Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Bamako Fashion Week : la mode au service de l’économie
Le Mémorial Modibo Keïta a accueilli, le 8 octobre, l’ouverture de la troisième Bamako Fashion Week. Pendant trois jours, l’événement met en avant la création, l’entrepreneuriat culturel et la valorisation des produits locaux.
Le Mali figure parmi les principaux pays producteurs de coton en Afrique et dispose d’une riche tradition textile, notamment autour du bogolan, de l’indigo et du tissage. Mais la transformation locale reste limitée. Selon Mariam Bocoum, « moins de 1 % du coton est actuellement transformé localement », une situation qui, estime-t-elle, ne reflète pas le potentiel de la production nationale.
Café statistique : l’INSTAT partage les résultats de ses opérations
Le 8 octobre 2026, l’INSTAT a organisé un atelier de restitution de ses productions statistiques en présence des utilisateurs ainsi que des partenaires techniques et financiers. Au total, cinq rapports ont été présentés au cours de cette journée d’échanges. L’objectif est de favoriser une meilleure appropriation de ces données par les acteurs et de recueillir leurs suggestions et recommandations afin d’améliorer les prochaines productions.
L’atelier, ouvert sous la présidence du Directeur général de l’INSTAT, Dr Arouna Sougané, avait pour objet de présenter les résultats des premier et deuxième passages de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), les rapports sur le genre ainsi que ceux de la septième édition de l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM).
Carte biométrique : AODI veut simplifier le parcours des patients
Se faire soigner commence souvent par une longue attente. Dossiers papier, files interminables et informations médicales dispersées compliquent le parcours des patients. La startup malienne AODI propose une réponse numérique fondée sur une carte biométrique de santé.
Bamako Fashion Week 2026 : le patrimoine textile à l’honneur
La 3e édition de la Bamako Fashion Week se tiendra du 8 au 10 octobre 2026 au Mémorial Modibo Keïta, à Bamako. Placée sous le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental », elle mettra particulièrement en valeur la création et le patrimoine textile africain.
Les réseaux de fibre du Mali et du Sénégal sont reliés
La SMTD-SA et Sénégal Numérique ont inauguré leur interconnexion le 5 octobre à la frontière. Les capacités techniques et les conditions commerciales de la liaison restent à publier.
Tapentadol : L’antalgique opioïde qui inquiète
Conçu pour traiter certaines douleurs intenses, le tapentadol fait l’objet d’un détournement préoccupant au Mali, notamment chez des jeunes. Consommé sans prescription ou à fortes doses, cet opioïde expose à la dépendance, à la perte de connaissance et à une dépression respiratoire potentiellement mortelle.
Dans les grands marchés, sur les trottoirs, aux arrêts de bus et dans les gares de Bamako, des scènes frappent les passants. Des jeunes, parfois des femmes, restent figés, somnolent debout ou paraissent incapables de s’asseoir. Des témoins les attribuent au tapentadol, surnommé « bloqué » au Mali. Ce médicament, normalement délivré sur prescription, agit sur le cerveau et le système nerveux pour soulager les douleurs sévères. Son détournement et sa disponibilité dans des circuits clandestins alimentent l’inquiétude.
La dernière saisie annoncée par les Douanes confirme l’ampleur de cette circulation. Le 25 septembre 2026, à 1h 30, la Brigade mobile d’intervention de Bancoumana a découvert 11 259 plaquettes, soit 112 590 comprimés, dans une Sotrama contrôlée dans le Mandé. La Direction générale des Douanes a rendu l’opération publique le 1er octobre. Selon Amadou Coulibaly, chauffeur de Sotrama, le produit est devenu une drogue de rue. « Je ne passe pas une journée sans voir une victime dans la zone du Grand Marché. Les usagers se retrouvent bloqués au milieu de la chaussée, au risque de provoquer des accidents », témoigne-t-il. Cette saisie pose aussi la question de l’approvisionnement des vendeurs et du contrôle des circuits pharmaceutiques.
Risques médicaux majeurs
Le tapentadol agit sur les récepteurs opioïdes du système nerveux central et modifie la transmission de la douleur. La dose, la durée du traitement et la forme prescrite doivent être déterminées par un professionnel de santé. Même utilisé conformément à une ordonnance, il peut entraîner une dépendance.
Pris sans suivi médical ou au-delà des doses prescrites, il peut provoquer somnolence, vertiges, nausées, constipation, confusion et troubles de la coordination. Un surdosage peut entraîner des pupilles contractées, une perte de connaissance, un coma ou l’arrêt de la respiration. Une respiration lente ou entrecoupée de longues pauses exige une prise en charge médicale urgente.
Le danger augmente lorsque le tapentadol est associé à l’alcool, aux somnifères, aux anxiolytiques, à certains médicaments sédatifs ou à d’autres opioïdes. Ces mélanges renforcent la somnolence et peuvent provoquer une dépression respiratoire fatale. La prévention passe par un contrôle plus strict de la distribution, l’information du public et l’orientation des consommateurs dépendants vers des services de soins adaptés.
Joseph Amara Dembélé
Tournoi de l’UFOA-A U20 : Les Aiglons affûtent leurs armes
À quelques jours du coup d’envoi du tournoi de l’UFOA-A U20 2026, qualificatif pour la CAN U20 2027, la sélection nationale poursuit ses derniers réglages à Bamako.
Pays hôte, le Mali vise au moins la finale pour retrouver la scène continentale. Depuis le 30 septembre, le sélectionneur national, Mamoutou Kané, dit « Mourlé », travaille avec un groupe de 25 joueurs au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane Traoré de Kabala. Cette dernière phase prolonge une préparation entamée plusieurs mois plus tôt, après une présélection élargie à 70 joueurs en juin.
Sur le terrain, les résultats des différentes oppositions sont jusque-là encourageants. En dix matches amicaux disputés depuis la fin du mois de juillet, les Aiglons affichent huit victoires et deux nuls. Ils ont notamment battu l’AS Motema Pembe (4-3), le Djoliba AC à deux reprises (3-1, puis 4-3), le FC Diarra (4-2), le CSB (3-0), Binga FC (1-0), l’AS Réal (5-1) et l’AS Bakaridjan (3-0). Après un premier nul face à l’AS Réal (1-1), les hommes de Mourlé ont de nouveau été accrochés sur le même score par l’US Bougouba, lors de leur dernière sortie, le 5 octobre.
Avec 29 buts inscrits contre 12 encaissés sur cette série, le bilan traduit surtout l’efficacité offensive d’un groupe qui a régulièrement trouvé le chemin des filets.
Les Aiglons avaient également enchaîné trois rencontres sans encaisser de but face au CSB, à Binga FC et à l’AS Bakaridjan, avant le nul contre l’US Bougouba. Ces oppositions, essentiellement disputées face à des clubs locaux, ont permis au staff de multiplier les essais et d’affiner ses choix à l’approche de la compétition.
La CAN U20 2027 en ligne de mire
Le tirage au sort, effectué le 1er octobre, a placé le Mali dans le groupe A, aux côtés de la Guinée, de la Gambie et du Liberia. Le Sénégal, tenant du titre zonal, évoluera dans le groupe B avec la Mauritanie, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau. Les deux premiers de chaque groupe accéderont aux demi-finales, et les deux finalistes décrocheront les billets de l’UFOA-A pour la CAN U20 2027 au Ghana.
« C’est une poule assez relevée », reconnaît Mamoutou Kané, qui ne cache toutefois pas ses ambitions. « Notre objectif principal est d’atteindre au moins la finale », assure le technicien.
L’enjeu est d’autant plus important que le Mali avait manqué la CAN U20 2025 après son élimination dès la phase de groupes du tournoi qualificatif de 2024. Championne d’Afrique en 2019, la sélection U20 veut renouer avec la phase finale continentale. À domicile, l’objectif est double : décrocher l’un des deux billets qualificatifs et tenter de reconquérir le titre zonal.
Mohamed Kenouvi
Naparé Magnini Diarra: « Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école ».
Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice de FAWE Mali. Elle nous explique les mécanismes de détection des filles menacées de mariages d’enfants et les solutions pour assurer leur maintien scolaire en cas de mariage. Propos recueillis par Massiré Diop.
Quels signes permettent de repérer une élève menacée ?
Les absences répétées, une baisse de fréquentation ou de niveau, l’annonce d’un mariage, un départ ou une pression familiale peuvent alerter les enseignants, la direction, les mères d’élèves et les personnes de confiance. Des mécanismes de protection existent, mais chaque école ne dispose pas d’un protocole fonctionnel.
Comment l’établissement peut-il intervenir ?
Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques, préserver sa confidentialité et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école. L’établissement ne doit ni affronter seul la famille ni promettre un secret absolu. Il doit pouvoir s’appuyer sur une personne formée et un circuit écrit vers les services sociaux, sanitaires et de protection.
Comment favoriser le retour à l’école des filles mariées ou devenues mères ?
L’accueil doit se faire sans stigmatisation, avec des cours de rattrapage ou des passerelles, un accompagnement psychosocial et sanitaire et, pour les jeunes mères, des solutions de garde. Entre 2022 et 2024, le projet Break Free de FAWE Mali a permis à 50 filles, dont des filles mariées ou devenues mères, de retourner à l’école.
Cortèges de mariage : Appliquer la règle
La fête ne peut pas tout permettre. Les cortèges de mariage transforment encore trop souvent certaines voies de Bamako et d’autres villes en espaces de conduite désordonnée, entre longues files de véhicules, coups de klaxon, motos qui se faufilent et arrêts improvisés. Le problème est connu et des règles existent.
À Bamako, un communiqué de la Délégation spéciale de la Mairie du District, daté du 29 août 2024, limite les cortèges à six véhicules et prévoit des sanctions contre les contrevenants. À Kati, l’arrêté n°2026/03/MKTI du 4 mai 2026 interdit les cortèges et n’autorise que deux véhicules pour accompagner les mariés. À Kayes, une décision similaire limite également l’accompagnement à deux véhicules.
Ainsi donc, le problème n’est plus l’absence de réglementation. Il réside dans la continuité de son application. Une mesure annoncée avec fermeté, contrôlée pendant quelque temps puis progressivement oubliée finit par perdre toute portée. Les anciennes habitudes reprennent alors rapidement.
Personne ne demande de supprimer les manifestations de joie qui accompagnent un mariage. Mais célébrer une union ne donne pas le droit de bloquer la circulation ni d’adopter des comportements qui exposent les autres usagers des voies publiques.
Les collectivités disposent déjà de moyens de contrôle. Encore faut-il que les sanctions prévues soient réellement appliquées et que familles, chauffeurs et organisateurs sachent que la règle ne disparaît pas après sa publication.
Le Mali n’a pas besoin d’un texte supplémentaire. Il a surtout besoin de faire respecter strictement et durablement ceux qui existent déjà. C’est également ainsi que l’autorité publique gagnera en crédibilité.
AfCRA : Le pari africain d’une notation plus crédible
L’Afrique veut installer son propre regard dans un marché de la notation largement dominé par Moody’s, S&P et Fitch. Avec l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), le continent cherche à mieux refléter ses réalités économiques sans sacrifier l’exigence de crédibilité.
Portée par l’Union africaine et mise en place sous la supervision du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), AfCRA doit noter les États, les collectivités, les entreprises et les institutions africaines. Le projet répond notamment au manque de couverture. Selon l’Union africaine, seuls 32 des 55 États du continent sont actuellement notés par les trois grandes agences internationales, laissant 23 pays hors de leur champ.
L’agence entend aussi couvrir des collectivités et des entreprises peu ou pas évaluées sur les marchés internationaux. Elle part du constat que les méthodes existantes ne rendent pas toujours suffisamment compte de certaines réalités locales. Le poids du secteur informel, les marchés domestiques, la qualité des données publiques, la mobilisation des ressources ou la distinction entre dette en monnaie locale et dette en devises peuvent influer sur l’appréciation du risque.
Le débat ne consistera toutefois pas à considérer toutes les mauvaises notes comme injustifiées. Endettement, inflation, déficits budgétaires, faibles réserves de change, instabilité politique ou risque de restructuration continueront de peser. AfCRA ne pourra convaincre qu’en montrant que ses modèles sont à la fois plus contextualisés et aussi exigeants que ceux de ses concurrentes.
Crédibilité à instaurer
AfCRA est présentée comme une entité privée, autofinancée et indépendante. Les gouvernements ne pourront pas en détenir d’actions et le MAEP, qui a supervisé sa création, n’en assurera pas la gestion quotidienne. Sa gouvernance prévoit également des mécanismes destinés à limiter les conflits d’intérêts.
Son installation institutionnelle ne signifie pas que toutes les notations seront produites immédiatement. Le passage à l’activité effective dépendra aussi du cadre réglementaire applicable à Maurice et des autorisations nécessaires.
Le véritable test viendra des investisseurs. Banques, fonds, assureurs, fonds de pension et gestionnaires d’actifs devront reconnaître ses analyses et les intégrer dans leurs décisions. Une notation africaine, même mieux contextualisée, ne réduira pas automatiquement le coût du crédit si les marchés ne lui accordent pas de valeur.
AfCRA peut néanmoins élargir la couverture des émetteurs africains, améliorer l’information disponible et introduire davantage de concurrence. Son influence dépendra moins de notes plus favorables que de sa capacité à produire des évaluations indépendantes, transparentes et suffisamment solides pour être utilisées dans les décisions d’investissement à long terme.
Massiré Diop
Session d’octobre du CNT : Lois et contrôle de l’Exécutif au programme
Ouverte le 5 octobre 2026 au CICB, la session ordinaire d’octobre du Conseil national de Transition (CNT) sera dominée par l’examen du projet de loi de finances 2027. Pendant 75 jours au plus, les membres devront aussi étudier plus d’une trentaine de projets de loi et reprendre cinq lois organiques.
Le discours d’ouverture du Président du CNT, Malick Diaw, a donné la mesure du travail attendu. Entre textes en instance, nouveaux projets transmis par le Gouvernement et seconde délibération de plusieurs lois organiques, cette rentrée parlementaire doit faire avancer les réformes institutionnelles et renforcer le contrôle de l’action publique.
Un agenda législatif fourni
« Plus d’une trentaine de projets de loi sont inscrits à l’ordre du jour de nos commissions », a annoncé Malick Diaw. Il s’agit de textes renvoyés lors des précédentes sessions et de nouveaux projets déposés par le Gouvernement.
À cet ensemble s’ajoute la seconde délibération sur cinq lois organiques relatives à la Cour constitutionnelle, à la Cour suprême, à la Cour des comptes, au Conseil supérieur de la magistrature et aux langues nationales. Après leur contrôle de constitutionnalité, elles reviennent devant le CNT pour intégrer les observations de la Cour constitutionnelle.
La reprise remet également sur la table les textes pris pendant l’intersession. Autorisé à légiférer par ordonnance entre la clôture de la session d’avril et l’ouverture de celle d’octobre, le Gouvernement a notamment adopté en Conseil des ministres un projet d’ordonnance modifiant le Code des personnes et de la famille, avec des dispositions sur la perte et la déchéance de la nationalité malienne.
Deux autres projets d’ordonnance ont concerné le statut des villages, fractions et quartiers ainsi que les ressources fiscales des collectivités territoriales, adaptées à la nouvelle organisation administrative. Conformément à l’article 121 de la Constitution, une ordonnance entre en vigueur dès son adoption, mais devient caduque si le projet de loi de ratification n’est pas déposé dans le délai fixé par la loi d’habilitation.
Le budget 2027 en première ligne
Le dossier central est le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre. Il prévoit 3 866,635 milliards de francs CFA de recettes et 4 462,646 milliards de dépenses, soit un déficit de 596,011 milliards. Par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026, les recettes progresseraient de 14,64%, les dépenses de 11,75% et le déficit reculerait de 3,93%.
L’examen prolongera le Débat d’orientation budgétaire tenu en juin autour du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route », a résumé Malick Diaw. Les commissions devront vérifier la traduction financière des priorités annoncées ainsi que les hypothèses de croissance et de mobilisation des recettes.
L’exercice intervient alors que les dépenses de défense et de sécurité doivent cohabiter avec les besoins d’éducation, de santé, d’eau, d’énergie et d’emploi. Dans le cadre du budget-programme, l’examen ne portera donc pas uniquement sur les montants, mais aussi sur les objectifs assignés aux crédits et les indicateurs retenus pour apprécier les résultats.
L’action gouvernementale à l’examen
Le contrôle de l’action gouvernementale occupera également la session. Les commissions examineront les crédits demandés pour 2027, l’exécution des programmes en cours et les résultats obtenus. Les membres du Gouvernement seront entendus dans leurs domaines respectifs avant la synthèse de la Commission des Finances et le débat en plénière.
Malick Diaw a insisté sur la nécessité d’un « contrôle rigoureux de l’action publique ». Il a aussi résumé la logique du budget-programme par une interrogation : « la question n’est plus seulement combien avons-nous dépensé, mais pour quoi et avec quels résultats ? »
En parallèle, le CNT devra assurer le suivi des recommandations de la session inaugurale des Parlements de la Confédération des États du Sahel, tenue à Niamey du 24 au 29 août. Ces recommandations ont été transmises aux Chefs d’État de l’AES.
Les auditions, les amendements et les votes diront comment le CNT arbitre entre réformes institutionnelles, contraintes budgétaires et attentes sociales. Le projet de budget 2027 constituera le principal test.
Mohamed Kenouvi
Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous
La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.
Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.
La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.
Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.
Relais locaux
Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.
La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.
Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.
La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.
Massiré Diop
Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie
Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.
Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.
Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.
La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.
Décrochages multiples
Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.
Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.
Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.
« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.
Seuils d’âge contradictoires
La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.
Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.
Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.
Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.
Alerte précoce
La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.
Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.
La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.
Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.
Continuité dans la protection
La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.
La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.
La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.
Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.
Dr Seydou Diallo : « Nous avons dépassé le seuil de 70% de dépistage »
Chef du service de santé mère-enfant à l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), le Dr Seydou Diallo revient sur les efforts engagés dans le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Il évoque la progression du recours au dépistage, les difficultés persistantes dans certaines zones et le dispositif de prise en charge mis en place au CHU du Point G. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi



















