Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi

N’golo Diarra : « Aucune portion du territoire ne doit être laissée à l’ennemi »

Depuis le 4 juillet 2026, Anéfis est au cœur d’une nouvelle séquence sécuritaire dans le nord du Mali, après des attaques menées par des groupes armés contre les positions de l’armée. En réponse, les Forces armées maliennes ont lancé des contre-offensives pour reprendre l’initiative et consolider le contrôle de cette localité stratégique. Pour Dr N’golo Diarra, enseignant-chercheur et spécialiste des relations internationales, de la diplomatie et de la géopolitique des conflits armés, cette situation traduit surtout la volonté de l’État malien de réaffirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national.

Quelle lecture faites-vous de la situation sécuritaire en cours à Anéfis, dans un contexte où le Mali reste confronté à la pression des groupes armés ?

Il faut rappeler que le Mali revient de très loin dans cette lutte contre le terrorisme. À un moment donné, le pays avait perdu le contrôle d’une très grande partie de son territoire. Aujourd’hui, avec la réorganisation et la montée en puissance des forces armées, l’État est parvenu à reprendre l’initiative sur plusieurs fronts. Mais tous les observateurs s’accordent à dire que le pays reste confronté au harcèlement des groupes terroristes et de leurs soutiens.

Que traduit, selon vous, la contre-offensive engagée par l’armée malienne face à ces attaques ?

Cette contre-offensive montre la détermination de l’armée à assumer ses missions essentielles : défendre l’intégrité du territoire, protéger les personnes et sécuriser leurs biens. La paix totale ne peut pas encore être proclamée sur toute l’étendue du territoire national, mais l’armée envoie un message clair : le reste du pays appartient à l’État malien et aucune portion du territoire ne doit être laissée à l’ennemi.

Pourquoi Anéfis occupe-t-elle une place aussi stratégique dans le rapport de force entre l’État malien et les groupes armés?

Au-delà de sa position géographique, cette localité représente un enjeu politique et militaire. Les mouvements indépendantistes et leurs soutiens cherchent à s’appuyer sur certaines zones pour maintenir une capacité de pression sur l’État malien. C’est dans cette logique qu’ils invoquent souvent le droit des peuples à l’autodétermination.

Comment comprenez-vous cette référence au droit à l’autodétermination ?

C’est un argument que ces mouvements utilisent pour tenter de légitimer leurs revendications. Mais, dans les faits, pour revendiquer un territoire, il faut d’abord chercher à en contrôler une partie. C’est précisément ce que ces groupes essaient de faire. En face, l’État malien agit pour déjouer ce plan, réaffirmer sa souveraineté et ramener l’ensemble du territoire dans le giron national.

OTAN : Ankara consacre le réarmement européen

Réunis les 7 et 8 juillet 2026 à Ankara, les dirigeants de l’OTAN devaient consolider l’aide à l’Ukraine et l’effort de réarmement des alliés. Le sommet a inscrit désormais plus clairement les alliés européens de l’OTAN et le Canada au centre d’un effort militaire que Washington ne veut plus porter seul.

Le texte préparé devait réaffirmer l’article 5, désigner la Russie comme menace durable pour la sécurité euro-atlantique, et rappeler que l’Iran ne doit pas accéder à l’arme nucléaire. Ce cadre diplomatique compte, mais il ne constitue pas le cœur du rendez-vous. L’enjeu d’Ankara était de transformer une solidarité stratégique proclamée en capacités financées et produites.

Le mouvement a été accéléré par les États-Unis. Washington a lancé une revue de sa présence militaire en Europe, annoncé des retraits de troupes et réduit certains moyens prévus pour le modèle de forces de l’OTAN. La garantie américaine reste centrale, mais le message envoyé aux alliés est net. La défense conventionnelle du continent devra reposer sur une contribution européenne plus lourde.

Financement 

L’Ukraine sert de test immédiat. Les alliés devaient confirmer une enveloppe de 70 milliards d’euros en équipements, assistance et formation militaires pour 2026, avec un niveau au moins équivalent en 2027. Le point décisif est la répartition de l’effort. Ce financement doit être porté surtout par les alliés européens de l’OTAN et le Canada, sans contribution directe attendue des États-Unis.

Ankara n’a pas jugé seulement la volonté politique des membres. Le sommet a mesuré leur capacité à produire. Munitions, défense antiaérienne, drones, effectifs, stocks, achats communs et chaînes industrielles sont les vrais indicateurs du réarmement. Mark Rutte, le Secrétaire général de l’OTAN, a voulu montrer que la hausse des budgets se transformait en contrats, en livraisons et en dissuasion crédible.

Cette conversion est inégale. La Pologne, l’Allemagne et les pays baltes avancent sous la pression directe de la menace russe. D’autres alliés composent avec leurs déficits, leurs opinions publiques et leurs priorités sociales. Le risque n’était donc pas l’absence d’annonces, mais l’écart entre l’argent promis et les capacités réellement disponibles.

Pour la Turquie, pays hôte, le sommet offrait aussi une vitrine. Ankara met en avant son industrie de défense et sa position entre Mer Noire, Russie, Europe et Moyen-Orient. Le réarmement européen ne sera donc pas seulement l’affaire de l’Union européenne.

Ankara a consacré une bascule déjà engagée. L’OTAN reste transatlantique, mais sa crédibilité militaire dépendra désormais davantage de la capacité européenne à financer, produire et durer.

Moyen-Orient : l’escalade militaire entre Washington et Téhéran fait au moins 14 morts en Iran

Les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont franchi un nouveau cap après une série de frappes américaines menées dans la nuit du 8 au 9 juillet contre des installations militaires iraniennes. Selon Téhéran, ces bombardements ont fait au moins 14 morts et 78 blessés, tandis que les deux pays échangent accusations et menaces, faisant craindre une aggravation du conflit au Moyen-Orient.

Une nouvelle série de frappes américaines a visé plusieurs installations militaires iraniennes dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 juillet, marquant une nouvelle phase de l’escalade entre Washington et Téhéran. Selon le Commandement central américain (CENTCOM), les opérations ont ciblé plus de 80 objectifs militaires, notamment des bases de missiles, des infrastructures navales, des systèmes de défense aérienne, des radars et des installations de drones. Washington affirme avoir agi en représailles aux attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et assure que son objectif est de préserver la liberté de navigation dans cette zone stratégique.

Les autorités iraniennes ont dénoncé une « agression » contre leur souveraineté et une violation du droit international. Parmi les victimes figureraient huit militaires, d’après des responsables iraniens.

En riposte, l’Iran a lancé des missiles et des drones contre des installations militaires américaines situées au Qatar, au Bahreïn et au Koweït. Les autorités américaines ont indiqué qu’aucun décès n’avait été enregistré parmi leurs forces, tout en affirmant que leurs capacités militaires dans la région restaient intactes.

Sur le plan politique, le président américain Donald Trump a estimé que le cessez-le-feu conclu quelques semaines plus tôt avec Téhéran était désormais « terminé » et a averti que de nouvelles frappes pourraient être menées si les attaques iraniennes se poursuivaient. De son côté, l’Iran affirme se réserver le droit de répondre à toute nouvelle offensive américaine.

Cette nouvelle confrontation ravive les inquiétudes de la communauté internationale, alors que le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une part importante du commerce mondial de pétrole, demeure au cœur des tensions. Les appels à la désescalade se multiplient, mais la reprise des hostilités fait craindre un élargissement du conflit à l’ensemble de la région.

Sierra Leone : Désarmer pour reconstruire

La Sierra Leone est l’un des exemples africains les plus utiles pour comprendre comment le contrôle des armes légères peut accompagner une sortie de crise. Après une guerre civile meurtrière achevée en 2002, le pays a fait du désarmement un levier de sécurité, mais aussi de reconstruction sociale.

La première phase a été massive. En janvier 2002, la fin officielle de la guerre a été précédée par le désarmement d’environ 45 000 combattants, dont 6 774 enfants soldats. Les opérations menées entre 1998 et 2002 ont aussi permis de collecter environ 25 000 armes de petit calibre, 1 000 armes légères et près d’un million de munitions. Ces chiffres donnent la mesure d’un processus qui visait autant les hommes en armes que les instruments de la violence.

Mais l’expérience sierra-léonaise ne s’est pas limitée à une collecte sécuritaire. Avec le programme Arms for Development, soutenu par le PNUD, la remise volontaire des armes a été liée à des bénéfices communautaires. Les chefferies déclarées sans armes pouvaient recevoir un appui pour financer des projets choisis localement, comme des écoles, des marchés ou des centres communautaires. La remise des armes devait ouvrir un chemin vers la reconstruction, pas seulement répondre à une exigence de sécurité.

Confiance locale

La méthode reposait sur la confiance locale. Les autorités traditionnelles, les comités communautaires et la police participaient à la vérification et au suivi. Les communautés devenaient actrices du processus, ce qui réduisait le sentiment de risque individuel et donnait une visibilité concrète aux dividendes de la paix.

L’autre leçon vient du soutien international. L’ONU a accompagné la transition du maintien de la paix vers la consolidation de la paix, avec des appuis à la gouvernance, à la justice, à l’emploi des jeunes et au renforcement institutionnel. Le désarmement a donc été intégré à une reconstruction plus large.

Cette dynamique s’est prolongée dans un cadre plus structuré. Le Plan national 2025-2029 sur la gestion des armes et munitions, élaboré avec l’appui technique du Small Arms Survey et de MAG, a inscrit ce travail dans un cadre national plus large, selon une démarche méthodique allant du diagnostic à la stratégie, puis au plan opérationnel, à la validation et au suivi.

La Sierra Leone n’a pas effacé tous les trafics. Mais son expérience montre qu’un contrôle durable combine collecte, destruction, marquage, stockage sécurisé, développement local et institutions capables de maintenir la confiance.

Armes légères : Le défi du contrôle

Le 9 juillet, Journée internationale de destruction des armes légères, intervient cette année au Mali dans une atmosphère sécuritaire lourde, quelques jours après les attaques coordonnées du 4 juillet. Cette date rappelle l’urgence de retirer des circuits des armes dont la prolifération nourrit les violences, les trafics et la peur.

Confronté à une crise profonde depuis plus d’une décennie, le Mali mesure le poids des armes légères sur la sécurité et la cohésion sociale. Les attaques coordonnées du 25 avril, puis celles du 4 juillet contre Aguelhoc, Anéfis, Gao, Sévaré et Kéniéroba, rappellent l’ampleur du défi. Elles relèvent d’une combinaison de facteurs, entre planification, mobilité, renseignement, ressources logistiques et disponibilité d’armes portables. De plus, elles illustrent aussi le rôle des armes légères et des munitions dans la capacité des groupes armés à frapper sur plusieurs fronts, intimider les populations et contester des espaces.

Les armes légères dépassent le statut d’objets saisis lors d’opérations ou déposés pendant des campagnes de sensibilisation. Fusils détournés, armes de guerre, munitions informelles ou armes artisanales produites localement nourrissent une réalité complexe. Leur prolifération alimente la criminalité armée, les conflits communautaires, l’autodéfense et la capacité d’action des groupes armés. Dans les classifications internationales, elles renvoient à des armes portables, utilisées par une personne ou une petite équipe. Dans le cas malien, la distinction est essentielle entre armes détenues légalement, armes illicites, armes artisanales et armes détournées des zones de conflit.

Traçabilité

Cette précision compte, car le contrôle couvre plusieurs catégories : détenteurs autorisés, circuits clandestins, stocks publics ou privés, fabricants artisanaux et munitions. Les estimations disponibles restent fragiles et anciennes. Le Small Arms Survey évaluait en 2017 à environ 206 000 le nombre d’armes à feu détenues par des civils au Mali, soit 1,1 arme pour 100 habitants. Ce chiffre, antérieur aux évolutions sécuritaires récentes, sert surtout de repère. Il montre que la question dépasse les seules armes saisies ou déposées volontairement. Faute de données récentes, l’écart entre stocks estimés, armes enregistrées et armes illicites reste difficile à apprécier.

Le cadre juridique national repose notamment sur la loi n°2021-028 du 31 mars 2021, qui régit les armes et munitions. Elle encadre la détention, le port, la fabrication, le commerce, l’importation et l’exportation. S’y ajoutent les instruments onusiens de contrôle et de traçage, ainsi que le Traité sur le commerce des armes. L’ancienne Convention de la CEDEAO a longtemps constitué un cadre régional de référence, mais le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, effectif depuis le 29 janvier 2025, impose une coopération sahélienne renouvelée. Les instruments internationaux insistent sur le marquage, l’enregistrement et le traçage pour limiter les détournements.

L’un des instruments les plus visibles est le permis biométrique. Il vise à mieux savoir qui détient quelle arme, sous quelle autorisation et dans quelles conditions. Cette traçabilité peut aider à distinguer les détenteurs autorisés des circuits clandestins, à condition que les fichiers soient fiables, les contrôles réguliers, les services coordonnés et les moyens suffisants. Le contrôle administratif est nécessaire, mais son efficacité dépend aussi de la présence de l’État, de l’accès au terrain et de l’adhésion des populations. Cette chaîne de traitement compte autant que la saisie, car une arme mal suivie peut redevenir une menace.

Bilan

Les résultats publics de 2024 montrent une action réelle. Selon le bilan du Secrétariat permanent, 490 armes et 1 915 munitions ont été saisies. À ces chiffres s’ajoutent 78 armes et 2 686 munitions déposées volontairement. Ces données traduisent des efforts concrets, tout en rappelant l’ampleur du chantier. Une arme saisie réduit un risque immédiat. Une arme déposée volontairement indique un début d’adhésion. Ces deux actions donnent toutefois une image partielle du volume réel des armes en circulation et des motivations de ceux qui les conservent.

La crédibilité du dispositif dépend aussi du traitement réservé aux armes récupérées. Dans ses rapports transmis au Programme d’action des Nations unies, le Mali indique que les armes collectées sont marquées, enregistrées puis détruites. La méthode privilégiée reste la découpe à l’aide d’une cisaille hydraulique, afin d’éviter qu’une arme saisie, déposée ou récupérée ne retourne dans les circuits de violence.

Pour Ahmed Ag Abdoulaye, analyste des dynamiques de conflit, les armes légères constituent une ressource critique pour les groupes armés. « Dans la relation entre groupes armés et réseaux criminels, ce sont généralement ces derniers qui sont les pourvoyeurs d’armes, notamment les armes légères », explique-t-il. La multiplication des foyers de conflit en Afrique facilite selon lui cette circulation, notamment dans les espaces marqués par la porosité des frontières et l’activité des réseaux criminels. Ces armes donnent aux groupes armés une capacité opérationnelle, mais aussi un pouvoir d’intimidation. « Elles sont des instruments de contrôle social et territorial », affirme-t-il. Dans certaines zones sahéliennes, ajoute-t-il, des armes peuvent même circuler dans des systèmes de troc où le bétail volé sert de monnaie d’échange.

Confiance

La difficulté tient à cette imbrication entre insécurité, trafics, tensions locales et peurs. Là où la protection publique est jugée insuffisante, l’arme peut devenir une assurance. Elle rassure, dissuade, protège ou donne le sentiment de pouvoir faire face à une menace. Cette dimension humaine explique la délicatesse des dépôts volontaires. Une population qui se sent seule face au danger hésite naturellement à remettre ce qu’elle considère comme son dernier moyen de protection.

Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques de conflits au Sahel, replace cette question au cœur de la gouvernance. Selon lui, la prolifération des armes légères « reflète un affaiblissement du lien de confiance entre certaines communautés et les institutions chargées de leur protection ». Depuis 2012, la perception d’une présence sécuritaire insuffisante a poussé certains groupes à s’organiser pour leur propre défense, alimentant la demande d’armes hors des circuits officiels. « Les réponses militaires et administratives seules ne suffiront pas », estime-t-il. La réduction durable de la prolifération passe, selon lui, par une présence de l’État respectueuse des populations, l’accès équitable à la justice, la lutte contre l’impunité et la correction des injustices sociales.

Le Plan d’action national 2026-2030 doit répondre à cette complexité. Validé en décembre 2025, il vise à renforcer coordination, sensibilisation, traçabilité, gestion des stocks, contrôle des détenteurs et prévention des violences. Les documents associés évoquent un registre des armes, la cartographie des fabricants artisanaux, des procédures opérationnelles normalisées et une stratégie de communication. L’enjeu est de sortir de la logique du coup par coup pour inscrire la lutte contre les armes légères dans une politique suivie, mesurable et adaptée aux réalités locales.

Prévention

Les avancées de 2025 montrent que l’approche s’élargit. Avec l’appui du projet SALIENT, du PNUD et du Bureau des affaires de désarmement des Nations unies, plus de 5 000 acteurs communautaires et institutionnels ont été formés. 12 plans communaux de sécurité ont été validés, 12 comités de gestion des conflits mis en place, 1 guide sur les armes artisanales élaboré, 3 antennes du SP-CNLP (Secrétariat permanent de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre) opérationnalisées et un cadre Mali – Niger – Burkina Faso instauré.

Reste l’impact quotidien, souvent moins visible que les bilans des saisies. Les armes ferment des marchés, déplacent des familles, perturbent l’école, fragilisent l’élevage et empoisonnent les relations entre communautés. Non seulement elles détruisent des vies, mais aussi et surtout elles abîment les économies locales et la confiance nécessaire au vivre-ensemble.

Le pari du contrôle est donc sécuritaire, social et politique. Il vise à empêcher les armes de nourrir le terrorisme, la criminalité et les violences locales, tout en comprenant pourquoi des citoyens gardent une arme. À l’épreuve du terrain, les saisies, les dépôts volontaires et la destruction des stocks récupérés restent indispensables, mais ils suffisent rarement à contenir durablement leur circulation. La confiance envers les institutions, l’accès à la justice, la présence publique dans les zones exposées et la réduction des facteurs qui entretiennent la demande d’armes demeurent tout aussi décisifs.

Sécurité routière : les mauvais comportements au cœur des accidents

 La 22e Semaine nationale de la sécurité routière, ouverte le 29 juin 2026, place l’occupation anarchique du domaine public routier au centre du débat. Ce thème renvoie à une réalité quotidienne où trottoirs, chaussées, carrefours et gares routières deviennent des zones de conflit entre piétons, deux-roues, tricycles, voitures, transporteurs et activités commerciales.

Organisée du 29 juin au 4 juillet par le ministère des Transports et des Infrastructures, à travers l’Agence nationale de la sécurité routière, cette édition s’accompagne d’actions de sensibilisation et de sommation menées à Bamako par des équipes mixtes de l’ANASER, de la Police nationale et des services d’urbanisme. Elle intervient aussi après le lancement, le 15 juin, de l’opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues, destinée à identifier les motos et tricycles circulant sans plaque et à renforcer le suivi des véhicules les plus nombreux dans la circulation urbaine.

Les statistiques de 2025 donnent la mesure de l’urgence. Selon les données validées par l’ANASER à partir des chiffres de la police et de la gendarmerie, le Mali a enregistré 7 691 accidents et 9 511 victimes, dont 8 863 blessés et 648 tués. En 2024, le pays avait compté 7 673 accidents, 9 510 victimes, 8 828 blessés et 682 décès. La mortalité recule, mais le nombre d’accidents et de blessés reste presque inchangé. La route continue donc d’endeuiller des familles, de remplir les urgences hospitalières et de réduire la capacité de travail de milliers de ménages.

Facteurs humains

La route malienne tue d’abord par les mauvais comportements. Vitesse excessive, dépassements dangereux, téléphone au volant, non-respect des feux tricolores, circulation en sens interdit, arrêts gênants, surcharge et conduite sans maîtrise reviennent dans les constats des acteurs de la sécurité routière. Dans les villes comme sur les axes interurbains, la vitesse reste l’un des facteurs les plus redoutés, parce qu’elle transforme l’erreur en choc grave et réduit les chances de survie des piétons, des passagers et des motocyclistes.

L’axe Bamako-Ségou demeure l’un des couloirs les plus sensibles. Les cars de transport en commun y sont régulièrement cités après des accidents graves. Des transporteurs dénoncent aussi la logique de la « course à la prime », qui récompense certains chauffeurs selon le nombre de rotations effectuées. Dans un tel système, la rapidité prend le dessus sur le repos, la prudence et le respect des horaires sûrs. Des acteurs du secteur plaident pour une prime à la conduite sans accident, afin de valoriser les chauffeurs les plus prudents, de limiter la fatigue au volant et de responsabiliser les compagnies sur la gestion de leurs équipages.

Les deux et trois roues occupent une place centrale dans l’insécurité routière. Motocyclettes, tricycles et motos-taxis sont devenus indispensables à la mobilité urbaine, mais leur usage reste faiblement encadré. Beaucoup circulent sans plaque, d’où l’opération spéciale d’immatriculation lancée en juin 2026. La réglementation impose aussi le port du casque aux conducteurs et passagers de motocyclettes, vélomoteurs et cyclomoteurs. Le décret publié en 2023 sanctionne le non-respect du port du casque par une amende de 15 000 francs CFA.

Malgré cette obligation, le casque reste rare dans la circulation ordinaire. L’ANASER indiquait que la sensibilisation a permis de faire passer le taux de port du casque de 20 % à 60 % chez les conducteurs de moto-taxis et tricycles, contre un taux national de 9 %. L’enjeu est vital. Selon l’Organisation mondiale de la santé, un casque sûr et correctement porté réduit le risque de décès de plus de six fois et le risque de lésion cérébrale jusqu’à 74 %. Cette donnée rappelle que la prévention ne relève pas seulement du civisme, mais aussi de gestes simples capables de sauver des vies.

L’occupation anarchique du domaine routier complète ce tableau. À Bamako, des étals débordent sur les chaussées, des matériaux de construction occupent les trottoirs, des véhicules stationnent en double file et des deux-roues se faufilent dans les carrefours saturés. Les piétons sont parfois contraints de marcher sur la chaussée, pendant que les motocyclistes contournent les obstacles et que les automobilistes se disputent des voies rétrécies. La rue cesse alors d’être un espace organisé de circulation. Elle devient un parcours d’évitement permanent. La vétusté d’une partie du parc automobile, avec des véhicules mal entretenus, sans éclairage fiable ou avec des freins défaillants, renforce encore la vulnérabilité des usagers.

Conséquences irréversibles

Derrière les chiffres, la route laisse des familles brisées. Mohamed Ali Cissé, président de l’Association des encadreurs d’enfants, s’est engagé dans la sécurité routière après avoir assisté à la mort d’un enfant devant une école de Dravéla, en Commune III du District de Bamako. « C’est un taxi qui a percuté un écolier et l’a traîné sur environ 15 m », raconte-t-il. L’enfant est décédé à l’entrée de l’hôpital. Depuis, son association intervient aux abords des établissements scolaires pour aider à protéger les élèves, organiser les traversées et rappeler aux conducteurs que les abords des écoles exigent une vigilance particulière.

Les enfants, les personnes âgées, les piétons et les personnes à mobilité réduite figurent parmi les usagers les plus exposés. Les jeunes actifs et les chefs de famille paient aussi un lourd tribut, avec des conséquences directes sur les revenus des ménages. Une blessure grave peut immobiliser un travailleur, priver une famille de ressources, imposer des dépenses médicales et ouvrir une longue période de dépendance. Les accidents coûtent à la plupart des pays environ 3 % de leur produit intérieur brut, selon les références internationales de sécurité routière. De plus, les pertes peuvent être plus lourdes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Le système hospitalier subit cette pression au quotidien. Au CHU Gabriel Touré de Bamako, le directeur général indiquait en novembre 2025 que 70 % des admis au service des urgences étaient des accidentés de la route. Ce chiffre dit la place prise par les traumatismes routiers dans les urgences, la chirurgie, la traumatologie et les soins de rééducation. Il dit aussi la charge supplémentaire supportée par les familles, les soignants et les structures déjà sollicitées par d’autres urgences médicales.

Pistes de solutions

Pourtant, les réponses existent, mais elles exigent une continuité. La sensibilisation reste utile, surtout lorsqu’elle touche les écoles, les gares routières, les syndicats de transport, les conducteurs de deux-roues et les quartiers commerçants. Elle ne suffit pas sans contrôle. L’application des textes sur le port du casque, le téléphone au volant, les plaques d’immatriculation, la surcharge, les arrêts gênants et l’occupation illicite des voies doit devenir régulière et lisible pour les usagers. La sanction doit être connue, appliquée et comprise comme un outil de protection, non comme une formalité administrative.

Les infrastructures comptent autant que les comportements. Des routes sans signalisation, sans marquage, sans passages piétons protégés ou sans éclairage augmentent le risque. Lorsqu’elles existent, les chaussées sont souvent détournées de leur usage par le commerce, le stationnement ou les dépôts de matériaux. Les nouvelles routes doivent intégrer des espaces séparés pour piétons, deux-roues, transports collectifs et véhicules particuliers. Les carrefours, les abords des écoles, les marchés et les gares doivent aussi devenir des points prioritaires de contrôle et d’aménagement.

Le secteur des motos-taxis et des tricycles demande un encadrement spécifique, avec immatriculation, formation, identification des conducteurs et règles de circulation. Le transport collectif doit aussi être repensé pour réduire la dépendance aux déplacements individuels. Le plan de mobilité annoncé par le ministère des Transports peut servir de cadre, à condition d’associer sécurité, transport public, signalisation, contrôle technique, discipline des opérateurs et partage clair de l’espace routier.

La sécurité routière ne dépend donc pas d’une seule campagne annuelle. Elle suppose une nouvelle culture de la route, où l’État contrôle, où les transporteurs assument leurs responsabilités, où les communes libèrent les voies et où les usagers acceptent que la prudence n’est pas une contrainte, mais une condition de survie.

 

Femafoot : les premiers entraîneurs de gardiens de but certifiés au Mali

La Fédération malienne de football (Femafoot) a procédé, vendredi 3 juillet 2026 à son siège de Bamako, à la remise des attestations aux participants de la première formation nationale destinée aux entraîneurs spécialisés des gardiens de but. Organisée du 6 au 11 avril 2026, cette initiative marque une étape importante dans la professionnalisation de l’encadrement technique du football malien.

 

La cérémonie de remise des attestations a réuni les responsables de la Femafoot, les encadreurs de la formation ainsi que les stagiaires venus recevoir leur certification.

Dans son intervention, le directeur technique national, Ousmane Guindo, a rappelé que cette formation répond à une volonté de renforcer les compétences des acteurs du football national et d’adapter l’encadrement technique aux exigences du football moderne.

Selon lui, la spécialisation des entraîneurs des gardiens de but est devenue indispensable, dans un contexte où ce poste exige désormais des compétences techniques, tactiques, physiques et mentales spécifiques.

« Autrefois, les formations étaient principalement assurées par la FIFA. Aujourd’hui, nous avons jugé nécessaire de lancer cette formation au Mali afin de réduire notre retard et de disposer de spécialistes capables d’accompagner le développement de notre football », a-t-il expliqué.

Une formation alliant théorie et pratique

Durant six jours, les stagiaires ont bénéficié d’enseignements théoriques et pratiques portant notamment sur le profil de l’entraîneur des gardiens de but, les qualités requises pour exercer cette fonction, le profil du gardien moderne, les techniques fondamentales du poste ainsi que la préparation physique et mentale.

Le directeur technique national a également insisté sur la place stratégique du gardien de but au sein d’une équipe.

Selon lui, ce poste représente près de 60 % de la performance collective, d’où la nécessité de disposer d’entraîneurs qualifiés capables d’assurer une préparation adaptée.

Il a enfin annoncé que d’autres sessions de formation seront organisées afin de poursuivre la professionnalisation des encadreurs techniques et de mettre en place une véritable catégorisation des entraîneurs spécialisés.

Présidant la cérémonie, le président de la Femafoot a rappelé que le renforcement des ressources humaines constitue l’une des priorités de l’instance dirigeante.

Il a salué le travail des formateurs ainsi que l’engagement des stagiaires, tout en soulignant que cette certification ne doit pas constituer une finalité.

« Cette formation doit servir le football malien. Les connaissances acquises doivent être transmises sur les terrains, dans les clubs et les centres de formation », a-t-il déclaré.

Le président de la Fédération a également demandé à la Direction technique nationale d’établir un répertoire des entraîneurs spécialisés déjà formés, en distinguant ceux qui exercent effectivement dans les clubs de ceux qui sont encore sans emploi.

Pour lui, il est essentiel que les techniciens formés puissent mettre leurs compétences au service du football national afin d’améliorer l’encadrement des gardiens de but.

Il a enfin encouragé les bénéficiaires à poursuivre leur perfectionnement, estimant que la formation continue demeure un levier essentiel pour accompagner la professionnalisation des clubs et élever le niveau du championnat malien.

S’exprimant au nom des bénéficiaires, Bounafou Doumbia, porte-parole des stagiaires, a remercié la Fédération malienne de football pour cette initiative inédite.

Il a souligné l’importance d’accorder une place plus importante aux gardiens de but dans les projets de développement du football malien, tout en plaidant pour la multiplication de ce type de formation afin de renforcer durablement les compétences des encadreurs techniques.

Par cette première promotion d’entraîneurs spécialisés des gardiens de but, la Femafoot franchit une nouvelle étape dans sa politique de formation et affiche son ambition de professionnaliser davantage l’encadrement technique du football malien.

Salimata Wagué

Faits contre affabulations : Réévaluation du débat sur les eaux du bassin de l’Indus

Les récentes affirmations du Pakistan, qui projettent une crise de l’eau imminente dans le bassin de l’Indus et attribuent les variations du débit des fleuves à des actions en amont, ne résistent pas à l’examen lorsque l’on analyse les propres données hydrologiques, les relevés de réservoirs et les réalités opérationnelles du Pakistan. Une évaluation plus approfondie des faits révèle une réalité bien différente — une réalité définie non pas par une pénurie systémique, mais par des flux entrants abondants, des déversements importants en aval et des limites structurelles de longue date dans la gestion de l’eau.

La caractéristique la plus marquante du cycle hydrologique de 2025 a été l’excédent substantiel de la disponibilité de l’eau pendant la saison du Kharif (d’avril à septembre). Selon les données de l’Autorité du système fluvial de l’Indus (IRSA) du Pakistan, les apports réels ont atteint environ 122,36 MAF (millions d’acres-pieds), soit près de 18% de plus que les apports prévus de près de 104 MAF pour le Kharif 2025. De fortes précipitations à travers le bassin ont également réduit la demande d’irrigation et allégé la pression sur les allocations provinciales. De telles conditions sont fondamentalement incompatibles avec des affirmations de pénuries d’eau aiguës ou artificiellement provoquées.

Une contradiction encore plus flagrante avec le récit de la pénurie réside dans la quantité extraordinaire d’eau qui s’est finalement déversée en aval de Kotri vers la mer d’Arabie. Pendant le Kharif 2025, les volumes rejetés en aval de Kotri se sont élevés à près de 30,848 MAF — soit environ 71% de plus que la moyenne des cinq dernières années, qui était de 18,034 MAF. Des rejets importants vers la mer (environ 3,6 MAF) se sont poursuivis en aval, même pendant la saison du Rabi 2025 (d’octobre à mars), période où les débits sont pourtant plus faibles. Si le bassin était véritablement confronté à une grave pénurie prétendument due à des interférences en amont, de tels volumes d’eau ne seraient pas restés inutilisés pour finir leur course dans la mer. Les données mettent plutôt en évidence les limites des infrastructures de stockage, de la gestion des crues et de l’efficacité de la distribution au sein même du bassin inférieur.

Le comportement des réservoirs au cours de la même période affaiblit un peu plus les affirmations de détresse hydrologique prolongée. Comme prévu, la saison du Kharif a débuté avec des niveaux de stockage relativement bas, un phénomène normal à moins que les réservoirs ne soient conçus pour un stockage de report d’une année sur l’autre. Par la suite, la combinaison d’apports plus élevés et d’épisodes de crues a permis de reconstituer rapidement les principaux réservoirs. En septembre 2025, les niveaux de stockage avaient atteint près de 99% de leur capacité, créant une situation de disponibilité de l’eau nettement plus favorable pour le Rabi 2025-2026.

Les perspectives pour le Kharif 2026 restent également stables. Les apports projetés aux stations de jaugeage de référence (rim-stations) s’élèvent à environ 103,3 MAF pour le Kharif 2026. Conjugués à un stockage de report estimé à environ 2,3 MAF — supérieur à la fois à l’année précédente et aux moyennes à long terme —, ces chiffres indiquent que le bassin entame son nouveau cycle dans une situation de confort hydrologique relatif plutôt que de crise.

Parallèlement, les récentes tentatives du Pakistan de présenter les fluctuations de la rivière Chenab comme une preuve de manipulations en amont ignorent à la fois les réalités hydrologiques et les pratiques opérationnelles établies des projets hydroélectriques au fil de l’eau. Les débits des cours d’eau dans les zones situées en aval, comme à Marala, sont intrinsèquement influencés par les régimes saisonniers de fonte des neiges dans l’Himalaya. Les variations des chutes de neige hivernales, une fonte tardive ou des températures printanières plus fraîches affectent naturellement les niveaux de débit en début de saison. De telles fluctuations sont une caractéristique courante des systèmes fluviaux himalayens et ne peuvent, en elles-mêmes, être interprétées comme la preuve d’une ingérence délibérée.

La dynamique opérationnelle de projets hydroélectriques tels que le projet hydroélectrique de Baglihar a également fait l’objet de fausses représentations répétées. La gestion des réservoirs dans les systèmes au fil de l’eau implique nécessairement des lâchers d’eau variables liés au dévasement (chasses de sédiments), aux exigences de maintenance, à l’optimisation de l’hydroélectricité, aux considérations de sécurité technique et aux protocoles de gestion des crues. La gestion des sédiments est particulièrement critique dans les rivières himalayennes qui charrient de lourdes charges de limon. Des ajustements opérationnels temporaires pendant les cycles de chasse ou de maintenance sont donc intrinsèques au fonctionnement du projet.

Il est important de souligner que le projet de Baglihar a déjà fait l’objet d’un examen international approfondi. Le Pakistan a lui-même invoqué les dispositions de règlement des différends du Traité des eaux de l’Indus, ce qui a conduit à la nomination d’un expert neutre conformément à l’article IX et à l’annexe F. La décision de l’expert neutre en 2007 a validé les paramètres essentiels de conception et d’exploitation du projet, rejetant la plupart des objections relatives à la retenue d’eau (pondage) et à la revanche (freeboard). Il a été confirmé que le projet était conforme aux dispositions du traité régissant le développement de l’hydroélectricité au fil de l’eau.

Tout aussi significative est l’absence de toute démonstration d’un préjudice tangible en aval découlant des prétendues variations de débit. Les allégations reposent en grande partie sur des instantanés sélectifs, des observations isolées et des récits médiatiques, plutôt que sur une analyse hydrologique rigoureuse établissant un lien de causalité, des dommages économiques ou un impact agricole quantifiable. Aucune preuve concrète n’a été apportée pour relier les variations opérationnelles des projets en amont à une détresse prolongée en aval.

De plus, les accusations de manipulation à motivation politique négligent une réalité pratique majeure : toute ingérence délibérée dans l’exploitation hydroélectrique imposerait non seulement des coûts économiques directs à l’opérateur en amont par une baisse de l’efficacité de la production d’électricité, mais pourrait également causer des dommages à long terme à la centrale. Un seul cycle de chasse pendant la saison de la mousson au barrage de Baglihar peut entraîner une perte estimée à environ 150 millions d’unités de production d’électricité et le manque à gagner financier correspondant. Ces opérations de chasse sont entreprises par l’exploitant uniquement pour des motifs techniques et de maintenance. Il est difficile de concilier des allégations de perturbation intentionnelle avec des choix opérationnels qui réduisent simultanément la production d’énergie et imposent des pertes financières.

Mis bout à bout, les faits mènent à une conclusion claire. Le bassin de l’Indus a récemment connu des apports supérieurs aux prévisions, des déversements substantiels en aval, une reconstitution rapide des réservoirs et des projections futures stables. Les variations du débit des fleuves restent parfaitement dans la limite des processus hydrologiques naturels et des opérations standard des réservoirs.

Le véritable défi auquel fait face le bassin ne réside pas dans des affirmations spéculatives de privation d’eau par l’amont, mais dans des problèmes structurels non résolus : une capacité de stockage limitée, des pressions liées à la sédimentation, une utilisation inefficace et des contraintes plus larges de gouvernance de l’eau. Externaliser ces défaillances de gestion interne à travers des récits de pénurie artificielle ne contribue en rien à résoudre les véritables défis à long terme auxquels le bassin est confronté.

Atul Jain, ancien président, Commission Centrale de l’Eau

Forum de la diaspora : le Mali lance une 2e édition axée sur l’investissement productif 

Le ministre Mossa Ag Attaher a lancé, jeudi 2 juillet à Bamako, la 2e édition du Forum international de la diaspora, prévue du 16 au 18 juillet 2026 au CICB. L’événement vise à renforcer la contribution de la diaspora malienne au développement économique, à travers l’investissement productif.

La conférence de lancement, organisée à l’hôtel Radisson Collection de Bamako, s’est ouverte par la projection d’un film promotionnel retraçant les acquis de la première édition ainsi que les ambitions de cette deuxième édition.
Cette rencontre a permis de présenter les grands axes du forum et ses principales innovations, dans un contexte où les autorités entendent mieux structurer la participation de la diaspora au développement national.

Prenant la parole, le ministre Mossa Ag Attaher a rappelé que la réussite de la première édition avait encouragé la poursuite de cette initiative.

Selon lui, cette deuxième édition vise à offrir davantage d’opportunités aux jeunes entrepreneurs, aux porteurs de projets et aux Maliens établis à l’extérieur désireux de contribuer au développement économique du pays.
Le forum s’inscrit dans plusieurs cadres stratégiques, notamment l’Agenda 2063 de l’Union africaine, la feuille de route de la Confédération des États du Sahel, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, la Vision Mali Kura Taasira ainsi que la Politique nationale de migration.
Investissements productifs
Le ministre a souligné que la diaspora constitue déjà un acteur majeur de l’économie nationale, notamment à travers les transferts financiers effectués chaque année au bénéfice des familles et des communautés.
L’enjeu actuel, selon lui, est de transformer une partie de ces contributions en investissements structurants, capables de générer des emplois, de soutenir les entreprises locales et d’accompagner durablement la croissance économique.
Il a également évoqué les acquis du premier forum, notamment la mise en place d’un guide d’investissement destiné à mieux orienter les porteurs de projets et à accompagner les Maliens établis à l’extérieur dans leurs démarches.
Selon les organisateurs, près de 700 participants sont attendus à cette édition. Ils proviendront des institutions publiques, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers, des institutions financières, des universités, de la société civile ainsi que de la diaspora.
Les travaux seront organisés autour de quatre panels consacrés aux opportunités d’investissement dans les secteurs porteurs, à la diplomatie économique et au rayonnement international du Mali. Ils porteront également sur les mécanismes de financement bancaire et financier, ainsi que sur le rôle de la diaspora dans la protection et la valorisation du capital humain.
Des rencontres d’affaires, des expositions et des sessions de réseautage sont aussi prévues en marge des panels, afin de favoriser les échanges directs entre porteurs de projets, investisseurs, institutions d’accompagnement et partenaires financiers.
Parmi les principales innovations annoncées figure la mise en place du guichet unique « Diaspora Invest », destiné à simplifier les procédures administratives, à orienter les investisseurs de la diaspora et à faciliter leur accès aux informations utiles.
Une réunion ministérielle de haut niveau réunissant les pays de l’AES et l’Organisation internationale pour les migrations est également programmée, avec l’objectif de renforcer la concertation autour des questions migratoires et de l’investissement de la diaspora.
La séance d’échanges a réuni plusieurs partenaires internationaux, notamment les représentants du Royaume du Maroc, du Sénégal, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la Tunisie, de la Banque africaine de développement au Mali ainsi que de la Chambre de commerce américaine au Mali.
Tous ont salué l’initiative et réaffirmé leur disponibilité à accompagner le processus de mobilisation de la diaspora, de promotion des investissements et de valorisation des compétences maliennes établies à l’extérieur.
En réponse, le ministre a remercié les partenaires pour leur accompagnement, tout en rappelant que la migration irrégulière demeure un défi partagé entre les pays d’origine, de transit et d’accueil.
Il a lancé un appel à l’ensemble des Maliens établis à l’extérieur, aux investisseurs et aux partenaires afin de s’inscrire dans cette dynamique de développement et de faire du forum un espace concret de projets, d’engagements et de résultats.
En misant sur l’énergie, les compétences et l’attachement de sa diaspora, le Mali espère faire de cette deuxième édition un véritable tremplin vers une prospérité partagée, durable et mieux organisée autour de l’investissement productif.
Salimata Wagué

Humanitaire : MSF alerte sur l’isolement des communautés frontalières au Mali

Dans les zones frontalières, la tension sécuritaire complique l’accès aux soins, à l’eau potable et aux services de base pour les populations locales et déplacées, selon Médecins Sans Frontières. L’organisation indique adapter ses activités face à des besoins croissants, alors que l’insécurité limite la présence des acteurs humanitaires.

Près de la frontière mauritanienne, le cercle de Nampala fait face depuis plus de deux ans à d’importants défis sécuritaires. Selon MSF, les opérations menées par l’armée malienne et ses partenaires, ainsi que les activités de groupes armés, ont perturbé les interventions humanitaires et poussé des civils à se déplacer vers le centre-ville de Nampala ou à chercher refuge en Mauritanie.
L’organisation avait suspendu ses activités en novembre 2024 après des violences contre ses équipes, avant de les relancer en mars 2025. Elle intervient aujourd’hui au centre de santé communautaire de Nampala, où elle soigne les personnes déplacées et les communautés hôtes, et mène aussi des activités dans les villages de Toulé et Touladji.
À Touladji, un éleveur cité par MSF dit avoir parcouru 25 kilomètres en charrette pour faire soigner sa femme. « Nous sommes partis à 5 heures du matin et sommes arrivés épuisés à 10 heures », rapporte-t-il, en soulignant l’absence de site de soins communautaire dans son village.
Koro face à l’afflux de réfugiés
Dans le cercle de Koro, près de la frontière burkinabè, les besoins ont aussi augmenté après des attaques contre plusieurs villages. MSF indique que plus de 7 000 réfugiés fuyant les violences au Burkina Faso sont arrivés à Koro en mai, s’ajoutant aux près de 68 000 réfugiés déjà enregistrés par le HCR.
MSF prend en charge les réfugiés burkinabè au centre de santé communautaire et à l’hôpital de Koro, tout en organisant des cliniques mobiles en périphérie. Ses équipes interviennent aussi dans des villages enclavés comme Diougani, Diankabou et Baye, où l’accès reste difficile en raison de l’insécurité. Après des attaques contre plusieurs villages de Bankass le 6 mai, l’organisation dit avoir pris en charge une vingtaine de blessés à l’hôpital de Bankass.
Entre janvier et avril, plus de 37 400 consultations ont été réalisées par les équipes de MSF dans la région. L’organisation relève toutefois que les ressources humanitaires restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins, alors que plusieurs acteurs ont réduit ou interrompu leurs activités en raison de l’insécurité et de la baisse des financements.
Koutiala, des villages frontaliers sous contrainte
La pression sécuritaire touche également des zones du sud du pays jusque-là relativement préservées. À Tiéré, dans le cercle de Molobala, région de Koutiala, MSF soutient un centre de santé local pour offrir des soins aux habitants confrontés à des difficultés d’accès aux structures médicales.
« L’ambulance du district ne vient plus à Tiéré à cause de l’insécurité », explique Ousmane Dao, assistant au coordinateur MSF. Selon lui, cette situation complique le transfert des malades vers l’hôpital de Koutiala.
Les habitants subissent aussi les effets économiques de l’insécurité. Djénéba Keïta, habitante de Tiéré, affirme que les populations ne viennent plus au marché du village par peur et que les marchandises se font plus rares. « Nous souffrons ici. Il nous est difficile d’avoir suffisamment à manger », dit-elle, selon MSF.
Pour répondre aux besoins, MSF mène des activités dans plusieurs villages frontaliers, notamment Tiéré, Sanguéla, Molobala et Sougoumba. L’organisation a aussi élargi ses interventions à la prise en charge des enfants de moins de 15 ans, des femmes enceintes et des victimes de violences, notamment sexuelles.
L’accès à l’eau potable reste difficile dans plusieurs zones isolées. MSF indique avoir fourni près de 19 millions de litres d’eau aux réfugiés de Koro en 2025 et réhabilité cinq forages dans les communautés enclavées de Nampala et de Koutiala.
À Sougoumba, dans la région de Koutiala, MSF cite le témoignage de Djénébou Berthé, dont le village a bénéficié de la réhabilitation d’un forage en avril. « Avant, nos puits se tarissaient et l’eau n’était pas de bonne qualité. Cela nous rendait malades », explique-t-elle. Elle ajoute que l’accès à l’eau potable a amélioré la santé et les tâches ménagères.
La baisse des financements et l’insécurité réduisent la présence humanitaire dans plusieurs zones. Selon OCHA, 753 incidents ont visé des humanitaires au Mali en 2025, soit une hausse de 40 % par rapport à 2024. Plus de 5 millions de personnes auraient besoin d’une assistance dans le pays.
MSF estime que l’escalade récente des violences, marquée notamment par les attaques de groupes armés contre plusieurs villes le 25 avril, expose davantage les populations civiles. L’organisation appelle à garantir un accès humanitaire sûr et durable aux communautés les plus exposées.

Sénégal : La constitution au cœur du duel Faye – Sonko 

L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté le 29 juin une réforme constitutionnelle qui recompose plusieurs équilibres institutionnels, dans un climat de tension entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre devenu Président du Parlement.

Les tensions continuent entre le Président sénégalais Diomaye Faye et le Président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.
Porté par six députés du groupe Pastef, le texte révise la Constitution de 2001. Il reprend les corrections demandées par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 13 mai, après validation de l’architecture générale de l’avant-projet. La réforme transforme le Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle. La nouvelle juridiction compte neuf membres au lieu de sept, avec trois membres nommés à partir d’une liste de cinq personnalités proposée par le Président de l’Assemblée nationale, après consultation du Bureau. Le texte renforce aussi le contrôle parlementaire. Il consolide les commissions d’enquête et impose une information accrue de l’Assemblée sur certains accords engageant l’État, notamment dans les ressources naturelles. De plus, il encadre les décisions majeures de l’Exécutif entre l’élection présidentielle et la proclamation définitive des résultats.
Pouvoirs
La partie la plus sensible concerne l’Exécutif. Le Président détermine la politique de la Nation en concertation avec le Premier ministre. Le Chef du gouvernement reçoit aussi la faculté de présider le Conseil des ministres sur délégation expresse du Président et selon un ordre du jour fixé par celui-ci. La réforme introduit une incompatibilité politique majeure. Le Président de la République ne dirige plus effectivement un parti politique ou une coalition, sauf à titre honorifique. Les ministres sont également soumis à de nouvelles incompatibilités, notamment avec certaines fonctions locales.
Ces dispositions prennent une portée particulière depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Élus en 2024 dans une même dynamique, les deux hommes incarnent désormais deux pôles du pouvoir. Le Président conserve la légitimité de l’élection présidentielle, tandis que Sonko garde une forte emprise sur le Pastef et la majorité parlementaire.
La réforme dépasse aussi le face-à-face personnel. Elle ouvre un test sur l’hyper-présidentialisme, la séparation des pouvoirs et l’organisation d’une majorité traversée par un conflit de leadership. Le gouvernement a annoncé un référendum, sans fixer de date.
La question n’est plus seulement de savoir qui de Diomaye Faye ou de Sonko impose son tempo politique. Elle est de savoir si le Sénégal peut transformer une crise de commandement au sommet en réforme durable de ses institutions, dans un pays souvent présenté comme une référence démocratique en Afrique de l’Ouest.

Fiscalité numérique : Le Mali cherche l’adhésion des contribuables

À partir du 1er juillet 2026, le paiement du droit de timbre de 7 500 francs CFA sur les quitus fiscaux approuvés devient obligatoire par voie électronique. Cette mesure s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation des paiements et de mobilisation des recettes publiques.

En 2025, la DGI a versé 1 403,160 milliards de francs CFA au Trésor public, contre 1 387 milliards attendus, soit 101% de réalisation. Pour 2026, l’objectif est fixé à 1 537 milliards, soit environ 150 milliards supplémentaires à mobiliser.

Cette réforme s’inscrit dans un mouvement régional. Dans l’UEMOA, les paiements électroniques sont passés de 260 millions d’opérations en 2014 à plus de 11 milliards en 2024, tandis que les comptes de monnaie électronique sont passés de 18 millions à près de 248 millions. La BCEAO porte aussi PI-SPI, une plateforme destinée à connecter banques, établissements de monnaie électronique, microfinance et établissements de paiement.

Initialement attendue au 30 juin 2026, la généralisation de PI-SPI entre dans une nouvelle phase après la prolongation du délai de connexion par la BCEAO. Au 2 avril, 80 participants étaient connectés.

Adoption

Reste désormais la question de l’adoption par les contribuables et les entreprises. Pour Amara Nimaga, Maître de conférences agrégé en Sciences de gestion, la digitalisation peut améliorer les recettes fiscales, réduire les paiements informels, limiter les négociations directes avec les agents du fisc et freiner les faux documents. Elle peut aussi favoriser la formalisation progressive de l’informel, à condition d’alléger certains montants fiscaux, de simplifier les outils, d’accompagner les usagers et d’intégrer les langues nationales.

Dr Diawara Daman-Guilé estime que PI-SPI peut réduire progressivement l’usage du cash, rendre les paiements instantanés disponibles 24 h sur 24 et fluidifier les échanges entre banques, mobile money, commerçants, entreprises et ménages. Cette transition dépendra toutefois de coûts accessibles, d’une meilleure connectivité, de la formation des usagers et de la confiance des PME, avec des risques d’exclusion numérique, de cybersécurité et de fiscalisation plus visible des flux.

Nouhoum Diakité du CNPM voit dans la digitalisation des paiements et du quitus fiscal une nécessité pour consolider les recettes et mieux répartir les charges, ainsi qu’un gain de temps pour les PME. Il alerte sur les pannes techniques et les difficultés d’accès aux plateformes, susceptibles de générer pénalités et contentieux.

Au Mali, où le taux de bancarisation élargi est tombé à 28,3% en 2024, le véritable test sera l’adoption des paiements numériques et des procédures fiscales dématérialisées par les entreprises et les contribuables.

 

MDS Health : Une Malienne fait rayonner l’IA médicale africaine

Le Mali continue de révéler des talents capables de contribuer à la transformation numérique du continent. Parmi eux figure Maimouna Dicko, data scientist malienne, qui s’est distinguée grâce à MDS Health, un projet d’Intelligence Artificielle appliquée à la santé présenté lors du Transform Africa Summit 2025 à Conakry, en Guinée.

MDS Health est présentée comme une innovation développée dans le cadre des travaux académiques de Maimouna Dicko, avec une vocation concrète pour le secteur médical. L’objectif de cette solution est de répondre à un défi majeur auquel font face de nombreux systèmes de santé africains : le manque de radiologues. Grâce à l’intelligence Artificielle, MDS Health assiste les professionnels de santé dans l’analyse des radiographies thoraciques afin d’améliorer la rapidité et la précision du diagnostic. L’outil ne remplace pas le médecin, mais constitue une aide à la décision clinique.
Selon les informations rendues publiques par Cluster Digital Africa, la plateforme repose sur quatre modèles d’intelligence artificielle dédiés à la segmentation, à la détection, à la classification et à l’analyse multi-labels des images médicales. Les premiers essais ont été réalisés à partir de radiographies de la Polyclinique Pasteur de Bamako, avec notamment la détection de plus de 200 cas de cardiomégalie modérée. Cette innovation a valu à Maimouna Dicko la deuxième place du concours Youth Innov-Tech, organisé dans le cadre du Transform Africa Summit 2025, rendez-vous continental consacré à l’innovation numérique et placé sous le thème « AI for Africa : Innovate Locally, Impact Globally ».
Cette distinction souligne le potentiel des jeunes innovateurs africains à développer des solutions adaptées aux réalités locales tout en répondant à des enjeux de santé publique.
À travers MDS Health, Maimouna Dicko illustre la capacité de la recherche et des compétences maliennes à produire des innovations de pointe en Intelligence Artificielle. Son parcours témoigne également de l’importance d’investir dans les technologies de santé afin de renforcer l’accès à des diagnostics de qualité et d’accompagner la modernisation des systèmes de soins en Afrique.
IBRAHIM BABY

Carburant : La parole manque à la pompe

À Bamako, les files devant les stations-service sont devenues presque ordinaires. Des citernes arrivent, parfois par centaines, escortées par les forces armées, mais des usagers cherchent encore de l’essence ou du gasoil pendant des heures. Certaines stations restent fermées, d’autres sont prises d’assaut dès qu’un camion est annoncé. Entre l’arrivée des produits et leur disponibilité réelle, une zone d’ombre nourrit l’inquiétude.
Il faut reconnaître que des efforts sont faits. Les convois sont sécurisés, les stocks suivis, les autorités communiquent sur les volumes acheminés et les difficultés logistiques. Mais encore faut-il que le terrain suive. Sinon, l’effort donne l’impression de transpirer sous la pluie : beaucoup d’énergie dépensée, peu de soulagement pour celui qui attend le liquide précieux avec son réservoir ou son bidon.
Certes, la situation n’est pas celle de septembre 2025, lorsque des citernes incendiées avaient provoqué une crise plus grave. Mais le malaise demeure. Le carburant conditionne le transport, les marchés, les hôpitaux, les groupes électrogènes, les écoles, les prix et le travail quotidien. Quand il manque, tout ralentit. Quand l’information manque aussi, chacun cherche une explication ailleurs.
Dans une période où les rumeurs circulent vite, le silence devient un risque. Informer régulièrement ne signifie pas tout justifier. Cela signifie dire où sont les blocages, quels volumes sont disponibles, quelles stations sont servies et quelles mesures évitent les abus. La confiance se construit à la pompe lorsque la parole publique rejoint la réalité vécue. Dans une crise durable, l’explication ne doit pas être un luxe. Elle est une partie de la réponse, au même titre que l’approvisionnement attendu par les citoyens.

Sécurité routière : l’Afrique cherche une réponse coordonnée

L’Afrique reste la région du monde la plus exposée aux décès routiers. Les dernières données continentales estiment à plus de 259 000 le nombre de morts sur les routes en 2021, soit près du quart du bilan mondial, alors que le continent possède une part limitée du parc automobile.

Cette mortalité frappe d’abord les usagers les plus vulnérables. Piétons, motocyclistes et cyclistes représentent plus de la moitié des décès recensés. Les piétons comptent à eux seuls près d’un tiers des victimes, dans des villes où trottoirs, passages protégés, éclairage et transports collectifs restent souvent insuffisants.

Les causes se répètent d’un pays à l’autre. Vitesse, surcharge, fatigue des chauffeurs, non-respect du code, faiblesse des contrôles, importation de véhicules vétustes, routes dégradées et absence d’aires de repos rendent les déplacements dangereux, surtout sur les grands corridors régionaux.

En Afrique de l’Ouest, ces facteurs pèsent sur les axes interétatiques comme Bamako-Dakar, où transport de passagers, camions, deux-roues et véhicules particuliers partagent des routes très sollicitées. Au Sénégal, l’Agence nationale de sécurité routière évoque en moyenne 5 200 accidents par an, 745 décès et 8 500 blessés graves, pour un coût économique estimé à 163 milliards de francs CFA.

Réponses communes

La réponse ne peut plus rester seulement nationale. Les États cherchent à harmoniser les règles, les sanctions, les contrôles et la collecte de données. La CEDEAO travaille sur la gouvernance des transports, tandis que l’Union africaine a soutenu la création, en 2018, de l’Observatoire africain de la sécurité routière.

Cet observatoire vise à améliorer la qualité des statistiques, longtemps fragilisées par les écarts entre bilans officiels, données policières, données hospitalières et estimations internationales. Selon le SSATP, moins de la moitié des pays africains disposent de bases nationales opérationnelles sur les accidents, et seuls 23 utilisent la définition internationale de la mortalité à 30 jours.

Des réponses nationales se structurent aussi. Le Burkina Faso a validé une stratégie 2026-2030, avec l’objectif de réduire d’au moins 50 % les décès routiers d’ici 2030, après une moyenne annuelle de 23 107 accidents, 14 867 blessés et 1 091 morts entre 2020 et 2024.

La sécurité routière devient ainsi un chantier africain commun. Elle exige des données fiables, des routes mieux conçues, des véhicules contrôlés, des conducteurs formés et des sanctions appliquées avec constance.

AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare

Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.

Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.

Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.

Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.

Une position commune avant le dialogue

Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.

À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.

L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.

Des défis avant l’ouverture des discussions

Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.

« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.

Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.

Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.

Mohamed Kenouvi

Attaques du 25 avril : la Croix-Rouge malienne soutient 270 ménages à Kati

Deux mois après les attaques terroristes du 25 avril 2026, qui ont durement frappé plusieurs localités du Mali, la Croix-Rouge malienne a remis, jeudi 25 juin, à Kati, une assistance financière d’urgence à 270 ménages affectés. Une action destinée à accompagner les familles dans leur relèvement, tout en leur laissant la liberté de répondre à leurs besoins les plus urgents.

Le soulagement se lisait sur les visages des bénéficiaires réunis à la préfecture de Kati. Au total, 270 ménages affectés par les événements du 25 avril 2026 y ont reçu une assistance financière d’urgence de la Croix-Rouge malienne, à raison de 125 000 FCFA par foyer. Remise en espèces, cette aide permettra aux familles de répondre aux besoins qu’elles jugent prioritaires, qu’il s’agisse de se reloger, de réparer leur habitation, de financer des soins ou de couvrir d’autres dépenses urgentes.
Présidée par le 2e adjoint au préfet du cercle de Kati, Arouna Berthé, la cérémonie s’est déroulée en présence de la présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, du directeur général de l’organisation, Nouhoum Maïga, du directeur national du Développement social, représentant le ministre de la Santé et du Développement social, ainsi que des partenaires humanitaires et des autorités locales.
Une assistance fondée sur les besoins des familles
Prenant la parole, le directeur général de la Croix-Rouge malienne, Nouhoum Maïga, a rappelé que cette intervention s’inscrit pleinement dans la mission humanitaire de l’institution, fondée sur les principes de neutralité, d’humanité et d’impartialité.
Il a expliqué que les équipes de la Croix-Rouge se sont rapidement rendues à Kati après les attaques afin d’évaluer les besoins des populations, avant de mobiliser, avec l’appui de partenaires comme les Croix-Rouges de Belgique et du Danemark, les ressources nécessaires pour venir en aide aux familles. À l’issue du recensement, plus de 300 ménages avaient été identifiés, mais les financements réunis ont permis de soutenir 270 foyers, soit près de 2 680 personnes.
Il a aussi précisé que cette opération est conduite simultanément dans d’autres régions touchées par les événements, notamment à Gao, Mopti, Kayes et Sikasso.
La présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, a souligné que cette assistance constitue avant tout un témoignage de solidarité envers des familles durement éprouvées. Selon elle, le choix d’une aide financière en espèces permet aux bénéficiaires de décider eux-mêmes des priorités de leur ménage et de préserver leur dignité.
Elle a également salué le courage des populations de Kati ainsi que l’engagement des autorités administratives, des leaders communautaires, des partenaires et des volontaires qui ont contribué à la réussite de cette opération.
Représentant le ministre de la Santé et du Développement social, le directeur national du Développement social, Ibrahim Abba, a, pour sa part, salué l’engagement constant de la Croix-Rouge malienne aux côtés des populations en situation de crise. Au-delà du montant remis, a-t-il indiqué, cette assistance traduit la solidarité des autorités et de leurs partenaires envers les familles affectées.
Un message partagé par le 2e adjoint au préfet du cercle de Kati, Arouna Berthé, qui a salué le rôle de premier plan joué par la Croix-Rouge malienne auprès des communautés vulnérables et exprimé l’espoir que cet appui contribuera à alléger les difficultés des ménages bénéficiaires.
Mohamed Kenouvi

Paix et réconciliation : Bamako redessine les contours du dialogue

Le Mali crée une Agence nationale pour la Consolidation de la Paix dans le prolongement de la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale. Cette relance intervient après la dénonciation de l’Accord issu du processus d’Alger et alors que plusieurs anciens acteurs du processus sont poursuivis ou sanctionnés.

Adoptée le 19 juin 2026, la création de cette agence prend la suite de l’Agence de Développement du Nord du Mali, créée en 2005 pour Tombouctou, Gao et Kidal. Le gouvernement justifie cette restructuration par les difficultés de l’ancienne structure dans l’exécution de sa mission et par l’appropriation nationale du processus de réconciliation. La nouvelle agence doit « contribuer durablement à la consolidation de la paix, à la réconciliation nationale et au renforcement de la cohésion sociale », notamment dans les zones fragiles ou affectées par les crises.

Cette réforme suit une chronologie assumée par Bamako. En 2015, l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait réuni l’État, la Plateforme et la Coordination des mouvements de l’Azawad autour du désarmement, de la réintégration des ex-combattants, de la décentralisation et du développement du Nord. Ses mécanismes avaient associé des responsables politico-militaires alors considérés comme des interlocuteurs nécessaires.

Rupture

Après la dénonciation de l’accord, en janvier 2024, les autorités ont lancé le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale. Son Comité de pilotage, créé le 26 janvier 2024, avait été confié à l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. À son installation, celui-ci conditionnait la réussite de cette mission au « précieux concours de toutes les Maliennes et de tous les Maliens ».

Ousmane Issoufi Maïga avait ensuite présidé la Commission chargée de rédiger la Charte nationale, après des consultations avec autorités coutumières, responsables religieux, femmes, jeunes, partis, syndicats et universitaires. Remis au Président de la Transition en juillet 2025, le texte a été adopté le mois suivant par le CNT. Lors de sa remise, Assimi Goïta avait appelé les Maliens des groupes armés à « déposer les armes » et à « revenir dans la République ».  Un Observatoire de la Paix et de la Réconciliation nationale, rattaché à la Présidence et présidé également par Ousmane Issoufi Maïga, assure depuis mars 2026 le suivi de cette Charte.

La nouvelle agence apparaît comme l’instrument administratif censé traduire cette orientation en actions concrètes. Mais ce nouveau cadre se met en place dans un paysage transformé. Des figures de l’ancien processus d’Alger sont visées. Certaines font l’objet de sanctions financières ciblées, avec gel des biens et ressources économiques pour six mois renouvelables. D’autres ont été citées dans l’enquête judiciaire ouverte en novembre 2023 contre des responsables proches des groupes signataires.

Interlocuteurs

Parmi les profils récemment visés figurent Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane, ancien Porte-parole de la CMA devenu voix du FLA, Ahmada Ag Bibi, ancien député d’Abeïbara et figure du HCUA, Almouzamil Ag Mohamed, ancien responsable de communication de la CMA, Boubacar Siddigh Ould Taleb, lié aux mouvements arabes du Nord, et Haballah Ag Hamzatta, passé par le GATIA avant de rejoindre les rangs de la rébellion. Alghabass Ag Intalla, figure du HCUA, Bilal Ag Acherif, figure du MNLA et de la CMA, et Achafagui Ag Bouhada, chef militaire du HCUA, avaient déjà été associés aux premières mesures.

Le volet judiciaire renvoie à Ibrahim Ould Handa, cadre du MAA – CMA, Hanoune Ould Ali, acteur d’arrangements locaux entre mouvements du Nord, Mohamed Ag Najim, ancien chef militaire du MNLA et de la CMA, et Housseine Ould Ghoulam, responsable militaire du MAA dans la région de Tombouctou. Fahad Ag Almahmoud, ancien Secrétaire général du GATIA, lui aussi poursuivi, a été tué en décembre 2024 à Tinzaouatène. Cette lecture sécuritaire des anciens acteurs du processus éclaire aussi la rupture politique autour du nouveau cadre, que Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane avait rejeté, y voyant un « simulacre ».

La question centrale reste celle de l’inclusion. Les initiatives nationales récentes se sont construites sans une partie des anciens interlocuteurs du Nord, alors que les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que les anciens équilibres gardent une capacité de nuisance. La réussite de l’agence dépendra de relais crédibles dans les territoires et auprès des communautés. Pour Bamako, le défi est de refonder le dialogue sans revenir à l’ancien cadre, tout en évitant que l’exclusion des interlocuteurs d’hier ne devienne un blocage supplémentaire.

 

Modibo Fofana : « La rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la rigueur »

Pour Modibo Fofana, Président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL Mali), la presse en ligne doit rester un espace d’information fiable malgré la pression des réseaux sociaux. Il insiste sur la vérification, la modération et la responsabilité professionnelle face à la course au buzz.

Quel rôle les médias en ligne doivent-ils jouer dans le contexte actuel ?

Les médias en ligne ont une responsabilité majeure dans la qualité de l’information diffusée au public. Ils doivent vérifier les contenus avant publication et éviter de relayer des messages pouvant inciter à la violence ou à la discrimination. Leur rôle ne se limite pas à informer rapidement. Ils doivent aussi mettre en place des mécanismes de modération, promouvoir une information équilibrée et respecter la dignité humaine. Ils ont également une mission éducative, en aidant les citoyens à développer leur esprit critique et à participer à un débat public fondé sur le respect.

Quels sujets exigent le plus de prudence au Mali ?

Les sujets liés à la sécurité, à la politique et aux relations entre communautés sont particulièrement sensibles, parce qu’ils suscitent de fortes émotions. Les questions religieuses et diplomatiques demandent aussi beaucoup de précaution lorsqu’elles touchent à l’identité, à la souveraineté nationale ou aux valeurs sociales. Dans ces domaines, une rumeur ou une information mal traitée peut rapidement accentuer les tensions.

La vitesse imposée par les réseaux sociaux change-t-elle le métier ?

Oui, l’information circule aujourd’hui à une vitesse sans précédent. Mais la rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la rigueur. Une information vérifiée, contextualisée et traitée avec sérieux peut prendre plus de temps à publier qu’un contenu brut. Sa crédibilité lui permettra toutefois de s’imposer durablement et de gagner la confiance du public.

Le buzz menace-t-il la crédibilité des médias ?

Le goût du buzz et la recherche d’audience peuvent pousser certains acteurs à privilégier l’émotion, la vitesse ou le sensationnel. Cette logique augmente le risque de diffuser des contenus inexacts ou trompeurs. Pour préserver la confiance, les médias doivent rester attachés aux règles déontologiques et aux procédures de vérification.

Que fait APPEL Mali pour accompagner les journalistes en ligne ?

APPEL Mali travaille au renforcement des capacités des journalistes afin de promouvoir un exercice plus professionnel du métier. Deux commissions ont été mises en place pour rappeler l’importance de l’éthique et de la déontologie. La Charte de la presse en ligne sert aussi de cadre de référence pour encourager la modération des contenus et une plus grande responsabilité dans la diffusion de l’information.