Filières oléagineuses : le gouvernement malien réunit producteurs et industriels à Bamako

Le gouvernement a tenu, ce 12 janvier 2026, une réunion de concertation consacrée aux filières karité, sésame et arachide, dans un contexte de tensions récurrentes sur l’approvisionnement des unités industrielles locales.

La rencontre s’est déroulée dans la capitale du Mali sous la présidence du ministre de l’Industrie et du Commerce Moussa Alassane Diallo. Elle a réuni producteurs, interprofessions et industriels de transformation afin d’examiner les conditions d’un approvisionnement plus régulier des usines nationales en matières premières.
Les échanges se sont appuyés sur des données qui confirment le poids stratégique du secteur. Le Mali produit chaque année plus de 200 000 tonnes d’amandes de karité, ce qui le place parmi les premiers producteurs mondiaux, tandis que la production d’arachide dépasse 350 000 tonnes et celle de sésame avoisine 50 000 tonnes. Malgré ces volumes, une part importante de la production continue d’être exportée à l’état brut, limitant l’activité des unités industrielles locales.
La réunion a permis d’aborder les difficultés rencontrées par les transformateurs face à la concurrence des acheteurs exportateurs et aux circuits informels. Les autorités ont rappelé leur volonté de renforcer l’organisation des filières et le rôle des interprofessions afin de mieux orienter les flux de matières premières vers le marché national.
Cette concertation s’inscrit dans la continuité des mesures récentes visant à privilégier la transformation locale des produits agricoles. Notamment le suivi du protocole d’accord signé le 31 octobre 2024 entre le gouvernement,  les unités industrielles locales de transformation des produits oléagineux et les interprofessions des filières karité, sésame et arachide. L’accord est destiné à être un outil d’équilibre entre les besoins de production, de transformation et de régulation du marché.  Elle constitue une étape de dialogue entre l’État et les acteurs économiques, en attendant d’éventuelles décisions réglementaires destinées à sécuriser durablement les filières oléagineuses.
A l’issue de la rencontre, il  a été prévu qu’une évaluation claire de l’accord sera réalisée d’ici le 31 janvier 2026.

« La Dualité Bamako et le reste du pays »

Ces écrits se veulent un cri du cœur constructif et ne visent nullement à saboter ou à rejeter les efforts consentis par les autorités. Il s’agit plutôt d’une interpellation visant à éclairer la nature profonde de la crise actuelle et à proposer une voie de résolution plus durable.

La Fausse Bonne Solution à la Crise d’Hydrocarbures

La récente tentative de résolution de la crise d’approvisionnement en hydrocarbures au Mali apparaît, en réalité, comme une fausse bonne solution. Elle est symptomatique d’une approche de gestion qui, par défaut de remédier à la cause première, s’attaque uniquement aux conséquences visibles et aux difficultés d’approvisionnement (la pénurie que nous traversons).

Il est essentiel de le souligner : la crise du carburant n’était pas une crise isolée en soi. Elle n’était qu’une ramification directe de la crise sécuritaire qui sévit sur le territoire. Par conséquent, cette pénurie est la conséquence directe de la gestion sécuritaire du territoire et des défis logistiques qu’elle engendre.

Cette situation, loin d’être un simple incident logistique, vient soulever des failles structurelles et des questionnements fondamentaux sur la gouvernance. En se concentrant sur la conséquence, la difficulté d’approvisionnement, on élude la cause qui lui a donné naissance : l’insécurité et le contrôle territorial.

Cependant, des alternatives concrètes et puissantes s’offrent aux autorités pour sortir de ce cycle de gestion des symptômes. La solution réside dans un changement de paradigme, passant d’une gestion centralisée et macro à une approche impliquant les acteurs locaux, pour s’orienter vers une gouvernance partagée de la sécurité.

Il est impératif d’impliquer pleinement les collectivités dans leurs droits et de les placer au-devant de la recherche de solutions durables. Cette démarche ne doit pas être perçue comme un affaiblissement du pouvoir ou de l’influence de l’État, ni comme une tentative de s’y substituer. Au contraire, elle est un gage de résilience et d’efficacité.

Travailler sur les mécanismes de coordination et de gestion des crises et catastrophes à travers le CECOGEC (Centre de Coordination et de Gestion des Crises et Catastrophes) :

La coordination entre les différents comités, à savoir le CIGCC (Comité Interministériel de Gestion des Crises et Catastrophes), le CRGCC (Comité Régional de Gestion des Crises et Catastrophes),ainsi que les comités au niveau local (CLGCC) et communal (CCGCC), doit être adaptée au contexte actuel. Bien que les communiqués du CIGCC soient partagés, j’observe que cette dynamique doit également s’appliquer aux niveaux communal, local et régional.

Pour être efficaces, les solutions doivent être endogènes et partagées. Elles doivent émaner de la base (niveaux local et communal) pour remonter vers le sommet (niveau national). Cette approche ascendante (“bottom-up”) garantira que les réponses apportées soient véritablement adaptées aux réalités du terrain.

La crise actuelle démontre qu’une gestion macro ne peut, à elle seule, résoudre les problèmes complexes et multidimensionnels du Mali. La voie de la durabilité passe nécessairement par une gouvernance partagée de la sécurité, où l’État et les collectivités travaillent de concert pour rétablir la paix et la circulation des biens. C’est en reconnaissant et en intégrant la réalité du “reste du pays” que la dualité avec Bamako pourra être dépassée.

Burkina Faso : un gouvernement redessiné

Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes et une refonte notable de l’intitulé de plusieurs départements. Au-delà des nominations, cette recomposition traduit une volonté assumée de redéfinir le rôle de l’État et le sens de l’action publique.

Le remaniement intervenu au Burkina Faso s’inscrit dans la continuité de la transition conduite par le président Ibrahim Traoré, mais il en accentue les marqueurs idéologiques. Sans bouleverser l’équilibre général de l’exécutif, les autorités ont choisi de renforcer certains pôles stratégiques et de revoir la dénomination de ministères jugés centraux dans la conduite du projet politique actuel.
La nomination du général de division Célestin Simporé comme ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique constitue le changement le plus structurant. Le choix du terme « Guerre », absent jusque-là de l’architecture gouvernementale, rompt avec la prudence lexicale habituelle de l’administration burkinabè. Il acte une lecture frontale de la situation sécuritaire et confère à la défense nationale une dimension idéologique clairement assumée, plaçant la souveraineté et la reconquête du territoire au cœur de l’action gouvernementale.
Dans le même temps, la réorganisation du portefeuille des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, confié à Annick Zingué Ouattara, répond à un enjeu démographique et social majeur. En associant explicitement jeunesse et emploi, l’exécutif entend dépasser les politiques sectorielles classiques pour proposer une approche plus intégrée, dans un pays où la pression sociale liée au chômage et à la déscolarisation demeure forte, notamment dans les zones affectées par l’insécurité.
Le secteur éducatif n’est pas en reste avec l’arrivée de Moumouni Zoungrana à la tête du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique. Cette nomination intervient dans un contexte où l’enseignement post-primaire et la formation qualifiante sont perçus comme des leviers essentiels pour stabiliser les parcours des jeunes et répondre aux besoins d’une économie en quête de compétences techniques.
Au-delà des personnes, ce remaniement se distingue surtout par une révision en profondeur de l’intitulé de plusieurs ministères, révélatrice d’un repositionnement politique. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur devient simplement ministère des Affaires étrangères, suggérant un recentrage diplomatique et une volonté de simplifier l’appareil institutionnel dans un environnement international marqué par des recompositions régionales sensibles.
Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme est rebaptisé ministère de la Construction de la Patrie, une appellation qui dépasse les seules questions techniques pour inscrire l’aménagement du territoire dans un registre national et symbolique. Cette même logique traverse la transformation du ministère de la Fonction publique en ministère des Serviteurs du Peuple, qui vise à redéfinir la posture de l’administration et à rappeler sa vocation première au service des citoyens.
La justice connaît également une clarification institutionnelle avec le retour à l’appellation de ministère de la Justice, abandonnant un intitulé long et composite. Ce choix semble traduire une volonté de renforcer la lisibilité et l’autorité de l’institution judiciaire dans un contexte de fortes attentes sociales en matière d’équité et de régulation.
Enfin, le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale devient le ministère de la Famille et de la Solidarité, recentrant l’action sociale sur la cellule familiale, considérée comme un socle de cohésion dans un pays confronté à des déplacements internes massifs et à des fragilités sociales durables.
Pris dans son ensemble, ce remaniement ne se limite pas à un simple ajustement gouvernemental. Il révèle une stratégie politique fondée sur la symbolique des mots, la centralité de la souveraineté et la volonté de refaçonner l’image de l’État. À travers cette nouvelle architecture, les autorités de la transition entendent imprimer une direction claire à l’action publique et affirmer une vision du pouvoir où l’État se veut à la fois combattant, bâtisseur et serviteur.

Bafoulabé : nouvelle attaque contre des sites industriels

Plusieurs unités industrielles du cercle de Bafoulabé ont été la cible d’une attaque armée coordonnée dans la nuit du samedi au dimanche 11 janvier 2026. L’opération a causé d’importants dégâts matériels et donné lieu à des enlèvements, selon des sources locales concordantes.

 

Les faits se sont produits aux environs de deux heures du matin. Des hommes lourdement armés, circulant sur une centaine de motos, ont mené des attaques simultanées contre plusieurs installations industrielles situées le long de la Route nationale 22, dans le cercle de Bafoulabé.

 

Les assaillants, estimés à environ cent soixante, avaient été aperçus quelques heures plus tôt dans la localité de Selinkegny, à une trentaine de kilomètres de Bafoulabé, avant de se scinder en groupes pour frapper leurs cibles.

 

Parmi les sites touchés figurent l’usine Stones, la Carrière et Chaux du Mali à Karaga ainsi que la cimenterie Diamond Cement à Gangontéry. Des chargeurs et un car ont été incendiés sur certains sites, provoquant d’importants dégâts matériels et des panaches de fumée visibles au-dessus des installations concernées.

 

Au moins quatre personnes ont été enlevées sur le site de Diamond Cement, selon des informations recueillies auprès de sources locales. Aucun bilan faisant état de morts ou de blessés n’a été signalé à ce stade. Sur ses réseaux sociaux, le PDG de Diamond Cement a confirmé l’attaque, indiquant que plusieurs usines, dont une entreprise étrangère, avaient également été visées, sans donner davantage de détails.

 

Cette attaque intervient dans un contexte de tension sécuritaire persistante dans la zone. L’une des usines ciblées avait déjà fait l’objet d’une attaque armée le 1er juillet 2025. Début janvier, des alertes émises par les populations locales avaient conduit certaines entreprises à évacuer leur personnel par mesure de précaution.

 

À la suite des événements, les forces de sécurité ont suspendu temporairement la traversée du fleuve dans la zone pour des raisons sécuritaires.

 

Les autorités locales n’avaient pas encore communiqué officiellement sur l’identité des assaillants ni sur les suites de l’opération. Plusieurs sources sécuritaires estiment toutefois que l’attaque correspond au mode opératoire du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, connu pour cibler les intérêts économiques.

 

Environnement : le Mali redistribue les compétences

Les autorités maliennes ont redéfini les compétences territoriales en matière d’assainissement et de protection de l’environnement. Lors du conseil des ministres du 7 janvier 2026, elles ont procédé à la redistribution des compétences administratives en matière d’assainissement et d’environnement entre les différentes collectivités. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans l’effectivité de la décentralisation et de nouvelles mesures dans le domaine de l’environnement.

 

Le conseil des ministres du 7 janvier 2026 a adopté deux projets de décret au compte du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Ces nouveaux textes précisent les compétences transférées aux collectivités territoriales en matière d’environnement. La nouvelle loi de 2023 portant organisation administrative a consacré la suppression de la collectivité territoriale cercle. Cette nouvelle organisation administrative a rendu nécessaire « la relecture du Décret n°2014-0572/P-RM du 22 juillet 2014 et du Décret n°2018-0079/P-RM du 29 janvier 2018 fixant respectivement le détail des compétences transférées de l’Etat aux Collectivités territoriales en matière d’assainissement, de lutte contre les pollutions et nuisances et de gestion des ressources forestières et fauniques », justifie le conseil des ministres.

Ainsi les décrets adoptés précisent l’organisation des compétences transférées entre les communes, les régions et le district de Bamako tout en mettant l’accent sur l’appui-conseil que les services de l’Etat doivent apporter aux collectivités décentralisée s dans les domaines de l’environnement, l’assainissement et le développement durable.

Le transfert de ces compétences vise à assurer une efficacité de la gestion environnementale tout en maintenant la coordination de l’Etat. En effet, ces questions locales méritent une réponse locale ancrée dans une politique commune.

Le Mali fait face à de multiples défis environnementaux, parmi lesquels la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’adaptation au changement climatique ou encore la transition vers une économie verte.  La répartition efficace des compétences dans ces domaines et une meilleure coordination sont les gages d’une réussite en matière de gestion environnementale. C’est en tout cas, l’objectif de ces nouveaux textes qui visent d’une part à redéfinir les responsabilités en matière environnementale entre les collectivités et l’Etat et à asseoir une meilleure application des reformes administratives entreprises depuis plusieurs années.

 

 

Côte d’Ivoire : le procès de Mahamadou Hawa Gassama fixé au 9 janvier 2026

Mahamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali, sera jugé par la justice ivoirienne pour offense au chef de l’État et diffusion de propos jugés outrageants. Après six mois de procédure, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel d’Abidjan pour une audience prévue ce vendredi 9 janvier.

La procédure judiciaire impliquant Mahamadou Hawa Gassama, personnalité politique malienne et membre du Conseil national de transition, franchit une étape décisive en Côte d’Ivoire. Le dossier, instruit depuis son arrestation le 2 juillet 2025, a été officiellement renvoyé devant le tribunal correctionnel de première instance d’Abidjan-Plateau, où il doit comparaître pour répondre des faits qui lui sont reprochés.
Selon les autorités judiciaires ivoiriennes, l’instruction menée par le juge d’instruction a permis de réunir des éléments considérés comme suffisants pour un procès au fond. Cette décision, matérialisée par une ordonnance de renvoi notifiée à la défense à la fin décembre 2025, consacre l’ouverture d’un débat contradictoire portant sur des infractions prévues et réprimées par le Code pénal de Côte d’Ivoire. Les poursuites engagées contre M. Gassama portent notamment sur des faits d’offense au chef de l’État ivoirien, en référence à l’article 264 du Code pénal, ainsi que sur la diffusion, par voie électronique, de propos jugés outrageants, infraction prévue et réprimée par l’article 387 du même code. Selon le parquet, ces faits reposent sur des contenus diffusés sur les réseaux sociaux et attribués à l’intéressé.
Depuis son interpellation en juillet 2025, l’intéressé est détenu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), où il est maintenu en détention préventive dans l’attente de son procès. Cette détention prolongée, comparable à plusieurs autres affaires sensibles dans la sous-région, fait elle aussi partie du débat sur l’équilibre entre liberté d’expression et respect des institutions.
L’affaire a suscité une attention particulière tant au Mali qu’en Côte d’Ivoire, du fait du profil politique du prévenu et de la dimension transnationale que revêt ce dossier. M. Gassama, auparavant député au Mali, est devenu une figure connue pour ses prises de position publiques, dont certaines, selon les autorités ivoiriennes, ont dépassé le cadre autorisé par la loi en matière de communication et de respect des institutions de l’État.
La défense de M. Gassama est assurée par Me Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre et avocat de renom inscrit aux barreaux de Bamako et de Paris. Selon Me Konaté, la stratégie repose sur le respect de la présomption d’innocence, principe fondamental du droit pénal, ainsi que sur l’analyse des textes applicables en Côte d’Ivoire. L’équipe de défense n’exclut pas l’exercice des voies de recours prévues par la législation ivoirienne, en cas de besoin, pour garantir une procédure conforme aux normes internationales et nationales.
En attendant l’audience fixée à demain vendredi 9 janvier 2026, la défense appelle à la retenue et au respect du processus judiciaire en cours, soulignant que seule la justice est habilitée à se prononcer sur les responsabilités pénales.
Autour de cette affaire, les débats vont au-delà du cas individuel pour interroger, dans la région, les équilibres entre liberté d’expression, responsabilité pénale et coopération judiciaire entre États voisins.

Après trois mois d’arrêt : Diarra Transport autorisée à reprendre la route

La compagnie malienne Diarra Transport a été autorisée à reprendre ses activités de transport interurbain et international à compter du jeudi 8 janvier 2026, après près de trois mois d’interruption.

 

L’entreprise avait été contrainte de suspendre ses services dès septembre 2025, à la suite de menaces proférées par des groupes armés opérant sur certains axes routiers du pays.

 

Selon leurs déclarations, les groupes armés reprochaient à Diarra Transport de transporter des éléments des forces de sécurité maliennes et de remettre aux autorités certains passagers interceptés sur les axes routiers, présentés par ces groupes comme des complices présumés de réseaux terroristes, selon leurs propres accusations.

 

La situation avait pris une tournure publique à la mi-octobre 2025, lorsque la directrice de la compagnie avait diffusé une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle elle présentait des excuses et sollicitait l’apaisement. Quelques jours plus tard, la diffusion d’un autre message attribué à un groupe armé évoquant un possible accord avait suscité de nombreuses réactions.

 

Face à ces développements, le ministère des Transports avait annoncé, le 22 octobre 2025, l’interdiction formelle de toute reprise des activités de Diarra Transport, invoquant des raisons d’ordre public et de sécurité, dans un contexte marqué par une forte pression sur les corridors routiers.

 

À l’issue de vérifications administratives et sécuritaires menées à la fin de l’année 2025, les autorités ont finalement levé la suspension, ouvrant la voie à une reprise progressive des liaisons.

 

Cette décision est suivie avec attention dans un pays où le transport routier constitue un maillon essentiel de la mobilité des personnes et des échanges économiques, malgré une insécurité persistante sur plusieurs axes stratégiques.

 

Attaque contre le site minier de Morila : Des dégâts matériels enregistrés 

Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2026, des hommes armés ont pris pour cible le site de la mine de Morila, situé dans la région de Sikasso, dans le sud du pays. Les assaillants ont pénétré sur le site en milieu de journée et provoqué des dégâts matériels, notamment l’incendie de certaines installations, selon des sources concordantes.

 

Les forces de sécurité maliennes ont été déployées rapidement sur place pour reprendre le contrôle du site et sécuriser la zone. Des employés qui avaient été temporairement retenus par les assaillants ont été libérés dans la soirée, sans blessure signalée.

 

Le site de Morila, qui détient des réserves estimées à environ 2,5 millions d’onces d’or, fait partie des plus importantes concessions aurifères du pays. En octobre 2025, il avait fait l’objet d’un accord de partenariat entre l’entreprise minière publique malienne et la société américaine Flagship Gold, dans le cadre d’un projet de relance de la production.

 

L’attaque de Morila intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes au Sahel. Dans la sous-région, des groupes armés ont multiplié ces dernières années les actions visant non seulement des forces de sécurité et des civils, mais aussi des infrastructures économiques et des sites d’intérêt stratégique, selon des analyses de sécurité régionale.

 

Des données récentes indiquent que certaines organisations armées ont ciblé des entreprises minières et autres installations économiques dans plusieurs pays du Sahel, y compris des raids contre des sites et des kidnappings liés à des activités extractives.

 

Des attaques similaires ont aussi été signalées dans la région de Kayes, visant des entreprises et chantiers industriels, ce qui a contribué à interrompre temporairement certaines opérations.

 

Si le Mali reste l’un des principaux producteurs d’or en Afrique, ces incidents soulèvent des questions sur la sécurité des investissements étrangers et des infrastructures économiques, dans un climat de menaces sécuritaires élargies qui touchent plusieurs pays de la région.

 

Les autorités maliennes n’ont pas encore publié de bilan détaillé des pertes matérielles ou des conséquences économiques de l’attaque. Les opérations sur le site de Morila sont rapportées comme ayant été suspendues dans l’immédiat, le temps d’évaluer les dégâts et de renforcer la sécurité autour des installations.

Marché commun : L’État lève 40 milliards de francs CFA lors de sa première opération financière de 2026

Le Mali a levé 40 milliards de francs CFA sur le marché financier régional lors de sa première opération de financement de l’année, organisée le mercredi 7 janvier 2026. L’opération s’est déroulée sur le marché commun de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui permet aux États membres d’emprunter des fonds auprès d’investisseurs de la région.

 

Selon les données officielles du marché régional, les investisseurs ont proposé un montant total d’environ 46,9 milliards de francs CFA, soit davantage que les 40 milliards recherchés par le Trésor malien. L’État a finalement retenu le montant initialement prévu, confirmant le succès de cette opération.

 

Cette émission constitue la première mobilisation de ressources du Mali sur le marché régional en 2026, conformément au calendrier habituel des adjudications hebdomadaires. Elle intervient après plusieurs opérations similaires menées en 2025, au cours desquelles le Trésor malien avait déjà levé plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pour couvrir ses besoins budgétaires.

 

Les fonds ont été obtenus à travers des emprunts à court et moyen terme, avec des remboursements prévus sur des périodes allant de six mois à cinq ans. Ce type de financement permet à l’État de disposer rapidement de liquidités, tout en répartissant le remboursement sur plusieurs années.

 

Le recours au marché financier régional constitue l’un des principaux moyens de financement des États de l’UEMOA. Il repose essentiellement sur la participation des banques et des institutions financières de la région, qui achètent des titres émis par les Trésors publics des pays membres.

 

Pour le Mali, cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion des finances publiques, dans un contexte marqué par des besoins de trésorerie importants et des contraintes économiques persistantes.

 

La capacité du pays à lever le montant recherché dès sa première opération de l’année est suivie de près par les acteurs du marché régional.

 

Crises africaines : L’Union africaine face au défi de l’action

Plusieurs conflits armés demeurent actifs en République démocratique du Congo, au Soudan, dans le Sahel et dans la Corne de l’Afrique, avec des conséquences humaines et sécuritaires majeures. Dans ce contexte, l’Union africaine peine à s’imposer comme un acteur central, tandis que les initiatives diplomatiques et sécuritaires sont largement portées par des puissances extérieures.

De l’est de la République démocratique du Congo au Soudan, les dynamiques de violence continuent de s’intensifier ou de se fragmenter. En RDC, les affrontements impliquant des groupes armés aux ramifications régionales provoquent des déplacements massifs de populations et fragilisent davantage un État déjà sous pression. Malgré des cadres de dialogue existants et des accords successifs, les combats se poursuivent, mettant en évidence l’incapacité des mécanismes africains à imposer une désescalade durable.

Au Soudan, le conflit déclenché en 2023 a entraîné l’effondrement quasi total des structures étatiques. Les violences récurrentes, y compris contre des installations humanitaires et onusiennes, illustrent une guerre devenue incontrôlable, où les appels de l’Union africaine à un cessez-le-feu restent sans effet concret. La situation humanitaire y est aujourd’hui l’une des plus graves au monde, avec des millions de déplacés et de réfugiés.

Au Sahel, la persistance des groupes armés et la recomposition des alliances régionales traduisent une instabilité durable. Face au relatif effacement de l’Union africaine, certaines organisations sous-régionales, dont la CEDEAO, tentent de s’affirmer sur la gouvernance, les transitions politiques et la sécurité, malgré des divergences internes et des capacités opérationnelles inégales.

Face à ces crises, l’Union africaine apparaît souvent en retrait, les médiations les plus visibles étant menées par des acteurs extérieurs comme les États-Unis, le Qatar ou certaines puissances européennes. Si ces initiatives maintiennent parfois le dialogue, elles restent largement guidées par des intérêts stratégiques liés aux ressources, à l’énergie, à la sécurité maritime et à l’influence géopolitique.

Cette situation alimente le sentiment d’une marginalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Cantonnée à un rôle surtout normatif, l’Union africaine peine à traduire ses positions en actions concrètes, tandis que la multiplication des conflits interroge quant à sa capacité réelle à prévenir et résoudre les crises.

Le sommet de l’Union africaine de février 2026 est attendu comme un test de la capacité de l’organisation à renforcer son rôle opérationnel dans la gestion des crises, notamment sur les mécanismes de prévention, de médiation et de financement de la paix, à l’épreuve de conflits persistants.

Massiré Diop

Biennale artistique et culturelle 2025 : Bougouni sur la plus haute marche

La Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025 s’est achevée le 28 décembre dans la cité des 333 saints. Au terme de plusieurs jours de compétition et de célébration des expressions culturelles nationales, la région de Bougouni s’est hissée sur la plus haute marche du podium.

L’événement, placé sous le signe de la résilience et de l’unité nationale, a connu une clôture solennelle et festive au stade municipal, en présence d’un public nombreux et d’autorités politiques, coutumières et religieuses.

Présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, le général de division Abdoulaye Maïga, au nom du Président de la Transition, cette cérémonie a été l’occasion de couronner les lauréats de cette édition historique, la première organisée dans une région du nord du pays.

La région de Bougouni a remporté la première place avec 92 points, saluée pour la qualité et la cohérence de ses prestations artistiques. Elle est suivie par la région de Dioïla (90 points) et la région hôte Tombouctou (85 points), toutes distinguées pour leur engagement culturel et leur créativité.

Un prix spécial du Président de la Transition, doté d’un million de francs CFA, a également été attribué à la troupe de la région de Kidal, récompensant la richesse de son expression artistique.

Dans son allocution, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a salué la forte mobilisation des participants et du public, affirmant que « la Biennale demeure un cadre majeur de valorisation des expressions culturelles nationales ».

Il a insisté sur l’importance de la culture comme vecteur de cohésion sociale, de paix et de développement, réaffirmant l’engagement de l’État à faire de ce secteur un pilier stratégique de la reconstruction nationale.

La cérémonie a également été marquée par la remise de diplômes d’honneur, de médailles et de distinctions diverses, ainsi que par des moments de célébration collective entre artistes, autorités et spectateurs.

À l’issue de cette édition, le Premier ministre a annoncé les régions hôtes des prochaines biennales : Bougouni en 2027, Koulikoro en 2029 et Gao en 2031, scellant ainsi l’avenir de cette manifestation culturelle d’envergure nationale.

La biennale de Tombouctou 2025 restera dans les mémoires comme un moment fort de rassemblement autour de l’art, de la tradition et de l’expression malienne, dans une ville symbole de patrimoine et de résistance culturelle.

Mohamed Kenouvi

 

Confédération AES : Une feuille de route consolidée pour la souveraineté, la sécurité et le développement

Réunis le 23 décembre 2025 à Bamako, les Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) ont clos leur 2ème session ordinaire par une série de décisions majeures. Sécurité collective renforcée, approfondissement de l’intégration institutionnelle, affirmation diplomatique et priorités de développement endogène ont marqué les conclusions de ce sommet stratégique pour l’avenir de l’espace confédéral.

Le Collège des Chefs d’État a d’abord passé en revue l’état d’exécution des décisions issues de la première session tenue à Niamey en juillet 2024. Les dirigeants ont pris note, avec satisfaction, du relevé des conclusions de la première session du Conseil des ministres de l’AES, organisée à Bamako les 20 et 21 décembre 2025, et en ont entériné les recommandations jugées pertinentes. Les rapports relatifs à la mise en œuvre de la feuille de route de l’An I ainsi qu’aux négociations entre l’AES et la CEDEAO ont également été examinés et approuvés.

Le sommet a salué le leadership exercé par le Président Assimi Goïta dans la phase de mise en place de la Confédération. Les Chefs d’État se sont félicités des progrès réalisés dans la consolidation de l’identité politique et institutionnelle de l’AES, matérialisée notamment par l’adoption d’un logo, d’un drapeau, d’un hymne, d’une devise, de documents d’identité confédéraux, ainsi que par la création d’outils médiatiques et financiers communs, dont la Télévision et la Radio AES et la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement.

Quatre protocoles structurants adoptés

L’un des temps forts de cette session a été l’adoption de plusieurs protocoles additionnels destinés à renforcer l’architecture institutionnelle de la Confédération. Les Chefs d’État ont ainsi validé des instruments juridiques relatifs à la défense et à la sécurité, à la coordination diplomatique, à la coordination des actions de développement, ainsi qu’à l’organisation des sessions confédérales des Parlements. Il a été instruit au Conseil des ministres de veiller à leur mise en œuvre diligente et efficace.

Dans le domaine sécuritaire, le Collège a réaffirmé sa détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Les tentatives de déstabilisation des États membres, y compris celles soutenues par des acteurs étatiques étrangers, ont été fermement condamnées.

Les Chefs d’État se sont également félicités de l’excellence de la coordination entre les Forces de défense et de sécurité, notamment à travers les opérations conjointes ayant permis de réduire significativement les capacités de nuisance des groupes terroristes.

Sécurité et souveraineté renforcées

La session a également consacré l’entrée en activité officielle de la Force unifiée de la Confédération AES (FU-AES), marquée par la remise solennelle de son étendard le 20 décembre 2025.

Dans un contexte géopolitique jugé complexe, les Chefs d’État ont appelé à un renforcement de la coopération judiciaire afin de mieux défendre la souveraineté juridique des États membres et de contrer les campagnes de désinformation et de harcèlement judiciaire visant les ressources naturelles de la Confédération.

Sur le plan diplomatique, le Collège a salué les efforts ayant permis à l’AES de s’imposer comme un acteur géopolitique crédible dans la sous-région et au-delà. La concertation préalable aux grandes rencontres internationales et la coordination des positions communes ont été encouragées, tout comme l’implication accrue de la diaspora dans la dynamique de développement et de communication confédérale.

Développement endogène

En matière de développement, les Chefs d’État se sont réjouis des résultats enregistrés, notamment l’opérationnalisation du prélèvement confédéral et la création de la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement, instruments clés du financement endogène.

La convergence des politiques économiques, la transformation locale des matières premières, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes ont été identifiées comme des priorités pour bâtir une AES des peuples.

Ibrahim Traoré prend les commandes

À l’issue des travaux, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a été désigné Président de la Confédération des États du Sahel pour un mandat d’un an.

Dans son discours d’acceptation, il a placé son action sous le sceau de la continuité, tout en appelant à une mobilisation accrue pour répondre aux aspirations des populations.

En clôturant la session, le Président Assimi Goïta a exprimé sa confiance dans l’avenir de l’AES, affirmant que la Confédération poursuit sa marche résolue vers l’émancipation, la stabilité et la prospérité partagée.

Mohamed Kenouvi

Restriction d’entrée aux USA : les motifs de l’ajout du Mali

À compter du 1er janvier 2026, les ressortissants maliens seront soumis à une restriction d’entrée aux États-Unis dans le cadre d’un dispositif sécuritaire américain. Les motifs avancés, leurs implications concrètes et les voies de réévaluation prévues permettent d’en mesurer la portée réelle.

À quelques jours de son entrée en vigueur, la restriction américaine visant les ressortissants du Mali s’inscrit dans un cadre juridique déjà mobilisé par l’exécutif des États-Unis pour ajuster sa politique d’admission. Le texte officiel ne cible pas un événement précis ni une défaillance ponctuelle imputée aux autorités maliennes. Il intègre le Mali à un groupe de pays pour lesquels Washington estime que les conditions actuelles ne permettent pas d’assurer un niveau de contrôle jugé conforme à ses exigences de sécurité.
Cette décision ne concerne pas uniquement le Mali. Les ressortissants du Niger et du Burkina Faso, également membres de l’Alliance des États du Sahel, sont soumis au même régime de restriction, traduisant une appréciation américaine globale de la situation sécuritaire dans l’espace sahélien.
Les motifs explicitement associés au Mali reposent sur une appréciation générale de la situation sécuritaire. Les autorités américaines évoquent un contexte de conflit armé persistant et la présence de groupes qualifiés de terroristes disposant, selon leur analyse, de capacités d’action dans certaines zones du territoire. Cette lecture est présentée comme un facteur de risque suffisant pour justifier la suspension de l’entrée des ressortissants maliens, indépendamment de leur profil individuel.
Il convient de souligner ce que le texte ne met pas en avant. Aucune référence chiffrée n’est faite à des dépassements de durée de séjour, à des fraudes documentaires spécifiques ou à un défaut mesurable de coopération consulaire. Les arguments retenus relèvent d’une approche structurelle et sécuritaire, inscrite dans une perception régionale plus large du Sahel, régulièrement abordé dans les documents américains sous l’angle de l’instabilité et de la lutte contre les groupes armés.
Sur le plan pratique, la mesure s’appliquera aux ressortissants maliens se trouvant hors des États-Unis au 1er janvier 2026 et ne disposant pas d’un visa valide à cette date. Les visas délivrés antérieurement ne sont pas automatiquement annulés par le dispositif. Des exceptions sont prévues, notamment pour les résidents permanents, certaines catégories diplomatiques, les binationaux voyageant avec un passeport non concerné, ainsi que pour des cas examinés au titre de l’intérêt national américain.
Les conséquences se font déjà sentir dans plusieurs secteurs. Les projets académiques, les déplacements professionnels, les échanges culturels et les tournées artistiques sont directement affectés par l’incertitude créée autour des procédures d’entrée. Pour les familles et les membres de la diaspora, la restriction complique les mobilités et prolonge des séparations parfois déjà éprouvantes.
L’impact dépasse ainsi le seul cadre administratif pour toucher des dynamiques humaines et économiques plus larges.
La mesure n’est toutefois pas présentée comme définitive. Le dispositif américain prévoit des mécanismes de réévaluation périodique, généralement tous les six mois.
Ces revues permettent d’examiner l’évolution de la situation des pays concernés et d’apprécier les efforts consentis en matière de sécurité, de coopération administrative et de procédures d’identification. Dans des cas antérieurs, certains États ont été retirés de listes similaires à l’issue de processus techniques et diplomatiques progressifs, souvent menés hors de l’espace public.
Au-delà du cas malien, cette décision illustre une tendance plus générale au durcissement des politiques de mobilité internationale, où les considérations sécuritaires pèsent de plus en plus lourd dans l’accès aux territoires.
Pour les pays de l’AES, l’enjeu dépasse la seule levée d’une restriction administrative. Il renvoie à leur capacité collective à peser sur la perception internationale de leur environnement sécuritaire, sans fragiliser les échanges académiques, culturels et humains.

Le risque de la privatisation des conflits armés en Afrique de l’Ouest : Enjeux et conséquences

Nos États sont confrontés à une recrudescence de violences armées et à une menace terroriste persistante. Face à ces défis sécuritaires incessants, une tendance majeure se dessine : le recours croissant des États à des sociétés privées militaires. Ce phénomène, qui marque une étape vers la privatisation de la guerre, soulève des questions fondamentales sur la souveraineté étatique, la sécurité régionale et le respect des droits humains.

Ce recours aux acteurs privés s’explique par des impératifs à la fois opérationnels et politiques, mais il engendre des conséquences systémiques qui menacent la stabilité à long terme du continent.

Les facteurs du recours à la sécurité privée

Le choix des États africains d’externaliser une partie de leurs fonctions de défense et de sécurité repose principalement sur deux motivations interdépendantes : la faiblesse structurelle des armées nationales et la recherche d’une couverture politique. Ces facteurs s’expliquent par :

1-La carence des moyens étatiques

De nombreux États africains souffrent d’un sous-équipement chronique et d’un manque de moyens logistiques et humains pour faire face efficacement aux guerres asymétriques et au terrorisme. Les armées nationales peinent à couvrir l’étendue de leurs territoires et à maintenir une présence opérationnelle constante. Dans ce contexte, les sociétés privées militaires offrent une solution de substitution rapide et flexible, fournissant des expertises, des technologies et des troupes immédiatement disponibles, sans les longs délais de formation et d’acquisition d’équipement requis par les forces armées régulières.

2-L’opportunité politique et la gestion de l’opinion

Le deuxième aspect est d’ordre politique. L’engagement de contractants privés permet aux dirigeants de minimiser l’impact politique des conflits sur l’opinion publique nationale. En cas de pertes humaines ou matérielles, celles-ci sont imputées aux sociétés privées plutôt qu’aux forces armées nationales. Cette externalisation des pertes en vies humaines et des ressources matérielles permet aux gouvernements de se prémunir contre la critique et de maintenir un récit de « guerre sans victimes » au sein de leurs propres rangs, facilitant ainsi la gestion politique des opérations militaires.

Les risques systémiques de la privatisation des conflits armés

Si le recours aux sociétés privées militaires apporte des avantages tactiques immédiats, il introduit des risques majeurs qui sapent les fondements de l’État de droit et exacerbent les violences.

1-L’escalade des coûts et l’aggravation des violences structurelles

Contrairement à l’idée reçue, la privatisation de la défense n’est pas une solution économique. Elle entraîne une augmentation significative des budgets de défense, les contrats avec les services privés militaires étant souvent coûteux. De plus, l’introduction d’acteurs dont le profit dépend de la persistance du conflit risque d’entraîner une aggravation des violences structurelles. Ces sociétés peuvent avoir un intérêt direct à prolonger les hostilités ou à déstabiliser des régions pour justifier la reconduction de leurs contrats, transformant la guerre en une industrie lucrative et auto-entretenue.

2-Le déficit de contrôle et les violations des droits humains

Le risque le plus grave réside dans le déficit de contrôle étatique sur les actions de ces sociétés. Opérant souvent dans un vide juridique ou dans des zones de non-droit, les services privés militaires peuvent se livrer à de graves violations des droits humains (exécutions extrajudiciaires, violences contre les civils) sans que les États qui les emploient ne puissent ou ne veuillent exercer une supervision effective. L’absence de mécanismes de reddition de comptes clairs et la difficulté à poursuivre ces acteurs en justice créent un climat d’impunité qui compromet les efforts de paix et de réconciliation.

 

En conclusion : la tendance actuelle confirme une évolution vers une privatisation des conflits où l’industrie militaire privée se profile comme un acteur géopolitique incontournable en Afrique. Si les services privés militaires comblent un vide sécuritaire immédiat, ces sociétés représentent un danger existentiel pour la gouvernance et la stabilité. Les États africains doivent urgemment renforcer leurs capacités militaires nationales et établir un cadre réglementaire international strict pour encadrer l’action des sociétés privées, afin d’éviter que la quête de sécurité ne se transforme en une source d’insécurité et d’impunité durable.

Alassane Maïga

14ème camp national des volontaires : La Croix-Rouge malienne mobilise sa jeunesse autour de l’engagement citoyen

La cérémonie d’ouverture du 14ᵉ camp national des jeunes et des volontaires de la Croix-Rouge malienne, organisée le 19 décembre 2025 à Bamako, a marqué le lancement officiel de quatre jours d’échanges et de renforcement de capacités, dans un contexte où l’action humanitaire demeure un enjeu central pour les communautés.

Cette édition, placée sous le thème « Croix-Rouge malienne, 60 ans d’espérance et d’engagement humanitaire portés par les volontaires », met en lumière le rôle déterminant des plus de 10 200 volontaires qui œuvrent à travers tout le pays, souvent en première ligne face aux urgences humanitaires, sanitaires et sociales.

La cérémonie a enregistré la présence de plusieurs personnalités, notamment le Directeur national de la Jeunesse, représentant le ministre de la Jeunesse et des Sports, des autorités administratives, coutumières et religieuses, ainsi que la Présidente nationale et le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne. Des représentants des structures de jeunesse du pays ont également pris part à l’événement, soulignant l’ancrage institutionnel et citoyen de ce camp national.

Prenant la parole au nom des jeunes volontaires, Aboubacar Doumbia, président de la Commission nationale de la Jeunesse de la Croix-Rouge malienne, a rappelé la vocation première de ce rassemblement.

Selon lui, le camp constitue « un espace de renforcement des capacités, d’échanges intergénérationnels et de réflexion stratégique », mais surtout un cadre où chaque jeune est appelé à devenir « acteur du changement ».

Il a lancé un appel direct à la jeunesse malienne, l’invitant à rejoindre le volontariat humanitaire, présenté comme « un devoir moral » et « une manière de redonner sans attendre, d’aimer sans condition ».

Pour la Présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, le camp national demeure un pilier fondamental de la dynamique volontaire. « Si le volontariat est un principe, le camp national en est l’incubateur », a-t-elle affirmé, soulignant que ce 14ᵉ rassemblement constitue également un cadre structurant de formation à la citoyenneté responsable et à un engagement humanitaire éclairé.

Elle a exhorté les participants à tirer profit de chaque instant de ce rendez-vous pour apprendre, échanger et renforcer leur engagement au service des communautés.

Représentant les autorités publiques, le Directeur national de la Jeunesse, Ibrahim Boubacar Kalossi, a pour sa part salué l’initiative et rappelé les attentes placées en la jeunesse. Il a décrit le camp comme « un carrefour de réflexion, de formation et d’engagement », destiné à forger des bâtisseurs de paix et des leaders solidaires. Face aux défis auxquels le pays est confronté, il a insisté sur la nécessité de renforcer l’esprit critique, l’engagement civique et la capacité des jeunes à servir sans distinction.

La cérémonie d’ouverture s’est achevée par un panel animé par le Secrétaire général de la Croix-Rouge malienne et le Directeur général du Centre national de promotion du volontariat. Les échanges ont porté sur le rôle central du volontariat dans l’action humanitaire et la résilience des communautés.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Bamako accueille l’ouverture de la 2ᵉ session du collège des Chefs d’État

La 2ᵉ session du collège des Chefs d’État de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est ouverte solennellement ce mardi 23 décembre 2025 au Centre international de conférences de Bamako. Réunis autour d’une vision commune de souveraineté et d’intégration, les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont dressé le bilan de la première année de la Confédération et réaffirmé leur détermination à consolider ce projet stratégique.

Aux côtés des Chefs d’État, l’ensemble des membres des gouvernements des trois pays, des représentants du corps diplomatique ainsi que des autorités administratives, coutumières et religieuses, ont assisté à la cérémonie, témoignant de l’importance politique et symbolique de cette session.

La cérémonie s’est ouverte par la projection d’un film institutionnel retraçant les réalisations de la première année d’existence de la Confédération AES. Cette rétrospective a permis de mettre en lumière les avancées enregistrées depuis la création de l’organisation, malgré un environnement régional et international jugé complexe.

Prenant la parole, le Capitaine Ibrahim Traoré a livré un discours aux accents mobilisateurs. Évoquant les défis à venir, le Président du Faso a parlé d’un « hiver noir » qui menacerait l’Afrique de l’Ouest, soulignant que la création de l’AES répondait à la nécessité d’anticiper et de faire face collectivement à ces périls. Pour lui, l’unité des trois États constitue un rempart face aux épreuves annoncées. Il a reconnu que le chemin emprunté n’est pas exempt de difficultés, tout en affirmant que la Confédération progresse avec sérénité vers ses objectifs. « Une chose est sûre, l’AES vaincra », a-t-il martelé, réaffirmant la foi des dirigeants dans le projet confédéral.

Le Président nigérien, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, a pour sa part insisté sur la dimension souverainiste de l’Alliance. Selon lui, la création de l’AES marque une prise en main effective du destin des peuples concernés. Il a souligné que la souveraineté recherchée n’est pas un simple slogan, mais un engagement quotidien qui se traduit par des actes concrets. Pour le Chef de l’État nigérien, le combat mené par l’AES s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance africaine, porteuse des germes d’une Afrique libre et souveraine.

Abdourahamane Tiani a également replacé cette session dans un contexte mondial en pleine mutation, caractérisé par des défis multiformes. Il a indiqué que cette rencontre offre l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis un peu plus d’un an, malgré les adversités internes et externes, tout en réfléchissant collectivement aux perspectives d’approfondissement et d’opérationnalisation de la Confédération afin de répondre aux aspirations des populations.

Clôturant la série d’interventions, le Général d’armée Assimi Goïta a rappelé le contexte ayant présidé à la création de l’AES et a dressé le bilan de la présidence malienne de la Confédération, exercée depuis le 6 juillet 2024. Il a estimé que la Confédération a posé, en une année, les fondations d’une coopération renforcée et intégrée entre les États membres, guidée par l’intérêt exclusif et le bien-être des populations.

Le Président de la Transition a salué l’engagement des peuples de l’AES, qu’il a qualifiés de vaillants et résilients. Selon lui, leur adhésion précoce aux idéaux portés par la Confédération constitue un facteur déterminant dans la consolidation du projet commun et dans la poursuite des choix stratégiques opérés.

À noter que cette cérémonie d’ouverture a été précédée de deux inaugurations majeures à Bamako : celle de la Télévision de l’AES et celle de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BICD-AES). Deux instruments présentés comme essentiels pour accompagner la visibilité, le financement et l’opérationnalisation de la Confédération.

Par cette 2ᵉ session, les dirigeants de l’AES entendent ainsi franchir une nouvelle étape dans la structuration de leur alliance, en consolidant les acquis et en traçant les perspectives d’un espace sahélien plus souverain, solidaire et intégré.

Mohamed Kenouvi

CAN 2025 : les Aigles du Mali accrochés par la Zambie pour leur entrée en lice

Pour leur premier match à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, les Aigles du Mali ont concédé le match nul face à la Zambie, ce lundi 22 décembre, dans le cadre de la première journée du groupe A. Une rencontre globalement maîtrisée par la sélection malienne mais marquée par des occasions manquées et une égalisation concédée en toute fin de partie.

 

Opposés aux Chipolopolo de Zambie, les Aigles ont affiché une bonne maîtrise collective dès l’entame. En première période, le Mali s’est créé la meilleure occasion du match lorsqu’un penalty a été accordé à la suite d’une faute dans la surface. El Bilal Touré, chargé de l’exécution, a vu sa tentative repoussée par le gardien zambien, laissant le score vierge à la pause.

Au retour des vestiaires, la pression malienne a fini par payer. À la 61e minute, Lassine Sinayoko a ouvert le score, concrétisant une phase de domination marquée par un jeu plus incisif et une présence offensive plus affirmée. Le Mali semblait alors en mesure de gérer son avance, continuant à contrôler le rythme de la rencontre sans parvenir toutefois à se mettre définitivement à l’abri.

Ce manque d’efficacité a été sanctionné dans le temps additionnel. La Zambie a égalisé par Patson Daka, profitant d’un dernier ballon exploitable pour arracher le match nul et priver les Aigles d’un succès qui leur tendait les bras.

Ce résultat laisse le Mali avec un point au classement du groupe A, dans une poule où chaque détail pèsera dans la course à la qualification. L’autre rencontre du groupe a vu le Maroc s’imposer, plaçant les Aigles face à un défi majeur lors de la prochaine journée.

Sur le plan du jeu, la sélection malienne a montré une organisation solide et une capacité à imposer son tempo, malgré plusieurs absences notables. Elle devra néanmoins améliorer son efficacité offensive et la gestion des moments clés pour espérer engranger des points décisifs.

À l’issue de la rencontre, aucune déclaration individuelle de joueurs maliens n’avait encore été rendue publique en début de soirée, le groupe semblant concentré sur la suite de la compétition.

Les Aigles du Mali retrouveront le terrain le 26 décembre 2025 face au Maroc, pays hôte, pour un match déjà déterminant dans la phase de groupes, avant de conclure cette première étape de la compétition contre les Comores.

 

Académie des champions de la paix : la jeunesse sahélienne mobilisée pour une stabilité commune

La 3ᵉ édition de l’Académie des champions de la paix a été officiellement lancée le 19 décembre 2025 à Bamako. Initiée par l’ONG Think Peace, avec l’appui financier du Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC), cette rencontre a réuni pendant 5 jours 150 jeunes du Mali, du Burkina Faso et du Niger autour des enjeux de paix, de cohésion sociale et de stabilité régionale.

Placée sous le thème « Ensemble engageons-nous pour notre stabilité commune », cette 3ème édition de l’Académie des champions de la paix vise à renforcer l’engagement citoyen des jeunes du Sahel en faveur de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix.

La cérémonie de lancement  était présidée par le chef de cabinet du ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Cheick Oumar Traoré, en présence de plusieurs responsables institutionnels, partenaires techniques et financiers, acteurs de la société civile et participants de l’académie.

Dans son intervention, le coordinateur national de l’ONG Think Peace, Abdou Kola Bocoum, a souligné la portée stratégique de cette 3ème édition. Selon lui, l’Académie entend approfondir les capacités techniques et analytiques des participants, renforcer la documentation et la diffusion des bonnes pratiques locales, tout en consolidant un réseau actif et engagé de champions de la paix.

Il a également insisté sur la vocation de l’académie à formuler des propositions et recommandations concrètes susceptibles d’alimenter les plans d’action des organisations et les politiques publiques.

Pour sa part, Frédéric Kaboré, chef d’équipe du FAMOC, a lancé un appel à la responsabilité de la jeunesse du Mali, du Burkina Faso et du Niger dans la recherche d’une paix durable. Il a mis en avant l’importance de la construction de réseaux de citoyens actifs capables de promouvoir la cohésion sociale et la paix, tout en appelant à la revalorisation des mécanismes et approches communautaires comme leviers essentiels de résolution des conflits dans l’espace sahélien.

S’adressant directement aux jeunes participants, le chef de cabinet du ministère de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Moussa Bamara, a rappelé que l’académie leur offre un cadre privilégié d’apprentissage, de réflexion et d’échanges.

Il les a encouragés à mieux comprendre les dynamiques locales des conflits, à renforcer leurs capacités d’analyse et à développer des initiatives innovantes au service du vivre-ensemble. Il a surtout invité les participants à transformer les enseignements reçus en actions concrètes et durables au sein de leurs communautés respectives.

De son côté, Cheick Oumar Traoré a mis en exergue le caractère pertinent et stratégique de l’Académie des champions de la paix. Il a estimé que ce cadre favorise le dialogue entre acteurs institutionnels, leaders communautaires, jeunes et femmes, tout en valorisant les pratiques endogènes de prévention et de gestion des conflits. Une approche qui contribue, selon lui, à renforcer la compréhension mutuelle et la coopération entre les acteurs du Sahel.

Tout au long des cinq jours d’activités, les 150 jeunes participants ont pris part à des sessions plénières, des panels thématiques et des ateliers pratiques portant notamment sur le contexte sécuritaire, la prévention et la gestion des conflits, la radicalisation et l’extrémisme violent, la cohésion sociale, la gouvernance locale, la désinformation, les droits humains ainsi que le leadership des jeunes et des femmes.

Des immersions communautaires, des espaces d’innovation, des dialogues intergénérationnels et des activités de cohésion ont également permis de croiser les expériences et de formuler des recommandations stratégiques, avec l’ambition de faire des champions de la paix des acteurs clés de la stabilité et du vivre-ensemble au Sahel.

Mohamed Kenouvi

An II de la dissolution de l’AEEM : La voix des étudiants quasi inaudible

Près de deux ans après la dissolution de l’AEEM, la violence a reculé dans les universités maliennes. Mais, derrière l’accalmie, les difficultés structurelles persistent et la capacité des étudiants à faire entendre leurs revendications s’est considérablement affaiblie.

Près de vingt-et-un mois après la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), le climat dans les cités universitaires s’est profondément transformé. Les affrontements armés, les rackets et les violences qui rythmaient autrefois la vie académique ont pratiquement disparu. À Kabala comme sur la Colline du savoir, les anciens foyers de tension sont désormais silencieux. Cette accalmie, saluée par de nombreux parents et responsables éducatifs, marque une rupture nette avec des décennies de dérives.

Créée en 1990 pour défendre les droits moraux et matériels des élèves et étudiants, l’AEEM s’était progressivement éloignée de sa vocation initiale. Instrumentalisée, infiltrée par des logiques de clans et de pouvoir, elle était devenue au fil des années un espace de violence et de prédation. Le 28 février 2024, lors du renouvellement de ses instances, des affrontements meurtriers éclatent entre factions rivales, causant la mort d’un étudiant et plusieurs blessés. Pour les autorités, le seuil de l’acceptable est franchi. Le 13 mars 2024, le gouvernement annonce officiellement la dissolution de l’AEEM.

Interrogations

Si la mesure est largement approuvée à l’époque, notamment pour avoir mis fin à l’insécurité chronique dans les universités, ses effets à moyen terme suscitent aujourd’hui des interrogations. Le calme est revenu, mais les conditions d’étude, elles, restent précaires. Retards dans le paiement des allocations, grèves répétées des enseignants, chevauchement des années académiques et infrastructures insuffisantes continuent de peser sur le quotidien des étudiants.

Selon un sondage réalisé auprès d’une centaine d’étudiants issus de différentes facultés, 57,33% déclarent regretter la dissolution de l’AEEM, contre 26,67% qui estiment qu’elle était nécessaire. Ce regret ne traduit pas une nostalgie des dérives passées, mais plutôt l’absence d’un cadre collectif capable de porter les revendications étudiantes.

Issiaka dit Bayo Koné, étudiant en Master à la Faculté des lettres de l’Université Yambo Ouologuem, résume ce malaise en ces termes : « il faut toutefois reconnaître que si la dissolution de l’AEEM a permis de rétablir un certain apaisement au sein de l’espace universitaire, la situation actuelle demeure préoccupante. En effet, les étudiants se retrouvent désormais livrés à eux-mêmes, sans structure capable de défendre leurs droits. Le Centre national des œuvres universitaires (CNOU) ne se sent plus réellement contraint de régulariser cette situation, sachant qu’aucune revendication n’est désormais possible ».

Difficultés en série 

Les difficultés académiques s’accumulent. Des étudiants admis en 2021 espéraient être aujourd’hui en cycle de Master. Beaucoup sont encore bloqués en deuxième année, sans visibilité claire. « Depuis notre admission, nous subissons reports, grèves et décisions administratives imposées. Nous n’avons aucun moyen de nous faire entendre », confie un étudiant sous couvert d’anonymat. Dans certaines facultés, des sessions uniques ont été imposées pour rattraper le retard, souvent au détriment de la qualité pédagogique.

Face à ce vide organisationnel, des réflexions émergent. En octobre 2024, lors d’une rencontre avec le Président de la Transition, l’Amicale des anciens militants et sympathisants de l’UNEEM a proposé la création d’une nouvelle structure étudiante, fondée sur des principes de paix, de responsabilité et de dialogue. L’idée d’une représentation refondée, débarrassée des pratiques violentes, fait son chemin parmi les étudiants.

Entre la fin d’une ère marquée par la violence et l’absence actuelle d’une voix structurée, l’université malienne traverse une phase de transition délicate. Le défi qui reste entier vise à préserver l’ordre retrouvé tout en redonnant aux étudiants un cadre légitime pour défendre leurs droits et améliorer durablement leurs conditions de vie et d’étude.

Joseph Amara Dembélé

CAN 2025 : Une édition aux équilibres incertains

Du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, le Maroc sera l’épicentre du football africain en accueillant la 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations. Organisée avec un calendrier inédit pour la compétition, cette CAN s’annonce disputée et riche en enjeux, dans un contexte où favoris confirmés et outsiders déterminés chercheront à s’imposer sur la scène continentale.

Le positionnement de la CAN 2025 en décembre et janvier marque une rupture avec les habitudes récentes. En arrêtant ce calendrier, la Confédération africaine de football a notamment tenu compte des contraintes liées à la nouvelle Coupe du Monde des clubs, disputée durant l’été, et à des conditions climatiques jugées plus favorables à cette période de l’année. La CAF annonce un coup d’envoi à Rabat avec un match du groupe A entre le Maroc et les Comores.

Neuf stades, répartis entre Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès, Tanger et Agadir, accueilleront les rencontres, illustrant l’ampleur du dispositif mis en place par le pays hôte.

Sur le plan sportif, cette édition s’annonce ouverte. Depuis 2010, le trophée continental a changé de mains à presque chaque édition, traduisant un football africain de plus en plus homogène et imprévisible. Sur cette période, seule la Côte d’Ivoire est parvenue à inscrire son nom au palmarès à deux reprises, confirmant la difficulté à s’imposer durablement dans la compétition.

Le Maroc face au poids de son statut

En tant que pays organisateur, le Maroc portera naturellement l’étiquette de favori. Portés par le parcours historique réalisé lors de la Coupe du monde 2022, les Lions de l’Atlas abordent cette CAN avec un effectif expérimenté et un encadrement désormais installé. Achraf Hakimi, Sofyan Amrabat et Youssef En-Nesyri symbolisent une génération ambitieuse, désireuse d’offrir au pays un deuxième titre continental, près d’un demi-siècle après le premier.

Toutefois, évoluer à domicile n’est pas systématiquement un avantage décisif. Les précédentes éditions ont montré que la pression liée au statut de favori peut peser lourd sur le pays hôte, dans une compétition où la marge d’erreur est réduite.

Des poids lourds aux outsiders ambitieux

Face au Maroc, plusieurs grandes nations avancent avec des arguments solides. L’Algérie, en quête de rachat après ses dernières désillusions, s’appuie sur un effectif mêlant expérience et jeunesse. L’Égypte, forte de ses sept titres continentaux, demeure une référence, portée par son efficacité et par des joueurs de premier plan comme Mohamed Salah.

La Côte d’Ivoire, tenante du titre, mise sur la continuité, tandis que le Sénégal et le Nigeria affichent des ambitions élevées grâce à des effectifs fournis et compétitifs. Le Cameroun, quintuple champion d’Afrique, conserve également son statut d’adversaire redouté.

Derrière ces sélections, plusieurs équipes apparaissent comme des outsiders crédibles. Le Mali, la Tunisie, l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, le Burkina Faso ou encore le Gabon disposent du potentiel nécessaire pour bousculer la hiérarchie. Fidèle à son histoire, la CAN pourrait aussi voir émerger des surprises venues de nations moins attendues, à l’image de la Gambie ou de la Guinée équatoriale.

Le Mali, l’espoir d’un premier sacre

Parmi les outsiders, le Mali suscite une attention particulière. Jamais sacré malgré plusieurs parcours aboutis, le pays nourrit toujours l’ambition de décrocher son premier titre continental.

Sous la direction de Tom Saintfiet, les Aigles disposent d’un groupe équilibré, associant cadres expérimentés et jeunes talents en progression. Le Mali devra d’abord franchir l’obstacle d’un groupe A relevé, composé du Maroc, de la Zambie et des Comores, avant d’espérer prolonger l’aventure et, peut-être, d’écrire une nouvelle page de son histoire footballistique. Rappelons que le Mali figurait régulièrement parmi les sélections présentes au second tour lors des dernières éditions.