Situation sécuritaire : le gouvernement appelle à une presse « responsable »

Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a animé le 11 mai 2026 à la Maison de la presse un point de presse consacré au contexte sécuritaire postérieur aux attaques terroristes coordonnées du 25 avril. Face aux professionnels des médias, les échanges ont porté sur les enjeux informationnels liés à la crise sécuritaire et sur le rôle attendu de la presse dans cette période jugée sensible.

Devant une salle composée de journalistes, de responsables de médias publics et privés, de syndicats et d’organisations professionnelles, ainsi que d’acteurs de la communication, le ministre était accompagné du président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, ainsi que du président de la Haute autorité de la communication (HAC), Gaoussou Coulibaly.
Dans son intervention, Alhamdou Ag Ilyène a présenté les attaques du 25 avril comme un épisode d’une stratégie plus large de déstabilisation visant le Mali et les États de la Confédération AES.
« La vie d’une nation n’est pas un fleuve tranquille. Chaque pays a ses moments de bonheur, ses moments difficiles et parfois des moments pénibles », a-t-il déclaré, évoquant « des agressions terroristes et politiques portées par une guerre médiatique particulièrement nuisible ».
Le ministre a également rappelé que les événements du 25 avril, qui ont coûté la vie à plusieurs personnes, dont le général d’armée Sadio Camara, ne sauraient être analysés de manière isolée.
Selon lui, ces attaques s’inscrivent dans une série de « pressions », de « tentatives de déstabilisation » et de « campagnes de manipulation » auxquelles les pays de l’AES font face depuis leur engagement en faveur de la souveraineté et de la refondation de leur gouvernance.
Le chef du département de la Communication a insisté sur la nécessité, pour les médias maliens, de mesurer pleinement leur responsabilité dans le contexte actuel. À ses yeux, les défis sécuritaires sont désormais indissociables des enjeux informationnels, dans un environnement marqué par la circulation rapide des contenus numériques et des récits de désinformation.
Une presse appelée à renforcer la vigilance
Tout en saluant « le professionnalisme, le patriotisme et le sens élevé de responsabilité » des hommes et femmes de médias, le ministre a exhorté la presse à contribuer à la préservation de la cohésion nationale.
« Face aux campagnes de désinformation, aux manipulations et aux tentatives de déstabilisation, il est plus que jamais nécessaire de préserver notre espace médiatique responsable, apaisé et engagé dans la défense des intérêts supérieurs de la Nation », a-t-il affirmé.
Le gouvernement, a-t-il assuré, entend maintenir un dialogue « permanent, constructif et responsable » avec les organisations représentatives du secteur. Il s’est également dit disposé à renforcer la concertation avec les associations et syndicats de presse afin de préserver la liberté d’informer dans le respect de l’éthique et de la déontologie, tout en accompagnant les efforts de stabilisation et de souveraineté du Mali.
Dans le même élan, Alhamdou Ag Ilyène a invité les acteurs de la communication à éviter « les amalgames, les discours de division et les informations non vérifiées », appelant à davantage de vigilance face aux manipulations informationnelles.
À la suite du ministre, plusieurs responsables de faîtières de la presse ont réaffirmé leur disponibilité à accompagner les autorités dans la lutte contre la guerre informationnelle visant le Mali, tout en appelant le gouvernement à plus de soutien en faveur de la presse nationale.
Salif Sanogo, coordinateur de Tafouk TV, la télévision de l’AES, a plaidé pour une meilleure coordination entre les médias maliens et ceux de l’AES afin de contrer les fausses informations. « Pour pouvoir combattre les fausses informations, il faut se mettre ensemble. On est trop dispersés », a-t-il estimé.
De son côté, Gaoussou Coulibaly a appelé les journalistes au patriotisme et à l’unité face aux discours de division.
« Avant d’être des hommes de médias, nous sommes d’abord tous maliens », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité de préserver le tissu social et la stabilité du pays.
Mohamed Kenouvi

Quatre scénarios d’évolution de la guerre en Iran

Après avoir décapité le régime iranien, et bombardé les positions du Corps des gardiens de la révolution islamique durant 40 jours, l’administration Trump n’est pas parvenue à obtenir une capitulation, et a laissé l’Iran prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Le régime de Téhéran s’étant attaqué à des infrastructures essentielles dans les États du Conseil de coopération du Golfe, et menaçant le trafic maritime, les États-Unis ont renoué avec la logique TACO (« Trump finit toujours par se dégonfler ») en acceptant un cessez-le-feu. Désormais, la hausse de l’inflation et le ralentissement de l’activité économique laissent présager une période de stagflation – juste à temps pour mécontenter les électeurs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.

 

Quelle sera alors la suite des événements ? Quatre scénarios sont possibles.

 

Dans le premier scénario, l’actuel cessez-le-feu pourrait aboutir à des négociations fructueuses visant à mettre fin aux hostilités militaires ainsi qu’à rouvrir le détroit d’Ormuz. Les États-Unis disposent ici de cartes à jouer, dans la mesure où leur blocus sur la totalité du trafic maritime en direction et en provenance des ports iraniens accentue la pression financière sur le régime. Trump espère probablement qu’une faction plus modérée – éventuellement menée par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf – parviendra à convaincre les partisans de la ligne dure qu’un compromis sur la question nucléaire apportera à la fois un allègement des sanctions et un regain de recettes issues du trafic maritime dans le détroit.

 

Ce scénario est toutefois peu probable, dans la mesure où le régime est capable de supporter des difficultés économiques bien plus longtemps que Trump (compte tenu des élections de mi-mandat qui approchent). De plus, les deux parties demeurent très éloignées sur de nombreuses questions, pas seulement concernant les ambitions nucléaires iraniennes. Les États-Unis s’opposent aux programmes de missiles balistiques et de drones de l’Iran, à son soutien aux groupes islamistes radicaux à travers le Moyen-Orient, aux péages qu’il souhaite imposer au trafic dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’à d’autres aspects. La résolution ne serait-ce que d’un seul de ces points nécessiterait des pourparlers longs et complexes, menés par des négociateurs sérieux et expérimentés.

 

Cette opposition nous conduit à un deuxième scénario, qui verrait le cessez-le-feu se poursuivre, mais les négociations s’éterniser pendant encore quelques mois, et le détroit demeurer bloqué. Telle est globalement la situation actuelle, loin d’être idéale. Le statu quo inflige en effet des dommages économiques et financiers considérables à l’économie mondiale, les prix du pétrole et de l’énergie affichant une tendance à la hausse, dépassant même leur pic atteint durant les 40 jours de guerre ouverte.

 

Dans ces conditions, la croissance mondiale ralentirait, et l’inflation augmenterait. Ce deuxième scénario étant toutefois intrinsèquement instable, il ne durerait probablement pas plus de deux à trois mois. Il céderait nécessairement la place soit au premier scénario (l’un des deux camps fléchirait et se montrerait disposé à faire des compromis pour rouvrir le détroit et garantir un cessez-le-feu plus durable), soit à une escalade du conflit. Les accrochages militaires survenus cette semaine dans le Golfe démontrent en effet la fragilité de tout cessez-le-feu non accompagné d’un accord.

 

Dans le troisième scénario, les États-Unis et Israël intensifieraient le conflit en déployant tous les moyens militaires, économiques et autres à leur disposition pour forcer une capitulation ou l’effondrement du régime. En cas de capitulation, le régime serait contraint d’accepter l’arrêt complet de l’enrichissement nucléaire, et de rouvrir le détroit sans condition. Il s’agirait du dénouement le plus souhaitable pour les États-Unis, l’Europe, l’Asie (Chine incluse) et le reste du monde.

 

Le risque existe bien entendu de voir le régime iranien survivre à une telle escalade. Dans le quatrième scénario, Téhéran utiliserait ce qui lui reste de missiles balistiques, de drones et de forces navales pour infliger d’importants dégâts permanents à encore davantage d’installations énergétiques dans le Golfe, tout en conservant son emprise sur le détroit. Si cela devait se produire, les prix du pétrole grimperaient jusqu’à avoisiner voire dépasser les 200 $ le baril, et nous serions confrontés à une stagflation comparable à celle des années 1970, à une récession mondiale ainsi qu’à un marché baissier du côté des actions.

 

Une escalade pourrait certes pousser les deux camps à trouver une solution négociée, le scénario 2 (celui du statu quo) passant par les scénarios 3 ou 4 avant de déboucher sur le scénario 1. C’est toutefois peu probable, car nous reviendrions à la négociation d’un cessez-le-feu qui, nous le savons désormais, échoue à porter ses fruits. Ainsi, l’escalade risque de dégénérer plutôt que de conduire au retour à un cessez-le-feu négocié.

 

Si Trump espère voir se concrétiser le scénario 1, il s’agit probablement d’un vœu pieux. À Téhéran, ce sont en effet les radicaux et les partisans de la ligne dure qui dominent, eux qui ont déjà démontré leur volonté et leur capacité à supporter les difficultés économiques liées au blocus, et qui n’auront pas à se présenter devant un électorat cet automne.

 

En ce qui concerne les implications économiques et boursières à long terme, le scénario 3 est le plus souhaitable, car il signifierait une réouverture permanente du détroit. Le deuxième scénario le plus favorable serait le scénario 1, qui s’accompagnerait néanmoins du risque de voir l’Iran fermer le détroit à tout moment en cas de menaces américaines ou israéliennes contre le régime. Cette possibilité entraînerait une prime permanente de 15 à 20 % sur le prix du pétrole par rapport au niveau d’avant-guerre. Pour autant, la situation actuelle (le scénario 2) est encore plus négative, dans la mesure où chaque mois durant lequel le cessez-le-feu n’aboutira pas à un accord conduira à davantage de ralentissement de la croissance mondiale et d’augmentation de l’inflation. Seul le scénario 4 serait plus délétère.

 

Compte tenu de ces risques considérables, le fait que les marchés mondiaux aient récemment atteint de nouveaux sommets, à commencer par les actions américaines et asiatiques, peut sembler pour le moins surprenant. J’y vois deux explications. Premièrement, les investisseurs s’attendent à ce que le cessez-le-feu devienne prochainement permanent, d’une manière ou d’une autre, avec pour conséquence une forte baisse des prix du pétrole. Deuxièmement, une hypothèse existe selon laquelle les vents favorables liés à l’essor de l’IA et des centres de données continueront de souffler beaucoup plus fort que les vents contraires liés à la guerre.

 

Ceux qui sont convaincus par cette hypothèse risquent de connaître un réveil brutal. En effet, les marchés anticipent une probabilité de cessez-le-feu permanent plus élevée que de raison (supérieure à 75 %). Par ailleurs, si la situation évolue vers une escalade, la volatilité économique et boursière s’accentuera, tout comme les risques baissiers, même dans le scénario le plus favorable. Même en cas d’escalade suivie d’une capitulation du régime – scénario plus probable qu’une stagflation de type années 1970 – les marchés auront dans l’intervalle significativement sous-estimé le risque de conséquences négatives. Pour quiconque situé du mauvais côté de la transaction, la douleur sera la même, qu’elle dure quelques mois, des années ou plusieurs décennies.

 

Nouriel Roubini, conseiller économique principal chez Hudson Bay Capital Management, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).

 

 Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org

La résilience nationale à l’épreuve

Le Mali vit un panaché de crises, des frustrations sociales aggravées par le problème énergétique et des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, qui continuent d’accentuer la vulnérabilité sociale et de fragiliser la résilience des populations, avec des interpellations sociales croissantes sur la gestion publique.

Les arrangements géopolitiques, notamment le récent retrait de la reconnaissance du Mali à

la RASD, un arrangement en faveur du Maroc, même s’il ne constitue pas une cause directe,

contribue fortement à fragiliser les relations entre le Mali et l’Algérie. Cette tension, à son tour,

risque de servir ou servirait de passerelle aux groupes extrémistes, qui exploitent toute

fracture interétatique.

Pour revenir aux récents événements tragiques, il est important de reconnaître la résilience

du peuple face à ces épreuves et le soutien réaffirmé du peuple à l’armée malienne.

Mais il est d’autant plus important de tirer les leçons de ces événements tragiques. Comment

prendre en compte les frustrations latentes ou ouvertes des communautés, notamment celles

liées à l’accès à l’énergie, aux services de base et à la justice sociale ? Comment fédérer le

peuple malien autour d’un projet de société commun ? Il s’agit notamment d’aller au-delà

d’une reconquête politique ou symbolique de la région de Kidal, en intégrant les dynamiques

sociales de la région à travers des politiques publiques inclusives. Sans cette inclusion concrète,

la reconquête resterait fragile et les frustrations locales continueraient de nourrir la défiance,

voire l’instabilité.

Les autorités doivent :

  • Travailler sur les causes structurelles, en s’attaquant en priorité aux frustrations

concrètes qui nourrissent la défiance entre l’État et les citoyens.

  • Engager une réforme plus poussée du secteur de la sécurité.
  • Proposer un plan de sortie de la transition qui s’inscrirait dans une continuité

productive, en clarifiant la manière dont les attentes sociales seront prises en charge

pour éviter la reprise des tensions sociales.

  • Faire grâce aux détenus politiques et d’opinion, en promouvant une justice

réconciliatrice qui s’accompagne d’un récit inclusif, comme une étape de

reconstruction nationale.

  • Constituer un gouvernement d’union au-delà de toutes considérations partisanes, en

l’ancrant dans des priorités de développement et de solidarité pour qu’il ne soit pas

une simple coalition.

Les frustrations et les divisions sociales constituent le plus grand terreau pour les groupes

armés extrémistes et pour toutes les influences extérieures. Tout comme l’unité et la

réunification nationale, bâties sur des politiques publiques inclusives et une véritable prise en compte des dynamiques locales, constituent le plus solide des remparts face aux ingérences

externes et à tout groupe armé extrémiste.

Élevage, pêche, aquaculture : Cap sur la valeur ajoutée

Du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture se tiennent au Mali autour de la modernisation des filières rurales. L’enjeu est de mieux organiser la production, la transformation et les marchés afin de créer davantage de valeur.

Annoncée en Conseil des ministres, la rencontre s’inscrit dans une démarche de diagnostic et d’écoute des acteurs. Elle porte sur des filières présentées officiellement comme un moteur essentiel pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi pour les revenus ruraux, les recettes locales et l’emploi.

Le poids économique est considérable. Selon les données sectorielles disponibles, l’élevage, la pêche et l’aquaculture sont pratiqués par plus de 85% de la population, procurent des revenus à environ 30% des Maliens et contribuent à près de 19% du PIB. Le pays dispose d’un cheptel estimé à plus de 15 millions de bovins, 32 millions de petits ruminants et 37 millions de volailles.

Ce potentiel contraste avec les limites observées sur le terrain. Les producteurs vendent encore souvent des animaux, du lait ou du poisson avec peu de transformation locale. Les pertes restent liées au manque de froid, de stockage, de transport, d’abattoirs modernes, d’unités laitières et d’équipements adaptés. Les femmes engagées dans le fumage, le séchage, la vente du poisson ou des produits laitiers travaillent souvent dans des conditions fragiles.

La pêche illustre bien ce paradoxe. En 2024, la production nationale de poisson était estimée à 113 218 tonnes, dont 9 040 tonnes issues de la pisciculture, soit environ 8%. Cette part encore limitée montre la marge de progression de l’aquaculture, au moment où 7 milliards de francs CFA ont été mobilisés en 2025 pour soutenir les alliances productives dans la filière poisson.

La modernisation attendue devra donc toucher les infrastructures, le financement et l’organisation des marchés. Chaînes du froid, aliments pour bétail, alevins de qualité, services vétérinaires, bassins piscicoles, routes rurales et dispositifs d’assurance peuvent améliorer la rentabilité. L’exemple de la poissonnerie moderne de Safo montre aussi l’importance d’investissements capables de rapprocher production, conservation et commercialisation.

À l’issue des États généraux, les acteurs attendront des mesures précises, financées et suivies. La modernisation se mesurera aux revenus conservés localement, aux pertes réduites, aux emplois créés et à la capacité du Mali à transformer davantage ses productions animales, halieutiques et aquacoles sur son territoire, au bénéfice des ménages, producteurs et territoires.

Erevan : Le nouveau carrefour de l’Europe politique

Le 8ème sommet de la Communauté politique européenne (CPE) tenu le 4 mai à Erevan, autour de la sécurité, de l’énergie, de la connectivité et de la stabilité du continent. La capitale arménienne a aussi accueilli, les 4 et 5 mai, le premier sommet entre l’Union européenne et l’Arménie.

Créée en 2022, la Communauté politique européenne réunit les États membres de l’Union européenne et des pays non membres autour de sujets communs, sans pouvoir décisionnel contraignant. Pour cette huitième édition, 48 chefs d’État et de gouvernement ont été invités, avec la participation de dirigeants venus de près de 50 pays et organisations partenaires.

Les échanges ont porté sur la résilience démocratique, la connectivité, la sécurité économique et énergétique, ainsi que sur les crises régionales. La guerre en Ukraine a occupé une place importante dans les discussions. Le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a participé aux rencontres, tandis que le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, était également présent à Erevan.

La participation du Premier ministre canadien Mark Carney a marqué cette édition. Le Canada est devenu le premier pays non européen à prendre part à un sommet de la CPE. En marge de la rencontre, Mark Carney s’est entretenu avec Volodymyr Zelenskyy sur la situation militaire en Ukraine et les efforts diplomatiques autour d’une paix durable.

Le choix d’Erevan a donné une portée particulière au rendez-vous. L’Arménie cherche à renforcer ses liens avec l’Union européenne, dans une région marquée par les suites du conflit avec l’Azerbaïdjan et par l’évolution de ses rapports avec la Russie. Le sommet UE–Arménie, organisé les 4 et 5 mai, a réuni António Costa, Ursula von der Leyen et le Premier ministre Nikol Pashinyan.

Cette rencontre bilatérale a porté sur la connectivité, l’énergie, les transports, le numérique, la paix et la coopération dans le Caucase du Sud. Elle s’inscrit dans le cadre du rapprochement entre Bruxelles et Erevan, déjà structuré par l’accord de partenariat global et renforcé UE–Arménie.

La présence d’Emmanuel Macron s’est également inscrite dans ce moment diplomatique. Le Président français, à l’origine de la CPE, a effectué une visite d’État en Arménie et participé au sommet d’Erevan.

À travers ces rendez-vous, la capitale arménienne a concentré plusieurs dossiers européens dont l’Ukraine, l’’énergie, la sécurité régionale et la coopération avec le Caucase du Sud, sans produire de décision commune, mais en multipliant les échanges directs entre dirigeants et partenaires.

Chatbot universitaire au Mali : Vers une révolution des démarches estudiantines

Au Mali, la transformation numérique de l’enseignement supérieur s’accélère, portée par une nouvelle génération de start-up innovantes. Parmi elles, Dev Web Sensei se distingue, avec le développement d’un chatbot universitaire, une solution pensée pour répondre aux difficultés quotidiennes rencontrées par les étudiants dans la gestion administrative de leur parcours.

Présentée lors de la précédente Semaine du numérique, cette innovation s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des services publics et universitaires. En effet, le pays encourage activement les projets technologiques capables d’améliorer l’accès à l’information et de simplifier les démarches, notamment dans un contexte où l’écosystème numérique reste encore en construction.

Le chatbot développé par Dev Web Sensei a pour objectif de réduire les « casse-têtes » administratifs qui rythment la vie estudiantine malienne. Inscription pédagogique, retrait de relevés de notes, informations sur les calendriers universitaires, ou encore procédures de bourses : autant de démarches souvent longues, confuses et centralisées, qui obligent les étudiants à multiplier les déplacements et à affronter des files d’attente interminables.

Grâce à une interface conversationnelle accessible via smartphone ou ordinateur, ce chatbot permettrait d’obtenir des réponses instantanées 24 h/24. Il jouerait ainsi le rôle d’un assistant virtuel capable d’orienter l’étudiant, de lui fournir des informations fiables et, à terme, d’automatiser certaines procédures administratives. Une telle innovation pourrait considérablement fluidifier les interactions entre étudiants et administration.

Cette initiative prend tout son sens dans un environnement où les universités maliennes font face à des défis liés à la digitalisation. L’intégration progressive de l’Intelligence Artificielle dans l’éducation est perçue comme un levier d’efficacité, permettant notamment de gagner du temps et d’améliorer l’accès aux services. Toutefois, les lenteurs administratives restent un frein majeur à la réussite académique.

Avec cette solution, Dev Web Sensei promet moins de stress, moins de déplacements inutiles et plus de clarté dans les démarches. Le chatbot pourrait ainsi transformer l’univers estudiantin en le rendant plus fluide et plus adapté aux réalités numériques actuelles.

À terme, ce type d’innovation pourrait contribuer à bâtir une université malienne plus moderne, où la technologie devient un allié du quotidien plutôt qu’un luxe.

Ibrahim Baby

Afrique subsaharienne : la liberté de la presse recule sur fond de crise

De l’Érythrée (180e) à l’Afrique du Sud (21e) : place mondiale et première dans la zone, « la liberté de la presse n’a jamais été autant malmenée en Afrique subsaharienne », selon Reporters sans Frontières (RSF), dans son classement 2026 de la liberté de la presse. Entre conflits, « criminalisation du journalisme » et situation économique, la liberté de la presse recule.

En 2026, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan encore alarmant de la liberté de la presse à travers le monde. Plus de la moitié des 180 pays classés connaissent une situation « difficile » ou « très grave » de la liberté de la presse. Dans un contexte de politique sécuritaire, des lois plus restrictives remettent en cause la liberté de la presse. En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas, selon RSF. L’environnement restrictif lié aux politiques nationales de sécurité depuis 2001 entrave la liberté d’informer, y compris dans les démocraties, s’inquiète RSF.
En Afrique subsaharienne, la situation reste « très grave » dans cinq pays : l’Érythrée (180e), Djibouti (167e), le Soudan (161e), l’Éthiopie (148e), le Rwanda (139e). Elle est « difficile » dans 24 pays sur 48.
En outre, 57 % de la population mondiale vit dans un pays où la situation de la presse est perçue comme « très grave », et moins de 1 % vit dans un pays où elle est perçue comme « bonne ».
Entraves
La liberté de la presse est au plus bas depuis la création du classement en 1985. En 2025 et 2026, sur les cinq indicateurs de mesure de la liberté de la presse, l’indicateur légal s’est dégradé de plus de 60 % des pays étudiés, soit 110 sur 180.
Les journalistes sont toujours victimes de violences, assassinés ou poursuivis, mais désormais, c’est le « journalisme » qui est criminalisé : par l’instrumentalisation des lois contre la presse, ainsi que par la fragilisation économique.
« Les lois de sécurité nationale ou contre la cybercriminalité sont instrumentalisées pour entraver les journalistes », estime RSF. Le rétrécissement de l’espace civique est une réalité au Sahel. Les reculs observés au Niger (120e, -37 places), au Mali (121e, -2 places) et au Burkina Faso (110e, -5 places) reflètent un climat de « répression » pour les journalistes détenus, souvent pour les mêmes motifs : « atteinte au crédit de l’État », « diffusion de fausses informations » ou « diffusion de reportages pouvant créer des troubles à l’ordre public ».
Dans la région des Grands Lacs, la persistance des conflits maintient les journalistes dans un climat de peur et d’autocensure.

Quand la narration devient enjeu stratégique

Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que le Mali n’est pas seulement confronté à des défis sécuritaires mais aussi à une bataille pour le récit des événements sur la scène internationale. Certaines chaînes étrangères diffusent de manière continue des messages critiques, donnant une visibilité disproportionnée à certains acteurs contestataires. Les autorités maliennes ont choisi de restreindre l’accès de ces médias et de refuser leur invitation. Cette décision souveraine limite la capacité du pays à présenter sa version des faits et crée une asymétrie dans la perception extérieure de la situation.

Ce phénomène rappelle la crise de 2012 lorsque des Maliens se trouvaient sur les mêmes plateaux pour déconstruire les thèses des insurgés. À l’époque, leur présence permettait à l’international de percevoir la complexité de la situation et d’obtenir un débat plus équilibré. Un autre exemple historique est celui du Kosovo en 1999 où les responsables politiques participèrent activement à des réseaux d’information internationaux pour contextualiser leurs décisions et contrer les récits adverses. Cette stratégie contribua à une meilleure compréhension internationale et renforça la crédibilité du pays.

Aujourd’hui, l’absence de voix officielles sur ces médias renforce le monopole du récit critique à l’étranger. Dans un paysage informationnel fragmenté et concurrentiel, la capacité d’un État à engager une communication transparente, proactive et structurée devient un outil stratégique aussi essentiel que la riposte militaire. Affronter directement la narration adverse, comme l’ont montré les exemples de 2012 et du Kosovo, peut produire un contrepoids efficace et préserver l’image du pays à l’extérieur tout en expliquant les choix souverains et en contextualisant les décisions.

Riposte sécuritaire : Les orientations stratégiques à l’épreuve du terrain

Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, les autorités ont enclenché une série de mesures sécuritaires. Si leur déploiement rapide traduit une volonté de reprise en main, leur efficacité dépendra de facteurs plus larges que le seul levier militaire.

L’adoption de seize orientations stratégiques à l’issue du Conseil supérieur de la Défense nationale du 29 avril 2026 marque un tournant dans la réponse sécuritaire de l’État malien face à la menace terroriste.

Sans surprise, ces directives s’articulent autour de piliers classiques en contexte de lutte asymétrique : densification du maillage territorial, intensification des opérations offensives, amélioration du renseignement et renforcement de la coordination entre forces, avec en toile de fond une volonté accrue d’impliquer les populations.

L’objectif est de réduire les marges de manœuvre des groupes armés terroristes en multipliant les points de contrôle, en accélérant les frappes ciblées et en fluidifiant la chaîne décisionnelle. Ce choix répond à une urgence opérationnelle évidente après des attaques coordonnées ayant mis en lumière des failles dans l’anticipation et la prévention.

Une réponse rapide

La mise en œuvre des mesures ne s’est pas fait attendre. Dans le District de Bamako et à Kati, des dispositifs de contrôle renforcés ont été instaurés, avec des barrages filtrants permanents aux principales entrées stratégiques. Les patrouilles mixtes nocturnes, notamment dans les zones périphériques, témoignent d’une volonté d’occuper le terrain et de rassurer les populations.

Parallèlement, les Forces armées maliennes ont intensifié les opérations aéroterrestres, avec des frappes ciblées contre des sanctuaires identifiés dans plusieurs régions. Ces actions offensives, combinées à des opérations de ratissage, visent à désorganiser les capacités logistiques et opérationnelles des groupes terroristes, dont plusieurs éléments auraient été neutralisés, selon l’État-major général de l’armée.

Autre axe majeur : le renseignement. La réactivation de lignes d’alerte citoyenne et l’appel à la collaboration des populations traduisent une reconnaissance implicite du rôle majeur du renseignement humain dans ce type de conflit. Cette dimension, souvent négligée, constitue pourtant un levier déterminant pour la détection précoce des menaces.

Concentration du pouvoir sécuritaire

Dans la continuité des décisions stratégiques, le Général d’armée Assimi Goïta cumule depuis le 4 mai 2026 les fonctions de Président de la Transition et de ministre de la Défense et des Anciens combattants, assisté du Général de division Oumar Diarra, désormais ministre délégué.

Selon certains observateurs, d’un point de vue opérationnel, cette configuration peut favoriser une prise de décision plus rapide et une meilleure cohérence stratégique. En supprimant les niveaux intermédiaires, le commandement gagne en réactivité, un atout crucial face à des groupes mobiles et imprévisibles.

Cependant, cette concentration du pouvoir soulève aussi des interrogations. Elle traduit en partie la nécessité de combler un vide laissé par la disparition d’un acteur-clé du dispositif sécuritaire, mais elle expose également le système à un risque de personnalisation excessive de la gestion militaire.

Les limites d’une approche essentiellement militaire

Si les premières actions témoignent d’un déploiement rapide et structuré, l’impact durable reste incertain. Comme le souligne le chercheur Dr Christian Sambou, spécialiste en paix et sécurité : « la lutte contre le terrorisme ne peut être réduite à une réponse strictement militaire. La réponse la plus structurante ne réside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d’un État-nation inclusif et légitime ».

Cette analyse rejoint une approche défendue par certains experts sécuritaires depuis plusieurs années, selon laquelle une réponse sécuritaire, aussi robuste soit-elle, ne peut à elle seule traiter les causes profondes de l’instabilité.

Dr Sambou avertit également : « Sans dialogue politique crédible, les avancées sécuritaires risquent de rester fragiles ». Même son de cloche chez un autre analyste politique ayant requis l’anonymat : « la réussite des mesures adoptées dépendra de la capacité des autorités à inscrire cette dynamique dans une approche plus large, combinant sécurité, gouvernance et légitimité politique ».

Selon cet interlocuteur, faute de cela, les gains tactiques pourraient rester ponctuels, sans transformation durable du paysage sécuritaire.

Mohamed Kenouvi

Djibrilla Maïga : « des opérations sont en cours pour sécuriser les axes routiers »

Dans cet entretien, le Commandant Djibrilla Maïga, Chef d’Escadron et sous-directeur des Relations publiques de la DIRPA, revient sur les attaques coordonnées du 25 avril 2026, sur la situation sécuritaire sur le terrain, le redéploiement des FAMa à Kidal et les menaces pesant sur les axes routiers. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Que visaient les groupes terroristes lors des attaques du 25 avril 2026 ?
Ce funeste projet, savamment orchestré, visait à attenter à la vie de nos autorités. Les terroristes avaient mobilisé plusieurs véhicules kamikazes. Un premier véhicule était destiné au domicile du ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général d’armée Sadio Camara, tandis qu’un second visait la résidence du Chef de l’État et Chef suprême des armées, le général d’armée Assimi Goïta. Grâce à la promptitude et à la réactivité de nos éléments, une riposte vigoureuse a permis de contenir la menace et de neutraliser le véhicule.
Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui sur le terrain ?
La menace demeure présente, avec des tentatives de réorganisation des groupes terroristes. Cependant, la vigilance de nos militaires sur le terrain, les surveillances aériennes menées par les drones et l’aviation, ainsi que les frappes effectuées, contribuent à désorganiser leurs manœuvres. Nous pouvons également noter les reconnaissances offensives menées par les troupes au sol. Toutes ces actions traduisent une maîtrise de la situation.
Qu’en est-il de Kidal ?
Concernant la région de Kidal, nous sommes en train de réarticuler notre dispositif à travers le repositionnement de certaines unités, conformément au principe de concentration des forces. Il s’agit d’une véritable stratégie de guerre. Face à plus de 10 000 combattants terroristes mobilisés de l’intérieur comme de l’extérieur, nous devons adapter nos méthodes afin de préserver la vie de nos hommes et de préparer la reconquête. Nos éléments sont notamment positionnés à Anéfis et Aguelhok en vue d’une réorganisation et d’une occupation sereine du territoire national. À Labbezanga, le rétablissement du dispositif est effectif.
Le JNIM a annoncé un blocus sur Bamako. Que fait l’armée face à cette menace ?
L’ennemi, désorienté, tente de perturber les axes routiers autour de Bamako à travers des modes d’action complexes, assortis d’infiltrations. Cependant, grâce à l’engagement et à la détermination de nos hommes, les axes Ouelessebougou–Bougouni et Ségou–Bamako restent praticables. Toutefois, les routes de Kayes et de Kita constituent aujourd’hui les principaux axes d’efforts des terroristes. Des opérations sont actuellement en cours pour les sécuriser. Les FAMa restent déterminées à assurer l’approvisionnement du pays en carburant, même au prix de leur sang.

Liberté de la presse : Le Mali entre régulation et information numérique

Le Mali occupe la 121e place sur 180 dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, en recul de deux rangs par rapport à 2025. À l’ère de l’information numérique, le pays cherche l’équilibre entre régulation, sécurité publique et protection du droit d’informer.

La liberté de la presse est consacrée depuis l’ouverture démocratique de 1991. Le paysage médiatique national compte environ 200 à 235 journaux indépendants, dont une soixantaine paraissent régulièrement. À cela s’ajoutent plus de 500 radios, 43 chaînes de télévision, au moins 60 journaux en ligne, ainsi qu’une progression des web TV, web radios et plateformes numériques.

Cette diversité évolue dans un environnement fragile. Les médias font face aux difficultés économiques, à l’insécurité et à la concurrence de contenus publiés par des acteurs non professionnels sur les réseaux sociaux. Si les professionnels jouissent des libertés de presse et d’expression, plusieurs rapports relèvent que les journalistes ne se sentent pas toujours en sécurité.

Cadre légal

Les textes législatifs et réglementaires reconnaissent la liberté d’expression et la liberté de la presse. La Constitution du 22 juillet 2023, promulguée par le décret n°2023-0401/PT-RM, constitue le fondement légal des libertés publiques.

Selon l’article 14 de la Constitution, « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion et d’expression, dans le respect de la loi ». La liberté de la presse va désormais de pair avec le droit d’accès à l’information. Aux termes de l’article 15, « la liberté de presse et le droit d’accès à l’information sont reconnus et garantis ».

Sur le plan réglementaire, la loi n°00-046 du 7 juillet 2000 fixe le régime de la presse et des délits de presse. Elle a eu le mérite de donner un statut au journaliste et de légaliser la convention collective qui sous-tend la profession. Malgré ces avancées, elle comporte des insuffisances que les organisations professionnelles appellent à corriger. L’existence de peines privatives de liberté demeure l’une des faiblesses dénoncées. Les acteurs privilégient les amendes et dommages-intérêts, afin de responsabiliser les journalistes tout en protégeant les victimes d’éventuels délits. Le délit d’offense au chef de l’État ou à un chef d’État étranger est également critiqué, car jugé peu défini et difficile à matérialiser.

L’aide à la presse, consacrée par l’article 32 de cette loi et dont les modalités d’application ont été précisées par le décret n°03-264/P-RM du 7 juillet 2003, complété par l’arrêté n°04-1549 MCNT, n’est plus effective depuis 2019. La loi n°2012-019 du 12 mars 2012 relative aux services privés de communication audiovisuelle introduit le principe d’autorisation préalable et classe les organes en radios commerciales et non commerciales. Mais les charges fiscales sont jugées lourdes et certaines sanctions pénales prévues par ce cadre sont considérées comme restrictives.

D’autres textes influencent l’environnement médiatique. La loi n°98-012 sur les relations entre l’administration et les usagers, la loi n°2013-015 sur les données personnelles et la loi n°2019-056 portant répression de la cybercriminalité concernent directement ou indirectement le travail journalistique, lorsqu’il se fait en ligne. L’absence d’une loi spécifique sur les médias numériques reste un vide signalé par les professionnels.

Régulation et liberté

Depuis le coup d’État de 2020, les médias évoluent dans un environnement sociopolitique et économique plus difficile. Les restrictions imposées aux hommes de médias, les suspensions d’organes et les arrestations de journalistes pour des contenus critiques sont plus souvent signalées par les organisations de défense de la presse. Le contexte sécuritaire et politique pousse plusieurs rédactions à éviter certains sujets sensibles.

Le cas de Youssouf Sissoko, directeur de publication du journal L’Alternance, illustre ces tensions. Arrêté le 5 février 2026, il a été poursuivi pour diffusion de fausses informations, atteinte à la réputation de l’État et insulte envers un chef d’État étranger. Il a été condamné le 24 mars à deux ans de prison ferme et à une amende d’un million de FCFA. Pour les organisations professionnelles, ce dossier relance le débat sur la prison dans le traitement des infractions de presse.

La sécurité physique des journalistes demeure une préoccupation. Le 7 novembre 2023, sur l’axe Gao-Ansongo, le journaliste Abdoul Aziz Djibrilla a été tué, Harouna Attino blessé, tandis que Saleck Ag Joudou et Moustapha Koné ont été enlevés. Dans la région de Mopti, Hamadoun Nialibouly a été enlevé en 2020 et Moussa M’Bana Dicko en 2021. Ces cas montrent que le risque ne se limite pas aux poursuites judiciaires ou aux pressions politiques. Il concerne aussi les déplacements, les reportages en zone d’insécurité et la couverture des violences armées.

Ces violences rappellent que la protection des journalistes relève aussi de la responsabilité de l’État. Garantir la liberté de la presse ne consiste pas seulement à encadrer les contenus ; cela suppose aussi de prévenir les menaces, d’enquêter sur les attaques visant les professionnels des médias et de permettre aux rédactions de travailler sans intimidation.

La régulation des médias est principalement assurée par la Haute Autorité de la Communication. Créée par l’ordonnance n°2014-006/P-RM du 21 janvier 2014, puis ratifiée par la loi n°2015-018 du 4 juin 2015, la HAC veille au respect des obligations applicables aux médias et aux services de communication. Elle intervient par autorisations, cahiers des charges, mises en demeure, suspensions et retraits d’autorisation. Le Comité national de l’égal accès aux médias d’État demeure cité dans les dispositifs liés à l’accès équitable aux médias publics, mais la régulation générale du secteur relève aujourd’hui de la HAC.

En 2024 et 2025, la HAC a notamment suspendu la chaîne Joliba TV à la suite d’une plainte déposée par son homologue du Burkina Faso. Plusieurs stations de radio ont été suspendues pour des émissions jugées critiques ou dans le cadre de l’interdiction faite aux médias de couvrir certaines activités politiques. Pour les autorités, ces décisions s’inscrivent dans le respect des textes. Pour les professionnels, elles doivent rester encadrées par des procédures transparentes et des voies de recours effectives.

Numérique et cybercriminalité

Une part importante des journalistes utilise désormais les réseaux sociaux pour collecter, vérifier, diffuser et promouvoir l’information. Selon des estimations, 75 % de professionnels utilisent ces plateformes. Ce basculement numérique a élargi l’accès du public aux contenus, mais il a aussi créé un espace où circulent rumeurs, propagande, discours de haine, contenus manipulés et fausses informations.

La régulation du numérique répond à des besoins réels. Il s’agit de lutter contre les fausses informations, réduire les discours de haine, encadrer les contenus diffusés en ligne et organiser progressivement le secteur des web médias. Mais cet encadrement doit préserver la liberté d’expression, la liberté de la presse et le pluralisme. Les professionnels demandent une distinction claire entre journalisme, activisme, erreur de bonne foi, faute déontologique et infraction pénale.

La loi n°2019-056 du 5 décembre 2019 portant répression de la cybercriminalité complète l’arsenal juridique relatif au cyberespace. Elle couvre des domaines variés, dont la fraude numérique, l’atteinte à la vie privée, la haine raciale, le terrorisme, les menaces, l’usurpation d’identité et l’espionnage informatique. Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, créé en 2022, participe à l’application de ce dispositif.

Si cette loi est saluée pour sa volonté de sécuriser l’environnement numérique, plusieurs acteurs de la presse en ligne craignent qu’elle puisse être invoquée ou interprétée pour intimider des journalistes, activistes ou voix critiques. Une étude de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest relève que l’arsenal reste dense et marqué par la répression. Elle note aussi que la loi de 2000 ne définit pas suffisamment les délits de presse et ne contient pas de dispositions adaptées aux médias en ligne.

À l’ère numérique, la liberté de la presse se joue donc sur une ligne étroite. Réguler est nécessaire pour combattre la désinformation, les discours de haine et les abus en ligne. Garantir le droit d’informer l’est tout autant pour préserver le pluralisme, le débat public et la confiance des citoyens. Le défi reste de construire une régulation qui organise l’espace médiatique sans affaiblir la liberté d’expression.

 

Hadj 2026 : EgyptAir se retire du dispositif malien

La Maison du Hadj a confirmé le retrait d’EgyptAir des vols prévus au départ et à destination du Mali. Plus de 4 000 inscrits de la filière privée sont concernés, alors que les départs devaient s’ouvrir le 2 mai.

La campagne malienne du Hadj 2026 doit désormais être réajustée. EgyptAir, retenue parmi les transporteurs des pèlerins maliens, a informé son partenaire local Egypt Service qu’elle n’assurerait plus les vols prévus pour cette édition. L’annonce a été faite par le Directeur général de la Maison du Hadj, Dr Abdoul Fatah Cissé, lors d’un point de presse consacré à la situation.
Selon lui, la Maison du Hadj a reçu une « notification officielle » de la compagnie égyptienne annonçant l’arrêt de son programme de vols pour le Hadj 2026 au Mali. Dr Abdoul Fatah Cissé a expliqué que la décision est liée, d’après les éléments transmis par EgyptAir, à un désaccord sur la prise en charge du surcoût du kérosène, ainsi qu’à la situation sécuritaire du pays.
La mesure touche plus de 4 000 candidats, tous inscrits auprès de la filière privée. Ces pèlerins représentent une part importante du contingent géré par les agences, au moment où les formalités de voyage, l’encadrement, l’hébergement et le transport vers l’Arabie saoudite entrent dans une phase décisive.
Pour cette édition, le Mali dispose d’un quota de 13 323 pèlerins, dont 2 000 pour la filière gouvernementale et 11 323 pour la filière privée. Les tarifs officiels sont fixés à 4 166 425 FCFA pour la filière gouvernementale et à 4 675 000 FCFA pour la filière privée, selon les informations publiées par la Maison du Hadj lors du lancement de la campagne.
Le calendrier initial prévoyait le premier départ des pèlerins maliens le 2 mai et le premier retour le 2 juin. Deux compagnies avaient été retenues pour assurer le transport, Ethiopian Airlines et EgyptAir, avant le retrait annoncé de la compagnie égyptienne.
Les rites du Hadj 2026 sont attendus dans la dernière semaine de mai, sous réserve de la confirmation du calendrier lunaire par les autorités saoudiennes. Les prévisions situent le jour d’Arafat autour du 26 mai et l’Aïd al-Adha autour du 27 mai.
Face aux préoccupations des agences et des familles, le Directeur général de la Maison du Hadj assure que les autorités nationales sont saisies du dossier. Il indique que des discussions sont engagées « à un niveau élevé » pour trouver une solution « rapide et appropriée ».
Dr Abdoul Fatah Cissé affirme également que « toutes les dispositions » sont étudiées pour permettre aux pèlerins concernés d’effectuer le voyage. Il appelle les candidats, leurs proches et les agences privées au calme, en attendant les décisions sur les options de transport capables de remplacer les rotations annulées.

Attaques du 25 avril : militaires et figures politiques cités

Le parquet militaire de Bamako a annoncé, le 1er mai, l’ouverture d’une enquête après les attaques du 25 avril contre plusieurs positions des Forces armées et de sécurité. Le communiqué évoque des militaires actifs, radiés ou retraités, ainsi que l’opposant Oumar Mariko, dans les éléments examinés par les enquêteurs.

Le parquet militaire de Bamako a ouvert une enquête à la suite des attaques terroristes survenues le 25 avril 2026 au Mali. Selon le communiqué du procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako, ces attaques ont visé plusieurs positions des Forces armées et de sécurité, notamment à Bamako et Kati, ainsi que le domicile du ministre de la Défense et des Anciens combattants.
Dans son communiqué, le parquet indique que les investigations menées ont permis, à ce stade, d’établir « un faisceau d’éléments solides » relatifs à la complicité présumée de certains militaires, de militaires radiés ou en instance de radiation. Il évoque notamment leur participation à « la planification, à la coordination et à l’exécution » des attaques, avec l’implication alléguée de certaines personnalités politiques, dont le docteur Oumar Mariko.
Oumar Mariko, médecin, ancien député et président du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance, vit en exil depuis plusieurs années. Son nom était récemment revenu dans l’actualité après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il apparaissait aux côtés de personnes présentées comme des militaires maliens détenus par le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda. Dans cet enregistrement, il affirmait avoir rencontré 17 otages et être entré en contact avec le groupe armé dans le cadre d’une démarche visant la libération de certains d’entre eux.
Selon les éléments diffusés autour de cette affaire, des contacts auraient été engagés pour obtenir la libération de quatre personnes. Cette initiative, présentée par l’ancien responsable politique comme une démarche personnelle, avait relancé le débat sur les canaux de contact non officiels avec les groupes armés.
Le communiqué du parquet militaire ne qualifie pas cette démarche de médiation. Il l’inscrit dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte après les attaques du 25 avril et précise que les investigations portent sur les responsabilités présumées dans la préparation et l’exécution des opérations.
Le document cite également Alassane Diallo, dit Abedi, présenté comme un militaire radié et mort au cours des combats ayant visé Kati.
Le parquet affirme aussi avoir identifié plusieurs « présumés coauteurs et complices ». Il cite le sergent Diakaridia Sodio, l’adjudant Moussa Diane et l’adjudant-chef Mamadou Keïta, tous présentés comme militaires en activité, ainsi que Soïba Diarra, présenté comme militaire à la retraite. Selon le communiqué, les premières interpellations ont été effectuées et les autres auteurs, coauteurs et complices présumés sont « activement recherchés ».
Les attaques du 25 avril ont touché plusieurs localités et points stratégiques du pays, dont Bamako, Kati, Sévaré, Konna, Gao et Kidal. Elles ont été revendiquées par le JNIM avec le FLA. À Kati, le ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, a été tué lors d’une attaque contre son domicile.
Le procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako assure que l’enquête en cours et les procédures à venir seront conduites dans « le strict respect de la réglementation en vigueur ». Il indique que les évolutions du dossier seront progressivement portées à la connaissance de l’opinion publique.

Décès du Général Sadio Camara : les hommages de la nation au ministre de la défense

Le Mali a rendu un dernier hommage ce 30 avril 2026 au général de corps d’Armée Sadio Camara, ministre de la Défense, tué dans les attaques du 25 avril 2026. C’est le Président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, qui a présidé les obsèques nationales, sur la place du Génie militaire à Bamako, en présence des autorités administratives et coutumières, ainsi que de plusieurs délégations.

C’est dans une atmosphère chargée d’émotions que le Mali a tenu à honorer la mémoire du ministre de la Défense, Sadio Camara, tué lors des attaques du 25 avril 2026. Autorités, camarades de promotion et famille ont rendu un hommage appuyé au ministre de la Défense ce 30 avril sur la place du 34e bataillon du Génie militaire. Élevé à titre posthume au rang de général d’Armée par le président de la Transition Assimi Goïta, le ministre Sadio Camara a reçu, tour à tour, les hommages de ses frères d’armes et de la nation toute entière. « L’hommage le plus durable sera celui que nous lui rendrons dans nos actes. Que son sacrifice ne soit pas vain », a déclaré, à l’entame, le maître de cérémonie.
« Un grand homme, un digne fils, ou encore un baobab », l’hommage poignant de ses camarades de promotion de la 24e promotion de l’EMIA, a décrit un militaire valeureux et un homme humble, soucieux du bien-être de ses semblables.
« Une vie de service, un héritage de souveraineté »
Sadio Camara incarnait bien ce slogan figurant sur une des affiches géantes rendant hommage à l’illustre disparu. « Compagnon d’armes brusquement et injustement fauché par la barbarie et la traitrise », a souligné le Premier ministre Abdoulaye Maïga, qui a prononcé l’oraison funèbre.
Né le 19 août 1979, Sadio Camara obtient son baccalauréat en 1999 au Prytanée militaire de Kati et entre à l’École militaire interarmes de Koulikoro (EMIA).
De la Chine aux États-Unis, en passant par les théâtres d’opération à Kadiolo, Kidal et Ménaka, il gravit les échelons et occupe de hautes responsabilités. Détenteur de plusieurs distinctions, dont la croix de la valeur militaire et des médailles commémoratives de campagne, sa vie illustre un « engagement pour la refondation de l’outil de défense », qu’il s’efforça de moderniser depuis son arrivée au ministère de la Défense en 2020.
Officier de terrain, il a vécu une réalité cruelle lorsque les zones du nord du pays étaient sous l’emprise terroriste. Dès lors, il s’est érigé contre l’affaiblissement de l’outil de défense, en s’engageant à le perfectionner. Le général de corps d’Armée a contribué à redéfinir les priorités stratégiques. Personnalité modeste et déterminée, il se caractérise par une volonté inébranlable et une fidélité indéfectible à la nation, a ajouté Abdoulaye Maïga.
Dans un environnement marqué par la lutte contre le terrorisme, il gardait un sens aigu des responsabilités et restait « intransigeant quant à la défense des intérêts de l’État ». « Vous avez donné votre sang pour cette terre du Mali que vous avez tant aimée ».
Appelant à « la mobilisation et à l’union autour de notre pays », le Premier ministre a promis que la mort de Sadio Camara sera enseignée « afin que ton engagement soit une boussole ».

Attaques : Les scènes de crime exposées

Au Mali, après chaque attaque, les lieux frappés cessent rapidement d’être seulement des zones d’intervention pour devenir des espaces ouverts, parfois investis avant leur sécurisation complète. Les événements du 25 avril à Bamako, Kati et dans la zone de Sénou s’inscrivent dans une réalité déjà observée lors d’attaques précédentes.

Dans les premières heures, tout se joue, dans un enchaînement rapide. Les forces de sécurité interviennent, les blessés sont évacués, les informations circulent. Autour des sites touchés, des déplacements et des présences s’observent dans un climat encore instable.

Ces lieux ne sont pas uniquement des points d’impact. Ils contiennent des traces essentielles. Leur exploitation exige un contrôle rapide des accès et une organisation rigoureuse des périmètres afin de préserver les indices.

Lorsque cette sécurisation tarde, les scènes se transforment. Des objets sont déplacés, des indices perturbés et certaines personnes perçues comme suspectes sont prises à partie hors de tout cadre judiciaire.

D’un événement à l’autre, le même schéma apparaît : intervention, présence humaine, puis transformation progressive des sites. Une partie des éléments utiles à l’enquête disparaît ou devient difficilement exploitable.

Ce manque de préservation influence ensuite les investigations et limite souvent la portée des résultats rendus publics. Dans le même temps, les informations sur les auteurs et les suites judiciaires restent peu développées dans l’espace public.

Ce décalage se répète et démontre plus que jamais la nécessité impérieuse de sécuriser les lieux et préserver rapidement les scènes comme sources fiables d’enquête.

Au final, c’est la manière dont ces lieux sont protégés après l’attaque qui conditionne la solidité des faits établis et les suites données aux investigations.

Attaques coordonnées : Vers une recomposition inquiétante du paysage sécuritaire

Des attaques simultanées d’une ampleur inédite ont frappé plusieurs villes du Mali le 25 avril 2026. En plus du choc militaire et politique, cette offensive révèle une évolution majeure : la coopération assumée entre groupes jihadistes et séparatistes, incarnée par l’alliance entre le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA).

Le Mali a connu le 25 avril 2026 l’une des journées les plus critiques de son histoire sécuritaire récente. À l’aube, des attaques coordonnées d’une rare violence ont visé simultanément plusieurs centres stratégiques du pays, de Bamako à Kidal, en passant par Kati, Sévaré, Mopti, Konna et Gao. Si les forces armées maliennes ont réussi à contenir l’offensive dans plusieurs zones, le choc est considérable, tant par son ampleur que par sa portée symbolique et stratégique.

Selon les informations recueillies, les premières détonations ont été entendues aux alentours de 5 heures du matin dans la capitale et sa périphérie, notamment à Kati, ville-garnison névralgique au cœur du dispositif militaire malien. Des combats ont éclaté à proximité d’installations militaires et autour de l’aéroport international Modibo Keïta. Dans le centre du pays, notamment à Sévaré et Konna, des affrontements ont également été signalés.

Au nord, la situation a pris une tournure encore plus significative avec la prise de Kidal par les combattants du FLA, marquant un retour dans cette ville stratégique qu’ils avaient perdue trois ans auparavant. Selon le Chef d’état-major général des FAMa, l’armée s’est repositionnée à Anéfis – localité située à une centaine de kilomètres au sud de Kidal – et reste donc présente dans la région.

Le bilan humain de cette vague d’attaques coordonnées est difficile à établir avec précision actuellement, mais plusieurs victimes civiles et militaires sont à déplorer, parmi lesquelles le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le Général Sadio Camara, tué lors d’une attaque contre sa résidence à Kati.

Ampleur sans précédent

Ce qui distingue ces attaques des précédentes, ce n’est pas seulement leur intensité, mais surtout leur degré de coordination. Jamais auparavant une offensive n’avait mobilisé un nombre aussi important de combattants et une logistique aussi complexe, ciblant simultanément des villes éloignées de plusieurs centaines de kilomètres.

Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, cette évolution ne traduit pas nécessairement un changement de stratégie de fond, mais plutôt une montée en puissance opérationnelle : « en réalité, la stratégie des groupes armés n’a pas changé. Seulement, ce qui a peut-être changé c’est l’envergure, la complexité et aussi le nombre de combattants engagés ».

L’expert insiste également sur le caractère minutieux de l’opération, qui soulève des interrogations sur ses soutiens éventuels. « La simultanéité et la coordination des attaques sur des centres stratégiques comme Kati et Bamako démontrent une opération très minutieuse et très professionnelle. Cela nécessite des questionnements sur l’existence de mains invisibles derrière cette stratégie », soutient-il.

Outre l’aspect militaire, cette offensive démontre les vulnérabilités du dispositif sécuritaire, notamment en matière de renseignement et d’anticipation. Toutefois, comme le souligne Yacouba Sogoré, ces défaillances ne sauraient être imputées à un seul acteur, les services de renseignement s’inscrivant dans un système plus large d’alerte et de coordination.

Une alliance aux racines anciennes

L’autre fait marquant de ces attaques réside dans la collaboration entre le GSIM et le FLA. Une alliance qui, bien que surprenante en apparence, s’inscrit dans une continuité historique. Pour Bréhima Ely Dicko, enseignant-chercheur et spécialiste des questions sécuritaires, cette convergence n’a rien d’inédit. « En vérité, moi je ne suis pas surpris par cette alliance. Les passerelles existent depuis 2012 entre les deux camps. Ce n’est que de la récidive », avance-t-il.

Selon lui, les liens personnels et géographiques entre les leaders des deux mouvements, notamment leur ancrage commun à Kidal, facilitent ces rapprochements. Toutefois, ce qui change aujourd’hui c’est le degré de formalisation de cette coopération.

Selon plusieurs sources, un accord aurait été conclu dès mars 2025 entre les deux groupes, avec pour objectif d’éviter les divisions observées lors de la crise de 2012. Cet accord prévoirait une répartition des rôles en cas de conquête territoriale, le FLA étant chargé de l’administration urbaine, tandis que le GSIM conserverait une influence sur les zones rurales.

Un expert des mouvements jihadistes souligne également que cette alliance inclut des éléments structurants tels que l’application de la Charia, la mise en place de juges communs, le partage de compétences militaires et la coordination stratégique.

Convergence d’intérêts

L’alliance entre le GSIM et le FLA repose sur un paradoxe : elle unit deux organisations aux objectifs profondément différents. D’un côté, un mouvement jihadiste poursuivant un projet politico-religieux fondé sur l’instauration de la Charia ; de l’autre, un groupe séparatiste revendiquant une autonomie territoriale pour « l’Azawad ».

Cette convergence repose avant tout sur l’existence d’adversaires communs, à savoir les autorités maliennes et leurs partenaires russes, comme l’a expliqué Jean-Hervé Jezequel, Directeur du projet Sahel à International Crisis Group, chez nos confrères d’une agence de presse étrangère.

Face à cette situation, l’alliance apparaît comme une stratégie pragmatique, fondée sur des intérêts immédiats plutôt que sur une vision idéologique partagée. Elle permet au FLA de renforcer ses capacités militaires grâce à l’expertise du GSIM, notamment en matière d’engins explosifs improvisés et de tactiques de combat.

En retour, le GSIM bénéficie d’un ancrage territorial et d’une légitimité locale accrue dans certaines zones, facilitant son implantation et son influence.

Implications multiples

Les attaques du 25 avril s’inscrivent également dans une stratégie plus large visant à affaiblir l’État malien sur plusieurs fronts. Selon Yacouba Sogoré, elles pourraient être liées à une logique d’asphyxie économique et logistique, notamment en lien avec des perturbations dans l’approvisionnement en carburant.

« Ces attaques étaient déjà planifiées au même moment que le blocus sur le carburant. Mais, en raison de la réponse prompte et énergique du gouvernement, ils ont réajusté ce plan pour frapper maintenant en comptant sur l’effet surprise », analyse-t-il.

Cette combinaison d’actions militaires et de pression économique traduit une volonté d’éroder progressivement les capacités de l’État, tout en envoyant un signal fort sur la capacité des groupes armés à frapper au cœur du pouvoir.

Malgré l’ampleur de l’offensive, les forces maliennes ont réussi à contenir les attaques dans plusieurs zones, empêchant les assaillants d’atteindre leurs objectifs stratégiques. Néanmoins, les pertes humaines et l’impact psychologique de ces événements soulignent la fragilité persistante de la situation sécuritaire.

Une nouvelle phase ?

En plus de l’événement en lui-même, les attaques du 25 avril pourraient marquer un tournant dans la dynamique du conflit au Mali. Elles illustrent une évolution vers des opérations plus complexes, mieux coordonnées et potentiellement plus déstabilisatrices.

Pour Bréhima Ely Dicko, la facilité apparente avec laquelle ces attaques ont été menées appelle à une réflexion approfondie : « des décisions doivent être prises pour qu’il n’y ait pas d’autres attaques, au moins à court terme ».

Si l’alliance entre le GSIM et le FLA, désormais matérialisée sur le terrain, repose aujourd’hui sur des intérêts convergents, son évolution à moyen terme est incertaine. Mais une chose est sûre : elle redéfinit les contours du conflit malien et complique davantage la recherche d’une solution durable.

Face à cette menace, la question de la réponse se pose avec acuité. Si certains estiment que l’approche militaire a atteint ses limites, d’autres, à l’image de Yacouba Sogoré, considèrent qu’elle reste incontournable.

« La réponse, elle est d’abord militaire, quoi qu’on dise. À côté de l’action militaire, d’autres initiatives peuvent être menées et cela a toujours été le cas », estime l’analyste sécuritaire.

Pour lui, en adoptant une Charte pour la paix et la réconciliation et en créant un Observatoire pour sa mise en œuvre, le gouvernement a déjà ouvert une porte au dialogue.

Mohamed Kenouvi

Attaques coordonnées : plusieurs fronts simultanément visés

Des attaques simultanées ont visé le 25 avril 2026 des positions militaires et des centres urbains à Bamako, Kati, Sévaré, Konna, Gao et Kidal. Lancées à l’aube, elles ont donné lieu à des combats dans plusieurs zones avant une accalmie signalée dans la capitale, tandis que des tirs sporadiques persistaient dans le centre du pays en milieu d’après-midi.

Des groupes armés ont mené tôt samedi des attaques coordonnées contre des installations militaires dans la capitale malienne et dans plusieurs régions du pays. Les premières détonations ont été signalées aux environs de 5 heures du matin, notamment à Bamako et à Kati, ville-garnison située à une quinzaine de kilomètres de la capitale. Des tirs ont été entendus autour des installations militaires ainsi que dans les environs de l’aéroport international Modibo-Keïta, dont les activités ont été suspendues au cours de la matinée. L’aéroport international de Bamako a été fermé au cours de la matinée, entraînant la suspension du trafic aérien.
À Kati, des explosions ont provoqué des dégâts matériels dans plusieurs zones, y compris à proximité de résidences de responsables sécuritaires. Cette localité, qui abrite des infrastructures militaires majeures, a déjà été visée le 22 juillet 2022 par une attaque repoussée par les forces armées maliennes, ce qui en fait la seconde attaque enregistrée contre cette ville-garnison sous la transition en cours.
Extension des attaques au centre et au nord
Dans le centre du pays, des affrontements ont été signalés à Sévaré et à Konna, dans la région de Mopti. Des témoins ont fait état de tirs nourris dans les premières heures de la journée. À 10 heures passées, des tirs sporadiques continuaient d’être entendus dans certaines zones et, à Mopti, des détonations étaient encore signalées jusqu’aux environs de 15 heures selon des sources locales.
Dans le nord, des éléments du Front de libération de l’Azawad ont diffusé des images et revendiqué des opérations à Gao et Kidal, affirmant y avoir pris le contrôle de certaines positions, sans confirmation indépendante complète dans l’immédiat. À la différence de ces localités, les attaques enregistrées à Bamako, Kati, Sévaré et Konna n’ont fait l’objet d’aucune revendication officielle au moment des faits.
Attribution des attaques et réponse sécuritaire
L’État-major général des armées a évoqué l’implication de groupes armés terroristes non identifiés, sans désignation précise. Dans un communiqué ultérieur, l’armée a indiqué que la situation était sous contrôle et que plusieurs assaillants avaient été neutralisés, avec des équipements détruits, sans communiquer de bilan détaillé. Des informations concordantes issues de sources sécuritaires et médiatiques évoquent une possible implication du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, sans confirmation officielle.
Les attaques du 25 avril s’inscrivent dans une série d’actions visant des positions militaires et des centres urbains au Mali. Le 17 septembre 2024, des assauts avaient visé simultanément l’école de gendarmerie de Faladié et une base aérienne proche de l’aéroport de Bamako, dans une opération revendiquée par le GSIM/JNIM, entraînant la fermeture temporaire de l’aéroport et une mobilisation sécuritaire dans la capitale.
En début d’après-midi, aucune source officielle ne faisait état de combats en cours dans la capitale. Des réunions sécuritaires impliquant des responsables militaires ont été signalées à Bamako, tandis que des dispositions sont en cours pour organiser une riposte, notamment en direction de Gao et Kidal.
Aucun bilan officiel des pertes humaines et matérielles n’était disponible dans l’immédiat. Des sources locales faisaient état de victimes civiles possibles liées aux tirs et aux déflagrations, sans confirmation chiffrée. Le Maroc, les États-Unis, la Chine et l’Union africaine ont condamné les attaques et exprimé leur soutien aux autorités maliennes.
Par son étendue géographique et la simultanéité des assauts, l’opération apparaît comme l’une des plus vastes attaques coordonnées enregistrées ces dernières années au Mali.

« Amadou et Mariam : Sons du Mali » : Un film entre amour et mémoire

D’abord présenté à l’international, le documentaire consacré au duo Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia  été dévoilé le 17 avril 2026 au public malien. Il retrace plus de cinquante ans de parcours artistique et personnel, à travers une lecture intime mêlant musique, engagement et attachement au Mali.

Le documentaire d’une durée de 1 h 27, réalisé par Ryan Marley, revient sur les débuts, les succès mais surtout le lien qui a structuré la vie d’Amadou et Mariam. De leur rencontre au milieu des années 1970 à l’Institut des Jeunes Aveugles de Bamako, où ils chantaient dans l’orchestre de l’école, à leur mariage et au début de leur carrière commune, jusqu’à leur ascension sur les scènes internationales, de Bamako à Abidjan, en passant par Barcelone et Paris.

Le film privilégie avant tout une lecture intime du parcours du couple. Il met en avant l’histoire de deux jeunes unis à la fois par une déficience visuelle commune et par une passion partagée pour la musique. À force de travail, de persévérance et d’engagement artistique, ils ont porté des messages autour de l’amour, de la paix et de la cohésion sociale, des thématiques constantes dans leur œuvre et dans leur attachement au Mali.

« Plus qu’un couple, une entité »

Le duo musical formé par Amadou et Mariam s’est imposé comme une référence, au-delà de la scène musicale, en incarnant une trajectoire singulière où se mêlent engagement artistique et histoire personnelle.

Tourné entre 2021 et 2023, le film retrace plus de cinquante années de vie commune, entre répétitions, tournées et moments de vie familiale. Il propose une immersion dans un parcours partagé entre exigence artistique et quotidien, tout en revenant sur les grandes étapes d’une carrière internationale.

Échanges gagnants

Avec Manu Chao, la collaboration marque un tournant avec l’album « Dimanche à Bamako », sorti en 2004, qui connaît un succès international. « Beaucoup de concerts, beaucoup de prix, deux Victoires de la musique, un disque d’or, un disque de platine… », rappelle Mariam.

Aux côtés de Matthieu Chedid, Tiken Jah Fakoly ou encore Manu Chao, le duo a multiplié les collaborations et élargi son audience à l’échelle mondiale. Leur dernier album, « L’amour à la folie », est sorti en octobre 2025. Amadou Bagayoko est décédé le 4 avril 2025 à Bamako.

« Amadou est parti mais Mariam et les enfants sont là. Ne nous oubliez pas », s’est en substance exprimée Mariam à l’issue de la projection.

Mali–Maroc : Rabat suspend l’AEVM après le réalignement de Bamako

Le Maroc met fin à l’autorisation électronique de voyage pour les Maliens à partir du 27 avril 2026. Cette décision intervient après des annonces diplomatiques récentes entre Bamako et Rabat.

L’ambassade du Royaume du Maroc à Bamako a notifié la suspension des Autorisations électroniques de voyage accordées aux ressortissants maliens. Cette mesure fait suite à la visite du 10 avril 2026 du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, au cours de laquelle plusieurs annonces ont été faites avec les autorités maliennes.
Le Mali a acté le retrait de sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique, un élément central dans l’évolution des relations entre les deux pays. Dans le même temps, le Maroc a annoncé l’augmentation du nombre de bourses accordées aux étudiants maliens, avec un objectif porté à 300 bénéficiaires.
La suppression du dispositif électronique implique désormais un retour aux procédures de visa classiques auprès des services consulaires marocains. Elle modifie les conditions d’accès au territoire marocain pour les étudiants, les opérateurs économiques et les patients maliens.
Les flux entre les deux pays restent soutenus, notamment dans le domaine universitaire où le Maroc accueille un nombre important d’étudiants maliens dans les filières techniques, médicales et scientifiques.

Filière Riz : le gouvernement rachète 26 030 tonnes de riz invendu

La filière riz vient de bénéficier d’un appui du gouvernement pour faire face aux difficultés d’écoulement de son stock. Environ 26 000 tonnes de riz seront rachetées par le gouvernement et revendues à un prix accessible pour la population.

La filière riz fait face à des difficultés pour écouler son stock de 26 030 tonnes détenues par l’interprofession. Avec des coûts de production élevés, ce riz est moins compétitif que le riz importé.  Pour faciliter l’écoulement de cette quantité, le gouvernement a décidé lors du conseil des ministres, ce 23 avril 2026 de l’opération d’achat et de rachat de ce stock de riz local de l’interprofession de la filière riz.

Par cette opération, le gouvernement décide d’acquérir le stock invendu de 26 030 tonnes de riz détenu par l’interprofession riz en vue de la revente à la population à un prix accessible.

Pour réaliser cette opération l’Etat accordera à l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM), une subvention pour la prise en charge des frais nécessaires à cette opération.

Pour le gouvernement, cette opération vise un triple objectif : soutenir la filière rizicole nationale, préserver le pouvoir d’achat des populations et assurer la stabilité du marché en période de soudure.

La filière riz reste un pilier stratégique de la sécurité alimentaire et de l’économie, représentant environ 5% du PIB. Deuxième producteur de cette céréale en Afrique, le Mali produit environ 2 millions de tonnes chaque année, essentiellement dans la zone Office du Niger, avec une consommation annuelle ayant atteint 2,7 millions de tonnes.

Le Mali dispose d’un potentiel de plus de 2 000 000 d’hectares de terres irrigables, dont environ 15% sont aménagés. Le pays ambitionne d’atteindre 5,5 millions de tonnes par an pour assurer l’autosuffisance et devenir un exportateur, à travers le programme national de riziculture intensive, dont le coût est estimé à 14 milliards FCFA.