Front social : Vers l’exécution des engagements ?

L’année 2026 s’annonce comme celle des attentes pour les acteurs du front social. Alors qu’elle doit enregistrer l’entrée en vigueur de l’augmentation graduelle des salaires, elle constitue également une étape importante pour l’application du Pacte de stabilité sociale signé en 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

Les syndicats et autres acteurs sociaux placent de fortes attentes dans 2026, espérant la concrétisation de plusieurs engagements en faveur de l’amélioration des conditions de vie et de travail. Ces attentes s’inscrivent dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance signé le 25 août 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Présenté comme un accord historique destiné à l’apaisement du climat social, ce pacte, structuré autour du dialogue social et de la liberté syndicale, comporte 7 chapitres et prévoit 60 domaines d’activité, ainsi que 125 actions programmées sur 5 ans, conformément aux recommandations de la Conférence sociale d’octobre 2022.

L’année 2025 s’est inscrite dans la continuité de 2024 dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte de stabilité sociale. Selon Ousmane Almoudou Touré, membre de la Synergie des syndicats de l’enseignement, des ateliers d’évaluation ont toutefois mis en évidence des engagements non exécutés par le gouvernement. Si la revalorisation de la valeur indiciaire a été engagée, « beaucoup de procès-verbaux attendent encore d’être exécutés », souligne-t-il. À l’inverse, les partenaires sociaux auraient respecté leurs engagements, privilégiant le dialogue et la réduction des mouvements de grève, ce qui a contribué à un climat social relativement apaisé.

Application mitigée

Concernant l’application du Pacte de stabilité sociale et de croissance, des insuffisances persistent, notamment sur les engagements financiers. Le leader syndical espère donc que 2026 marquera l’exécution de ces points, parmi lesquels figurent certaines primes, dont la prime spéciale très attendue par les syndicats. Selon lui, leur mise en œuvre permettrait de soulager les militants et de renforcer la crédibilité des partenaires sociaux.

Par ailleurs, le premier bras de fer social de l’année semble s’orienter vers un dénouement. Il concernait les enseignants des régions de Kidal et de Ménaka dont les salaires avaient été suspendus en raison de la non-reprise des postes liée à l’insécurité. Selon les informations disponibles, cette décision aurait été levée, les enseignants concernés se disant prêts à regagner leurs postes dès la reprise des vols vers ces zones.

Partis politiques : Une relance des activités en 2026 ?

L’annonce par le Président de la Transition de concertations nationales en 2026 autour de l’avant-projet de la nouvelle Charte des partis politiques ouvre une nouvelle séquence politique, attendue mais encore entourée d’incertitudes.

Près de huit mois après la dissolution des partis politiques, le débat sur leur avenir refait surface. Dans son discours du Nouvel An, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition a annoncé que « l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques ». Une déclaration qui relance les spéculations sur un éventuel retour encadré de l’activité partisane, dans un contexte politique profondément reconfiguré.

Si l’annonce marque un signal politique fort, elle ne signifie pas encore une reprise des activités. Le Chef de l’État évoque un avant-projet de charte et non un texte finalisé, laissant entendre un processus graduel, étalé dans le temps et dont l’issue dépendra largement du contenu des concertations à venir.

Des concertations sans partis ?

La principale interrogation porte sur la nature des acteurs appelés à participer à ces concertations. Les partis politiques, en tant que structures juridiques, n’existent plus officiellement. Dès lors, comment organiser des discussions sur leur avenir en l’absence de leurs représentants légaux ?

Pour plusieurs observateurs, une concertation véritablement inclusive supposerait non seulement la participation d’anciens acteurs politiques, mais aussi un climat politique apaisé permettant une expression libre et équilibrée.

Pour Sékou Niamé Bathily, ancien cadre du RPM dissous, le risque est celui d’une concertation « exclusive », menée « au nom des partis politiques mais en leur absence ». Il s’interroge ouvertement sur la crédibilité d’un tel exercice et sur la réelle volonté d’en faire une priorité politique, évoquant une annonce qui pourrait relever davantage de la gestion du temps que de l’urgence des réformes.

Cette réserve est partagée, de manière plus lapidaire, par d’autres anciens responsables. Hamidou Doumbia, de l’ancien parti Yelema, qualifie l’annonce de « non événement » et refuse tout commentaire. D’autres anciens acteurs politiques contactés ont également choisi le silence, signe d’un scepticisme ambiant et d’une profonde méfiance vis-à-vis du processus annoncé.

Du côté des autorités, la ligne officielle se veut plus inclusive. Dès le lendemain de la dissolution, le ministre délégué chargé des Réformes politiques, Mamani Nassiré, avait assuré lors d’un point de presse, le 14 mai 2025, que « toutes les personnalités qui peuvent contribuer à élaborer une bonne loi » seraient associées, « y compris les anciens acteurs politiques ». Reste à savoir sous quelle forme et avec quel poids réel.

Une crédibilité conditionnée à l’inclusivité

Toutefois, la question de la décrispation politique, notamment le sort des responsables politiques toujours en détention, reste absente du discours officiel, alors qu’elle conditionne largement toute dynamique de réconciliation et de dialogue crédible.

Pour l’analyste politique Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à l’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako, l’initiative présidentielle va dans le bon sens. Les partis politiques, rappelle-t-il, « sont indispensables à la vie d’un État, surtout dans le cadre de la gouvernance démocratique ». Mais il pose une condition claire : sans implication des anciens partis dissous et de la société civile, les concertations risquent de manquer de crédibilité.

Selon lui, le débat devra porter à la fois sur la forme – qui participe et comment – et sur le fond, c’est-à-dire la philosophie même de la future Charte. Une discussion limitée à des experts ou à des personnalités choisies pourrait difficilement produire un consensus national durable.

À ce stade, ni les modalités précises ni les termes de référence des concertations annoncées pour 2026 n’ont été rendus publics, alimentant les incertitudes et les conjectures.

Cette réflexion s’inscrit également dans le sillage de l’audit conduit par la Cour suprême du Mali sur le financement public des partis politiques, qui a mis en lumière plus de 24 milliards de francs CFA alloués entre 2000 et 2018, ainsi que d’importantes insuffisances en matière de transparence et de reddition des comptes.

Vers une refondation profonde

Sur le fond, plusieurs signaux laissent penser que la relance éventuelle des partis ne se fera qu’au prix de conditions drastiques. Les recommandations formulées par les forces vives de la Nation lors des consultations d’avril 2025 pourraient largement inspirer la future Charte. Elles vont d’un durcissement des critères de création à un contrôle renforcé du fonctionnement interne des partis.

Parmi les propositions les plus marquantes figurent la réduction drastique du nombre de partis, l’instauration d’une enquête de moralité, une caution financière élevée pour la création, l’obligation de représentations régionales effectives ou encore l’exigence de la déclaration de biens des membres fondateurs des partis.

Autant de mesures qui dessinent un paysage politique plus resserré et plus contrôlé, dont la viabilité dépendra de l’inclusivité du processus et de sa capacité à s’inscrire dans une dynamique d’apaisement durable.

Mohamed Kenouvi

Sécurité : 2025, des succès militaires sans soulagement civil

En 2025, la situation sécuritaire a continué de structurer l’ensemble des dynamiques politiques, sociales et humanitaires, avec un impact direct sur les civils et l’action publique. À l’heure où 2026 est placée sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, le bilan de l’année écoulée pose des questions décisives sur les choix opérés et les perspectives réelles de stabilisation.

L’année 2025 aura confirmé que, malgré une présence militaire plus affirmée sur plusieurs théâtres, l’insécurité reste une réalité quotidienne pour une large partie de la population. Des opérations ont été menées, des positions ont été reprises et certains groupes armés ont subi des pertes. Dans le même temps, les attaques contre les civils, les restrictions de circulation et les perturbations économiques liées à l’insécurité ont continué de peser sur la vie sociale et productive.

Pour l’analyste Yacouba Sogoré, 2025 marque une période charnière de la crise sécuritaire malienne. Il la décrit comme une « phase aiguë » au cours de laquelle la pression atteint son maximum sur les plans sécuritaire, économique et social, après plus d’une décennie de conflit.

Une insécurité diffuse malgré l’effort militaire

Entre janvier et octobre 2025, au moins 326 attaques visant des civils ont été recensées, faisant près de 480 victimes. Ces violences n’ont pas été confinées aux zones historiquement les plus touchées. Elles ont également concerné des régions jusque-là perçues comme périphériques, confirmant une extension géographique de l’insécurité et une pression continue sur les communautés locales.

Cette extension géographique n’a toutefois pas débouché sur une perte durable de contrôle des centres urbains. Yacouba Sogoré souligne qu’en dépit des attaques enregistrées au sud et à l’ouest du pays, aucune ville majeure ou moyenne n’a été durablement occupée par les groupes armés, évoquant des actions à portée essentiellement symbolique ou médiatique.

Pour le chercheur Alassane Maïga, l’année 2025 confirme un déplacement du foyer de la crise vers le sud du pays, notamment dans les régions de Sikasso et de Kayes. Il rappelle que des signaux faibles étaient observables depuis 2021 dans plusieurs localités, avant de se matérialiser par des attaques directes, des pressions économiques, l’embargo sur l’approvisionnement en hydrocarbures et des attaques ciblant des infrastructures industrielles.

Civils en première ligne et crise humanitaire durable

Cette situation s’est accompagnée d’une crise humanitaire d’ampleur nationale. En 2025, environ 6,4 millions de personnes ont été identifiées comme ayant besoin d’une aide humanitaire, dont près de 3,5 millions d’enfants. Les déplacements forcés restent un indicateur central, dans la mesure où plus de 402 000 personnes vivent en situation de déplacement interne, tandis qu’environ 847 000 relèvent du mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, déplacés internes, réfugiés, retournés et apatrides.

Au-delà des violences directes, les conditions de vie des civils ont été fortement affectées par les entraves à l’accès humanitaire. Les incidents liés à l’accès des acteurs humanitaires aux populations ont augmenté de plus de 60% en un an, limitant la capacité d’intervention dans plusieurs zones. À partir de septembre 2025, les attaques répétées contre les axes logistiques, notamment les convois de carburant, ont aggravé les pénuries, provoquant une hausse des prix et affectant le fonctionnement des services essentiels.

Pour le Directeur du Think Tank « Timbuktu Institute » Bakary Sambe, l’année 2025 marque un tournant dans la stratégie du JNIM, passé d’une logique de conquête territoriale à une véritable « guerre économique ». Le groupe privilégie désormais les blocus, les attaques contre les axes routiers, les convois de carburant et les infrastructures productives, avec l’objectif d’asphyxier les économies et d’isoler les capitales plutôt que de les prendre militairement.

Selon l’analyste, le ciblage des infrastructures répond à une triple logique : provoquer des pénuries immédiates, fragiliser la légitimité de l’État et générer des ressources propres à travers la taxation illégale, les enlèvements et les économies criminelles. Cette stratégie vise à transformer la pression sécuritaire en pression sociale et politique sur les populations.

Yacouba Sogoré, quant à lui, estime que le blocus imposé à partir de l’été 2025 – d’abord sur certaines villes, puis sur l’approvisionnement national en carburant – constituait une stratégie visant à exercer une pression directe sur les civils et à provoquer une instabilité politique. Il estime toutefois que cette stratégie n’a pas atteint son objectif, la mobilisation sociale ayant plutôt renforcé le soutien aux forces de défense et aux autorités.

Cette dégradation se traduit aussi par une fragilisation intense des mécanismes de protection et des parcours éducatifs. Selon les analyses du Cluster Protection couvrant le premier semestre 2025, les violations affectant les civils, en particulier les enfants, ont progressé dans plusieurs régions, exposant davantage les populations aux violences, aux déplacements forcés et aux abus. Dans le secteur de l’Éducation, l’insécurité a conduit à la fermeture de plus de 2 100 écoles, privant des centaines de milliers d’enfants d’un accès régulier à l’enseignement. Les capacités de réponse du Cluster Éducation sont restées limitées, ne couvrant qu’une part restreinte des besoins identifiés.

Pour Alassane Maïga, cette exposition accrue des civils s’explique aussi par la place prise par certaines milices d’autodéfense dans les dynamiques locales de sécurité. Lorsque leur action n’est pas strictement encadrée, elle peut entraîner des représailles ciblant directement les communautés dont elles sont issues. Il souligne la nécessité de maintenir une séparation claire entre opérations militaires et initiatives civiles, et de renforcer la coordination civilo-militaire, notamment à travers des dispositifs de police de proximité.

Cette crise humanitaire s’est en outre déroulée dans un contexte de sous-financement marqué. Pour 2025, le Plan de réponse humanitaire élaboré par les Nations unies pour le Mali évaluait les besoins à 771,3 millions de dollars afin d’assister 4,7 millions de personnes. Au 12 janvier 2026, seuls 157,1 millions de dollars avaient été mobilisés dans le cadre de ce plan, soit un taux de couverture de 20,4%. En incluant les financements humanitaires hors plan, le total rapporté atteint 201,4 millions de dollars, un niveau qui reste largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins. Cette contrainte financière a pesé directement sur la capacité des acteurs humanitaires à maintenir leurs opérations, en particulier dans les zones les plus affectées par l’insécurité et les restrictions d’accès.

Réponses de l’État et limites persistantes

Face à cette situation, l’État a engagé des décisions concrètes au sommet de l’appareil militaire. En octobre 2025, un remaniement de la haute hiérarchie a conduit à la nomination du Général de brigade Toumani Koné comme Chef d’état-major de l’armée de Terre, tandis que le Général de brigade Sambou Minkoro Diakité a été désigné responsable du renseignement militaire. Dans le même mouvement, le Général Élisé Jean Dao, précédemment en poste à l’étranger, a été rappelé et nommé adjoint au Chef d’état-major général des Armées, dans l’objectif de renforcer la coordination au sommet du commandement.

Sur le plan opérationnel, le Général de brigade Famouké Camara a été chargé de la conduite de l’opération Fougakènè, déployée sur des zones identifiées comme prioritaires. Ces nominations et affectations ont permis une clarification de la chaîne de commandement, une conduite plus structurée des opérations sur certains théâtres et une pression plus soutenue sur plusieurs groupes armés, avec des effets localisés sur le contrôle de certaines zones et axes.

Outre ces réajustements du commandement, les forces armées maliennes ont été dotées de nouveaux équipements, présentés publiquement lors de cérémonies officielles, notamment au défilé du 22 septembre 2025. Le port de Conakry et l’axe logistique Conakry – Bamako ont constitué des voies majeures d’acheminement de matériels vers le Mali.

Parallèlement au volet militaire, les autorités ont engagé un mécanisme non armé à travers la mise en œuvre effective du programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I). Lancé en novembre 2025, ce programme prévoit la prise en charge de 3 000 ex-combattants, dont 2 000 destinés à l’intégration dans les forces armées et de sécurité et 1 000 orientés vers la réinsertion civile. Après des étapes dans plusieurs régions, les opérations DDR-I ont officiellement démarré à Tombouctou le 7 janvier 2026, marquant une avancée institutionnelle concrète dans la stratégie de stabilisation.

Ces actions traduisent des résultats réels sur les plans organisationnel, opérationnel et institutionnel. Elles n’ont toutefois pas encore entraîné une amélioration sensible de la situation des civils. Les attaques, les déplacements, les restrictions de circulation et l’insécurité économique demeurent à des niveaux élevés, soulignant l’écart entre les gains enregistrés sur le terrain militaire et l’impact attendu sur la vie quotidienne des populations.

Perspectives

Selon Alassane Maïga, les limites observées en 2025 tiennent moins à l’absence de moyens qu’à une gouvernance sécuritaire incomplète. Il estime que l’approche reste largement centrée sur l’action armée, au détriment d’une implication réelle des collectivités locales et des acteurs de terrain, pourtant essentiels à une stabilisation durable.

Pour Bakary Sambe, le conflit est entré dans une phase de maturité où ni une victoire militaire totale ni un triomphe jihadiste ne paraissent réalistes. Il estime que la lutte contre la radicalisation ne peut reposer uniquement sur la force et plaide pour un dialogue inter-Maliens inclusif, fondé sur la réconciliation, la gouvernance locale et la mobilisation des ressources sociales et religieuses du pays.

L’entrée dans l’année 2026 s’inscrit ainsi dans une équation complexe. Alors que le Président de la Transition a placé l’année sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, les faits observés en 2025 rappellent que la sécurité reste le principal déterminant de toute perspective de stabilisation durable. La capacité de l’État à transformer les avancées militaires et institutionnelles en protection effective des civils, en mobilité retrouvée et en accès aux services essentiels constituera l’un des principaux défis des mois à venir.

Massiré DIOP

 

Maroc : un journaliste sportif malien retrouvé mort en marge de la CAN
Le journaliste sportif malien Mohamed Soumaré a été retrouvé mort le 14 janvier 2026 dans une chambre d’hôtel à Rabat, où il séjournait pour couvrir la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc. Les autorités marocaines ont ouvert une enquête afin d’établir les circonstances exactes du décès, qui n’ont pas encore été rendues publiques.
Présent au Maroc dans le cadre de la couverture médiatique de la compétition, Mohamed Soumaré s’apprêtait à suivre les phases décisives du tournoi. Sa disparition soudaine a provoqué une vive émotion au sein de la presse sportive africaine, largement mobilisée autour de cet événement continental.
Au-delà de son activité journalistique, Mohamed Soumaré occupait plusieurs responsabilités dans l’écosystème du football malien. Il était officier média du Stade Malien de Bamako et assurait des fonctions liées au marketing, à la télévision et aux médias au sein de la Ligue professionnelle malienne, contribuant à la structuration de la communication sportive nationale.
Selon les informations disponibles, le corps a été découvert dans sa chambre d’hôtel après qu’il n’a plus donné signe de vie. À ce stade, aucune indication officielle n’a fait état de signes de violence ou de causes identifiées, dans l’attente des résultats des examens médico-légaux et des investigations en cours.
La nouvelle a suscité de nombreuses réactions parmi les journalistes, dirigeants sportifs et acteurs du football présents au Maroc, ainsi qu’au Mali, où plusieurs organisations professionnelles ont salué la mémoire d’un confrère reconnu pour son engagement et sa connaissance du sport. Les autorités diplomatiques maliennes suivent le dossier en lien avec les services marocains compétents, dans l’attente d’éclaircissements officiels.

Administration territoriale : un nouveau découpage redessine la carte administrative

Le Mali a entériné une réorganisation de son administration territoriale qui modifie sensiblement la carte du pays à tous les niveaux. Cette réforme découle d’une loi adoptée le 13 mars 2023, qui a porté à 19 le nombre de régions, en plus du District de Bamako, et redéfini la structuration des subdivisions administratives.

Avant cette réforme, l’organisation territoriale malienne reposait sur une configuration comprenant principalement 10 régions et le District de Bamako. Cette structure était elle-même le produit d’évolutions successives : après l’indépendance, le pays comptait huit régions, auxquelles s’ajoutèrent Taoudénit et Ménaka en 2016 pour faire dix, tandis que les cercles et les communes restaient les principales subdivisions opérationnelles.
Avec le nouveau découpage, le Mali s’organise désormais en 19 régions plus le District de Bamako. Ce schéma se traduit par 159 cercles, 466 arrondissements, 815 communes et 12 712 villages, fractions et quartiers répartis sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme, voulue par les autorités de transition, vise à donner une couverture administrative plus fine et plus proche des populations, en tenant compte de critères démographiques, sociologiques et d’accessibilité des services publics. Lors de la présentation de la nouvelle carte en mai 2023, le président de la transition a affirmé que cette réorganisation devait contribuer à la refondation de l’État et à la promotion d’une gouvernance territoriale plus efficace.
Dans la pratique, certaines des nouvelles régions ont été créées par démembrement de régions existantes. Par exemple, la région de San a été formée à partir de cercles auparavant rattachés à Ségou, et la région de Dioïla a été détachée de Koulikoro pour constituer une entité administrative distincte.
Sur le terrain, la réforme suscite des débats. Plusieurs acteurs estiment que l’adaptation des structures administratives aux réalités locales peut améliorer l’accès aux services et renforcer la présence de l’État dans les zones éloignées. D’autres soulignent, en revanche, les défis liés à la mise en œuvre effective : financement des nouvelles collectivités, dotation en ressources humaines qualifiées et déploiement des services publics restent des enjeux importants pour rendre opérationnel ce nouveau cadre territorial.
Que ce soit au niveau des autorités comme au sein de la société civile, on reconnaît que ce découpage constitue une étape institutionnelle majeure pour le Mali. Son impact dépendra désormais de la capacité des acteurs à transformer ces dispositions en opportunités tangibles pour les populations.

Filières oléagineuses : le gouvernement malien réunit producteurs et industriels à Bamako

Le gouvernement a tenu, ce 12 janvier 2026, une réunion de concertation consacrée aux filières karité, sésame et arachide, dans un contexte de tensions récurrentes sur l’approvisionnement des unités industrielles locales.

La rencontre s’est déroulée dans la capitale du Mali sous la présidence du ministre de l’Industrie et du Commerce Moussa Alassane Diallo. Elle a réuni producteurs, interprofessions et industriels de transformation afin d’examiner les conditions d’un approvisionnement plus régulier des usines nationales en matières premières.
Les échanges se sont appuyés sur des données qui confirment le poids stratégique du secteur. Le Mali produit chaque année plus de 200 000 tonnes d’amandes de karité, ce qui le place parmi les premiers producteurs mondiaux, tandis que la production d’arachide dépasse 350 000 tonnes et celle de sésame avoisine 50 000 tonnes. Malgré ces volumes, une part importante de la production continue d’être exportée à l’état brut, limitant l’activité des unités industrielles locales.
La réunion a permis d’aborder les difficultés rencontrées par les transformateurs face à la concurrence des acheteurs exportateurs et aux circuits informels. Les autorités ont rappelé leur volonté de renforcer l’organisation des filières et le rôle des interprofessions afin de mieux orienter les flux de matières premières vers le marché national.
Cette concertation s’inscrit dans la continuité des mesures récentes visant à privilégier la transformation locale des produits agricoles. Notamment le suivi du protocole d’accord signé le 31 octobre 2024 entre le gouvernement,  les unités industrielles locales de transformation des produits oléagineux et les interprofessions des filières karité, sésame et arachide. L’accord est destiné à être un outil d’équilibre entre les besoins de production, de transformation et de régulation du marché.  Elle constitue une étape de dialogue entre l’État et les acteurs économiques, en attendant d’éventuelles décisions réglementaires destinées à sécuriser durablement les filières oléagineuses.
A l’issue de la rencontre, il  a été prévu qu’une évaluation claire de l’accord sera réalisée d’ici le 31 janvier 2026.

« La Dualité Bamako et le reste du pays »

Ces écrits se veulent un cri du cœur constructif et ne visent nullement à saboter ou à rejeter les efforts consentis par les autorités. Il s’agit plutôt d’une interpellation visant à éclairer la nature profonde de la crise actuelle et à proposer une voie de résolution plus durable.

La Fausse Bonne Solution à la Crise d’Hydrocarbures

La récente tentative de résolution de la crise d’approvisionnement en hydrocarbures au Mali apparaît, en réalité, comme une fausse bonne solution. Elle est symptomatique d’une approche de gestion qui, par défaut de remédier à la cause première, s’attaque uniquement aux conséquences visibles et aux difficultés d’approvisionnement (la pénurie que nous traversons).

Il est essentiel de le souligner : la crise du carburant n’était pas une crise isolée en soi. Elle n’était qu’une ramification directe de la crise sécuritaire qui sévit sur le territoire. Par conséquent, cette pénurie est la conséquence directe de la gestion sécuritaire du territoire et des défis logistiques qu’elle engendre.

Cette situation, loin d’être un simple incident logistique, vient soulever des failles structurelles et des questionnements fondamentaux sur la gouvernance. En se concentrant sur la conséquence, la difficulté d’approvisionnement, on élude la cause qui lui a donné naissance : l’insécurité et le contrôle territorial.

Cependant, des alternatives concrètes et puissantes s’offrent aux autorités pour sortir de ce cycle de gestion des symptômes. La solution réside dans un changement de paradigme, passant d’une gestion centralisée et macro à une approche impliquant les acteurs locaux, pour s’orienter vers une gouvernance partagée de la sécurité.

Il est impératif d’impliquer pleinement les collectivités dans leurs droits et de les placer au-devant de la recherche de solutions durables. Cette démarche ne doit pas être perçue comme un affaiblissement du pouvoir ou de l’influence de l’État, ni comme une tentative de s’y substituer. Au contraire, elle est un gage de résilience et d’efficacité.

Travailler sur les mécanismes de coordination et de gestion des crises et catastrophes à travers le CECOGEC (Centre de Coordination et de Gestion des Crises et Catastrophes) :

La coordination entre les différents comités, à savoir le CIGCC (Comité Interministériel de Gestion des Crises et Catastrophes), le CRGCC (Comité Régional de Gestion des Crises et Catastrophes),ainsi que les comités au niveau local (CLGCC) et communal (CCGCC), doit être adaptée au contexte actuel. Bien que les communiqués du CIGCC soient partagés, j’observe que cette dynamique doit également s’appliquer aux niveaux communal, local et régional.

Pour être efficaces, les solutions doivent être endogènes et partagées. Elles doivent émaner de la base (niveaux local et communal) pour remonter vers le sommet (niveau national). Cette approche ascendante (“bottom-up”) garantira que les réponses apportées soient véritablement adaptées aux réalités du terrain.

La crise actuelle démontre qu’une gestion macro ne peut, à elle seule, résoudre les problèmes complexes et multidimensionnels du Mali. La voie de la durabilité passe nécessairement par une gouvernance partagée de la sécurité, où l’État et les collectivités travaillent de concert pour rétablir la paix et la circulation des biens. C’est en reconnaissant et en intégrant la réalité du “reste du pays” que la dualité avec Bamako pourra être dépassée.

Burkina Faso : un gouvernement redessiné

Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes et une refonte notable de l’intitulé de plusieurs départements. Au-delà des nominations, cette recomposition traduit une volonté assumée de redéfinir le rôle de l’État et le sens de l’action publique.

Le remaniement intervenu au Burkina Faso s’inscrit dans la continuité de la transition conduite par le président Ibrahim Traoré, mais il en accentue les marqueurs idéologiques. Sans bouleverser l’équilibre général de l’exécutif, les autorités ont choisi de renforcer certains pôles stratégiques et de revoir la dénomination de ministères jugés centraux dans la conduite du projet politique actuel.
La nomination du général de division Célestin Simporé comme ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique constitue le changement le plus structurant. Le choix du terme « Guerre », absent jusque-là de l’architecture gouvernementale, rompt avec la prudence lexicale habituelle de l’administration burkinabè. Il acte une lecture frontale de la situation sécuritaire et confère à la défense nationale une dimension idéologique clairement assumée, plaçant la souveraineté et la reconquête du territoire au cœur de l’action gouvernementale.
Dans le même temps, la réorganisation du portefeuille des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, confié à Annick Zingué Ouattara, répond à un enjeu démographique et social majeur. En associant explicitement jeunesse et emploi, l’exécutif entend dépasser les politiques sectorielles classiques pour proposer une approche plus intégrée, dans un pays où la pression sociale liée au chômage et à la déscolarisation demeure forte, notamment dans les zones affectées par l’insécurité.
Le secteur éducatif n’est pas en reste avec l’arrivée de Moumouni Zoungrana à la tête du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique. Cette nomination intervient dans un contexte où l’enseignement post-primaire et la formation qualifiante sont perçus comme des leviers essentiels pour stabiliser les parcours des jeunes et répondre aux besoins d’une économie en quête de compétences techniques.
Au-delà des personnes, ce remaniement se distingue surtout par une révision en profondeur de l’intitulé de plusieurs ministères, révélatrice d’un repositionnement politique. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur devient simplement ministère des Affaires étrangères, suggérant un recentrage diplomatique et une volonté de simplifier l’appareil institutionnel dans un environnement international marqué par des recompositions régionales sensibles.
Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme est rebaptisé ministère de la Construction de la Patrie, une appellation qui dépasse les seules questions techniques pour inscrire l’aménagement du territoire dans un registre national et symbolique. Cette même logique traverse la transformation du ministère de la Fonction publique en ministère des Serviteurs du Peuple, qui vise à redéfinir la posture de l’administration et à rappeler sa vocation première au service des citoyens.
La justice connaît également une clarification institutionnelle avec le retour à l’appellation de ministère de la Justice, abandonnant un intitulé long et composite. Ce choix semble traduire une volonté de renforcer la lisibilité et l’autorité de l’institution judiciaire dans un contexte de fortes attentes sociales en matière d’équité et de régulation.
Enfin, le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale devient le ministère de la Famille et de la Solidarité, recentrant l’action sociale sur la cellule familiale, considérée comme un socle de cohésion dans un pays confronté à des déplacements internes massifs et à des fragilités sociales durables.
Pris dans son ensemble, ce remaniement ne se limite pas à un simple ajustement gouvernemental. Il révèle une stratégie politique fondée sur la symbolique des mots, la centralité de la souveraineté et la volonté de refaçonner l’image de l’État. À travers cette nouvelle architecture, les autorités de la transition entendent imprimer une direction claire à l’action publique et affirmer une vision du pouvoir où l’État se veut à la fois combattant, bâtisseur et serviteur.

Bafoulabé : nouvelle attaque contre des sites industriels

Plusieurs unités industrielles du cercle de Bafoulabé ont été la cible d’une attaque armée coordonnée dans la nuit du samedi au dimanche 11 janvier 2026. L’opération a causé d’importants dégâts matériels et donné lieu à des enlèvements, selon des sources locales concordantes.

 

Les faits se sont produits aux environs de deux heures du matin. Des hommes lourdement armés, circulant sur une centaine de motos, ont mené des attaques simultanées contre plusieurs installations industrielles situées le long de la Route nationale 22, dans le cercle de Bafoulabé.

 

Les assaillants, estimés à environ cent soixante, avaient été aperçus quelques heures plus tôt dans la localité de Selinkegny, à une trentaine de kilomètres de Bafoulabé, avant de se scinder en groupes pour frapper leurs cibles.

 

Parmi les sites touchés figurent l’usine Stones, la Carrière et Chaux du Mali à Karaga ainsi que la cimenterie Diamond Cement à Gangontéry. Des chargeurs et un car ont été incendiés sur certains sites, provoquant d’importants dégâts matériels et des panaches de fumée visibles au-dessus des installations concernées.

 

Au moins quatre personnes ont été enlevées sur le site de Diamond Cement, selon des informations recueillies auprès de sources locales. Aucun bilan faisant état de morts ou de blessés n’a été signalé à ce stade. Sur ses réseaux sociaux, le PDG de Diamond Cement a confirmé l’attaque, indiquant que plusieurs usines, dont une entreprise étrangère, avaient également été visées, sans donner davantage de détails.

 

Cette attaque intervient dans un contexte de tension sécuritaire persistante dans la zone. L’une des usines ciblées avait déjà fait l’objet d’une attaque armée le 1er juillet 2025. Début janvier, des alertes émises par les populations locales avaient conduit certaines entreprises à évacuer leur personnel par mesure de précaution.

 

À la suite des événements, les forces de sécurité ont suspendu temporairement la traversée du fleuve dans la zone pour des raisons sécuritaires.

 

Les autorités locales n’avaient pas encore communiqué officiellement sur l’identité des assaillants ni sur les suites de l’opération. Plusieurs sources sécuritaires estiment toutefois que l’attaque correspond au mode opératoire du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, connu pour cibler les intérêts économiques.

 

Environnement : le Mali redistribue les compétences

Les autorités maliennes ont redéfini les compétences territoriales en matière d’assainissement et de protection de l’environnement. Lors du conseil des ministres du 7 janvier 2026, elles ont procédé à la redistribution des compétences administratives en matière d’assainissement et d’environnement entre les différentes collectivités. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans l’effectivité de la décentralisation et de nouvelles mesures dans le domaine de l’environnement.

 

Le conseil des ministres du 7 janvier 2026 a adopté deux projets de décret au compte du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Ces nouveaux textes précisent les compétences transférées aux collectivités territoriales en matière d’environnement. La nouvelle loi de 2023 portant organisation administrative a consacré la suppression de la collectivité territoriale cercle. Cette nouvelle organisation administrative a rendu nécessaire « la relecture du Décret n°2014-0572/P-RM du 22 juillet 2014 et du Décret n°2018-0079/P-RM du 29 janvier 2018 fixant respectivement le détail des compétences transférées de l’Etat aux Collectivités territoriales en matière d’assainissement, de lutte contre les pollutions et nuisances et de gestion des ressources forestières et fauniques », justifie le conseil des ministres.

Ainsi les décrets adoptés précisent l’organisation des compétences transférées entre les communes, les régions et le district de Bamako tout en mettant l’accent sur l’appui-conseil que les services de l’Etat doivent apporter aux collectivités décentralisée s dans les domaines de l’environnement, l’assainissement et le développement durable.

Le transfert de ces compétences vise à assurer une efficacité de la gestion environnementale tout en maintenant la coordination de l’Etat. En effet, ces questions locales méritent une réponse locale ancrée dans une politique commune.

Le Mali fait face à de multiples défis environnementaux, parmi lesquels la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’adaptation au changement climatique ou encore la transition vers une économie verte.  La répartition efficace des compétences dans ces domaines et une meilleure coordination sont les gages d’une réussite en matière de gestion environnementale. C’est en tout cas, l’objectif de ces nouveaux textes qui visent d’une part à redéfinir les responsabilités en matière environnementale entre les collectivités et l’Etat et à asseoir une meilleure application des reformes administratives entreprises depuis plusieurs années.

 

 

Côte d’Ivoire : le procès de Mahamadou Hawa Gassama fixé au 9 janvier 2026

Mahamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali, sera jugé par la justice ivoirienne pour offense au chef de l’État et diffusion de propos jugés outrageants. Après six mois de procédure, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel d’Abidjan pour une audience prévue ce vendredi 9 janvier.

La procédure judiciaire impliquant Mahamadou Hawa Gassama, personnalité politique malienne et membre du Conseil national de transition, franchit une étape décisive en Côte d’Ivoire. Le dossier, instruit depuis son arrestation le 2 juillet 2025, a été officiellement renvoyé devant le tribunal correctionnel de première instance d’Abidjan-Plateau, où il doit comparaître pour répondre des faits qui lui sont reprochés.
Selon les autorités judiciaires ivoiriennes, l’instruction menée par le juge d’instruction a permis de réunir des éléments considérés comme suffisants pour un procès au fond. Cette décision, matérialisée par une ordonnance de renvoi notifiée à la défense à la fin décembre 2025, consacre l’ouverture d’un débat contradictoire portant sur des infractions prévues et réprimées par le Code pénal de Côte d’Ivoire. Les poursuites engagées contre M. Gassama portent notamment sur des faits d’offense au chef de l’État ivoirien, en référence à l’article 264 du Code pénal, ainsi que sur la diffusion, par voie électronique, de propos jugés outrageants, infraction prévue et réprimée par l’article 387 du même code. Selon le parquet, ces faits reposent sur des contenus diffusés sur les réseaux sociaux et attribués à l’intéressé.
Depuis son interpellation en juillet 2025, l’intéressé est détenu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), où il est maintenu en détention préventive dans l’attente de son procès. Cette détention prolongée, comparable à plusieurs autres affaires sensibles dans la sous-région, fait elle aussi partie du débat sur l’équilibre entre liberté d’expression et respect des institutions.
L’affaire a suscité une attention particulière tant au Mali qu’en Côte d’Ivoire, du fait du profil politique du prévenu et de la dimension transnationale que revêt ce dossier. M. Gassama, auparavant député au Mali, est devenu une figure connue pour ses prises de position publiques, dont certaines, selon les autorités ivoiriennes, ont dépassé le cadre autorisé par la loi en matière de communication et de respect des institutions de l’État.
La défense de M. Gassama est assurée par Me Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre et avocat de renom inscrit aux barreaux de Bamako et de Paris. Selon Me Konaté, la stratégie repose sur le respect de la présomption d’innocence, principe fondamental du droit pénal, ainsi que sur l’analyse des textes applicables en Côte d’Ivoire. L’équipe de défense n’exclut pas l’exercice des voies de recours prévues par la législation ivoirienne, en cas de besoin, pour garantir une procédure conforme aux normes internationales et nationales.
En attendant l’audience fixée à demain vendredi 9 janvier 2026, la défense appelle à la retenue et au respect du processus judiciaire en cours, soulignant que seule la justice est habilitée à se prononcer sur les responsabilités pénales.
Autour de cette affaire, les débats vont au-delà du cas individuel pour interroger, dans la région, les équilibres entre liberté d’expression, responsabilité pénale et coopération judiciaire entre États voisins.

Après trois mois d’arrêt : Diarra Transport autorisée à reprendre la route

La compagnie malienne Diarra Transport a été autorisée à reprendre ses activités de transport interurbain et international à compter du jeudi 8 janvier 2026, après près de trois mois d’interruption.

 

L’entreprise avait été contrainte de suspendre ses services dès septembre 2025, à la suite de menaces proférées par des groupes armés opérant sur certains axes routiers du pays.

 

Selon leurs déclarations, les groupes armés reprochaient à Diarra Transport de transporter des éléments des forces de sécurité maliennes et de remettre aux autorités certains passagers interceptés sur les axes routiers, présentés par ces groupes comme des complices présumés de réseaux terroristes, selon leurs propres accusations.

 

La situation avait pris une tournure publique à la mi-octobre 2025, lorsque la directrice de la compagnie avait diffusé une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle elle présentait des excuses et sollicitait l’apaisement. Quelques jours plus tard, la diffusion d’un autre message attribué à un groupe armé évoquant un possible accord avait suscité de nombreuses réactions.

 

Face à ces développements, le ministère des Transports avait annoncé, le 22 octobre 2025, l’interdiction formelle de toute reprise des activités de Diarra Transport, invoquant des raisons d’ordre public et de sécurité, dans un contexte marqué par une forte pression sur les corridors routiers.

 

À l’issue de vérifications administratives et sécuritaires menées à la fin de l’année 2025, les autorités ont finalement levé la suspension, ouvrant la voie à une reprise progressive des liaisons.

 

Cette décision est suivie avec attention dans un pays où le transport routier constitue un maillon essentiel de la mobilité des personnes et des échanges économiques, malgré une insécurité persistante sur plusieurs axes stratégiques.

 

Attaque contre le site minier de Morila : Des dégâts matériels enregistrés 

Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2026, des hommes armés ont pris pour cible le site de la mine de Morila, situé dans la région de Sikasso, dans le sud du pays. Les assaillants ont pénétré sur le site en milieu de journée et provoqué des dégâts matériels, notamment l’incendie de certaines installations, selon des sources concordantes.

 

Les forces de sécurité maliennes ont été déployées rapidement sur place pour reprendre le contrôle du site et sécuriser la zone. Des employés qui avaient été temporairement retenus par les assaillants ont été libérés dans la soirée, sans blessure signalée.

 

Le site de Morila, qui détient des réserves estimées à environ 2,5 millions d’onces d’or, fait partie des plus importantes concessions aurifères du pays. En octobre 2025, il avait fait l’objet d’un accord de partenariat entre l’entreprise minière publique malienne et la société américaine Flagship Gold, dans le cadre d’un projet de relance de la production.

 

L’attaque de Morila intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes au Sahel. Dans la sous-région, des groupes armés ont multiplié ces dernières années les actions visant non seulement des forces de sécurité et des civils, mais aussi des infrastructures économiques et des sites d’intérêt stratégique, selon des analyses de sécurité régionale.

 

Des données récentes indiquent que certaines organisations armées ont ciblé des entreprises minières et autres installations économiques dans plusieurs pays du Sahel, y compris des raids contre des sites et des kidnappings liés à des activités extractives.

 

Des attaques similaires ont aussi été signalées dans la région de Kayes, visant des entreprises et chantiers industriels, ce qui a contribué à interrompre temporairement certaines opérations.

 

Si le Mali reste l’un des principaux producteurs d’or en Afrique, ces incidents soulèvent des questions sur la sécurité des investissements étrangers et des infrastructures économiques, dans un climat de menaces sécuritaires élargies qui touchent plusieurs pays de la région.

 

Les autorités maliennes n’ont pas encore publié de bilan détaillé des pertes matérielles ou des conséquences économiques de l’attaque. Les opérations sur le site de Morila sont rapportées comme ayant été suspendues dans l’immédiat, le temps d’évaluer les dégâts et de renforcer la sécurité autour des installations.

Marché commun : L’État lève 40 milliards de francs CFA lors de sa première opération financière de 2026

Le Mali a levé 40 milliards de francs CFA sur le marché financier régional lors de sa première opération de financement de l’année, organisée le mercredi 7 janvier 2026. L’opération s’est déroulée sur le marché commun de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui permet aux États membres d’emprunter des fonds auprès d’investisseurs de la région.

 

Selon les données officielles du marché régional, les investisseurs ont proposé un montant total d’environ 46,9 milliards de francs CFA, soit davantage que les 40 milliards recherchés par le Trésor malien. L’État a finalement retenu le montant initialement prévu, confirmant le succès de cette opération.

 

Cette émission constitue la première mobilisation de ressources du Mali sur le marché régional en 2026, conformément au calendrier habituel des adjudications hebdomadaires. Elle intervient après plusieurs opérations similaires menées en 2025, au cours desquelles le Trésor malien avait déjà levé plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pour couvrir ses besoins budgétaires.

 

Les fonds ont été obtenus à travers des emprunts à court et moyen terme, avec des remboursements prévus sur des périodes allant de six mois à cinq ans. Ce type de financement permet à l’État de disposer rapidement de liquidités, tout en répartissant le remboursement sur plusieurs années.

 

Le recours au marché financier régional constitue l’un des principaux moyens de financement des États de l’UEMOA. Il repose essentiellement sur la participation des banques et des institutions financières de la région, qui achètent des titres émis par les Trésors publics des pays membres.

 

Pour le Mali, cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion des finances publiques, dans un contexte marqué par des besoins de trésorerie importants et des contraintes économiques persistantes.

 

La capacité du pays à lever le montant recherché dès sa première opération de l’année est suivie de près par les acteurs du marché régional.

 

Crises africaines : L’Union africaine face au défi de l’action

Plusieurs conflits armés demeurent actifs en République démocratique du Congo, au Soudan, dans le Sahel et dans la Corne de l’Afrique, avec des conséquences humaines et sécuritaires majeures. Dans ce contexte, l’Union africaine peine à s’imposer comme un acteur central, tandis que les initiatives diplomatiques et sécuritaires sont largement portées par des puissances extérieures.

De l’est de la République démocratique du Congo au Soudan, les dynamiques de violence continuent de s’intensifier ou de se fragmenter. En RDC, les affrontements impliquant des groupes armés aux ramifications régionales provoquent des déplacements massifs de populations et fragilisent davantage un État déjà sous pression. Malgré des cadres de dialogue existants et des accords successifs, les combats se poursuivent, mettant en évidence l’incapacité des mécanismes africains à imposer une désescalade durable.

Au Soudan, le conflit déclenché en 2023 a entraîné l’effondrement quasi total des structures étatiques. Les violences récurrentes, y compris contre des installations humanitaires et onusiennes, illustrent une guerre devenue incontrôlable, où les appels de l’Union africaine à un cessez-le-feu restent sans effet concret. La situation humanitaire y est aujourd’hui l’une des plus graves au monde, avec des millions de déplacés et de réfugiés.

Au Sahel, la persistance des groupes armés et la recomposition des alliances régionales traduisent une instabilité durable. Face au relatif effacement de l’Union africaine, certaines organisations sous-régionales, dont la CEDEAO, tentent de s’affirmer sur la gouvernance, les transitions politiques et la sécurité, malgré des divergences internes et des capacités opérationnelles inégales.

Face à ces crises, l’Union africaine apparaît souvent en retrait, les médiations les plus visibles étant menées par des acteurs extérieurs comme les États-Unis, le Qatar ou certaines puissances européennes. Si ces initiatives maintiennent parfois le dialogue, elles restent largement guidées par des intérêts stratégiques liés aux ressources, à l’énergie, à la sécurité maritime et à l’influence géopolitique.

Cette situation alimente le sentiment d’une marginalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Cantonnée à un rôle surtout normatif, l’Union africaine peine à traduire ses positions en actions concrètes, tandis que la multiplication des conflits interroge quant à sa capacité réelle à prévenir et résoudre les crises.

Le sommet de l’Union africaine de février 2026 est attendu comme un test de la capacité de l’organisation à renforcer son rôle opérationnel dans la gestion des crises, notamment sur les mécanismes de prévention, de médiation et de financement de la paix, à l’épreuve de conflits persistants.

Massiré Diop

Biennale artistique et culturelle 2025 : Bougouni sur la plus haute marche

La Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025 s’est achevée le 28 décembre dans la cité des 333 saints. Au terme de plusieurs jours de compétition et de célébration des expressions culturelles nationales, la région de Bougouni s’est hissée sur la plus haute marche du podium.

L’événement, placé sous le signe de la résilience et de l’unité nationale, a connu une clôture solennelle et festive au stade municipal, en présence d’un public nombreux et d’autorités politiques, coutumières et religieuses.

Présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, le général de division Abdoulaye Maïga, au nom du Président de la Transition, cette cérémonie a été l’occasion de couronner les lauréats de cette édition historique, la première organisée dans une région du nord du pays.

La région de Bougouni a remporté la première place avec 92 points, saluée pour la qualité et la cohérence de ses prestations artistiques. Elle est suivie par la région de Dioïla (90 points) et la région hôte Tombouctou (85 points), toutes distinguées pour leur engagement culturel et leur créativité.

Un prix spécial du Président de la Transition, doté d’un million de francs CFA, a également été attribué à la troupe de la région de Kidal, récompensant la richesse de son expression artistique.

Dans son allocution, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a salué la forte mobilisation des participants et du public, affirmant que « la Biennale demeure un cadre majeur de valorisation des expressions culturelles nationales ».

Il a insisté sur l’importance de la culture comme vecteur de cohésion sociale, de paix et de développement, réaffirmant l’engagement de l’État à faire de ce secteur un pilier stratégique de la reconstruction nationale.

La cérémonie a également été marquée par la remise de diplômes d’honneur, de médailles et de distinctions diverses, ainsi que par des moments de célébration collective entre artistes, autorités et spectateurs.

À l’issue de cette édition, le Premier ministre a annoncé les régions hôtes des prochaines biennales : Bougouni en 2027, Koulikoro en 2029 et Gao en 2031, scellant ainsi l’avenir de cette manifestation culturelle d’envergure nationale.

La biennale de Tombouctou 2025 restera dans les mémoires comme un moment fort de rassemblement autour de l’art, de la tradition et de l’expression malienne, dans une ville symbole de patrimoine et de résistance culturelle.

Mohamed Kenouvi

 

Confédération AES : Une feuille de route consolidée pour la souveraineté, la sécurité et le développement

Réunis le 23 décembre 2025 à Bamako, les Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) ont clos leur 2ème session ordinaire par une série de décisions majeures. Sécurité collective renforcée, approfondissement de l’intégration institutionnelle, affirmation diplomatique et priorités de développement endogène ont marqué les conclusions de ce sommet stratégique pour l’avenir de l’espace confédéral.

Le Collège des Chefs d’État a d’abord passé en revue l’état d’exécution des décisions issues de la première session tenue à Niamey en juillet 2024. Les dirigeants ont pris note, avec satisfaction, du relevé des conclusions de la première session du Conseil des ministres de l’AES, organisée à Bamako les 20 et 21 décembre 2025, et en ont entériné les recommandations jugées pertinentes. Les rapports relatifs à la mise en œuvre de la feuille de route de l’An I ainsi qu’aux négociations entre l’AES et la CEDEAO ont également été examinés et approuvés.

Le sommet a salué le leadership exercé par le Président Assimi Goïta dans la phase de mise en place de la Confédération. Les Chefs d’État se sont félicités des progrès réalisés dans la consolidation de l’identité politique et institutionnelle de l’AES, matérialisée notamment par l’adoption d’un logo, d’un drapeau, d’un hymne, d’une devise, de documents d’identité confédéraux, ainsi que par la création d’outils médiatiques et financiers communs, dont la Télévision et la Radio AES et la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement.

Quatre protocoles structurants adoptés

L’un des temps forts de cette session a été l’adoption de plusieurs protocoles additionnels destinés à renforcer l’architecture institutionnelle de la Confédération. Les Chefs d’État ont ainsi validé des instruments juridiques relatifs à la défense et à la sécurité, à la coordination diplomatique, à la coordination des actions de développement, ainsi qu’à l’organisation des sessions confédérales des Parlements. Il a été instruit au Conseil des ministres de veiller à leur mise en œuvre diligente et efficace.

Dans le domaine sécuritaire, le Collège a réaffirmé sa détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Les tentatives de déstabilisation des États membres, y compris celles soutenues par des acteurs étatiques étrangers, ont été fermement condamnées.

Les Chefs d’État se sont également félicités de l’excellence de la coordination entre les Forces de défense et de sécurité, notamment à travers les opérations conjointes ayant permis de réduire significativement les capacités de nuisance des groupes terroristes.

Sécurité et souveraineté renforcées

La session a également consacré l’entrée en activité officielle de la Force unifiée de la Confédération AES (FU-AES), marquée par la remise solennelle de son étendard le 20 décembre 2025.

Dans un contexte géopolitique jugé complexe, les Chefs d’État ont appelé à un renforcement de la coopération judiciaire afin de mieux défendre la souveraineté juridique des États membres et de contrer les campagnes de désinformation et de harcèlement judiciaire visant les ressources naturelles de la Confédération.

Sur le plan diplomatique, le Collège a salué les efforts ayant permis à l’AES de s’imposer comme un acteur géopolitique crédible dans la sous-région et au-delà. La concertation préalable aux grandes rencontres internationales et la coordination des positions communes ont été encouragées, tout comme l’implication accrue de la diaspora dans la dynamique de développement et de communication confédérale.

Développement endogène

En matière de développement, les Chefs d’État se sont réjouis des résultats enregistrés, notamment l’opérationnalisation du prélèvement confédéral et la création de la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement, instruments clés du financement endogène.

La convergence des politiques économiques, la transformation locale des matières premières, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes ont été identifiées comme des priorités pour bâtir une AES des peuples.

Ibrahim Traoré prend les commandes

À l’issue des travaux, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a été désigné Président de la Confédération des États du Sahel pour un mandat d’un an.

Dans son discours d’acceptation, il a placé son action sous le sceau de la continuité, tout en appelant à une mobilisation accrue pour répondre aux aspirations des populations.

En clôturant la session, le Président Assimi Goïta a exprimé sa confiance dans l’avenir de l’AES, affirmant que la Confédération poursuit sa marche résolue vers l’émancipation, la stabilité et la prospérité partagée.

Mohamed Kenouvi

Restriction d’entrée aux USA : les motifs de l’ajout du Mali

À compter du 1er janvier 2026, les ressortissants maliens seront soumis à une restriction d’entrée aux États-Unis dans le cadre d’un dispositif sécuritaire américain. Les motifs avancés, leurs implications concrètes et les voies de réévaluation prévues permettent d’en mesurer la portée réelle.

À quelques jours de son entrée en vigueur, la restriction américaine visant les ressortissants du Mali s’inscrit dans un cadre juridique déjà mobilisé par l’exécutif des États-Unis pour ajuster sa politique d’admission. Le texte officiel ne cible pas un événement précis ni une défaillance ponctuelle imputée aux autorités maliennes. Il intègre le Mali à un groupe de pays pour lesquels Washington estime que les conditions actuelles ne permettent pas d’assurer un niveau de contrôle jugé conforme à ses exigences de sécurité.
Cette décision ne concerne pas uniquement le Mali. Les ressortissants du Niger et du Burkina Faso, également membres de l’Alliance des États du Sahel, sont soumis au même régime de restriction, traduisant une appréciation américaine globale de la situation sécuritaire dans l’espace sahélien.
Les motifs explicitement associés au Mali reposent sur une appréciation générale de la situation sécuritaire. Les autorités américaines évoquent un contexte de conflit armé persistant et la présence de groupes qualifiés de terroristes disposant, selon leur analyse, de capacités d’action dans certaines zones du territoire. Cette lecture est présentée comme un facteur de risque suffisant pour justifier la suspension de l’entrée des ressortissants maliens, indépendamment de leur profil individuel.
Il convient de souligner ce que le texte ne met pas en avant. Aucune référence chiffrée n’est faite à des dépassements de durée de séjour, à des fraudes documentaires spécifiques ou à un défaut mesurable de coopération consulaire. Les arguments retenus relèvent d’une approche structurelle et sécuritaire, inscrite dans une perception régionale plus large du Sahel, régulièrement abordé dans les documents américains sous l’angle de l’instabilité et de la lutte contre les groupes armés.
Sur le plan pratique, la mesure s’appliquera aux ressortissants maliens se trouvant hors des États-Unis au 1er janvier 2026 et ne disposant pas d’un visa valide à cette date. Les visas délivrés antérieurement ne sont pas automatiquement annulés par le dispositif. Des exceptions sont prévues, notamment pour les résidents permanents, certaines catégories diplomatiques, les binationaux voyageant avec un passeport non concerné, ainsi que pour des cas examinés au titre de l’intérêt national américain.
Les conséquences se font déjà sentir dans plusieurs secteurs. Les projets académiques, les déplacements professionnels, les échanges culturels et les tournées artistiques sont directement affectés par l’incertitude créée autour des procédures d’entrée. Pour les familles et les membres de la diaspora, la restriction complique les mobilités et prolonge des séparations parfois déjà éprouvantes.
L’impact dépasse ainsi le seul cadre administratif pour toucher des dynamiques humaines et économiques plus larges.
La mesure n’est toutefois pas présentée comme définitive. Le dispositif américain prévoit des mécanismes de réévaluation périodique, généralement tous les six mois.
Ces revues permettent d’examiner l’évolution de la situation des pays concernés et d’apprécier les efforts consentis en matière de sécurité, de coopération administrative et de procédures d’identification. Dans des cas antérieurs, certains États ont été retirés de listes similaires à l’issue de processus techniques et diplomatiques progressifs, souvent menés hors de l’espace public.
Au-delà du cas malien, cette décision illustre une tendance plus générale au durcissement des politiques de mobilité internationale, où les considérations sécuritaires pèsent de plus en plus lourd dans l’accès aux territoires.
Pour les pays de l’AES, l’enjeu dépasse la seule levée d’une restriction administrative. Il renvoie à leur capacité collective à peser sur la perception internationale de leur environnement sécuritaire, sans fragiliser les échanges académiques, culturels et humains.

Le risque de la privatisation des conflits armés en Afrique de l’Ouest : Enjeux et conséquences

Nos États sont confrontés à une recrudescence de violences armées et à une menace terroriste persistante. Face à ces défis sécuritaires incessants, une tendance majeure se dessine : le recours croissant des États à des sociétés privées militaires. Ce phénomène, qui marque une étape vers la privatisation de la guerre, soulève des questions fondamentales sur la souveraineté étatique, la sécurité régionale et le respect des droits humains.

Ce recours aux acteurs privés s’explique par des impératifs à la fois opérationnels et politiques, mais il engendre des conséquences systémiques qui menacent la stabilité à long terme du continent.

Les facteurs du recours à la sécurité privée

Le choix des États africains d’externaliser une partie de leurs fonctions de défense et de sécurité repose principalement sur deux motivations interdépendantes : la faiblesse structurelle des armées nationales et la recherche d’une couverture politique. Ces facteurs s’expliquent par :

1-La carence des moyens étatiques

De nombreux États africains souffrent d’un sous-équipement chronique et d’un manque de moyens logistiques et humains pour faire face efficacement aux guerres asymétriques et au terrorisme. Les armées nationales peinent à couvrir l’étendue de leurs territoires et à maintenir une présence opérationnelle constante. Dans ce contexte, les sociétés privées militaires offrent une solution de substitution rapide et flexible, fournissant des expertises, des technologies et des troupes immédiatement disponibles, sans les longs délais de formation et d’acquisition d’équipement requis par les forces armées régulières.

2-L’opportunité politique et la gestion de l’opinion

Le deuxième aspect est d’ordre politique. L’engagement de contractants privés permet aux dirigeants de minimiser l’impact politique des conflits sur l’opinion publique nationale. En cas de pertes humaines ou matérielles, celles-ci sont imputées aux sociétés privées plutôt qu’aux forces armées nationales. Cette externalisation des pertes en vies humaines et des ressources matérielles permet aux gouvernements de se prémunir contre la critique et de maintenir un récit de « guerre sans victimes » au sein de leurs propres rangs, facilitant ainsi la gestion politique des opérations militaires.

Les risques systémiques de la privatisation des conflits armés

Si le recours aux sociétés privées militaires apporte des avantages tactiques immédiats, il introduit des risques majeurs qui sapent les fondements de l’État de droit et exacerbent les violences.

1-L’escalade des coûts et l’aggravation des violences structurelles

Contrairement à l’idée reçue, la privatisation de la défense n’est pas une solution économique. Elle entraîne une augmentation significative des budgets de défense, les contrats avec les services privés militaires étant souvent coûteux. De plus, l’introduction d’acteurs dont le profit dépend de la persistance du conflit risque d’entraîner une aggravation des violences structurelles. Ces sociétés peuvent avoir un intérêt direct à prolonger les hostilités ou à déstabiliser des régions pour justifier la reconduction de leurs contrats, transformant la guerre en une industrie lucrative et auto-entretenue.

2-Le déficit de contrôle et les violations des droits humains

Le risque le plus grave réside dans le déficit de contrôle étatique sur les actions de ces sociétés. Opérant souvent dans un vide juridique ou dans des zones de non-droit, les services privés militaires peuvent se livrer à de graves violations des droits humains (exécutions extrajudiciaires, violences contre les civils) sans que les États qui les emploient ne puissent ou ne veuillent exercer une supervision effective. L’absence de mécanismes de reddition de comptes clairs et la difficulté à poursuivre ces acteurs en justice créent un climat d’impunité qui compromet les efforts de paix et de réconciliation.

 

En conclusion : la tendance actuelle confirme une évolution vers une privatisation des conflits où l’industrie militaire privée se profile comme un acteur géopolitique incontournable en Afrique. Si les services privés militaires comblent un vide sécuritaire immédiat, ces sociétés représentent un danger existentiel pour la gouvernance et la stabilité. Les États africains doivent urgemment renforcer leurs capacités militaires nationales et établir un cadre réglementaire international strict pour encadrer l’action des sociétés privées, afin d’éviter que la quête de sécurité ne se transforme en une source d’insécurité et d’impunité durable.

Alassane Maïga

14ème camp national des volontaires : La Croix-Rouge malienne mobilise sa jeunesse autour de l’engagement citoyen

La cérémonie d’ouverture du 14ᵉ camp national des jeunes et des volontaires de la Croix-Rouge malienne, organisée le 19 décembre 2025 à Bamako, a marqué le lancement officiel de quatre jours d’échanges et de renforcement de capacités, dans un contexte où l’action humanitaire demeure un enjeu central pour les communautés.

Cette édition, placée sous le thème « Croix-Rouge malienne, 60 ans d’espérance et d’engagement humanitaire portés par les volontaires », met en lumière le rôle déterminant des plus de 10 200 volontaires qui œuvrent à travers tout le pays, souvent en première ligne face aux urgences humanitaires, sanitaires et sociales.

La cérémonie a enregistré la présence de plusieurs personnalités, notamment le Directeur national de la Jeunesse, représentant le ministre de la Jeunesse et des Sports, des autorités administratives, coutumières et religieuses, ainsi que la Présidente nationale et le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne. Des représentants des structures de jeunesse du pays ont également pris part à l’événement, soulignant l’ancrage institutionnel et citoyen de ce camp national.

Prenant la parole au nom des jeunes volontaires, Aboubacar Doumbia, président de la Commission nationale de la Jeunesse de la Croix-Rouge malienne, a rappelé la vocation première de ce rassemblement.

Selon lui, le camp constitue « un espace de renforcement des capacités, d’échanges intergénérationnels et de réflexion stratégique », mais surtout un cadre où chaque jeune est appelé à devenir « acteur du changement ».

Il a lancé un appel direct à la jeunesse malienne, l’invitant à rejoindre le volontariat humanitaire, présenté comme « un devoir moral » et « une manière de redonner sans attendre, d’aimer sans condition ».

Pour la Présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, le camp national demeure un pilier fondamental de la dynamique volontaire. « Si le volontariat est un principe, le camp national en est l’incubateur », a-t-elle affirmé, soulignant que ce 14ᵉ rassemblement constitue également un cadre structurant de formation à la citoyenneté responsable et à un engagement humanitaire éclairé.

Elle a exhorté les participants à tirer profit de chaque instant de ce rendez-vous pour apprendre, échanger et renforcer leur engagement au service des communautés.

Représentant les autorités publiques, le Directeur national de la Jeunesse, Ibrahim Boubacar Kalossi, a pour sa part salué l’initiative et rappelé les attentes placées en la jeunesse. Il a décrit le camp comme « un carrefour de réflexion, de formation et d’engagement », destiné à forger des bâtisseurs de paix et des leaders solidaires. Face aux défis auxquels le pays est confronté, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’esprit critique, l’engagement civique et la capacité des jeunes à servir sans distinction.

La cérémonie d’ouverture s’est achevée par un panel animé par le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne et le Directeur général du Centre national de promotion du volontariat. Les échanges ont porté sur le rôle central du volontariat dans l’action humanitaire et la résilience des communautés.

Mohamed Kenouvi