Algérie–Sahel : le retour en force d’un voisin incontournable

La 13e Grande Commission mixte Mali–Algérie, attendue à Bamako après dix ans d’interruption, doit consacrer la détente après quinze mois de crise. Elle marque surtout le retour d’Alger dans un Sahel transformé par l’AES, le partenariat russe et la poussée marocaine.

La précédente Grande Commission mixte s’était achevée à Bamako, en novembre 2016, par treize instruments de coopération : accords, mémorandums et programme exécutif. La session suivante, annoncée pour 2018 à Alger, est de nouveau programmée dix ans plus tard, à Bamako. Entre-temps, le cadre régional a profondément changé.

Pour Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, ce rendez-vous dépasse la normalisation : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance ».

Une relation remise à plat

La confiance s’était déjà dégradée lorsque Bamako a annoncé, le 25 janvier 2024, la fin de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger. Elle a cédé en avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger soutenait que l’appareil avait pénétré son territoire. Bamako contestait cette version. Le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens ont suivi.

Le 6 avril 2025, le Mali s’est retiré avec effet immédiat du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 à Tamanrasset avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, ce dispositif coordonnait le renseignement et la lutte antiterroriste. Ce retrait a privé les deux voisins de l’un de leurs principaux cadres de coopération sécuritaire.

Birahim Soumaré rappelle que les relations diplomatiques n’ont jamais été formellement rompues : des chargés d’affaires ont continué d’assurer la représentation. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le 24 août, Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger et Assimi Goïta a accepté une invitation du président Tebboune, sans date fixée.

Plus de 1 300 kilomètres de frontière, des familles établies de part et d’autre, des transhumances, des marchés liés et des menaces communes rendent une brouille prolongée coûteuse.

Selon une estimation non officielle de Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la crise a fait chuter de 70 % le commerce informel à Tessalit et Tinzaouatène. Il évoque des familles séparées, des transhumances bloquées et des éleveurs contraints de vendre à perte.

Ses priorités sont la circulation, l’accès humanitaire, le réapprovisionnement des marchés et les laissez-passer consulaires. Il propose la réouverture contrôlée d’un poste pour le bétail et une ligne directe entre autorités locales.

Alger revient autrement

Le retour algérien s’inscrit dans un cadre différent de celui du processus de paix malien. Bamako privilégie désormais un règlement national et l’Alliance des États du Sahel a créé son propre cadre. Bréhima Ely Dicko, sociologue, voit donc l’Algérie évoluer de médiateur extérieur vers « un voisin-partenaire stratégique ». Reste à savoir si Alger travaillera avec l’AES comme ensemble régional, et pas seulement avec chacune de ses capitales.

Une défiance persiste. Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, l’Algérie est perçue par une partie des acteurs du Nord comme partie prenante, en raison du soutien prêté aux mouvements armés, plutôt que comme arbitre neutre. Alger a rejeté ces accusations. Pour le sociologue, sa facilitation demeure difficilement remplaçable faute d’alternative régionale.

L’Algérie a déjà repris l’initiative à Niamey et à Ouagadougou par l’énergie, les mines, les infrastructures et la formation. Après la mutinerie qui a visé une base aérienne de Niamey fin août, le ministère algérien de la Défense a annoncé le déploiement, à la demande du Niger, de quatre avions de combat Su-30, d’un avion de transport et d’un ravitailleur. Arrivés après la reprise de la base, les appareils algériens n’ont pas participé aux combats, auxquels l’Africa Corps russe avait directement pris part.

Ce soutien tranche avec la prudence affichée par Alger en 2023, lorsqu’elle s’opposait à une intervention militaire extérieure au Niger. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le président algérien peut décider l’envoi d’unités à l’étranger, après approbation des deux tiers de chaque chambre du Parlement. La Constitution maintient cependant la non-ingérence et encadre la participation au maintien de la paix. La doctrine est devenue plus souple, sans ouvrir un droit d’intervention illimité.

Moscou, partenaire et irritant

L’Algérie entretient avec la Russie une relation stratégique ancienne, surtout militaire. Le Mali et ses partenaires de l’AES ont fait de Moscou un appui majeur, à travers la coopération militaire et la présence de l’Africa Corps.

Cette proximité commune avec la Russie n’efface pas les divergences. Alger a publiquement critiqué le recours aux mercenaires dans son voisinage et refuse les bases militaires étrangères sur son propre territoire. Cette position coexiste avec sa coopération d’État à État avec Moscou et la présence de l’Africa Corps au Sahel.

Le Niger montre qu’une coexistence est possible en ce sens que l’Africa Corps a directement soutenu les forces nigériennes contre la mutinerie, tandis que l’Algérie a déployé ses appareils après les combats. Cette convergence ponctuelle ne règle ni les désaccords sur le Nord malien ni la place future des forces étrangères. Elle révèle surtout une Algérie plus active.

La poussée marocaine

Alger revient dans un Sahel où le Maroc progresse. L’Initiative royale d’accès à l’Atlantique a reçu l’adhésion du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Bamako et Rabat ont relancé leur Grande Commission mixte en juillet 2026. Une concurrence de débouchés se dessine à travers les ports atlantiques proposés par le Maroc et l’ouverture méditerranéenne portée par les corridors algériens.

Bréhima Ely Dicko distingue l’offre sécuritaire russe, l’offre économique et religieuse marocaine, et la relation historique, frontalière et humaine avec l’Algérie. Il recommande une « diplomatie de l’utilité », jugeant chaque partenariat sur la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Birahim Soumaré refuse l’idée d’un choix exclusif : « La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays ». Bamako peut ainsi préserver sa liberté et rechercher des solutions concrètes.

Le test des résultats

Les projets ne manquent pas : Route transsaharienne, branche Tamanrasset–Bamako, fibre optique, énergie, formation et commerce frontalier. Le gazoduc Nigeria–Niger–Algérie, bien qu’il ne traverse pas le Mali, complète cette stratégie d’axes nord-sud vers la Méditerranée.

Le potentiel contraste avec la faiblesse du commerce déclaré. Selon les données de l’ITC et d’UN Comtrade déclarées par l’Algérie, les échanges formels de marchandises ont atteint environ 7,6 millions de dollars en 2024, hors flux informels. Les accords de 2016 prévoyaient aussi 280 MW de centrales hybrides, dont 40 MW à Gao et 40 MW à Tombouctou. Leur état d’exécution reste à établir.

Pour le géographe Yacouba Sogoré, spécialiste du développement local et de la décentralisation, une route ne devient un corridor que lorsque douanes, sécurité, logistique, financement et services commerciaux fonctionnent ensemble. Il propose un axe pilote, avec des produits et des transporteurs identifiés, des délais mesurés et des résultats publiés. Il insiste surtout sur les retombées locales : « Un projet qui traverse un territoire doit produire des revenus, des services et des emplois pour la population qui y vit ».

En 2016, le suivi des engagements avait été confié au Comité bilatéral stratégique. Sa relance devrait s’accompagner de financements identifiés, de calendriers et de résultats accessibles. Bréhima Ely Dicko résume le défi par une formule simple : « Une route, une fibre optique, une ligne électrique ont plus d’impact qu’un protocole ».

La Grande Commission constitue ainsi un test pour une relation appelée à passer d’une coopération principalement interétatique à une coopération utile aux populations. La relance offre surtout aux deux pays l’occasion de remettre leur relation à l’épreuve du concret. Pour Bamako comme pour Alger, elle prendra tout son sens si elle se traduit par des échanges plus fluides, des déplacements facilités, des zones frontalières mieux intégrées et des projets enfin menés à terme.

Massiré DIOP

Rwanda–Ouganda : De la brouille à la coopération retrouvée

La crise entre Kigali et Kampala avait presque paralysé leur principal passage frontalier pendant près de trois ans. Depuis 2022, les deux voisins ont reconstruit leur relation autour de mécanismes diplomatiques, économiques et sécuritaires réguliers.

Malgré une longue proximité politique et militaire, les relations se dégradent fortement à partir de 2017. Kigali accuse Kampala de harceler des ressortissants rwandais et de tolérer des groupes hostiles au gouvernement de Paul Kagame. L’Ouganda rejette ces accusations et reproche au Rwanda des activités d’espionnage.

Fin février 2019, le trafic à Gatuna-Katuna, principal poste entre les deux pays, est fortement perturbé. Kigali déconseille à ses ressortissants de se rendre en Ouganda et les poids lourds sont orientés vers d’autres passages. L’impact dépasse la diplomatie. Gatuna appartient au Corridor Nord, axe majeur reliant l’Afrique de l’Est intérieure au port kényan de Mombasa.

Le 21 août 2019, Paul Kagame et Yoweri Museveni signent à Luanda un mémorandum d’entente destiné à rétablir leurs relations. Le processus est facilité par l’Angola et la République démocratique du Congo, avec l’implication régionale du Congo-Brazzaville. Un mécanisme ad hoc est chargé du suivi des engagements et du traitement des différends.

Le pragmatisme reprend le dessus

Le dégel décisif intervient en janvier 2022. Après de nouveaux contacts politiques, Kigali annonce la réouverture de Gatuna à compter du 31 janvier. La reprise demeure progressive, notamment en raison des protocoles sanitaires liés à la Covid-19, mais les personnes et les marchandises recommencent à circuler.

La normalisation s’institutionnalise ensuite. En mars 2023, la Commission permanente conjointe, réunie à Kigali, débouche sur quatre mémorandums couvrant notamment la justice, l’entraide judiciaire, les consultations diplomatiques et les questions migratoires.

Cette dynamique se poursuit toujours. Le 22 avril 2026, la douzième Commission permanente conjointe, organisée à Kampala, a abouti à quatre nouveaux accords dans la santé, l’agriculture, l’éducation et la gouvernance locale. Fin août, les commandants militaires des deux pays ont tenu à Mbarara leur huitième réunion de proximité, consacrée à la sécurité frontalière et au partage d’informations.

La frontière redevient donc un espace de circulation, de commerce et de coordination, plutôt qu’un symbole de méfiance politique.

L’expérience rwandaise et ougandaise montre qu’une réconciliation se consolide lorsque le dégel politique devient coopération pratique. Cette situation démontre à suffisance que rouvrir les canaux ne suffit pas, il faut des mécanismes réguliers, des projets concrets et des résultats visibles.

Massiré Diop

Entre l’opération « Klafoki » et la guerre de l’information : Analyse des tensions Niger-Tchad

L’analyse des événements récents révèle une situation tendue entre le Niger et le Tchad, où la méfiance est entretenue par des incidents réels, des démentis et l’utilisation stratégique de l’information. La clé pour éviter une escalade réside dans la désescalade diplomatique et la transparence.

 

 Contexte des Tensions

 

La frontière entre le Niger et le Tchad est une zone instable. Pour y faire face, le Niger a lancé en mai 2026 l’opération « Klafoki » pour sécuriser la région de Bilma contre les groupes djihadistes comme Boko Haram et les réseaux criminels. C’est dans ce contexte que des tensions sont apparues :

 

  • Rumeurs d’accrochage (août 2026) : Des rumeurs sur un affrontement ont circulé après qu’une poursuite de l’armée nigérienne près de Diffa aurait mené à un contact armé avec une patrouille tchadienne. L’armée tchadienne a formellement démenti, dénonçant une tentative de « créer le doute et la méfiance ».
  • Accusations de complicité (septembre 2026) : La télévision publique nigérienne a diffusé le témoignage du capitaine Roger Gabriel, accusant le Tchad, la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire de soutenir une mutinerie avortée à Niamey fin août.

 

Conséquences d’une Escalade

 

Un affrontement direct aurait des répercussions majeures :

 

  • Déstabilisation régionale : Cela créerait un nouveau front de conflit, affaiblirait la lutte commune contre les groupes djihadistes et pourrait attiser des tensions communautaires.
  • Conséquences humanitaires : Un conflit générerait des déplacements de populations et aggraverait l’insécurité alimentaire déjà présente dans la région du lac Tchad.
  • Rupture diplomatique : Les relations bilatérales, renforcées par une visite du président tchadien à Niamey en août 2025, seraient gravement compromises.

 

Comment Éviter l’Affrontement ?

 

Pour désamorcer la crise, plusieurs pistes sont à privilégier :

 

  • Privilégier la médiation régionale : La Libye, le Tchad et l’Algérie (non membres de la CEDEAO) sont des médiateurs crédibles, comme l’a proposé le président tchadien par le passé.
  • Recourir à une diplomatie discrète et directe : Un dialogue officiel de haut niveau est crucial pour clarifier les accusations. La réaction du président tchadien (un verset coranique sur la vérité) montre une volonté d’apaisement, mais un échange formel est nécessaire.
  • Renforcer la coopération sécuritaire : Une coordination militaire pour les opérations « Klafoki » (Niger) et les actions tchadiennes est essentielle pour éviter les malentendus en zone frontalière.
  • Lutter contre la désinformation : Il est impératif de vérifier les informations. Les deux gouvernements doivent s’engager à ne pas utiliser de telles accusations comme outils politiques, tandis que les populations doivent faire preuve d’esprit critique.

 

La situation est à un tournant critique, les accusations sont très sérieuses mais non prouvées. Éviter un conflit est dans l’intérêt de tous, car un affrontement affaiblirait la lutte contre les menaces communes (djihadistes et trafiquants) et plongerait la région dans une nouvelle crise. La voie de la raison est celle d’une clarification immédiate par un dialogue de haut niveau.

 

L’analyse de la médiation régionale dans cette crise est essentielle, car les institutions traditionnelles comme la CEDEAO ont perdu de leur influence auprès de Niamey. La Libye, l’Algérie et, dans une certaine mesure, d’autres acteurs neutres de la région disposent de leviers uniques pour désamorcer les tensions actuelles.

 

Le rôle potentiel de ces médiateurs :

 

L’Algérie : Le poids diplomatique et sécuritaire

L’Algérie partage des frontières directes avec le Niger et possède une longue tradition de médiation dans le Sahel (notamment à travers les anciens accords d’Alger).

  • Une neutralité stratégique :N’étant pas membre de la CEDEAO, Alger n’a pas participé aux sanctions économiques contre le Niger, ce qui lui confère une forte crédibilité auprès des autorités nigériennes.
  • La doctrine de non-intervention :L’Algérie s’oppose fermement à toute intervention militaire étrangère dans la région, s’alignant ainsi sur les positions souverainistes de Niamey.
  • Intérêt direct :Une guerre entre le Niger et le Tchad déstabiliserait le flanc sud de l’Algérie, exacerbant les flux migratoires et créant un vide sécuritaire que les groupes djihadistes (comme le JNIM) exploiteraient immédiatement.

La Libye : Une diplomatie de voisinage pragmatique

Bien que la Libye soit elle-même en phase de reconstruction politique, ses autorités (notamment à Tripoli ou à travers des canaux informels dans le Sud libyen) ont tout intérêt à stabiliser la zone du bassin du lac Tchad.

  • La gestion des frontières communes :La région de Bilma (où le Niger a lancé l’opération « Klafoki ») est une zone de triple frontière Niger-Tchad-Libye, plaque tournante de divers trafics (armes, drogues, migrants).
  • Liaison historique :Le Tchad et le Niger ont tous deux des liens historiques étroits avec les différentes factions libyennes. La Libye peut offrir un terrain neutre pour des discussions discrètes, loin de la pression des médias internationaux.

 

 Les dynamiques d’une médiation réussie

Pour que l’intervention de l’Algérie ou de la Libye porte ses fruits, la médiation devra se concentrer sur trois axes :

  • La mise en place d’une commission d’enquête conjointe :Clarifier de manière indépendante les accusations de soutien à la mutinerie (portées par le capitaine Roger Gabriel) afin de désamorcer la guerre de l’information.
  • L’établissement d’une ligne de communication d’urgence :Créer un canal de communication direct (« téléphone rouge ») entre les états-majors de Niamey et de N’Djamena pour éviter qu’une simple poursuite de bandits à la frontière ne déclenche un conflit ouvert.
  • La coordination transfrontalière :Intégrer le Tchad dans le partage d’informations lié à l’opération nigérienne « Klafoki » pour maximiser l’efficacité contre les groupes terroristes au lieu de se surveiller mutuellement.

 

 

    Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions Sociales et

     Sécuritaire du Sahel

 

Visas pour la Chine : les demandeurs maliens renvoyés vers trois capitales

À compter du 15 septembre, les ressortissants maliens devront déposer leurs demandes à Dakar, Abidjan ou Rabat. Présentée comme temporaire, cette organisation est liée à la reconstruction de la section consulaire chinoise à Bamako, dont la date de réouverture n’est pas annoncée.

Obtenir un visa chinois nécessitera bientôt un déplacement hors du Mali. À partir du 15 septembre, les demandes présentées par les ressortissants maliens seront traitées par les représentations diplomatiques de Chine au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Maroc.
L’ambassade de Chine au Mali a annoncé cette organisation dans un avis publié le 3 septembre. Elle l’explique par la reconstruction de sa section consulaire à Bamako, devenue nécessaire en raison de travaux routiers. Plusieurs publications maliennes rattachent la situation au chantier d’aménagement de la Route nationale 27 entre Bamako et Koulikoro.
La fermeture temporaire du service avait été annoncée le 14 août pour un « cas de force majeure ». Aucune date de reprise de la délivrance des visas à Bamako n’a encore été communiquée.
La mesure concerne exclusivement les demandes de visa déposées par des ressortissants maliens. Les services d’authentification et de légalisation des documents doivent reprendre à Bamako le 15 septembre. Les passeports, titres de voyage et actes notariés concernant les ressortissants chinois continueront également d’y être traités selon des horaires aménagés.
Une formalité transformée en voyage
Les demandeurs devront désormais choisir entre Dakar, Abidjan et Rabat. Avant même d’obtenir l’autorisation de se rendre en Chine, ils devront financer un déplacement international, un hébergement et les frais liés au séjour nécessaire au dépôt du dossier.
Un second déplacement pourrait être nécessaire pour récupérer le passeport. Cette éventualité dépendra des modalités fixées par chaque représentation diplomatique. L’ambassade n’a pas encore indiqué publiquement si un dossier peut être transmis par un mandataire, un service de courrier sécurisé ou un centre de collecte agréé.
La mesure touchera des profils très différents. Des étudiants et bénéficiaires de bourses doivent obtenir leur visa dans des délais compatibles avec la rentrée universitaire. Des commerçants se déplacent pour rencontrer des fournisseurs ou participer à des foires. Des techniciens, entrepreneurs et responsables de projets voyagent dans le cadre des relations économiques entre les deux pays.
Pour un demandeur résidant en région, le trajet sera encore plus long. Il pourra être nécessaire de rejoindre d’abord Bamako avant de poursuivre vers l’une des trois capitales désignées. Les coûts de transport risquent ainsi de dépasser largement les frais administratifs du visa lui-même.
La procédure peut aussi poser une difficulté liée au passeport. Le document doit généralement rester auprès du service chargé d’instruire la demande. Le demandeur se trouvant à l’étranger devra savoir s’il peut attendre la décision sur place, rentrer au Mali sans ce document ou autoriser une personne à le récupérer.
Ces questions appellent des informations précises de la part des représentations concernées. Les délais moyens, les modalités de rendez-vous, la liste des pièces, les moyens de paiement et la procédure de restitution des passeports devraient être publiés avant le 15 septembre.
Une reprise sans calendrier
La Chambre de commerce et d’industrie du Mali a abordé la question avec l’ambassade de Chine dès le 28 août. Une délégation conduite par son secrétaire général, Mahamadou Sanogo, a rencontré le premier conseiller de l’ambassade, Liu Kaiyuan.
Selon le compte rendu publié après cette rencontre, le diplomate a expliqué que les infrastructures nécessaires au traitement des dossiers n’étaient plus opérationnelles. Il a assuré que des dispositions étaient envisagées pour rétablir le service dans les meilleurs délais. Aucun calendrier n’a cependant été rendu public.
Le transfert vers trois pays évite un arrêt complet de la délivrance des visas. Il maintient une possibilité d’accès à la Chine pour les déplacements considérés comme indispensables. Cette solution reste toutefois difficilement accessible à une personne qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour financer le voyage préalable.
La durée de la reconstruction devient donc une donnée essentielle. Une interruption de quelques semaines et une fermeture de plusieurs mois ne produiraient pas les mêmes conséquences sur les études, les contrats commerciaux ou les projets de coopération.
Une solution temporaire à Bamako pourrait réduire ces contraintes si les conditions techniques et de sécurité le permettent. Elle pourrait prendre la forme d’un centre extérieur chargé de recevoir les pièces et les données biométriques, ou d’un système de dépôt encadré par un prestataire. À ce jour, aucun dispositif de ce type n’a été officiellement annoncé.
La réorganisation intervient dans une relation économique active. D’après des chiffres présentés en mai 2026 par l’ambassadeur de Chine au Mali, Li Xiang, les échanges entre les deux pays ont atteint environ 1,63 milliard de dollars en 2025. Cette donnée, communiquée par la partie chinoise, illustre le volume des relations susceptibles de générer des déplacements.
Les services diplomatiques de l’ambassade continuent de fonctionner à Bamako. La suspension ne constitue donc pas une fermeture de la représentation chinoise ni une interruption de la coopération bilatérale.
À compter du 15 septembre, les demandeurs devront néanmoins organiser leur procédure en dehors du territoire national. Deux informations détermineront la portée réelle de cette période transitoire : la possibilité ou non de déposer les dossiers à distance et la date de réouverture de la section consulaire de Bamako.
Massiré Diop

Droits d’auteur : l’audit du BUMDA révèle une gestion à remettre en ordre

Le Vérificateur général a relevé 3,6 millions de FCFA d’irrégularités financières, intégralement remboursés pendant la vérification. Son rapport décrit surtout des insuffisances comptables et des anomalies dans la perception et la répartition des droits.

Le Bureau du Vérificateur général a rendu publique, le 3 septembre, sa vérification financière consacrée à la gestion du Bureau malien du droit d’auteur. Le contrôle couvre les exercices 2022, 2023 et 2024 ainsi que la période allant jusqu’au 30 septembre 2025.
Le BUMDA collecte et répartit les droits dus aux auteurs, artistes-interprètes et autres titulaires. Sa gestion touche donc directement les revenus tirés de la diffusion d’une chanson, d’une œuvre audiovisuelle, d’un spectacle ou d’une autre création protégée.
La vérification a porté sur les recettes, les dépenses de fonctionnement, la perception et la répartition des droits d’auteur et droits voisins, la comptabilité générale, la comptabilité des matières et le fonctionnement administratif.
Les prévisions budgétaires cumulées de la période contrôlée atteignaient 3,809 milliards de FCFA en recettes comme en dépenses. Les irrégularités financières chiffrées par le Vérificateur général s’élèvent à 3,6 millions de FCFA. Elles ont été intégralement régularisées à la suite des travaux de contrôle.
Des remboursements effectués
Le premier montant relevé porte sur 2,4 millions de FCFA d’indemnités de session versées à des personnes qui n’étaient ni membres du conseil d’administration ni autorisées à participer aux réunions concernées.
D’après le rapport, cette somme a été reversée sur le compte bancaire du BUMDA le 10 août 2026. La régularisation est intervenue après les observations formulées pendant la vérification.
Le second montant, évalué à 1,2 million de FCFA, concerne des achats de pneus, de fournitures pour véhicules, d’un onduleur et d’un antivirus. Le Vérificateur général indique que certains paiements avaient été exécutés avant la production des factures, bordereaux de livraison ou mandats nécessaires. Ces dépenses ont également été régularisées.
Ces constatations sont qualifiées d’« irrégularités financières » dans le rapport. Leur remboursement clôt leur incidence pécuniaire immédiate pour le BUMDA, sans faire disparaître la nécessité de corriger les procédures qui les ont rendues possibles.
Les responsables concernés ont été associés à une procédure contradictoire. Une réunion de restitution s’est tenue le 17 février 2026. Le rapport provisoire leur a ensuite été communiqué afin qu’ils puissent répondre aux observations avant la publication de la version définitive.
Des comptes incomplets
Les principales faiblesses signalées ne se limitent pas aux 3,6 millions de FCFA. Le Vérificateur général rapporte que le BUMDA ne tenait pas régulièrement sa comptabilité générale ni sa comptabilité des matières pendant la période contrôlée.
Plusieurs documents demandés n’ont pas pu être produits. Le rapport mentionne notamment l’absence de journal comptable, de grand livre, de balance générale, de livre d’inventaire et d’états financiers complets.
Sans ces supports, il devient difficile de suivre précisément les recettes collectées, les dépenses engagées, les créances à recouvrer, les immobilisations et les montants restant à répartir entre les ayants droit.
Le BUMDA disposait d’un manuel de procédures élaboré en 2022. Celui-ci n’avait cependant pas été validé. Le Vérificateur général relève aussi que la convention d’établissement de l’organisme n’avait pas reçu le visa du ministre chargé du Travail et n’avait pas été déposée auprès de la juridiction du travail compétente.
Ces constats ne prouvent pas que toutes les opérations réalisées pendant la période étaient irrégulières. Ils indiquent que les documents permettant d’en assurer la traçabilité et le contrôle n’étaient pas réunis de manière satisfaisante.
La répartition des droits examinée
Le rapport s’intéresse également à la manière dont les redevances sont collectées et réparties. Il indique que le directeur général n’émettait pas systématiquement les titres de perception avant l’intervention des agents chargés du recouvrement.
La vérification relève aussi que certains programmes de répartition approuvés par le conseil d’administration ne respectaient pas les critères réglementaires d’affectation.
Pour les œuvres diffusées par les opérateurs de télécommunications, les relevés de programmation permettaient, selon le rapport, d’identifier des œuvres et leurs ayants droit. Une partie des sommes aurait néanmoins été affectée au « répertoire BUMDA », comprenant notamment des artistes qui n’apparaissaient pas comme titulaires des œuvres dans les relevés examinés.
Le Vérificateur général estime que cette pratique pouvait réduire les montants revenant aux ayants droit identifiés. Le rapport ne fournit pas, dans son résumé public, une estimation globale des sommes concernées ni une liste nominative des créateurs affectés.
L’établissement de règles vérifiables est particulièrement important lorsqu’une œuvre est diffusée à grande échelle. Le nombre de passages, l’identité des titulaires, le barème appliqué, les retenues de gestion et la somme finalement payée devraient pouvoir être rapprochés dans un même dossier.
Une redevance encore non collectée
Le contrôle constate enfin que le BUMDA n’avait pas perçu, pendant la période examinée, la rémunération pour copie privée due sur certains supports vierges et appareils permettant l’enregistrement d’œuvres.
L’organisme ne disposait pas d’un mécanisme opérationnel avec les services des Douanes pour identifier les produits concernés, déterminer l’assiette et recouvrer la redevance auprès des fabricants ou importateurs.
L’ordonnance du 10 avril 2026 a depuis confié cette perception aux Douanes au profit de l’organisme national de gestion collective. Au moment où le rapport a été finalisé, le décret conjoint nécessaire à l’application de cette disposition n’avait pas encore été adopté.
Le montant susceptible d’être collecté au titre de la copie privée n’est pas chiffré dans les éléments publics du rapport. Il serait donc hasardeux de présenter cette absence de recouvrement comme une perte précise. Elle représente néanmoins une source de rémunération prévue par les textes et restée inactive pendant les exercices vérifiés.
Le BUMDA devra désormais mettre en œuvre les recommandations adressées à sa direction et à son conseil d’administration. Elles concernent notamment la tenue des comptes, la validation des procédures, l’émission régulière des titres de perception et l’application des règles de répartition.
Le remboursement des 3,6 millions de FCFA constitue un résultat immédiat de la vérification. Pour les artistes et les auteurs, la suite se mesurera surtout à la possibilité de connaître les œuvres enregistrées en leur nom, les utilisations comptabilisées, les retenues appliquées et les droits effectivement versés.
Massiré Diop

Mondial de basketball : le Mali renverse l’Espagne et change sa trajectoire

Les Maliennes ont battu l’Espagne 82-73, samedi 5 septembre à Berlin. Deux jours après une courte défaite contre le Japon, ce deuxième succès de leur histoire en Coupe du monde les replace dans la course avant d’affronter l’Allemagne.

Le Mali a remporté l’une des premières grandes surprises de la Coupe du monde féminine de basketball. Opposées à l’Espagne, samedi à la Max-Schmeling-Halle de Berlin, les Maliennes se sont imposées 82 à 73 au terme d’un match dont elles ont pris le contrôle après la pause.
Le résultat constitue seulement la deuxième victoire du Mali dans l’histoire de la compétition. La première remontait à 2010 contre le Sénégal, après prolongation. Le succès de samedi est donc le premier obtenu par la sélection malienne contre une équipe européenne en phase finale mondiale.
Cette victoire intervient deux jours après la défaite concédée face au Japon, 102 à 97. Elle maintient le Mali dans la compétition avant son dernier match de groupe contre l’Allemagne, pays organisateur, programmé ce lundi à Berlin.
Dix minutes qui ont changé le match
Le Mali a terminé le premier quart-temps avec une légère avance, 19-17, avant de connaître davantage de difficultés dans le deuxième. Plus efficaces, les Espagnoles ont rejoint les vestiaires avec deux points d’avance, 34-32.
La rencontre a basculé dans le troisième quart-temps. Les Maliennes y ont inscrit 31 points contre 19 pour l’Espagne. Alors qu’elles étaient menées 45-44, elles ont produit une série de 16 points contre 4 qui leur a permis de creuser un écart durable.
Sika Koné a joué un rôle central dans cette accélération. L’intérieure malienne a inscrit deux paniers à trois points pendant la séquence, avant d’en ajouter un autre au début de la dernière période. Elle a terminé la rencontre avec 19 points et 10 rebonds.
Djeneba N’Diaye a également marqué 19 points. Rokia Doumbia a distribué neuf passes décisives, contribuant à faire circuler le ballon et à répartir la production offensive. Cette diversité a empêché la défense espagnole de concentrer toute son attention sur une seule joueuse.
L’adresse extérieure a fait une différence importante. Le Mali a réussi 40,9 % de ses tirs à trois points, contre seulement 18,2 % pour l’Espagne. Les Espagnoles n’ont inscrit que quatre paniers sur leurs vingt-deux tentatives derrière la ligne.
Les Maliennes ont aussi maintenu leur efficacité près du cercle, avec 55,3 % de réussite à deux points. Elles ont été moins précises aux lancers francs, mais l’écart constitué dans la seconde moitié du match leur a permis de conserver une avance d’au moins neuf points pendant les dernières minutes.
Une victoire, pas encore une qualification
Le succès replace le Mali dans une position favorable, sans régler définitivement la question de la qualification. Le format de la Coupe du monde répartit les seize équipes en quatre groupes de quatre. La première de chaque groupe accède directement aux quarts de finale. Les équipes classées deuxième et troisième doivent passer par un match éliminatoire supplémentaire. La quatrième est éliminée.
La rencontre contre l’Allemagne revêt donc une importance immédiate. Une deuxième victoire garantirait aux Maliennes une place dans la suite de la compétition. Une défaite obligerait à examiner le résultat de l’autre match du groupe et les critères de classement utilisés pour départager les équipes.
L’Allemagne évoluera devant son public. Elle dispose également d’un avantage physique au rebond, secteur dans lequel ses joueuses ont obtenu une moyenne supérieure à celle du Mali au cours de leurs deux premières rencontres.
Les statistiques maliennes montrent toutefois une capacité offensive réelle. Après deux journées, l’équipe a inscrit en moyenne 89,5 points et délivré 25 passes décisives par match. Ces chiffres ont été alimentés par la rencontre très ouverte face au Japon, puis confirmés par une prestation plus maîtrisée contre l’Espagne.
La sélection devra néanmoins mieux protéger son ballon et éviter les périodes de relâchement. Face au Japon, ses 97 points n’avaient pas suffi en raison des 102 encaissés. Contre l’Espagne, la défense du troisième quart-temps a permis de transformer l’efficacité offensive en victoire.
Une performance de référence
Le classement mondial ou le statut historique des adversaires ne garantissent pas le résultat d’un match. L’Espagne possède une expérience internationale bien supérieure et figurait parmi les équipes les plus attendues du tournoi. Le Mali l’a pourtant dominée pendant la séquence décisive, sans dépendre d’une action isolée ou d’un effondrement total de son adversaire.
La victoire donne aussi une autre lecture à la défaite contre le Japon. Les Maliennes avaient montré leur capacité à marquer, mais laissé échapper une rencontre serrée. Deux jours plus tard, elles ont su conserver leur avance sous la pression d’une équipe expérimentée.
Le bilan historique du Mali en Coupe du monde reste modeste, avec deux victoires en douze rencontres. Le résultat de Berlin ne suffit donc pas à effacer l’écart accumulé avec les grandes nations. Il prouve cependant que cette équipe peut battre un adversaire de premier rang lorsqu’elle maintient son intensité défensive et partage la responsabilité offensive.
Le match contre l’Allemagne dira jusqu’où cette progression peut conduire le Mali dans le tournoi. La victoire sur l’Espagne a déjà sa place dans l’histoire du basketball malien. Elle prendra une portée sportive encore plus forte si l’équipe l’utilise pour franchir, pour la première fois, le premier tour d’une Coupe du monde.
Massiré Diop

Trésor : 60,5 milliards levés, jusqu’à 7,69 % de rendement

Le Mali a obtenu davantage que les 55 milliards de FCFA initialement recherchés sur le marché régional. La demande des investisseurs reste solide, mais les taux montrent que l’accès à cette liquidité aura un coût important pour les finances publiques.

Le Trésor malien a mobilisé 60,5 milliards de FCFA, mercredi 2 septembre, sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine. L’opération associait des bons du Trésor à un an et des obligations d’une durée de trois et cinq ans.
L’État cherchait initialement 55 milliards de FCFA. Les investisseurs ont proposé près de 68 milliards, soit un taux de couverture de 123,61 %. Le Trésor a retenu 60,5 milliards et rejeté environ 7,49 milliards.
Ce résultat montre que les banques et autres investisseurs régionaux continuent de souscrire aux titres maliens. Il n’indique toutefois pas que le financement est obtenu à faible coût. Le prix réel apparaît dans les rendements exigés.
Le coût du financement
Le rendement moyen pondéré atteint 4,89 % pour les bons arrivant à échéance le 1er septembre 2027. Il s’établit à 7,69 % pour les obligations remboursables en septembre 2029 et à 7,40 % pour celles arrivant à échéance en août 2031.
Les coupons nominaux des obligations sont inférieurs à ces rendements. Ils ont été fixés à 6 % pour le titre à trois ans et à 6,20 % pour celui à cinq ans. La différence vient notamment du prix auquel les investisseurs ont acheté les titres. Lorsqu’une obligation est acquise sous sa valeur nominale, son rendement effectif devient supérieur au coupon versé chaque année.
Pour les bons à un an, les intérêts sont précomptés. L’investisseur verse donc une somme inférieure à la valeur qui lui sera remboursée à l’échéance. Les 60,5 milliards correspondent au montant nominal retenu pour l’ensemble de l’opération et non nécessairement à la trésorerie nette immédiatement encaissée.
Une opération menée le 20 août avait permis au Mali de mobiliser 55 milliards de FCFA. Les rendements moyens atteignaient alors 4,39 % sur les bons, 7,54 % sur les obligations à trois ans et 7,42 % sur celles à cinq ans.
En deux semaines, le rendement des titres à court terme a donc augmenté d’un demi-point et celui des obligations à trois ans de quinze centièmes. Le taux à cinq ans est resté pratiquement stable. Une seule comparaison ne permet pas d’établir une tendance durable, mais elle montre que le coût varie d’une adjudication à l’autre selon la demande, les échéances et les conditions du marché.
Un rachat avant échéance
Le même jour, le Trésor a racheté pour 9,05 milliards de FCFA une obligation qui devait arriver à échéance le 29 septembre. L’opération a été effectuée avec un rendement moyen pondéré de 2,5 %.
Ce rachat ne constitue pas un nouvel emprunt. Il permet à l’État de rembourser par anticipation une partie d’une dette qui aurait dû être réglée quelques semaines plus tard. Il réduit donc le montant concentré sur l’échéance de fin septembre.
Les deux opérations répondent à des objectifs complémentaires. La première apporte de nouvelles liquidités pour financer les besoins budgétaires. La seconde réorganise une partie des remboursements proches.
La comparaison entre les 60,5 milliards levés et les 9,05 milliards rachetés ne permet pas de calculer directement un endettement net. Le Trésor effectue parallèlement d’autres remboursements, émissions et paiements d’intérêts qui doivent être intégrés au calcul global.
La demande ne règle pas la question de la dette
Une émission sursouscrite constitue un signal favorable sur la capacité immédiate du pays à accéder au marché. Elle ne suffit pas à mesurer la soutenabilité de la dette publique. Des investisseurs peuvent acheter un titre parce que sa rémunération est attractive, même lorsque le coût supporté par l’émetteur augmente.
Le budget rectifié de 2026 prévoit environ 3 372,9 milliards de FCFA de recettes pour 3 993,3 milliards de dépenses. Le déficit ressort à près de 620,4 milliards de FCFA. Les emprunts régionaux participent au financement de cet écart, aux côtés des autres ressources intérieures et extérieures.
Ces fonds entrent dans la trésorerie générale de l’État. Leur utilité doit donc être évaluée à travers l’exécution complète du budget, et non en attribuant artificiellement une émission particulière à une route, une école ou une dépense isolée.
Le véritable suivi porte sur le calendrier des échéances, le coût annuel des intérêts, la part des recettes mobilisée pour le service de la dette et les résultats obtenus grâce aux dépenses financées. Une dette utilisée pour un investissement productif ne produit pas le même effet qu’un emprunt servant uniquement à reporter une tension de trésorerie.
La publication régulière d’un calendrier consolidé des remboursements permettrait de repérer les années où plusieurs titres arrivent simultanément à échéance. Elle aiderait aussi à comprendre la fréquence des nouvelles émissions et des opérations de rachat.
Le Mali a trouvé les investisseurs nécessaires et obtenu 5,5 milliards de FCFA de plus que son objectif initial. Ce succès d’adjudication constitue un fait. Les rendements allant jusqu’à 7,69 % en constituent un autre. La bonne lecture de l’opération exige de tenir ensemble ces deux réalités à savoir l’accès au financement reste ouvert, mais chaque milliard levé crée une charge future qu’il faudra inscrire dans les comptes publics.
Massiré Diop

Alpha Yaya Sangaré condamné à vingt ans de réclusion criminelle

L’ancien colonel de la Gendarmerie nationale a été reconnu coupable d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, jeudi 3 septembre. Le ministère public avait requis la peine de mort pour trahison.

La Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné Alpha Yaya Sangaré à vingt ans de réclusion criminelle, jeudi 3 septembre à Bamako.

La juridiction a retenu contre l’ancien colonel de la Gendarmerie nationale l’infraction d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Elle l’a également condamné au paiement d’un franc symbolique à l’État malien, constitué partie civile, et ordonné la confiscation des exemplaires de son livre saisis au cours de la procédure.

Lors de l’audience du 27 août, le ministère public avait requis la peine de mort pour trahison, en se fondant sur l’article 34 de l’ancien Code pénal. La Cour a écarté cette qualification et requalifié les faits en atteinte à la sûreté extérieure de l’État.

Alpha Yaya Sangaré était également poursuivi pour atteinte au crédit de l’État et publication ou diffusion de fausses nouvelles attribuées à des tiers, susceptibles d’ébranler la discipline des Forces armées et de sécurité.

L’accusé a rejeté les faits qui lui étaient reprochés. Ses avocats ont contesté la procédure, demandé son annulation et plaidé l’acquittement. Le procès s’est tenu à huis clos.

Le livre

La procédure est liée à la publication, en décembre 2023, de l’ouvrage « Mali : le défi du terrorisme en Afrique ». Le livre a été présenté au public le 24 février 2024 à l’École de maintien de la paix Alioune-Blondin-Bèye de Bamako.

Consacré au terrorisme et aux réponses apportées à la crise sécuritaire, l’ouvrage reprend notamment des accusations d’abus contre des civils contenues dans des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains.

Le ministère de la Défense et des Anciens combattants avait réagi le 1er mars 2024. Dans un communiqué, le département avait dénoncé de « fausses accusations » contre les Forces armées maliennes ainsi que des passages mettant en cause la hiérarchie militaire. Il avait annoncé que l’auteur serait soumis à la réglementation en vigueur.

Alpha Yaya Sangaré avait été arrêté le 2 mars 2024 à son domicile, à Bamako. Il est resté en détention jusqu’à l’ouverture de son procès.

La radiation

Une procédure administrative avait parallèlement été engagée au sein des Forces armées et de sécurité. Après un conseil d’enquête tenu le 1er décembre 2025, le décret n°2025-861/PT-RM du 12 décembre 2025 a prononcé la cessation de l’état de militaire d’Alpha Yaya Sangaré et sa radiation des effectifs par mesure disciplinaire.

Le verdict rendu le 3 septembre clôt le procès devant la Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Aucune information sur un éventuel recours de la défense n’était disponible au lendemain de la décision.

Massiré Diop

Hivernage : les sinistrés ont presque triplé en trois semaines

Treize personnes ont perdu la vie depuis le début de la saison des pluies. Le bilan national atteint désormais 2 790 sinistrés et 153 effondrements, alors que le mois de septembre reste exposé aux orages, aux vents violents et aux inondations localisées.

Les intempéries ont fait treize morts et dix-sept blessés au Mali depuis le début de l’hivernage. Le nouveau bilan, arrêté au 2 septembre, recense six épisodes d’inondation, dix accidents liés à la foudre et quatre épisodes de vents violents.
Au total, 355 ménages regroupant 2 790 personnes ont été touchés. Les autorités ont également enregistré 153 effondrements. Cette dernière catégorie peut concerner des habitations ou d’autres bâtiments, mais le communiqué national ne fournit pas de ventilation permettant d’en connaître la nature exacte.
L’évolution est rapide. Au 13 août, le pays comptait six morts, onze blessés, 927 personnes affectées et vingt effondrements. En moins de trois semaines, sept décès supplémentaires ont donc été enregistrés et le nombre de sinistrés a presque triplé.
Cette progression ne signifie pas nécessairement que chaque région connaît une dégradation comparable. Elle montre que la saison des pluies continue de provoquer des dommages humains et matériels alors même que la période la plus surveillée n’est pas terminée.
Un bilan encore trop global
Les chiffres ont été présentés lors d’une réunion du Comité technique interministériel de gestion des crises et catastrophes, organisée au Centre de coordination et de gestion des crises. Ils permettent de mesurer l’ampleur nationale, mais restent insuffisants pour suivre l’aide et cibler la prévention.
Le bilan ne précise pas combien de décès sont dus aux inondations, à la foudre, aux vents ou aux effondrements. Il ne répartit pas davantage les victimes, les ménages et les bâtiments touchés entre les régions, les cercles et les communes.
Cette information géographique est pourtant indispensable. Une inondation lente provoquée par la montée d’un cours d’eau ne demande pas la même réponse qu’une crue soudaine dans un marigot, l’effondrement d’une maison en banco ou un accident lié à la foudre.
Le décompte de six « cas d’inondation » doit également être interprété avec prudence. Un seul épisode peut toucher plusieurs quartiers, villages ou centaines de personnes. Le nombre d’événements ne mesure donc pas, à lui seul, leur étendue.
La publication d’un tableau par localité permettrait de savoir où les maisons ont été détruites, combien de familles ont dû être déplacées et quelle assistance a été remise. Elle faciliterait aussi la vérification des besoins par les communes, les services sociaux et les organisations humanitaires.
Septembre reste exposé
Les prévisions officielles annoncent une activité orageuse faible à modérée sur l’ensemble du territoire pendant le mois de septembre. Ces orages peuvent s’accompagner de pluies intenses, de vents forts et de foudre.
Les niveaux des cours d’eau sont en hausse, même si les débits observés restent globalement normaux à déficitaires. L’absence actuelle de menace fluviale majeure n’écarte pas les inondations localisées. À Bamako notamment, les marigots et collecteurs peuvent réagir rapidement à une forte pluie lorsque les passages sont rétrécis, encombrés ou occupés.
Le risque ne vient pas uniquement de la quantité totale de pluie reçue pendant une saison. Une précipitation très intense concentrée sur quelques heures peut submerger un quartier, même lorsque le cumul mensuel reste proche de la normale.
Les logements fragilisés constituent un autre danger. Après plusieurs semaines d’humidité, les murs en terre peuvent perdre leur résistance. Les ménages vivant dans des maisons fissurées ou proches d’un ouvrage d’écoulement ont besoin d’une évaluation rapide avant la prochaine pluie.
Agir avant la prochaine alerte
La Protection civile annonce avoir placé des unités d’intervention rapide dans ses différents services. Les autorités poursuivent également le curage des caniveaux et des collecteurs, le dégagement des servitudes et la libération des lits naturels des marigots dans le District de Bamako.
Ces actions répondent à l’urgence. Leur efficacité dépendra de la continuité de l’enlèvement des déchets. Un caniveau curé puis de nouveau obstrué quelques jours plus tard retrouve rapidement son niveau de danger.
Le dégagement des passages d’eau doit aussi être accompagné d’une solution pour les ménages installés dans les zones concernées. Une évacuation imposée sans recensement, hébergement temporaire ni protection des biens déplacerait le problème humain sans réduire durablement la vulnérabilité.
Les alertes hydrométéorologiques doivent parvenir aux habitants avant l’orage, dans un langage compréhensible et par plusieurs moyens. L’application SOS Sécurité peut contribuer au signalement, mais une partie de la population ne possède pas de smartphone ou de connexion permanente. Les radios, les autorités locales, les chefs de quartier et les relais communautaires restent essentiels.
Les familles déjà touchées ont besoin de bâches, d’abris, de vivres et de soins. Elles ont aussi besoin de savoir si leur logement peut être réoccupé. Après un effondrement, un simple retour sur place peut exposer les habitants à un second accident.
Le bilan actuel demeure inférieur à celui de l’hivernage exceptionnel de 2024, qui avait entraîné la déclaration de l’état de catastrophe nationale. Cette comparaison ne doit pas banaliser les treize décès de 2026. Elle rappelle plutôt que les dommages peuvent augmenter rapidement lorsque les pluies se répètent.
La prochaine étape consiste à rendre la situation lisible commune par commune. Savoir où les personnes sont mortes, quels bâtiments ont cédé et quelle aide a été livrée permettrait de transformer le bilan national en outil de prévention et de contrôle de l’action publique.
Massiré Diop

Presse : les règles du métier remises sur la table

La Maison de la presse a lancé deux travaux parallèles sur la convention collective et l’autorégulation. Les structures créées disposent de quatre-vingt-dix jours pour proposer des textes, mais aucune réforme n’est encore entrée en application.

La presse malienne ouvre simultanément deux chantiers longtemps différés. Le premier porte sur les conditions de travail. Le second concerne la manière dont la profession entend faire respecter ses propres règles éthiques et traiter les plaintes du public.
Le président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, a créé le 28 août une commission ad hoc chargée de relire la convention collective. La décision répond à une demande de l’Union nationale des journalistes du Mali.
La commission, présidée par Abdoulaye Séga Diabaté, doit examiner le texte existant, identifier les dispositions devenues inadaptées, recueillir les propositions des parties concernées et préparer un projet révisé. Son mandat est fixé à quatre-vingt-dix jours, avec possibilité de prorogation.
Une seconde décision a créé la Cellule de préfiguration de l’organe d’autorégulation des médias, la CPOAM. Présidée par Sadou Yattara, elle dispose de la même durée pour préparer l’architecture, les statuts, le règlement intérieur, le code d’éthique et le système de traitement des plaintes du futur organe.
Ces décisions lancent un processus. Elles ne signifient pas que la nouvelle convention collective est déjà applicable ni que l’organe d’autorégulation existe juridiquement et matériellement.
Faire entrer la convention dans les rédactions
La révision de la convention ne produira de changement que si elle touche les réalités quotidiennes. Les journalistes attendent des réponses sur les contrats, les classifications professionnelles, les salaires, les horaires, les congés, la couverture sociale et les conditions de travail lors des déplacements ou des reportages exposés.
Le paysage médiatique s’est profondément transformé. Aux journaux, radios et télévisions se sont ajoutés les sites d’information, les webtélévisions et différentes formes de production numérique. Une convention révisée devra déterminer clairement quelles entreprises et quelles catégories de travailleurs entrent dans son champ.
La situation des correspondants régionaux, des pigistes et des collaborateurs rémunérés de manière irrégulière mérite une attention particulière. Un texte conçu uniquement autour des salariés permanents des grandes rédactions laisserait de côté une partie importante des personnes qui collectent et publient l’information.
Une étude de l’Union des journalistes reporters du Mali, conduite auprès d’un échantillon de professionnels et d’employeurs, a relevé des difficultés récurrentes liées à l’absence de contrats, à l’instabilité des rémunérations, au manque d’équipements et à la faiblesse de la couverture sociale. Cette enquête ne constitue pas un recensement national, mais ses constats rejoignent les témoignages recueillis publiquement auprès de jeunes journalistes.
La future convention devra être économiquement applicable. Une grille salariale adoptée sans tenir compte de la situation financière des médias risque de rester lettre morte. Cette contrainte ne peut toutefois pas servir à normaliser le travail durable sans rémunération, sans contrat ou sans affiliation aux organismes sociaux.
Les employeurs, les syndicats et l’administration du Travail devront définir un calendrier de mise en conformité. Les aides publiques à la presse pourraient être liées à des critères transparents, parmi lesquels l’existence de contrats, la déclaration des salariés et le respect des obligations sociales.
Une autorégulation qui ne se confond pas avec la censure
La CPOAM doit proposer un mécanisme permettant aux professionnels d’examiner les manquements à l’éthique et à la déontologie. La décision mentionne la saisine, la médiation, le règlement des différends et le traitement des plaintes.
Ce futur organe devra se distinguer de la Haute Autorité de la communication, qui exerce une régulation prévue par les textes publics. L’autorégulation repose sur l’engagement de la profession elle-même. Elle peut recommander une correction, un droit de réponse, une clarification ou constater un manquement, sans devenir un tribunal parallèle.
Son indépendance dépendra de sa composition et de son financement. Un organisme dominé par quelques propriétaires de médias ne protégerait pas suffisamment les journalistes et le public. Une structure dépendante de ressources discrétionnaires de l’État pourrait, de son côté, voir son impartialité contestée.
La décision du 28 août demande à la cellule de proposer des garanties d’indépendance, d’impartialité, de représentativité et d’inclusivité. Elle prévoit des consultations avec les organisations professionnelles, les ministères concernés et la Haute Autorité de la communication, tout en affirmant que cette coopération ne doit pas compromettre l’autonomie du futur organe.
Les radios communautaires, les médias régionaux, la presse en ligne, les femmes journalistes et les professionnels exerçant hors de Bamako devront pouvoir participer aux consultations. Leur présence est nécessaire pour éviter qu’un mécanisme présenté comme national soit défini par un cercle trop étroit.
Les décisions du futur organe gagneraient à être motivées et rendues publiques, dans le respect de la protection des personnes. Une procédure de recours, des délais de réponse et des règles sur les conflits d’intérêts renforceraient également sa crédibilité.
Le rendez-vous des résultats
Les deux structures doivent travailler pendant quatre-vingt-dix jours. La commission sur la convention collective remettra un projet qui devra encore être validé et adopté par les parties compétentes. La CPOAM doit, pour sa part, produire les textes préparatoires et la feuille de route conduisant à l’installation du futur organe.
Le calendrier peut être prorogé, mais une prolongation ne devrait pas devenir une manière de repousser les arbitrages. Un point d’étape public à mi-parcours permettrait de connaître les organisations consultées, les difficultés rencontrées et les questions restant à régler.
La presse malienne ne manque pas seulement de textes. Elle souffre surtout de règles peu appliquées, de modèles économiques fragiles et d’une confiance publique mise à l’épreuve par les erreurs, les contenus non vérifiés et les confusions entre information, communication et militantisme.
La révision de la convention collective et la relance de l’autorégulation peuvent traiter une partie de ces faiblesses. Leur réussite ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées, mais à l’existence de contrats respectés, de protections sociales effectives et d’un mécanisme indépendant capable de répondre aux plaintes sans porter atteinte à la liberté de la presse.
Massiré Diop

DDR-I : 37 ex-combattants rejoignent les rangs des FAMa

37 ex-combattants, principalement originaires de la région de Kidal, ont officiellement intégré les Forces armées maliennes, le 2 septembre 2026 à Anefif, dans le cadre du processus de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I)

Après six mois de formation militaire, les 37 nouvelles recrues ont achevé leur parcours d’intégration au camp d’Anefif. Lors de la cérémonie de sortie, elles ont prêté serment devant le commandement de la 7ème Région militaire, s’engageant à servir et défendre la Patrie.

La formation a été dispensée au Centre d’instruction mixte de Kidal et a notamment porté sur la tactique, le règlement du service des armées, l’instruction du soldat ainsi que l’éducation physique et sportive.

Elle a également permis  aux recrues d’acquérir les fondamentaux du métier des armes et de renforcer l’esprit de camaraderie.

S’exprimant au nom de ses camarades, le soldat de 2ème classe Mohamed Ag Alassane a réaffirmé l’engagement des nouveaux incorporés à servir sous le drapeau national.

Un processus d’intégration qui se poursuit

Cette incorporation s’inscrit dans le processus du DDR-I, piloté par le ministère de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale. Le dispositif prévoit notamment l’intégration d’ex-combattants dans les Forces de défense et de sécurité ainsi que la réinsertion socio-économique d’autres bénéficiaires.

Lors du lancement d’une nouvelle phase du processus en février 2025, les autorités avaient fixé l’objectif  d’intégration de 2 000 ex-combattants dans les forces armées et la réinsertion socio-économique de 1 000 autres.

Le bilan présenté par le ministère de la Réconciliation en juin 2026 faisait état de 1 617 ex-combattants intégrés dans les FAMa et de 1 760 démobilisés au cours de l’année 2025.

Le processus s’est poursuivi cette année dans plusieurs régions. Le 4 août 2026, 648 ex-combattants avaient rejoint les FAMa à l’issue de leur formation. À Tombouctou, 394 recrues originaires des régions de Tombouctou et de Taoudéni avaient prêté serment, tandis qu’à Soufouroulaye, 254 autres, principalement originaires de Ségou, Mopti et Bandiagara, avaient également achevé leur formation.

La sortie de la promotion d’Anefif prolonge ainsi ces opérations d’intégration. Pour les 37 anciens combattants concernés à Kidal, elle marque désormais le passage du statut de bénéficiaires du DDR-I à celui de militaires appelés à servir au sein des Forces armées maliennes.

Mohamed Kenouvi

Mali–ONU : 173 millions de dollars, dont 77 % restent à mobiliser

Les programmes 2027-2031 du PNUD et du FNUAP ont été approuvés à New York. Leur budget cumulé est ambitieux, mais seule une part minoritaire relève des ressources ordinaires déjà prévues par les deux agences.

Le conseil d’administration commun au Programme des Nations unies pour le développement et au Fonds des Nations unies pour la population a approuvé, le 26 août à New York, deux nouveaux programmes de coopération avec le Mali pour la période 2027-2031.
Leur enveloppe indicative cumulée atteint 173,1 millions de dollars. Le programme du PNUD représente 130,2 millions de dollars et celui du FNUAP 42,9 millions.
Ce montant ne correspond pas à une somme déjà versée sur un compte ni à un financement intégralement garanti. Les ressources ordinaires des deux agences représentent 39,9 millions de dollars. Les 133,2 millions restants doivent être obtenus auprès de partenaires et par d’autres mécanismes de financement.
La part encore à mobiliser atteint donc près de 77 % du budget total. La distinction est décisive. L’approbation des programmes est acquise, mais l’ampleur de leur exécution dépendra de financements qui devront être négociés au cours des cinq prochaines années.
Des objectifs mesurables
Le PNUD prévoit environ 47,9 millions de dollars pour la transformation économique, les chaînes de valeur, les énergies renouvelables et la résilience climatique. Les 82,3 millions restants doivent soutenir la gouvernance, la modernisation des services publics, l’accès à la justice, la cohésion sociale et la consolidation de la paix.
Le document fixe plusieurs cibles nationales. La proportion de la population vivant sous le seuil national de pauvreté devrait passer de 43,3 % en 2024 à 37,35 % en 2031. La part des énergies renouvelables dans la consommation finale devrait progresser de 11,3 % à 25,65 %, tandis que la couverture des systèmes de protection sociale passerait de 21,2 % à 27,7 %.
Le programme prévoit aussi de doubler, de 9 000 à 18 000, le nombre d’emplois décents créés dans les chaînes de valeur prioritaires. Les superficies restaurées ou protégées devraient passer de 38 292 à 78 292 hectares.
Ces indicateurs donnent des repères, mais leurs résultats ne dépendront pas uniquement du PNUD. La pauvreté, l’emploi ou la protection sociale évoluent aussi selon la croissance économique, la sécurité, les politiques budgétaires, la production agricole et les décisions prises par les autorités nationales.
L’évaluation devra distinguer ce que les projets financent directement de l’évolution générale du pays. Une baisse nationale de la pauvreté ne pourra pas être attribuée automatiquement au programme. À l’inverse, une cible non atteinte ne signifiera pas nécessairement que toutes les interventions menées ont échoué.
Santé et protection des femmes
Le FNUAP prévoit 18,2 millions de dollars pour la santé sexuelle et reproductive ainsi que la santé maternelle et néonatale. Une autre enveloppe de 17 millions doit financer les actions contre les violences fondées sur le genre, les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfants.
Les statistiques et les données démographiques doivent recevoir 6,3 millions de dollars. Le reste, soit 1,4 million, est consacré à la coordination du programme.
La qualité des données occupe une place centrale. Sans statistiques régulières sur la mortalité maternelle, la contraception, les mariages précoces, les violences et l’accès territorial aux soins, les progrès annoncés resteront difficiles à vérifier.
Les moyennes nationales devront être complétées par des résultats régionaux. Une amélioration enregistrée à Bamako ou dans les grands centres urbains peut masquer une dégradation dans des zones rurales, déplacées ou touchées par l’insécurité.
La question de l’accès se posera avec une acuité particulière dans les localités où les centres de santé manquent de personnel, d’équipements ou de moyens de référence. Financer une campagne de sensibilisation ne suffit pas si une femme confrontée à une complication obstétricale ne peut rejoindre un établissement capable de la prendre en charge.
Du budget indicatif à la dépense réelle
La mobilisation des 133,2 millions de dollars conditionnera le volume des activités. Elle dépendra des contributions de bailleurs, de fonds thématiques et de partenaires dont les priorités peuvent évoluer au cours de la période 2027-2031.
Le représentant permanent du Mali auprès des Nations unies, Issa Konfourou, a appelé les partenaires internationaux à contribuer au financement. Cette démarche devra être suivie par des informations régulières sur les montants obtenus, les conventions signées et les éventuelles réductions de programmes lorsqu’un financement attendu n’arrive pas.
Une présentation annuelle permettrait de distinguer quatre données souvent confondues : le budget prévu, l’argent effectivement mobilisé, les sommes engagées par contrat et les dépenses réellement exécutées. Elle devrait aussi préciser les régions bénéficiaires, les partenaires chargés de la mise en œuvre et les résultats obtenus.
Le document du PNUD prévoit que plusieurs indicateurs soient alimentés chaque année par l’Institut national de la statistique et les ministères compétents. Ce recours aux données nationales peut renforcer l’appropriation du programme, à condition que les méthodes, les résultats et les éventuelles limites soient rendus publics.
La somme de 173,1 millions de dollars fournit un cadre de travail. Elle ne doit pas être présentée comme un acquis financier définitif. Le premier test commencera avec la mobilisation des ressources. Le second viendra lorsque les dépenses pourront être reliées à des services, des emplois, des soins et des protections effectivement accessibles aux populations.
Massiré Diop

Permis d’or : trois ans pour transformer les indices en preuves

Quatre sociétés minières obtiennent une prolongation de leurs travaux de recherche dans les régions de Bougouni, Sikasso, Koulikoro et Kayes. Les renouvellements autorisent de nouvelles investigations, mais ne prouvent encore ni l’existence de réserves exploitables ni l’ouverture prochaine de mines.

Le gouvernement a renouvelé, mercredi 2 septembre, quatre permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2. Les périmètres concernés se trouvent à Ourounia, dans le cercle de Bougouni, à Dézébéla, dans le cercle de Sikasso, à Faladiè-Nord, dans le cercle de Kangaba, et à Liberta-Sud, dans celui de Kéniéba.

Le permis d’Ourounia avait été attribué à Yiyuan Mines SARL avant d’être cédé, en 2021, à Hongda Liujiu SARL. Celui de Dézébéla appartient à A.NA.DI.S SARL. Les deux autres sont détenus par L’Horizon SARL. Initialement accordés entre 2019 et 2022, ces titres ont été affectés par la suspension des renouvellements miniers appliquée de décembre 2022 à mars 2025.
Le communiqué gouvernemental indique que les premiers travaux ont mis en évidence « plusieurs anomalies » justifiant leur poursuite. Dans le langage de la recherche minière, ce mot désigne des indices ou des variations géologiques qui méritent d’être examinés. Il ne renvoie pas à des irrégularités administratives et ne signifie pas davantage qu’un gisement commercial a déjà été découvert.
Les sociétés disposent désormais d’une période supplémentaire de trois ans. Le Code minier de 2023 permet deux renouvellements de même durée, sous réserve du respect des obligations légales et réglementaires. Les décisions prises le 2 septembre constituent le premier renouvellement de chacun des quatre permis.
Chercher n’est pas exploiter
Un permis de recherche autorise une entreprise à étudier un périmètre par des levés, des prélèvements, des analyses et, lorsque le programme le prévoit, des forages. Ces travaux doivent permettre de déterminer la teneur du minerai, la continuité des zones minéralisées, la profondeur des formations et la quantité de ressources éventuellement présentes.
Même lorsque de l’or est identifié, plusieurs étapes restent nécessaires. Il faut établir une ressource selon des méthodes reconnues, démontrer qu’une partie peut être exploitée dans des conditions économiques réalistes, réaliser une étude de faisabilité, évaluer les effets environnementaux et sociaux, puis obtenir un permis d’exploitation distinct.
Aucun volume de ressources, taux de teneur, investissement prévisionnel ou calendrier de construction n’a été publié pour les quatre périmètres renouvelés. Il serait prématuré de promettre une production, des recettes publiques importantes ou des centaines d’emplois permanents.
La recherche peut néanmoins créer une activité locale. Les campagnes de terrain mobilisent des techniciens, des ouvriers, des fournisseurs, des transporteurs et des prestataires. Ces emplois restent généralement temporaires et varient selon l’intensité des travaux. Leur portée doit être mesurée à partir des recrutements réellement effectués dans les communes concernées.
Trois années à documenter
Le renouvellement devrait s’accompagner d’un programme précis pour chaque périmètre. Les montants que les sociétés s’engagent à consacrer aux travaux, le nombre de forages, les analyses prévues et les principales échéances permettraient de vérifier si les titres sont effectivement valorisés.
La publication des décrets complets, des coordonnées des permis et de l’identité des bénéficiaires effectifs apporterait la même clarté. Elle serait particulièrement utile pour le permis d’Ourounia, transféré d’une société à une autre en 2021. Le public doit pouvoir connaître l’entreprise qui contrôle réellement le titre et les obligations qui lui ont été transmises.
Cette exigence répond aux faiblesses déjà relevées dans le suivi du secteur. Dans son rapport portant sur 2024, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Mali indiquait n’avoir pas reçu tous les documents nécessaires pour vérifier la conformité des procédures d’octroi et de transfert examinées cette année-là. Le constat ne vise pas les quatre décisions de septembre 2026, mais il souligne l’importance d’une traçabilité accessible.
Les collectivités et les populations riveraines doivent également être informées avant le déploiement des équipes. La recherche peut affecter des champs, des pâturages, des pistes ou des points d’eau, même sans exploitation industrielle. Les conditions d’accès aux terres, l’indemnisation d’éventuels dommages et la remise en état des sites de forage doivent être réglées dès cette phase.
Préparer l’après-recherche
Le Mali comptait treize projets à un stade avancé de recherche selon le dernier rapport ITIE. Tous ne deviendront pas des mines. La sélection entre les projets viables et ceux qui seront abandonnés fait partie du fonctionnement normal de l’exploration.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’or domine déjà l’économie extractive. En 2024, la production déclarée atteignait 54,88 tonnes, pour une valeur estimée à 1 632 milliards de FCFA. Elle représentait près de 95 % de la valeur de l’ensemble des substances minérales produites.
Les nouveaux travaux peuvent contribuer au renouvellement futur des réserves, mais ils ne doivent pas prolonger indéfiniment l’immobilisation de vastes périmètres sans résultats. À la fin des trois années, chaque société devra pouvoir présenter les travaux réalisés, les dépenses justifiées, les découvertes obtenues et la décision prise sur la suite du projet.
Les quatre renouvellements ne constituent ni un succès minier acquis ni une simple formalité. Ils accordent aux titulaires du temps supplémentaire pour apporter des preuves. La valeur de la décision se mesurera aux recherches effectivement conduites, à la transparence des résultats et au respect des populations dont les terres se trouvent à l’intérieur des périmètres.
Massiré Diop

Agriculture : le Mali reçoit 1 000 tonnes d’engrais DAP du Maroc

Le Maroc a remis au Mali 1 000 tonnes de phosphate diammonique, plus connu sous le sigle DAP, destinées à soutenir la production agricole et la sécurité alimentaire. La cérémonie officielle s’est tenue mercredi 2 septembre à l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM), en présence de responsables maliens et de l’ambassadeur du Maroc au Mali.

Ce don intervient dans un contexte de renforcement des relations entre Bamako et Rabat. Cette coopération a notamment été relancée lors de la quatrième Grande Commission mixte Mali-Maroc, tenue du 21 au 24 juillet 2026, au terme de laquelle les deux pays ont signé 21 accords dans plusieurs domaines économiques, sociaux et logistiques.
Sur le plan agricole, l’appui marocain survient alors que les besoins du Mali en fertilisants restent considérables. Selon le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, ils sont estimés à 600 000 tonnes, tous types d’engrais confondus. Les 1 000 tonnes offertes représentent ainsi une part limitée des besoins nationaux, mais doivent être orientées vers des filières ciblées. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail publiées par la Banque mondiale, l’agriculture représentait environ 63 % de l’emploi total au Mali en 2025.
Le don est effectué par OCP Africa, filiale du groupe marocain OCP, dans le prolongement du protocole d’accord signé en octobre 2024 avec le ministère malien de l’Agriculture. Soutenu par la Banque mondiale, ce partenariat porte sur le développement d’une agriculture durable et l’amélioration de la fertilité des sols.
S’exprimant au nom du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, son représentant a salué un « geste de solidarité et d’amitié » du Maroc. Il a inscrit cette initiative dans la volonté des deux pays de donner une nouvelle impulsion à leur coopération.
Il a également rappelé les différentes missions marocaines effectuées au Mali dans des secteurs considérés comme prioritaires, notamment la santé, l’agriculture, l’énergie et l’eau.
Un appui ciblé à la riziculture
Pour l’ambassadeur du Maroc au Mali, ce don traduit l’engagement de son pays à accompagner le Mali dans ses efforts pour renforcer la sécurité alimentaire et développer une agriculture durable.
« L’accès aux fertilisants constitue un levier important », a déclaré le diplomate, rappelant leur contribution à l’amélioration des rendements et à l’entretien de la fertilité des sols.
L’ambassadeur a également évoqué plusieurs difficultés communes aux deux pays, parmi lesquelles les effets du changement climatique, la raréfaction de l’eau, la dégradation des sols et la nécessité d’accroître la productivité agricole.
Au-delà de la fourniture d’engrais, la coopération engagée couvre l’analyse de la fertilité des terres, la formation des producteurs et l’amélioration de leur accès aux intrants, au financement et aux marchés. Elle prévoit aussi le développement de formules de fertilisation adaptées aux sols et aux cultures.
De son côté, le ministre malien de l’Agriculture a rappelé le rôle des intrants dans le déroulement de la campagne agricole et dans l’amélioration des rendements.
« Le Mali est un pays agricole. L’essentiel de la population est dans le secteur agricole. Et l’agriculture, aujourd’hui, dépend des intrants », a déclaré Ibrahima Samaké, avant de rappeler l’estimation de 600 000 tonnes de fertilisants nécessaires au pays.
Le ministre a toutefois insisté sur la gestion rigoureuse du don. Les différentes interprofessions agricoles doivent en bénéficier, avec une priorité accordée à la filière riz. Le DAP, qui apporte principalement du phosphore et de l’azote, est utilisé comme engrais de fond pour plusieurs cultures, dont le riz. Selon le ministre, une grande partie du stock sera dirigée vers les principaux bassins rizicoles, notamment le delta intérieur du Niger et l’Office du Niger.
Les autorités maliennes souhaitent également étendre la coopération avec le Maroc à la production et à la certification des semences, aux amendements des sols, à la mécanisation, à l’irrigation, à la transformation agroalimentaire et à la valorisation des chaînes de production. La formation des producteurs et le transfert de technologies figurent aussi parmi les domaines évoqués.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre-commissaire à la Sécurité alimentaire et du directeur général de l’Office des produits agricoles du Mali.
Joseph Amara Dembélé

San : la contre-saison face au manque d’eau

La Direction régionale de l’Agriculture appelle les producteurs à développer le maraîchage après un hivernage jugé insuffisant localement. La contre-saison peut protéger les revenus et l’alimentation, mais elle dépend d’une ressource déjà fragilisée.

À San, la préparation de la contre-saison commence par une inquiétude. La Direction régionale de l’Agriculture fait état d’une faible pluviométrie et d’une baisse des réserves d’eau dans les sols. Elle encourage les producteurs et productrices à se tourner vers le maraîchage pour préserver leurs revenus et contribuer à l’approvisionnement alimentaire.
L’appel lancé le 1er septembre intervient avant même que les résultats définitifs de la campagne pluviale soient disponibles. Il constitue donc une mesure d’anticipation, pas encore le constat chiffré d’une mauvaise récolte dans l’ensemble de la région.
La situation locale doit aussi être distinguée des moyennes nationales ou régionales. Les précipitations de juillet ont été globalement proches de la normale en Afrique de l’Ouest, selon AGRHYMET. Les céréales pluviales disposaient, dans l’ensemble, d’une alimentation hydrique satisfaisante à la fin du mois.
Ces moyennes peuvent cependant masquer des poches sèches. Des interruptions de pluie ont déjà obligé des exploitants de plusieurs pays à recommencer leurs semis. La mise à jour climatique publiée par AGRHYMET le 30 juillet a également réduit les perspectives favorables annoncées au début de la saison et signalé une tendance plus marquée vers des déficits pluviométriques.
Produire sans épuiser la ressource
La contre-saison permet de cultiver des légumes après l’hivernage, lorsque les pluies ne suffisent plus. Elle peut fournir aux familles des tomates, des oignons, des feuilles, des pommes de terre ou d’autres produits frais, tout en générant des revenus pendant une période où l’activité agricole ralentit.
Cette production repose cependant sur l’irrigation. Lorsque les mares, les puits et l’humidité des sols diminuent, l’extension des superficies peut accroître la pression sur une ressource déjà limitée.
La Direction régionale recommande le paillage, qui réduit l’évaporation, ainsi qu’une irrigation raisonnée et l’utilisation de variétés plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau. Elle préconise également le compost, le fumier, les engrais organiques et une surveillance renforcée des maladies et des ravageurs.
Ces pratiques peuvent améliorer le rendement de chaque quantité d’eau utilisée. Elles ne remplacent pas un diagnostic hydrologique. Avant de distribuer des motopompes ou de creuser de nouveaux forages, les services compétents doivent connaître le niveau des nappes, le débit disponible et le nombre de producteurs susceptibles de partager le même point d’eau.
Un forage trop sollicité peut s’épuiser ou devenir inutilisable au milieu de la campagne. Une motopompe remise sans carburant, pièces de rechange ou mécanisme d’entretien risque également d’être abandonnée après une panne.
La réponse devrait donc commencer par une cartographie des sites. Pour chacun, il faudrait connaître la superficie irrigable, la source d’eau, son état, le nombre d’exploitants, les cultures envisagées et les équipements manquants. Cette information permettrait de réserver les appuis aux zones où la production peut être maintenue sans compromettre les usages domestiques.
Semences, financement et marchés
Les besoins ne se limitent pas à l’eau. Les producteurs doivent acheter des semences, des fertilisants, des traitements phytosanitaires et parfois du petit matériel. Lorsque la campagne pluviale a déjà mobilisé l’épargne du ménage, le financement d’une nouvelle production devient difficile.
La Direction régionale sollicite l’intervention des projets et programmes de développement. Cet appui peut prendre la forme de semences adaptées, de kits d’irrigation, de forages, de pompes et de formations. Il gagnerait à être organisé selon des critères publics afin que les équipements n’atteignent pas uniquement les groupements les mieux connectés aux administrations.
Les femmes occupent une place importante dans le maraîchage, mais elles disposent souvent de parcelles plus petites et d’un accès plus fragile à la terre, au crédit ou aux points d’eau. Les jeunes rencontrent également des difficultés pour obtenir une surface stable et financer leur première campagne. Leur inclusion doit apparaître dans les critères de sélection, pas seulement dans les discours d’accompagnement.
L’organisation en coopératives peut faciliter l’achat collectif des intrants, le partage des pompes et la négociation avec les commerçants. Elle ne produira des résultats que si les règles de gestion de l’eau, les contributions aux réparations et la répartition des équipements sont fixées dès le départ.
Le marché constitue l’autre limite. Une production abondante de tomates ou d’oignons arrivant au même moment peut provoquer une chute rapide des prix. Les légumes frais se conservent difficilement et les producteurs les plus éloignés des grands marchés disposent d’une faible marge de négociation.
La programmation des semis devrait donc être échelonnée. Les services agricoles peuvent aussi diffuser des informations sur les prix, aider à conclure des accords avec des commerçants et identifier les besoins des cantines, restaurants et marchés urbains. De petits espaces de stockage, des moyens de transport et des unités de transformation réduiraient les pertes.
Une campagne à mesurer
L’appel de San doit maintenant être traduit en plan opérationnel. Les autorités régionales devraient préciser les superficies visées, les cultures retenues, le nombre de producteurs accompagnés et les équipements réellement disponibles.
Le suivi de la pluviométrie et des réserves d’eau permettra d’ajuster les ambitions au fil des semaines. Une contre-saison réussie ne se mesure pas seulement en hectares cultivés. Elle doit être évaluée selon les volumes récoltés, les revenus obtenus, la quantité d’eau consommée, les pertes enregistrées et la stabilité des prix.
Cette campagne peut compenser une partie des difficultés de l’hivernage et maintenir une activité économique dans les villages. Elle ne réparera pas toutes les pertes éventuelles des cultures céréalières et ne doit pas devenir une nouvelle source de concurrence autour de l’eau.
À San, l’urgence consiste donc à produire davantage avec une ressource plus incertaine. Le maraîchage peut devenir une protection pour les familles si l’accompagnement arrive avant les semis, si les équipements restent fonctionnels et si les récoltes trouvent un marché. Sans ces conditions, l’appel à la mobilisation laisserait les producteurs supporter seuls le coût du risque climatique.

Mali-Algérie : Une nouvelle ère pour la coopération régionale  

La récente visite du Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, à Alger marque un tournant décisif dans les relations entre deux pays liés par une histoire commune et une frontière de plus de 1 300 kilomètres. Après quinze mois de tensions diplomatiques, ce rapprochement ouvre la voie à une coopération renouvelée, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté, pour répondre aux défis communs du Sahel.

 

Un réchauffement diplomatique stratégique

 

La visite du 24 août 2026, à l’invitation du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, concrétise une volonté partagée de dépasser les différends qui ont marqué la période récente. Porteur d’un message du Président de la Transition malienne, le Général  d’Armé Assimi Goïta, Abdoulaye Maïga a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, scellant ainsi la normalisation engagée en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens .

 

Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans la « stratégie des 3P » (Présence, Patience, Persévérance) prônée par l’Algérie, qui a su privilégier le dialogue et la concertation pour surmonter une crise dont les racines remontent à la dénonciation par Bamako de l’Accord d’Alger en janvier 2024. Comme l’a souligné le Président Tebboune, « le Mali restera toujours un pays voisin. Les dirigeants changent, chacun avec ses idées, mais, au final, c’est la réalité qui s’impose ».

 

Des enjeux sécuritaires et économiques majeurs

 

La coopération sécuritaire constitue l’un des piliers de ce rapprochement. Dans un contexte régional marqué par la résurgence des groupes terroristes et les défis posés par la sortie du Mali de la CEDEAO, les deux pays partagent des intérêts stratégiques convergents. L’Algérie, qui a historiquement joué un rôle de médiateur dans la crise malienne, entend désormais renforcer son engagement opérationnel, comme en témoigne la livraison récente d’hélicoptères d’attaque au Niger et l’appui militaire au régime Nigérien  lors de la mutinerie du 28 Aout 2026 .

 

Sur le plan économique, le potentiel de coopération est considérable. La réactivation de la Grande Commission mixte et du Conseil bilatéral stratégique permettra de donner une impulsion nouvelle aux échanges dans des secteurs clés : hydrocarbures, télécommunications, formation professionnelle et transport. La route transsaharienne, réalisée à plus de 90%, constitue un levier majeur pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays.

 

Une vision partagée pour le Sahel

 

Au-delà de la dimension bilatérale, cette réconciliation contribue à la stabilisation de l’ensemble de l’espace sahélien. Les deux pays affichent leur volonté commune de « bâtir une région pacifiée, sécurisée et débarrassée du terrorisme, du néocolonialisme et de toute prétention hégémonique ». Cette vision partagée repose sur des principes fondamentaux : respect de la souveraineté des États, non-ingérence dans les affaires intérieures et promotion du dialogue comme seul moyen de résoudre les crises.

 

Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires croissants dans le nord du pays, la coopération avec l’Algérie apparaît comme une nécessité stratégique. La libération récente de plusieurs militaires maliens détenus par des groupes armés, à laquelle Alger a contribué, illustre la pertinence de ce partenariat.

 

La visite du Premier ministre malien à Alger ne se limite pas à une simple réconciliation diplomatique. Elle ouvre une nouvelle page dans les relations entre deux pays frères, unis par des liens historiques, géographiques et humains indéfectibles. Dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, la coopération Mali-Algérie apparaît comme un facteur de stabilité et de développement partagé, bénéfique non seulement aux deux peuples mais à l’ensemble de la région.

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires du Sahel

PMU–FEMAFOOT : 500 millions, pour quels résultats ?

Le PMU-Mali devient partenaire de la Fédération malienne de football avec un engagement annoncé de 500 millions de FCFA. Le montant ouvre des possibilités importantes, mais ses objectifs, son calendrier et les garanties d’intégrité doivent être rendus lisibles.

La Fédération malienne de football et le PMU-Mali ont signé, mardi 1er septembre à Bamako, un accord commercial évalué à 500 millions de FCFA. Le document a été paraphé par le directeur général du PMU-Mali, Fassery Doumbia, et le président de la Fédération, Mahazou dit Baba Cisset.
La communication officielle présente le PMU-Mali comme un nouveau partenaire de la FEMAFOOT et évoque une « mise initiale » de 500 millions de FCFA. L’appui doit notamment concerner la jeunesse, le football féminin et les compétitions de base.
Le terme « accord commercial » doit être retenu. Il indique que le PMU-Mali ne se contente pas d’effectuer un don. L’entreprise obtient vraisemblablement en contrepartie une visibilité, des droits de communication ou une association de son image à certaines activités fédérales. La nature précise de ces avantages n’a pas été exposée dans les annonces rendues publiques.
La durée du partenariat, le calendrier des paiements, les programmes bénéficiaires et les objectifs mesurables n’ont pas davantage été détaillés. Ces informations sont nécessaires pour savoir si les 500 millions représentent un engagement ponctuel, une première tranche ou une contribution appelée à se renouveler.
Des priorités à désigner
La somme peut produire des effets visibles si elle est répartie selon un programme précis. Le football malien doit financer les sélections nationales, les compétitions, les clubs, la formation des entraîneurs et des arbitres, les déplacements, les équipements et l’entretien des installations.
L’expression générale de « développement du football » ne permet pas de connaître la part qui reviendra à chacun de ces besoins. Une enveloppe principalement absorbée par les équipes nationales n’aurait pas le même impact qu’un financement réparti entre les ligues régionales, les clubs de base et la formation.
Le football féminin dispose déjà de projets qui peuvent être consolidés. Avec l’appui de la FIFA, la FEMAFOOT a lancé une compétition féminine des moins de 17 ans associant quinze clubs. Elle a aussi annoncé son intention de développer cette catégorie et de créer une compétition des moins de 15 ans.
Une fraction clairement identifiée des 500 millions pourrait financer les déplacements des équipes féminines, les équipements, l’encadrement, les examens médicaux et la formation des techniciennes. Sans affectation précise, la référence au football féminin risque de rester une formule de présentation.
Les ligues régionales et les petites catégories ont besoin de la même visibilité. Les terrains, les ballons, l’arbitrage et les transports déterminent la régularité d’une compétition. Le nombre de clubs accompagnés, de matches organisés, de jeunes licenciés et d’éducateurs formés fournirait des résultats plus parlants que la seule annonce du montant.
Un contrat à suivre
Le PMU-Mali est répertorié parmi les organismes personnalisés rattachés au ministère de l’Économie et des Finances. Son engagement dans le sport s’ajoute à des soutiens déjà apportés au basketball, à l’hippisme, aux sports équestres et à la Biennale sportive de 2026.
Cette présence justifie un suivi rigoureux. Une présentation publique du contrat pourrait préciser sa durée, les échéances de paiement, les obligations de la Fédération, les droits commerciaux accordés au PMU-Mali et les conditions permettant à chaque partie de mettre fin au partenariat.
La FEMAFOOT devrait intégrer les versements dans ses comptes, puis indiquer leur utilisation lors de ses assemblées générales. Le PMU-Mali pourrait, de son côté, inscrire l’opération dans son rapport annuel et présenter les retombées commerciales ou sociales attendues.
Cette transparence protégerait les deux partenaires. Elle permettrait de distinguer les montants effectivement versés des engagements annoncés, et d’éviter que les mêmes dépenses soient présentées comme financées simultanément par plusieurs sponsors.
Le contrôle ne doit pas être interprété comme une suspicion. Il constitue une règle de bonne gestion pour toute opération importante. Les clubs, les joueurs, les parieurs et le public doivent pouvoir savoir ce que le football reçoit et ce que l’entreprise obtient en échange.
Préserver l’intégrité sportive
Le rapprochement entre une fédération et un opérateur de paris exige aussi des précautions particulières. La FIFA reconnaît que les paris constituent une source potentielle de financement, mais les considère également comme un risque pour l’intégrité des compétitions.
Son Code d’éthique interdit aux joueurs, arbitres, officiels et intermédiaires de parier directement ou indirectement sur les matches de football. Il leur interdit aussi de détenir un intérêt financier dans de telles activités ou de transmettre une information confidentielle pouvant servir à un pari.
Le partenariat annoncé ne constitue pas en lui-même une violation de ces règles. Il rend cependant indispensable une séparation claire entre les activités commerciales du PMU-Mali et les décisions sportives de la Fédération.
Le contrat ne devrait donner à l’opérateur aucun accès privilégié aux compositions d’équipes, aux dossiers disciplinaires, aux blessures non rendues publiques ou aux désignations d’arbitres. Les dirigeants fédéraux, joueurs et officiels doivent également recevoir une formation régulière sur les paris, les conflits d’intérêts et les tentatives de manipulation.
Un mécanisme confidentiel de signalement compléterait ces mesures. Une approche suspecte, une proposition financière ou une activité inhabituelle autour d’un match doit pouvoir être rapportée sans exposer immédiatement la personne qui donne l’alerte.
Les 500 millions annoncés peuvent renforcer durablement le football malien. Leur impact dépendra moins de la cérémonie de signature que de la répartition des fonds, du respect du calendrier et des résultats constatés sur les terrains. La publication d’une feuille de route donnerait au partenariat sa crédibilité et permettrait d’en mesurer les bénéfices dès la prochaine saison.
Massiré Diop

Paludisme : Bamako au cœur de la recherche d’un traitement en une prise

Le programme WANECAM3 doit tester trois nouveaux composés contre le paludisme non compliqué. Dirigée scientifiquement depuis Bamako, cette recherche pourrait simplifier la prise en charge, mais aucun nouveau médicament n’est encore disponible.

Le Mali prend une place centrale dans une nouvelle étape de la recherche antipaludique. Le consortium WANECAM3, officiellement présenté le 1er septembre, réunit onze partenaires africains et européens autour d’un objectif ambitieux : mettre au point un traitement capable de guérir le paludisme non compliqué après une seule administration.
Le projet est prévu du 1er juin 2026 au 31 mai 2031. Son coût total atteint près de 28 millions d’euros, dont 10,3 millions apportés par le partenariat européen Global Health EDCTP3. L’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako, responsable scientifique du programme, bénéficie d’une enveloppe de près de 2,92 millions d’euros.
La coordination administrative revient à Amsterdam UMC, tandis que la direction scientifique est assurée par le professeur malien Abdoulaye Djimdé. Les essais associeront des équipes du Mali, du Burkina Faso, du Gabon, du Kenya et de l’Ouganda. L’Éthiopie devrait rejoindre une phase ultérieure après un programme de renforcement de ses capacités.
Trois molécules à l’étude
WANECAM3 ne teste pas un médicament déjà prêt à être distribué. Le programme doit évaluer trois composés expérimentaux appelés cipargamin, INE963 et MMV533. Leur particularité est d’agir contre le parasite par des mécanismes différents de ceux des dérivés de l’artémisinine, qui constituent actuellement la base des traitements recommandés.
La première étape reposera sur une plateforme d’essais de phase 2. Une combinaison de cipargamin et d’INE963 doit être évaluée chez des enfants âgés de 2 à 12 ans atteints d’un paludisme non compliqué. Un autre volet étudiera différentes doses de MMV533 administrées seules à des adultes.
La phase 2 sert à préciser la dose, à observer les effets indésirables et à déterminer si le traitement produit l’effet recherché. Une étude de phase 3, menée sur un plus grand nombre de participants, ne sera engagée que si les premiers résultats sont suffisamment convaincants. Elle comparera alors la combinaison retenue, administrée en une seule prise, au traitement standard de trois jours.
Même en cas de réussite, une autorisation de mise sur le marché ne serait pas automatique. Les données devront démontrer que la nouvelle combinaison est au moins aussi efficace et suffisamment sûre, notamment chez les enfants qui supportent la plus grande part de la mortalité liée au paludisme.
Une simplification très attendue
Les traitements actuels restent efficaces lorsqu’ils sont correctement prescrits et suivis. Leur principale contrainte tient à la nécessité de prendre plusieurs doses pendant trois jours. D’après les estimations présentées par EDCTP3, jusqu’à la moitié des patients pourraient ne pas terminer complètement leur traitement.
L’interruption peut survenir lorsque la fièvre baisse, lorsque le patient doit retourner travailler ou lorsque la famille vit loin d’une structure de santé. Elle peut favoriser la persistance de parasites et accroître la pression qui conduit progressivement à l’apparition de résistances.
Une prise unique administrée sous le contrôle d’un agent de santé réduirait ce risque. Elle faciliterait aussi le travail des centres de santé communautaire, particulièrement dans les localités où il est difficile de suivre les malades pendant plusieurs jours.
Cette perspective ne signifie pas que les traitements à base d’artémisinine sont devenus inutiles au Mali. Des parasites moins sensibles à cette molécule ont été détectés dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, mais les autorités sanitaires n’ont pas annoncé un échec généralisé des traitements recommandés sur le territoire malien. WANECAM3 prépare une solution de remplacement avant que la résistance ne compromette plus largement les moyens disponibles.
Une recherche à conduire sous contrôle
Le Mali dispose d’une expérience reconnue dans les essais antipaludiques. Les précédents programmes WANECAM ont contribué à l’évaluation de traitements utilisés en Afrique et au renforcement du Centre de recherche et de formation sur le paludisme de Bamako.
Cette position donne aux chercheurs maliens une capacité d’influence sur les protocoles, le suivi de la résistance et la prise en compte des réalités sanitaires africaines. Elle doit aussi produire des compétences durables dans les laboratoires, la gestion des données et la surveillance des médicaments.
Les essais impliquant des enfants exigeront une protection particulièrement rigoureuse. Le consentement des parents, l’information des familles, l’examen par des comités d’éthique indépendants et la prise en charge immédiate des effets indésirables doivent rester au centre du dispositif. Les résultats, favorables ou non, devront être publiés.
L’importance de la recherche apparaît dans les chiffres. Pour 2023, l’Organisation mondiale de la Santé estimait à 8,15 millions le nombre d’épisodes de paludisme au Mali et à 14 328 celui des décès associés. Il s’agit d’estimations épidémiologiques, et non du seul décompte des cas confirmés dans les structures sanitaires.
Ces données plaçaient le pays parmi les onze supportant la charge la plus élevée. Elles montraient aussi une augmentation estimée de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023.
Un éventuel traitement en une prise complèterait les outils déjà utilisés. Il ne remplacerait ni les moustiquaires imprégnées, ni la chimioprévention saisonnière, ni le diagnostic rapide, ni la vaccination antipaludique introduite au Mali en 2025. Son utilité dépendrait également de son prix, de sa disponibilité dans les centres de santé et de la capacité du pays à l’intégrer à ses protocoles.
WANECAM3 ouvre donc une possibilité sérieuse, sans apporter encore de médicament aux patients. Les cinq années annoncées devront établir si les molécules sont efficaces, sûres et accessibles. La réussite scientifique serait majeure. Son véritable accomplissement viendrait ensuite, lorsque le produit pourrait atteindre les malades qui en ont le plus besoin.
Massiré Diop

Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.

Les ministres chargés de la Jeunesse du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont signé, le 29 août à Ouagadougou, un mémorandum d’entente instituant un cadre commun autour du Forum confédéral de la Jeunesse et du Volontariat.
Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba et Sidi Mohamed Almahmoud ont engagé leurs pays à coopérer dans les domaines de la citoyenneté, du volontariat, de l’entrepreneuriat, du sport, des loisirs et des activités socio-éducatives.
Le forum doit se tenir chaque année à tour de rôle dans les trois États. Un comité confédéral réunissant les administrations chargées de la jeunesse et du volontariat devra superviser les activités, arrêter les orientations et suivre leur mise en œuvre.
Cette architecture donne une continuité à une rencontre qui aurait pu rester ponctuelle. Elle ne constitue pas encore un programme opérationnel de volontariat. Aucun budget commun, nombre annuel de missions, quota national ou calendrier de déploiement n’apparaît dans les informations rendues publiques après la signature.
Des participants aux volontaires
La première édition du forum s’est déroulée du 28 au 30 août à Ouagadougou. Environ 1 000 jeunes étaient attendus à l’ouverture, tandis que 300 délégués devaient participer aux trois journées de travaux. Une représentation togolaise a également été associée aux échanges.
Les discussions ont porté sur l’engagement citoyen, l’entrepreneuriat, la formation, l’emploi, le leadership, l’innovation et le développement local. Les organisateurs ont aussi mis en avant le partage d’expériences d’anciens volontaires et la valorisation des initiatives portées par les jeunes.
Ces activités favorisent les rencontres, mais leur effet demeure difficile à mesurer si elles ne débouchent pas sur des missions accessibles hors du cercle des participants au forum. Sensibiliser un jeune au volontariat ne signifie pas lui proposer une affectation, une formation ou une perspective professionnelle.
Un véritable dispositif confédéral pourrait mobiliser des volontaires dans l’alphabétisation, la prévention sanitaire, la restauration des terres, l’appui numérique aux communes, les campagnes agricoles ou l’assistance aux populations touchées par les catastrophes. Ces domaines correspondent à des besoins communs aux trois pays. Ils restent, à ce stade, des possibilités à construire plutôt que des missions officiellement annoncées.
Un statut commun
La mobilité entre les trois États exigera des règles précises. Un jeune Malien affecté au Niger ou au Burkina Faso devra connaître la durée de sa mission, son indemnité, ses conditions de logement, sa couverture sanitaire et la procédure applicable en cas d’accident.
Le volontariat ne doit pas devenir une manière de faire occuper durablement des emplois sans salaire. La mission doit être limitée, encadrée, formatrice et distincte d’un poste permanent. Elle doit aussi donner lieu à un certificat reconnu par les administrations, les entreprises et les établissements de formation des trois pays.
La protection sociale constitue un point central. Les missions peuvent conduire les volontaires dans des zones rurales éloignées, des chantiers environnementaux ou des contextes humanitaires difficiles. Une assurance contre les accidents, un accès aux soins, des moyens de transport sûrs et un protocole d’évacuation sont indispensables.
La sélection devra être ouverte et vérifiable. Des appels publics, des critères identiques et la publication des résultats réduiraient le risque de transformer les missions en récompenses politiques ou en avantages réservés aux organisations les plus proches des administrations.
Les jeunes ruraux, les femmes, les personnes déplacées et celles vivant avec un handicap doivent pouvoir participer. Une candidature exclusivement numérique, des déplacements coûteux pour déposer un dossier ou des formations concentrées dans les capitales écarteraient une grande partie du public visé.
Mesurer les résultats
Le forum annuel peut rester utile s’il devient le lieu où les trois gouvernements rendent compte de l’année écoulée. Le nombre de candidatures, de volontaires retenus, de missions terminées et de collectivités bénéficiaires devrait être publié avant chaque nouvelle édition.
Le suivi doit également porter sur l’après-volontariat. Une expérience n’améliore l’employabilité que si les compétences acquises sont identifiées et reconnues. Il faudra donc mesurer combien d’anciens volontaires trouvent un emploi, créent une activité ou poursuivent une formation dans les mois suivant leur mission.
La Confédération cherche à rapprocher ses administrations, ses politiques et ses populations. La jeunesse offre un terrain concret pour cette intégration. Un volontaire qui travaille dans une commune d’un pays voisin construit davantage de liens qu’une succession de discours sur l’unité sahélienne.
Le mémorandum du 29 août ouvre cette possibilité. Sa prochaine étape doit être un programme chiffré, financé et accessible. Sans missions réelles, le forum restera une rencontre annuelle. Avec un statut commun et des résultats publiés, le volontariat peut devenir l’une des premières expériences directement vécues de la coopération confédérale.
Massiré Diop

Routes locales : le transfert attend ses moyens

Le gouvernement a redéfini les responsabilités des communes, des régions et du District de Bamako en matière de routes et de transports. La clarification juridique ne produira des résultats que si les collectivités reçoivent les financements et les compétences techniques nécessaires.

Qui doit réparer une voie communale dégradée, entretenir une piste rurale ou organiser certains services locaux de transport ? La réponse, souvent confuse pour les habitants, doit être précisée par deux projets de décret adoptés en Conseil des ministres le 21 août.
Le premier fixe le détail des compétences transférées dans le domaine des infrastructures routières. Le second concerne les transports. Les responsabilités seront désormais réparties entre les Communes, les Régions et le District de Bamako, avec l’appui-conseil des services centraux et déconcentrés du ministère des Transports et des Infrastructures.
Cette réorganisation découle de la réforme territoriale de 2023. La loi du 13 mars a supprimé le Cercle en tant que collectivité territoriale, tout en le maintenant comme circonscription administrative dirigée par un préfet. Il fallait donc revoir les décrets de 2018 qui attribuaient encore certaines responsabilités routières et de transport aux conseils de Cercle.
La réforme corrige ce décalage juridique. Elle devra surtout éviter qu’une compétence auparavant exercée à l’échelle du Cercle reste sans responsable opérationnel entre la Commune et la Région.
Responsabilités
La proximité peut améliorer la gestion des routes locales. Une commune connaît mieux les voies qui desservent les écoles, les centres de santé, les marchés et les zones de production. Une région peut établir des priorités entre plusieurs axes reliant les localités et coordonner des travaux dépassant les limites communales.
Cette connaissance ne remplace cependant ni les ingénieurs, ni les engins, ni les ressources budgétaires. Confier une route à une collectivité incapable de financer son entretien reviendrait à déplacer la responsabilité administrative sans résoudre la dégradation.
Les textes complets devront préciser la classification des voies, les responsabilités d’entretien, les procédures de programmation et le partage des charges. La population doit pouvoir identifier l’autorité compétente, tandis que les collectivités doivent connaître exactement le patrimoine routier dont elles deviennent responsables.
L’État avait commencé en 2021 à transférer aux régions une partie des ressources du Fonds d’entretien routier et certains crédits destinés aux pistes agricoles. La nouvelle organisation devra clarifier la continuité de ces financements et leur répartition après la disparition du niveau de collectivité Cercle.
Ressources
Le financement représente le principal test. Les communes disposent de ressources propres très inégales et restent fortement dépendantes des transferts de l’État. Les collectivités rurales qui possèdent les réseaux les plus étendus sont souvent celles dont les recettes fiscales sont les plus faibles.
Un mécanisme de péréquation apparaît donc indispensable. Sans correction des écarts, les territoires disposant d’un marché important, d’activités économiques formelles ou d’une base fiscale solide entretiendront mieux leurs voies que les communes rurales enclavées, pourtant davantage dépendantes des pistes pour accéder aux soins, aux écoles et aux marchés.
Les financements nationaux et extérieurs consacrés aux grands corridors ne répondent qu’à une partie du problème. La Banque mondiale a approuvé en mai 2025 environ 133 milliards de FCFA pour la réhabilitation du tronçon Diéma-Sandaré et des infrastructures connexes. L’amélioration d’un corridor perd une partie de son effet si les pistes qui y conduisent restent impraticables pendant l’hivernage.
Les collectivités devront aussi être accompagnées dans la passation des marchés, le contrôle des travaux et la programmation de l’entretien préventif. Réparer une dégradation à son début coûte moins cher que reconstruire une chaussée abandonnée pendant plusieurs saisons.
La transparence sera tout aussi importante. La publication, par commune et par région, des routes transférées, des crédits reçus, des entreprises retenues et des travaux réalisés permettrait aux habitants de suivre la réforme. Elle éviterait également que chaque niveau administratif renvoie la responsabilité à un autre lorsque les voies se dégradent.
Le transfert peut rapprocher la décision des usagers et rendre l’entretien plus réactif. Il ne réussira que si les compétences juridiques, les ressources financières et les capacités techniques sont transférées ensemble. Pour les populations, la décentralisation se jugera moins à l’intitulé des décrets qu’à la possibilité de circuler toute l’année.
Massiré Diop