Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Bamako : Les saveurs maliennes se réinventent
À Bamako, plats régionaux, recettes venues d’ailleurs et produits locaux se côtoient dans les rues et les familles. Cette circulation gastronomique transforme les habitudes sans effacer une cuisine qui demeure un marqueur d’identité.
Dans la capitale, le rythme urbain favorise les repas rapides. Galettes de céréales, beignets, brochettes et jus locaux accompagnent les matinées. Attiéké, spaghettis et riz à la sénégalaise ont trouvé leur place dans les menus.
Cette évolution n’efface pas le patrimoine culinaire. Mil, sorgho, maïs, riz et fonio reviennent dans la restauration sous des formes renouvelées. Des cuisiniers les présentent autrement, ouvrant les recettes familiales à de nouveaux publics.
Le tigadèguèna, le tô, le djouka ou les préparations au soumbala restent des repères familiers. Leur permanence tient aux gestes transmis, au choix des produits et aux saveurs qui rattachent chaque plat à une région, une saison ou une cérémonie.
La cuisine malienne s’est toujours nourrie des circulations. Les anciennes routes commerciales ont rapproché céréales, épices et techniques de cuisson. Dans le Nord, le widjila, pain cuit à la vapeur, et le fakoye racontent cet héritage saharien et songhaï.
Les échanges ouest-africains ont poursuivi ce métissage. Le riz au gras appartient à une grande famille régionale de plats de riz, tandis que l’attiéké venu de Côte d’Ivoire s’est installé dans la cuisine urbaine bamakoise.
Les céréales locales gardent pourtant une place centrale. Le tô, préparé avec du mil, du sorgho ou du maïs, s’accompagne de sauces au gombo ou aux feuilles de baobab. Le fonio, céréale ancienne d’Afrique de l’Ouest, demeure apprécié pour sa finesse et sa diversité d’usage.
Le soumbala, obtenu par fermentation des graines de néré, donne aux sauces une identité immédiatement reconnaissable. Le fakoye, préparé avec des feuilles séchées de corète, reste l’un des plats emblématiques du Nord.
Transmission
« Quand j’étais petit, je n’avais jamais vu d’attiéké. Aujourd’hui, on en trouve partout », observe le Doyen des journalistes Diomansi Bomboté. Il cite aussi le djouka, longtemps associé à Kayes avant de se diffuser dans tout le pays.
D’autres produits reculent. Djènèba Sidibé évoque le datou, condiment issu de graines d’oseille fermentées, devenu moins visible sur les marchés et dans les cuisines bamakoises.
Cette évolution invite moins à opposer ancien et moderne qu’à transmettre les recettes, soutenir les productrices et mieux faire connaître les produits. Une cuisine reste vivante lorsqu’elle circule, se transforme et conserve le goût de son histoire.
Ali Sankaré
Gestion des ressources : de nouvelles mesures au Burkina
Le Conseil des ministres burkinabè a adopté, jeudi 24 septembre 2026, plusieurs mesures relatives à la gestion des ressources mobilisées pour le développement. La création d’une structure consacrée à l’entretien du patrimoine public et l’adoption de nouvelles règles applicables aux organisations non gouvernementales figurent parmi les principales décisions.
Déportations américaines : L’Afrique sollicitée comme continent tiers
Une enquête coordonnée par Forbidden Stories décrit un dispositif américain d’expulsions vers des pays tiers largement étendu à l’Afrique. Les accords associent négociations diplomatiques, conditions d’accueil et, dans plusieurs cas, contreparties financières.
Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, au moins 25 447 personnes ont été expulsées des États-Unis vers 28 pays dont elles n’étaient pas ressortissantes, selon les données réunies par le consortium. Environ 20 000 ont été envoyées au Mexique. Les autres ont été transférées vers des pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, parfois sans lien préalable avec leur destination. La plupart de ces transferts n’ont pas été annoncés publiquement.
Le dispositif est piloté notamment par l’Office of Remigration, créé en mai 2025 au sein du Département d’État. Une carte interne datée de mars 2026 montre que Washington avait approché 49 des 54 pays africains. 13 accords avaient alors été obtenus et 9 autres pays étaient en négociation.
Les arrangements diffèrent selon les États. L’Ouganda accepte uniquement des ressortissants africains sans antécédents criminels. La République démocratique du Congo exclut au contraire les ressortissants africains. En Eswatini, les documents consultés par le Washington Post font état d’un accord permettant l’accueil de 150 personnes au maximum contre un paiement direct de 5,1 millions de dollars. 19 migrants y ont déjà été envoyés.
Financements
Les négociations comprennent aussi un volet financier. À la fin juin, l’administration Trump avait autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour faciliter des accords avec 31 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine. Sur ce total, 81 millions étaient destinés directement à 13 gouvernements.
Les documents mentionnent également 179 millions de dollars promis à l’Organisation internationale pour les migrations et 124 millions au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ces organisations ne sont pas parties aux accords bilatéraux. Les fonds concernent notamment l’accueil, le retour volontaire ou des projets dans les pays associés au dispositif.
Les conditions réservées aux personnes expulsées varient également. Des migrants envoyés en Guinée équatoriale ont affirmé, par l’intermédiaire de leurs avocats, avoir été détenus dans des conditions difficiles. D’autres, arrivés dans plusieurs pays africains, ont ensuite demandé à retourner dans leur pays d’origine avec l’aide de l’OIM.
En Afrique, les accords recensés fixent des profils, des quotas et des modalités de prise en charge différents selon les pays. Les financements américains font désormais partie de plusieurs de ces arrangements.
Mines : L’AES veut transformer elle-même ses richesses
La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES s’est achevée avec des recommandations communes. Transformation locale, connaissance géologique, contenu local et formation doivent donner plus de poids économique aux ressources des trois pays.
Organisée à Ouagadougou du 14 au 20 septembre parallèlement à la SAMAO, la rencontre a réuni près de 5 000 participants de onze pays. « Nos ressources sont des instruments de souveraineté », a déclaré à l’ouverture le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo.
Les participants ont recommandé la maîtrise des données géologiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger, notamment dans la zone des trois frontières. Ils ont aussi proposé des centres régionaux d’excellence pour former les spécialistes et des projets communs de transformation et de valorisation.
« Il ne s’agit pas seulement d’exploiter ces ressources, il s’agit de les transformer sur place pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des revenus », a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Il a également défendu plus de transparence dans l’octroi des titres et permis miniers ainsi qu’un rapprochement des politiques et des cadres juridiques des trois États.
978 milliards versés au Trésor
Le rapport ITIE 2024 confirme le poids des mines dans l’économie malienne. Le secteur représentait 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations. Sur 1 023 milliards de francs CFA de revenus extractifs déclarés, 978 milliards ont été encaissés par le Trésor public. Les collectivités de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Bougouni ont reçu 10,56 milliards de francs CFA au titre des patentes.
La redistribution s’est élargie en mars 2026, avec 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis entre 819 communes. La moitié revient aux communes directement touchées par l’exploitation, 25% aux autres collectivités des zones minières et 25% au reste du pays.
Le Code minier et la Loi sur le contenu local de 2023 prévoient une participation publique renforcée, le recours aux fournisseurs maliens et cinq fonds consacrés notamment au développement local, à la recherche géologique et aux infrastructures.
La transformation prend aussi une forme industrielle. Lancée à Sénou en juin 2025, la construction d’une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an doit traiter la production nationale et accueillir celle d’autres pays. L’État malien doit conserver une participation majoritaire dans cette infrastructure, présentée comme régionale.
Front social : Les revendications se multiplient
Plusieurs préavis de grève convergent vers la fin de septembre. Les demandes portent sur les rémunérations et le respect des accords conclus, tandis que les prix alimentaires évoluent différemment selon les marchés.
À Loulo-Gounkoto, les syndicats des travailleurs de SOMILO SA et de GOUNKOTO SA ont annoncé quatre jours de grève, du 28 septembre au 1er octobre. Ils accusent leurs directions de ne pas avoir traité les demandes transmises depuis février, notamment sur les heures supplémentaires, le remboursement des frais de mission et l’application d’accords sociaux.
Les salariés de Food & Events Africa, prestataire chargé de la restauration et des services de soutien sur le complexe, prévoient cinq jours d’arrêt, du 28 septembre au 2 octobre. Leurs représentants reprochent à la direction de ne pas appliquer les accords relatifs aux heures supplémentaires, aux avantages sociaux et aux conditions de travail. Les syndicats de la Direction nationale de la Géologie et des mines et d’autres services de l’administration minière ont, quant à eux, déposé un préavis de 72 heures, du 29 septembre au 1er octobre. Ils réclament des salaires impayés, des indemnités et des primes sectorielles.
Quotidien difficile
Ces préavis portent sur la régularité des revenus et le respect des accords. Car les retards de paiement ou de remboursement affectent les dépenses familiales.
Les prix alimentaires présentent toutefois des évolutions contrastées. D’après la FAO, les cours de gros du mil et du sorgho sont restés globalement stables au Mali en août 2026. Sur certains marchés, ils ont néanmoins progressé respectivement jusqu’à 9% et 10% en un mois.
Par rapport à août 2025, les prix ont reculé jusqu’à 33% pour le mil et 29% pour le sorgho, grâce aux disponibilités issues de la bonne récolte céréalière de 2025. Cette détente nationale ne profite pas uniformément aux consommateurs. À Gao et Tombouctou, en revanche, les céréales sont nettement plus chères que sur les autres marchés suivis, en raison des perturbations commerciales et de l’épuisement des stocks familiaux. L’amélioration nationale ne décrit pas entièrement ce que paient réellement les ménages, selon leur ville et l’état des circuits d’approvisionnement locaux.
Au moment de l’annonce des mouvements, Barrick et le ministère des Mines n’avaient pas réagi publiquement aux préavis. Les syndicats ont maintenu leurs échéances tout en laissant ouverte la possibilité de négociations. Les prochains jours diront si les paiements réclamés et les accords contestés pourront être réglés avant les premiers arrêts de travail.
Joseph Amara Dembélé
Forum du Mali Kura : Bamako prépare son grand rendez-vous de l’investissement
Le ministère de l’Industrie et du Commerce, à travers l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali), a procédé, le 24 septembre 2026 à Bamako, au lancement officiel du Forum international de l’investissement au Mali, dénommé « Forum du Mali Kura ». Prévu les 11 et 12 décembre 2026 au CICB, l’événement ambitionne de réunir des investisseurs, des porteurs de projets et des acteurs économiques autour des opportunités d’investissement dans le pays.
De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain
Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.
Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.
C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.
J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.
Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.
Alger
Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.
Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.
Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.
J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.
Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.
C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.
Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.
À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.
Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.
Terrain
Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.
En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma.
Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.
Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.
Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.
Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.
On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.
Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.
À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?
Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.
Sécurité
Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.
J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.
Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.
L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.
La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.
Négocier
C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.
Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.
Il fallait négocier.
Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.
Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.
L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.
Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.
Transmettre
La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.
L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.
Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.
Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.
Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.
Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.
Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.
Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.
Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.
Promotion
L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.
Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.
Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.
C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.
La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.
Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.
Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.
Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.
Repartir
Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.
Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.
Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.
Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.
Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.
Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.
J’en suis reparti avec une méthode.
Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.
Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.
C’est souvent là que commence la paix.
Massiré DIOP
Éliminatoires de la CAN 2027 : Le Mali face à ses premiers enjeux
Le Mali entame les éliminatoires de la CAN 2027 avec deux rendez-vous en quatre jours. Les Aigles reçoivent le Cap-Vert le 25 septembre à Bamako, avant de se déplacer au Liberia le 29 septembre.
Une nouvelle campagne s’ouvre pour les Aigles. Après sa nomination en juin dernier, Anthony Da Silva dirigera ses premiers matches officiels à la tête de la sélection malienne. Ces deux rencontres doivent permettre au technicien de poser les premières bases de son projet, mais surtout au Mali de prendre des points dès le début des éliminatoires.
Le regroupement a débuté le 21 septembre au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane-Traoré de Kabala, où les Aigles ont multiplié les séances collectives dès le lendemain. Pour cette entrée en matière, le sélectionneur s’appuie sur un groupe mêlant cadres habituels et nouveaux profils. Émile Doucouré, Adama Camara, Almamy Gory et Ange Martial Tia découvrent notamment la sélection.
Anthony Da Silva a toutefois dû revoir ses plans en attaque. Initialement convoqués, El Bilal Touré et Moussa Sylla ont déclaré forfait. Le premier a renoncé au rassemblement pour convenance personnelle, tandis que le second est retenu en Europe pour des raisons familiales.
Sékou Koïta et Mamadou Doumbia ont été appelés en renfort. Des cadres comme Djigui Diarra, Hamari Traoré, Amadou Haïdara, Aliou Dieng, Lassana Coulibaly, Kamory Doumbia et Lassine Sinayoko sont toutefois présents pour apporter leur expérience au groupe.
Six points en jeu
Face au Cap-Vert, l’objectif sera d’abord de réussir l’entrée en compétition à domicile.
Dans un groupe K également composé du Liberia et du Rwanda, chaque point pèsera lourd dans une campagne limitée à six journées. Les deux premières équipes du groupe décrocheront leur billet pour la phase finale.
Quatre jours plus tard, les Aigles changeront de décor avec un déplacement au Liberia. Ce deuxième rendez-vous donnera déjà davantage de consistance au bilan de cette première fenêtre internationale.
Cette double confrontation constituera également un premier révélateur pour Anthony Da Silva. Lors de la présentation de sa liste, le sélectionneur avait insisté sur le mérite, la régularité, le comportement et les performances en club comme critères de sélection. Place désormais au terrain pour un groupe très attendu.
Après ces deux journées, le Mali disputera un match amical contre la Tunisie, le 3 octobre à Radès. Les éliminatoires reprendront ensuite en novembre avec les troisième et quatrième journées, avant leur dénouement en mars 2027.
Mohamed Kenouvi
Défense collective : Trois ans après, quels résultats pour l’AES ?
Trois ans après la signature de la Charte du Liptako-Gourma, la défense collective de l’Alliance des États du Sahel (AES) prend forme. Force unifiée, commandement commun et coopération opérationnelle en constituent les acquis. Leur efficacité reste difficile à apprécier.
Le 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger signaient la Charte du Liptako-Gourma et plaçaient la défense collective au cœur de leur alliance. Trois ans plus tard, l’assistance mutuelle prévue par le texte s’appuie sur une Force unifiée et un état-major commun. L’installation de l’état-major à la Base aérienne 101 de Niamey, en novembre 2025, a précédé la remise de l’étendard consacrant le lancement officiel de la Force, le 20 décembre à Bamako.
Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, la coopération militaire a franchi un premier seuil. « Elle est passée d’une solidarité politique à la construction d’un instrument militaire commun », souligne-t-il. Composée de contingents des trois pays et appelée à intervenir dans l’espace confédéral, la Force unifiée en constitue l’élément central. En juillet, le Président nigérien Abdourahamane Tiani évaluait son effectif à 5 000 militaires et annonçait un objectif de 18 000 hommes.
L’analyste cite l’opération Yéréko 2, conduite du 24 février au 6 mars 2025 dans la région nigérienne de Tillabéri. Elle est, selon lui, « l’exemple le mieux documenté d’une opération conjointe ». Le commandement commun peut, ajoute-t-il, déployer ses unités sans solliciter, à chaque mouvement, l’accord préalable des états-majors nationaux. Cette latitude distingue la force des dispositifs régionaux antérieurs.
Une coopération élargie
Le rapprochement militaire touche la formation, la maintenance, les capacités aériennes et la planification. Le 7 avril 2026, onze aviateurs dont deux Maliens et des Burkinabè, ont reçu leurs attestations après quatre mois de formation au pilotage et à la maintenance du Mi-35. L’encadrement était malien et l’appareil fourni par le Burkina Faso. Le 10 juillet, les ministres de la Défense ont examiné à Ouagadougou le projet d’accord relatif au statut de la Force unifiée.
Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, y voit un changement d’approche. « Il existe une volonté plus ferme de la part des États d’être maîtres de leur propre destin », affirme-t-il. Les trois pays prennent davantage en charge leur sécurité, tout en conservant des partenariats extérieurs pour l’équipement et la formation. Il relève « davantage de coordination entre les États, notamment au sein des forces armées », dans la zone des trois frontières.
Cette organisation ne constitue pas encore une capacité militaire régionale pleinement intégrée. Yacouba Sogoré considère néanmoins que « la Force unifiée est aujourd’hui une réalité militaire et non plus seulement un projet politique ». Elle a permis, ajoute-t-il, « d’institutionnaliser la coopération entre les trois armées, de mettre en place un commandement commun et d’engager des opérations conjointes ». Yéréko 2 reste toutefois l’action tripartite d’ampleur la plus précisément documentée. Les informations publiques sur les autres engagements coordonnés ne permettent pas d’en dresser un bilan général.
Le défi de l’efficacité
Les contraintes persistent. Les trois armées sont fortement engagées sur leurs territoires. « L’AES dispose de mécanismes d’assistance, mais pas encore d’une réserve collective suffisamment disponible pour intervenir rapidement lorsqu’un des trois pays est confronté à une offensive majeure », explique Yacouba Sogoré. L’harmonisation des procédures, des doctrines et des règles d’engagement se poursuit. L’étendue du territoire complique aussi le renseignement, la logistique et les délais d’intervention.
Abdoulaye Tamboura insiste sur les moyens technologiques. « Il faut mettre l’accent sur les outils numériques, l’information satellitaire, la technologie, les drones et d’autres moyens destinés à appuyer les forces de défense et de sécurité », estime-t-il. Il privilégie la capacité de réaction des armées plutôt qu’une présence permanente sur chaque portion du territoire.
La prochaine étape consiste à rendre cette coopération permanente et rapidement mobilisable. Yacouba Sogoré fixe le cap : parvenir à « une capacité régionale intégrée, réactive et autonome », capable de produire du renseignement partagé, de planifier des opérations simultanées et de projeter des forces là où une crise survient. Après trois ans, l’AES possède les premiers éléments d’un outil commun. Les délais d’intervention, la continuité des opérations et la protection des populations permettront d’en apprécier les résultats.
Mohamed Kenouvi
FACEJ Sugu 5 : près de 3 milliards de FCFA accordés à 1 453 entreprises
La cinquième édition du FACEJ Sugu s’est ouverte mercredi 23 septembre à Bamako avec l’ambition de rapprocher les jeunes entrepreneurs des financements, des marchés et des partenaires. À la date du 15 septembre 2026, la coordination du programme faisait état de 1 453 entreprises financées pour près de 3 milliards de francs CFA.
Map Action : Signaler un risque environnemental en langues nationales
Signaler une inondation, un dépôt sauvage ou un point d’eau pollué est difficile lorsque le dispositif impose de savoir lire et écrire en français. La startup malienne Kaicedra adapte désormais sa plateforme Map Action pour permettre aux habitants de transmettre ces alertes vocalement dans les langues nationales.
Map Action n’est pas une application entièrement nouvelle. Développée depuis plusieurs années, elle permet déjà de photographier un problème environnemental, de le géolocaliser et de l’enregistrer sur une carte numérique. Les signalements peuvent concerner notamment les déchets, les inondations ou des caniveaux obstrués. L’application peut fonctionner hors connexion, puis les informations sont organisées pour être consultées par les structures concernées.
L’évolution engagée en 2026 porte surtout sur l’accès au service. Selon Boubacar Keita, fondateur de Kaicedra, les premiers usages ont montré que la principale difficulté n’était ni la photographie ni la localisation, mais la description écrite du problème. Pour une partie des utilisateurs, devoir rédiger en français constituait un obstacle.
Parler plutôt qu’écrire
Le nouveau dispositif prévoit une ligne téléphonique gratuite permettant de décrire oralement un incident dans une langue locale. L’intelligence artificielle extrait les principales informations du message avant une vérification par un opérateur humain et leur transmission aux autorités locales. Le bambara fait partie des langues sur lesquelles travaille l’équipe.
La difficulté technique tient notamment au faible volume de données numériques disponibles dans certaines langues nationales. Pour entraîner et évaluer correctement les modèles, Kaicedra doit constituer des données adaptées aux expressions utilisées pour décrire des risques environnementaux au Mali.
La plateforme associe également les signalements citoyens à des cartes ouvertes et à l’imagerie satellitaire. Des outils d’apprentissage automatique servent à classer les alertes et à repérer les zones nécessitant une attention particulière. Lors de précédents tests, 60 étudiants et jeunes chercheurs avaient utilisé une version beta de l’application pour documenter des problèmes dans leurs quartiers.
Le passage à une utilisation plus large est en cours. Un atelier national a réuni des représentants d’institutions provenant des 19 régions et du District de Bamako avant le déploiement. Les échanges ont notamment fait ressortir un besoin de formation dans les régions.
Le dispositif ne s’arrête donc pas au signalement. Pour être réellement utiles, les alertes transmises doivent être prises en charge rapidement par les services concernés. L’objectif est de permettre aux habitants de faire remonter un problème plus facilement et d’aider les autorités à intervenir plus vite lorsqu’une situation l’exige.
Pr Fana Tangara : « Nous avons besoin de cadres bien formés et bien équipés »
La deuxième édition du Salon de la rentrée universitaire, tenue du 17 au 19 septembre au Parc des expositions, s’inscrit dans « Mali Kura, vision 2063 ». Le Pr Fana Tangara, Directeur général de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, explique la place du secteur dans cette orientation.
Pourquoi organiser ce salon et quel est son principal objectif ?
Le salon a été organisé pour offrir au peuple malien un espace d’échanges, de partage et de découverte entre les acteurs de l’Enseignement supérieur. Les étudiants peuvent y trouver des informations sur les offres de formation, mieux s’orienter et choisir leur filière avant la préinscription. Les établissements publics et privés y présentent leurs formations, leurs résultats de recherche et leurs savoir-faire. Les entreprises sont également invitées à échanger avec le monde universitaire afin de rapprocher les formations des possibilités d’emploi.
Que représente « Mali Kura, vision 2063 » pour l’Enseignement supérieur ?
Cette vision doit permettre à chacun de contribuer au développement de la Nation. Le Président de la Transition a décrété 2026 – 2027 « Année de l’Éducation et de la Culture ». Dans ce cadre, l’Enseignement supérieur a décidé de mener une série d’activités afin de jouer pleinement son rôle dans le développement économique, social et culturel du pays. Nous avons besoin de capital humain, donc de formations adéquates et de cadres bien formés et bien équipés.
Comment rapprocher davantage l’université et le monde de l’emploi ?
Les entreprises peuvent présenter leurs offres d’emploi et échanger avec les établissements et les apprenants. L’objectif est qu’ensemble nous puissions mieux définir les offres de formation, afin que les apprenants puissent trouver, à leur sortie, des postes correspondant aux formations effectuées.
Quelle ambition portez-vous pour les prochaines éditions ?
Nous souhaitons que cette activité devienne pérenne et que chaque année, à la veille de la rentrée universitaire, nous puissions nous retrouver. Ce rendez-vous doit permettre d’échanger et de prendre des décisions pour le développement de l’Enseignement supérieur au Mali.
Quel message adressez-vous aux différents acteurs ?
Je demande une forte mobilisation. Les élèves qui n’ont pas encore le baccalauréat doivent venir découvrir les possibilités qui pourront s’offrir à eux. Les nouveaux bacheliers doivent venir poser leurs questions pour mieux s’orienter. Les établissements publics et privés, à Bamako comme à l’intérieur du pays, doivent présenter leurs offres. Les entreprises doivent aussi être présentes pour échanger avec le monde universitaire, dans l’intérêt des apprenants et du développement du pays.
CECOGEC : Investir dans la durée
La modernisation de la salle d’opérations du Centre de coordination et de gestion des crises constitue une avancée importante. Pouvoir centraliser plusieurs dizaines de flux vidéo, suivre certaines interventions, traiter les appels d’urgence et étendre la couverture à plusieurs régions renforce les capacités de réaction face aux situations sensibles.
Cet investissement mérite d’être salué. Mais, dans ce domaine, il est important de préciser que la qualité des équipements ne suffit pas. Une salle moderne n’a de valeur que si elle reste opérationnelle dans le temps, avec du personnel formé, des procédures claires et une maintenance assurée régulièrement.
Les crises n’attendent pas que les systèmes soient disponibles. Elles imposent des équipements fonctionnels, une circulation rapide de l’information et une coordination efficace entre les services concernés. Il faut ainsi penser dès maintenant à l’entretien régulier du matériel, au renouvellement des logiciels, à la formation continue des agents et à la disponibilité des pièces nécessaires en cas de panne.
La protection des données mérite également une attention particulière. Plus les informations centralisées sont nombreuses, plus leur sécurisation devient essentielle. Du coup, les modalités d’accès, de conservation et d’utilisation doivent être encadrées avec rigueur.
Il ne s’agit pas de minimiser l’importance de la modernisation engagée. Au contraire, il faut lui donner toutes les chances de produire les résultats attendus. L’État gagnerait à inscrire ce type d’équipement dans une véritable politique de suivi, avec des responsabilités clairement définies et des évaluations régulières.
Dans la gestion des crises, la technologie peut faire gagner un temps précieux. Encore faut-il qu’elle fonctionne bien lorsque l’urgence survient.
Enseignement secondaire : le privé largement majoritaire
En 2023, 58 % des élèves régulièrement orientés après le DEF avaient rejoint le privé. À quelques jours de la rentrée du 1er octobre 2026, la reprise des autorisations d’ouverture, le poids des orientations et les exigences de contrôle replacent au premier plan la capacité de l’État à réguler un secteur privé devenu indispensable.
À l’approche de la rentrée 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale a multiplié les rencontres avec les acteurs de l’école. Le 15 septembre, les syndicats ont notamment soulevé la disponibilité des enseignants, la sécurité des établissements, les écoles fermées et l’état d’avancement des orientations des admis au Diplôme d’études fondamentales (DEF). Le lendemain, le ministre a reçu d’autres partenaires, parmi lesquels les associations de parents d’élèves et plusieurs organisations de promoteurs d’écoles privées.
Le poids du privé n’est plus marginal. En 2022-2023, le Fondamental II comptait 3 298 établissements privés sur 5 884, soit 56,1 %. Au secondaire général, 1 169 établissements étaient privés contre 86 publics, soit 93,1 % des 1 255 structures recensées. Dans la filière technique et professionnelle, 717 des 745 écoles recensées en 2023 étaient privées, contre 26 publiques, auxquelles s’ajoutaient le Centre de formation professionnelle militaire de Bapho et le CERFILTEX de Ségou, qui assurent également des formations de niveau CAP et BT.
Cette présence se retrouve dans les orientations. En 2023, sur 72 688 élèves réguliers orientés après le DEF, 29 900 l’avaient été vers le public, soit 42 %, contre environ 41 000, soit 58 %, vers le privé. Pour l’Association des parents d’élèves du Mali, la proportion est trop importante et pose, au-delà de l’accès, les questions du coût supporté par l’État, de la qualité de l’enseignement et du respect des normes. Pour 2026-2027, les orientations étaient encore en cours de finalisation à la mi-septembre.
Accalmie
À partir de 2021, la délivrance de nouveaux arrêtés d’ouverture d’écoles privées avait été suspendue dans un contexte de contrôles et d’irrégularités relevées dans le secteur. La signature des arrêtés a repris en décembre 2025. Depuis, elle a concerné plus de 50 établissements du secondaire général, sept du fondamental et deux du préscolaire, selon les informations publiées après la décision d’août 2026.
Le 20 août, le ministère a franchi une autre étape en levant la mesure de verrouillage qui frappait des établissements privés d’enseignement secondaire. Plus de 200 structures ont ainsi retrouvé la possibilité d’accueillir des élèves orientés par l’État. Cette décision n’efface toutefois pas les exigences réglementaires : les établissements qui demeurent en situation de non-conformité disposent de 18 mois pour régulariser leur situation. À l’expiration de ce délai, ils s’exposent aux sanctions prévues par les textes.
Ce retour à une situation plus ouverte intervient après plusieurs années de fortes interrogations sur le financement du privé. Selon les paiements retracés par la Direction générale du Budget et cités par l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), l’État a versé 196,096 milliards de francs CFA aux établissements privés de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel entre les années scolaires 2017-2018 et 2020-2021, soit une moyenne annuelle de 49,023 milliards. L’OCLEI avait également recensé 1 077 écoles secondaires privées fonctionnant avec des arrêtés qu’il qualifiait de « présumés faux ». Parmi elles, 236 avaient reçu 15,565 milliards de francs CFA de subventions sur la période.
Pour Ousmane Almoudou Touré, responsable de la Synergie des syndicats signataires du 15 octobre 2016, le déverrouillage constitue une bonne chose après les différends liés notamment au financement des bourses et demi-bourses des élèves orientés dans le privé. « Le privé est massivement présent » dans le secondaire, rappelle-t-il. Toute rupture durable avec ces établissements toucherait directement des enfants qui « ont droit à l’éducation », qu’ils fréquentent le public ou le privé.
Garder le contrôle
Cette dépendance ne dispense pas l’État de contrôler. Ousmane Almoudou Touré estime que la question se pose d’abord en termes de carte scolaire. Il juge « inadmissible de ne pas avoir une carte scolaire » suffisamment appliquée pour organiser l’implantation des établissements et éviter une concentration des écoles dans certaines zones alors que d’autres restent insuffisamment couvertes. Pour lui, l’existence d’écoles privées est prévue par la loi, mais leur développement doit rester encadré.
Les contrôles ont déjà montré que le problème ne tient pas seulement au nombre d’établissements. Une vérification du Bureau du Vérificateur général, portant sur les années scolaires 2017-2018 à 2021-2022 dans le District de Bamako et le chef-lieu du cercle de Kati, a établi que 1 850 élèves initialement orientés dans le public avaient été transférés irrégulièrement vers des établissements privés. Les subventions correspondantes se sont élevées à 257,36 millions de francs CFA. La même mission a relevé que 19 des 32 établissements visités ne remplissaient pas les critères d’éligibilité pour recevoir des élèves orientés par l’État. ([SGG Mali][7])
Pour le responsable syndical, le développement du privé ne doit pas faire de l’école « juste du commerce ». Le service public de l’éducation reste chargé de former les ressources humaines dont le pays a besoin. Construire davantage d’établissements publics, recruter et mieux répartir les enseignants, tout en travaillant avec les structures privées qui respectent les règles, constitue selon lui le moyen d’éviter que l’État ne « perde la main ».
La disponibilité du personnel reste justement l’une des préoccupations de cette rentrée. Lors de la rencontre du 15 septembre, les syndicats ont évoqué l’adéquation entre les besoins des établissements et les ressources humaines disponibles, le redéploiement des enseignants détenteurs d’une licence, ainsi que plusieurs difficultés liées aux conditions d’exercice. Le ministère assure avoir engagé des actions pour améliorer l’utilisation des ressources et des infrastructures et permettre le respect du calendrier scolaire.
Attentes
Le climat social complète cette équation. Le 2 mai 2026, les syndicats signataires du 15 octobre 2016 avaient retiré leur préavis de grève de 72 heures après les événements sécuritaires du 25 avril. Ils avaient toutefois indiqué qu’un nouveau mouvement restait possible si les revendications demeuraient sans réponse. Parmi les dossiers toujours cités figurent l’application d’engagements relatifs à la prime spéciale des enseignants, la situation des détenteurs de licence et la formation à l’ENSup.
Ces attentes se heurtent aussi au besoin d’élargir l’offre publique. La période 2026-2027 a été déclarée « Année de l’Éducation et de la Culture ». En janvier, les autorités ont annoncé un programme d’investissement de 130 milliards de francs CFA comprenant notamment 26 lycées ordinaires, deux lycées d’excellence, neuf instituts de formation professionnelle, cinq instituts de formation des maîtres et la réhabilitation de 22 établissements. En juillet, le gouvernement a ratifié un accord de prêt de 48 milliards de francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement pour une première phase de construction, de rénovation et d’équipement d’infrastructures scolaires, principalement au secondaire, avec un volet consacré au supérieur.
Cette rentrée intervient enfin dans un contexte où une partie importante du réseau scolaire reste hors service. À fin avril 2026, le Cluster Éducation recensait 2 444 écoles non fonctionnelles, privant 733 200 élèves de cours et affectant 14 664 enseignants. Insécurité, déplacements de populations, attaques contre des villages, destructions d’infrastructures et inondations figurent parmi les causes recensées. À la mi-septembre, le ministère communiquait encore le même total de 2 444 établissements, alors présenté comme concernant le fondamental dans le centre du pays. Il s’agit donc du même ordre de grandeur, mais pas d’un nouveau comptage détaillé arrêté en septembre.
À quelques jours de l’ouverture des classes, la question n’est donc plus de savoir si le privé a une place dans le système : il l’occupe déjà largement au secondaire. Pour l’État, il s’agit désormais de contrôler les établissements, mieux encadrer les orientations, renforcer son offre propre et faire respecter les règles sans fragiliser la scolarité des élèves qui dépendent du privé.
Prisons : la politique nationale 2026-2030 approuvée
Le gouvernement a adopté le décret approuvant la Politique nationale pénitentiaire et son plan d’actions. Cette décision intervient dans un système qui comptait 10 773 détenus à la fin de 2023, dont 71,7 % en détention provisoire.
Loulo-Gounkoto : plusieurs préavis convergent vers le 28 septembre
Des travailleurs des sociétés exploitant le complexe aurifère, du prestataire Food & Events Africa et de l’administration minière annoncent des arrêts de travail entre le 28 septembre et le 2 octobre. Les calendriers et les revendications doivent être distingués.
Visas chinois : vers une reprise à Bamako
Les autorités maliennes et chinoises recherchent une solution aux difficultés récemment rencontrées par les opérateurs économiques maliens dans l’obtention de visas pour la Chine. Une séance de travail tenue le mercredi 16 septembre 2026 a permis d’examiner des mesures destinées à favoriser une reprise rapide des services consulaires chinois à Bamako.
FACEJ SUGU 5 : la jeunesse entreprend
La cinquième édition de la Foire des jeunes entrepreneurs du Mali, dénommée FACEJ SUGU, a été officiellement lancée le vendredi 18 septembre, dans les locaux du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Prévue du 23 au 26 septembre au Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ, cette rencontre ambitionne de valoriser les résultats du FACEJ II et de renforcer la dynamique entrepreneuriale des jeunes au Mali, dans un contexte où l’accès à l’emploi demeure une préoccupation majeure.
Bréhima Ely Dicko : « Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte »
La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, a confirmé le rapprochement et débouché sur la proposition d’équipes thématiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie, les transports, l’énergie, les bourses universitaires et la recherche. Le sociologue Bréhima Ely Dicko explique comment cette volonté politique peut produire des résultats durables et perceptibles par les populations.
Dans un Sahel où les relations entre États restent dominées par la sécurité, comment sortir les partenariats de cette seule logique ?
Désécuriser les partenariats ne signifie pas ignorer les menaces. Il s’agit de les sortir d’une logique de blocs et de rivalités pour les ramener aux services rendus aux populations. Le Mali évolue dans un « pluralisme partenarial contraint » où plusieurs offres se croisent. Le principal risque est la « balkanisation des alignements », avec un domaine de souveraineté confié à chaque partenaire. Une diplomatie de l’utilité doit plutôt apprécier chaque coopération selon trois critères : la souveraineté, le développement local et le désenclavement.
Quels résultats permettraient aux populations de percevoir de véritables « dividendes de paix » ?
Ces dividendes doivent être visibles dans la vie quotidienne. La première priorité est de formaliser et de sécuriser le commerce transfrontalier, notamment par des zones de commerce intégré. Pour le citoyen, l’intégration se mesure au prix du sac de riz et à la fluidité du passage. Il faut aussi désenclaver le Nord du Mali et le Sud algérien grâce aux infrastructures de connexion. Une route, une fibre optique ou une ligne électrique donnent une réalité concrète à la coopération.
Quelle place le capital humain doit-il occuper dans cette relance ?
Il représente l’investissement de long terme. La relance des bourses, des échanges universitaires, de la reconnaissance des diplômes et de la coopération sanitaire rapproche directement les deux sociétés. Les étudiants, les chercheurs et les professionnels de santé deviennent alors des acteurs de la coopération. La relation gagne ainsi une assise humaine qui dépasse les rencontres entre responsables politiques.
Comment transformer la frontière commune en espace de co-développement ?
Il faut passer d’une logique principalement consacrée à la sécurisation à une gouvernance tournée vers le co-développement des zones frontalières. La sécurité durable vient aussi du développement, des échanges et de l’accès aux services. Les communautés concernées doivent être associées aux projets et constater leurs effets sur leurs activités. La relance actuelle constitue donc un test : celui de la capacité des deux États à transformer une relation d’État à État en une relation de société à société. Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte.




















