Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Mali-Algérie : Une nouvelle ère pour la coopération régionale
La récente visite du Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, à Alger marque un tournant décisif dans les relations entre deux pays liés par une histoire commune et une frontière de plus de 1 300 kilomètres. Après quinze mois de tensions diplomatiques, ce rapprochement ouvre la voie à une coopération renouvelée, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté, pour répondre aux défis communs du Sahel.
Un réchauffement diplomatique stratégique
La visite du 24 août 2026, à l’invitation du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, concrétise une volonté partagée de dépasser les différends qui ont marqué la période récente. Porteur d’un message du Président de la Transition malienne, le Général d’Armé Assimi Goïta, Abdoulaye Maïga a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, scellant ainsi la normalisation engagée en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens .
Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans la « stratégie des 3P » (Présence, Patience, Persévérance) prônée par l’Algérie, qui a su privilégier le dialogue et la concertation pour surmonter une crise dont les racines remontent à la dénonciation par Bamako de l’Accord d’Alger en janvier 2024. Comme l’a souligné le Président Tebboune, « le Mali restera toujours un pays voisin. Les dirigeants changent, chacun avec ses idées, mais, au final, c’est la réalité qui s’impose ».
Des enjeux sécuritaires et économiques majeurs
La coopération sécuritaire constitue l’un des piliers de ce rapprochement. Dans un contexte régional marqué par la résurgence des groupes terroristes et les défis posés par la sortie du Mali de la CEDEAO, les deux pays partagent des intérêts stratégiques convergents. L’Algérie, qui a historiquement joué un rôle de médiateur dans la crise malienne, entend désormais renforcer son engagement opérationnel, comme en témoigne la livraison récente d’hélicoptères d’attaque au Niger et l’appui militaire au régime Nigérien lors de la mutinerie du 28 Aout 2026 .
Sur le plan économique, le potentiel de coopération est considérable. La réactivation de la Grande Commission mixte et du Conseil bilatéral stratégique permettra de donner une impulsion nouvelle aux échanges dans des secteurs clés : hydrocarbures, télécommunications, formation professionnelle et transport. La route transsaharienne, réalisée à plus de 90%, constitue un levier majeur pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays.
Une vision partagée pour le Sahel
Au-delà de la dimension bilatérale, cette réconciliation contribue à la stabilisation de l’ensemble de l’espace sahélien. Les deux pays affichent leur volonté commune de « bâtir une région pacifiée, sécurisée et débarrassée du terrorisme, du néocolonialisme et de toute prétention hégémonique ». Cette vision partagée repose sur des principes fondamentaux : respect de la souveraineté des États, non-ingérence dans les affaires intérieures et promotion du dialogue comme seul moyen de résoudre les crises.
Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires croissants dans le nord du pays, la coopération avec l’Algérie apparaît comme une nécessité stratégique. La libération récente de plusieurs militaires maliens détenus par des groupes armés, à laquelle Alger a contribué, illustre la pertinence de ce partenariat.
La visite du Premier ministre malien à Alger ne se limite pas à une simple réconciliation diplomatique. Elle ouvre une nouvelle page dans les relations entre deux pays frères, unis par des liens historiques, géographiques et humains indéfectibles. Dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, la coopération Mali-Algérie apparaît comme un facteur de stabilité et de développement partagé, bénéfique non seulement aux deux peuples mais à l’ensemble de la région.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Ecrivain Spécialiste des Questions
Sociales et Sécuritaires du Sahel
PMU–FEMAFOOT : 500 millions, pour quels résultats ?
Le PMU-Mali devient partenaire de la Fédération malienne de football avec un engagement annoncé de 500 millions de FCFA. Le montant ouvre des possibilités importantes, mais ses objectifs, son calendrier et les garanties d’intégrité doivent être rendus lisibles.
Paludisme : Bamako au cœur de la recherche d’un traitement en une prise
Le programme WANECAM3 doit tester trois nouveaux composés contre le paludisme non compliqué. Dirigée scientifiquement depuis Bamako, cette recherche pourrait simplifier la prise en charge, mais aucun nouveau médicament n’est encore disponible.
Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.
Routes locales : le transfert attend ses moyens
Le gouvernement a redéfini les responsabilités des communes, des régions et du District de Bamako en matière de routes et de transports. La clarification juridique ne produira des résultats que si les collectivités reçoivent les financements et les compétences techniques nécessaires.
Niger : la mutinerie qui a visé le cœur du pouvoir
Pour ses adieux au Mali, Rachna Korhonen mise sur les solutions locales
Au terme de sa mission, l’ambassadrice des États-Unis a consacré l’une de ses dernières rencontres publiques à l’initiative locale et au rôle de la jeunesse dans le développement du Mali. Accueilli dans les locaux de Garden Grid, le dialogue a également permis de présenter un projet d’agriculture numérique encore en phase de test.
Kangaba : 97 millions de FCFA à rendre visibles
Les huit communes du cercle ont retenu des projets scolaires, hydrauliques et routiers financés par les recettes minières. La sélection est terminée, mais les habitants attendent désormais les décaissements, les marchés et les réalisations.
Gao : l’explosion qui impose un inventaire des risques
Une explosion a tué cinq personnes et grièvement blessé deux autres, samedi 29 août, dans le quartier d’Anoura. La piste d’un obus manipulé doit encore être confirmée, mais le drame rappelle la présence durable d’engins explosifs au milieu des populations.
Samedis à Sogonafing : le conte, une école de la vie
La deuxième édition des « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » s’est achevée le 29 août 2026, après neuf semaines d’activités consacrées aux contes, comptines, jeux, chants et savoir-faire traditionnels. Placée sous le thème « Célébrer la culture à travers l’éducation et l’éducation à travers nos contes et comptines », la manifestation entendait transmettre aux enfants des repères culturels, historiques et citoyens par l’éducation et la pratique artistique.
Du pâturage aux étals, le parcours difficile de la viande au Mali
La 6ᵉ Assemblée générale ordinaire de l’Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) s’est tenue jeudi 27 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. Elle a porté sur les difficultés de la filière et les moyens d’améliorer l’approvisionnement des marchés.
Excision : l’appel à la loi revient au premier plan
La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.
Budget : l’avance des recettes à confirmer
L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.
À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.
La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.
Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.
Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.
Lecture
La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.
Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.
La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.
Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.
Services
Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.
La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.
Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.
La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.
Massiré Diop
FAMa : des positions de groupes armés ciblées à Abéïbara et près de Sévaré
Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, annoncent avoir mené les 24 et 25 août 2026 des frappes aériennes contre des regroupements armés à Abéïbara et au nord-est de Sévaré. Le bilan de ces opérations reste en cours d’évaluation.
COP17 : le Mali appelle à changer d’échelle dans le financement de la Grande Muraille verte
À Oulan-Bator, le segment de haut niveau de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est ouvert, lundi 24 août 2026, en présence du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh, de hautes autorités du pays et de délégations venues du monde entier. La conférence se tient du 17 au 28 août dans la capitale mongole.
En marge de ce segment, lors d’une rencontre consacrée à la mise en œuvre du Plan d’investissements prioritaires décennal de la Grande Muraille verte, Mme Doumbia Mariam Tangara, ministre malienne de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, a plaidé en faveur d’un changement d’échelle dans le financement de cette initiative continentale. Elle intervenait également en sa qualité de présidente en exercice du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.
« La restauration des terres ne peut être dissociée du développement économique et social de nos communautés », a déclaré la ministre. Selon elle, la Grande Muraille verte ne doit plus être considérée comme une juxtaposition de projets nationaux, mais comme une véritable plateforme continentale d’action et d’investissement, portée par les plus hautes instances politiques africaines.
Pour concrétiser cette ambition, la mobilisation des ressources demeure déterminante. « Nous sommes ici pour mobiliser davantage de ressources afin de porter à une plus grande échelle les ambitions permettant d’atteindre les indicateurs fixés à l’horizon 2030 », a affirmé Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.
La ministre a notamment appelé à dépasser le financement de projets isolés. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation, capables d’attirer simultanément les ressources publiques, les financements climatiques, les partenaires techniques et financiers, mais également le secteur privé », a-t-elle soutenu.
Le Mali plaide ainsi pour la constitution d’un portefeuille continental de projets transformateurs et bancables, assortis de résultats mesurables. Cette approche vise à mobiliser conjointement les ressources publiques, les financements climatiques et les capitaux privés, afin que les investissements consacrés à la Grande Muraille verte produisent davantage d’effets sur la restauration des terres, la sécurité alimentaire, l’emploi vert et la résilience des communautés africaines.
Ali SANKARE
AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral
La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.
Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.
Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.
Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.
Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.
Portée
La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.
Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.
Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.
La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.
Résultats
Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.
Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.
Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.
Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.
La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.
Massiré Diop
Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.
Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.
Une réconciliation récente mais fragile
Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.
Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.
La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique
Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.
Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger
Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.
En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Une dynamique de rivalité et de dépassement
La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.
Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie
Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :
- Adopter une approche de neutralité active et de médiation
- Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
- Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.
- Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle
- Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
- Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.
- Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun
- La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
- Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.
- Adopter une communication diplomatique prudente
- Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
- Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.
- Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires
- L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
- Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Ecrivain Spécialiste des Questions
Sociales et Sécuritaires
Frontière ivoirienne : l’accord attend ses bornes
Les experts du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont accordés sur le tracé définitif de leur frontière commune. Cette avancée technique doit encore être consacrée par un traité puis matérialisée sur le terrain avant de produire des effets durables.
Une ligne arrêtée sur une carte ne devient pas immédiatement une frontière visible pour les populations. La quatrième réunion de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali, tenue du 21 au 25 août à Bamako, a néanmoins permis de franchir une étape longtemps attendue.
Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de la frontière et validé l’avant-projet du traité de délimitation. Ils se sont également entendus sur le schéma du canevas géodésique qui servira de référence aux prochaines opérations de démarcation et d’installation des bornes.
La décision s’appuie notamment sur une mission conjointe de reconnaissance effectuée du 12 au 19 avril dans la zone de Pogo-Zégoua. Les techniciens avaient alors confronté les anciennes données cartographiques aux réalités du terrain afin de lever les dernières incertitudes sur une frontière longue d’environ 532 kilomètres.
Le résultat annoncé à Bamako reste cependant une adoption technique. Le traité de délimitation doit encore être signé par les deux gouvernements avant d’acquérir sa pleine portée juridique. Le canevas de base doit, quant à lui, être déployé avant la fin de 2026 pour permettre le début de l’abornement.
Terrain
La délimitation indique juridiquement le passage de la frontière. La démarcation consiste ensuite à la rendre perceptible sur le terrain au moyen de bornes et de coordonnées reconnues par les deux États. Entre ces deux étapes se trouvent des consultations, des travaux topographiques, des financements et une nécessaire information des villages concernés.
Pour les habitants de la zone frontalière, l’enjeu touche à des réalités quotidiennes. Une ligne mal connue peut compliquer l’exercice de l’autorité administrative, l’identification des terres agricoles, la perception des taxes ou le règlement des différends entre communautés. La matérialisation devra donc être accompagnée d’explications locales et de mécanismes accessibles de recours.
Il faudra également préserver les usages transfrontaliers. Les familles, les éleveurs, les cultivateurs et les commerçants de cette zone entretiennent des relations souvent plus anciennes que les frontières étatiques. Poser des bornes doit permettre de prévenir les conflits sans transformer la ligne commune en obstacle supplémentaire aux activités licites.
Le passage Pogo-Zégoua se trouve sur l’un des principaux axes reliant Bamako au territoire ivoirien et à ses infrastructures portuaires. La clarté territoriale peut faciliter la coordination entre Douanes, Police, Gendarmerie et collectivités, mais elle ne réglera à elle seule ni les lenteurs du corridor, ni les tracasseries, ni les risques sécuritaires.
Coopération
L’Union africaine inscrit la délimitation et la démarcation dans une politique plus large de prévention des différends et de coopération transfrontalière. Son Programme frontière encourage les États à compléter le travail cartographique par des projets communs, une gestion concertée des espaces voisins et le renforcement des administrations locales.
Cette dimension est particulièrement importante pour le Mali et la Côte d’Ivoire. Les deux pays avaient déjà décidé en 2021 de renforcer les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes ou simultanées le long de leur frontière. La détérioration sécuritaire dans plusieurs zones du Sud malien et du Nord ivoirien donne aujourd’hui une portée supplémentaire à cette coordination.
L’accord obtenu à Bamako offre donc une base, mais son utilité dépendra de la suite. La signature du traité, la publication des documents essentiels, l’installation effective des bornes et l’association des populations permettront de mesurer la réalité des engagements.
La prochaine étape ne doit pas seulement consister à transformer une carte en ligne matérialisée. Elle devra faire de cette frontière un espace mieux administré, plus sûr et suffisamment ouvert pour préserver les échanges dont vivent les localités des deux côtés.
Massiré Diop




















