Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Semaine culturelle de Mopti : La Venise malienne en vitrine
La Semaine culturelle et artistique de Mopti a démarré le 8 et se poursuit jusqu’au 14 juin 2026. Selon les éléments annoncés, l’événement porte sur la valorisation des expressions locales, la promotion des talents régionaux et l’animation de la vie culturelle dans la ville.
Le programme détaillé de l’édition 2026 prévoit plusieurs activités phares appréciées du grand public, comme des animations artistiques et culturelles. Les informations disponibles indiquent également que la manifestation s’inscrit dans la continuité des éditions précédentes, organisées par la Mairie de Mopti et ses partenaires. En 2024, la deuxième édition avait été annoncée du 19 au 23 juin autour du thème « La culture, facteur de paix, de sécurité et de développement ». Les activités prévues comprenaient un concours inter-quartiers, des concerts et l’ouverture du Centre artistique et culturel de Mopti.
L’édition 2025 avait ensuite confirmé l’ancrage local de la rencontre. Organisée du 23 au 29 juin, elle avait été lancée sur le terrain de l’Alliance franco-malienne de Mopti. Le programme mentionnait l’ouverture d’une foire artisanale d’exposition et le début d’une formation en poterie. Le thème retenu portait sur « La culture comme moteur de résilience et d’autonomisation des femmes en période de conflit ».
Ces précédents donnent des repères sur le contenu attendu en 2026, même si la programmation complète doit encore être précisée par les organisateurs. La semaine culturelle devrait, selon les premières indications, réunir des artistes, artisans, créateurs, troupes et acteurs culturels de la région autour de prestations, d’expositions, de rencontres et d’activités de promotion des savoir-faire locaux.
Mopti occupe une place particulière dans le paysage culturel malien. La ville est connue comme un carrefour entre plusieurs communautés et traditions, notamment peules, bozos, songhaïs, dogons et touarègues. Son port, ses marchés, ses métiers artisanaux, sa musique et ses récits populaires nourrissent une identité régionale fortement liée au fleuve et aux échanges.
L’événement intervient aussi dans une région marquée ces dernières années par l’insécurité, les déplacements forcés et les tensions communautaires. Les organisateurs des éditions passées avaient déjà inscrit la culture dans les thèmes de la paix, de la résilience et du développement. L’édition 2026 sera donc très suivie à travers son programme effectif, les participants retenus, les lieux d’activités et les résultats attendus, pour les artistes comme pour le public. La manifestation est très attendue puisqu’elle constitue déjà la quatrième édition, faisant d’elle une tradition bien installée dans le temps et dans l’espace.
Violences armées : Blessés et déplacés en première ligne
Plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril, les conséquences humanitaires restent visibles dans plusieurs régions du Mali. Blessés, déplacements, structures de santé sollicitées et perte de moyens de subsistance rappellent que les civils demeurent les premiers exposés à la dégradation sécuritaire.
Dans une note opérationnelle publiée le 9 juin 2026, le Comité international de la Croix-Rouge fait état de pertes en vies humaines, de blessés, de nouveaux déplacements et d’une fragilisation des services essentiels. Ces répercussions touchent des zones déjà éprouvées par l’insécurité, l’éloignement des structures de prise en charge et les difficultés d’accès aux biens de première nécessité.
À Mopti, seize blessés ont été pris en charge après les violences enregistrées dans les cercles de Bandiagara et de Bankass, avec l’appui médical du CICR à l’hôpital régional. Des médicaments, du matériel médical et des équipements ont aussi été fournis aux structures sanitaires de Gao et de Mopti pour soutenir leur capacité de réponse.
L’UNICEF avait aussi signalé après les attaques une école affectée dans la région de Mopti, avec la scolarité d’au moins 300 élèves perturbée, ainsi qu’un centre de santé communautaire touché à Gao, réduisant l’accès aux soins pour près de 2 700 enfants.
Les déplacements de populations constituent une autre conséquence directe des violences. À Sévaré, une centaine de familles déplacées ont reçu des biens essentiels avec l’appui du CICR et de la Croix-Rouge malienne. À Bandiagara, plus de 650 familles ont bénéficié de kits ménagers et d’une aide financière destinée à l’achat de vivres.
La protection des civils est un enjeu majeur dans les zones affectées. Le CICR indique poursuivre son dialogue avec les autorités et les parties concernées sur le respect des civils, des blessés, du personnel de santé et des infrastructures indispensables, notamment les centres de soins et les installations d’approvisionnement en eau.
Les violences ont aussi des conséquences sur les liens familiaux. Des activités de rétablissement des contacts se poursuivent au profit de personnes déplacées, de détenus et de familles séparées par le conflit, notamment à travers le suivi de personnes disparues ou arrêtées.
Cette situation s’inscrit dans une crise humanitaire durable. En 2025, les actions du CICR avaient touché environ 1,1 million de personnes au Mali, malgré une baisse de 15% de son budget. Pour 2026, l’organisation prévoit environ 33 milliards de francs CFA d’interventions. L’enjeu est surtout de maintenir l’accès aux soins, à l’eau, aux vivres et à la protection dans les localités affectées.
Aigles du Mali : Anthony Da Silva investi d’une mission ambitieuse
La Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officialisé le 8 juin 2026 la signature du contrat d’Anthony Da Silva comme sélectionneur des Aigles. Le technicien franco-portugais est attendu pour porter un projet axé à la fois sur les résultats et le développement du football national.
Les contours de la mission confiée à Anthony Da Silva sont désormais connus. Le technicien franco-portugais arrive avec des objectifs élevés, allant de la qualification du Mali à la Coupe du monde 2030 à une présence durable dans le dernier carré des prochaines Coupes d’Afrique des Nations.
Lié à la FEMAFOOT pour les trois prochaines années, le nouveau patron des Aigles devra d’abord conduire le Mali à la CAN 2027, avant d’y atteindre les demi-finales. L’instance dirigeante du football national attend également une qualification pour l’édition suivante, avec, cette fois-ci, une place en finale comme objectif affiché. À plus long terme, le chantier majeur reste la qualification à la Coupe du monde 2030.
Mais le projet défendu par Anthony Da Silva ne se limite pas aux seuls résultats de l’équipe nationale. Dès l’annonce de sa nomination, le 4 juin, la FEMAFOOT avait souligné sa volonté de s’inscrire dans un travail de fond articulé autour de la performance, de la valorisation du championnat national et de l’accompagnement des talents locaux.
Un suivi permanent du football local
L’une des spécificités de ce projet réside dans la présence permanente du sélectionneur à Bamako. La FEMAFOOT a indiqué qu’Anthony Da Silva résidera au Mali afin de suivre de près les compétitions nationales, d’observer les joueurs évoluant dans les clubs locaux et de renforcer la collaboration avec la Direction technique nationale.
Sur le plan sportif, son arrivée pourrait marquer une évolution dans l’animation des Aigles. Alors que l’équipe avait, sous l’ancien sélectionneur Tom Saintfiet, privilégié une organisation très rigoureuse et défensive, Da Silva est réputé pour des systèmes davantage tournés vers la maîtrise du ballon et l’initiative offensive. Son approche s’appuie principalement sur le 4-2-3-1, avec la possibilité d’évoluer en 4-3-3 selon les profils disponibles.
Ancien joueur passé notamment par le Portugal et la Roumanie, Anthony Da Silva a ensuite exercé comme entraîneur dans plusieurs clubs portugais avant d’intégrer le staff du Cameroun entre 2019 et 2022. Plus récemment, il dirigeait le Politehnica Iași, en première division roumaine. Le Mali constituera son premier grand défi international en tant que sélectionneur principal d’une équipe nationale.
Mohamed Kenouvi
Lutte antiterroriste : Le pari du durcissement
En ciblant simultanément la mobilité, les sanctuaires et les réseaux de renseignement des groupes armés, les autorités maliennes affichent leur volonté de durcir la lutte antiterroriste. Une série de décisions aux ambitions élevées, dont la portée réelle reste à prouver.
Les 3 et 4 juin, les autorités de la Transition ont successivement annoncé la suspension, pour une année renouvelable, de l’importation, du transit, de la vente, de la distribution gratuite, des accessoires et de la circulation des motos de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations. Les stocks ou commandes en cours doivent être déclarés sous 90 jours. Le gouvernement a ensuite mis à prix sept chefs qualifiés de terroristes par les autorités, pour 7,5 milliards de francs CFA au total. Le 5 juin, le dispositif a été complété par la création de 39 zones d’intérêt militaire interdites aux civils, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Prises séparément, ces mesures répondent à des objectifs sécuritaires spécifiques. Ensemble, elles dessinent une même logique : réduire les capacités opérationnelles des groupes armés terroristes en visant leurs déplacements, leurs espaces de repli et leurs réseaux d’informations.
En ciblant les motos de forte cylindrée, le gouvernement cherche à compliquer les déplacements des groupes terroristes et à accroître leur vulnérabilité face aux forces de sécurité.
Cette mesure présente également un intérêt préventif, puisqu’elle devrait assécher progressivement l’approvisionnement en motos et en pièces détachées, ressource essentielle pour les groupes armés, utilisée depuis plusieurs années pour mener des attaques rapides, contourner les dispositifs sécuritaires et se déplacer dans des zones difficiles d’accès.
Miser davantage sur le renseignement
La mise à prix des sept chefs recherchés, dont le chef du JNIM, Iyad Ag Ghaly, et Hamadoun Koufa, s’inscrit dans une autre dimension de la lutte : celle du renseignement humain. Les primes annoncées vont jusqu’à deux milliards de francs CFA pour Iyad Ag Ghaly, 1,5 milliard pour Hamadoun Koufa et Abdoulaye Mohamoudou Bekaye Diallo, 1 milliard pour Alghabass Ag Intalla, puis 500 millions chacun pour Sidan Ag Hitta, Bilal Ag Achérif et Abderrahmane Al-Batna Al-Djazairi.
En promettant de fortes récompenses pour certaines informations, le gouvernement cherche à encourager la coopération des populations, mais aussi à fragiliser la confiance au sein des organisations visées.
Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’enjeu est évident. « La meilleure solution maintenant est d’avoir des renseignements sûrs », explique-t-il. Selon lui, les montants proposés pourraient également créer « une certaine suspicion dans les rangs » des groupes armés et les pousser à se méfier les uns des autres.
Reprendre le contrôle des espaces refuges
La création de zones d’intérêt militaire interdites aux civils constitue probablement la mesure la plus structurante sur le plan opérationnel. Plusieurs forêts et zones boisées du pays, régulièrement considérées comme refuges ou bases logistiques des groupes armés terroristes, sont désormais placées sous un régime militaire strict.
Cette décision vise à supprimer les espaces de repli dont profitent les groupes armés pour s’organiser, se ravitailler ou préparer leurs opérations. Elle offre également aux Forces armées maliennes une plus grande liberté d’action dans des zones identifiées comme sensibles.
Selon Alexis Kalambry, cette mesure permet aux militaires d’opérer plus efficacement tout en réduisant les risques d’amalgame avec les populations civiles.
Des défis à surmonter
Pour autant, certaines limites demeurent. Un observateur des questions sécuritaires ayant requis l’anonymat estime que « ces mesures peuvent réduire les marges de manœuvre des groupes armés, mais elles ne suffiront pas à elles seules à éliminer la menace ».
Selon lui, les organisations terroristes disposent d’une forte capacité d’adaptation et pourraient modifier leurs itinéraires, leurs modes de ravitaillement ou déplacer leurs bases vers d’autres espaces.
Pour notre interlocuteur, le contrôle des frontières, la surveillance des réseaux de contrebande, la capacité à exploiter rapidement les renseignements et le maintien de la confiance avec les populations seront déterminants dans la réussite de ces mesures.
Au-delà de leur portée immédiate, ces décisions constituent surtout un test grandeur nature pour la nouvelle approche sécuritaire du gouvernement. Dans une guerre asymétrique où les groupes armés ont souvent démontré leur capacité d’adaptation, la question n’est plus seulement celle de la pertinence des mesures annoncées, mais celle de leur impact concret sur le terrain dans les mois à venir.
Mohamed Kenouvi
Gilles Yabi : « L’amélioration des relations politiques peut contribuer à relancer la coopération sécuritaire entre le Bénin et ses voisins de l’AES »
Les visites du Président béninois Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako marquent une nouvelle dynamique dans les relations entre le Bénin et les pays de l’AES. Pour Gilles Yabi, analyste politique et fondateur du think tank citoyen WATHI, cette évolution est porteuse d’opportunités, même si ses effets concrets demanderont du temps. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Après plusieurs années de tensions entre le Bénin et les pays de l’AES, comment interprétez-vous les visites successives du Président Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako ?
Ces visites traduisent une volonté claire du nouveau Président béninois d’établir de bonnes relations avec les pays voisins et, plus largement, avec l’ensemble de la région ouest-africaine. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, pendant dix ans, Romuald Wadagni est particulièrement sensible aux enjeux économiques, mais il sait aussi que l’insécurité peut compromettre les perspectives de développement, notamment dans le nord du Bénin. À travers cette tournée, il cherche à établir un contact direct avec ses homologues et à envoyer le signal d’un Bénin ouvert au dialogue et à la coopération. Il a d’ailleurs invité les dirigeants des pays du Sahel à se rendre à leur tour à Cotonou.
Dans un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste dans la région, quelles perspectives cette nouvelle dynamique peut-elle offrir en matière de coopération sécuritaire entre le Bénin et les pays de l’AES ?
L’amélioration des relations politiques peut contribuer à relancer la coopération sécuritaire entre le Bénin et ses voisins de l’AES, notamment le Niger et le Burkina Faso. Il faut toutefois rester prudent. Pour le moment, nous observons surtout des signaux diplomatiques forts. Des mécanismes et des comités techniques sont progressivement mis en place. C’est ce travail qui permettra de donner un contenu concret à la relance de la coopération sécuritaire.
En vue des négociations entre la CEDEAO et l’AES sur les modalités de leurs futures relations, ce rapprochement entre le Bénin et les États de l’AES peut-il contribuer à instaurer un climat plus favorable entre les deux espaces régionaux ?
Ce rapprochement va dans la bonne direction et peut contribuer à améliorer les relations entre les pays côtiers et les pays sahéliens. Mais il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives. D’autres tensions subsistent dans la région, notamment entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. L’apaisement des relations entre la CEDEAO et l’AES dépendra donc d’un effort plus large. Le Bénin, aux côtés d’autres acteurs comme le Ghana ou le Sénégal, pourra contribuer à créer un climat plus favorable, mais les résultats ne seront visibles que progressivement au cours des prochains mois.
Cocaïne vers l’Europe : Freetown au cœur du couloir ouest-africain
Le rapport The Arconian operation, publié le 8 juin 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), analyse une saisie record de cocaïne sur l’Atlantique. Il place Freetown, en Sierra Leone, au centre d’un dispositif maritime reliant l’Amérique latine, l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.
Le dossier part de l’interception de l’Arconian, le 1er mai 2026, au large du Sahara occidental. À bord de ce vraquier battant pavillon des Comores, les autorités espagnoles ont saisi 30,2 tonnes de cocaïne. Le navire avait quitté Freetown le 22 avril, après quatre jours passés au quai Elizabeth II. Selon le rapport, la cargaison aurait très probablement été chargée dans ce port avant son acheminement vers le nord de l’Atlantique.
L’Arconian transportait 17 membres d’équipage philippins et 6 hommes armés, 5 Néerlandais et un Surinamais. Les enquêteurs ont aussi relevé plus de 42 000 litres d’essence à bord, un volume pouvant servir au ravitaillement de petites embarcations rapides chargées de récupérer la drogue en mer.
La GI-TOC ne présente pas cette affaire comme isolée. Elle affirme avoir identifié au moins huit voyages similaires depuis 2024, à partir de Freetown ou d’eaux proches de l’Afrique de l’Ouest, vers des zones situées au large du Maroc, des Îles Canaries, de l’Espagne ou de la Libye. Trois navires sont étudiés en détail, l’Arconian, le White Eagle et le White Labeille, auxquels s’ajoutent six autres bâtiments repérés dans un même schéma de navigation, de propriété ou de changement de pavillon.
Le rapport mentionne deux transbordements de 10 tonnes chacun au large de la Sierra Leone dans les six mois précédant la saisie, ainsi qu’un transfert de 14 tonnes ayant atteint le Ghana en février 2026. Ces mouvements représenteraient 34 tonnes supplémentaires. Il rappelle aussi une saisie de 9 tonnes liée au White Labeille en 2019 et celle de 8 tonnes annoncée en Allemagne le 3 juin 2026 sur un navire parti de Sierra Leone.
Pour la GI-TOC, ces éléments décrivent une organisation logistique fondée sur des ports secondaires, des cargos anciens, des changements de pavillon et des transferts en mer. Signalons aussi que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne sont pas présentés comme impliqués dans cette opération maritime précise. Le rapport relève enfin la baisse des prix de gros de la cocaïne en Europe, passés de 28 000 euros le kilo en 2021 à 15 000 euros en 2025, un indicateur d’une forte disponibilité du produit sur le marché européen.
Diaspora malienne : Passer des transferts monétaires aux projets
Les Diaspora Impact Days se tiendront les 11 et 12 juin 2026 au CICB de Bamako. L’objectif est de convertir une partie de l’apport des Maliens de l’extérieur en projets économiques suivis, au-delà des transferts familiaux.
Cette rencontre, placée sous la présidence du ministre Mossa Ag Attaher, s’inscrit dans la continuité du premier Forum international de la diaspora. Elle prépare aussi la deuxième édition du FID, prévue du 16 au 18 juillet 2026 à Bamako, sous le thème « Diaspora malienne et investissements productifs : bâtir un Mali économiquement fort et durable ». Ce calendrier traduit une volonté de passer d’une mobilisation générale à des mécanismes plus opérationnels.
L’enjeu est considérable. Selon les données de la Banque mondiale, les transferts personnels reçus par le Mali ont atteint environ 1,09 milliard de dollars en 2024, soit un peu plus de 4% du PIB. Ces fonds soutiennent les familles, financent la santé, l’éducation, le logement et les dépenses quotidiennes. Leur orientation vers l’entreprise, l’agriculture moderne, l’industrie locale, le numérique, l’énergie ou les services est toutefois limitée.
Les Diaspora Impact Days veulent répondre à cette difficulté par des outils pratiques. Les panels doivent aider à identifier les secteurs porteurs. Les ateliers et masterclasses peuvent renforcer la préparation des porteurs de projets. Les rencontres B2B doivent rapprocher entrepreneurs, investisseurs, institutions financières et partenaires d’accompagnement. Les sessions de pitch permettront de présenter des initiatives innovantes, tandis que le Club des 100 est annoncé comme un réseau de mobilisation dont les contours devront être précisés.
La rencontre de juin prendra tout son sens si elle débouche sur des dossiers solides, des contacts suivis et des engagements vérifiables. L’édition de juillet du FID prévoit des échanges sur le financement, l’environnement des affaires, le transfert de compétences, la mise en relation, la structuration des projets et un guichet unique d’accompagnement pour les investisseurs de la diaspora. C’est sur ces outils que reposera sa crédibilité.
Signalons que la contribution de 200 millions de francs CFA remise fin 2025 au Fonds de résilience a montré une capacité de mobilisation collective. Pour aller plus loin, il faudra des garanties, des procédures simples, une information fiable et un suivi des retombées. La diaspora peut devenir un levier économique puissant si l’investissement au pays devient plus sûr, plus lisible et mieux accompagné. Autrement, les annonces risquent de s’éteindre sans effet durable sur les entreprises, les jeunes et les territoires.
Environnement : Le temps de l’action de terrain
La 27ème édition de la Quinzaine de l’Environnement, lancée le 6 juin 2026 à Bamako, intervient dans un contexte où la question écologique occupe une place de plus en plus visible dans le quotidien des Maliens. Elle se lit dans les rues encombrées d’ordures, les caniveaux obstrués, les cours d’eau menacés par les déchets plastiques, les fumées issues du brûlage volontaire et la disparition progressive du couvert végétal.
Il faut reconnaître l’importance de ces moments de mobilisation. Ils rappellent que la protection de l’environnement concerne l’État, les collectivités, les partenaires, les jeunes, les médias et chaque citoyen. Ils permettent aussi de replacer l’assainissement, la lutte contre la pollution et la préservation des ressources naturelles au centre du débat public.
Mais l’urgence impose désormais une étape supplémentaire. La sensibilisation doit trouver son prolongement dans des actions plus régulières, plus proches des populations et plus faciles à évaluer. Les quartiers ont besoin d’un ramassage plus constant des ordures, les caniveaux d’un curage avant l’hivernage, les espaces reboisés d’un suivi réel, les communes d’objectifs clairs et les citoyens d’alternatives accessibles pour réduire les déchets.
L’environnement ne peut plus être seulement un rendez-vous annuel. Il doit devenir une discipline collective, entretenue dans les écoles, les familles, les marchés, les services publics et les communes. Innover, aujourd’hui, c’est faire de la Quinzaine de l’Environnement non pas une simple parenthèse mais le point de départ d’une présence plus forte sur le terrain, avec des résultats visibles et durables.
Travail des enfants : Un fléau mondial
Dans le monde, 200 millions d’enfants ont une activité économique. Parmi eux, 160 millions travaillent dans des conditions interdites par la loi. Cela représente un enfant sur dix parmi les 5 – 17 ans, dont la moitié travaille dans des conditions dangereuses.
Sur les 222 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, 160 millions exercent dans des conditions contraires aux normes internationales prescrites. Selon l’OIT et l’Unicef, 79 millions d’entre eux travaillent dans des conditions jugées dangereuses. Des activités dans les champs familiaux au travail forcé, ces enfants subissent les effets néfastes d’un emploi précoce et dangereux.
Entre 2000 et 2020, le travail des enfants a reculé, passant de 245 millions, soit 16% des 5 – 17 ans, à 85 millions en 2020. Mais depuis 2016 la lutte semble stagner. Si la proportion d’enfants concernés, soit 9,6%, n’a pas bougé, la population infantile a augmenté de près de 10 millions en 2020.
L’Afrique plus touchée
L’Afrique est la région du monde où le nombre d’enfants travailleurs est le plus élevé. Ils sont 92 millions, soit 20% des 5 – 17 ans. Cette proportion atteint 24% en Afrique subsaharienne. Sur le continent, 41 millions d’enfants, soit 10% des 5 – 17 ans, effectuent un travail dangereux. En Asie, la part des enfants qui travaillent illégalement est de 6%.
Près de 3 enfants sur 4 travaillant dans des conditions contraires aux conventions internationales sont employés par leur famille et ne sont pas rémunérés. Seuls 17% occupent des emplois salariés et 11% sont considérés comme des travailleurs indépendants.
L’agriculture arrive en tête des secteurs qui emploient illégalement 70% des enfants dans des conditions souvent dangereuses. Alors que la part des enfants employés dans l’industrie a reculé de 12% à 10% de 2016 à 2020, le secteur des services progresse à 20% en 2020, contre 17% en 2016.
Le travail des enfants est similaire selon les tranches d’âge, autour de 10% pour les 5 – 11 ans et les 15 – 17 ans et de 9% pour les 12 – 14 ans. Alors que le travail des enfants de 12 à 14 ans a reculé, celui des jeunes enfants est resté le même entre 2008 et 2020.
Le travail des enfants concerne un peu plus les garçons (11%) que les filles (8%). Mais l’OIT reconnaît une certaine sous-estimation du travail des filles en raison des tâches domestiques ou de la prostitution, souvent peu observées. Lorsque l’on tient compte des 21 heures de tâches domestiques accomplies par semaine, l’écart entre filles (11%) et garçons (12%) se réduit.
Même si les enquêtes ne déterminent pas l’impact du travail sur l’échec ou la réussite scolaire, 65% des enfants de 5 à 17 ans qui travaillent vont aussi à l’école, mais 35% d’entre eux ne sont pas scolarisés.
Travail des enfants : Protéger sans ignorer la pauvreté
À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée chaque 12 juin, il faut rappeler que le Mali reste confronté à un phénomène qui touche l’école, la santé et l’avenir de millions d’enfants. Malgré les textes, la pauvreté, l’insécurité, la déscolarisation et certaines pratiques sociales entretiennent un travail précoce dont la fin exige l’application des lois, mais aussi des alternatives durables pour les familles.
Au Mali, le travail des enfants s’observe partout, même si son ampleur est plus forte en milieu rural. Selon l’Enquête modulaire sur le travail des enfants, EMTE 2020, menée par l’Institut national de la statistique avec l’appui du Bureau international du Travail, 35% des enfants de 5 à 17 ans travaillent, soit 2,5 millions de personnes. Parmi eux, 2 millions sont astreints au travail des enfants à abolir et 1,7 million effectuent des travaux dangereux.
Ces chiffres rappellent l’urgence des actions à entreprendre. Le travail des enfants concerne les activités exercées par les moins de 18 ans lorsque celles-ci compromettent leur scolarité, leur santé, leur sécurité ou leur développement. Dans un contexte de pauvreté persistante, sortir les enfants du cercle du travail reste un défi majeur. Lorsque la récolte baisse, que l’école ferme, que l’insécurité bouleverse les moyens de subsistance ou que les parents n’ont pas d’activité stable, l’enfant devient parfois une main-d’œuvre disponible. Son travail est souvent présenté comme une aide, alors qu’il peut vite devenir une privation d’enfance.
Cadre légal
Le Mali a ratifié la Convention n°138 de l’Organisation internationale du Travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants. Cet arsenal est complété par le Code du travail, le décret n°96-178/P-RM du 13 juin 1996 et l’arrêté n°2017-4388/MTFP-SG du 29 décembre 2017 sur les travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans.
Conformément à cette législation, le travail des enfants à abolir concerne les enfants trop jeunes pour travailler, ceux qui exercent des activités au-delà des travaux légers autorisés, ainsi que les adolescents de 15 à 17 ans engagés dans des travaux dangereux. Le nouveau Code pénal de 2024 renforce aussi la répression de certaines formes d’exploitation touchant les enfants, notamment la traite, le travail forcé, la mendicité forcée, l’esclavage, la servitude et le recrutement d’enfants dans les conflits armés. Mais ces avancées doivent encore se traduire par une application effective sur le terrain.
La responsabilité de l’État ne s’arrête donc pas à l’adoption des lois. Elle se mesure aussi à leur application dans les champs, les marchés, les maisons, les sites d’orpaillage, les ateliers et les zones de déplacement. Dans son rapport 2024 sur les pires formes de travail des enfants, le Département américain du Travail estime que le Mali n’a réalisé que des progrès minimaux, malgré certaines avancées législatives. Le même rapport relève l’insuffisance des services sociaux et de réhabilitation, ainsi que l’absence d’une politique couvrant toutes les pires formes de travail des enfants.
Inégales vulnérabilités
Les enfants au travail subissent tous les impacts négatifs du phénomène, mais l’âge, le sexe et le lieu de résidence accentuent les risques. Selon l’INSTAT, environ 20% des enfants de 5 à 17 ans travaillent uniquement, tandis que 15,5% combinent travail et école. Parmi les autres, une partie va à l’école à plein temps, tandis que beaucoup ne sont ni à l’école ni au travail.
Le phénomène est plus marqué en milieu rural. Environ 40,1% des enfants y travaillent ou combinent travail et école, contre 18,6% en milieu urbain. Cette différence s’explique par le poids des activités agricoles, de l’élevage, de la pêche, de la collecte du bois, du petit commerce et de l’orpaillage artisanal. Dans les zones cotonnières, les enfants peuvent être exposés aux charges lourdes, aux outils coupants ou aux pesticides.
L’orpaillage constitue l’un des secteurs les plus préoccupants. Le Département américain du Travail estime que plus de 45 000 enfants seraient impliqués dans l’orpaillage artisanal au Mali. Ils y sont exposés à des substances toxiques, à la poussière, aux longues heures de travail, aux charges lourdes, aux fortes chaleurs et aux risques d’éboulement. Ces enfants transportent de l’eau, concassent des pierres, tamisent ou assistent les adultes, souvent au détriment de l’école et de leur santé.
Cette aggravation est également relevée par des acteurs nationaux. Le Directeur de la Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, Amadou Thiam, alertait sur le fait que « les travaux dangereux auxquels les enfants sont astreints prennent de l’ampleur au Mali ». Cette observation donne un poids particulier aux secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture, l’orpaillage, la domesticité et la mendicité forcée.
La crise sécuritaire aggrave la situation. Selon l’UNICEF, plus de 2 320 écoles fermées perturbent la scolarité d’environ 696 000 enfants et affectent près de 13 920 enseignants. En 2026, près de 2 millions d’enfants auraient besoin d’un appui éducatif. Lorsque l’école disparaît du quotidien, le travail précoce progresse plus facilement, surtout dans les familles déplacées ou accueillies par des communautés déjà fragilisées.
Les filles restent très exposées. Leur travail est souvent moins visible, car il se déroule dans la maison, chez des parents ou chez des employeurs privés. À Bamako et dans d’autres villes, des jeunes filles venues de zones rurales travaillent comme aides domestiques, parfois avant 15 ans, sans contrat, sans horaires clairs et sans protection. Cette domesticité précoce compromet leur scolarité, leur santé et leur autonomie future.
Réticences
Pour sortir les enfants du travail, la sensibilisation est indispensable, mais elle ne suffit pas. Pour plusieurs parents, le travail de l’enfant constitue une source de revenus ou d’économies dont la famille peut difficilement se passer. Un enfant qui garde les animaux, aide au champ, vend dans la rue ou travaille dans une maison permet parfois au ménage de survivre. Demander aux familles de renoncer à cette contribution sans leur offrir une alternative économique risque donc de produire peu d’effets.
Il faut aussi tenir compte des représentations sociales. Dans certains milieux, le travail précoce est perçu comme une forme d’éducation ou de préparation à la vie adulte. La frontière entre aide familiale et exploitation devient alors difficile à tracer. Le défi est de convaincre, de protéger sans ignorer la pauvreté et de rappeler que l’apprentissage ne doit jamais mettre en danger l’enfant ni l’éloigner durablement de l’école.
Pistes de solutions
L’État a accompli des progrès avec la mise en place de mécanismes de lutte contre le travail des enfants. La Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, rattachée à la Direction nationale du Travail, constitue un outil de coordination et de suivi. Mais cet outil ne peut produire des résultats que s’il dispose de moyens suffisants, d’une présence dans les régions et d’une capacité à travailler avec les inspections du travail, les écoles, les collectivités, les services sociaux, les ONG et la justice.
L’une des mesures utiles est la Stratégie de scolarisation accélérée passerelle, qui donne aux enfants non scolarisés ou en abandon scolaire une seconde chance pour réintégrer le système formel. Initiée par la Fondation Strømme, elle a été expérimentée à partir de 2004. En 2011, les ONG GRAADECOM et CAEB, agréées par le ministère de l’Éducation, ont ouvert 100 centres dans les cercles de Kati, Kolokani, Banamba et Bougouni.
Ces programmes doivent être renforcés et adaptés aux zones touchées par l’insécurité, l’orpaillage et les migrations saisonnières. Mais ils doivent aller avec des cantines scolaires, des fournitures, des appuis aux familles vulnérables, des activités génératrices de revenus pour les parents et un meilleur accès à la protection sociale. La lutte contre le travail des enfants passe aussi par le travail décent des adultes.
Le 12 juin doit donc être plus qu’une date de rappel. Protéger les enfants exige de faire respecter la loi, de fermer les portes de l’exploitation et de rouvrir celles de l’école. Mais cela exige aussi d’aider les familles à vivre sans dépendre du travail de leurs enfants. C’est à ce prix que le Mali pourra offrir une alternative durable à ceux qui travaillent trop tôt.
Forum Mali – Inde : Dynamiser les échanges d’intérêt commun
Le Mali s’apprête à organiser la première édition du forum économique Mali – Inde, les 18 et 19 juin 2026, afin de promouvoir les opportunités d’affaires entre les deux pays. Ce rendez-vous s’inscrit dans une dynamique de partenariat gagnant et de coopération bilatérale ambitieuse.
Le forum se tiendra à Bamako et réunira des acteurs économiques autour des échanges, des investissements et des possibilités de coopération.
Les exportations maliennes vers l’Inde ont atteint 82,5 millions de dollars en 2024, grâce à un accès au marché indien à travers un régime de droit préférentiel, a révélé le responsable de la Confédération de l’Industrie Indienne (CII) lors du forum d’affaires Inde – Mali, en octobre 2025. À l’issue de cette rencontre, un protocole d’accord créant le Conseil des affaires Inde – Mali a été signé afin de promouvoir les relations économiques, commerciales et d’investissement.
Représentant environ 69% du PIB, le commerce occupe une place centrale dans l’économie malienne. Le pays exporte essentiellement des matières premières, principalement l’or, qui représente jusqu’à 70% des exportations, suivi du coton, des animaux vivants et des produits agricoles. Les principales filières d’exportation sont le coton, le karité, les mangues, l’anacarde et le sésame, mais aussi les produits transformés et artisanaux.
Les importations sont tirées par les combustibles, qui représentent environ 39%, les machines et autres équipements, 11 %, les céréales, 4,8%, et les produits pharmaceutiques, 4,1%.
Selon certaines données commerciales, les principales destinations des exportations maliennes sont les Émirats arabes unis, suivis de la Suisse, de l’Australie, de la Chine et de la Turquie.
Quant aux importations, elles proviennent essentiellement du Sénégal, qui représente 23,8% des importations totales du Mali et demeure son premier fournisseur. Il est suivi de la Côte d’Ivoire, 18,9%, de la Chine, 12,4%, et de l’Inde, 5,5%.
L’Inde comme référence
Avec une croissance dynamique estimée à 6,5%, l’Inde fait partie des premières économies mondiales. Sa démographie jeune, ses infrastructures numériques avancées et sa politique d’industrialisation offrent des perspectives de coopération pour les acteurs de la croissance du Mali.
Les investissements publics pour moderniser le pays et attirer le secteur privé, la digitalisation, qui stimule l’inclusion financière et la création de startups, ainsi que la consommation intérieure, estimée à environ 65% du PIB, figurent parmi les ressorts du modèle indien. Les services et technologies de l’information, l’industrie et l’agriculture sont autant de secteurs dont peuvent s’inspirer les acteurs maliens.
Rencontres de Bamako : Les photographes appelés à « refabuler » les récits africains
La 15ème édition des Rencontres de Bamako ouvre son appel à candidatures jusqu’au 20 juin 2026. Autour du thème « Refabulation(s) », la Biennale invite les artistes à repenser la place de l’image dans les récits africains.
À Bamako, la photographie se prépare à reprendre sa fonction première : regarder, témoigner, questionner. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, la 15ème édition des Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie, attend les propositions de photographes, vidéastes, performeurs et artistes visuels d’Afrique, de la diaspora et des communautés afro-descendantes. L’appel, ouvert jusqu’au 20 juin, dépasse le simple dépôt de dossier. Il engage les créateurs à interroger la manière dont les images racontent les sociétés, les mémoires et les transformations du continent.
Cette orientation a été au centre de la rencontre d’échanges organisée mardi 2 juin à la Maison africaine de la photographie. Réunis autour du thème « Refabulation(s) », artistes et acteurs culturels ont discuté d’un mot qui porte une exigence forte. Refabuler ne veut pas dire embellir le réel, ni inventer pour s’en éloigner. Il s’agit plutôt de reprendre des récits parfois confisqués, de déplacer les regards hérités et de faire surgir d’autres manières de dire l’Afrique.
Sous la modération d’Elhadj Amadou Diop, les interventions du Dr Salia Malé, de Sonia Guillotin Keïta et d’Abdou Ouologuem ont donné à cette réflexion une portée à la fois artistique et humaine. Le Dr Salia Malé a replacé la Biennale dans son rôle de rendez-vous culturel majeur, capable de faire de Bamako un espace de circulation des idées et des formes. Abdou Ouologuem a insisté sur la nécessité pour les artistes de libérer l’imaginaire africain des cadres imposés. Sonia Guillotin Keïta a défendu la fabulation comme une force de création, capable de transformer les blessures, les héritages et les rêves en écritures visuelles nouvelles.
À travers cet appel, les Rencontres de Bamako ne cherchent donc pas seulement des œuvres techniquement abouties. Elles attendent des regards habités, des démarches sincères, des propositions capables de relier l’intime au collectif. Pour Bamako, cette Biennale confirme sa place de carrefour où les artistes africains viennent montrer leurs œuvres, échanger leurs regards et reprendre, par l’image, des récits trop longtemps racontés par d’autres. Ainsi, chaque candidature devient une prise de parole, mais aussi une manière de participer à une mémoire visuelle commune.
Alassane Maïga : « Les réponses militaires restent un traitement symptomatique »
Au Mali, la persistance des violences relance le débat sur les conditions d’une stabilisation durable des territoires. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques de conflits au Sahel, insiste sur la gouvernance, la justice sociale et les capacités locales de paix.
Pourquoi les violences persistent-elles malgré les réponses militaires sur le terrain ?
Ces derniers temps, nous observons un pic de violences jamais constaté auparavant. Les réponses militaires peuvent être nécessaires pour limiter les impacts immédiats du terrorisme, mais elles ne sont pas à elles seules le gage d’une paix positive durable. La lutte contre le terrorisme doit s’opérer sur le terreau qui l’a vu naître, à savoir la rupture du contrat social, la mauvaise gouvernance, les inégalités sociales et les injustices institutionnelles. Ces facteurs constituent une violence structurelle sur laquelle prospèrent les groupes armés. Autrement dit, la réponse sécuritaire ne peut produire d’effets durables si elle ignore les causes sociales et institutionnelles de la crise.
Que faut-il reconstruire pour espérer une stabilisation durable ?
Il est important de prendre en compte les deux dimensions de la cohésion sociale. Il y a d’abord la cohésion verticale, qui renvoie au contrat social, à l’État de droit, à la justice sociale et à la bonne gouvernance. Il y a ensuite la cohésion horizontale, fondée sur le renforcement des liens sociaux et la cohabitation pacifique entre les communautés. Sans ce travail sur la gouvernance locale et la cohésion sociale, les réponses militaires restent un traitement symptomatique. À elles seules, elles ne peuvent garantir une paix positive. La stabilisation suppose donc de restaurer la confiance entre l’État, les citoyens et les communautés.
Quelle place donner aux médiations traditionnelles dans les réponses ?
Les mécanismes traditionnels et les capacités locales de paix ont toujours été valorisés et placés au cœur de la recherche de solutions. Il faut néanmoins reconnaître que ces légitimités ont été fragilisées par le clientélisme politique et la mauvaise gouvernance, mais aussi par l’emprise des groupes armés. Certaines ont dû se plier aux exigences de ces groupes, acceptant des accords en échange d’une protection contre leurs attaques. Pour autant, les mécanismes traditionnels de médiation doivent constituer la clé d’entrée de toute approche de résolution des conflits. Chaque initiative de paix doit s’appuyer sur ces capacités locales et contribuer à les renforcer, sans jamais chercher à s’y substituer. L’enjeu est de les consolider comme relais de confiance sans affaiblir leur légitimité propre.
Bréhima Mamadou Koné: « À mes yeux, il s’agissait davantage d’un mouvement spontané que d’une organisation politique structurée »
Bréhima Mamadou Koné est politologue, il nous donne son regard sur le M5-RFP, les divisions qui l’ont fracturé et l’esprit qui reste du mouvement. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.
Six ans après sa création, quel regard portez-vous sur le parcours du M5-RFP ?
Le M5-RFP était un mouvement hétéroclite regroupant des acteurs aux sensibilités et aux objectifs différents. À mes yeux, il s’agissait davantage d’un mouvement spontané que d’une organisation politique structurée. Pourtant, compte tenu de son ampleur et de sa capacité de mobilisation, il aurait pu évoluer vers une véritable coalition politique, voire vers un parti capable de s’inscrire dans la durée. Pour cela, il aurait fallu dès le départ un pacte politique clair, une doctrine et une vision communes.
Comment expliquer que le mouvement soit passé d’un symbole d’unité à une coalition profondément fragmentée ?
À partir du moment où les ambitions individuelles et les questions de leadership ont pris le dessus, les divisions sont devenues inévitables. Au lieu de construire un cadre durable, les acteurs se sont progressivement opposés sur des questions de légitimité. On a assisté à des rivalités internes et à des attaques par presse interposée. Cette dynamique a affaibli le mouvement et accéléré sa désintégration.
Que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit du M5 ?
Certains continuent de se réclamer du M5-RFP, mais, dans les faits, le mouvement n’existe plus. Les partis politiques et les associations à caractère politique ont été dissous et le cadre qui portait cette dynamique a disparu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est surtout le souvenir d’une mobilisation qui a marqué un moment important de la vie politique malienne.
Environnement : Le Mali à l’épreuve du climat
Célébrée tous les 5 juin, la Journée mondiale de l’Environnement est placée cette année sous le signe de l’urgence climatique et de l’action. Plus qu’un rappel de l’obligation d’agir, elle invite à poser des actes concrets pour un avenir moins compromis. Au Mali, l’ampleur des défis contraste encore avec le niveau des réponses.
« Inspiré par la nature. Pour le climat. Pour notre avenir », tel est le thème de la Journée mondiale de l’environnement 2026, avec pour mot d’ordre « Maintenant pour le climat ». Il souligne l’urgence des actions à entreprendre et le rôle central de la nature dans les réponses aux dérèglements climatiques.
Pour le Mali, ce thème renvoie à la nécessité de solutions concrètes pour renforcer la résilience des communautés. Il concerne directement la gestion de l’eau, la protection des terres, l’adaptation agricole, la sauvegarde des pâturages et la prévention des tensions autour des ressources naturelles.
Solutions locales
Le Mali est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique. Entre 1970 et 2020, il a connu au moins 40 chocs climatiques majeurs, selon des données reprises dans une publication de Global Voices sur la crise climatique et la paix au Mali. Chaque année, la sécheresse affecte environ 400 000 personnes et réduit les bénéfices agricoles d’environ 9,5 millions de dollars, d’après la Banque mondiale.
Ces dérèglements constituent aussi des facteurs de fragilisation sociale. La dégradation des pâturages peut pousser des agriculteurs à étendre leurs cultures vers des zones de transhumance, alimentant des tensions avec les éleveurs. Les aléas climatiques réduisent également les moyens de subsistance des communautés et favorisent les déplacements, qui touchent particulièrement les jeunes et les femmes. Selon une étude de l’Organisation internationale pour les migrations, publiée en avril 2026, les migrations apparaissent alors comme des stratégies d’adaptation face à la baisse de la productivité, à l’insécurité alimentaire et à la dégradation de l’environnement.
Pourtant, des cadres locaux de réponse existent. Les savoir-faire ancestraux, la gestion communautaire des ressources naturelles, les pratiques d’adaptation agricole, la restauration des sols, la protection des points d’eau et l’usage de techniques innovantes peuvent contribuer à réduire les vulnérabilités.
L’innovation peut aussi être nourrie par la sagesse locale. Dans leurs modes de vie, les communautés trouvent déjà des moyens de répondre aux défis nouveaux. Mais l’efficacité de ces réponses dépend du financement, de l’encadrement technique, de la coordination entre acteurs et de leur capacité à passer de l’expérience locale à une action durable.
La guerre contre l’Iran alimente un choc mondial de la dette
Il est admis que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a provoqué une forte hausse des prix du pétrole, du gaz et des denrées alimentaires, aggravant les difficultés économiques dans le monde entier, en particulier dans les pays en développement. L’effet de ce conflit sur les coûts d’emprunt des États demeure, lui, moins bien compris. Dans l’ensemble du Sud mondial, ce qui avait commencé comme un choc des prix s’est transformé en choc de la dette.
Les germes de la crise actuelle ont été semés au cours des années 2010, dans un contexte de taux d’intérêt bas , lorsque les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur ont massivement emprunté en dollars. Nombre d’entre eux ont investi ces fonds de manière productive et ont bénéficié d’une croissance économique plus soutenue. Toutefois, après la pandémie de COVID-19, la remontée des taux d’intérêt mondiaux et l’appréciation du dollar américain ont rendu l’emprunt nettement plus coûteux.
En 2023, la dette extérieure cumulée des pays en développement atteignait 11 400 milliards de dollars, soit 99 % de l’ensemble de leurs recettes d’exportation. Le total des paiements d’intérêts était supérieur de 26 % à son niveau seulement deux ans auparavant, et un nombre sans précédent de 54 pays — dont près de la moitié en Afrique — consacraient au moins 10 % de leur budget public au remboursement des intérêts. L’année dernière, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a calculé que 3,3 milliards de personnes vivaient dans des pays dépensant davantage pour le remboursement de leur dette que pour des services essentiels tels que la santé ou l’éducation. La situation n’a fait qu’empirer depuis.
Après le COVID-19, de nombreux pays se sont certes tournés vers l’emprunt en monnaie locale pour atténuer leur exposition aux risques induits par les taux de change. Mais ces pays font désormais face à des taux d’intérêt plus élevés. Fin mars, le Fonds monétaire international recensait neuf pays en situation de surendettement, avec 23 autres à risque élevé et 27 à risque « modéré ». Cette qualification est lourde de conséquences : être en situation de surendettement signifie qu’un pays n’est plus en mesure d’honorer ses engagements envers ses créanciers, soit parce qu’il est déjà en défaut, soit parce qu’il n’y échappe encore que grâce au soutien du FMI.
Le choc énergétique déclenché par la guerre contre l’Iran a encore alourdi les coûts d’emprunt, en particulier pour les pays importateurs d’énergie, et cette tendance pourrait persister si les tensions géopolitiques actuelles se poursuivent. À celà s’ajoutent des mutations structurelles plus profondes du paysage mondial de la dette, liées à l’évolution de la composition des créanciers et aux pics de remboursement à venir pour certains types de dettes, notamment les prêts bilatéraux. Ces tendances rendent particulièrement vulnérables les pays présentant d’importants besoins de refinancement à court terme.
Que faire ? Premièrement, le FMI devrait passer pleinement en mode de réponse à la crise. La réactivation d’ instruments tels que le guichet « chocs alimentaires » et l’élargissement de l’accès aux financements d’urgence aideraient les pays à faire face aux pressions immédiates.
Deuxièmement, les banques multilatérales de développement devraient augmenter leurs décaissements, comme elles l’ont fait durant la pandémie. Elles disposent aujourd’hui d’importants bénéfices non distribués , et les récentes réformes de leurs cadres d’adéquation des fonds propres ont accru leur capacité de prêt.
Troisièmement, les créanciers bilatéraux officiels devraient continuer à accélérer les processus de restructuration de la dette. Les récentes améliorations apportées au Cadre commun du G20 ont renforcé la coordination, mais la mise en œuvre reste trop lente au regard de l’ampleur et de l’urgence des besoins actuels.
Quatrièmement, les modalités du traitement de la dette doivent continuer d’évoluer. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir des résultats plus rapides et mieux coordonnés entre tous les groupes de créanciers. Bien que les créanciers privés participent déjà aux processus de restructuration, les difficultés de coordination et les retards continuent d’empêcher des résolutions en temps utile.
Plus largement, il existe un débat international particulièrement actif sur l’amélioration des dispositifs relatifs à la dette souveraine. Parmi les pistes les plus discutées figurent les « conversions de dette » (debt swaps), par lesquelles un pays obtient un refinancement conditionné à l’investissement d’une partie des fonds dans des solutions fondées sur la nature, l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci, la santé, l’éducation ou d’autres projets liés au développement.
Une autre idée à l’étude concerne les « clause de suspension temporaire du service de la dette» permettant à un pays de suspendre ses paiements de dette à la suite d’un événement météorologique extrême ou d’une autre catastrophe. Signe encourageant, certains créanciers privés se disent désormais disposés à inclure de telles clauses pour un éventail plus large de situations, à condition que les gouvernements fassent preuve d’une plus grande transparence quant à leur situation financière.
Par ailleurs, la Banque mondiale et le FMI sont en train de réformer leurs Analyses de viabilité de la dette afin de tenir compte des risques liés aux impacts climatiques et à la perte de biodiversité, ainsi que des bénéfices associés à leur atténuation – certains pays condusient également ce type d’analyses de leur propre initiative. Sous l’égide de la CNUCED, une nouvelle Plateforme des emprunteurs a été lancée pour aider les pays débiteurs à partager les meilleures pratiques et à s’exprimer d’une voix collective plus forte.
Le Sommet Africa Forward, récemment co-organisé par le Kenya et la France, a donné lieu à des échanges nourris sur la mise en place de nouvelles initiatives en matière de dette. Chacun a reconnu que l’évolution du contexte international appelait à de nouvelles réponses.
Malheureusement, malgré le potentiel des conversions de dettes, des clauses de suspension et d’autres innovations, ces mesures ont peu de chances de suffire ou d’ être déployées assez rapidement pour répondre au choc actuel. Il est rare aujourd’hui qu’un pays fasse brutalement défaut; la plupart sont plutôt contraints de réduire leurs investissements dans leur propre développement. Nous savons pourtant qu’un engagement précoce dans les mécanismes de restructuration peut contribuer à rétablir des marges budgétaires plus efficacement que l’attentisme ou le recours à de coûteux financements à court terme.
Lors de la crise du COVID-19, une action internationale coordonnée a permis à de nombreux pays de suspendre le service de leur dette afin de protéger leurs populations. Une réponse tout aussi ambitieuse s’impose aujourd’hui. Une fois de plus, une crise mondiale fait peser un fardeau disproportionné sur des pays qui n’en sont pas à l’origine. La communauté internationale a le devoir d’agir.
Moussa Faki Mahamat, ancien Premier ministre du Tchad et ancien Président de la Commission de l’Union africaine, est Envoyé spécial du Pacte pour les Peuples, la Prospérité et la Planète, qui regroupe 72 pays.
Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org
Mondial 2026 : L’Afrique à l’heure des derniers réglages
À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, les dix sélections africaines qualifiées multiplient les matchs amicaux afin d’affiner leurs automatismes et d’évaluer leur état de forme avant leur entrée en lice.
Le Maroc, notamment, impressionne par sa solidité. Les Lions de l’Atlas ont successivement dominé le Burundi (5-0) et Madagascar (4-0) et tenteront de confirmer contre la Norvège le 7 juin, avant de retrouver le Brésil dans le groupe C.
Dans la même dynamique, le Cap-Vert a marqué les esprits en dominant la Serbie (3-0). Les Requins Bleus affronteront ensuite les Bermudes le 6 juin, avant de se lancer dans un groupe H relevé, avec l’Espagne et l’Uruguay.
L’Égypte, de son côté, a bien lancé sa préparation en battant la Russie (1-0). Elle se mesurera au Brésil le 6 juin, avant de croiser notamment la Belgique dans le groupe G.
Entre certitudes et interrogations
Pour d’autres sélections, les derniers matchs serviront surtout à dissiper les doutes. Le Ghana, battu par le Mexique (2-0) puis tenu en échec par le Pays de Galles (1-1), bouclera sa préparation face à la Jamaïque le 10 juin, avant de défier l’Angleterre et la Croatie dans le groupe L.
Le Sénégal, malgré une prestation encourageante, s’est incliné face aux États-Unis (2-3) et cherchera à retrouver de la confiance contre l’Arabie saoudite le 9 juin, avant d’entrer dans un groupe I marqué par la présence de la France.
La Tunisie, battue par l’Autriche (1-0), tentera de se relancer face à la Belgique le 6 juin, avant d’affronter notamment les Pays-Bas dans le groupe F. La Côte d’Ivoire n’aura qu’un seul test, face à la France le 4 juin, avant de rejoindre un groupe E où figure l’Allemagne.
L’Algérie poursuit également ses réglages. Après son duel face aux Pays-Bas, elle affrontera la Bolivie le 10 juin, avant de se mesurer notamment à l’Argentine dans le groupe J. L’Afrique du Sud, accrochée par le Nicaragua (0-0), défiera Porto Rico avant un groupe A où l’attendent le Mexique et la Corée du Sud.
Enfin, la RD Congo, opposée au Danemark le 3 juin, affrontera le Chili le 9 juin, avant de retrouver le Portugal dans le groupe K.
À quelques jours du tournoi, ces ultimes rendez-vous serviront de baromètres avant les grands défis qui attendent le football africain.
Mohamed Kenouvi
Doremi Mali : La vitrine numérique qui veut révolutionner la musique malienne
À l’heure où l’industrie musicale africaine accélère sa transition numérique, le Mali tente lui aussi de prendre le virage des plateformes de diffusion en ligne. Dans cette dynamique, Doremi Mali s’impose progressivement comme une initiative locale ambitieuse, destinée à valoriser et promouvoir les artistes maliens au même titre que d’autres plateformes connues du grand public, comme Empire.
Lancée comme une plateforme de streaming musical, Doremi Mali permet aux utilisateurs de découvrir, d’écouter et de partager des œuvres musicales produites au Mali. Son objectif est de rapprocher les mélomanes des talents nationaux tout en offrant aux artistes un espace numérique capable de mettre en lumière leurs créations.
Dans un environnement largement dominé par les géants internationaux du streaming, l’émergence d’une solution conçue pour répondre aux réalités du marché malien constitue un enjeu majeur. Doremi Mali se positionne ainsi comme un outil de visibilité pour les musiciens, les producteurs et les labels qui peinent parfois à trouver leur place sur les plateformes mondiales.
En plus de la simple écoute musicale, la plateforme continue d’évoluer. Les récentes mises à jour ont notamment introduit la vente de billets de concerts, une fonctionnalité qui témoigne de la volonté de ses concepteurs de bâtir un véritable écosystème autour de la musique et des événements culturels.
Cette évolution intervient dans un contexte où la consommation numérique des contenus culturels connaît une croissance constante sur le continent africain. Pour les artistes maliens, l’enjeu ne se limite plus seulement à produire de la musique, mais aussi à maîtriser les nouveaux canaux de diffusion et de monétisation.
Si le chemin est encore long pour rivaliser avec les grandes plateformes internationales, Doremi Mali incarne néanmoins une réponse locale à un défi mondial. En misant sur la promotion des talents nationaux et sur l’accessibilité des œuvres, l’application participe à la structuration d’une industrie culturelle malienne plus moderne et davantage tournée vers le numérique.
À travers cette initiative, c’est toute une vision de la souveraineté culturelle qui se dessine : celle d’un Mali capable de diffuser sa musique, de raconter ses histoires et de valoriser ses artistes sur ses propres plateformes.
Ibrahim Baby
Commandement militaire : Les lignes bougent après le 25 avril
Les nominations du 29 mai 2026 réorganisent plusieurs postes sensibles de la chaîne militaire malienne. Elles interviennent après une offensive qui a modifié les priorités sécuritaires de Bamako.
Ce changement ne se limite pas à une circulation de noms dans l’appareil militaire. Il intervient après les attaques coordonnées du 25 avril, revendiquées par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad, dans un contexte marqué par la mort de l’ancien ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, la reprise directe du portefeuille de la Défense par le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta et la nomination du Général Oumar Diarra comme ministre délégué chargé de la Défense.
Menaces
Depuis cette date, le dispositif malien fait face à des menaces plus complexes. La jonction opérationnelle entre la mouvance jihadiste affiliée à Al-Qaïda et certains groupes armés du Nord donne aux attaques une autre portée. Elle combine pression militaire, guerre d’axes, frappes contre des positions symboliques, communication de guerre et contrôle de portions stratégiques du territoire. La reprise de Kidal par ces groupes armés après les événements du 25 avril a renforcé cette lecture.
Les décrets du 29 mai organisent une réponse à plusieurs étages. Le Général de brigade Makan Alassane Diarra est désigné Commandant de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel. Ancien sous-Chef d’état-major chargé des Opérations à l’État-major général des Armées, il passe ainsi du pilotage opérationnel national à un commandement régional censé incarner la réponse militaire commune du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Son remplacement à l’EMGA par le Général de brigade Mamadou Massaoulé Samaké donne aussi un signal. Le poste de sous-Chef d’état-major chargé des Opérations est central dans la planification, le suivi des théâtres, la coordination des moyens et la conduite des réponses militaires. Le Colonel-major Yacouba Sanogo devient Conseiller en stratégie à l’État-major général des Armées. Ces mouvements redessinent l’articulation entre anticipation, planification et exécution.
Théâtres d’opérations
Les commandements des théâtres d’opérations sont également redistribués dans le cadre de l’Opération Dougoukoloko, qui couvre l’ensemble du territoire national. Karim Traoré prend le Théâtre Est, couvrant Gao, Ménaka et Kidal, Didier Dembélé le Théâtre Sud, qui regroupe les régions du sud et de l’ouest, et Issa Bagayoko le Théâtre Centre, qui couvre notamment Ségou, San, Mopti, Bandiagara, Douentza, Tombouctou et Taoudenni. Ces nominations visent à replacer des profils de terrain à des postes où la connaissance des axes, des unités et des zones d’attaques compte autant que le grade.
La principale nouveauté est la concentration de l’arbitrage autour de la Présidence. En reprenant la Défense, Assimi Goïta évite l’ouverture d’une compétition autour d’un ministère stratégique après la mort de Sadio Camara. Oumar Diarra assure le relais politico-militaire, Élisée Jean Dao conduit l’État-major, Makan Diarra prend l’AES et les théâtres sont redistribués. Le système devient plus lisible, mais aussi plus dépendant de la coordination au sommet.
Cette centralisation peut produire des effets opérationnels si elle réduit les lenteurs, clarifie les responsabilités et améliore la circulation du renseignement. Elle peut aussi permettre de mieux aligner la Défense nationale, l’EMGA, les commandements de théâtre et la Force unifiée de l’AES, à un moment où les groupes armés cherchent à tester simultanément plusieurs fronts.
Limites
Pour autant, elle comporte également des limites. Une chaîne trop resserrée peut ralentir les réponses locales si les commandants de terrain ne disposent pas de marges suffisantes. Elle peut aussi exposer davantage le sommet politique aux revers militaires, surtout lorsque les attaques touchent les axes routiers, les villes du Nord, les corridors économiques et les symboles de l’État.
La question russe s’ajoute à cette équation. Après les informations faisant état d’un retrait d’Africa Corps de Kidal sans combat direct avec les groupes armés, Bamako devra préciser les modalités de coordination avec son partenaire militaire. Il ne s’agit pas d’une rupture annoncée, mais d’un réajustement nécessaire entre appui extérieur, commandement malien et montée en puissance de l’AES.
Dans les crises sécuritaires, un recentrage du commandement peut être utile s’il s’accompagne de moyens, de renseignement fiable, de discipline opérationnelle et d’un retour visible de l’État. Au Mali, l’efficacité de cette réorganisation se mesurera moins aux décrets qu’à la capacité à protéger les populations, sécuriser les axes, tenir les positions et empêcher les groupes armés d’imposer leur propre rythme militaire.




















