La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel

Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.

Une marée noire venue du désert

Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.

La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.

Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.

Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.

L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable

Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).

Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.

Une coopération à inventer au-delà des clivages

Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.

Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.

La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.

Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques

Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.

      Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »

      La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.

      Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel

      La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.

      Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières

      La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.

      Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables

      La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.

      S’engager résolument dans une guerre de l’information

      Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.

 La survie ou l’implosion

L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.

Mohamed Abdellahi Elkhalil 

Spécialiste des Questions Sociales et

 Sécuritaire du Sahel/Écrivain

Examens nationaux : plus de 333 000 candidats à l’épreuve du DEF

Les épreuves écrites du Diplôme d’études fondamentales ont débuté ce lundi 1er juin 2026 sur toute l’étendue du territoire national. Cette année, 333 444 candidats sont attendus dans 2 231 centres, contre 350 409 candidats répartis dans 1 842 centres lors de la session 2025.

C’est l’un des rendez-vous les plus importants du calendrier scolaire malien. Le Diplôme d’études fondamentales, qui marque la fin du cycle fondamental et ouvre la voie vers le secondaire général, technique ou professionnel, mobilise chaque année des centaines de milliers d’élèves, d’enseignants, de surveillants, de responsables scolaires et de familles.
Les épreuves écrites se déroulent du 1er au 3 juin 2026, après les épreuves d’éducation physique et sportive organisées du 11 au 23 mai. Le ministère de l’Éducation nationale avait déjà assuré, lors d’une rencontre avec la presse le 21 mai au Centre international de conférences de Bamako, que les dispositions nécessaires avaient été prises pour garantir le bon déroulement des examens de fin d’année.
La comparaison avec l’année précédente montre une évolution contrastée. Le nombre de candidats baisse d’environ 16 965 par rapport à 2025, mais le nombre de centres augmente de 389. Ce maillage plus large peut permettre de rapprocher certains candidats de leurs lieux de composition, dans un pays où les distances, les déplacements de populations et les contraintes sécuritaires pèsent encore sur l’organisation scolaire.
L’enjeu est d’autant plus important que cette session intervient dans un environnement scolaire toujours marqué par les défis sécuritaires, notamment dans plusieurs localités du Centre et du Nord. Des candidats déplacés ou vivant dans des zones affectées doivent pouvoir composer dans des conditions adaptées, afin de préserver leur droit à l’examen et la continuité de leur parcours scolaire.
Pour beaucoup de familles, le DEF représente bien plus qu’une simple évaluation. Il constitue un moment de pression, d’espoir et de projection vers l’avenir. Dans les centres d’examen, l’attention porte désormais sur la régularité des épreuves, le respect des consignes, la surveillance et la capacité des acteurs éducatifs à maintenir un climat de sérénité.
Après le DEF, le calendrier national se poursuivra avec les épreuves du Brevet de technicien, prévues du 15 au 19 juin, puis celles du Baccalauréat, programmées du 22 au 25 juin 2026. L’ouverture de cette session lance ainsi une période décisive pour l’école malienne, dans une année placée sous le signe de l’éducation et de la culture.

Coupe du Mali : le Djoliba AC s’offre un 21e sacre

Le Djoliba AC a remporté la 65e édition de la Coupe du Mali en dominant le FC Diarra sur le score de 2 buts à 0, samedi 30 mai 2026, au stade Mamadou Konaté de Bamako. Les Rouges de Hérémakono confirment ainsi leur statut de référence historique dans cette compétition.

Le Djoliba AC a encore écrit une page de son histoire. Opposé au FC Diarra en finale de la Coupe du Mali, le club de Hérémakono a fait parler son expérience, sa maîtrise et son réalisme pour s’imposer 2-0 au terme d’une rencontre disputée devant un public nombreux.
La première période a été décisive. Après une entame relativement équilibrée, le Djoliba a progressivement pris le contrôle du jeu avant de trouver l’ouverture à la 37e minute grâce à Fodé Touré. Ce but a libéré les Rouges, plus présents dans les duels et mieux organisés dans les transitions. Dans le temps additionnel de la première période, Mohamed L. Sissoko a doublé la mise, donnant un avantage confortable à son équipe avant le retour aux vestiaires.
En seconde période, le FC Diarra a tenté de revenir dans la partie, mais s’est heurté à une défense bien en place et à une équipe du Djoliba soucieuse de gérer son avance. Malgré quelques efforts offensifs, le finaliste n’a pas réussi à relancer le suspense. Le Djoliba, plus expérimenté dans ces grands rendez-vous, a conservé son avantage jusqu’au coup de sifflet final.
Ce succès offre au Djoliba AC la 21e Coupe du Mali de son histoire, un record qui renforce davantage son poids dans le football national. Le trophée a été remis aux vainqueurs par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, présent à la cérémonie officielle.
Pour le FC Diarra, cette finale reste malgré tout un parcours remarquable. Le club repart avec une prime de 10 millions FCFA et l’expérience d’un rendez-vous majeur face à l’un des plus grands noms du football malien. Pour le Djoliba, cette victoire confirme une fois de plus la force d’un club habitué aux titres, capable de répondre présent lorsque l’enjeu devient décisif.

Mame Diarra Diop:  » Il n’y a pas de femmes journalistes ou d’hommes journalistes. Il y a des journalistes tout court « 

Dans son ouvrage Mali : Chroniques d’une journaliste citoyenne du monde, Mame Diarra Diop revient sur son parcours, son rapport au Mali et les mutations du journalisme au Sahel. De Bamako à Washington, elle interroge la distance, l’éthique, la formation, la place des femmes dans les rédactions et l’avenir de la presse malienne.

Dans votre introduction, vous expliquez que ce livre est né d’un moment de recul, après votre départ de la MINUSMA et lors d’un séjour à Washington. Est-ce que cette distance géographique vous a aidée à regarder autrement le Mali, le métier de journaliste et votre propre parcours ?
Effectivement, ce livre a pris forme dans un moment de recul. J’ai quitté Bamako en octobre 2024 pour effectuer un fellowship de recherche à Washington pendant six mois, et c’est lors de ce séjour que j’ai eu l’idée d’écrire ces chroniques sur le Mali et sur mon métier de journaliste.
La distance géographique aide forcément à porter un autre regard. Vous n’êtes plus dans l’urgence du quotidien, vous ne subissez pas directement les événements sociopolitiques qui se déroulent dans le pays. Cela donne un certain recul pour analyser ce qui se passe et regarder de loin ce Mali confronté à énormément de problèmes.
Cette distance aide aussi à rechercher une certaine objectivité, qui reste l’un des principes fondamentaux du métier de journaliste. C’est une exigence que j’ai toujours essayé d’appliquer tout au long de mon parcours : rester à bonne distance des événements pour pouvoir les analyser et en parler avec le plus de neutralité possible.
Vous avez traversé plusieurs univers médiatiques, de la presse écrite à la télévision, de RFI au Journal du Mali, puis à Mikado FM. Quelle expérience vous a le plus marquée dans ce parcours, et que vous a-t-elle appris sur la manière de raconter le Mali sans tomber dans les clichés ni dans la simplification ?
J’ai effectivement commencé par la presse écrite à Paris, lorsque j’étais pigiste, avant d’aller vers la radio, puis la télévision au Mali, et ensuite la presse digitale. Je suis revenue à la radio avec Mikado FM.
Toutes ces expériences m’ont appris des choses différentes. J’ai beaucoup aimé la radio, mais je pense que, même lorsqu’on fait de la radio, il faut avoir une bonne base en presse écrite. La presse écrite m’a formée, puis la radio m’a permis de me perfectionner. J’ai moins aimé la télévision, qui comporte beaucoup plus de stress, parce que votre image est directement en jeu.
À Mikado FM, la radio des Nations Unies au Mali, nous nous adressions notamment à des communautés reculées. Il fallait donc éviter les clichés, rendre l’information la plus factuelle possible, ne pas simplifier à l’excès et comprendre les réalités locales pour mieux restituer ce que vivaient les populations.
Le livre revient sur la guerre informationnelle au Sahel, la désinformation et les nouveaux défis du métier. Aujourd’hui, qu’est-ce qui menace le plus le journalisme malien : le manque de moyens, la pression politique, les réseaux sociaux ou la perte de confiance du public ?
Il faut replacer cette question dans une perspective plus large. Le journalisme au Sahel est devenu très difficile. Les journalistes font face à des défis sécuritaires, à la question de l’indépendance éditoriale, à la polarisation de l’environnement et à une actualité en évolution permanente.
Il y a évidemment le manque de moyens, les pressions politiques liées aux changements de régime dans plusieurs pays du Sahel, mais aussi l’influence des réseaux sociaux, qui accentue la désinformation et rend plus complexe la pratique d’un journalisme éthique. Je pense aussi qu’il existe une perte de confiance du public.
Aujourd’hui, les journalistes doivent se demander comment produire un journalisme de qualité dans le contexte que vivent le Mali, le Niger et d’autres pays du Sahel. On voit des journalistes menacés, emprisonnés, parfois portés disparus. Tous ces éléments montrent que les défis sont nombreux, et la désinformation en fait partie.
Vous consacrez aussi une place au regard des femmes dans la presse et à leur rôle dans les rédactions. Après plus de quinze ans de métier, pensez-vous que les femmes journalistes au Mali ont gagné en visibilité ou restent-elles encore cantonnées à certains sujets et certaines positions ?
C’était important pour moi de consacrer un chapitre aux femmes. « Regard de femmes », c’était d’ailleurs le nom de l’émission que je réalisais à Africable. Dans toutes mes expériences journalistiques, j’ai toujours œuvré pour que les femmes gagnent en visibilité et pour que les femmes journalistes puissent s’intéresser à tous les sujets, pas uniquement à ceux que l’on présente comme des sujets de femmes.
Pour moi, il n’y a pas de femmes journalistes ou d’hommes journalistes. Il y a des journalistes tout court. On doit pouvoir traiter toutes sortes de sujets.
Lorsque j’étais présidente d’APPEL-Mali, l’association des éditeurs de la presse en ligne, j’ai initié de nombreuses formations à l’attention des femmes, afin qu’elles puissent s’affirmer dans le métier et occuper des postes de responsabilité, notamment comme rédactrices en chef. Je suis heureuse de voir de plus en plus de consœurs créer leurs propres médias, en ligne ou sur papier. Il existe aussi des associations de femmes journalistes. Elles se battent et avancent. Demain, j’aimerais voir une femme à la tête de la Maison de la presse du Mali. Je pense qu’elles en sont capables.
Le dernier chapitre interroge l’avenir de la presse malienne. Si vous deviez retenir une priorité pour les jeunes journalistes qui arrivent dans le métier aujourd’hui, serait-ce la formation, l’éthique, l’indépendance économique, la maîtrise du numérique ou le retour au terrain ?
Tout est important. Ce dernier chapitre dresse un diagnostic de la presse malienne et aborde les conditions économiques, la formation, l’éthique, la maîtrise du numérique et le retour au terrain.
S’il faut parler de priorité, je dirais qu’il faut des journalistes très bien formés, surtout avec l’évolution des nouveaux médias et de l’intelligence artificielle. Au-delà des conditions économiques, lorsqu’on crée un média, il faut s’assurer d’avoir les moyens nécessaires pour produire un journalisme de qualité. Il faut aussi que les journalistes soient constamment formés et qu’ils suivent l’évolution technologique.
Aujourd’hui, tout le monde produit du contenu et les choses se confondent. Il faut pouvoir distinguer le journalisme des autres formes de contenus disponibles sur Internet. Pour moi, la priorité est d’avoir des journalistes bien formés, travaillant dans des contextes sains et bénéficiant de bonnes conditions de travail.
Vous revenez sur votre expérience à Mikado FM et sur la fin de la présence des casques bleus au Mali. Avec le recul, que retenez-vous de cette période où l’information était à la fois un outil de service public, de médiation et parfois de tension politique ?
L’expérience à Mikado FM, la radio des Nations Unies au Mali, m’a énormément appris. Il s’agissait d’un contexte diplomatique, celui d’une mission de maintien de la paix. On n’y pratique pas le journalisme comme dans une rédaction classique. La radio était une unité de l’information publique de la mission, avec un service de communication qui avait un droit de regard sur tous les contenus produits.
J’y ai appris le fonctionnement institutionnel, diplomatique et multilatéral. C’est un journalisme qui comporte aussi une dimension de communication très forte, parce que toute institution a besoin d’expliquer ce qu’elle fait.
Ensuite nous sommes arrivés à un moment où il y avait beaucoup de tensions, une incompréhension de la présence de la mission au Mali et une perception assez négative. Mais je suis fière que Mikado FM ait réussi à s’imposer dans un environnement où il existait déjà beaucoup de radios. Notre public n’était pas seulement à Bamako, mais surtout dans les régions, avec des programmes en sonrai, bambara, tamasheq et peul. Le jour où la radio a cessé d’émettre, le 30 novembre 2023, nous avons reçu beaucoup d’appels d’auditeurs qui nous demandaient si la radio pouvait rester malgré le départ de la mission. Pour nous, cela signifiait que le travail avait été utile, surtout pour les populations les plus éloignées.
Dans vos chroniques, on sent une volonté de regarder le Mali sans complaisance, mais aussi sans renoncer à l’attachement au pays. Comment trouver cet équilibre entre regard critique, responsabilité citoyenne et exigence journalistique ?
Le Mali, c’est mon pays. C’est aussi pour cela que ces chroniques me tenaient à cœur. Dans le titre, j’ai voulu dire : Mali, chroniques d’une journaliste citoyenne du monde. Je pars toujours du Mali pour évoquer le monde, et beaucoup de mes reportages ou de mes couvertures ont eu le Mali comme point de départ.
Le Mali m’a ouvert beaucoup de portes à l’international. C’est pour cela que je suis très attachée à ce pays, tout en gardant un regard critique sur lui. Je pense que nous sommes aussi des citoyens avant d’être journalistes, donc nous avons forcément un regard personnel sur notre pays.
Mais il faut savoir dissocier les choses. Il y a la sphère citoyenne, où l’on peut exprimer une sensibilité, et la sphère journalistique, où l’exigence de neutralité doit rester centrale. Il faut donner les faits. Si l’on développe une opinion, on entre dans un registre éditorial. L’équilibre consiste donc à garder un regard critique, à assumer sa responsabilité citoyenne, sans jamais perdre l’exigence journalistique.
Vous évoquez la formation continue, les bourses et les opportunités qui peuvent transformer un parcours. Quel conseil donneriez-vous à une jeune journaliste malienne qui veut s’ouvrir au monde sans perdre son ancrage local ?
Un journaliste est forcément quelqu’un d’ouvert au monde. Il est important de continuer à se former, de participer à des programmes, de chercher des bourses et des opportunités. Elles existent, mais il faut aller les chercher.
On m’a souvent dit que je voyageais beaucoup. Mais j’ai toujours fait en sorte de ne pas rester cantonnée à un seul univers. En 2015, par exemple, j’ai été sélectionnée pour participer au programme des visiteurs internationaux (IVLP) aux Etats-Unis et je pense que cela était lié à mon expérience. Quand vous faites un travail de qualité, les opportunités viennent aussi à vous.
Le conseil que je donnerais à un jeune journaliste, c’est de perfectionner ses qualités rédactionnelles, mais aussi les langues. Elles sont très importantes et permettent de faire des couvertures internationales. L’une des couvertures qui m’a le plus marquée est celle du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, et j’ai été sélectionnée parce que je parlais anglais.
Il faut sortir de son champ quotidien, sortir de sa zone de confort, chercher, postuler, être curieux. Si vous n’êtes pas curieux, vous risquez de vous ennuyer très vite dans ce métier. Le journalisme mène à tout, à condition de vouloir en sortir.
Vous ajoutez en annexe votre mémoire de master à l’École supérieure de journalisme de Lille, consacré à la transformation du Journal du Mali en version papier. Pourquoi avoir tenu à intégrer ce document dans l’ouvrage ?
Il s’agit de mon mémoire de master à l’École supérieure de journalisme de Lille. Il portait sur la transformation du Journal du Mali en version papier, devenu aujourd’hui Le Journal du Mali L’Hebdo.
À l’époque où je faisais ce master, je recevais beaucoup d’appels de journalistes qui me demandaient comment s’inscrire, quelles étaient les conditions et comment accéder à ce type de formation. J’ai donc voulu intégrer ce travail pour donner des clés de compréhension à ceux qui pourraient être intéressés.
C’est aussi un outil pédagogique. Ce master en management des médias m’a permis de mieux manager une rédaction. En mettant ce mémoire en annexe, j’espère que d’autres journalistes pourront s’en inspirer et, peut-être, postuler à leur tour.

Assemblées annuelles de la BAD : Lever les obstacles à un financement souverain

Les assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement se tiennent du 25 au 29 mai 2026. Dans un monde plus que jamais fragmenté, l’Afrique doit chercher les ressources pour financer son propre développement.

À Tinkélé, au Congo-Brazzaville, plus de 3 000 délégués venus des 81 pays membres de la BAD se penchent sur les leviers capables de réduire le déficit de financement du développement africain. Le thème retenu, « Mobiliser les ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », traduit une urgence centrale pour le continent.

Les besoins augmentent alors que les marges budgétaires restent étroites. L’Afrique doit financer l’énergie, la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique, les infrastructures et l’emploi d’une population en forte croissance. Le déficit annuel de financement est estimé à 400 milliards de dollars, dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement, de hausse des risques et de recul de certains appuis extérieurs.

Nouveau virage

Ces assemblées sont les premières depuis l’arrivée de Sidi Ould Tah à la présidence de la BAD, en septembre 2025. Le neuvième Président de l’institution défend une nouvelle architecture financière africaine pour le développement, destinée à mieux mobiliser les ressources du continent et à accroître l’effet de levier des financements disponibles. Son ambition est que « chaque dollar soit multiplié par dix ».

La reconstitution du Fonds africain de développement, FAD-17, en décembre 2025, avec une mobilisation annoncée à 11 milliards de dollars, constitue un signal important. Ce guichet concessionnel de la BAD soutient les pays africains à faible revenu ou fragiles par des dons et des prêts à des conditions préférentielles.

Potentiel à exploiter

L’enjeu est de transformer les ressources africaines en capacités de financement rapides, accessibles et moins coûteuses. Le continent dispose d’atouts considérables. Le fleuve Congo, long d’environ 4 700 kilomètres, porte un potentiel hydroélectrique estimé à 150 000 MW, soit près de 37% du potentiel africain. À cela s’ajoutent les minerais stratégiques liés à la transition énergétique, près de 60% des meilleures ressources solaires mondiales et le marché unique de 1,4 milliard de personnes ouvert par la Zlecaf.

Mais ces atouts ne produiront leurs effets que si les infrastructures, l’énergie, la transformation locale et l’intégration commerciale progressent. Les assemblées de Tinkélé devront préciser comment passer du potentiel au financement, puis aux projets capables de soutenir l’industrialisation, l’emploi et la souveraineté économique africaine.

Chiffres

Déficit de financement annuel : 400 milliards de dollars

Marché unique Zlecaf : 1,4 milliard de personnes

Ressources solaires mondiales : 60%

Ligue 1 Pro : Le Djoliba AC proche du titre

À quatre journées de la fin du championnat national de Ligue 1 Pro, le Djoliba AC tient fermement les rênes du classement. Les Rouges de Bamako, déjà qualifiés pour la finale de la Coupe du Mali, se rapprochent d’un possible doublé national et pourraient être sacrés champions dès la 23ème journée, qui débute ce week-end, même si plusieurs conditions restent à réunir.

Le sprint final du championnat débute ce dimanche 31 mai avec la 23ème journée, dans un contexte où le Djoliba AC semble plus que jamais maître de son destin. Leaders avec 50 points après 22 journées, les Rouges disposent de 8 longueurs d’avance sur le Binga FC et l’AS Réal de Bamako, tous deux à 42 points, tandis que le Stade Malien suit avec 40 unités.

Mardi, face à son dauphin direct, le Binga FC, le Djoliba pourrait franchir une étape décisive vers le sacre. Une victoire rapprocherait considérablement les hommes de Hérémakono d’un nouveau titre national. Théoriquement, ils pourraient même être sacrés dès cette 23ème journée si, dans le même temps, l’AS Réal s’incline contre l’AS Korofina et que le Stade Malien chute face à l’USFAS.

Deux victoires pour finir le travail

Une chose est néanmoins certaine : si le Djoliba s’impose lors de cette 23ème journée, une nouvelle victoire lors de la 24ème lui assurerait mathématiquement la première place, quels que soient les résultats de ses concurrents directs. Une perspective qui confirme la domination affichée par le club rouge depuis le début de la saison.

À l’inverse, une victoire du Binga FC face au Djoliba, combinée à des succès de l’AS Réal et du Stade Malien, relancerait totalement le suspense dans la course au titre à trois journées de la fin. Les écarts se resserreraient alors entre les prétendants, laissant place à une fin de championnat beaucoup plus indécise.

Déjà qualifié pour la finale de la Coupe du Mali face au FC Diarra, le Djoliba est plus que jamais en course pour un prestigieux doublé Championnat – Coupe.

Derrière le quatuor de tête, la bataille pour le maintien est particulièrement intense. Les Onze Créateurs de Niaréla (11ème, 21 points), Afrique Football Élite (12ème, 20 points) et le FC Malicoura (13ème, 16 points) jouent gros en cette fin de saison. En revanche, l’US Bougouni, lanterne rouge avec seulement 13 points, semble désormais promis à la relégation.

Mohamed Kenouvi

Sénégal : La fin du pouvoir partagé

Le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai 2026, suivi de la dissolution du gouvernement, a donné une dimension institutionnelle à la rupture avec Bassirou Diomaye Faye. Le Sénégal entre dans une phase délicate, marquée par la pression du Parlement, les tensions au sein du Pastef et les contraintes économiques.

Depuis leur arrivée au pouvoir en 2024, les deux hommes incarnaient une architecture politique rare. Diomaye détenait la légitimité présidentielle issue des urnes, Sonko conservait la légitimité militante, populaire et partisane qui avait porté le Pastef. Cette répartition pouvait tenir tant que le duo parlait d’une même voix. Elle devenait difficile dès lors que les arbitrages sur la dette, les discussions avec le FMI, les subventions, le coût de la vie et le rythme des réformes faisaient apparaître deux centres de décision.

La rupture ne concerne donc pas seulement un Premier ministre écarté. Elle emporte le gouvernement sortant, chargé d’expédier les affaires courantes, et ouvre une recomposition plus large. Le 24 mai, la démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale a déplacé la crise vers le Parlement. La séance annoncée pour examiner la situation parlementaire de Sonko et élire un nouveau Président de l’institution pourrait lui offrir une autre base de pouvoir, moins dépendante du palais et davantage adossée à la majorité.

Les répliques se lisent aussi dans l’appareil public. Mouhamed Abdallah Ly, Elhadj Ndane Diagne et Khadija Mahécor Diouf ont annoncé leur départ de fonctions publiques, signe que la fracture atteint les cercles proches du Pastef. À l’UCAD, des étudiants ont même salué le limogeage de Sonko, l’accusant d’avoir endossé, une fois au pouvoir, une réponse sécuritaire qu’il dénonçait lorsqu’il était opposant.

L’histoire sénégalaise donne du relief au moment actuel. De la crise Senghor – Mamadou Dia aux ruptures Abdoulaye Wade – Idrissa Seck, Abdoulaye Wade – Macky Sall ou Macky Sall – Aminata Touré, la Primature a souvent servi de variable d’ajustement présidentielle. Macky Sall l’avait supprimée en 2019, avant de la rétablir en 2021.

La nouveauté tient au fait que Diomaye et Sonko viennent du même récit politique. Leur rupture intervient dans un pays habitué aux alternances pacifiques, mais sensible aux blocages institutionnels lorsque la majorité se fissure. Elle met aussi à l’épreuve la capacité du nouveau pouvoir à gouverner sans transformer ses divergences internes en crise ouverte et durable. Sans compromis clair, la rivalité pourrait dépasser le duel personnel et devenir une crise de coalition au sommet de l’État.

 

Parler n’est pas informer

Dans un pays fragile, la parole publique n’est jamais un simple bruit. Elle peut éclairer, rassurer et rassembler. Elle peut aussi diviser, enflammer et ouvrir la voie aux malentendus les plus dangereux.

Au Mali, les réseaux sociaux ont donné à chacun la possibilité de s’exprimer. Cette liberté est précieuse et personne ne doit la mépriser. Mais elle devient préoccupante lorsque des sujets sensibles de l’État sont transformés en scènes de spectacle, commentés sans recul, sans information vérifiée, sans compétence particulière et parfois sans le moindre sens de la responsabilité.

Sécurité, diplomatie, justice, armée, cohésion nationale ou stabilité des institutions ne peuvent pas être traitées comme des faits divers. Le problème n’est pas que des citoyens donnent leur avis. Le problème commence lorsque l’opinion se présente comme une vérité, lorsque la rumeur devient accusation, lorsque l’ignorance prend le ton de l’expertise et lorsque le buzz remplace la prudence.

Dans le contexte actuel, une parole légère peut avoir des conséquences lourdes. Une phrase mal maîtrisée, une insinuation, un montage, un appel voilé à la haine ou à la violence peuvent troubler l’ordre public et fragiliser davantage la confiance collective. Là où des tensions existent déjà, la moindre étincelle peut provoquer un incendie.

L’État doit donc assumer pleinement sa part. Il lui revient d’informer plus vite, d’expliquer plus clairement, de démentir sans tarder les fausses nouvelles et de rappeler les limites fixées par la loi. Réguler ne signifie pas étouffer la liberté d’expression. C’est protéger l’espace public contre les dérives qui menacent la paix sociale.

Certes, parler est un droit, mais informer exige de la responsabilité. Dans un pays en quête de stabilité, cette différence doit être comprise par tous.

 

Sierra Leone : La sortie préparée des Casques bleus

La Sierra Leone est l’un des exemples les plus solides d’un retrait onusien suivi d’une stabilisation durable. Après l’UNAMSIL, le pays n’a pas échappé aux fragilités, mais il a évité le retour à la guerre.

Déployée en 1999, l’UNAMSIL, la Mission des Nations unies en Sierra Leone, avait été chargée d’accompagner la sortie d’une guerre civile marquée par les massacres, les déplacements forcés, les amputations et l’effondrement de l’autorité publique. Elle a appuyé le désarmement des combattants, le retour progressif de l’État, l’organisation d’élections et la restauration d’un minimum de confiance entre les institutions et les populations.

Son départ, en décembre 2005, n’a pas pris la forme d’une rupture brutale. La mission a été relayée par l’UNIOSIL, le Bureau intégré des Nations unies en Sierra Leone, chargé d’appuyer la consolidation de la paix, les institutions démocratiques, la justice, les droits humains, la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité.

Relais institutionnel

La principale force de cette expérience tient à cette continuité. Les Casques bleus sont partis, mais l’accompagnement civil, politique et institutionnel est resté. Ce passage d’une mission de paix à un bureau intégré a réduit le risque de vide sécuritaire et administratif, tout en permettant aux autorités nationales d’assumer progressivement davantage de responsabilités, dans un pays encore marqué par la méfiance et les destructions de la guerre. Ce relais a surtout évité que l’État soit laissé seul au moment le plus délicat de la transition.

La Sierra Leone n’était pourtant pas sortie de toutes ses difficultés. Le pays restait pauvre, les jeunes manquaient d’emplois, les institutions demeuraient fragiles et les blessures sociales de la guerre étaient profondes. Mais l’essentiel a été préservé. Le conflit n’a pas repris à grande échelle, les élections ont continué à structurer la vie politique et les forces nationales ont peu à peu occupé l’espace laissé par la mission.

Cette trajectoire montre qu’un retrait onusien ne réussit pas seulement parce qu’une opération s’achève officiellement. Il réussit lorsque le départ est préparé, accompagné et relayé par des institutions capables de protéger, d’arbitrer et de servir. En Sierra Leone, la fin de l’UNAMSIL n’a donc pas marqué la fin de l’appui international, mais son changement de forme. La transition s’est poursuivie par un soutien plus politique que militaire, afin de consolider les acquis de la paix et d’éviter que les fragilités de l’après-guerre ne rouvrent la voie au conflit.

 

Intégration africaine : Le défi du passage des ambitions à la réalité

Célébrée du 25 au 31 mai, la Semaine nationale de l’Intégration africaine remet au centre des débats les ambitions d’unité et de libre circulation sur le continent. Mais, entre impératifs sécuritaires et difficultés de circulation, l’intégration africaine est encore confrontée à plusieurs défis sur le terrain.

Placée cette année sous le thème « L’éducation et la culture de l’eau pour garantir le bien-être des populations au Sahel », la Semaine nationale de l’Intégration africaine a été lancée le 25 mai 2026 à Bamako à travers la traditionnelle cérémonie de montée des couleurs africaines au Monument de la Tour de l’Afrique, présidée par le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga.

Comme chaque année, cette semaine dédiée à l’intégration du continent met en avant les idéaux de coopération entre États africains, de libre circulation des personnes et des biens, ainsi que de rapprochement entre les peuples. Pourtant, sur le terrain, la réalité est souvent plus complexe.

Pour de nombreux voyageurs, commerçants ou transporteurs opérant dans l’espace ouest-africain, les déplacements entre pays voisins sont encore marqués par de multiples contraintes. Contrôles routiers répétitifs, formalités douanières ou encore coûts supplémentaires continuent d’alourdir la circulation sur plusieurs corridors régionaux.

Ce contraste entre les ambitions politiques et les réalités du terrain illustre l’un des principaux paradoxes de l’intégration africaine : celui d’un continent qui prône l’ouverture, mais où les frontières sont encore fortement présentes dans le quotidien des populations.

Impératifs sécuritaires et ambitions d’ouverture

Selon plusieurs analystes des questions régionales, les États africains sont aujourd’hui confrontés à un équilibre difficile entre intégration et sécurité. « Les frontières restent un enjeu sensible en Afrique parce qu’elles touchent directement à la souveraineté des États », explique Oumar Sidibé, analyste politique spécialisé dans les questions d’intégration régionale.

« Même si les pays africains défendent l’intégration dans les discours, chaque État cherche aussi à protéger ses intérêts sécuritaires, économiques et politiques », poursuit-il.

Le contexte sécuritaire actuel, notamment dans le Sahel, contribue largement à cette prudence des États. Face à la menace terroriste, aux trafics transfrontaliers ou encore à la criminalité organisée, plusieurs pays renforcent davantage leurs mécanismes de surveillance et de contrôle aux frontières.

« Les autorités privilégient souvent le renforcement des contrôles pour des raisons sécuritaires. Cela crée une forme de paradoxe : les États souhaitent encourager l’intégration régionale, mais dans le même temps, ils renforcent les dispositifs de contrôle », analyse la même source.

À cela s’ajoutent également les tensions diplomatiques ponctuelles entre certains pays africains, les préoccupations migratoires ou encore les difficultés d’harmonisation des politiques administratives et douanières.

Résultat : malgré les avancées enregistrées ces dernières années dans certains espaces régionaux, la libre circulation est encore incomplète dans sa mise en œuvre concrète.

Intégration des peuples malgré tout

Malgré ces difficultés, les échanges entre populations africaines continuent néanmoins de se développer au quotidien. Dans plusieurs régions du continent, les activités commerciales transfrontalières sont particulièrement dynamiques, tout comme les mobilités liées aux études, à la culture ou aux liens familiaux.

Dans les zones frontalières notamment, de nombreuses communautés vivent déjà une forme d’intégration pratique qui dépasse parfois les contraintes administratives.

En Afrique de l’Ouest, les États tentent par ailleurs de préserver les acquis de l’intégration régionale, malgré la fragmentation récente de la CEDEAO, consécutive au retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, effectif depuis le 29 janvier 2025.

Selon plusieurs observateurs, l’intégration du continent ne pourra cependant pas devenir pleinement effective sans une amélioration concrète des conditions de circulation entre les pays africains.

« L’intégration avance, mais elle est encore incomplète dans sa mise en œuvre concrète », estime M. Sidibé. Selon lui, le défi pour les États africains sera désormais de parvenir à concilier les impératifs de sécurité avec une circulation plus fluide des personnes et des biens.

Mohamed Kenouvi

Casques bleus : Après la MINUSMA, le Sahel cherche son modèle

La Journée internationale des Casques bleus aura une résonance particulière au Mali, près de deux ans et demi après le départ de la MINUSMA. Son retrait n’a pas clos le débat sur la protection des civils, la stabilisation des territoires et la place des réponses africaines dans les crises sahéliennes.

Le 29 mai de chaque année, le monde rend hommage aux Casques bleus tombés en mission et à ceux déployés dans les zones de crise. Au Mali, cette journée rouvre surtout le débat laissé par le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé fin décembre 2023 après dix ans de présence. Les violences contre les civils, les axes routiers et les circuits économiques montrent que la stabilisation reste un chantier ouvert.

Déployée en 2013, après l’effondrement sécuritaire de 2012, la MINUSMA avait reçu un mandat large, de l’appui politique à la protection des civils, au retour de l’État, aux droits humains et à la stabilisation. Son architecture multidimensionnelle reposait sur une conviction simple : la paix ne se construit pas seulement par la force, mais aussi par les institutions, la justice, le dialogue, les services publics et la confiance entre l’État et les populations.

Le terrain malien a pourtant exposé les limites de ce modèle. La mission n’était pas une force antiterroriste, alors que la menace venait de groupes jihadistes mobiles, capables d’attaquer des camps, de frapper des convois et d’exploiter les tensions locales. Dans plusieurs régions, les populations attendaient une protection immédiate que le mandat et les moyens ne permettaient pas toujours d’assurer.

Héritage

Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques de conflits au Sahel, invite toutefois à ne pas réduire la MINUSMA à sa seule dimension militaire. Malgré ses résultats sécuritaires jugés insuffisants, la mission soutenait la résilience communautaire par l’emploi local, les travaux à haute intensité de main-d’œuvre, les projets à impact rapide et la réhabilitation d’écoles, de centres de santé ou de commissariats. Cette action contribuait, selon lui, à réduire « le stress social, les vulnérabilités institutionnelles et les violences structurelles ».

Le départ de la mission a refermé une période sans régler les causes profondes de la crise. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont montré que les groupes armés peuvent frapper du Nord et du Centre jusqu’au cœur politique et militaire du pays. La violence ne se limite plus aux zones rurales ou frontalières. Elle touche aussi les villes, les marchés, les routes, les convois et les symboles de l’État.

Stabiliser suppose de sécuriser les axes, protéger les déplacements, maintenir les flux de marchandises et empêcher que la peur ne devienne un instrument de contrôle. En ciblant camions, bus et convois de carburant, les groupes armés transforment la pression militaire en pression sociale et économique.

Terrain

Pour Bréhima Ely Dicko, sociologue, les réponses sécuritaires échouent lorsqu’elles traitent la violence sans s’attaquer aux inégalités, à la marginalisation des communautés et à la crise de légitimité de l’État. « Au Mali, la sécurité ne se décrète pas, elle se construit par la justice sociale, l’accès aux ressources et la reconnaissance des identités locales », estime-t-il. Les tensions intercommunautaires sont, selon lui, à la fois « un accélérateur et un produit de la crise », instrumentalisées par les groupes armés avant de développer leur propre dynamique de méfiance et de compétition pour les ressources.

Ainsi, la table-ronde organisée le 21 mai par WATHI et Open Society Foundations sur les perspectives de paix au Sahel a replacé le débat plus largement, notamment autour des rivalités d’influence, de la fragilisation du multilatéralisme, des recompositions régionales et de l’affaiblissement de l’autorité publique. La paix apparaît ainsi moins comme le résultat d’une victoire militaire que comme un processus fondé sur la gouvernance, la justice, les services publics, le dialogue local et la prévention.

La MINUSMA n’était pourtant pas une mission légère. Créée en 2013 par la Résolution 2100 du Conseil de sécurité, elle relevait du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, ce qui lui donnait une base robuste pour protéger les civils, appuyer la stabilisation et soutenir le retour de l’État. Mais ce cadre autorisait seulement l’usage de la force pour défendre le mandat, dans un contexte de légitime défense, sans faire de la mission une force antiterroriste.

Mandats

Cette ambiguïté a nourri les frustrations, beaucoup attendant d’une mission robuste une réponse plus offensive au terrorisme. C’est dans ce décalage que revient le débat sur le Chapitre VIII, qui reconnaît le rôle des organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité tout en maintenant l’articulation avec le Conseil de sécurité pour les actions coercitives.

Au Sahel, cette réflexion rejoint les initiatives autour de l’AES et de sa Force unifiée, de même que de la CEDEAO et de l’Union africaine avec la Force africaine en attente. Ces réponses traduisent une volonté de reprise en main régionale, mais restent confrontées aux défis du financement, du commandement, du renseignement, de la logistique, de la coordination, de la redevabilité et de la protection des populations.

Bakary Sambe, spécialiste de l’extrémisme violent, juge nécessaire un nouveau modèle africain de stabilisation, à condition de rompre avec les logiques qui ont conduit les précédents dispositifs à l’échec. Selon lui, les difficultés de la MINUSMA ne tenaient pas seulement au mandat ou aux moyens, mais aussi à une coupure progressive avec les réalités communautaires.

Relais

Bakary Sambe estime que le nouveau modèle africain de stabilisation ne doit pas seulement être plus proche du terrain. Il doit rompre avec les logiques exogènes, mutualiser les capacités africaines existantes, gagner en agilité opérationnelle et faire suivre chaque opération militaire d’une présence étatique visible et bienveillante. Il rappelle aussi que l’AES et la CEDEAO ne se parlent presque plus, alors que les pays de la région ont « un destin lié sur le plan sécuritaire ». « La réponse militaire non accompagnée crée précisément les conditions de sa propre inefficacité », prévient-il.

Soumaïla Lah, analyste en gouvernance et sécurité, souligne que le départ de la MINUSMA a aussi laissé un vide économique, d’assistance et de médiation. Les opérations militaires doivent, selon lui, être suivies du retour des agents de l’État, de la justice et des services techniques, faute de quoi la sécurité restera perçue comme une force d’occupation temporaire plutôt que comme un service public.

Selon l’analyste en gouvernance, le Mali ne peut pas se stabiliser sans lier sécurité, développement et gouvernance. « Une victoire purement militaire est une illusion géopolitique », affirme-t-il. Le nexus humanitaire – paix – développement lui paraît encore largement théorique. Il plaide pour une appropriation nationale de cette approche, afin que chaque succès sécuritaire devienne une opportunité de développement partagé et de justice de proximité.

Stabilisation

Alassane Maïga rejoint cette lecture en rappelant que les réponses militaires restent « un traitement symptomatique ». Selon lui, elles ne peuvent garantir une paix positive sans agir sur la rupture du contrat social, la mauvaise gouvernance, les inégalités sociales et les injustices institutionnelles. Il insiste aussi sur la nécessité de reconstruire la cohésion verticale autour de l’État de droit, ainsi que la cohésion horizontale entre communautés. Les mécanismes traditionnels de médiation doivent, à ses yeux, constituer « la clé d’entrée de toute approche de résolution des conflits », à condition d’être renforcés sans que l’on s’y substitue.

Au Mali, comme dans le reste du Sahel, la réponse militaire est nécessaire face aux groupes armés, mais elle ne suffit pas à stabiliser durablement les territoires. La protection des civils, le retour des services publics, la justice, le dialogue local et la relance économique sont essentiels. La Journée internationale des Casques bleus rappelle l’engagement des personnels onusiens tout en relançant le débat sur des modèles capables d’articuler sécurité, gouvernance et réponses régionales.

Canicule et pénurie d’eau : Double peine pour les Bamakois

Depuis plusieurs semaines, les coupures d’eau et d’électricité se sont accentuées dans la capitale. Désormais, les six communes sont concernées par ces perturbations, qui impactent fortement le quotidien des habitants. Entre recherche d’alternatives et lassitude, les populations ne sont pas au bout de leurs peines.

La capitale malienne vit au rythme des coupures d’eau et d’électricité. Avec des températures dépassant régulièrement 40°C et des délestages prolongés, les habitants doivent composer avec des coupures d’eau de plusieurs heures, voire de plusieurs jours.

Des défaillances dans l’alimentation électrique des stations de pompage stratégiques de Kabala, Djicoroni Para, Kalabanbougou et Missabougou perturbent la fourniture d’eau dans toute la ville, selon la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP). Aucun quartier n’est désormais épargné par ces coupures, qui compliquent la vie des ménages. Alors que la société dit tout mettre en œuvre pour rétablir la situation, l’issue de la crise ne semble pas proche.

Cercle vicieux

Liée à la fourniture d’électricité, la distribution de l’eau potable s’est fortement dégradée. Estimé à 83,2% en milieu urbain et semi-urbain en 2024, le taux d’accès à l’eau potable demeure un enjeu majeur à Bamako, où les coupures montrent l’écart entre accès théorique au service et disponibilité régulière au robinet.

Les besoins journaliers en eau potable de Bamako sont estimés autour de 300 000 m³ par jour, un niveau que le projet Kabala devait contribuer à atteindre par phases. Selon les données disponibles, la production totale d’eau de la SOMAGEP a atteint environ 198,2 millions de m³ en 2024, mais la régularité du service reste dépendante du réseau électrique et de la capacité de distribution.

Dans cette situation, les forages, et parfois les puits, sont pris d’assaut. Même des zones habituellement épargnées subissent désormais les coupures. « Nous venons de passer toute la journée sans une goutte d’eau », témoigne une habitante de Kalaban Coura, qui s’appuie sur un forage voisin pour ses tâches quotidiennes, avant d’attendre tard dans la nuit un éventuel retour de l’eau.

En juillet 2025, la SOMAGEP avait déjà lié certaines perturbations à la dégradation de la qualité de l’eau provoquée par le dragage dans le lit du fleuve.

Le projet Kabala reste central pour renforcer l’alimentation en eau potable de Bamako, avec une capacité prévue par phases de 144 000 m³ par jour chacune. Mais pression démographique, besoins croissants et délestages limitent la régularité du service. En attendant une solution durable, les populations s’organisent, entre solidarité et résignation.

 

Éliminatoires CAN 2027 : Le Mali favori d’un groupe à surveiller

Le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027, effectué le 19 mai 2026, a placé le Mali dans le Groupe K, aux côtés du Cap-Vert, du Rwanda et du Libéria. Une poule où les Aigles partent favoris, mais qui réserve des pièges à éviter.

Pour le Mali, ces éliminatoires constitueront surtout le premier grand chantier du futur sélectionneur national, alors que la FEMAFOOT est encore en plein processus de recrutement.

Entre ambitions continentales et nécessité de confirmer leur statut, les Aigles devront rapidement trouver le bon rythme, dans une campagne qui débutera en septembre prochain.

Sur le papier, le principal concurrent du Mali est clairement le Cap-Vert. Les Requins Bleus occupent actuellement la 69ème place mondiale et la 13ème en Afrique au classement FIFA. Surtout, ils viennent de signer l’exploit le plus marquant de leur histoire récente en décrochant une qualification historique pour la Coupe du monde 2026 devant le Cameroun.

Paradoxalement, les Cap-Verdiens ont manqué la CAN 2025. Toutefois, leur expérience – notamment grâce à plusieurs joueurs évoluant en Europe – en fait une équipe solide et probablement le vrai rival du Mali pour la première place.

Rwanda et Libéria : Des outsiders à surveiller

Derrière ce duel attendu, le Rwanda et le Libéria tenteront de jouer les trouble-fêtes. Les Amavubi, 128ème au classement FIFA, sont une équipe physique et difficile à manœuvrer à Kigali. Même si le Rwanda n’a plus disputé de CAN depuis 2004, il est un adversaire capable de compliquer les déplacements africains.

Les statistiques restent toutefois largement favorables au Mali. Lors de leurs quatre dernières confrontations officielles, les Aigles comptent trois victoires et un nul. Les éliminatoires du Mondial 2022 sont encore dans les mémoires, avec un succès malien 1-0 à l’aller, puis une démonstration à Kigali (0-3).

Le Libéria apparaît enfin comme le petit poucet de cette poule. Classés 140èmes mondiaux, les Lone Stars traversent une phase de reconstruction. Leur dernière CAN remonte à 2002 au Mali, avec un nul marquant contre les Aigles (1-1) dans le match d’ouverture, alors disputé sous la houlette de George Weah.

Aujourd’hui, le Libéria tente de rebâtir une sélection compétitive autour de jeunes binationaux venus notamment de la MLS et d’Arabie saoudite. Suffisant pour inquiéter le Mali ? Sur le papier, non. Mais dans des éliminatoires africaines souvent imprévisibles, aucun détail ne devra être négligé.

Mohamed Kenouvi

Secura : La transformation digitale de la gestion RH

Alors que les entreprises maliennes cherchent à moderniser leur gestion, Secura s’impose comme une innovation prometteuse en ressources humaines. Conçu par la startup Securetech Corporate, ce logiciel de pointage et de gestion RH entend transformer durablement l’organisation du travail au Mali, grâce à l’intelligence artificielle et à des cartes intelligentes générées pour les agents de service.

Créée par quatre jeunes passionnés de transformation digitale, dont un Togolais, un Maliano-Togolais et deux Maliens, Securetech Corporate mise sur une approche adaptée aux réalités des entreprises locales. Avec Secura, les responsables RH peuvent automatiser plusieurs tâches souvent longues et complexes, notamment le suivi des présences, la gestion des horaires et le calcul précis des heures supplémentaires.

Cette automatisation réduit considérablement les erreurs humaines et permet un meilleur contrôle des performances internes.

L’un des aspects les plus innovants du logiciel reste l’intégration d’un système de gestion des plaintes des employés. Cette fonctionnalité offre aux travailleurs un espace structuré pour signaler des difficultés professionnelles, renforçant ainsi le dialogue entre les employés et la direction. Dans un environnement où les conflits internes peuvent ralentir la productivité, un tel outil pourrait améliorer le climat social au sein des entreprises maliennes.

Secura pourrait également représenter un véritable levier de compétitivité pour les sociétés locales. En centralisant les données RH et en facilitant la prise de décision, le logiciel aide les dirigeants à gagner du temps et à mieux gérer leurs équipes.

En proposant une solution moderne, accessible et évolutive, Securetech Corporate espère encourager davantage d’entreprises maliennes à adopter des pratiques RH plus transparentes et plus efficaces. Si son déploiement réussit, Secura pourrait devenir une référence nationale dans la gestion intelligente des ressources humaines et inspirer d’autres initiatives technologiques locales innovantes.

Ibrahim Baby

 

Danbé Kolosibaw : Des médiateurs au service du patrimoine

C’est ce 21 mai 2026 que sera officiellement lancé à Bamako le corps des Danbé Kolosibaw. Ces médiateurs auront pour mission de sauvegarder et de transmettre le patrimoine culturel immatériel du Mali.

Le lancement du corps des Danbé Kolosibaw marque un moment clé pour la préservation des traditions vivantes maliennes. Dans le cadre des Journées Nationales du Patrimoine Culturel 2026, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de valorisation des savoir-faire artisanaux, des récits oraux, des chants et des danses, tout en renforçant la cohésion sociale. Rappelons que 2026 a également été dédiée à la Culture et à l’Éducation par les plus hautes autorités du pays.

Fruit des recommandations des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme – Bamako FUGABA, tenus en janvier 2025, ce corps a été conçu pour mobiliser les communautés locales dans la protection et la diffusion du patrimoine culturel immatériel. Les Danbé Kolosibaw auront pour rôle de documenter, transmettre et vulgariser ces éléments, tout en favorisant le dialogue interculturel.

Le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, dirigé par Mamou Daffé, a piloté la mise en place de ce dispositif. Les Danbé Kolosibaw seront également chargés de coordonner les Sigida Kolosibaw, cellules de veille patriotique de proximité, afin d’assurer un suivi continu des pratiques culturelles et de servir d’interface entre les populations, les collectivités locales et l’administration centrale.

Ce corps vise à renforcer l’ancrage des traditions tout en intégrant les défis contemporains. La transmission des connaissances, la valorisation des métiers artisanaux et la préservation des rituels et expressions artistiques constituent un outil de résilience culturelle et d’éducation à la citoyenneté. Les médiateurs agiront directement dans les communautés pour promouvoir le vivre-ensemble et la souveraineté culturelle, en impliquant particulièrement les jeunes et les femmes dans des initiatives locales et inclusives.

En cette période de refondation nationale, les Danbé Kolosibaw représentent un symbole de la capacité du Mali à conjuguer héritage et modernité. Leur action vise à renforcer la diffusion des valeurs culturelles et faciliter l’accès aux savoirs immatériels, tout en consolidant la participation communautaire à la vie culturelle.

Le lancement de ce corps sera l’occasion de montrer l’importance de cette démarche dans un contexte où la sauvegarde des traditions est essentielle pour l’identité nationale et la cohésion sociale. Les Danbé Kolosibaw incarnent un projet qui allie transmission, médiation et engagement citoyen au service d’un patrimoine vivant et dynamique.

État islamique au Sahel : Une présence continue malgré le JNIM

La Province sahélienne de l’État islamique maintient son influence dans le nord-est malien. Malgré la grande attention portée sur le JNIM, le groupe reste actif dans plusieurs localités stratégiques du pays.

La région de Gao, plus précisément le cercle d’Ansongo, et la région de Ménaka continuent de subir l’influence de la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP), anciennement EIGS. Cette zone, englobant les localités surnommées les « 3 T » –  Talataye, Tin-Hama et Tessit – ainsi que Labbezanga, constitue le cœur de l’activité opérationnelle du groupe, où il exerce un contrôle territorial et une pression constante sur les communautés locales.

Commandement

Le groupe est dirigé par Abou Al-Bara, qui a succédé à Adnan Abu Al-Walid Sahraoui, abattu en 2021, bien que la chaîne de commandement exacte reste partiellement opaque. L’ISSP a adapté ses méthodes d’action depuis 2020, passant d’une stratégie d’exécutions publiques et de terreur de masse à une approche plus ciblée de contrôle territorial et de gouvernance locale, limitant les attaques spectaculaires qui attiraient l’attention médiatique. Le groupe mène une opération de charme pour se faire accepter par la population.

Pourtant, les opérations militaires contre ce groupe ne connaissent aucun répit. Les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont récemment neutralisé un responsable opérationnel de l’ISSP, dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, à Bara, cercle d’Ansongo, au cours d’une frappe aérienne qui a également éliminé plusieurs combattants adjoints. Cette opération illustre la pression constante des forces maliennes sur les bastions de l’État islamique au Sahel, tout en soulignant la capacité du groupe à se reconstituer dans les zones frontalières et à maintenir ses réseaux logistiques.

Opérations

L’ISSP continue de cibler des localités stratégiques le long de l’axe Mali – Niger, notamment Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka, en exerçant un contrôle sur le passage des personnes et des biens et en maintenant une influence sur les groupes armés locaux. Ces actions visent à affirmer la présence du groupe et à renforcer sa domination sur ces corridors régionaux.

Par ailleurs, la rivalité avec le JNIM demeure un facteur clé dans la dynamique sécuritaire du Sahel. Contrairement à certaines perceptions, la visibilité accrue du JNIM après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 autour de Bamako et dans plusieurs localités du pays ne signifie pas que l’ISSP ait disparu. Les deux groupes poursuivent des stratégies distinctes. Ainsi, le JNIM concentre ses opérations sur des attaques médiatisées et des frappes spectaculaires, tandis que l’ISSP privilégie un contrôle territorial discret, la pression sur les communautés locales et la sécurisation des axes stratégiques.

Les transfuges du JNIM ont initialement contribué à une « exception sahélienne » où les affrontements directs étaient limités, mais depuis 2020 cette trêve relative s’est érodée. Malgré cela, les nouveaux développements sécuritaires au Mali, notamment les offensives de l’armée malienne, ont conduit à une focalisation temporaire des deux groupes sur leur adversaire commun, sans qu’un accord de paix ait été formellement conclu.

Menaces

Pourtant, le rapport ACLED du 15 mai 2026 confirme que 86% de l’activité de l’État islamique se concentrait sur l’Afrique au premier trimestre 2026, avec une hausse des drones armés, des attaques motorisées et des pressions économiques sur les axes urbains et ruraux. L’ISSP a ciblé des infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit et à Labbezanga, exploitant les vulnérabilités locales pour imposer sa gouvernance de facto, comme l’attaque de convois civils escortés à Kobé, à 35km de Gao,  le 7 février 2026 le démontre. La coopération sécuritaire internationale a permis la neutralisation de cadres clés, notamment Abu-Bilal Al-Minuki, le 16 mai 2026 lors d’une opération Nigéria – États-Unis dans le bassin du lac Tchad, mais la menace de l’ISSP reste intacte dans le nord-est malien, notamment dans les localités des « 3 T » et Labbezanga, où le contrôle territorial et l’influence sur les groupes armés locaux perdurent.

L’ISSP reste un acteur central du nord-est malien, utilisant la focalisation médiatique sur le JNIM et le FLA pour renforcer sa position, contrôler les populations et exercer une pression continue sur les forces maliennes. Son organisation territoriale et ses opérations montrent que la menace est enracinée. D’où la nécessité d’accentuer la pression dans certaines zones stratégiques, notamment la frontière nigéro-malienne.

Assemblée générale de l’OMS : Financement sous tension et alertes sanitaires

L’Assemblée mondiale de la santé se tient à Genève du 18 au 23 mai 2026. Le retrait américain, les coupes budgétaires, Ébola et le hantavirus marquent fortement cette session consacrée aux priorités mondiales.

La soixante-dix-neuvième Assemblée mondiale de la santé réunit les États membres dans un contexte institutionnel délicat pour l’Organisation mondiale de la santé. L’agenda officiel couvre les finances, l’accord pandémique, la réforme de la réponse aux urgences, la résistance antimicrobienne, l’immunisation, la santé mentale, les maladies transmissibles, les maladies non transmissibles, ainsi que les liens entre climat, qualité de l’air, énergie et santé. Ces dossiers prennent un relief particulier depuis le retrait des États-Unis, formalisé en janvier 2026, qui prive l’organisation d’un contributeur majeur.

La contrainte se traduit déjà dans les moyens humains. Selon des documents cités par Reuters, l’OMS prévoit une réduction de 2 371 postes d’ici juin 2026, sous l’effet combiné des coupes, des départs et des restructurations. Cette réorganisation intervient alors que l’institution reste sollicitée pour l’alerte, l’appui technique, la coordination transfrontalière et l’accompagnement de pays dont les systèmes de santé s’appuient sur ses protocoles, ses formations et ses données.

L’urgence la plus visible vient d’Afrique centrale. Le 16 mai, l’OMS a classé l’épidémie d’Ébola Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale. La base officielle retenue par l’OMS faisait état au 16 mai de 8 cas confirmés en RDC, 246 cas suspects et 80 décès suspects en Ituri, ainsi que deux cas confirmés à Kampala chez des personnes venues de RDC.

La souche Bundibugyo complique la riposte, faute de vaccin ou de traitement spécifique approuvé comparable aux outils disponibles contre Ébola-Zaïre. Les priorités restent la recherche des contacts, l’isolement, la protection des soignants, les enterrements sécurisés et l’information communautaire.

Le hantavirus lié au navire MV Hondius illustre un autre enjeu, celui de la mobilité internationale. Il n’est pas clairement listé comme point central officiel de l’ordre du jour, mais l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) recensait au 15 mai onze cas, dont huit confirmés, deux probables et un inconclusif. Entre foyers locaux, voyages et financement durable, l’Assemblée interroge la capacité collective à contenir rapidement les menaces émergentes. Pour les délégations, l’enjeu consiste à préserver une coordination opérationnelle malgré des ressources resserrées et les attentes croissantes des populations exposées aux crises sanitaires partout dans le monde.

Mali Digital Awards : Vers l’accélération des impacts

Depuis 2021, Mali Digital Awards se veut une plateforme d’expression de l’innovation et de la création afin de transformer les idées en solutions concrètes. Pour sa sixième édition, la plateforme de rencontres entend ouvrir une nouvelle ère en offrant aux meilleures idées un espace de structuration et un accès aux investissements.

Le Mali veut faire de la transformation numérique un levier stratégique pour son développement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Mali Digital Awards (MDA), qui réunit chaque année les acteurs du secteur. Pour cette sixième édition, dont le thème est « Génération Innovation : révéler les talents qui bâtissent le Mali de demain », MDA met l’accent sur la structuration et l’accompagnement des talents, à travers un dispositif de compétition et d’incubation, en lien avec la rencontre des décideurs publics et privés.

Nouvelle ère

Depuis son lancement, MDA a formé environ 3 000 jeunes grâce à des ateliers gratuits sur le numérique. Plusieurs talents ont également été récompensés. Toutefois, les fonds mobilisés se sont souvent révélés insuffisants pour permettre un développement significatif des projets détectés. C’est pourquoi, afin de générer davantage d’impact, MDA a mis en place Mali Digital Accelerator, une structure dédiée à la détection, à l’accompagnement et à la maturation des projets innovants. Au-delà du repérage des initiatives à fort potentiel, Mali Digital Accelerator renforcera les capacités entrepreneuriales des structures afin de faciliter leur intégration dans un écosystème numérique où l’État ambitionne d’investir 43,35 milliards de francs CFA pour renforcer le réseau de télécommunications.

Triple lauréat de MDA, Housseyn Soukouna est promoteur du projet « Sankadie », un centre commercial digital où fournisseurs et clients peuvent se retrouver facilement, quelle que soit la distance. L’application, conçue pour faciliter les échanges, mobilise des technologies utilisées par de grands acteurs du secteur (notamment Amazon) et vise à tirer profit du statut de « hub commercial » dont dispose le Mali.

Si des partenariats existent déjà pour ce projet, les défis demeurent. Parmi eux, la situation que traverse le pays, les difficultés d’accès à l’électricité et des contraintes logistiques. En plus des produits courants, la plateforme envisage de développer des services, notamment dans l’accès à la santé. Elle prévoit surtout Sankadie Académie, afin de permettre aux étudiants, une fois leurs cursus achevés, d’intégrer un travail en alternance et d’obtenir ainsi une qualification – un besoin qui fait encore défaut à de nombreux jeunes.

Bien que le MDA constitue aussi un tremplin pour Sackotech, un système d’alarme intelligent conçu par Amadou Sacko, le projet nécessite des financements pour passer à une nouvelle étape, à savoir une production à grande échelle et le partage de compétences.

Pôle de lutte contre la cybercriminalité : la chambre criminelle tient sa première session

La mise en œuvre des nouvelles réformes juridiques relatives à l’opérationnalisation des chambres criminelles se poursuit. Après les Tribunaux de grande instance des communes V, III et IV du district de Bamako, ainsi que de Sikasso, c’était au tour du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité d’ouvrir la session inaugurale de sa chambre criminelle ce 21 mai 2026. Quatre affaires étaient inscrites au rôle, pour 8 accusés, poursuivis notamment pour injures et atteintes à la sûreté de l’État.

Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a tenu sa première session de sa chambre criminelle le 21 mai 2026, en présence du ministre de la Justice. Cette session marque le début d’une gestion plus efficace des dossiers et constitue une étape décisive pour réduire les lourdeurs des cours d’assises.
Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité joue un rôle important dans la pacification du cyberespace, a souligné le ministre de la Justice, Mamoudou Kassogué, à l’ouverture de la session. Compte tenu de l’ampleur de la présence des médias sur cet espace, son assainissement est indispensable.
Plus de célérité
« Le pôle a abattu un travail remarquable. Les infractions constatées avec acuité diminuent », a déclaré le ministre de la Justice, estimant que nos valeurs sociétales doivent être préservées sur cet espace.
Cette opérationnalisation vise à rendre la justice dans des délais raisonnables et à rapprocher davantage la justice des justiciables, ce qui permet également de remédier aux lourdeurs constatées lorsque les dossiers relevaient des cours d’assises.
Cette journée est le signe d’un renouveau de la justice, a déclaré pour sa part le Dr Adama Coulibaly, Procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Elle permettra « plus de célérité, le respect des droits des parties et la garantie de procès équitables dans les conditions et délais raisonnables ». Cette œuvre commune, à laquelle participent les avocats et les autres acteurs de la justice, constitue un début pour assainir le cyberespace.
Au rôle de l’audience inaugurale figuraient 4 dossiers, avec 8 accusés, poursuivis pour injures et menaces sur les systèmes d’information, atteintes à la sûreté de l’État, ainsi que pour ententes en vue de commettre des infractions informatiques.
Au cours de l’année 2025, 1 388 procédures ont été traitées, a rappelé le Procureur. À ce jour, 8 personnes seulement sont sous mandat de dépôt. Parmi ces procédures, 200 ont été initiées par le parquet, tandis que 81 dossiers sont en instance de jugement.

Birahim Soumaré: « L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique ».

Birahim Soumaré, ancien diplomate nous donne son analyse sur les recompositions diplomatiques en Afrique et leur repercussion sur l’unité africaine. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

Comment analysez-vous les recompositions diplomatiques actuelles sur le continent africain ?

Elles traduisent, selon moi, une profonde mutation des relations internationales africaines, particulièrement visible dans le Sahel central. Le discours souverainiste, tant sur le plan politique que militaire, trouve aujourd’hui un fort écho au sein des sociétés africaines. Cette dynamique s’accompagne d’une volonté de construire des capacités de défense et de sécurité moins dépendantes des dispositifs occidentaux.

Les tensions entre certains États africains et les organisations régionales traduisent-elles une crise de l’intégration africaine ?

L’intégration africaine montre aujourd’hui certaines limites. Si l’idéal d’intégration demeure partagé, sa forme actuelle est contestée, notamment en raison de mécanismes de gouvernance jugés déséquilibrés et du soupçon d’influences extérieures. Les enjeux sécuritaires accentuent ces contradictions : les priorités de défense et de souveraineté prennent souvent le dessus sur l’intégration économique et la libre circulation. En Afrique de l’Ouest, par exemple, la CEDEAO a été pensée avant tout comme un espace d’intégration économique, alors que les défis sécuritaires se sont imposés par la suite, sans réponse adaptée.

L’Union africaine dispose-t-elle encore des moyens politiques nécessaires pour préserver l’unité du continent ?

L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique. Les divergences politiques entre États membres, ainsi que leurs alliances extérieures, empêchent souvent l’adoption de positions communes claires sur les grands enjeux internationaux.