Journalisme en Afrique : précarité, menaces et autocensure

Précarité salariale, absence de protection sociale, menaces et autocensure pèsent sur l’exercice du journalisme en Afrique. Un rapport de la Fédération des journalistes africains (FAJ), présenté le 25 octobre à Addis-Abeba, dresse un état des lieux à partir d’une enquête menée auprès de 1 586 professionnels dans 45 pays.

Exercer le métier de journaliste reste difficile pour une large partie des professionnels interrogés. Aux risques liés à la collecte et au traitement de l’information s’ajoutent une précarité économique persistante et des pressions qui peuvent fragiliser leur indépendance. Selon le rapport, 61 % des répondants affirment que leurs revenus tirés du journalisme ne leur permettent pas de couvrir leurs besoins essentiels.
Intitulé Le journalisme assiégé : conditions de travail épouvantables et déclin de la liberté de la presse en Afrique, le document rassemble les réponses de journalistes des cinq régions du continent. Quelque 58 % déclarent subir des retards de salaire, 62 % travaillent sans contrat écrit et 71 % ne bénéficient d’aucune protection sociale. Seuls 4 % estiment que leur rémunération couvre convenablement leurs dépenses essentielles. Les jeunes sont fortement représentés dans l’enquête, les 18-34 ans constituant 53 % des répondants. Les pigistes représentent 29 % de l’échantillon et les collaborateurs et correspondants 18 %.
La peur au quotidien
À cette fragilité économique s’ajoute l’insécurité. Quelque 65 % des journalistes interrogés déclarent avoir subi des menaces ou des actes d’intimidation liés à leur travail au cours des trois dernières années. Seuls 17 % disent se sentir toujours en sécurité dans l’exercice de leur profession, tandis que 55 % éprouvent rarement ou jamais ce sentiment.
Le bilan humain rappelle les risques du métier. Selon la Fédération internationale des journalistes, 18 journalistes et professionnels des médias ont perdu la vie en Afrique en 2025, dont plusieurs dans des circonstances accidentelles liées à leur activité. Les pressions influencent aussi directement le traitement de l’information. Quelque 84 % des répondants reconnaissent pratiquer l’autocensure, occasionnellement ou fréquemment, et 69 % ont déjà évité certains sujets par crainte de menaces. L’ingérence politique est considérée comme la principale menace contre la liberté de la presse par 29 % des personnes interrogées, devant les violences contre les journalistes, citées par 22 %, et les lois restrictives, par 18 %. Parmi les violations effectivement subies figurent les ingérences politiques pour 68 %, les obstacles à l’accès à l’information pour 61 %, la censure pour 57 % et l’intimidation judiciaire pour 49 %. Au total, 65 % jugent la liberté de la presse restreinte ou fortement restreinte dans leur pays. Seuls 6 % la considèrent comme très libre.
Les femmes davantage exposées
Le rapport insiste également sur les risques numériques. Le harcèlement en ligne concerne 36 % des journalistes interrogés, 26 % déclarent avoir subi une surveillance numérique, 24 % des abus sexuels en ligne et 21 % des tentatives de piratage. Pourtant, 63 % n’ont reçu aucune formation en sécurité numérique. Les femmes journalistes apparaissent particulièrement exposées. Pour 76 % des répondants, elles sont confrontées à des risques supplémentaires, notamment le harcèlement sexuel, les violences en ligne fondées sur le genre, les inégalités salariales et les discriminations professionnelles. La pression affecte aussi le bien-être des journalistes. L’insécurité financière constitue la première source de stress pour 38 % d’entre eux, suivie de la peur des agressions avec 24 %. Par ailleurs, 72 % travaillent dans des structures dépourvues de dispositif de soutien psychologique. Près de 44 % déclarent connaître fréquemment un épuisement professionnel et 47 % ont déjà envisagé de quitter le métier.
Face à ces résultats, le président de la FAJ, Omar Faruk Osman, appelle les gouvernements, les employeurs et les institutions concernées à agir sur les conditions de travail. La Fédération réclame notamment des salaires équitables, des contrats écrits, une meilleure protection sociale et des lieux de travail plus sûrs.
Elle demande également des enquêtes rapides sur les agressions contre les journalistes, la réforme des législations utilisées pour les intimider, le respect de l’indépendance éditoriale et des mécanismes spécifiques de protection des femmes journalistes.
Réalisée avec le soutien du Programme multidonateurs de l’UNESCO sur la liberté d’expression et la sécurité des journalistes, l’enquête relie ainsi les conditions matérielles d’exercice du métier à la liberté d’informer. Salaires insuffisants, absence de contrats, menaces et autocensure affectent à la fois les journalistes et les informations auxquelles le public peut avoir accès.
Joseph Amara Dembélé

Ligue 1 Pro Orange : Le championnat reprend ses droits

Initialement prévu le 10 octobre 2026, le coup d’envoi de la Ligue 1 Pro Orange 2026-2027 sera donné ce samedi 31 octobre. Après un premier report demandé par les clubs, les quatorze formations de l’élite s’apprêtent à retrouver la compétition, avec plusieurs affiches intéressantes dès la première journée.

Quatorze ans après la dernière participation d’un club de Kayes au championnat national, la ville retrouve l’élite du football malien. Cette fois, elle sera représentée par l’AS Kayes, qui découvre la Ligue 1 pour la première fois de son histoire. Le promu accueillera l’US Bougouba le 31 octobre en match d’ouverture de la saison.

La reprise intervient trois semaines après la date initialement retenue. Le report, officialisé le 6 octobre par la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), avait été sollicité par les clubs, dont plusieurs joueurs étaient mobilisés pour le tournoi UFOA-A U20 organisé à Bamako.

Des affiches relevées d’entrée

Sur le plan sportif, le Djoliba AC abordera l’exercice dans la peau du Champion sortant. Sacrés avec 59 points la saison dernière, les Rouges tenteront de conserver leur couronne face à une concurrence emmenée par le Stade malien, deuxième avec 50 points, et l’AS Réal, troisième avec 49 unités. Le FC Diarra, quatrième du précédent championnat, voudra également confirmer sa progression.

Le calendrier de la première journée réserve d’ailleurs deux oppositions de premier plan. L’AS Réal accueillera le Stade malien le 1er novembre dans un duel entre prétendants au titre. Le lendemain, le FC Diarra sera opposé au Djoliba AC pour des retrouvailles après leur confrontation en Supercoupe, remportée par les Rouges début octobre.

Les autres rencontres mettront aux prises Binga FC et l’USFAS, ainsi que l’AS Bakaridjan et Afrique Football Élite, le 1er novembre. L’ASKO affrontera Derby Académie le 2, tandis que les Onze Créateurs de Niaréla recevront l’autre promu, le Centre sportif de Bamako.

Pour les deux promus, l’enjeu sera surtout de réussir leurs premiers pas dans l’élite. L’AS Kayes et le Centre sportif de Bamako devront rapidement trouver leurs repères face à des adversaires plus expérimentés, avec pour première ambition d’assurer leur maintien.

Outre les résultats, cette reprise s’accompagne de nouvelles attentes sur le plan organisationnel. La FEMAFOOT a porté de 25 à 40 millions de francs CFA la subvention annuelle accordée à chaque club. Ce soutien supplémentaire intervient alors que la professionnalisation continue de soulever des questions de financement, d’infrastructures et de gestion.

Mohamed Kenouvi

 

Pakenzy : Un rap métissé sur la scène malienne

De son vrai nom Moriba Coulibaly, Pakenzy a fait ses premiers pas dans la musique en 2016, au sein du groupe ACI Gang (AG), avant d’entamer une carrière solo en 2019. Depuis, il enchaîne les singles, de Société en mars 2024 à Loloni en octobre 2026, avec notamment Diarabi, Mankan, Kolo Kolo et Oh My Baby. Il construit ainsi son répertoire et son public.

Dans une scène malienne où les jeunes artistes doivent se distinguer face à une offre musicale abondante, Pakenzy mise sur un positionnement hybride. Ses titres naviguent entre hip-hop, rap et afrobeat sur les plateformes. Lui revendique aussi des influences R&B, amapiano, afro-mandingues et traditionnelles. Sa particularité tient à cette combinaison, pensée pour toucher un public jeune sans rompre avec les références maliennes.

Cette ouverture nourrit sa manière de composer. Pakenzy cherche des morceaux accessibles et dansants, mais attachés aux réalités de sa génération. Son titre Oh My Baby a même franchi les frontières maliennes en apparaissant en octobre dans le classement Shazam en Côte d’Ivoire. Une présence encore modeste, mais qui traduit un début d’audience hors du Mali.

Des collaborations pour avancer

Le rappeur s’est aussi rapproché d’autres artistes pour élargir son univers. Il a enregistré Diarabi avec Sadio Sidibé en juillet 2024, puis FAMA en janvier 2025. Il compte également des collaborations avec Dr Keb et MS2. « Cette expérience m’a appris la patience, la persévérance et l’importance de la constance. J’ai compris que construire une carrière demande du temps, de la passion et une véritable connexion avec les gens », confie-t-il.

Pakenzy évolue aujourd’hui de manière indépendante, sans être rattaché à un label. Il travaille étroitement avec le beatmaker Wippa Beat et son équipe. Cette autonomie lui laisse sa liberté artistique mais lui impose aussi de construire sa visibilité dans un secteur où les sorties se multiplient rapidement.

L’image et la scène comptent également dans son approche. Le jeune artiste soigne ses apparitions, privilégiant l’élégance et une attitude maîtrisée. À l’heure où clips, réseaux sociaux et performances participent à la carrière musicale, il cherche à installer une identité reconnaissable sans forcer son personnage.

Ses chansons parlent surtout de jeunesse, de relations amoureuses, de séduction, de passion et de trahison. Pakenzy veut y raconter les comportements et les contradictions de son époque. « Cela peut nous rendre heureux, nous faire rêver, mais aussi nous enseigner de grandes leçons de vie », résume-t-il.

Ali Sankaré

Dominique KOUADIO: « À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes ».

Environ 3 500 nouveaux déplacés avaient été enregistrés à Macina au 23 octobre, selon Médecins Sans Frontières (MSF). Dans cet entretien écrit daté du 26 octobre 2026, le chef de mission OCP de l’organisation, Dominique KOUADIO, décrit les conditions d’accueil, les besoins sanitaires et les interventions de ses équipes.

Quel est le bilan actualisé des déplacements à Macina ?
Le chiffre de 5 000 personnes déplacées correspond au cumul des déplacements enregistrés entre 2023 et 2025. Les 3 400 nouveaux déplacés sont ceux arrivés depuis le début du mois de septembre à ce jour. À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes.
Combien de personnes avez-vous prises en charge et pour quelles pathologies ?
La majorité des déplacés qui viennent en consultation sont des femmes et des enfants. En quinze jours, les équipes de MSF ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants.
Les pathologies les plus dominantes restent le paludisme, les infections respiratoires, etc.
Dans quelles conditions les déplacés sont-ils hébergés ?
Les déplacés arrivés dans la nouvelle vague sont pour la plupart accueillis dans des familles d’accueil. Cette situation implique probablement des conditions de vie et d’hébergement dans la promiscuité et nous pensons que cela les expose davantage aux vecteurs du paludisme vu la période d’hivernage, mais aussi à plus de vulnérabilité aux infections respiratoires aiguës.
Rencontrez-vous des difficultés d’accès aux déplacés ?
Nos équipes sont présentes dans la ville de Macina, où se trouvent les personnes déplacées. Nos activités se déroulent au CSCOM central de Macina. Donc, nous ne rencontrons pas de difficultés d’accès aux déplacés.
Avec la nouvelle stratégie qui sera mise en place, nous prévoyons de mettre en place une équipe plus décentralisée, qui mènera des activités directement sur les sites de concentration des personnes déplacées, tandis qu’une autre équipe continuera d’intervenir au CSCOM.
En coordination avec les autres acteurs humanitaires, nous restons ouverts pour des actions plus décentralisées (cliniques mobiles) sur les sites de concentration des déplacés et en fonction de l’évolution des besoins.
Quels besoins doivent être couverts en priorité ?
Les besoins en abris, en articles de ménage, en vivres, en soutien psychologique, en protection, en approvisionnement en eau potable, en support en cash et en soins de santé primaires sont les plus urgents (besoins insuffisamment couverts au regard de la situation actuelle).

Dr Traoré Aminata Simpara : « Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins ».

Présente à Macina à travers une équipe mobile intégrée, AMSODE intervient auprès des personnes déplacées et des communautés d’accueil. Dans cet entretien à Journal du Mali, Dr Traoré Aminata Simpara, coordinatrice Santé et Nutrition de l’organisation, détaille les interventions menées, les contraintes de l’assistance humanitaire et les besoins qui restent à couvrir.

Dans quelles localités intervenez-vous actuellement auprès des déplacés et des familles d’accueil ? Êtes-vous présents à Macina ou dans d’autres zones du centre ?
AMSODE intervient dans plusieurs régions du Mali, notamment à Mopti, Ségou, Bandiagara, Douentza, Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka, Sikasso, Koulikoro, Kayes et dans le District de Bamako. Notre action s’inscrit dans une approche multisectorielle qui prend en compte les besoins des personnes déplacées, des réfugiés, des familles vulnérables et des communautés d’accueil.
À Macina, dans la région de Ségou, nous intervenons à travers une équipe mobile intégrée qui permet de rapprocher les services sociaux de base des populations affectées par le déplacement forcé. Cette approche est particulièrement importante lorsque les communautés rencontrent des difficultés d’accès aux services essentiels, surtout de santé.
Plus largement, les déplacements de populations exercent une pression supplémentaire sur les ressources et les services des localités d’accueil. Notre approche consiste donc à considérer les besoins des personnes déplacées, mais aussi ceux des familles qui les accueillent et qui peuvent elles-mêmes vivre dans une situation de vulnérabilité.
La couverture opérationnelle d’AMSODE varie selon les interventions et les ressources mobilisées. Notre priorité reste de répondre aux besoins identifiés dans nos zones d’action et de contribuer à une réponse humanitaire adaptée aux réalités des communautés.
Quelles actions avez-vous réalisées récemment dans ces localités ? Pouvez-vous préciser les dates, le nombre de bénéficiaires et les résultats obtenus ?
AMSODE met en œuvre des interventions qui répondent à différents besoins : assistance alimentaire et monétaire, accès aux soins, protection, accompagnement psychosocial, éducation et soutien aux moyens d’existence. Les modalités d’intervention dépendent du contexte et des besoins identifiés auprès des populations.
À titre d’exemple, dans la région de Mopti, 177 ménages déplacés internes à Walirdé ont bénéficié d’une assistance monétaire dans le cadre du mécanisme de réponse rapide RRM-ECHO, mis en œuvre par AMSODE et le Conseil norvégien pour les réfugiés, avec un financement de l’Union européenne. L’intervention comprenait également des séances d’information et des mécanismes de retour d’information des bénéficiaires.
En juin 2026, 216 ménages déplacés à Mabilé et Tintin-Bougou, à Bamako, ont bénéficié d’une assistance alimentaire d’urgence dans le cadre d’une intervention menée avec World Renew.
Dans le domaine de la santé, les équipes mobiles permettent également d’aller vers les populations qui rencontrent des difficultés pour accéder aux structures de soins. À titre d’illustration, entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE dans les régions de Tombouctou, Mopti, Bandiagara, Douentza, Gao, San et Ségou a permis de toucher 42 909 personnes. Elle a notamment permis de réaliser 13 269 consultations curatives gratuites, d’appuyer 272 urgences obstétricales et néonatales et d’accompagner 125 femmes enceintes par des transferts monétaires. Par ailleurs, 4 789 femmes et adolescentes ont bénéficié de services de consultations prénatales et postnatales, et 1 275 de services de planification familiale. L’intervention a également permis de dépister 1 545 enfants pour la malnutrition et de référer 64 cas compliqués vers les structures sanitaires appropriées. Au total, 1 996 enfants ont été vaccinés et 205 survivantes de violences basées sur le genre ont été appuyées. Ont également été distribués 880 kits de dignité, 281 kits d’accouchement et 365 kits d’hygiène menstruelle. Les activités de prévention et de sensibilisation ont touché 17 907 personnes.
Ces résultats montrent l’importance d’une réponse diversifiée, adaptée aux besoins des ménages. Mais ils rappellent aussi qu’une intervention ponctuelle ne suffit pas toujours à couvrir l’ensemble des besoins d’une famille déplacée, particulièrement lorsque le déplacement se prolonge et que les ressources des communautés d’accueil sont elles-mêmes limitées.
Avec quels moyens humains, matériels et financiers assurez-vous ces interventions ? Avez-vous constaté une évolution des financements disponibles en 2026 ?
Les interventions humanitaires reposent sur la mobilisation des équipes de terrain, des moyens logistiques, des partenaires opérationnels et des ressources financières nécessaires pour atteindre les populations. Pour les organisations nationales comme AMSODE, la capacité à maintenir une présence auprès des communautés dépend largement de la disponibilité et de la continuité de ces ressources.
Les chiffres du Plan de réponse humanitaire illustrent clairement la pression financière qui pèse sur le secteur au Mali. En 2025, 6,4 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire. Le plan nécessitait 771 millions de dollars, mais seulement environ 21 % de cette enveloppe a été mobilisée, soit le taux de financement le plus faible enregistré depuis dix ans. Malgré ce contexte, les partenaires humanitaires ont apporté une assistance à 1,8 million de personnes.
Pour 2026, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire prévoit 5,1 millions de personnes dans le besoin et cible 3,8 millions de personnes à assister, pour un financement requis de 577,9 millions de dollars. Au 28 septembre 2026, seulement 135,6 millions de dollars avaient été mobilisés, laissant un déficit de plus de 442 millions de dollars.
Ces chiffres montrent que les ressources disponibles restent très inférieures aux besoins identifiés. Pour les organisations humanitaires, cela signifie qu’il faut prioriser les interventions, rechercher des complémentarités entre acteurs et faire des choix difficiles alors que de nombreuses familles continuent d’avoir besoin d’aide.
Les contraintes financières ont-elles entraîné une réduction, un report ou un arrêt de certaines activités ? Si oui, lesquelles, dans quelles localités et avec quelles conséquences pour les bénéficiaires ?
Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins. En 2025, le plan humanitaire n’a été financé qu’à environ 21 %. En 2026, le déficit dépassait encore 442 millions de dollars au 28 septembre.
Lorsque les ressources sont insuffisantes, les acteurs doivent concentrer leurs moyens sur les besoins les plus urgents. Cela peut limiter le nombre de personnes assistées, réduire la durée de certaines interventions ou empêcher de répondre à des besoins pourtant identifiés. Une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie.
Il faut comprendre qu’un déplacement ne crée pas uniquement un besoin immédiat de nourriture ou d’abri. Il peut entraîner la perte des revenus, des biens et des moyens de subsistance, tout en perturbant l’accès aux soins, à l’éducation et aux autres services essentiels. Lorsque l’aide disponible ne couvre qu’une partie de ces besoins, les familles doivent continuer à faire face à des difficultés importantes.
La situation nationale montre donc que le financement est un facteur déterminant de la couverture humanitaire. Pour AMSODE, comme pour les autres acteurs, l’enjeu est de pouvoir maintenir une réponse cohérente avec les besoins identifiés et d’éviter les ruptures d’assistance lorsque les vulnérabilités persistent.
Quelles difficultés d’accès, de sécurité ou de logistique rencontrez-vous ? Comment vos équipes et vos partenaires locaux s’organisent-ils pour maintenir l’assistance ?
L’accès aux populations reste un défi majeur dans plusieurs zones du Mali. Selon le Plan des besoins et de la réponse humanitaire, 753 incidents ayant entravé l’accès humanitaire ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025, soit une hausse de 40 % par rapport à la même période en 2024. Quinze localités étaient signalées comme difficilement accessibles.
Ces contraintes affectent les populations, mais aussi les possibilités d’évaluation des besoins, d’acheminement de l’assistance et de suivi des interventions. Elles peuvent entraîner des retards et compliquer la continuité des services, notamment dans les zones éloignées ou accueillant un nombre important de personnes déplacées.
Pour maintenir l’assistance, les équipes s’appuient sur la coordination avec les partenaires et les acteurs locaux, la connaissance du contexte et l’adaptation des modalités d’intervention. Les équipes mobiles constituent notamment une approche permettant de rapprocher certains services des populations ciblées.
Mais la proximité avec les communautés ne suffit pas à elle seule. Les interventions nécessitent des moyens adaptés, des ressources disponibles et des conditions d’accès compatibles avec la sécurité des équipes et des bénéficiaires. L’assistance doit pouvoir être organisée de manière responsable, sans exposer davantage les personnes que nous cherchons à soutenir.
Quels besoins restent les moins couverts, notamment pour les femmes et les enfants ? Quelles mesures permettraient de renforcer votre réponse et de soutenir les familles d’accueil ?
Les besoins restent importants dans plusieurs secteurs. En 2026, les données de planification humanitaire font état de plus de 2 millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire, de 1,9 million de personnes exposées à des risques sanitaires importants et d’environ 3 millions de personnes privées d’un accès suffisant à l’eau potable et à l’hygiène. Par ailleurs, 1,8 million d’enfants ne peuvent pas fréquenter l’école et 1,6 million d’enfants de moins de cinq ans sont exposés au risque de malnutrition aiguë.
Ces chiffres montrent que les besoins sont étroitement liés. Une famille déplacée peut avoir besoin de nourriture, mais également de soins, d’eau, d’un abri, de protection et de moyens de subsistance. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables lorsque les ressources familiales s’épuisent et que les services essentiels deviennent difficiles d’accès.
Les familles d’accueil doivent également être prises en compte. Elles partagent leurs ressources avec les personnes déplacées alors qu’elles peuvent elles-mêmes être confrontées à des difficultés économiques. Si leur capacité à accueillir et à soutenir d’autres ménages s’affaiblit, les besoins et les tensions peuvent s’accentuer au sein des communautés.
Pour renforcer la réponse, il faut des financements plus prévisibles et mieux adaptés à la durée des crises, une assistance qui tienne compte des vulnérabilités spécifiques et un soutien aux moyens d’existence des ménages déplacés comme des familles d’accueil. Il est également essentiel de renforcer les services de proximité et de mieux articuler l’assistance d’urgence avec le relèvement et les solutions durables.
Enfin, les organisations nationales doivent disposer de moyens suffisants pour maintenir leur présence sur le terrain et participer pleinement à la définition des réponses. Elles connaissent les réalités locales et travaillent au contact des communautés. Cette proximité doit être accompagnée de ressources adaptées pour permettre une assistance continue, de qualité et redevable envers les populations.
L’objectif n’est pas seulement de répondre à une urgence immédiate, mais de permettre aux personnes déplacées et aux familles qui les accueillent de préserver leur dignité et de retrouver progressivement des conditions de vie plus stables.

Consommer local : Entre prix élevés et faible transformation

Créer davantage de valeur en transformant sur place figure parmi les objectifs du Mois du consommer local, célébré en octobre dans l’espace UEMOA. Au Mali, cette campagne coïncide avec le Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion. Entre prix, disponibilité et accès aux produits, l’achat local peine encore à devenir un réflexe durable.

Les autorités veulent faire de cette campagne un levier de croissance et de souveraineté économique. Le potentiel est important avec le coton, les céréales, les fruits, les légumes et le bétail. Mais la transformation reste limitée. Selon une cartographie du PNUD publiée en 2025, la transformation agroalimentaire ne contribuait qu’à 6,1% du PIB en 2021, laissant une part de la valeur ajoutée hors du pays.

La dépendance aux achats extérieurs persiste. En 2025, les importations de produits alimentaires agricoles ont totalisé près de 495 milliards de francs CFA, d’après les bulletins de l’INSTAT. Une facture qui montre la marge disponible pour les producteurs et transformateurs maliens.

Manque à gagner

En septembre 2026, l’indice des prix à la consommation est resté stable à 109,5 par rapport à août, selon l’INSTAT. Sur trois mois, les prix ont progressé de 1,4% et de 3,4% sur un an.

La provenance fait apparaître des évolutions différentes. En septembre, les prix des produits locaux ont reculé de 0,2%, tandis que ceux des produits importés ont augmenté de 0,6%. Sur un an, la hausse atteint 3,9% pour les produits locaux, contre 2,5% pour les produits importés.

Le prix n’explique pas tout. Abdel Rahamane Sy, Président de l’Association des Jeunes pour la Valorisation du coton, cite la qualité, la présentation, la sensibilisation et les circuits de distribution parmi les conditions pour rendre les produits maliens accessibles et compétitifs.

Hélène N’Diaye, Présidente du Réseau solidaire en agroécologie paysanne citoyenne, récuse l’idée d’un produit local systématiquement plus cher. « Le produit local n’est pas cher, c’est le produit importé qui est faussement bon marché », affirme-t-elle.

Son réseau mise sur les marchés de proximité pour réduire les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. La transformation, la présentation et une meilleure valorisation des produits doivent aussi permettre d’élargir la clientèle.

Le coton résume ce décalage. Selon l’OMC, environ 98% du coton produit dans les pays du C-4+ est exporté sous forme de fibre brute. Le Mali ambitionne d’en transformer localement au moins 10% afin de conserver davantage de valeur ajoutée et d’emplois dans le pays.

Abdoulaye Yaro : « Il faut faire confiance aux jeunes »

Expert en management stratégique, en développement organisationnel et en conduite du changement, Abdoulaye Yaro vient de publier son ouvrage « Investir dans la jeunesse ». Il y défend une jeunesse plus engagée et responsabilisée. Dans cet entretien, il revient sur ses motivations, l’importance du leadership et la responsabilité des décideurs. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Pourquoi avoir consacré un livre à l’investissement dans la jeunesse ?

La jeunesse constitue l’essentiel de notre population. Plus de 74% des Maliens ont moins de 30 ans et l’âge moyen est de 21 ans et demi. Si nous voulons progresser, nous devons renforcer nos efforts en direction des jeunes. Ce livre s’appuie sur près de vingt ans d’engagement, d’abord comme leader d’organisations de jeunes, puis comme porteur d’initiatives destinées à valoriser leur place dans la société. L’objectif est de les encourager à construire le présent et à assumer des responsabilités pour l’avenir.

Vous insistez sur le leadership. Comment les jeunes peuvent-ils le développer ?

Tout commence dans la famille, que je considère comme la première école du leadership. C’est là que l’on découvre l’autorité. Ensuite, les jeunes doivent développer leurs capacités sur le terrain, au sein des organisations de jeunesse et des associations, ainsi qu’à travers leurs initiatives communautaires. Ces expériences renforcent leur sens des responsabilités et leur permettent de participer à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Votre livre, édité par Bandama Éditions, a été préfacé par l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Comment s’est faite cette collaboration ?

Les questions relatives à la jeunesse intéressent énormément Moussa Mara. Il a donc accepté de préfacer ce livre et de donner son avis sur cette problématique. Sa contribution nourrit la réflexion que nous souhaitons susciter autour de l’investissement dans la jeunesse et de son rôle dans le développement du Mali.

Ce livre constitue un plaidoyer pour la jeunesse. Quel message adressez-vous aux jeunes et aux décideurs ?

Je m’adresse d’abord aux jeunes, car ils sont les premiers acteurs de leur développement. Je les invite à accepter de prendre des responsabilités et à défendre les valeurs évoquées dans l’ouvrage. Mais j’interpelle également les décideurs. Il ne s’agit pas uniquement des autorités publiques, mais de tous ceux qui exercent des responsabilités : directeurs d’école, chefs de famille, chefs d’entreprise, entre autres. Je leur demande de faire confiance aux jeunes et de leur donner la possibilité d’assumer des responsabilités. C’est ainsi qu’ils pourront démontrer leurs capacités. Je reste convaincu qu’ils sont capables de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

 

Algérie : Un tournant militaire au Niger

L’Algérie s’apprête à envoyer certaines unités de son armée au Niger, une première depuis plus d’un demi-siècle. Présentée par Alger comme une mission de protection d’intérêts énergétiques et économiques communs, la décision marque un tournant dans la manière dont le pays envisage sa sécurité hors de ses frontières.

Le Président Abdelmadjid Tebboune a confirmé le 26 octobre l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire à Madama, dans l’extrême nord du Niger, près de la frontière libyenne. Le Parlement algérien avait approuvé la veille cette projection militaire, demandée par Niamey. Les effectifs, la durée et le calendrier précis du déploiement n’ont pas été rendus publics.

Le choix de Madama ajoute au symbole. La France y avait installé en 2014 une base avancée de l’Opération Barkhane, destinée notamment à surveiller les routes reliant le sud libyen au Sahel. Cette position, mise en sommeil en 2019, permettait de contrôler des flux d’hommes, d’armes et de trafics dans une zone stratégique entre Libye, Niger, Mali et Algérie.

Située à une centaine de kilomètres de la Libye, elle donne accès aux routes qui descendent du Fezzan vers Agadez et les espaces sahéliens plus au sud.

Doctrine

Pendant des décennies, Alger a privilégié la défense de son territoire et s’est montrée réticente aux interventions militaires étrangères dans son voisinage sahélien. Sa Constitution, révisée en 2020, autorise toutefois l’envoi de troupes hors du pays après approbation des deux tiers de chaque Chambre. Le dispositif juridique existait. Madama lui donne une traduction militaire majeure.

Le rapprochement avec Niamey repose aussi sur des intérêts économiques précis. Sonatrach poursuit des activités d’exploration dans le bloc de Kafra, tandis que le projet de gazoduc transsaharien doit relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger. La sécurisation du nord nigérien touche ainsi directement des investissements et des corridors que l’Algérie considère comme stratégiques.

La décision intervient après une période de relations tendues avec Niamey, notamment après le coup d’État de 2023 et les différends régionaux liés à la sécurité sahélienne. Les échanges politiques et militaires ont depuis repris, jusqu’à cette nouvelle étape.

Le contraste est saisissant. Une ancienne base avancée française, symbole d’une présence militaire occidentale souvent regardée avec méfiance par Alger, pourrait servir aujourd’hui au premier déploiement extérieur algérien depuis 1973. La doctrine de retenue n’a pas disparu, mais elle s’accompagne désormais d’une capacité assumée à se projeter chez un voisin lorsque des intérêts sécuritaires, économiques et énergétiques sont directement concernés.

Foncier : Mettre fin au désordre

La dissolution du Conseil communal de la Commune I remet une vieille plaie au centre de l’actualité : le foncier. Morcellements irréguliers, reconnaissances contestées de droits, documents délivrés en dehors des règles, chevauchements de titres… Les griefs reviennent avec une constance inquiétante.

Le problème dépasse pourtant cette seule mairie. Depuis des années, le foncier figure parmi les principales sources de réclamations adressées au Médiateur de la République. Il mobilise maires, services des Domaines, autorités administratives, tribunaux et citoyens, souvent au terme de procédures longues, coûteuses et éprouvantes.

Les textes existent pourtant. Les compétences des collectivités sont encadrées, le Titre foncier demeure la référence en matière de propriété et les abus peuvent être sanctionnés. Le Mali vient même de franchir une nouvelle étape avec la mise en place d’un Pôle spécialisé en matière foncière, conçu pour mieux traiter des contentieux dispersés entre plusieurs juridictions.

Il faudra maintenant que cet outil fasse la différence sur le terrain. Car le vrai problème n’est plus seulement l’absence de règles. C’est leur application, leur respect par les administrations concernées et la capacité de la justice à trancher au plus vite.

Le citoyen qui achète une parcelle ne devrait pas découvrir des années plus tard qu’elle a été attribuée deux fois, qu’elle empiète sur un domaine public ou que le document qui lui a été remis n’a pas la valeur qu’il croyait.

Mettre fin au désordre foncier, c’est d’abord rendre la règle claire, la décision traçable et la responsabilité effective. À ce prix, la confiance pourra revenir dans un secteur où trop de familles ont tout perdu.

Ouganda : Aider aussi ceux qui accueillent

En Ouganda, le programme DRDIP a financé des écoles, des centres de santé et des activités économiques pour les réfugiés et leurs communautés d’accueil. Une seconde phase, annoncée pour octobre 2026, doit prolonger ces investissements.

Dans le district de Moyo, Leya, réfugiée sud-soudanaise et mère de cinq enfants, a développé une activité de couture grâce à une formation et à une subvention de 6 000 dollars. Ses revenus lui ont ensuite permis d’acheter une terre agricole pour contribuer à nourrir sa famille, rapporte la Banque mondiale.

Son parcours s’inscrit dans le programme DRDIP, lancé en 2017 par le gouvernement avec l’appui de l’institution. Déployé dans quinze districts accueillant des réfugiés, le dispositif associe les réfugiés et les communautés locales au choix des investissements et au suivi des réalisations.

Les activités soutenues comprennent l’agriculture, l’élevage, la formation professionnelle et les petites entreprises. Des groupes d’épargne et des fonds villageois facilitent également l’accès aux ressources. Selon le bilan publié le 19 mars 2026, les ménages participants ont enregistré des revenus annuels supérieurs de plus de 17% à ceux des non-participants.

Services sociaux de base

Les investissements concernent aussi les équipements utilisés quotidiennement. Entre 2017 et 2024, 290 écoles ont été construites ou améliorées, au bénéfice de plus de 490 000 élèves. La construction ou la réhabilitation de 130 centres de santé a également renforcé l’offre de soins.

La Banque mondiale rapporte une progression de 47% des inscriptions dans le primaire dans les zones ciblées et une diminution de 36% des dépenses annuelles de santé des bénéficiaires. Les infrastructures servent aux réfugiés comme aux populations locales.

D’autres financements ont accompagné l’intégration des services dans les dispositifs publics. Un programme de transferts budgétaires aux collectivités a notamment permis de rattacher 51 écoles primaires et 15 centres de santé, auparavant gérés par des partenaires humanitaires, aux systèmes nationaux. Les populations réfugiées ont été intégrées à la formule de financement local de ces services.

Un mécanisme suit aussi les nouveaux afflux de réfugiés pour financer les écoles, les centres de santé et les points d’eau les plus sollicités.

Des chantiers restent toutefois inachevés, ont souligné des parlementaires le 15 septembre. Le pays subit également les coupes de l’aide alimentaire rappelées par le Programme alimentaire mondial le 2 octobre.

Prévue sur cinq ans, la deuxième phase du DRDIP dispose d’une enveloppe annoncée de 328 millions de dollars. Elle cible trois millions de réfugiés et de membres des communautés d’accueil dans quatorze districts, avec des investissements dans les services publics, les activités économiques et l’environnement.

Déplacés : L’aide reçue ne suffit pas

Après les attaques de septembre, Médecins sans frontières (MSF) a alerté le 20 octobre 2026 sur les besoins des déplacés de Macina. Les témoignages et les réponses recueillis par Journal du Mali racontent une assistance confrontée au manque de ressources, aux difficultés d’accès et à la persistance des besoins.

À Ségou, Mama Follé et Ba Oumou Diarra ont reçu des vivres et des kits non alimentaires. Originaires de Founou, dans le cercle de Ké-Macina, elles racontent avoir fui l’insécurité sans pouvoir emporter leurs biens. L’alimentation et les abris restent leurs priorités. Toutes deux saluent les autorités et les humanitaires, particulièrement la Croix-Rouge malienne, tout en décrivant une aide encore insuffisante.

Elles évoquent de nombreuses femmes et des enfants parmi les déplacés, ainsi que des arrivées récentes. Certaines familles sont installées depuis quelque temps, d’autres viennent de rejoindre les localités d’accueil. Selon les deux femmes, les possibilités de reprendre une activité restent limitées.

L’alerte publiée par MSF le 20 octobre, actualisée le lendemain, décrit l’urgence à Macina. Après les attaques contre Souleye le 1er septembre et Touara le 15, plus de 3 400 personnes ont rejoint une ville qui accueillait déjà plus de 5 000 déplacés. L’organisation signale le retrait de plusieurs acteurs internationaux de cette zone, faute de financements.

La majorité des déplacés sont hébergés par des familles d’accueil, tandis que d’autres vivent dans la rue, rapporte MSF. Ces ménages doivent partager des ressources déjà limitées. L’accès à l’eau, les latrines et les abris figurent parmi les besoins signalés par l’organisation.

Pour les arrivées enregistrées du 30 juillet au 16 septembre, Modibo Diarra, Coordinateur du projet humanitaire d’ALPHALOG, fait état de 475 ménages, soit 2 586 personnes, recensés par les services sociaux. Parmi elles figurent 439 enfants de moins de 5 ans. Ces familles, venues de Mérou-Daga, Souleye, Kèllè et Touara, se sont installées dans la ville de Macina.

Financement largement déficitaire

À l’échelle nationale, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire 2026 cible 3,8 millions de personnes sur 5,1 millions ayant besoin d’assistance. Selon les données OCHA citées par AMSODE, le plan nécessitait l’équivalent d’environ 338,7 milliards de francs CFA. Au 28 septembre, 79,5 milliards avaient été mobilisés, soit 23,5%. Il restait donc 259,2 milliards à trouver.

Les conséquences sont déjà décrites par le Programme alimentaire mondial. Dans sa réponse d’urgence, le PAM indique que les contraintes financières l’ont empêché d’assister plus de 200 000 personnes vulnérables en 2026. La durée de l’aide a également été ramenée de 6 à 3 mois.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) signalait pour sa propre opération au Mali un financement de 22% au 30 septembre, dans son bilan publié le 20 octobre.

ALPHALOG a vécu une interruption suivie d’une reprise. Selon Modibo Diarra, l’arrêt des financements de l’USAID a entraîné la suspension du projet le 25 janvier 2025. Les distributions et les activités de protection ont été interrompues. Les interventions ont repris le 1er avril grâce à un financement du gouvernement américain passant par son ambassade à Bamako.

Dans le cadre de son partenariat avec CECI Mali, dont la dernière période d’intervention s’est achevée le 31 mars 2026, l’ONG a réalisé d’autres distributions. À Macina, 558 ménages ont notamment reçu en janvier des rations couvrant 3 mois. Des kits de cuisine ont été distribués en février dans les communes de Macina et de Kokry.

Accès difficile

Les difficultés d’accès renchérissent aussi les interventions. ALPHALOG décrit les obstacles rencontrés pour atteindre les villages situés hors de Macina. Des activités ont été déplacées vers la ville et des distributions organisées dans les chefs-lieux de commune jugés plus sûrs. Faire venir les bénéficiaires occasionne des coûts supplémentaires, initialement absents du budget.

Pour maintenir le lien, l’organisation utilise des radios partenaires et des jeunes points focaux formés dans les villages difficiles d’accès. Les déplacements des équipes suivent un protocole de sécurité.

Un nouveau projet multisectoriel pour 2026 – 2027 doit soutenir les déplacés et les communautés d’accueil de Macina. Financé par le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, géré par OCHA, il a déjà donné lieu au versement d’une première avance de 40%, précise Modibo Diarra. Les préparatifs sont achevés. L’organisation dit attendre l’avis de non-objection de l’Administration territoriale pour démarrer.

Soins médicaux cruciaux

À Macina, AMSODE intervient avec une équipe mobile intégrée. Dr Traoré Aminata Simpara, Coordinatrice Santé et Nutrition, explique que ce dispositif rapproche les services des populations, pour lesquelles l’accès aux structures de soins est difficile.

La clinique mobile de MSF a de son côté pris en charge 2 131 personnes du 23 septembre au 7 octobre. Les équipes décrivent notamment des infections respiratoires et des cas de paludisme, dans un environnement marqué par le manque d’abris et d’équipements sanitaires.

Entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE a permis d’assurer 13 269 consultations curatives gratuites dans 7 régions, de Tombouctou à Ségou. Elle a également appuyé 272 urgences obstétricales et néonatales et dépisté 1 545 enfants pour la malnutrition.

L’appui financier peut aussi permettre un suivi médical auparavant inaccessible. Dans un témoignage transmis par AMSODE, Boura Guindo explique avoir reçu 105 000 francs CFA pour accompagner sa grossesse. Cette somme lui a permis de réaliser 3 échographies et d’autres analyses. « Sans cette somme, je n’aurais pas pu assurer correctement le suivi de ma grossesse », témoigne-t-elle.

Alimatou Karembé, dont le témoignage a également été transmis par l’organisation, a reçu le même montant. Elle explique avoir réalisé 3 échographies pendant sa dernière grossesse, alors qu’elle n’avait jamais pu bénéficier d’un suivi médical lors des précédentes.

La Coordinatrice rappelle toutefois qu’« une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie ». Elle insiste aussi sur les familles d’accueil, qui partagent leurs ressources et peuvent elles-mêmes vivre dans la précarité.

Mobilisation tous azimuts

La Croix-Rouge malienne indique assister actuellement plus de 300 ménages déplacés dans les zones de Macina et de l’interfleuve entre Mopti et Ségou. Originaires notamment de Macina et de Niono, ils reçoivent des kits d’hygiène et d’assainissement, des kits de dignité et des moustiquaires.

Les interventions s’étendent à d’autres foyers de déplacement. À Ménaka, 600 ménages ont récemment reçu une assistance financière. À Diré, dans la région de Tombouctou, 2 000 ménages ont bénéficié de transferts de 50 000 francs CFA chacun, pour une enveloppe totale de 100 millions.

Nouhoum Maïga, Directeur général de la Croix-Rouge malienne, annonce plus de 10 milliards de francs CFA mobilisés sur des besoins estimés à 12 milliards pour 2026. Parmi les appuis cités figure une contribution américaine de 3 millions de dollars au troisième trimestre, soit environ 1,8 milliard de francs CFA. Les démarches de mobilisation se poursuivent auprès de partenaires en Europe et dans les pays arabes.

Avec plus de 10 200 volontaires, l’organisation s’appuie sur ses branches et ses unités locales pour maintenir sa présence. Son Directeur plaide pour des financements prévisibles et souples, adaptés à l’évolution des besoins, ainsi que pour un soutien accru aux acteurs nationaux présents auprès des communautés.

Pour AMSODE, l’accompagnement doit aussi couvrir la protection et le soutien psychosocial. Les pertes de biens et de revenus, les séparations familiales et les difficultés d’accès à l’école prolongent les conséquences du déplacement. La Coordinatrice demande de soutenir les familles d’accueil autant que les nouveaux arrivants.

Le soutien aux moyens d’existence figure également parmi les demandes d’AMSODE. À Ségou, les deux déplacées rencontrées évoquent l’appui à la scolarisation et les petites activités que certaines femmes tentent de développer grâce aux organisations. Elles saluent ces soutiens. Mais, pour leur quotidien, elles citent toujours les mêmes priorités : des vivres et des abris.

Massiré Diop

Coupe CAF : l’AS Réal fixée sur son sort

L’AS Réal de Bamako connaît désormais ses adversaires pour la phase de groupes de la Coupe de la Confédération africaine 2026-2027. Le tirage au sort, effectué ce mercredi 28 octobre au Caire, en Égypte, a placé les Scorpions dans le groupe D, composé de deux anciens vainqueurs de la compétition et d’un représentant mozambicain.

L’USM Alger, le CS Sfaxien et les Black Bulls : voilà les trois adversaires que l’AS Réal devra affronter pour tenter de poursuivre son aventure continentale. Un tirage qui promet des confrontations exigeantes pour le représentant malien, de retour à ce niveau de la compétition pour la première fois depuis la saison 2022-2023.

Les Scorpions retrouveront notamment l’USM Alger, tenant du titre. Le club algérien, également sacré en 2023, fait figure de sérieux prétendant aux premières places du groupe. Son expérience des compétitions africaines et son statut de champion en titre en font l’un des principaux obstacles sur la route des Réalistes.

Autre adversaire de taille, le CS Sfaxien possède un palmarès continental particulièrement fourni. Le club tunisien a remporté la Coupe de la Confédération à trois reprises, en 2007, 2008 et 2013. Habitué aux joutes africaines, il dispose d’une expérience qui pourrait peser dans cette phase de groupes.

Les Mozambicains de Black Bulls complètent la poule. Moins prestigieuse sur le papier que les deux formations nord-africaines, cette équipe ne devra pas être sous-estimée. Ses confrontations avec l’AS Réal pourraient notamment jouer un rôle important dans la course aux deux premières places.

L’AS Réal a décroché sa qualification après avoir éliminé l’ES Zarzis de Tunisie. Vainqueurs à l’extérieur au match aller (3-1), les Bamakois ont confirmé leur avantage au retour en obtenant un match nul (2-2). Un résultat suffisant pour valider leur billet sur un score cumulé de 5-3.

Un défi sportif à relever

Désormais seule représentante malienne encore engagée dans les compétitions interclubs africaines, après l’élimination du FC Diarra face à l’ASKO de Kara, l’AS Réal pourra s’appuyer sur les bonnes dispositions affichées contre l’ES Zarzis pour aborder cette nouvelle étape. Les Scorpions devront toutefois confirmer ces performances face à des adversaires plus expérimentés sur la scène continentale.

La régularité sera déterminante dans une poule où chaque formation disputera six rencontres, trois à domicile et autant à l’extérieur. Les résultats obtenus à Bamako, mais également la capacité des Réalistes à ramener des points de leurs déplacements, pèseront dans le classement final.

La phase de groupes se disputera du 27 novembre 2026 au 24 janvier 2027. Pour l’AS Réal, l’enjeu sera de terminer parmi les deux premiers du groupe D afin de décrocher une qualification pour les quarts de finale, contrairement à sa précédente participation en 2022-2023, achevée à la troisième place.

Mohamed Kenouvi

Tagadayat : l’armée annonce la découverte de 54 corps

Une patrouille a retrouvé 54 corps dans un campement situé au sud-est de Ménaka, selon l’état-major général des Armées. Neuf rescapés ont été évacués vers la ville pour recevoir des soins.
L’état-major général des Armées a annoncé samedi 24 octobre la découverte de 54 corps dans un campement de Tagadayat, à environ 35 kilomètres au sud-est de Ménaka.
La patrouille avait été envoyée dans la zone après des informations faisant état d’attaques contre des populations civiles. Les victimes ont été inhumées sur place. Neuf personnes retrouvées vivantes ont été transportées à Ménaka et confiées aux services chargés de leur prise en charge.
L’armée affirme que les premiers témoignages recueillis attribuent les tueries à l’État islamique au Grand Sahara. Cette attribution constitue la version officielle communiquée par l’état-major. Les comptes rendus consultés ne font état d’aucune revendication authentifiée du groupe.
Un bilan actualisé après les premières alertes
L’attaque avait été signalée le dimanche 18 octobre. Le lendemain, le bureau exécutif de la communauté Idaksahak avait annoncé la mort d’au moins 48 civils à Tagadayat. Il faisait également état de blessés et de déplacements de familles vers Ménaka.
Le chiffre de 54 annoncé par l’armée correspond aux corps découverts pendant les recherches sur le terrain. Il actualise le premier bilan communautaire de 48 victimes. Les deux nombres concernent la même attaque et ne doivent pas être additionnés.
Les informations publiées permettent désormais de retenir plusieurs éléments précis. L’attaque remonte au 18 octobre, la découverte annoncée porte sur 54 corps, neuf rescapés ont été évacués et les recherches se sont déroulées dans un campement situé à 35 kilomètres de Ménaka.
L’identité complète des victimes et la répartition entre hommes, femmes et enfants restent absentes des comptes rendus publics. Le nombre de familles ayant quitté les campements voisins n’a pas davantage été chiffré.
Des habitants déplacés vers Ménaka
L’état-major indique avoir renforcé les mesures de protection et facilité le déplacement vers Ménaka des habitants de campements exposés. Des patrouilles et des opérations de sécurisation se poursuivent dans le secteur.
La communauté Idaksahak avait demandé une assistance urgente pour les personnes déplacées. Les besoins cités concernent l’accueil, l’alimentation, les soins et la protection des civils. Leur évaluation locale repose maintenant sur le recensement des familles arrivées à Ménaka et sur la situation des campements encore occupés.
L’annonce du 24 octobre apporte ainsi un bilan officiel issu des recherches menées à Tagadayat. Elle confirme l’ampleur des pertes civiles signalées six jours auparavant et fait état de mouvements de populations vers Ménaka. Les prochains bilans des services locaux devront préciser le nombre de déplacés et l’assistance effectivement déployée.

Sommet Russie–Afrique : Assimi Goïta est arrivé à Moscou

Le président de la Transition a quitté Bamako dimanche 25 octobre pour participer au troisième sommet Russie–Afrique. La rencontre est prévue les 28 et 29 octobre dans la capitale russe.
Assimi Goïta a quitté Bamako dimanche 25 octobre à destination de Moscou. Le gouvernement malien confirme qu’il participera au troisième sommet Russie–Afrique, organisé les 28 et 29 octobre à l’invitation du président russe Vladimir Poutine.
Cette annonce établit le départ effectif du chef de l’État et l’objet principal de son voyage. Le programme rendu public dimanche porte uniquement sur le sommet. La composition de la délégation, les audiences bilatérales et les documents susceptibles d’être signés devraient être précisés au fil du séjour. Pour autant, des sources indiquent que plusieurs personnalités prennent part à ce déplacement dont le ministre de l’Économie et des Finances, le ministre délégué en charge de la Défense et des anciens Combattants et le chef de la diplomatie malienne.
Le président Assimi Goïta avait déjà participé au deuxième sommet Russie–Afrique en juillet 2023 à Saint-Pétersbourg. Son nouveau déplacement intervient seize mois après sa première visite bilatérale officielle en Russie, effectuée du 23 au 26 juin 2025.
Trois accords signés en 2025
La visite de juin 2025 avait donné lieu à une rencontre avec Vladimir Poutine au Kremlin et à la signature de trois accords.
Le premier a créé une commission intergouvernementale chargée de la coopération commerciale, économique, scientifique et technique. Le deuxième porte sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, en partenariat avec l’entreprise publique russe Rosatom. Le troisième fixe un cadre général aux relations bilatérales, notamment dans les domaines politique, diplomatique et sécuritaire.
Les échanges de 2025 avaient également concerné les investissements, les transports, la formation, les infrastructures, les ressources minières et l’énergie. Le chef de l’État avait ensuite poursuivi son séjour à Kazan, dans la République du Tatarstan, où il avait rencontré des responsables publics et des entreprises russes.
Ces engagements fournissent le principal cadre de lecture du voyage actuel. Le sommet permettra aux délégations de reprendre les discussions engagées lors de la visite bilatérale, tout en les inscrivant dans une rencontre réunissant la Russie et plusieurs pays africains.
Sécurité, énergie et échanges économiques
La défense demeure l’un des principaux domaines de coopération entre Bamako et Moscou. Le Mali reçoit du matériel militaire russe et accueille des personnels russes engagés dans la formation et l’appui aux forces nationales.
La coopération énergétique couvre plusieurs projets à des niveaux d’avancement différents. L’accord conclu avec Rosatom établit un cadre juridique pour l’usage civil de l’énergie nucléaire. Sa mise en œuvre peut concerner la formation de spécialistes, les applications médicales et agricoles, la recherche ainsi que d’éventuelles infrastructures énergétiques.
La commission intergouvernementale constitue, pour sa part, le mécanisme chargé d’organiser les discussions économiques et techniques. Elle couvre le commerce, les investissements, les mines, l’énergie, les sciences et les projets associant les administrations ou les entreprises des deux pays.
Le sommet des 28 et 29 octobre doit maintenant préciser les thèmes effectivement inscrits à l’agenda malien. Les communiqués publiés à Moscou permettront d’identifier les rencontres réalisées, les accords conclus et les projets assortis d’un calendrier.

OCLEI : treize dossiers transmis à la justice en 2024

L’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite a remis au président de la Transition ses rapports annuels 2021 et 2024. En 2024, l’Office a examiné 48 dossiers et approfondi ses investigations dans 22 affaires.

Le président de l’OCLEI, Modibo Sacko, a remis jeudi 22 octobre les rapports annuels 2021 et 2024 au président de la Transition, Assimi Goïta. La cérémonie s’est tenue au palais de Koulouba.

Les deux documents rendent compte des activités de prévention, du contrôle des déclarations de biens et des investigations conduites par l’Office.

En 2021, l’OCLEI a contrôlé les 968 déclarations de biens transmises par la Cour suprême. Douze dossiers ont ensuite été envoyés à la justice. L’Office indique également avoir sensibilisé plus de 1 400 personnes et réalisé une étude sur les méthodes d’enrichissement illicite relevées dans l’administration publique.

Quarante-huit dossiers examinés en 2024

Pour l’exercice 2024, l’OCLEI a examiné 48 dossiers. Vingt-deux ont donné lieu à des investigations approfondies et treize ont été transmis à la justice.

La transmission signifie que les éléments réunis ont été adressés aux autorités judiciaires compétentes. Elle ne constitue ni une condamnation ni une déclaration de culpabilité. Le compte rendu public ne précise pas la suite donnée par la justice aux treize dossiers.

L’Office a organisé 21 actions de prévention ayant réuni 2 025 personnes, parmi lesquelles 761 femmes. Son numéro vert a reçu 168 appels et recueilli 34 dénonciations citoyennes.

Les deux rapports correspondent à des exercices distincts. Les chiffres de 2021 et de 2024 ne représentent donc pas un total continu des activités conduites pendant les quatre années.

Un quart des recommandations entièrement appliqué

Selon le président de l’OCLEI, 25,49 % des recommandations formulées entre 2017 et 2023 avaient été entièrement appliquées. Ce chiffre constitue le principal indicateur présenté sur le suivi des mesures demandées aux administrations et structures concernées.

Modibo Sacko a également signalé des difficultés d’accès aux documents fonciers, un manque d’équipements et l’absence d’un siège propre à l’Office.

Assimi Goïta a rappelé la création d’un pôle national spécialisé dans les affaires foncières. Il a demandé l’accélération de la numérisation des procédures administratives, la modernisation des outils de contrôle et la création d’un dispositif national de mesure de l’enrichissement illicite.

Les données publiées permettent de connaître le nombre de déclarations contrôlées, de dossiers examinés et de transmissions à la justice. Le suivi judiciaire de ces dossiers et l’application des recommandations relèvent désormais des institutions chargées de leur traitement.

Budget 2026 : les dépenses portées à 3 993,3 milliards de FCFA

Le Conseil national de Transition a adopté jeudi le projet de loi de finances rectificative avec 121 voix favorables. Les dépenses augmentent de 415,1 milliards de FCFA et le déficit prévisionnel progresse de 100 milliards.

Le Conseil national de Transition a adopté, jeudi 22 octobre, le projet de loi modifiant le budget de l’État pour 2026. Le texte avait été approuvé en Conseil des ministres le 3 juillet avant sa transmission à l’organe législatif.

Les dépenses budgétaires passent de 3 578,217 milliards à 3 993,319 milliards de FCFA. Cette augmentation de 415,103 milliards représente une progression de 11,6 %.

Les recettes sont relevées de 3 057,792 milliards à 3 372,895 milliards de FCFA. Leur hausse atteint 315,103 milliards, soit 10,3 %. La différence entre les recettes et les dépenses porte le déficit prévisionnel à 620,425 milliards de FCFA, contre 520,425 milliards dans le budget initial.

Trois nouvelles sources de recettes

Le projet de loi attribue 100 milliards de FCFA de recettes supplémentaires à l’amélioration du produit de la taxe ad valorem appliquée au secteur minier. Cette progression est liée à l’évolution du cours de l’or, selon la note de présentation du ministère de l’Économie et des Finances.

La taxe sur les gains des paris sportifs doit apporter 50 milliards de FCFA. Les contributions destinées aux fonds miniers représentent 165,103 milliards supplémentaires.

Quatre comptes spéciaux du Trésor sont concernés. Le Fonds minier de développement local doit recevoir 18,436 milliards de FCFA. Le fonds consacré aux infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport représente 121,573 milliards. Le financement de la recherche géologique, de la formation et du renforcement des capacités atteint 24,475 milliards. Une enveloppe de 619 millions de FCFA est affectée à la promotion du secteur minier.

Du côté des dépenses, le texte inscrit 200 milliards de FCFA de crédits de paiement supplémentaires pour les opérations de sécurisation du territoire. Il prévoit également une subvention exceptionnelle de 50 milliards de FCFA à la Compagnie malienne pour le développement des textiles. Un prêt de 30 milliards de FCFA à la CMDT figure parmi les charges de trésorerie.

Quinze établissements sanitaires concernés

Le programme sanitaire présenté devant le CNT prévoit la transformation des centres de santé de référence des six communes de Bamako en hôpitaux de district modernes.

Deux hôpitaux de district doivent être construits à Kangaba et à Bla. Sept hôpitaux régionaux sont également annoncés à Koulikoro, San, Koutiala, Bougouni, Dioïla, Nioro et Bandiagara.

Ces quinze opérations seront financées sur le budget national, selon le compte rendu de la séance. Le montant affecté séparément à chaque établissement et le calendrier des travaux n’ont pas été communiqués.

La Commission des finances du CNT a par ailleurs demandé au gouvernement de l’informer de toute ouverture de crédits par décret d’avance. Elle recommande également la publication périodique des ressources obtenues grâce à la cession de bâtiments appartenant à l’État.

Le vote du 22 octobre approuve ainsi la nouvelle enveloppe budgétaire et les changements de recettes et de dépenses. L’exécution des crédits consacrés aux hôpitaux, à la sécurité, à la CMDT et aux fonds miniers apparaîtra dans les prochains états d’exécution du budget.

Situation sécuritaire : l’armée dresse un nouvel état des lieux

Selon la Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA), les Forces armées maliennes (FAMa) ont mis hors d’état de combattre plus de 4 880 combattants de groupes armés, détruit plus de 162 bases, 315 véhicules pick-up et 1 300 motocyclettes entre mai et le 20 octobre 2026. Lors d’un point de presse tenu ce vendredi 23 octobre 2026, la DIRPA a également fait état de la consolidation du dispositif militaire à Kidal et de la poursuite des opérations sur les trois théâtres d’intervention.

La Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) a tenu son traditionnel point de presse consacré à la situation sécuritaire, aux opérations menées et à celles en cours sur l’ensemble du territoire. La consolidation des positions militaires à Kidal constitue l’un des faits marquants de la période. Selon le Directeur de la DIRPA, le Colonel-major Bakary Bocar Maïga, l’offensive lancée le 6 octobre dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko » a permis aux FAMa de renforcer leur dispositif dans la ville et ses environs. Cette opération s’inscrit dans une campagne visant à consolider les points d’appui, acheminer les moyens nécessaires aux unités et empêcher les groupes armés de se réorganiser.
Le responsable a également fait état du maintien des positions de l’armée à Anéfis, considéré comme un point d’appui pour la poursuite des opérations. Dans cette partie du pays, les actions de sécurisation et de ratissage se poursuivent à Kidal, Talhandak, Tessalit, Inafarak et Ménaka. Selon la DIRPA, l’état-major poursuit la sécurisation des zones concernées et des services sociaux de base, avec pour objectif de favoriser le retour progressif des populations déplacées par les violences.
Sur le plan aérien, le bilan présenté fait état de 1 887 missions de surveillance et de suivi ainsi que de 791 frappes sur l’ensemble des théâtres entre mai et septembre 2026. Du 1er au 20 octobre, plus de 65 frappes supplémentaires ont été recensées par la DIRPA.
Dans la zone centrale, les opérations combinent frappes aériennes, reconnaissances offensives et patrouilles terrestres. Au total, 16 frappes ont été menées dans le cadre de trois actions aériennes dans les secteurs de Sofara, au nord-est de San, et de N’Daki. Selon le bilan communiqué, plus de 200 combattants ennemis ont été mis hors d’état de combattre, tandis que dix véhicules et 95 motocyclettes ont été détruits.
Des missions d’escorte et d’assistance aux populations ont également été conduites, notamment à Saye et au profit de l’école fondamentale de Mondoro.
Au Sud, l’effort militaire porte notamment sur la sécurisation des axes routiers et la protection des approvisionnements. Sur l’axe Kadiana-Bamako, 2 556 citernes ont été escortées les 13, 20 et 27 septembre. À Bafoulabé, les FAMa déclarent avoir assuré 656 passages de véhicules.
Le renforcement des effectifs constitue un autre volet du bilan présenté par l’institution militaire. L’École des sous-officiers de Banankoro a formé 548 nouveaux sous-officiers, tandis que près de 2 700 recrues issues des formations communes de base ont rejoint les rangs de l’armée.
Par ailleurs, 2 400 jeunes, dont 800 femmes, ont achevé six mois de formation militaire et civique dans le cadre de la septième cohorte du Service national des jeunes.
Joseph Amara Dembélé

Benson Diakité, une grande voix des médias s’éteint

Le journaliste et communicant  Abdoulaye Benson Diakité est décédé ce vendredi 23 octobre 2026 à Bamako. Ancien animateur de Radio France Internationale (RFI), il laisse derrière lui plusieurs décennies de présence dans les médias, la communication institutionnelle et la culture.

Ses obsèques sont prévues ce vendredi après la prière à Missabougou. Sa disparition marque celle d’une figure connue de plusieurs générations de professionnels des médias au Mali et au-delà.
Parcours
Natif de Bancoumana, dans le Mandé, Abdoulaye Benson Diakité avait d’abord embrassé l’enseignement avant de rejoindre les médias. Son parcours radiophonique commence au Gabon, où il passe par Africa N°1 avant de travailler à la Radio Télévision Gabonaise. Il poursuit ensuite son chemin en France, entre médias et communication culturelle.
C’est surtout à RFI que sa voix devient familière à un large public africain. Journaliste-animateur de 1994 à 2009, il participe notamment à *Plein Sud*, aux côtés d’Amobé Mévégué, et présente plusieurs programmes consacrés aux sociétés africaines, à la culture et aux diasporas. En juillet 2009, RFI retraçait son parcours, de Bancoumana aux studios parisiens de la radio internationale.
Communication
De retour au Mali, Benson Diakité met aussi son expérience au service de la communication institutionnelle. Il est nommé conseiller technique au Secrétariat général de la Présidence de la République en janvier 2010, puis conseiller spécial du Président Amadou Toumani Touré en août 2011. Il occupera également, quelques années plus tard, les fonctions de conseiller à la communication du Président de l’Assemblée nationale.
Il n’avait pourtant jamais véritablement quitté les médias. Ces dernières années, TM1 constituait l’un des espaces où il continuait à partager son expérience et son regard sur l’actualité. Présent dans des émissions de débat de la chaîne, il y apportait le recul d’un journaliste ayant connu aussi bien les grandes rédactions internationales que les réalités politiques, sociales et culturelles maliennes. Pour les plus jeunes professionnels, sa présence représentait aussi une forme de transmission d’une expérience accumulée au fil de plusieurs décennies.
Benson Diakité était également resté actif dans le domaine culturel. En 2014, il avait notamment porté le Festi’Bazin, projet destiné à promouvoir le bazin malien, ses créateurs et les métiers qui l’entourent. Il expliquait alors avoir retrouvé sa « famille d’origine », le journalisme et les activités culturelles.
De Bancoumana à RFI, de la communication présidentielle aux plateaux de TM1, Benson Diakité aura ainsi traversé plusieurs époques du paysage médiatique sans se détourner de ce qui avait façonné son parcours à savoir transmettre, donner la parole et partager son expérience.
À l’occasion de cette douloureuse disparition, Journal du Mali rend hommage au parcours exceptionnel de Benson Diakité, à son engagement dans les médias, la communication et la culture, ainsi qu’à sa contribution à la transmission du métier. La rédaction présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches, à ses confrères et à tous ceux qui l’ont côtoyé. Nos pensées pieuses et émues les accompagnent en ces moments de deuil.

Yelen : La plateforme qui met les petits commerçants francophones en ligne

Vendre sur WhatsApp, Tiktok ou Instagram est devenu courant en Afrique francophone, mais encaisser les paiements et suivre les commandes reste compliqué. C’est de ce constat qu’est née Yelen, une jeune entreprise lancée en juin 2025 par Ibrahima Sylla, avec son cofondateur Christian Okoth.

L’idée est venue de conversations avec des vendeurs qui évoquaient leurs difficultés à encaisser leurs paiements et à gérer leurs ventes entre WhatsApp, Tiktok et Instagram. Yelen propose donc de créer une boutique en ligne sans écrire une ligne de code. Le besoin est réel. En Afrique francophone, les PME représentent plus de 90% des entreprises, mais moins de la moitié vendent en ligne, selon TechCabal.

Pour la livraison, les commerçants gèrent eux-mêmes les envois locaux, tandis que l’expédition internationale passe par un partenariat avec DHL. La plateforme prend aussi en charge les paiements mobiles transfrontaliers et s’intègre aux systèmes de paiement locaux, un gage de confiance pour les acheteurs comme pour les vendeurs. Son modèle économique combine abonnements et frais sur les transactions.

Les premiers résultats sont encourageants. Depuis son lancement, Yelen affirme avoir intégré plus de 3 000 vendeurs et traité environ 40 000 dollars de transactions. Elle s’appuie surtout sur la Côte d’Ivoire, où le commerce en ligne a généré 534 millions de dollars de revenus en 2024 et où se concentrent 70% de ses utilisateurs.

Selon Techpoint Africa, la start-up opère dans des régions francophones comme le Sénégal, le Cameroun, le Togo, le Mali, le Bénin, le Niger et le Gabon, et ses utilisateurs se répartissent sur dix marchés, dont la République démocratique du Congo.

Ibrahima Sylla n’en est pas à son premier projet. Techpoint Africa le présente comme un ancien de Google et d’Anka, et rapporte qu’un produit précédent avait gagné une certaine traction avant qu’il ne juge le marché pas prêt. Le média décrit Yelen comme un Shopify pour les vendeurs des réseaux sociaux, mais le fondateur assure que la plateforme s’en distingue fondamentalement.

Son ambition affichée est de devenir l’infrastructure du commerce en ligne pour les vendeurs sociaux. Dans une région où le commerce passe beaucoup par les discussions en ligne, Yelen entend bâtir les rails qui soutiendront la croissance du secteur.

Ibrahim Baby

UFOA-A U20 : Un échec aux causes multiples pour les Aiglons

Éliminés après seulement deux rencontres du tournoi UFOA-A U20 2026, les Aiglons ne participeront pas à la prochaine Coupe d’Afrique des Nations de la catégorie. Au-delà des insuffisances constatées sur le terrain, cette désillusion suscite des interrogations sur les choix techniques et les critères de sélection des joueurs.

Deux matchs, deux défaites sur le même score (0-1) et aucun but inscrit. Le bilan des Aiglons dans le tournoi qualificatif organisé à Bamako est loin des ambitions affichées. Battus par la Guinée le 15 octobre, puis par la Gambie trois jours plus tard, les hommes de Mamoutou Kané dit Mourlé ont prématurément abandonné leurs espoirs de qualification.

Sur le terrain, les difficultés offensives ont particulièrement pesé. Face aux Guinéens comme face aux Gambiens, les Juniors maliens ont éprouvé des difficultés à construire leurs actions et à déséquilibrer les défenses adverses. Malgré les changements opérés par le staff technique, l’équipe n’a jamais réussi à trouver la solution.

Des choix qui interrogent

Outre les insuffisances techniques et tactiques, cette élimination ravive le débat sur la composition des sélections nationales de jeunes. Certains observateurs s’interrogent sur les critères de choix des joueurs et sur la place accordée aux performances individuelles en clubs et dans les académies.

Toutefois, les résultats décevants ne permettent pas, à eux seuls, de conclure que les meilleurs éléments ont été écartés. La constitution d’une sélection répond également à des exigences de complémentarité, d’équilibre entre les postes et d’adaptation au projet de jeu du sélectionneur.

Après la défaite contre la Gambie, Mamoutou Kané a assumé sa responsabilité dans l’élimination, tout en défendant ses choix. « Oui, je suis le principal responsable de cette élimination du Mali. Je ne regrette pas mes choix, l’équipe avait toute ma confiance », a déclaré le technicien qui avait conduit le Mali au sacre à la CAN U20 2019.

Cette contre-performance lui a finalement coûté son poste. Dans un communiqué publié le 20 octobre, la FEMAFOOT a annoncé avoir reçu sa démission, à l’issue d’échanges avec le Président du Comité exécutif. L’instance prévoit également une réorganisation de l’encadrement technique et du processus de sélection des équipes nationales de jeunes.

Cette nouvelle désillusion, quelques semaines après l’élimination des U17, appelle une réflexion sur les méthodes de détection et de sélection, mais aussi sur la capacité des encadrements techniques à tirer le meilleur parti des talents maliens disponibles.