintiennent parfois le dialogue, elles restent largement guidées par des intérêts stratégiques liés aux ressources, à l’énergie, à la sécurité maritime et à l’influence géopolitique.

Cette situation alimente le sentiment d’une marginalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Cantonnée à un rôle surtout normatif, l’Union africaine peine à traduire ses positions en actions concrètes, tandis que la multiplication des conflits interroge quant à sa capacité réelle à prévenir et résoudre les crises.

Le sommet de l’Union africaine de février 2026 est attendu comme un test de la capacité de l’organisation à renforcer son rôle opérationnel dans la gestion des crises, notamment sur les mécanismes de prévention, de médiation et de financement de la paix, à l’épreuve de conflits persistants.

Massiré Diop

Biennale artistique et culturelle 2025 : Bougouni sur la plus haute marche

La Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025 s’est achevée le 28 décembre dans la cité des 333 saints. Au terme de plusieurs jours de compétition et de célébration des expressions culturelles nationales, la région de Bougouni s’est hissée sur la plus haute marche du podium.

L’événement, placé sous le signe de la résilience et de l’unité nationale, a connu une clôture solennelle et festive au stade municipal, en présence d’un public nombreux et d’autorités politiques, coutumières et religieuses.

Présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, le général de division Abdoulaye Maïga, au nom du Président de la Transition, cette cérémonie a été l’occasion de couronner les lauréats de cette édition historique, la première organisée dans une région du nord du pays.

La région de Bougouni a remporté la première place avec 92 points, saluée pour la qualité et la cohérence de ses prestations artistiques. Elle est suivie par la région de Dioïla (90 points) et la région hôte Tombouctou (85 points), toutes distinguées pour leur engagement culturel et leur créativité.

Un prix spécial du Président de la Transition, doté d’un million de francs CFA, a également été attribué à la troupe de la région de Kidal, récompensant la richesse de son expression artistique.

Dans son allocution, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a salué la forte mobilisation des participants et du public, affirmant que « la Biennale demeure un cadre majeur de valorisation des expressions culturelles nationales ».

Il a insisté sur l’importance de la culture comme vecteur de cohésion sociale, de paix et de développement, réaffirmant l’engagement de l’État à faire de ce secteur un pilier stratégique de la reconstruction nationale.

La cérémonie a également été marquée par la remise de diplômes d’honneur, de médailles et de distinctions diverses, ainsi que par des moments de célébration collective entre artistes, autorités et spectateurs.

À l’issue de cette édition, le Premier ministre a annoncé les régions hôtes des prochaines biennales : Bougouni en 2027, Koulikoro en 2029 et Gao en 2031, scellant ainsi l’avenir de cette manifestation culturelle d’envergure nationale.

La biennale de Tombouctou 2025 restera dans les mémoires comme un moment fort de rassemblement autour de l’art, de la tradition et de l’expression malienne, dans une ville symbole de patrimoine et de résistance culturelle.

Mohamed Kenouvi

 

Confédération AES : Une feuille de route consolidée pour la souveraineté, la sécurité et le développement

Réunis le 23 décembre 2025 à Bamako, les Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) ont clos leur 2ème session ordinaire par une série de décisions majeures. Sécurité collective renforcée, approfondissement de l’intégration institutionnelle, affirmation diplomatique et priorités de développement endogène ont marqué les conclusions de ce sommet stratégique pour l’avenir de l’espace confédéral.

Le Collège des Chefs d’État a d’abord passé en revue l’état d’exécution des décisions issues de la première session tenue à Niamey en juillet 2024. Les dirigeants ont pris note, avec satisfaction, du relevé des conclusions de la première session du Conseil des ministres de l’AES, organisée à Bamako les 20 et 21 décembre 2025, et en ont entériné les recommandations jugées pertinentes. Les rapports relatifs à la mise en œuvre de la feuille de route de l’An I ainsi qu’aux négociations entre l’AES et la CEDEAO ont également été examinés et approuvés.

Le sommet a salué le leadership exercé par le Président Assimi Goïta dans la phase de mise en place de la Confédération. Les Chefs d’État se sont félicités des progrès réalisés dans la consolidation de l’identité politique et institutionnelle de l’AES, matérialisée notamment par l’adoption d’un logo, d’un drapeau, d’un hymne, d’une devise, de documents d’identité confédéraux, ainsi que par la création d’outils médiatiques et financiers communs, dont la Télévision et la Radio AES et la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement.

Quatre protocoles structurants adoptés

L’un des temps forts de cette session a été l’adoption de plusieurs protocoles additionnels destinés à renforcer l’architecture institutionnelle de la Confédération. Les Chefs d’État ont ainsi validé des instruments juridiques relatifs à la défense et à la sécurité, à la coordination diplomatique, à la coordination des actions de développement, ainsi qu’à l’organisation des sessions confédérales des Parlements. Il a été instruit au Conseil des ministres de veiller à leur mise en œuvre diligente et efficace.

Dans le domaine sécuritaire, le Collège a réaffirmé sa détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Les tentatives de déstabilisation des États membres, y compris celles soutenues par des acteurs étatiques étrangers, ont été fermement condamnées.

Les Chefs d’État se sont également félicités de l’excellence de la coordination entre les Forces de défense et de sécurité, notamment à travers les opérations conjointes ayant permis de réduire significativement les capacités de nuisance des groupes terroristes.

Sécurité et souveraineté renforcées

La session a également consacré l’entrée en activité officielle de la Force unifiée de la Confédération AES (FU-AES), marquée par la remise solennelle de son étendard le 20 décembre 2025.

Dans un contexte géopolitique jugé complexe, les Chefs d’État ont appelé à un renforcement de la coopération judiciaire afin de mieux défendre la souveraineté juridique des États membres et de contrer les campagnes de désinformation et de harcèlement judiciaire visant les ressources naturelles de la Confédération.

Sur le plan diplomatique, le Collège a salué les efforts ayant permis à l’AES de s’imposer comme un acteur géopolitique crédible dans la sous-région et au-delà. La concertation préalable aux grandes rencontres internationales et la coordination des positions communes ont été encouragées, tout comme l’implication accrue de la diaspora dans la dynamique de développement et de communication confédérale.

Développement endogène

En matière de développement, les Chefs d’État se sont réjouis des résultats enregistrés, notamment l’opérationnalisation du prélèvement confédéral et la création de la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement, instruments clés du financement endogène.

La convergence des politiques économiques, la transformation locale des matières premières, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes ont été identifiées comme des priorités pour bâtir une AES des peuples.

Ibrahim Traoré prend les commandes

À l’issue des travaux, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a été désigné Président de la Confédération des États du Sahel pour un mandat d’un an.

Dans son discours d’acceptation, il a placé son action sous le sceau de la continuité, tout en appelant à une mobilisation accrue pour répondre aux aspirations des populations.

En clôturant la session, le Président Assimi Goïta a exprimé sa confiance dans l’avenir de l’AES, affirmant que la Confédération poursuit sa marche résolue vers l’émancipation, la stabilité et la prospérité partagée.

Mohamed Kenouvi

Restriction d’entrée aux USA : les motifs de l’ajout du Mali

À compter du 1er janvier 2026, les ressortissants maliens seront soumis à une restriction d’entrée aux États-Unis dans le cadre d’un dispositif sécuritaire américain. Les motifs avancés, leurs implications concrètes et les voies de réévaluation prévues permettent d’en mesurer la portée réelle.

À quelques jours de son entrée en vigueur, la restriction américaine visant les ressortissants du Mali s’inscrit dans un cadre juridique déjà mobilisé par l’exécutif des États-Unis pour ajuster sa politique d’admission. Le texte officiel ne cible pas un événement précis ni une défaillance ponctuelle imputée aux autorités maliennes. Il intègre le Mali à un groupe de pays pour lesquels Washington estime que les conditions actuelles ne permettent pas d’assurer un niveau de contrôle jugé conforme à ses exigences de sécurité.
Cette décision ne concerne pas uniquement le Mali. Les ressortissants du Niger et du Burkina Faso, également membres de l’Alliance des États du Sahel, sont soumis au même régime de restriction, traduisant une appréciation américaine globale de la situation sécuritaire dans l’espace sahélien.
Les motifs explicitement associés au Mali reposent sur une appréciation générale de la situation sécuritaire. Les autorités américaines évoquent un contexte de conflit armé persistant et la présence de groupes qualifiés de terroristes disposant, selon leur analyse, de capacités d’action dans certaines zones du territoire. Cette lecture est présentée comme un facteur de risque suffisant pour justifier la suspension de l’entrée des ressortissants maliens, indépendamment de leur profil individuel.
Il convient de souligner ce que le texte ne met pas en avant. Aucune référence chiffrée n’est faite à des dépassements de durée de séjour, à des fraudes documentaires spécifiques ou à un défaut mesurable de coopération consulaire. Les arguments retenus relèvent d’une approche structurelle et sécuritaire, inscrite dans une perception régionale plus large du Sahel, régulièrement abordé dans les documents américains sous l’angle de l’instabilité et de la lutte contre les groupes armés.
Sur le plan pratique, la mesure s’appliquera aux ressortissants maliens se trouvant hors des États-Unis au 1er janvier 2026 et ne disposant pas d’un visa valide à cette date. Les visas délivrés antérieurement ne sont pas automatiquement annulés par le dispositif. Des exceptions sont prévues, notamment pour les résidents permanents, certaines catégories diplomatiques, les binationaux voyageant avec un passeport non concerné, ainsi que pour des cas examinés au titre de l’intérêt national américain.
Les conséquences se font déjà sentir dans plusieurs secteurs. Les projets académiques, les déplacements professionnels, les échanges culturels et les tournées artistiques sont directement affectés par l’incertitude créée autour des procédures d’entrée. Pour les familles et les membres de la diaspora, la restriction complique les mobilités et prolonge des séparations parfois déjà éprouvantes.
L’impact dépasse ainsi le seul cadre administratif pour toucher des dynamiques humaines et économiques plus larges.
La mesure n’est toutefois pas présentée comme définitive. Le dispositif américain prévoit des mécanismes de réévaluation périodique, généralement tous les six mois.
Ces revues permettent d’examiner l’évolution de la situation des pays concernés et d’apprécier les efforts consentis en matière de sécurité, de coopération administrative et de procédures d’identification. Dans des cas antérieurs, certains États ont été retirés de listes similaires à l’issue de processus techniques et diplomatiques progressifs, souvent menés hors de l’espace public.
Au-delà du cas malien, cette décision illustre une tendance plus générale au durcissement des politiques de mobilité internationale, où les considérations sécuritaires pèsent de plus en plus lourd dans l’accès aux territoires.
Pour les pays de l’AES, l’enjeu dépasse la seule levée d’une restriction administrative. Il renvoie à leur capacité collective à peser sur la perception internationale de leur environnement sécuritaire, sans fragiliser les échanges académiques, culturels et humains.

Le risque de la privatisation des conflits armés en Afrique de l’Ouest : Enjeux et conséquences

Nos États sont confrontés à une recrudescence de violences armées et à une menace terroriste persistante. Face à ces défis sécuritaires incessants, une tendance majeure se dessine : le recours croissant des États à des sociétés privées militaires. Ce phénomène, qui marque une étape vers la privatisation de la guerre, soulève des questions fondamentales sur la souveraineté étatique, la sécurité régionale et le respect des droits humains.

Ce recours aux acteurs privés s’explique par des impératifs à la fois opérationnels et politiques, mais il engendre des conséquences systémiques qui menacent la stabilité à long terme du continent.

Les facteurs du recours à la sécurité privée

Le choix des États africains d’externaliser une partie de leurs fonctions de défense et de sécurité repose principalement sur deux motivations interdépendantes : la faiblesse structurelle des armées nationales et la recherche d’une couverture politique. Ces facteurs s’expliquent par :

1-La carence des moyens étatiques

De nombreux États africains souffrent d’un sous-équipement chronique et d’un manque de moyens logistiques et humains pour faire face efficacement aux guerres asymétriques et au terrorisme. Les armées nationales peinent à couvrir l’étendue de leurs territoires et à maintenir une présence opérationnelle constante. Dans ce contexte, les sociétés privées militaires offrent une solution de substitution rapide et flexible, fournissant des expertises, des technologies et des troupes immédiatement disponibles, sans les longs délais de formation et d’acquisition d’équipement requis par les forces armées régulières.

2-L’opportunité politique et la gestion de l’opinion

Le deuxième aspect est d’ordre politique. L’engagement de contractants privés permet aux dirigeants de minimiser l’impact politique des conflits sur l’opinion publique nationale. En cas de pertes humaines ou matérielles, celles-ci sont imputées aux sociétés privées plutôt qu’aux forces armées nationales. Cette externalisation des pertes en vies humaines et des ressources matérielles permet aux gouvernements de se prémunir contre la critique et de maintenir un récit de « guerre sans victimes » au sein de leurs propres rangs, facilitant ainsi la gestion politique des opérations militaires.

Les risques systémiques de la privatisation des conflits armés

Si le recours aux sociétés privées militaires apporte des avantages tactiques immédiats, il introduit des risques majeurs qui sapent les fondements de l’État de droit et exacerbent les violences.

1-L’escalade des coûts et l’aggravation des violences structurelles

Contrairement à l’idée reçue, la privatisation de la défense n’est pas une solution économique. Elle entraîne une augmentation significative des budgets de défense, les contrats avec les services privés militaires étant souvent coûteux. De plus, l’introduction d’acteurs dont le profit dépend de la persistance du conflit risque d’entraîner une aggravation des violences structurelles. Ces sociétés peuvent avoir un intérêt direct à prolonger les hostilités ou à déstabiliser des régions pour justifier la reconduction de leurs contrats, transformant la guerre en une industrie lucrative et auto-entretenue.

2-Le déficit de contrôle et les violations des droits humains

Le risque le plus grave réside dans le déficit de contrôle étatique sur les actions de ces sociétés. Opérant souvent dans un vide juridique ou dans des zones de non-droit, les services privés militaires peuvent se livrer à de graves violations des droits humains (exécutions extrajudiciaires, violences contre les civils) sans que les États qui les emploient ne puissent ou ne veuillent exercer une supervision effective. L’absence de mécanismes de reddition de comptes clairs et la difficulté à poursuivre ces acteurs en justice créent un climat d’impunité qui compromet les efforts de paix et de réconciliation.

 

En conclusion : la tendance actuelle confirme une évolution vers une privatisation des conflits où l’industrie militaire privée se profile comme un acteur géopolitique incontournable en Afrique. Si les services privés militaires comblent un vide sécuritaire immédiat, ces sociétés représentent un danger existentiel pour la gouvernance et la stabilité. Les États africains doivent urgemment renforcer leurs capacités militaires nationales et établir un cadre réglementaire international strict pour encadrer l’action des sociétés privées, afin d’éviter que la quête de sécurité ne se transforme en une source d’insécurité et d’impunité durable.

Alassane Maïga

14ème camp national des volontaires : La Croix-Rouge malienne mobilise sa jeunesse autour de l’engagement citoyen

La cérémonie d’ouverture du 14ᵉ camp national des jeunes et des volontaires de la Croix-Rouge malienne, organisée le 19 décembre 2025 à Bamako, a marqué le lancement officiel de quatre jours d’échanges et de renforcement de capacités, dans un contexte où l’action humanitaire demeure un enjeu central pour les communautés.

Cette édition, placée sous le thème « Croix-Rouge malienne, 60 ans d’espérance et d’engagement humanitaire portés par les volontaires », met en lumière le rôle déterminant des plus de 10 200 volontaires qui œuvrent à travers tout le pays, souvent en première ligne face aux urgences humanitaires, sanitaires et sociales.

La cérémonie a enregistré la présence de plusieurs personnalités, notamment le Directeur national de la Jeunesse, représentant le ministre de la Jeunesse et des Sports, des autorités administratives, coutumières et religieuses, ainsi que la Présidente nationale et le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne. Des représentants des structures de jeunesse du pays ont également pris part à l’événement, soulignant l’ancrage institutionnel et citoyen de ce camp national.

Prenant la parole au nom des jeunes volontaires, Aboubacar Doumbia, président de la Commission nationale de la Jeunesse de la Croix-Rouge malienne, a rappelé la vocation première de ce rassemblement.

Selon lui, le camp constitue « un espace de renforcement des capacités, d’échanges intergénérationnels et de réflexion stratégique », mais surtout un cadre où chaque jeune est appelé à devenir « acteur du changement ».

Il a lancé un appel direct à la jeunesse malienne, l’invitant à rejoindre le volontariat humanitaire, présenté comme « un devoir moral » et « une manière de redonner sans attendre, d’aimer sans condition ».

Pour la Présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, le camp national demeure un pilier fondamental de la dynamique volontaire. « Si le volontariat est un principe, le camp national en est l’incubateur », a-t-elle affirmé, soulignant que ce 14ᵉ rassemblement constitue également un cadre structurant de formation à la citoyenneté responsable et à un engagement humanitaire éclairé.

Elle a exhorté les participants à tirer profit de chaque instant de ce rendez-vous pour apprendre, échanger et renforcer leur engagement au service des communautés.

Représentant les autorités publiques, le Directeur national de la Jeunesse, Ibrahim Boubacar Kalossi, a pour sa part salué l’initiative et rappelé les attentes placées en la jeunesse. Il a décrit le camp comme « un carrefour de réflexion, de formation et d’engagement », destiné à forger des bâtisseurs de paix et des leaders solidaires. Face aux défis auxquels le pays est confronté, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’esprit critique, l’engagement civique et la capacité des jeunes à servir sans distinction.

La cérémonie d’ouverture s’est achevée par un panel animé par le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne et le Directeur général du Centre national de promotion du volontariat. Les échanges ont porté sur le rôle central du volontariat dans l’action humanitaire et la résilience des communautés.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Bamako accueille l’ouverture de la 2ᵉ session du collège des Chefs d’État

La 2ᵉ session du collège des Chefs d’État de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est ouverte solennellement ce mardi 23 décembre 2025 au Centre international de conférences de Bamako. Réunis autour d’une vision commune de souveraineté et d’intégration, les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont dressé le bilan de la première année de la Confédération et réaffirmé leur détermination à consolider ce projet stratégique.

Aux côtés des Chefs d’État, l’ensemble des membres des gouvernements des trois pays, des représentants du corps diplomatique ainsi que des autorités administratives, coutumières et religieuses, ont assisté à la cérémonie, témoignant de l’importance politique et symbolique de cette session.

La cérémonie s’est ouverte par la projection d’un film institutionnel retraçant les réalisations de la première année d’existence de la Confédération AES. Cette rétrospective a permis de mettre en lumière les avancées enregistrées depuis la création de l’organisation, malgré un environnement régional et international jugé complexe.

Prenant la parole, le Capitaine Ibrahim Traoré a livré un discours aux accents mobilisateurs. Évoquant les défis à venir, le Président du Faso a parlé d’un « hiver noir » qui menacerait l’Afrique de l’Ouest, soulignant que la création de l’AES répondait à la nécessité d’anticiper et de faire face collectivement à ces périls. Pour lui, l’unité des trois États constitue un rempart face aux épreuves annoncées. Il a reconnu que le chemin emprunté n’est pas exempt de difficultés, tout en affirmant que la Confédération progresse avec sérénité vers ses objectifs. « Une chose est sûre, l’AES vaincra », a-t-il martelé, réaffirmant la foi des dirigeants dans le projet confédéral.

Le Président nigérien, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, a pour sa part insisté sur la dimension souverainiste de l’Alliance. Selon lui, la création de l’AES marque une prise en main effective du destin des peuples concernés. Il a souligné que la souveraineté recherchée n’est pas un simple slogan, mais un engagement quotidien qui se traduit par des actes concrets. Pour le Chef de l’État nigérien, le combat mené par l’AES s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance africaine, porteuse des germes d’une Afrique libre et souveraine.

Abdourahamane Tiani a également replacé cette session dans un contexte mondial en pleine mutation, caractérisé par des défis multiformes. Il a indiqué que cette rencontre offre l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis un peu plus d’un an, malgré les adversités internes et externes, tout en réfléchissant collectivement aux perspectives d’approfondissement et d’opérationnalisation de la Confédération afin de répondre aux aspirations des populations.

Clôturant la série d’interventions, le Général d’armée Assimi Goïta a rappelé le contexte ayant présidé à la création de l’AES et a dressé le bilan de la présidence malienne de la Confédération, exercée depuis le 6 juillet 2024. Il a estimé que la Confédération a posé, en une année, les fondations d’une coopération renforcée et intégrée entre les États membres, guidée par l’intérêt exclusif et le bien-être des populations.

Le Président de la Transition a salué l’engagement des peuples de l’AES, qu’il a qualifiés de vaillants et résilients. Selon lui, leur adhésion précoce aux idéaux portés par la Confédération constitue un facteur déterminant dans la consolidation du projet commun et dans la poursuite des choix stratégiques opérés.

À noter que cette cérémonie d’ouverture a été précédée de deux inaugurations majeures à Bamako : celle de la Télévision de l’AES et celle de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BICD-AES). Deux instruments présentés comme essentiels pour accompagner la visibilité, le financement et l’opérationnalisation de la Confédération.

Par cette 2ᵉ session, les dirigeants de l’AES entendent ainsi franchir une nouvelle étape dans la structuration de leur alliance, en consolidant les acquis et en traçant les perspectives d’un espace sahélien plus souverain, solidaire et intégré.

Mohamed Kenouvi

CAN 2025 : les Aigles du Mali accrochés par la Zambie pour leur entrée en lice

Pour leur premier match à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, les Aigles du Mali ont concédé le match nul face à la Zambie, ce lundi 22 décembre, dans le cadre de la première journée du groupe A. Une rencontre globalement maîtrisée par la sélection malienne mais marquée par des occasions manquées et une égalisation concédée en toute fin de partie.

 

Opposés aux Chipolopolo de Zambie, les Aigles ont affiché une bonne maîtrise collective dès l’entame. En première période, le Mali s’est créé la meilleure occasion du match lorsqu’un penalty a été accordé à la suite d’une faute dans la surface. El Bilal Touré, chargé de l’exécution, a vu sa tentative repoussée par le gardien zambien, laissant le score vierge à la pause.

Au retour des vestiaires, la pression malienne a fini par payer. À la 61e minute, Lassine Sinayoko a ouvert le score, concrétisant une phase de domination marquée par un jeu plus incisif et une présence offensive plus affirmée. Le Mali semblait alors en mesure de gérer son avance, continuant à contrôler le rythme de la rencontre sans parvenir toutefois à se mettre définitivement à l’abri.

Ce manque d’efficacité a été sanctionné dans le temps additionnel. La Zambie a égalisé par Patson Daka, profitant d’un dernier ballon exploitable pour arracher le match nul et priver les Aigles d’un succès qui leur tendait les bras.

Ce résultat laisse le Mali avec un point au classement du groupe A, dans une poule où chaque détail pèsera dans la course à la qualification. L’autre rencontre du groupe a vu le Maroc s’imposer, plaçant les Aigles face à un défi majeur lors de la prochaine journée.

Sur le plan du jeu, la sélection malienne a montré une organisation solide et une capacité à imposer son tempo, malgré plusieurs absences notables. Elle devra néanmoins améliorer son efficacité offensive et la gestion des moments clés pour espérer engranger des points décisifs.

À l’issue de la rencontre, aucune déclaration individuelle de joueurs maliens n’avait encore été rendue publique en début de soirée, le groupe semblant concentré sur la suite de la compétition.

Les Aigles du Mali retrouveront le terrain le 26 décembre 2025 face au Maroc, pays hôte, pour un match déjà déterminant dans la phase de groupes, avant de conclure cette première étape de la compétition contre les Comores.

 

Académie des champions de la paix : la jeunesse sahélienne mobilisée pour une stabilité commune

La 3ᵉ édition de l’Académie des champions de la paix a été officiellement lancée le 19 décembre 2025 à Bamako. Initiée par l’ONG Think Peace, avec l’appui financier du Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC), cette rencontre a réuni pendant 5 jours 150 jeunes du Mali, du Burkina Faso et du Niger autour des enjeux de paix, de cohésion sociale et de stabilité régionale.

Placée sous le thème « Ensemble engageons-nous pour notre stabilité commune », cette 3ème édition de l’Académie des champions de la paix vise à renforcer l’engagement citoyen des jeunes du Sahel en faveur de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix.

La cérémonie de lancement  était présidée par le chef de cabinet du ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Cheick Oumar Traoré, en présence de plusieurs responsables institutionnels, partenaires techniques et financiers, acteurs de la société civile et participants de l’académie.

Dans son intervention, le coordinateur national de l’ONG Think Peace, Abdou Kola Bocoum, a souligné la portée stratégique de cette 3ème édition. Selon lui, l’Académie entend approfondir les capacités techniques et analytiques des participants, renforcer la documentation et la diffusion des bonnes pratiques locales, tout en consolidant un réseau actif et engagé de champions de la paix.

Il a également insisté sur la vocation de l’académie à formuler des propositions et recommandations concrètes susceptibles d’alimenter les plans d’action des organisations et les politiques publiques.

Pour sa part, Frédéric Kaboré, chef d’équipe du FAMOC, a lancé un appel à la responsabilité de la jeunesse du Mali, du Burkina Faso et du Niger dans la recherche d’une paix durable. Il a mis en avant l’importance de la construction de réseaux de citoyens actifs capables de promouvoir la cohésion sociale et la paix, tout en appelant à la revalorisation des mécanismes et approches communautaires comme leviers essentiels de résolution des conflits dans l’espace sahélien.

S’adressant directement aux jeunes participants, le chef de cabinet du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Moussa Bamara, a rappelé que l’académie leur offre un cadre privilégié d’apprentissage, de réflexion et d’échanges.

Il les a encouragés à mieux comprendre les dynamiques locales des conflits, à renforcer leurs capacités d’analyse et à développer des initiatives innovantes au service du vivre-ensemble. Il a surtout invité les participants à transformer les enseignements reçus en actions concrètes et durables au sein de leurs communautés respectives.

De son côté, Cheick Oumar Traoré a mis en exergue le caractère pertinent et stratégique de l’Académie des champions de la paix. Il a estimé que ce cadre favorise le dialogue entre acteurs institutionnels, leaders communautaires, jeunes et femmes, tout en valorisant les pratiques endogènes de prévention et de gestion des conflits. Une approche qui contribue, selon lui, à renforcer la compréhension mutuelle et la coopération entre les acteurs du Sahel.

Tout au long des cinq jours d’activités, les 150 jeunes participants ont pris part à des sessions plénières, des panels thématiques et des ateliers pratiques portant notamment sur le contexte sécuritaire, la prévention et la gestion des conflits, la radicalisation et l’extrémisme violent, la cohésion sociale, la gouvernance locale, la désinformation, les droits humains ainsi que le leadership des jeunes et des femmes.

Des immersions communautaires, des espaces d’innovation, des dialogues intergénérationnels et des activités de cohésion ont également permis de croiser les expériences et de formuler des recommandations stratégiques, avec l’ambition de faire des champions de la paix des acteurs clés de la stabilité et du vivre-ensemble au Sahel.

Mohamed Kenouvi

An II de la dissolution de l’AEEM : La voix des étudiants quasi inaudible

Près de deux ans après la dissolution de l’AEEM, la violence a reculé dans les universités maliennes. Mais, derrière l’accalmie, les difficultés structurelles persistent et la capacité des étudiants à faire entendre leurs revendications s’est considérablement affaiblie.

Près de vingt-et-un mois après la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), le climat dans les cités universitaires s’est profondément transformé. Les affrontements armés, les rackets et les violences qui rythmaient autrefois la vie académique ont pratiquement disparu. À Kabala comme sur la Colline du savoir, les anciens foyers de tension sont désormais silencieux. Cette accalmie, saluée par de nombreux parents et responsables éducatifs, marque une rupture nette avec des décennies de dérives.

Créée en 1990 pour défendre les droits moraux et matériels des élèves et étudiants, l’AEEM s’était progressivement éloignée de sa vocation initiale. Instrumentalisée, infiltrée par des logiques de clans et de pouvoir, elle était devenue au fil des années un espace de violence et de prédation. Le 28 février 2024, lors du renouvellement de ses instances, des affrontements meurtriers éclatent entre factions rivales, causant la mort d’un étudiant et plusieurs blessés. Pour les autorités, le seuil de l’acceptable est franchi. Le 13 mars 2024, le gouvernement annonce officiellement la dissolution de l’AEEM.

Interrogations

Si la mesure est largement approuvée à l’époque, notamment pour avoir mis fin à l’insécurité chronique dans les universités, ses effets à moyen terme suscitent aujourd’hui des interrogations. Le calme est revenu, mais les conditions d’étude, elles, restent précaires. Retards dans le paiement des allocations, grèves répétées des enseignants, chevauchement des années académiques et infrastructures insuffisantes continuent de peser sur le quotidien des étudiants.

Selon un sondage réalisé auprès d’une centaine d’étudiants issus de différentes facultés, 57,33% déclarent regretter la dissolution de l’AEEM, contre 26,67% qui estiment qu’elle était nécessaire. Ce regret ne traduit pas une nostalgie des dérives passées, mais plutôt l’absence d’un cadre collectif capable de porter les revendications étudiantes.

Issiaka dit Bayo Koné, étudiant en Master à la Faculté des lettres de l’Université Yambo Ouologuem, résume ce malaise en ces termes : « il faut toutefois reconnaître que si la dissolution de l’AEEM a permis de rétablir un certain apaisement au sein de l’espace universitaire, la situation actuelle demeure préoccupante. En effet, les étudiants se retrouvent désormais livrés à eux-mêmes, sans structure capable de défendre leurs droits. Le Centre national des œuvres universitaires (CNOU) ne se sent plus réellement contraint de régulariser cette situation, sachant qu’aucune revendication n’est désormais possible ».

Difficultés en série 

Les difficultés académiques s’accumulent. Des étudiants admis en 2021 espéraient être aujourd’hui en cycle de Master. Beaucoup sont encore bloqués en deuxième année, sans visibilité claire. « Depuis notre admission, nous subissons reports, grèves et décisions administratives imposées. Nous n’avons aucun moyen de nous faire entendre », confie un étudiant sous couvert d’anonymat. Dans certaines facultés, des sessions uniques ont été imposées pour rattraper le retard, souvent au détriment de la qualité pédagogique.

Face à ce vide organisationnel, des réflexions émergent. En octobre 2024, lors d’une rencontre avec le Président de la Transition, l’Amicale des anciens militants et sympathisants de l’UNEEM a proposé la création d’une nouvelle structure étudiante, fondée sur des principes de paix, de responsabilité et de dialogue. L’idée d’une représentation refondée, débarrassée des pratiques violentes, fait son chemin parmi les étudiants.

Entre la fin d’une ère marquée par la violence et l’absence actuelle d’une voix structurée, l’université malienne traverse une phase de transition délicate. Le défi qui reste entier vise à préserver l’ordre retrouvé tout en redonnant aux étudiants un cadre légitime pour défendre leurs droits et améliorer durablement leurs conditions de vie et d’étude.

Joseph Amara Dembélé

CAN 2025 : Une édition aux équilibres incertains

Du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, le Maroc sera l’épicentre du football africain en accueillant la 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations. Organisée avec un calendrier inédit pour la compétition, cette CAN s’annonce disputée et riche en enjeux, dans un contexte où favoris confirmés et outsiders déterminés chercheront à s’imposer sur la scène continentale.

Le positionnement de la CAN 2025 en décembre et janvier marque une rupture avec les habitudes récentes. En arrêtant ce calendrier, la Confédération africaine de football a notamment tenu compte des contraintes liées à la nouvelle Coupe du Monde des clubs, disputée durant l’été, et à des conditions climatiques jugées plus favorables à cette période de l’année. La CAF annonce un coup d’envoi à Rabat avec un match du groupe A entre le Maroc et les Comores.

Neuf stades, répartis entre Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès, Tanger et Agadir, accueilleront les rencontres, illustrant l’ampleur du dispositif mis en place par le pays hôte.

Sur le plan sportif, cette édition s’annonce ouverte. Depuis 2010, le trophée continental a changé de mains à presque chaque édition, traduisant un football africain de plus en plus homogène et imprévisible. Sur cette période, seule la Côte d’Ivoire est parvenue à inscrire son nom au palmarès à deux reprises, confirmant la difficulté à s’imposer durablement dans la compétition.

Le Maroc face au poids de son statut

En tant que pays organisateur, le Maroc portera naturellement l’étiquette de favori. Portés par le parcours historique réalisé lors de la Coupe du monde 2022, les Lions de l’Atlas abordent cette CAN avec un effectif expérimenté et un encadrement désormais installé. Achraf Hakimi, Sofyan Amrabat et Youssef En-Nesyri symbolisent une génération ambitieuse, désireuse d’offrir au pays un deuxième titre continental, près d’un demi-siècle après le premier.

Toutefois, évoluer à domicile n’est pas systématiquement un avantage décisif. Les précédentes éditions ont montré que la pression liée au statut de favori peut peser lourd sur le pays hôte, dans une compétition où la marge d’erreur est réduite.

Des poids lourds aux outsiders ambitieux

Face au Maroc, plusieurs grandes nations avancent avec des arguments solides. L’Algérie, en quête de rachat après ses dernières désillusions, s’appuie sur un effectif mêlant expérience et jeunesse. L’Égypte, forte de ses sept titres continentaux, demeure une référence, portée par son efficacité et par des joueurs de premier plan comme Mohamed Salah.

La Côte d’Ivoire, tenante du titre, mise sur la continuité, tandis que le Sénégal et le Nigeria affichent des ambitions élevées grâce à des effectifs fournis et compétitifs. Le Cameroun, quintuple champion d’Afrique, conserve également son statut d’adversaire redouté.

Derrière ces sélections, plusieurs équipes apparaissent comme des outsiders crédibles. Le Mali, la Tunisie, l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, le Burkina Faso ou encore le Gabon disposent du potentiel nécessaire pour bousculer la hiérarchie. Fidèle à son histoire, la CAN pourrait aussi voir émerger des surprises venues de nations moins attendues, à l’image de la Gambie ou de la Guinée équatoriale.

Le Mali, l’espoir d’un premier sacre

Parmi les outsiders, le Mali suscite une attention particulière. Jamais sacré malgré plusieurs parcours aboutis, le pays nourrit toujours l’ambition de décrocher son premier titre continental.

Sous la direction de Tom Saintfiet, les Aigles disposent d’un groupe équilibré, associant cadres expérimentés et jeunes talents en progression. Le Mali devra d’abord franchir l’obstacle d’un groupe A relevé, composé du Maroc, de la Zambie et des Comores, avant d’espérer prolonger l’aventure et, peut-être, d’écrire une nouvelle page de son histoire footballistique. Rappelons que le Mali figurait régulièrement parmi les sélections présentes au second tour lors des dernières éditions.

Dr Bréhima Ely Dicko :  » Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement ».

Une année après sa création, la confédération des Etats du Sahel tient son deuxième sommet à Bamako. Une réunion décisive pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger réunis au sein de la confédération. Bréma Ely Dicko, sociologue, répond aux questions de Journal du Mali.

Le sommet de Bamako marque-t-il un tournant pour l’AES ?

Ce sommet constitue d’abord un moment d’évaluation. Deux ans après la création de la Confédération, il permet de mesurer ce qui a été effectivement mis en place. Des avancées sont déjà visibles, notamment la force conjointe réunissant des contingents des trois pays sous un commandement commun, ainsi que la régularité des concertations ministérielles et institutionnelles. Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement.

La multiplication des instruments confédéraux suffit-elle à crédibiliser le projet ?

La crédibilité tient avant tout à la volonté politique et à l’exécution. L’AES reprend des mécanismes déjà éprouvés, comme le passeport commun ou la coordination sécuritaire. Leur pertinence se mesurera à leur cohérence et à leurs effets concrets sur la sécurité et l’accès aux services essentiels, conditions du soutien des populations.

Quelle posture extérieure l’AES doit-elle adopter après la sortie de la CEDEAO ?

La sortie de la CEDEAO n’efface pas l’environnement régional. Enclavés, les pays de l’AES restent liés aux États côtiers par des interdépendances économiques et sécuritaires. Des relations pragmatiques s’imposent donc. À l’échelle internationale, la crédibilité de l’AES dépendra aussi de sa capacité à éviter les partenariats exclusifs et à diversifier ses coopérations dans un contexte mondial fragmenté.

Célia d’Almeida : « Il faut construire des cadres de réseautage, d’entraide et de collaboration entre les femmes »

L’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD) a réuni, les 12 et 13 décembre 2025 à Bamako, des femmes de différentes générations autour d’un dialogue consacré au leadership et à la citoyenneté au féminin. Dans cet entretien, sa représentante au Mali, Célia d’Almeida, nous parle des recommandations qui en sont issues et de la suite qui leur sera réservée. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

De quoi avez-vous parlé durant ces deux jours ?

Cette rencontre de Bamako était pour nous l’opportunité de confronter les différentes générations de femmes qui luttent pour l’épanouissement des femmes. Nous avons eu la chance d’accueillir des anciennes ministres, des directrices d’associations, des enseignantes, des chercheurs, ainsi que des jeunes, femmes et hommes, engagés dans la vie publique, communautaire et associative. Ils sont venus échanger leurs vécus, leurs expériences, mais aussi leurs recommandations sur ce que nous pouvons faire pour améliorer de manière positive et durable la participation et l’inclusion des femmes dans les processus de gouvernance dans notre pays.

Quelles sont les recommandations issues de ce dialogue ?

Différentes recommandations ont émergé des travaux. Par exemple, certaines sont liées au cadre social. Nous avons discuté de la manière dont nos communautés peuvent s’engager davantage, car il existe encore de nombreux défis pour les jeunes femmes et les filles, afin qu’elles puissent devenir des actrices à part entière de la vie communautaire. Une recommandation importante a également été faite concernant le cadre normatif : les lois et législations existantes peinent encore dans leur mise en œuvre et les violations ne sont pas toujours sanctionnées comme il se doit. Par ailleurs, un appel a été lancé pour que les femmes et les associations de femmes s’approprient le contenu des textes afin de mieux défendre leurs droits. Il est également essentiel que ceux chargés de la mise en œuvre de ce cadre normatif soient sensibilisés à le faire avec plus de conviction et d’engagement. La question de la collaboration entre les femmes a aussi été abordée. Nous avons souligné la nécessité de construire des cadres de réseautage, d’entraide et de collaboration entre les femmes et avec les autres acteurs de la communauté.

À qui est destiné le mémorandum contenant ces recommandations ?

Ce mémorandum est destiné à plusieurs groupes d’acteurs : aux femmes et à leurs organisations, ainsi qu’aux leaders d’influence, entre autres. Nous allons par exemple envoyer ces recommandations au RECOTRADE, car les réseaux de communicateurs traditionnels ont une forte influence au niveau social. Sur la question du changement des normes sociales en faveur des femmes, le RECOTRADE est un acteur très important. Nous adresserons également ce mémorandum aux différents ministères concernés par les questions des femmes et des droits humains, mais aussi à nos partenaires.

 

Comptes extérieurs : La BCEAO dresse le bilan 2024 du Mali

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a organisé ce 18 décembre 2025 la journée annuelle de diffusion des comptes extérieurs du Mali. La rencontre a  présenté les résultats de l’année 2024 ainsi que les perspectives pour 2025 et 2026, à partir du rapport annuel de l’institution.

Cette diffusion annuelle porte sur les échanges de biens et services, les revenus et les flux financiers entre le Mali et le reste du monde. Selon les données communiquées, l’activité économique au Mali a progressé en 2024, dans le sillage des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le taux de croissance du PIB est ressorti à 5,0%, contre 4,7% en 2023, une évolution principalement portée par la performance du secteur agricole. Sur les prix, le taux d’inflation a atteint 3,2% en 2024, contre 2,1% un an plus tôt, dépassant légèrement la norme communautaire de 3,0%.

Sur le plan des finances publiques, le déficit global s’est amélioré à 2,6% du PIB, contre 3,9% en 2023. Le déficit global renvoie à la position budgétaire de l’État rapportée au PIB. Les recettes budgétaires sont annoncées à 3 055,9 milliards de francs CFA, soit une hausse de 364,9 milliards et de 13,6% par rapport à 2023. Les recettes fiscales ont de leur côté atteint 2 185,4 milliards de francs CFA, contre 1 901,7 milliards en 2023, correspondant à une augmentation de 14,9%.

Les transactions économiques et financières entre le Mali et le reste du monde ont, en 2024, enregistré un solde excédentaire de 347,5 milliards de francs CFA. Cette évolution est attribuée à une diminution des importations, combinée à une augmentation des investissements directs étrangers, des emprunts et des crédits commerciaux, après un déficit de 555,3 milliards de francs CFA enregistré l’année précédente.

Pour 2025, les prévisions de croissance font état d’un taux attendu de 5,0%, selon les perspectives révisées du FMI en juillet, contre une estimation initiale de 4,7%. La projection est notamment liée à la détente des cours mondiaux des produits pétroliers et à la hausse du cours de l’or, principal produit d’exportation, présenté comme représentant environ 79% des exportations. Afin de renforcer la viabilité extérieure, le rapport évoque la nécessité de maintenir et d’intensifier des mesures de politique économique visant à contenir le déficit budgétaire, tout en citant la diversification des sources d’énergie, l’accélération de la transformation locale des ressources et la promotion de la paix sociale parmi les axes avancés pour consolider les acquis.

Politique et sécurité : Quel bilan pour l’année 2025 ?

L’année 2025 s’achève sur une impression de durcissement politique et de tension sécuritaire continue. Entre verrouillage de l’espace partisan, consolidation de l’appareil d’État et adaptation des groupes armés, le Mali a traversé une année dense et souvent heurtée.

Dès le début d’année, les autorités de la Transition affichent une orientation axée sur la souveraineté et la sécurité. Le 29 janvier 2025, la sortie de la CEDEAO, actée avec le Burkina Faso et le Niger un an plus tôt, devient effective, inscrivant la coopération régionale des trois États dans un cadre désormais porté par l’Alliance des États du Sahel, puis sa Confédération. Ce départ est perçu comme un signal politique fort, assumé comme une rupture avec les mécanismes régionaux jugés contraignants, sans pour autant effacer l’interdépendance économique et sécuritaire avec l’espace ouest-africain.

Sur le terrain, la situation sécuritaire demeure préoccupante, marquée par des attaques récurrentes contre des positions militaires et des axes stratégiques dans le centre et le nord, avec une pression qui, par endroits, se rapproche davantage du sud. En parallèle, les Forces armées maliennes renforcent leurs moyens opérationnels et intensifient leurs actions offensives, avec des opérations annoncées comme ayant permis de neutraliser des combattants et de désorganiser certaines bases arrière de groupes armés, même si l’instabilité ne se résorbe pas de façon uniforme.

Verrouillage politique

Le 13 mai 2025, le gouvernement franchit un cap avec le décret dissolvant les partis politiques et organisations à caractère politique, dans le prolongement des Concertations nationales tenues en avril. Cette décision verrouille largement le champ partisan et consolide un cadre politique centralisé, présenté par les autorités comme nécessaire pour préserver la stabilité dans un contexte de menace sécuritaire persistante.

Dans la foulée, le 16 mai, le Premier ministre Abdoulaye Maïga présente au Conseil national de transition le programme gouvernemental 2025 – 2026, axé sur la sécurité, la refondation de l’État et la stabilisation institutionnelle. En juillet 2025, la Charte de la Transition est révisée, officialisant la prolongation de la transition avec un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable jusqu’à la pacification du pays, une disposition qui consacre la concentration de l’Exécutif et place la sécurité au cœur de la trajectoire institutionnelle.

Dans ce climat, l’année est aussi marquée par des procédures visant d’anciens responsables. En août, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga est placé en détention dans le cadre d’une enquête pour corruption, tandis que l’ancien Premier ministre Moussa Mara est emprisonné le même mois, dans un contexte de tensions autour des prises de position politiques publiques.

Pression armée et blocus

À partir de septembre, des groupes djihadistes adaptent leur stratégie en mettant en place des formes de blocus sur plusieurs axes logistiques, notamment ceux liés à l’approvisionnement en carburant. Cette tactique provoque des pénuries dans plusieurs localités et centres urbains, affectant l’activité économique et la mobilité des populations. Face à ce changement, les FAMa intensifient les opérations, annoncent des actions de sécurisation de corridors et des interventions ciblées visant à réduire la capacité de nuisance des groupes armés.

Sur le plan diplomatique et sécuritaire transfrontalier, le gouvernement dépose le 4 septembre une requête contre l’Algérie à la Cour internationale de justice, après la destruction d’un drone malien à la frontière dans la nuit du 31 mars au 1er avril, un épisode qui met en évidence la dimension régionale des enjeux de sécurité. Par ailleurs, le 8 octobre, 11 militaires, dont les Généraux Abass Dembélé et Nema Sagara, arrêtés début août dans une affaire de tentative de déstabilisation, sont radiés de l’armée.

Ainsi, le bilan 2025 dessine un pays où l’État renforce ses instruments politiques et sécuritaires, tandis que la conflictualité se reconfigure sans disparaître. L’équilibre recherché par les autorités entre contrôle intérieur, efficacité militaire et stabilité durable reste, à l’épreuve des faits, le principal marqueur d’une année qui a multiplié les décisions lourdes et les signaux de fermeté.

 Mohamed Kenouvi

Alliance des États du Sahel : L’architecture confédérale se dessine

À l’approche du deuxième sommet de l’AES, prévu les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako, le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent installer dans la durée ce qui n’était il y a encore un an qu’une promesse d’intégration accélérée. Force unifiée, banque confédérale et modalités de cohabitation avec l’espace CEDEAO après la sortie effective du 29 janvier 2025 structurent l’attente autour de ce rendez-vous.

La tenue du sommet s’inscrit dans une montée en régime voulue par les autorités des trois pays. Une réunion de hauts fonctionnaires a ouvert le cycle, suivie d’une session confédérale du Conseil des ministres, avant la rencontre des chefs d’État en clôture. Les documents examinés portent notamment sur l’évaluation de la mise en œuvre de la feuille de route de la première année et sur les instruments juridiques destinés à accélérer l’opérationnalisation de la Confédération.

L’architecture institutionnelle est récente et son calendrier est balisé. Rappelons que l’Alliance des États du Sahel a été créée le 16 septembre 2023, puis érigée en Confédération lors du sommet de Niamey du 6 juillet 2024. À Bamako, l’enjeu est donc moins de proclamer un projet que d’établir sa capacité à fonctionner, dans un environnement régional où l’interdépendance économique et sécuritaire demeure une donnée centrale.

Bilan

Pour le chercheur Bréhima Ely Dicko, le rendez-vous de Bamako relève d’abord d’un exercice d’inventaire. Il y voit un moment de consolidation et de continuité au sommet de la Confédération, dans un schéma de présidence tournante qui, selon lui, doit donner de la lisibilité à l’édifice en construction. Son propos s’attache à une mécanique interne qu’il estime déjà enclenchée, faite de réunions ministérielles tenues alternativement dans les trois pays, d’échanges entre institutions et d’une circulation plus régulière de délégations.

Dicko met également en avant des dispositifs encore inachevés mais présentés comme structurants, dont la mise en place d’une force conjointe avec commandement commun, la préparation d’outils de communication confédéraux et la construction d’une agence de développement. Il insiste sur un fil directeur qui traverse la plupart des annonces officielles : prouver que des décisions peuvent être prises ensemble et traduites en mécanismes, au-delà de la seule coordination politique.

Dans le même temps, l’AES a cherché à se doter d’une identité visible. Les symboles ont été publiquement mis en avant et des instruments administratifs ont été annoncés, dont le passeport biométrique de l’AES, mis en circulation le 29 janvier 2025, souvent présenté comme l’un des marqueurs les plus concrets car il touche directement la mobilité. La question, toutefois, ne se résume pas à l’affichage. La crédibilité dépend des textes d’application, des procédures, du financement et de la capacité d’exécution, éléments encore inégalement documentés dans le détail.

Sécurité

Le socle du projet demeure sécuritaire. L’AES a annoncé la montée en puissance d’une force unifiée rassemblant des contingents des trois pays, avec un commandement commun. L’effectif est fréquemment évoqué autour d’environ 5 000 hommes et un poste de commandement est souvent cité à Niamey. À ce stade, ce qui est publiquement observable renvoie surtout à une coordination accrue, sans que l’ensemble des règles d’engagement, de financement et d’intégration opérationnelle ne soit rendu public de manière exhaustive.

C’est pourtant sur ce passage vers l’opérationnel que se concentrent les attentes. Dicko souligne le signal politique que constitue un commandement commun et l’utilise comme argument de cohérence interne. Il insiste aussi sur l’idée que l’organisation doit démontrer sa capacité à transformer les décisions en actes, en assumant le coût d’une telle trajectoire, qu’il qualifie d’exigeante pour des États soumis à de fortes contraintes.

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré place la sécurité dans une logique régionale plus large. Il rappelle que les groupes armés ne se conforment ni aux frontières ni aux cadres institutionnels et que la coopération est, au minimum, une nécessité en matière d’information et de coordination. Son raisonnement s’appuie sur une contrainte que les autorités ne contestent pas : les populations sont exposées dans des espaces imbriqués et une rupture institutionnelle ne supprime pas les continuités de terrain.

Soumaré revient aussi sur la dimension logistique, indissociable du sujet. Les trois États étant enclavés, leur ravitaillement dépend de corridors traversant des pays côtiers. Il cite les difficultés d’approvisionnement en carburant comme illustration de la fragilité des chaînes logistiques lorsqu’une tension politique se traduit en blocage matériel. Dans cette logique, la coopération sécuritaire ne peut être pensée sans arrangements pragmatiques avec les voisins, car les mêmes routes servent à la fois aux échanges économiques, à l’aide humanitaire et à la stabilité quotidienne.

Banque

Le chantier économique le plus structurant s’est précisé avec la Banque confédérale d’investissement et de développement. L’économiste Modibo Mao Makalou indique que la création de l’institution a été actée le 11 décembre 2025 par la finalisation des statuts constitutifs, avec l’objectif de financer des priorités communes et des projets structurants, dans une logique d’autonomie économique et financière de l’ensemble confédéral.

La question du financement reste centrale. Makalou évoque un capital initial de 500 milliards de francs CFA engagé par les trois États, complété par un prélèvement confédéral et par la recherche de ressources additionnelles pour soutenir l’activité de la banque. Il présente l’institution comme un outil de financement endogène, tout en soulignant que son efficacité dépendra aussi de sa capacité à attirer des financements externes et à clarifier un point déterminant, l’ouverture éventuelle du capital à d’autres pays ou à des institutions financières régionales ou internationales.

Sur les secteurs prioritaires, le mandat décrit est large mais cohérent avec les urgences publiques des trois pays. Les infrastructures de transport et de désenclavement, l’énergie et les interconnexions régionales, l’agriculture et la sécurité alimentaire figurent au premier rang. Makalou y associe l’appui à des initiatives privées alignées sur les priorités nationales et cite également des domaines sociaux comme l’éducation et la santé, l’habitat social, l’assainissement et l’agriculture familiale, qu’il présente comme une source de revenus essentielle pour une grande partie des populations des trois pays.

Dans ses réponses, Makalou replace cette banque dans une logique de politique publique. Les banques publiques de développement, explique-t-il, servent à orienter l’investissement vers des secteurs jugés prioritaires par l’État et à intervenir dans des domaines peu attractifs pour le privé à court terme, alors même qu’ils sont essentiels à la cohésion sociale et au fonctionnement de l’économie. L’intérêt, dans la trajectoire AES, est d’adosser un discours de transformation à un outil capable de financer des infrastructures, de réduire certains coûts structurels et de soutenir des projets à impact visible.

Sur l’indicateur permettant, à l’horizon d’un an, d’évaluer un début d’impact, Makalou renvoie à l’Indice de développement humain, en rappelant son origine et sa logique composite, combinant revenu, éducation et espérance de vie. Il en souligne les limites, mais le considère comme un repère utile pour apprécier dans le temps l’évolution du bien-être et des inégalités. Dans une logique de banque de développement orientée vers l’énergie, le désenclavement et les services essentiels, une progression graduelle de ces paramètres constituerait selon lui un signal de trajectoire.

Voisinage

La consolidation interne de l’AES se déroule dans un environnement régional qui continue de structurer les échanges. La CEDEAO s’est réunie à Abuja le 14 décembre 2025 en sommet ordinaire, dans une configuration ramenée à douze États membres après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Dans le même temps, des passerelles techniques demeurent et certaines structures régionales restent des points de contact possibles.

Ainsi, deux repères reviennent dans le communiqué final de la rencontre des dirigeants ouest-africains. La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO constitue un outil régional de financement des infrastructures et du développement. Le GIABA, organisme intergouvernemental ouest-africain, est chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le fait que des formules de participation soient évoquées pour les pays sortants, même sous un statut spécifique, nourrit l’idée qu’une coexistence fonctionnelle peut se maintenir sur certains instruments, malgré la rupture politique.

C’est précisément cette cohabitation que certains interrogent. Soumaré insiste sur la nécessité d’une diplomatie unifiée et d’une diversification des partenariats, en estimant qu’une fermeture durable risquerait de se heurter à la réalité des échanges et des contraintes sécuritaires. Il défend l’idée d’arrangements bilatéraux ou ad hoc avec les voisins, sans remise en cause de l’affirmation politique, parce que la géographie impose une interdépendance que ni l’AES ni la CEDEAO ne peuvent effacer. Sur ce sujet, Bréhima Ely Dicko met également en garde contre le risque d’un partenariat perçu comme exclusif avec la Russie. Il estime que la crédibilité de l’AES passera par une diversification de ses relations extérieures, en citant l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui coopère avec plusieurs partenaires sans s’enfermer dans un seul alignement.

L’analyste Alassane Maïga formule une hypothèse de coexistence structurée. Il avance l’idée d’un cadre parallèle de concertation entre l’AES et la CEDEAO sur des normes institutionnelles et politiques, afin de préserver les liens économiques, et propose une répartition pragmatique des priorités, la CEDEAO gardant une portée macro-régionale tandis que l’AES concentrerait son effort sur la lutte antiterroriste dans son espace. Il évoque aussi, pour l’après-sommet, des scénarios attendus sur trois registres, une intégration soutenue des moyens de défense, une banque capable de fluidifier les échanges internes et des projections politiques qui pourraient inclure des élections synchronisées, tout en observant que la sortie rapide des transitions ne paraît pas, à ce stade, être l’axe prioritaire.

Le sommet de Bamako intervient à un moment où la Confédération AES est attendue sur des résultats mesurables. La capacité à traduire les annonces sécuritaires et financières en mécanismes opérationnels, tout en organisant une relation fonctionnelle avec un environnement régional interdépendant, constitue désormais le principal test de crédibilité de l’architecture confédérale.

MD

CAN 2025 : Dernière ligne droite pour les Aigles

À quelques jours du coup d’envoi de la CAN 2025, prévue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 au Maroc, les Aigles du Mali affinent les derniers détails de leurs préparatifs sous la houlette du sélectionneur national Tom Saintfiet.

La dynamique s’accélère cette semaine, marquée d’abord par l’annonce très attendue de la liste finale des joueurs retenus pour la compétition continentale, faite ce jeudi 11 décembre au journal télévisé de l’ORTM. Le technicien belge a confirmé la présence de ses cadres, fidèles au projet depuis sa nomination.

Dès le lendemain, ce vendredi 12 décembre,  Tom Saintfiet en conférence de presse, a dressé les grandes lignes de la préparation et fixé le cap : hisser le Mali parmi les sélections les plus performantes du tournoi. Finalistes en 1972, les Aigles courent depuis derrière un premier sacre africain.

Cap sur Casablanca

Un premier groupe d’une dizaine de joueurs et une partie du staff technique, s’est envolé dès le 13 décembre pour Casablanca. C’est dans la capitale économique marocaine que se déroulera le stage final.

Le lendemain, les Aigles ont entamé leur première séance d’entraînement, avec l’arrivée progressive d’autres joueurs les 14 et 15 décembre, avant que le groupe ne soit enfin au complet le 16 décembre. Ainsi réunis, les Aigles entreront dans le vif du sujet, alternant séances tactiques et mises en place techniques pour affiner les automatismes. Ce planning non officiel pourrait toutefois évoluer.

Le Mali reste sur un match amical disputé le 18 novembre dernier face à la Jordanie qui s’est soldé par un score nul et vierge (0-0). Vu le timing serré, l’équipe ne livrera plus aucun autre match amical avant son entrée en lice face à la Zambie le 22 décembre prochain.

Objectif « demi-finales »

Tous les regards se tournent désormais vers le calendrier du premier tour. Le Mali, logé dans le groupe A, entrera dans la compétition le 22 décembre face à la Zambie, avant d’enchaîner avec un choc très attendu contre le Maroc le 26 décembre. Les Aigles clôtureront la phase de groupes le 29 décembre face aux Comores.

Pour le sélectionneur national Tom Saintfiet, « ce sont trois équipes très fortes ». « Nous allons nous concentrer sur chaque match. Notre ambition est claire : nous voulons aller au 2ème tour et atteindre au minimum les demi-finales », assure-t-il.

Ahmed Ag Abdoulaye : « Les deux groupes (JNIM et EIS) étudient les faiblesses de chaque zone avant de s’y implanter »

Dans son ouvrage intitulé « Sahel, terrain de concurrence entre le JNIM et l’État islamique » paru fin novembre 2025, le chercheur Ahmed Ag Abdoulaye compare les deux groupes armés. Il revient ici sur leurs doctrines, leurs modes de gouvernance, leurs ressources et la concurrence qu’ils se livrent pour contrôler territoires et populations. Propos recueillis par Massiré Diop.

Dans cet ouvrage, vous comparez les deux principales mouvances djihadistes actives au Sahel. Pourquoi cette approche croisée maintenant ?

La motivation principale est d’explorer les angles morts de la recherche sur ces deux entités qui endeuillent le Sahel. Jusqu’ici, les études les abordaient isolément et sur des aspects limités. Nous avons voulu ratisser large en analysant leurs relations de coexistence, leurs histoires communes, leurs idéologies, leurs modalités de gouvernance et leurs modes opératoires. L’objectif était d’être précis sur des aspects peu étudiés : l’idéologie qui sous-tend leurs actions, leurs sources de financement et surtout les relations qu’ils entretiennent avec les populations, notamment les minorités ethniques et religieuses. Il s’agit de mieux comprendre ce qui les rapproche, ce qui les oppose et ce que cela produit sur le terrain sahélien.

Au plan idéologique, quelles sont les différences les plus structurantes entre le JNIM et l’État islamique au Sahel ?

Nous avons comparé trois éléments : la doctrine du djihad, l’application de la charia et la doctrine du tamkine, c’est-à-dire la territorialisation. Pour le djihad, l’EIS fonde sa pratique sur le takfirisme, l’excommunication, construite autour du murtadisme, l’apostasie : tout Musulman qui n’est pas de son bord peut être qualifié de « grand apostat », et son sang, ses biens et ses femmes deviennent licites. Le JNIM, lui, fonde sa doctrine sur le taghout, le « tyran » ou « oppresseur », terme utilisé pour qualifier les régimes démocratiques et les États du Sahel afin de légitimer son combat. Ces choix doctrinaux expliquent que l’EIS cible davantage les civils, alors que le JNIM vise prioritairement les États et leurs institutions.

S’agissant de la charia, l’EIS applique strictement les hudud, les châtiments, via des tribunaux et un bureau chargé des sentences, tandis que le JNIM, marqué par sa mauvaise expérience de 2012 dans le nord du Mali, applique ces châtiments de manière graduelle, en insistant aujourd’hui davantage sur les habitudes vestimentaires. Enfin, la doctrine du tamkine est centrale pour l’EIS, qui conçoit la stabilisation de territoires comme première étape de son « État islamique », alors que le JNIM vise la libération totale du territoire pour établir un émirat sur le modèle taliban.

Votre livre décrit un JNIM plus flexible dans sa gouvernance locale face à un EIS plus centralisé. En quoi cette différence pèse-t-elle sur leur ancrage ?

Cette flexibilité se comprend par contraste avec l’EIS. Nous parlons, pour le JNIM, de « stratégie des petits pas », centrée sur les populations, considérées comme le centre de gravité du conflit. Le mouvement met en place des mécanismes qui donnent davantage de marge de manœuvre aux communautés : choix du cadi par les habitants, libéralisation de certains espaces fauniques et forestiers, gestion plus souple des sites d’orpaillage, présence moins coercitive, prélèvement « conciliant » de la zakat. Ces dispositifs lui ont permis de s’ancrer dans les communautés et de coopter des figures locales qui deviennent des relais de recrutement.

L’EI-Sahel, lui, est marqué par une logique plus centralisée dictée par la maison-mère, avec la figure du wali, le gouverneur, pesant sur la plupart des décisions. Depuis 2023, il amorce toutefois une normalisation de ses relations avec les populations dans certaines zones de Ménaka et de Gao, après le chaos de 2022, afin de stabiliser des espaces qui produisent des ressources et soutiennent ses campagnes d’expansion, notamment vers le Niger.

Sur le terrain, vos recherches montrent aussi des modes opératoires distincts. Quels éléments vous paraissent les plus révélateurs ?

L’analyse montre que l’EIS accorde une grande importance au nombre de combattants engagés comme signe de son modèle unitaire. Il privilégie les embuscades et les attaques de masse contre les emprises militaires, qui exigent coordination et participation de plusieurs zones. Le modèle fédéral du JNIM, fondé sur l’autonomie d’action des katibas, a conduit à la généralisation des engins explosifs improvisés, les EEI, dans toutes ses zones d’opération. Les deux groupes utilisent largement les motos comme moyen de locomotion, de combat et, pour le JNIM, comme engin piégé.

L’étude met aussi en évidence chez les deux une stratégie en plusieurs temps combinant différentes tactiques, mais avec une sophistication psychologique plus aboutie chez le JNIM pour l’usage des véhicules piégés, qui suppose de convaincre des combattants de participer à ce type d’attaque.

Vous consacrez un chapitre important aux ressources financières et aux dynamiques locales. En quoi ces dimensions nourrissent-elles leur concurrence ?

Nous partons du postulat que le financement se fait du bas vers le haut : le temps où les maisons-mères finançaient directement les groupes affiliés semble révolu. Nous avons étudié sept mécanismes : la zakat, les rançons, le vol de bétail, l’exploitation minière, le commerce et les trafics, les contributions communautaires et les taxes routières et impôts villageois. Les deux groupes partagent un modèle économique collectiviste que nous résumons par « Extorsion – Production – Répartition », avec un modèle unitaire pour l’EIS et fédéral pour le JNIM. Les méthodes de prélèvement et de gestion ne sont pas linéaires et chacun s’inspire de l’autre : par exemple, les enlèvements d’Occidentaux, que le JNIM semble délaisser depuis 2023 sont utilisés par l’EIS depuis 2024, alors que le bétail, sa principale ressource, se raréfie.

Sur le plan local, nos recherches montrent que les deux groupes étudient les faiblesses de chaque zone avant de s’y implanter, jouent sur les équilibres entre villages, se posent ensuite comme arbitres de la violence et adaptent leurs discours : égalité et justice sociale au Sahel, accès aux ressources dans les zones forestières.

Au-delà des rivalités internes, que révèle cette concurrence sur l’évolution du djihadisme au Sahel ?

L’évolution de cette concurrence, parfois très intense, parfois moins, traduit une transformation structurelle. Les conquêtes et les succès idéologiques ont grisé les deux groupes, qui se positionnent pour la conquête du pouvoir en se présentant comme une alternative. Tout en s’inspirant l’un de l’autre, ils ont développé des stratégies de contrôle territorial et de gestion administrative qui se veulent proches des populations, sur la base d’offres et d’exigences.

Mon analyse se veut utile pour la communauté scientifique et pour les décideurs. Il s’agit de comprendre chaque acte posé par ces groupes, sa visée, la stratégie derrière et la finalité, afin de donner un coup d’avance à la lutte contre le terrorisme. Connaître finement le JNIM et l’EIS, c’est mieux identifier les leviers sur lesquels il faudrait agir pour extraire la menace lorsque c’est la solution et recourir à d’autres mécanismes lorsque la situation le permet.

Festival international Chant des Linguère : Bamako au rythme de l’engagement féminin

Du 10 au 12 décembre 2025, le Centre international de conférences de Bamako (CICB) accueille la 2ème édition du Festival international Chant des Linguère. L’événement, devenu un rendez-vous majeur pour la valorisation du leadership féminin en Afrique, met cette année en lumière la culture comme moteur essentiel du développement.

Porté par la chanteuse sénégalaise Coumba Gawlo, la « Diva à la voix d’or », le festival international Chant des Linguère revient avec l’ambition de créer un espace d’échange, de solidarité et de promotion des femmes dont l’engagement transforme la société, après une première édition réussie en 2024. « Notre objectif est de passer par la musique, qui est un excellent vecteur de communication, pour véhiculer des messages forts », souligne l’artiste.

Sur le thème « La culture, levier et facteur de développement », cette 2ème édition aborde une série de sous-thèmes qui renvoient aux défis majeurs auxquels sont confrontées les femmes et les jeunes filles au Sahel. Les échanges s’articuleront autour de l’autonomisation féminine, du leadership, de l’entrepreneuriat, de la santé maternelle et infantile, de la prévention des violences basées sur le genre, de la scolarisation et du maintien des filles à l’école, de la migration, de la cohésion sociale, de la lutte contre les mariages précoces et les mutilations génitales féminines, ainsi que de la prévention de la transmission mère-enfant du VIH.

Un programme engagé

Le festival s’est ouvert le 10 décembre par une conférence de presse au CICB, au cours de laquelle l’équipe d’organisation a dévoilé la vision globale de l’édition et rappelé les actions majeures prévues durant les trois jours.

Pour la suite, un forum prévu le 11 décembre offrira un cadre de réflexion où artistes, penseuses, militantes et actrices du changement uniront leurs voix pour mettre en avant la paix, la dignité humaine, l’éducation et la place centrale des femmes dans le développement des sociétés africaines.

Côté artistique, plusieurs grandes voix féminines du continent sont attendues, parmi lesquelles Mariam Ba Lagaré, Djeneba Seck et Delphine Mounkoro du Mali, ainsi que Kalam, la Reine du Kundé, venue du Burkina Faso.

La clôture du festival, le 12 décembre, prendra la forme d’un dîner de gala qui rassemblera artistes invitées, personnalités culturelles et partenaires engagés. Cette soirée sera marquée par la mise en valeur des « Linguère du développement », des femmes considérées comme sources d’inspiration pour leurs communautés et récompensées pour leur courage, leur engagement et la portée de leurs actions.

Mohamed Kenouvi

Inégalités mondiales : L’avantage discret des pays riches documenté

Ces dernières semaines, un rapport remis au G20 et une étude du World Inequality Lab ont ravivé le débat sur la concentration de la richesse au sommet. Ils montrent comment une partie de la valeur produite dans les pays pauvres continue de remonter vers les économies les plus riches.

Le World Inequality Lab a publié le 9 décembre un nouveau bilan sur la répartition de la richesse entre pays à hauts revenus et pays pauvres. Ce centre de recherche, basé à la Paris School of Economics, coordonne un large réseau de chercheurs. Il gère aussi la principale base de données mondiale sur les inégalités de revenus et de patrimoine, la World Inequality Database. Ses travaux décrivent un mécanisme discret mais puissant : les pays dont la monnaie est jugée sûre peuvent s’endetter à faible coût et attirer l’épargne internationale dans des proportions que les pays du Sud ne peuvent pas égaler.

Selon les calculs du laboratoire, l’équivalent d’environ 1% du produit intérieur brut mondial quitte chaque année les pays les plus pauvres pour les pays les plus riches. Ce flux passe par les intérêts de la dette, les revenus d’investissements et les réserves de change placées en dollars ou en euros. Autant de ressources qui ne financent ni écoles, ni hôpitaux, ni infrastructures dans les pays du Sud, mais qui renforcent la position financière des économies déjà dominantes. Ce mouvement prolonge sous des formes nouvelles des rapports de force anciens dans l’économie mondiale.

Ces déséquilibres entre pays ont aussi leur pendant au niveau des personnes. Le rapport global sur les inégalités dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz et fondé sur les séries du World Inequality Lab apporte cet éclairage. Il montre qu’entre 2000 et 2024 le 1% le plus riche de la population mondiale a capté 41% de la richesse nouvelle créée, contre 1% pour la moitié la plus pauvre. En moyenne, une personne membre de ce 1% a vu son patrimoine augmenter d’environ 1,3 million de dollars sur la période, contre 585 dollars pour une personne parmi les 50% les plus modestes.

Face à ce constat, les auteurs proposent la création d’un panel international permanent sur les inégalités, sur le modèle du GIEC, pour suivre les données et guider les décisions publiques. Ils prônent aussi une fiscalité plus exigeante sur les très grands patrimoines et des transferts mieux ciblés. Selon eux, le 1% de la production annuelle des pays riches suffirait à doubler les budgets des États les plus pauvres.