San : la contre-saison face au manque d’eau

La Direction régionale de l’Agriculture appelle les producteurs à développer le maraîchage après un hivernage jugé insuffisant localement. La contre-saison peut protéger les revenus et l’alimentation, mais elle dépend d’une ressource déjà fragilisée.

À San, la préparation de la contre-saison commence par une inquiétude. La Direction régionale de l’Agriculture fait état d’une faible pluviométrie et d’une baisse des réserves d’eau dans les sols. Elle encourage les producteurs et productrices à se tourner vers le maraîchage pour préserver leurs revenus et contribuer à l’approvisionnement alimentaire.
L’appel lancé le 1er septembre intervient avant même que les résultats définitifs de la campagne pluviale soient disponibles. Il constitue donc une mesure d’anticipation, pas encore le constat chiffré d’une mauvaise récolte dans l’ensemble de la région.
La situation locale doit aussi être distinguée des moyennes nationales ou régionales. Les précipitations de juillet ont été globalement proches de la normale en Afrique de l’Ouest, selon AGRHYMET. Les céréales pluviales disposaient, dans l’ensemble, d’une alimentation hydrique satisfaisante à la fin du mois.
Ces moyennes peuvent cependant masquer des poches sèches. Des interruptions de pluie ont déjà obligé des exploitants de plusieurs pays à recommencer leurs semis. La mise à jour climatique publiée par AGRHYMET le 30 juillet a également réduit les perspectives favorables annoncées au début de la saison et signalé une tendance plus marquée vers des déficits pluviométriques.
Produire sans épuiser la ressource
La contre-saison permet de cultiver des légumes après l’hivernage, lorsque les pluies ne suffisent plus. Elle peut fournir aux familles des tomates, des oignons, des feuilles, des pommes de terre ou d’autres produits frais, tout en générant des revenus pendant une période où l’activité agricole ralentit.
Cette production repose cependant sur l’irrigation. Lorsque les mares, les puits et l’humidité des sols diminuent, l’extension des superficies peut accroître la pression sur une ressource déjà limitée.
La Direction régionale recommande le paillage, qui réduit l’évaporation, ainsi qu’une irrigation raisonnée et l’utilisation de variétés plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau. Elle préconise également le compost, le fumier, les engrais organiques et une surveillance renforcée des maladies et des ravageurs.
Ces pratiques peuvent améliorer le rendement de chaque quantité d’eau utilisée. Elles ne remplacent pas un diagnostic hydrologique. Avant de distribuer des motopompes ou de creuser de nouveaux forages, les services compétents doivent connaître le niveau des nappes, le débit disponible et le nombre de producteurs susceptibles de partager le même point d’eau.
Un forage trop sollicité peut s’épuiser ou devenir inutilisable au milieu de la campagne. Une motopompe remise sans carburant, pièces de rechange ou mécanisme d’entretien risque également d’être abandonnée après une panne.
La réponse devrait donc commencer par une cartographie des sites. Pour chacun, il faudrait connaître la superficie irrigable, la source d’eau, son état, le nombre d’exploitants, les cultures envisagées et les équipements manquants. Cette information permettrait de réserver les appuis aux zones où la production peut être maintenue sans compromettre les usages domestiques.
Semences, financement et marchés
Les besoins ne se limitent pas à l’eau. Les producteurs doivent acheter des semences, des fertilisants, des traitements phytosanitaires et parfois du petit matériel. Lorsque la campagne pluviale a déjà mobilisé l’épargne du ménage, le financement d’une nouvelle production devient difficile.
La Direction régionale sollicite l’intervention des projets et programmes de développement. Cet appui peut prendre la forme de semences adaptées, de kits d’irrigation, de forages, de pompes et de formations. Il gagnerait à être organisé selon des critères publics afin que les équipements n’atteignent pas uniquement les groupements les mieux connectés aux administrations.
Les femmes occupent une place importante dans le maraîchage, mais elles disposent souvent de parcelles plus petites et d’un accès plus fragile à la terre, au crédit ou aux points d’eau. Les jeunes rencontrent également des difficultés pour obtenir une surface stable et financer leur première campagne. Leur inclusion doit apparaître dans les critères de sélection, pas seulement dans les discours d’accompagnement.
L’organisation en coopératives peut faciliter l’achat collectif des intrants, le partage des pompes et la négociation avec les commerçants. Elle ne produira des résultats que si les règles de gestion de l’eau, les contributions aux réparations et la répartition des équipements sont fixées dès le départ.
Le marché constitue l’autre limite. Une production abondante de tomates ou d’oignons arrivant au même moment peut provoquer une chute rapide des prix. Les légumes frais se conservent difficilement et les producteurs les plus éloignés des grands marchés disposent d’une faible marge de négociation.
La programmation des semis devrait donc être échelonnée. Les services agricoles peuvent aussi diffuser des informations sur les prix, aider à conclure des accords avec des commerçants et identifier les besoins des cantines, restaurants et marchés urbains. De petits espaces de stockage, des moyens de transport et des unités de transformation réduiraient les pertes.
Une campagne à mesurer
L’appel de San doit maintenant être traduit en plan opérationnel. Les autorités régionales devraient préciser les superficies visées, les cultures retenues, le nombre de producteurs accompagnés et les équipements réellement disponibles.
Le suivi de la pluviométrie et des réserves d’eau permettra d’ajuster les ambitions au fil des semaines. Une contre-saison réussie ne se mesure pas seulement en hectares cultivés. Elle doit être évaluée selon les volumes récoltés, les revenus obtenus, la quantité d’eau consommée, les pertes enregistrées et la stabilité des prix.
Cette campagne peut compenser une partie des difficultés de l’hivernage et maintenir une activité économique dans les villages. Elle ne réparera pas toutes les pertes éventuelles des cultures céréalières et ne doit pas devenir une nouvelle source de concurrence autour de l’eau.
À San, l’urgence consiste donc à produire davantage avec une ressource plus incertaine. Le maraîchage peut devenir une protection pour les familles si l’accompagnement arrive avant les semis, si les équipements restent fonctionnels et si les récoltes trouvent un marché. Sans ces conditions, l’appel à la mobilisation laisserait les producteurs supporter seuls le coût du risque climatique.

Mali-Algérie : Une nouvelle ère pour la coopération régionale  

La récente visite du Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, à Alger marque un tournant décisif dans les relations entre deux pays liés par une histoire commune et une frontière de plus de 1 300 kilomètres. Après quinze mois de tensions diplomatiques, ce rapprochement ouvre la voie à une coopération renouvelée, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté, pour répondre aux défis communs du Sahel.

 

Un réchauffement diplomatique stratégique

 

La visite du 24 août 2026, à l’invitation du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, concrétise une volonté partagée de dépasser les différends qui ont marqué la période récente. Porteur d’un message du Président de la Transition malienne, le Général  d’Armé Assimi Goïta, Abdoulaye Maïga a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, scellant ainsi la normalisation engagée en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens .

 

Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans la « stratégie des 3P » (Présence, Patience, Persévérance) prônée par l’Algérie, qui a su privilégier le dialogue et la concertation pour surmonter une crise dont les racines remontent à la dénonciation par Bamako de l’Accord d’Alger en janvier 2024. Comme l’a souligné le Président Tebboune, « le Mali restera toujours un pays voisin. Les dirigeants changent, chacun avec ses idées, mais, au final, c’est la réalité qui s’impose ».

 

Des enjeux sécuritaires et économiques majeurs

 

La coopération sécuritaire constitue l’un des piliers de ce rapprochement. Dans un contexte régional marqué par la résurgence des groupes terroristes et les défis posés par la sortie du Mali de la CEDEAO, les deux pays partagent des intérêts stratégiques convergents. L’Algérie, qui a historiquement joué un rôle de médiateur dans la crise malienne, entend désormais renforcer son engagement opérationnel, comme en témoigne la livraison récente d’hélicoptères d’attaque au Niger et l’appui militaire au régime Nigérien  lors de la mutinerie du 28 Aout 2026 .

 

Sur le plan économique, le potentiel de coopération est considérable. La réactivation de la Grande Commission mixte et du Conseil bilatéral stratégique permettra de donner une impulsion nouvelle aux échanges dans des secteurs clés : hydrocarbures, télécommunications, formation professionnelle et transport. La route transsaharienne, réalisée à plus de 90%, constitue un levier majeur pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays.

 

Une vision partagée pour le Sahel

 

Au-delà de la dimension bilatérale, cette réconciliation contribue à la stabilisation de l’ensemble de l’espace sahélien. Les deux pays affichent leur volonté commune de « bâtir une région pacifiée, sécurisée et débarrassée du terrorisme, du néocolonialisme et de toute prétention hégémonique ». Cette vision partagée repose sur des principes fondamentaux : respect de la souveraineté des États, non-ingérence dans les affaires intérieures et promotion du dialogue comme seul moyen de résoudre les crises.

 

Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires croissants dans le nord du pays, la coopération avec l’Algérie apparaît comme une nécessité stratégique. La libération récente de plusieurs militaires maliens détenus par des groupes armés, à laquelle Alger a contribué, illustre la pertinence de ce partenariat.

 

La visite du Premier ministre malien à Alger ne se limite pas à une simple réconciliation diplomatique. Elle ouvre une nouvelle page dans les relations entre deux pays frères, unis par des liens historiques, géographiques et humains indéfectibles. Dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, la coopération Mali-Algérie apparaît comme un facteur de stabilité et de développement partagé, bénéfique non seulement aux deux peuples mais à l’ensemble de la région.

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires du Sahel

PMU–FEMAFOOT : 500 millions, pour quels résultats ?

Le PMU-Mali devient partenaire de la Fédération malienne de football avec un engagement annoncé de 500 millions de FCFA. Le montant ouvre des possibilités importantes, mais ses objectifs, son calendrier et les garanties d’intégrité doivent être rendus lisibles.

La Fédération malienne de football et le PMU-Mali ont signé, mardi 1er septembre à Bamako, un accord commercial évalué à 500 millions de FCFA. Le document a été paraphé par le directeur général du PMU-Mali, Fassery Doumbia, et le président de la Fédération, Mahazou dit Baba Cisset.
La communication officielle présente le PMU-Mali comme un nouveau partenaire de la FEMAFOOT et évoque une « mise initiale » de 500 millions de FCFA. L’appui doit notamment concerner la jeunesse, le football féminin et les compétitions de base.
Le terme « accord commercial » doit être retenu. Il indique que le PMU-Mali ne se contente pas d’effectuer un don. L’entreprise obtient vraisemblablement en contrepartie une visibilité, des droits de communication ou une association de son image à certaines activités fédérales. La nature précise de ces avantages n’a pas été exposée dans les annonces rendues publiques.
La durée du partenariat, le calendrier des paiements, les programmes bénéficiaires et les objectifs mesurables n’ont pas davantage été détaillés. Ces informations sont nécessaires pour savoir si les 500 millions représentent un engagement ponctuel, une première tranche ou une contribution appelée à se renouveler.
Des priorités à désigner
La somme peut produire des effets visibles si elle est répartie selon un programme précis. Le football malien doit financer les sélections nationales, les compétitions, les clubs, la formation des entraîneurs et des arbitres, les déplacements, les équipements et l’entretien des installations.
L’expression générale de « développement du football » ne permet pas de connaître la part qui reviendra à chacun de ces besoins. Une enveloppe principalement absorbée par les équipes nationales n’aurait pas le même impact qu’un financement réparti entre les ligues régionales, les clubs de base et la formation.
Le football féminin dispose déjà de projets qui peuvent être consolidés. Avec l’appui de la FIFA, la FEMAFOOT a lancé une compétition féminine des moins de 17 ans associant quinze clubs. Elle a aussi annoncé son intention de développer cette catégorie et de créer une compétition des moins de 15 ans.
Une fraction clairement identifiée des 500 millions pourrait financer les déplacements des équipes féminines, les équipements, l’encadrement, les examens médicaux et la formation des techniciennes. Sans affectation précise, la référence au football féminin risque de rester une formule de présentation.
Les ligues régionales et les petites catégories ont besoin de la même visibilité. Les terrains, les ballons, l’arbitrage et les transports déterminent la régularité d’une compétition. Le nombre de clubs accompagnés, de matches organisés, de jeunes licenciés et d’éducateurs formés fournirait des résultats plus parlants que la seule annonce du montant.
Un contrat à suivre
Le PMU-Mali est répertorié parmi les organismes personnalisés rattachés au ministère de l’Économie et des Finances. Son engagement dans le sport s’ajoute à des soutiens déjà apportés au basketball, à l’hippisme, aux sports équestres et à la Biennale sportive de 2026.
Cette présence justifie un suivi rigoureux. Une présentation publique du contrat pourrait préciser sa durée, les échéances de paiement, les obligations de la Fédération, les droits commerciaux accordés au PMU-Mali et les conditions permettant à chaque partie de mettre fin au partenariat.
La FEMAFOOT devrait intégrer les versements dans ses comptes, puis indiquer leur utilisation lors de ses assemblées générales. Le PMU-Mali pourrait, de son côté, inscrire l’opération dans son rapport annuel et présenter les retombées commerciales ou sociales attendues.
Cette transparence protégerait les deux partenaires. Elle permettrait de distinguer les montants effectivement versés des engagements annoncés, et d’éviter que les mêmes dépenses soient présentées comme financées simultanément par plusieurs sponsors.
Le contrôle ne doit pas être interprété comme une suspicion. Il constitue une règle de bonne gestion pour toute opération importante. Les clubs, les joueurs, les parieurs et le public doivent pouvoir savoir ce que le football reçoit et ce que l’entreprise obtient en échange.
Préserver l’intégrité sportive
Le rapprochement entre une fédération et un opérateur de paris exige aussi des précautions particulières. La FIFA reconnaît que les paris constituent une source potentielle de financement, mais les considère également comme un risque pour l’intégrité des compétitions.
Son Code d’éthique interdit aux joueurs, arbitres, officiels et intermédiaires de parier directement ou indirectement sur les matches de football. Il leur interdit aussi de détenir un intérêt financier dans de telles activités ou de transmettre une information confidentielle pouvant servir à un pari.
Le partenariat annoncé ne constitue pas en lui-même une violation de ces règles. Il rend cependant indispensable une séparation claire entre les activités commerciales du PMU-Mali et les décisions sportives de la Fédération.
Le contrat ne devrait donner à l’opérateur aucun accès privilégié aux compositions d’équipes, aux dossiers disciplinaires, aux blessures non rendues publiques ou aux désignations d’arbitres. Les dirigeants fédéraux, joueurs et officiels doivent également recevoir une formation régulière sur les paris, les conflits d’intérêts et les tentatives de manipulation.
Un mécanisme confidentiel de signalement compléterait ces mesures. Une approche suspecte, une proposition financière ou une activité inhabituelle autour d’un match doit pouvoir être rapportée sans exposer immédiatement la personne qui donne l’alerte.
Les 500 millions annoncés peuvent renforcer durablement le football malien. Leur impact dépendra moins de la cérémonie de signature que de la répartition des fonds, du respect du calendrier et des résultats constatés sur les terrains. La publication d’une feuille de route donnerait au partenariat sa crédibilité et permettrait d’en mesurer les bénéfices dès la prochaine saison.
Massiré Diop

Paludisme : Bamako au cœur de la recherche d’un traitement en une prise

Le programme WANECAM3 doit tester trois nouveaux composés contre le paludisme non compliqué. Dirigée scientifiquement depuis Bamako, cette recherche pourrait simplifier la prise en charge, mais aucun nouveau médicament n’est encore disponible.

Le Mali prend une place centrale dans une nouvelle étape de la recherche antipaludique. Le consortium WANECAM3, officiellement présenté le 1er septembre, réunit onze partenaires africains et européens autour d’un objectif ambitieux : mettre au point un traitement capable de guérir le paludisme non compliqué après une seule administration.
Le projet est prévu du 1er juin 2026 au 31 mai 2031. Son coût total atteint près de 28 millions d’euros, dont 10,3 millions apportés par le partenariat européen Global Health EDCTP3. L’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako, responsable scientifique du programme, bénéficie d’une enveloppe de près de 2,92 millions d’euros.
La coordination administrative revient à Amsterdam UMC, tandis que la direction scientifique est assurée par le professeur malien Abdoulaye Djimdé. Les essais associeront des équipes du Mali, du Burkina Faso, du Gabon, du Kenya et de l’Ouganda. L’Éthiopie devrait rejoindre une phase ultérieure après un programme de renforcement de ses capacités.
Trois molécules à l’étude
WANECAM3 ne teste pas un médicament déjà prêt à être distribué. Le programme doit évaluer trois composés expérimentaux appelés cipargamin, INE963 et MMV533. Leur particularité est d’agir contre le parasite par des mécanismes différents de ceux des dérivés de l’artémisinine, qui constituent actuellement la base des traitements recommandés.
La première étape reposera sur une plateforme d’essais de phase 2. Une combinaison de cipargamin et d’INE963 doit être évaluée chez des enfants âgés de 2 à 12 ans atteints d’un paludisme non compliqué. Un autre volet étudiera différentes doses de MMV533 administrées seules à des adultes.
La phase 2 sert à préciser la dose, à observer les effets indésirables et à déterminer si le traitement produit l’effet recherché. Une étude de phase 3, menée sur un plus grand nombre de participants, ne sera engagée que si les premiers résultats sont suffisamment convaincants. Elle comparera alors la combinaison retenue, administrée en une seule prise, au traitement standard de trois jours.
Même en cas de réussite, une autorisation de mise sur le marché ne serait pas automatique. Les données devront démontrer que la nouvelle combinaison est au moins aussi efficace et suffisamment sûre, notamment chez les enfants qui supportent la plus grande part de la mortalité liée au paludisme.
Une simplification très attendue
Les traitements actuels restent efficaces lorsqu’ils sont correctement prescrits et suivis. Leur principale contrainte tient à la nécessité de prendre plusieurs doses pendant trois jours. D’après les estimations présentées par EDCTP3, jusqu’à la moitié des patients pourraient ne pas terminer complètement leur traitement.
L’interruption peut survenir lorsque la fièvre baisse, lorsque le patient doit retourner travailler ou lorsque la famille vit loin d’une structure de santé. Elle peut favoriser la persistance de parasites et accroître la pression qui conduit progressivement à l’apparition de résistances.
Une prise unique administrée sous le contrôle d’un agent de santé réduirait ce risque. Elle faciliterait aussi le travail des centres de santé communautaire, particulièrement dans les localités où il est difficile de suivre les malades pendant plusieurs jours.
Cette perspective ne signifie pas que les traitements à base d’artémisinine sont devenus inutiles au Mali. Des parasites moins sensibles à cette molécule ont été détectés dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, mais les autorités sanitaires n’ont pas annoncé un échec généralisé des traitements recommandés sur le territoire malien. WANECAM3 prépare une solution de remplacement avant que la résistance ne compromette plus largement les moyens disponibles.
Une recherche à conduire sous contrôle
Le Mali dispose d’une expérience reconnue dans les essais antipaludiques. Les précédents programmes WANECAM ont contribué à l’évaluation de traitements utilisés en Afrique et au renforcement du Centre de recherche et de formation sur le paludisme de Bamako.
Cette position donne aux chercheurs maliens une capacité d’influence sur les protocoles, le suivi de la résistance et la prise en compte des réalités sanitaires africaines. Elle doit aussi produire des compétences durables dans les laboratoires, la gestion des données et la surveillance des médicaments.
Les essais impliquant des enfants exigeront une protection particulièrement rigoureuse. Le consentement des parents, l’information des familles, l’examen par des comités d’éthique indépendants et la prise en charge immédiate des effets indésirables doivent rester au centre du dispositif. Les résultats, favorables ou non, devront être publiés.
L’importance de la recherche apparaît dans les chiffres. Pour 2023, l’Organisation mondiale de la Santé estimait à 8,15 millions le nombre d’épisodes de paludisme au Mali et à 14 328 celui des décès associés. Il s’agit d’estimations épidémiologiques, et non du seul décompte des cas confirmés dans les structures sanitaires.
Ces données plaçaient le pays parmi les onze supportant la charge la plus élevée. Elles montraient aussi une augmentation estimée de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023.
Un éventuel traitement en une prise complèterait les outils déjà utilisés. Il ne remplacerait ni les moustiquaires imprégnées, ni la chimioprévention saisonnière, ni le diagnostic rapide, ni la vaccination antipaludique introduite au Mali en 2025. Son utilité dépendrait également de son prix, de sa disponibilité dans les centres de santé et de la capacité du pays à l’intégrer à ses protocoles.
WANECAM3 ouvre donc une possibilité sérieuse, sans apporter encore de médicament aux patients. Les cinq années annoncées devront établir si les molécules sont efficaces, sûres et accessibles. La réussite scientifique serait majeure. Son véritable accomplissement viendrait ensuite, lorsque le produit pourrait atteindre les malades qui en ont le plus besoin.
Massiré Diop

Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.

Les ministres chargés de la Jeunesse du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont signé, le 29 août à Ouagadougou, un mémorandum d’entente instituant un cadre commun autour du Forum confédéral de la Jeunesse et du Volontariat.
Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba et Sidi Mohamed Almahmoud ont engagé leurs pays à coopérer dans les domaines de la citoyenneté, du volontariat, de l’entrepreneuriat, du sport, des loisirs et des activités socio-éducatives.
Le forum doit se tenir chaque année à tour de rôle dans les trois États. Un comité confédéral réunissant les administrations chargées de la jeunesse et du volontariat devra superviser les activités, arrêter les orientations et suivre leur mise en œuvre.
Cette architecture donne une continuité à une rencontre qui aurait pu rester ponctuelle. Elle ne constitue pas encore un programme opérationnel de volontariat. Aucun budget commun, nombre annuel de missions, quota national ou calendrier de déploiement n’apparaît dans les informations rendues publiques après la signature.
Des participants aux volontaires
La première édition du forum s’est déroulée du 28 au 30 août à Ouagadougou. Environ 1 000 jeunes étaient attendus à l’ouverture, tandis que 300 délégués devaient participer aux trois journées de travaux. Une représentation togolaise a également été associée aux échanges.
Les discussions ont porté sur l’engagement citoyen, l’entrepreneuriat, la formation, l’emploi, le leadership, l’innovation et le développement local. Les organisateurs ont aussi mis en avant le partage d’expériences d’anciens volontaires et la valorisation des initiatives portées par les jeunes.
Ces activités favorisent les rencontres, mais leur effet demeure difficile à mesurer si elles ne débouchent pas sur des missions accessibles hors du cercle des participants au forum. Sensibiliser un jeune au volontariat ne signifie pas lui proposer une affectation, une formation ou une perspective professionnelle.
Un véritable dispositif confédéral pourrait mobiliser des volontaires dans l’alphabétisation, la prévention sanitaire, la restauration des terres, l’appui numérique aux communes, les campagnes agricoles ou l’assistance aux populations touchées par les catastrophes. Ces domaines correspondent à des besoins communs aux trois pays. Ils restent, à ce stade, des possibilités à construire plutôt que des missions officiellement annoncées.
Un statut commun
La mobilité entre les trois États exigera des règles précises. Un jeune Malien affecté au Niger ou au Burkina Faso devra connaître la durée de sa mission, son indemnité, ses conditions de logement, sa couverture sanitaire et la procédure applicable en cas d’accident.
Le volontariat ne doit pas devenir une manière de faire occuper durablement des emplois sans salaire. La mission doit être limitée, encadrée, formatrice et distincte d’un poste permanent. Elle doit aussi donner lieu à un certificat reconnu par les administrations, les entreprises et les établissements de formation des trois pays.
La protection sociale constitue un point central. Les missions peuvent conduire les volontaires dans des zones rurales éloignées, des chantiers environnementaux ou des contextes humanitaires difficiles. Une assurance contre les accidents, un accès aux soins, des moyens de transport sûrs et un protocole d’évacuation sont indispensables.
La sélection devra être ouverte et vérifiable. Des appels publics, des critères identiques et la publication des résultats réduiraient le risque de transformer les missions en récompenses politiques ou en avantages réservés aux organisations les plus proches des administrations.
Les jeunes ruraux, les femmes, les personnes déplacées et celles vivant avec un handicap doivent pouvoir participer. Une candidature exclusivement numérique, des déplacements coûteux pour déposer un dossier ou des formations concentrées dans les capitales écarteraient une grande partie du public visé.
Mesurer les résultats
Le forum annuel peut rester utile s’il devient le lieu où les trois gouvernements rendent compte de l’année écoulée. Le nombre de candidatures, de volontaires retenus, de missions terminées et de collectivités bénéficiaires devrait être publié avant chaque nouvelle édition.
Le suivi doit également porter sur l’après-volontariat. Une expérience n’améliore l’employabilité que si les compétences acquises sont identifiées et reconnues. Il faudra donc mesurer combien d’anciens volontaires trouvent un emploi, créent une activité ou poursuivent une formation dans les mois suivant leur mission.
La Confédération cherche à rapprocher ses administrations, ses politiques et ses populations. La jeunesse offre un terrain concret pour cette intégration. Un volontaire qui travaille dans une commune d’un pays voisin construit davantage de liens qu’une succession de discours sur l’unité sahélienne.
Le mémorandum du 29 août ouvre cette possibilité. Sa prochaine étape doit être un programme chiffré, financé et accessible. Sans missions réelles, le forum restera une rencontre annuelle. Avec un statut commun et des résultats publiés, le volontariat peut devenir l’une des premières expériences directement vécues de la coopération confédérale.
Massiré Diop

Routes locales : le transfert attend ses moyens

Le gouvernement a redéfini les responsabilités des communes, des régions et du District de Bamako en matière de routes et de transports. La clarification juridique ne produira des résultats que si les collectivités reçoivent les financements et les compétences techniques nécessaires.

Qui doit réparer une voie communale dégradée, entretenir une piste rurale ou organiser certains services locaux de transport ? La réponse, souvent confuse pour les habitants, doit être précisée par deux projets de décret adoptés en Conseil des ministres le 21 août.
Le premier fixe le détail des compétences transférées dans le domaine des infrastructures routières. Le second concerne les transports. Les responsabilités seront désormais réparties entre les Communes, les Régions et le District de Bamako, avec l’appui-conseil des services centraux et déconcentrés du ministère des Transports et des Infrastructures.
Cette réorganisation découle de la réforme territoriale de 2023. La loi du 13 mars a supprimé le Cercle en tant que collectivité territoriale, tout en le maintenant comme circonscription administrative dirigée par un préfet. Il fallait donc revoir les décrets de 2018 qui attribuaient encore certaines responsabilités routières et de transport aux conseils de Cercle.
La réforme corrige ce décalage juridique. Elle devra surtout éviter qu’une compétence auparavant exercée à l’échelle du Cercle reste sans responsable opérationnel entre la Commune et la Région.
Responsabilités
La proximité peut améliorer la gestion des routes locales. Une commune connaît mieux les voies qui desservent les écoles, les centres de santé, les marchés et les zones de production. Une région peut établir des priorités entre plusieurs axes reliant les localités et coordonner des travaux dépassant les limites communales.
Cette connaissance ne remplace cependant ni les ingénieurs, ni les engins, ni les ressources budgétaires. Confier une route à une collectivité incapable de financer son entretien reviendrait à déplacer la responsabilité administrative sans résoudre la dégradation.
Les textes complets devront préciser la classification des voies, les responsabilités d’entretien, les procédures de programmation et le partage des charges. La population doit pouvoir identifier l’autorité compétente, tandis que les collectivités doivent connaître exactement le patrimoine routier dont elles deviennent responsables.
L’État avait commencé en 2021 à transférer aux régions une partie des ressources du Fonds d’entretien routier et certains crédits destinés aux pistes agricoles. La nouvelle organisation devra clarifier la continuité de ces financements et leur répartition après la disparition du niveau de collectivité Cercle.
Ressources
Le financement représente le principal test. Les communes disposent de ressources propres très inégales et restent fortement dépendantes des transferts de l’État. Les collectivités rurales qui possèdent les réseaux les plus étendus sont souvent celles dont les recettes fiscales sont les plus faibles.
Un mécanisme de péréquation apparaît donc indispensable. Sans correction des écarts, les territoires disposant d’un marché important, d’activités économiques formelles ou d’une base fiscale solide entretiendront mieux leurs voies que les communes rurales enclavées, pourtant davantage dépendantes des pistes pour accéder aux soins, aux écoles et aux marchés.
Les financements nationaux et extérieurs consacrés aux grands corridors ne répondent qu’à une partie du problème. La Banque mondiale a approuvé en mai 2025 environ 133 milliards de FCFA pour la réhabilitation du tronçon Diéma-Sandaré et des infrastructures connexes. L’amélioration d’un corridor perd une partie de son effet si les pistes qui y conduisent restent impraticables pendant l’hivernage.
Les collectivités devront aussi être accompagnées dans la passation des marchés, le contrôle des travaux et la programmation de l’entretien préventif. Réparer une dégradation à son début coûte moins cher que reconstruire une chaussée abandonnée pendant plusieurs saisons.
La transparence sera tout aussi importante. La publication, par commune et par région, des routes transférées, des crédits reçus, des entreprises retenues et des travaux réalisés permettrait aux habitants de suivre la réforme. Elle éviterait également que chaque niveau administratif renvoie la responsabilité à un autre lorsque les voies se dégradent.
Le transfert peut rapprocher la décision des usagers et rendre l’entretien plus réactif. Il ne réussira que si les compétences juridiques, les ressources financières et les capacités techniques sont transférées ensemble. Pour les populations, la décentralisation se jugera moins à l’intitulé des décrets qu’à la possibilité de circuler toute l’année.
Massiré Diop

Niger : la mutinerie qui a visé le cœur du pouvoir

Les faits survenus le 29 août dépassent largement une protestation de caserne. Ils établissent une mutinerie armée dirigée contre plusieurs sites stratégiques, mais les éléments publics ne permettent pas encore de reconstituer un projet organisé de prise du pouvoir.
Trois jours après les tirs qui ont secoué Niamey, le pouvoir nigérien contrôle de nouveau la base aérienne 101, l’aéroport international Diori-Hamani, le palais présidentiel et les autres sites visés. La circulation et les activités commerciales ont repris. Des patrouilles et des dispositifs de sécurité restent toutefois visibles autour de l’aéroport.
Le calme permet désormais de séparer les faits des qualifications employées dans l’urgence. Dans la nuit du 28 au 29 août, à partir de 00 h 20, un groupe de militaires a retenu certains de ses camarades à l’intérieur de la base 101 avant d’ouvrir le feu sur plusieurs points sensibles de la capitale.
Les combats ont gagné les environs de l’aéroport, du palais présidentiel et de la radiotélévision publique. Les programmes de la RTN ont été momentanément interrompus. La garde présidentielle a protégé le palais avant de participer à la reprise de la base, restée contestée pendant une partie de la journée.
Ces éléments sont incompatibles avec l’image d’une simple manifestation de mécontentement. Des militaires armés ont désobéi à leur hiérarchie, séquestré des soldats, occupé une installation majeure et affronté les forces restées loyales. Sur le plan descriptif, le terme de mutinerie armée est donc le plus solide.
Trois morts reconnus
Le premier bilan officiellement documenté concerne la garde présidentielle. L’adjudant Illo Maihatchi, le soldat de deuxième classe Yahaya Idrissa Zamnaou et le soldat de deuxième classe Ousmane Haboulé Hamissou ont été tués pendant les affrontements.
Leurs obsèques se sont déroulées lundi 31 août à la base aérienne 101, en présence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, de membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, du gouvernement, des responsables militaires et de plusieurs diplomates.
Les trois soldats ont été promus à titre posthume et décorés de la Médaille des Théâtres d’opérations intérieures « Tarha-Nakal ». Leur inhumation au carré des martyrs constitue la première reconnaissance officielle précise des pertes provoquées par la mutinerie.
Le bilan des mutins reste en revanche inconnu. La RTN a diffusé des images de dizaines de militaires arrêtés et indiqué que certains insurgés avaient été tués ou mis hors de combat. Aucun décompte global n’a été publié. Les autorités n’ont communiqué ni le nombre exact de personnes détenues, ni l’identité des officiers soupçonnés d’avoir dirigé le mouvement, ni la situation des soldats initialement séquestrés.
Cette absence empêche de mesurer l’ampleur humaine et militaire de l’affrontement. Elle laisse également sans réponse une question essentielle : la contestation était-elle limitée à un groupe présent à Niamey ou disposait-elle de relais organisés dans d’autres unités ?
Pourquoi le mot « coup d’État » reste prématuré
Plusieurs médias ont qualifié les événements de tentative de coup d’État. Cette lecture repose sur la simultanéité des attaques contre la base aérienne, le secteur présidentiel et les installations de la télévision publique. L’opération a clairement dépassé les limites de la caserne et visé des centres de commandement de l’État.
Ces faits donnent à la mutinerie une dimension politique manifeste. Ils ne suffisent pas encore à établir publiquement un plan complet de renversement du général Abdourahamane Tiani.
Aucun chef du mouvement n’a pris la parole. Aucun manifeste, organe de commandement, proclamation ou revendication politique n’a été rendu public. Les mutins n’ont annoncé ni la dissolution des institutions, ni la formation d’une nouvelle autorité. Aucun acte judiciaire accessible ne les poursuit encore officiellement pour tentative de coup d’État.
L’hypothèse reste donc ouverte, mais elle ne doit pas être présentée comme la conclusion définitive de l’enquête. Les investigations devront établir les ordres donnés, les communications entre unités, les objectifs assignés aux différents groupes et la destination prévue après la prise éventuelle des sites visés.
La formule de « mouvement d’humeur » choisie par le ministère de la Défense produit l’effet inverse. Elle décrit un mécontentement collectif sans traduire la violence, la durée et la portée de l’opération. Une mutinerie qui tue trois gardes présidentiels et oblige l’armée à reconquérir une base stratégique ne relève plus d’un simple incident disciplinaire.
L’intervention russe désormais reconnue
Le rôle d’Africa Corps ne repose plus seulement sur des témoignages anonymes. L’ambassadeur de Russie au Niger, Viktor Voropayev, a déclaré que le commandement de la base 101 avait demandé l’assistance des militaires russes présents à l’aéroport.
Il a également affirmé que le chef d’état-major général des armées, le chef d’état-major de l’armée de terre et le commandant de la base 101 s’étaient ensuite rendus auprès d’Africa Corps pour remercier ses membres de leur participation à la reprise du site.
L’intervention est donc reconnue publiquement par le représentant officiel de la Russie. Les autorités nigériennes n’en ont cependant pas encore précisé la nature dans leurs propres communiqués. Elles n’ont indiqué ni les effectifs engagés, ni les moyens utilisés, ni la répartition des responsabilités entre les forces nigériennes et russes.
Cette assistance a porté sur une crise interne à l’armée nigérienne, et non sur une attaque menée par un groupe armé extérieur. Elle donne à la coopération militaire avec Moscou une dimension nouvelle. Africa Corps a contribué directement à la défense du pouvoir et à la reprise d’une installation contestée par des soldats nigériens.
Le soutien du Mali et du Burkina Faso est, pour sa part, resté officiellement politique. La Confédération des États du Sahel a condamné la mutinerie et exprimé sa solidarité avec Niamey. Aucun élément public ne prouve l’engagement d’unités maliennes ou burkinabè dans les combats.
Une base fragilisée à répétition
La base 101 occupe une position centrale dans le dispositif de sécurité nigérien. Elle partage son emprise avec le principal aéroport du pays, accueille l’aviation militaire et abrite des partenaires étrangers. Le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso y est également installé.
Le complexe avait déjà été attaqué en janvier par des combattants liés à l’État islamique, puis en juin par le JNIM. La mutinerie du 29 août constitue donc la troisième crise grave enregistrée autour de ce site en 2026, même si elle est, cette fois, venue de l’intérieur de l’armée.
Cette répétition impose un examen du dispositif. Il faudra déterminer comment des militaires ont pu retenir leurs camarades, tenir une partie de la base pendant plusieurs heures et tirer sur des installations situées à différents endroits de la capitale.
Le régime a conservé le pouvoir et les institutions n’ont pas basculé. Il a néanmoins perdu trois membres de son unité la plus proche, mobilisé ses forces les plus loyales et sollicité un appui russe pour reprendre une base située au cœur de la capitale. Ces faits suffisent à montrer la gravité de la secousse sans annoncer l’effondrement du pouvoir.
Au 1er septembre, la qualification la plus exacte reste donc celle d’une mutinerie armée avortée, dirigée contre plusieurs sites stratégiques. La tentative de coup d’État deviendra un fait établi si l’enquête démontre l’existence d’un commandement et d’un plan destiné à renverser les autorités. En attendant, le bilan complet, les responsabilités et les motivations restent dus à la population nigérienne.
Massiré Diop

Pour ses adieux au Mali, Rachna Korhonen mise sur les solutions locales

Au terme de sa mission, l’ambassadrice des États-Unis a consacré l’une de ses dernières rencontres publiques à l’initiative locale et au rôle de la jeunesse dans le développement du Mali. Accueilli dans les locaux de Garden Grid, le dialogue a également permis de présenter un projet d’agriculture numérique encore en phase de test.

La rencontre « Testimony: Inside Diplomacy – The Mali I Carry with Me », organisée le vendredi 28 août 2026 autour du thème « Leadership, Impact, Innovation », a réuni des journalistes, des entrepreneurs et des acteurs de la société civile.
Devant ce public, Rachna Korhonen a dressé un bilan à la fois humain et professionnel de son séjour. Elle a évoqué ses rencontres avec les populations, les entrepreneurs, les femmes, les jeunes et différents acteurs de la société malienne.
Son propos a rapidement dépassé le cadre de son expérience diplomatique pour porter sur l’avenir du pays. Selon elle, les idées capables de transformer le Mali doivent d’abord être conçues et portées par les Maliens. Les initiatives étrangères peuvent les accompagner, mais elles ne sauraient s’y substituer.
Le choix de Garden Grid pour accueillir la rencontre donnait une illustration concrète à ce message. Portée par un entrepreneur malien et disposant d’une implantation à Bamako, l’entreprise développe une plateforme destinée à accompagner les producteurs, à suivre les cultures et à faciliter la commercialisation des surplus agricoles.
Garden Grid, du jardin au marché
Selon son PDG, Moussa Konaté, le projet est parti d’une difficulté fréquemment rencontrée par les producteurs : l’écoulement des surplus, souvent compliqué par le coût du transport vers Bamako. Garden Grid travaille ainsi à la mise en place d’un système de collecte directement auprès des cultivateurs, avant l’acheminement des produits vers les consommateurs.
Le dispositif ambitionne de réduire le nombre d’intermédiaires, de limiter certaines pertes et de rendre les produits locaux plus accessibles. « Nous allons directement aller prendre les légumes à la source », explique Younouss Koly Kanté, directeur technique et développeur full-stack de Garden Grid.
L’entreprise mise également sur une intelligence artificielle baptisée « Timbuktu ». Selon ses concepteurs, celle-ci doit contribuer au suivi des jardins et des cultures à partir d’images, de caméras et de capteurs mesurant notamment la température, l’humidité et la luminosité.
La plateforme peut analyser des photographies des plantes, signaler certaines anomalies et transmettre des recommandations à l’utilisateur. Dans sa version gratuite, celui-ci prend lui-même les images nécessaires à l’analyse. Des formules payantes prévoient l’utilisation de kits de capteurs et des fonctions de surveillance plus étendues.
Garden Grid souhaite ainsi réunir sur une même plateforme le suivi des cultures, la mise en relation des producteurs et des acheteurs ainsi que l’organisation de la collecte. Le projet demeurant en phase de test, sa portée devra toutefois être appréciée à partir de son utilisation effective, de son accessibilité pour les producteurs et des résultats obtenus sur le terrain.
L’entrepreneuriat comme trait d’union
Pour Rachna Korhonen, cette initiative témoigne de la capacité d’entreprendre présente au Mali. Avec humour, la diplomate a estimé que « les Maliens n’ont pas besoin des conseils de l’ambassadrice américaine pour faire des affaires ». Elle a plutôt salué leur tradition commerciale, leur créativité et leur présence dans les échanges économiques de la région.
Cette conviction rejoint sa lecture des relations entre Bamako et Washington. L’ambassadrice a reconnu que celles-ci étaient moins fluides au début de sa mission. Elle estime néanmoins qu’elles évoluent aujourd’hui « dans une direction positive », notamment grâce aux relations entre les peuples et au rapprochement entre les entrepreneurs des deux pays.
Elle a cité AmCham Mali parmi les instruments capables de soutenir cette dynamique. La Chambre de commerce américaine au Mali vise à rapprocher les entreprises maliennes et américaines, à favoriser les partenariats et à mieux faire connaître les possibilités d’investissement.
Tout en reconnaissant l’intérêt de programmes américains comme le Young African Leaders Initiative, YALI, et l’International Visitor Leadership Program, IVLP, Rachna Korhonen a estimé que leur portée restait limitée au regard des besoins du pays. « Les programmes doivent être créés ici », a-t-elle soutenu.
Elle a notamment évoqué Timbuktu American University comme exemple d’une initiative implantée au Mali et susceptible de proposer une formation répondant à des standards internationaux. À ses yeux, le pays doit aussi devenir une destination où des étudiants étrangers viendraient étudier son histoire, sa culture et sa musique.
L’ambassadrice a également insisté sur le potentiel de l’agriculture et de l’élevage. Le Mali possède, selon elle, les ressources nécessaires pour mieux assurer son alimentation, à condition de développer ses capacités de production, de transformation et de commercialisation.
Cette ambition suppose aussi une amélioration du climat des affaires. Rachna Korhonen a appelé à simplifier les procédures liées à la création et au développement des entreprises afin de faciliter l’investissement et de renforcer l’attractivité économique du pays.
Dans le prolongement de ces échanges, Moussa Konaté a annoncé la préparation de « Select Mali », une initiative portée par AmCham Mali. Le projet devrait réunir des entreprises, des investisseurs, des institutions financières et des partenaires internationaux, notamment américains, afin de présenter les possibilités économiques offertes par le Mali.
Au moment d’évoquer son départ, Rachna Korhonen a laissé transparaître son attachement au pays. « Je vais laisser une petite partie de mon cœur au Mali et emporter une petite partie du Mali dans mon cœur », a-t-elle confié, tout en saluant les efforts accomplis quotidiennement par les Maliens malgré les difficultés.
Son dernier message a pris la forme d’un appel à la confiance et à l’initiative. Elle a encouragé les jeunes à apprendre des langues, à développer leurs compétences, à créer des entreprises et à rester ouverts sur le monde, sans attendre que toutes les réponses viennent de l’extérieur.
« Vous devez arrêter de chercher les choses à l’extérieur. Ça doit venir de l’intérieur », a-t-elle insisté. Pour la diplomate, la principale richesse du Mali ne se trouve « ni sous le sol ni dans le ciel », mais dans son peuple et, plus particulièrement, dans sa jeunesse.
Joseph Amara Dembélé

Kangaba : 97 millions de FCFA à rendre visibles

Les huit communes du cercle ont retenu des projets scolaires, hydrauliques et routiers financés par les recettes minières. La sélection est terminée, mais les habitants attendent désormais les décaissements, les marchés et les réalisations.

Entre le 17 et le 28 août, les comités communaux de suivi du Fonds minier de développement local ont tenu leurs premières sessions dans les huit communes du cercle de Kangaba. Ils ont validé des travaux de réhabilitation de salles de classe et de pistes rurales, l’achat d’équipements scolaires ainsi que la réalisation de forages.
Le cercle doit recevoir 97 270 147 FCFA. Cette somme constitue une ressource nouvelle pour des collectivités confrontées à des besoins immédiats en eau, en éducation et en désenclavement. Elle reste cependant limitée au regard de l’étendue du territoire et du nombre de projets susceptibles d’être présentés.
La répartition exacte entre les huit communes n’a pas été rendue publique dans le compte rendu des sessions. Les coûts prévisionnels de chaque opération, le calendrier des décaissements et les délais d’exécution ne sont pas davantage précisés. Ces données permettront pourtant de mesurer ce que les 97 millions peuvent réellement produire.
Du choix au chantier
Le comité communal ne construit pas une classe et ne creuse pas un forage. Il sélectionne un projet qui doit ensuite recevoir son financement, faire l’objet d’une procédure de marché, être confié à une entreprise et être contrôlé jusqu’à sa réception.
Les participants eux-mêmes ont demandé un décaissement rapide et le recours à des entreprises professionnelles. Leur recommandation met en lumière les deux principaux risques. Le premier serait de laisser les projets attendre pendant plusieurs mois après leur validation. Le second serait d’engager des prestataires incapables de livrer des infrastructures durables.
À Maramandougou, le comité communal avait retenu l’équipement de 17 écoles publiques et communautaires. Le projet porte notamment sur des tables-bancs, des armoires et des bureaux métalliques. Son suivi devra indiquer combien d’unités sont commandées, dans quelles écoles elles seront livrées et à quelle date elles pourront être utilisées par les élèves.
La même précision s’impose pour les autres communes. Un forage doit être accompagné d’une étude d’implantation, d’un contrôle de la qualité de l’eau et d’un dispositif d’entretien. Une piste rurale réhabilitée doit pouvoir résister aux pluies et rester praticable au-delà d’une seule campagne. Une salle de classe réparée doit être réceptionnée avant de se dégrader de nouveau faute de toiture ou de drainage.
Traçabilité
Le Fonds minier de développement local a dépassé 18,4 milliards de FCFA pour l’exercice 2025. Il est alimenté par les contributions des titulaires de titres d’exploitation minière et des bénéficiaires d’autorisations industrielles de carrières.
La clé de redistribution accorde la moitié des ressources aux communes directement affectées par l’exploitation. Un quart revient aux autres collectivités de la zone minière et le dernier quart aux collectivités des autres régions. L’État affirme que les 819 communes du pays doivent bénéficier du dispositif.
Cette péréquation permet de partager une partie de la richesse minière au-delà des seuls sites d’extraction. Elle ne doit pas rendre invisibles les charges supportées par les communes productrices. À Kangaba, l’exploitation minière exerce une pression sur les terres, les routes, l’eau, l’environnement et les services locaux. Les collectivités les plus exposées doivent pouvoir vérifier que la part qui leur revient tient compte de ces réalités.
La publication des informations par commune donnerait au fonds sa véritable portée. Chaque mairie devrait afficher le montant reçu, le projet retenu, son coût, l’entreprise sélectionnée, le délai contractuel et le procès-verbal de réception. Les habitants pourraient alors comparer l’argent annoncé à l’ouvrage livré.
Le dispositif prévoit trois niveaux de suivi, communal, régional et national. Le président de la Transition a également annoncé que les manquements pourraient entraîner des procédures judiciaires. Ce contrôle sera crédible s’il intervient pendant l’exécution, lorsque les défauts peuvent encore être corrigés, et pas seulement après la disparition des fonds.
Responsabilités
Le Fonds minier ne remplace ni le budget ordinaire des collectivités ni les obligations environnementales et sociales des compagnies. Une entreprise reste responsable des mesures prévues par son permis, des indemnisations, de la réhabilitation des sites et du respect du contenu local. Les recettes transférées aux communes doivent apporter un supplément de développement, pas financer à la place des opérateurs les conséquences de leurs activités.
Les collectivités ont, de leur côté, la responsabilité de choisir des projets correspondant aux besoins exprimés par la population. La présence de représentants de l’administration, des élus, des villages, de la société civile et des sociétés minières dans les comités peut améliorer la concertation. Elle ne dispense pas d’un compte rendu public accessible aux habitants.
À Kangaba, les premières décisions sont prises. Le passage aux réalisations permettra de juger la réforme. Les 97,27 millions de FCFA auront une valeur politique et sociale lorsque les enfants disposeront effectivement de mobilier, que l’eau sortira des forages et que les pistes resteront praticables.
Massiré Diop

Gao : l’explosion qui impose un inventaire des risques

Une explosion a tué cinq personnes et grièvement blessé deux autres, samedi 29 août, dans le quartier d’Anoura. La piste d’un obus manipulé doit encore être confirmée, mais le drame rappelle la présence durable d’engins explosifs au milieu des populations.

Cinq personnes ont perdu la vie et deux autres ont été grièvement blessées à Anoura, dans le secteur de Bagoundié 2 à Gao. L’explosion s’est produite samedi, loin d’un affrontement militaire signalé au même moment dans ce quartier.
Des sources locales citées par Studio Tamani avancent que les victimes auraient manipulé un obus. Ce point reste à établir par une expertise. La nature exacte de l’engin, sa provenance, son ancienneté et les conditions dans lesquelles il s’est retrouvé à cet endroit n’ont pas encore fait l’objet d’une communication officielle accessible au public.
Cette incertitude ne diminue pas la gravité du fait établi. Un engin suffisamment puissant pour tuer cinq personnes se trouvait dans un espace habité et a pu être approché ou déplacé. Après l’évacuation des blessés et l’inhumation des victimes, la priorité doit être de déterminer si l’explosion constitue un accident isolé ou le signe d’une contamination plus étendue du quartier.
Périmètre
Une enquête ordinaire ne suffira pas. Le site doit être examiné par des spécialistes des munitions afin d’identifier les fragments, de reconstituer le fonctionnement de l’engin et de rechercher d’autres objets suspects dans les environs. Un obus peut provenir d’un ancien dépôt, avoir été abandonné après des combats, transporté avec de la ferraille ou récupéré sans connaissance de son danger.
La réponse doit donc couvrir toute la chaîne. Il faut savoir où l’objet a été découvert, combien de temps il a circulé, qui l’a vu avant l’explosion et si d’autres munitions ont été conservées ou revendues dans le même secteur. Ces informations peuvent empêcher un second drame.
La récupération de métaux constitue un moyen de subsistance pour certaines familles. Des objets militaires peuvent être confondus avec de la ferraille commercialisable, surtout lorsque leur aspect est altéré par le temps. Une munition ancienne, rouillée ou partiellement enterrée reste pourtant capable d’exploser.
Les habitants ont besoin d’une consigne claire. Tout objet ressemblant à un obus, une grenade, une roquette ou un élément de munition doit être laissé sur place. Il ne faut ni le toucher, ni le déplacer, ni tenter de l’ouvrir. La zone doit être évacuée et signalée aux services de sécurité ou de protection civile.
Une menace sous-documentée
Le Mali paie déjà un lourd tribut aux mines et aux restes explosifs de guerre. Le Landmine Monitor a recensé 268 victimes en 2024, dont 119 morts et 149 blessés. Les victimes enregistrées cette année-là étaient toutes civiles.
Ce chiffre ne concerne pas uniquement les munitions non explosées. Il regroupe les accidents provoqués par les mines, les engins improvisés et d’autres restes explosifs. Sur les 2 607 victimes documentées entre 2007 et 2024, environ 61 % ont été touchées par des mines improvisées.
La comptabilité reste incomplète. Le dispositif national ne dispose pas encore d’une base centralisée couvrant les accidents, les zones contaminées et les besoins des survivants. Le retrait de la MINUSMA, achevé en 2023, a également affaibli la collecte de certaines données auparavant consolidées avec l’appui du Service de lutte antimines des Nations unies.
Les 268 victimes de 2024 représentent donc un bilan documenté, pas la totalité certaine des personnes tuées ou blessées. Le Monitor estime d’ailleurs qu’environ 350 victimes civiles auraient été signalées cette année-là, sans que tous les cas aient pu être suffisamment vérifiés pour être intégrés à son décompte.
Après l’urgence
La situation de Gao justifie une campagne ciblée dans les quartiers, les écoles, les ateliers de ferraille et les marchés de récupération. Une affiche générale sur les dangers des mines aura peu d’effet si les habitants ne savent pas reconnaître les objets suspects ni quel service prévenir.
Les enfants doivent faire l’objet d’une attention particulière. Un objet métallique inhabituel peut être ramassé par curiosité ou utilisé comme jouet. Les messages de prévention doivent être diffusés dans les langues locales et accompagnés d’illustrations compréhensibles, sans exposer les élèves à la manipulation de véritables engins.
Les blessés et les familles des personnes décédées auront également besoin d’un accompagnement durable. Les structures de Gao peuvent assurer les premiers soins et une partie de la réadaptation, mais les traumatismes graves nécessitent parfois des transferts, des opérations successives, un appareillage et un soutien psychologique. La prise en charge ne doit pas s’arrêter à la sortie de l’hôpital.
Le drame d’Anoura appelle enfin une information publique précise. Les autorités doivent confirmer le type d’engin, expliquer comment il s’est retrouvé dans le quartier et indiquer les vérifications effectuées autour du lieu de l’explosion. Le silence laisserait les habitants seuls face à un risque dont ils ignorent encore l’étendue.
Massiré Diop

Samedis à Sogonafing : le conte, une école de la vie

La deuxième édition des « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » s’est achevée le 29 août 2026, après neuf semaines d’activités consacrées aux contes, comptines, jeux, chants et savoir-faire traditionnels. Placée sous le thème « Célébrer la culture à travers l’éducation et l’éducation à travers nos contes et comptines », la manifestation entendait transmettre aux enfants des repères culturels, historiques et citoyens par l’éducation et la pratique artistique.

Des rires d’enfants résonnent sur le site de la cérémonie. Ils courent, discutent et se préparent à leurs prestations. Au rythme des djembés et des mélodies instrumentales, l’atmosphère est chaleureuse. Les adultes ont, eux aussi, répondu présents. En cette fin d’après-midi à Sogonafing, les générations se retrouvent autour d’un même patrimoine : la culture.
Pour ouvrir la cérémonie, les enfants exécutent plusieurs danses sous les regards attentifs du public. Puis vient un moment particulièrement symbolique : l’hymne national du Mali, chanté en chœur en bamanankan. Leurs jeunes voix donnent à la scène une dimension particulière. Ici, l’apprentissage ne passe pas uniquement par les livres. La transmission se fait aussi par la parole, le chant, le mouvement et la mémoire.
La cérémonie de clôture réunit plusieurs personnalités de la localité, notamment des dignitaires, des autorités coutumières et des membres de la chefferie. Pour les organisateurs, leur présence témoigne de l’intérêt accordé à cette initiative culturelle et éducative. À l’origine du projet, Mariam Sangaré, dite Sista Mam, tient à remercier les familles pour leur confiance : « Je remercie les mamans qui ont accepté de me confier leurs enfants. Elles m’ont fait confiance. Ce n’est pas facile, dans un pays où les rastas sont marginalisés. Elles ont compris que ce qu’on dit de nous n’est pas forcément la vérité. Nous cherchons à construire notre pays. Nous sommes des patriotes convaincus et nous savons que le Mali est un grand pays. Le Mali ira très loin, tant que ces enfants existeront », affirme-t-elle.
Apprendre autrement
Pendant neuf semaines, les enfants ont évolué dans un univers où l’apprentissage se mêle à la créativité. Peinture, dessin, maquillage artistique, fabrication de bijoux en perles, jeux, chants, contes et comptines ont rythmé les rencontres. Ils ont également découvert l’histoire du Mali et certaines des figures qui ont marqué son passé. Pour Drissa Souleymane Traoré, l’expérience a permis d’en apprendre davantage sur son pays. « Pendant ces semaines, j’ai beaucoup appris sur le Mali, notamment sur Modibo Keïta, Samory Touré et Babemba Traoré. J’ai aussi appris des choses sur le fleuve Niger et sur nos chansons traditionnelles », témoigne-t-il. Saba B. Traoré, de son côté, retient surtout les activités manuelles. Elle remercie les initiateurs pour les apprentissages reçus, notamment dans la fabrication de bijoux, la peinture et le dessin.
Au-delà des activités artistiques, le programme cherchait également à transmettre des comportements et des valeurs. Les enfants ont été sensibilisés aux bonnes manières, à la conduite en société, au respect des autres et aux principes de la vie collective. Les contes ont constitué l’un des principaux supports de cette transmission.
Représentant le ministre de la Culture, le directeur de l’Action culturelle, Cheick Sissoko, insiste précisément sur cette fonction éducative. Selon lui, les contes sont des vecteurs de transmission des valeurs morales et des normes sociales au sein des communautés. Ils véhiculent des leçons de vie et des principes de justice, de solidarité, de respect et de responsabilité. Ils permettent également aux jeunes générations de découvrir l’histoire, les croyances et les coutumes de leur culture. Les activités menées durant ces neuf semaines ont aussi contribué, selon lui, au développement de l’imagination et de la créativité des enfants.
À travers les personnages et les histoires, les enfants ont pu aborder des émotions telles que la peur, la tristesse ou la colère, et apprendre à mieux les comprendre. L’initiative participe ainsi, selon Cheick Sissoko, à la formation d’un citoyen malien conscient de ses droits et de ses devoirs, et attaché aux valeurs de civisme et de civilité. Cette orientation rejoint l’esprit de la période 2026-2027, décrétée « Année de l’éducation et de la culture » par les autorités.
Un patrimoine vivant
Après les prestations des enfants, place aux masques et aux chants traditionnels. Les apparitions se succèdent au son des instruments et au rythme des danses. Une deuxième sortie de masques retient particulièrement l’attention, avec l’apparition du crocodile sacré, puis celle du Moribayassa, rituel traditionnel transmis de génération en génération. Pour les participants, ces moments dépassent le simple spectacle. Ils offrent une rencontre directe avec un patrimoine vivant. Dans cet espace où les enfants apprennent à connaître leur histoire, leurs traditions et les règles de la vie en société, certains n’hésitent pas à parler d’une véritable « école de la vie ».
Le chef de quartier de Sogonafing, le patriarche Siraman Konaté, se réjouit de l’initiative. Il estime que la cérémonie a été à la hauteur des attentes et souhaite voir se multiplier des manifestations de cette envergure, qui contribuent à mettre la culture en valeur. Même appréciation du côté de la mairie. Le maire de Sogonafing, Adama Konaté, salue l’initiative et insiste sur l’importance de la valorisation du patrimoine culturel. La porte-parole des femmes de Sogonafing, Mariko Kadiatou Sylla, adresse également ses remerciements aux initiateurs et à tous ceux qui ont contribué à la réussite du programme. Pour la marraine de la cérémonie, Coumba Touré, cette clôture représente surtout l’aboutissement de plusieurs semaines d’efforts. « Aujourd’hui est un jour spécial pour les enfants de Sogonafing. Après plusieurs semaines d’efforts, c’est un jour de célébration du mérite, de distribution de cadeaux et surtout de mise en valeur des enseignements qui devront être transmis de génération en génération », souligne-t-elle.
La fête atteint sa dernière étape avec la remise de kits scolaires aux enfants. Sacs, cahiers, livres et autres fournitures sont distribués, transformant cette clôture en un moment de récompense, mais aussi en un encouragement à poursuivre les apprentissages.
Après neuf semaines, les « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » referment leur deuxième édition. Derrière les danses, les chants, les masques et les cadeaux demeure une ambition : faire du patrimoine culturel un outil d’éducation et permettre aux enfants de recevoir, dès leur jeune âge, une part de l’histoire et des valeurs de leur communauté.
À Sogonafing, ce samedi-là, les enfants n’ont pas seulement raconté des histoires. Ils ont appris à en devenir les futurs gardiens.
Salimata Wagué

Du pâturage aux étals, le parcours difficile de la viande au Mali

La 6ᵉ Assemblée générale ordinaire de l’Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) s’est tenue jeudi 27 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. Elle a porté sur les difficultés de la filière et les moyens d’améliorer l’approvisionnement des marchés.

À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, la question de la viande dépasse le simple prix affiché chez le boucher. Derrière un kilogramme vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA dans certaines localités se trouve une chaîne fragilisée par l’insécurité, les difficultés de transport et la réduction de l’offre.
C’est dans ce contexte que l’IFBV-Mali a réuni les principales familles professionnelles du secteur : éleveurs, transformateurs, marchands et transporteurs de bétail. Pour son président, Mamoudou Abdoulaye Diallo, la participation des délégations régionales, malgré la saison des pluies, témoigne de l’engagement des acteurs. « Cette mobilisation de toutes les régions du Mali et du District de Bamako montre vraiment la vitalité de notre organisation », estime-t-il.
L’assemblée intervient alors que l’insécurité perturbe les déplacements des éleveurs et des animaux, le fonctionnement des marchés à bétail et les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Dans la région de Bandiagara, Amadou Traoré, président des bouchers, décrit une activité profondément ralentie. Il y a encore quelques années, les professionnels pouvaient se déplacer dans plusieurs villes pour acheter du bétail. Aujourd’hui, ces mouvements sont devenus plus difficiles et la baisse de l’offre se mesure jusque dans les abattoirs. « Maintenant, on n’abat plus que trois vaches, alors qu’auparavant, on pouvait en abattre jusqu’à 20, sans compter les moutons et les chèvres », témoigne-t-il. Plusieurs bouchers auraient également cessé leur activité.
La région dispose désormais d’un abattoir, mais celui-ci ne répond pas suffisamment aux besoins des professionnels, selon Amadou Traoré. Le manque d’équipements de conservation complique également la commercialisation de la viande.
À Bandiagara, le problème commence bien avant l’arrivée de la viande sur les étals. Boubacar Koïta, commerçant de bétail, situe l’un des principaux points de blocage sur l’axe Bandiagara-Fatoma, important pour l’approvisionnement de la région. « Nous, les commerçants, nous partions avec nos bouchers et chacun trouvait sa part, mais cette chaîne a été coupée », explique-t-il. Sa sécurisation permettrait, selon lui, de faciliter le ravitaillement de la ville, où le kilogramme de viande est vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA.
Le constat est similaire dans la région de Mopti. Alboucar Bocoum, secrétaire général de l’Union régionale des marchands de bétail, rappelle que cette zone est traditionnellement considérée comme un important bassin d’élevage. Certains éleveurs ont cependant quitté leurs espaces habituels, des animaux ont été enlevés et les déplacements vers les marchés sont devenus plus risqués. Le rapprochement des marchés à bétail ne suffit donc pas lorsque les éleveurs et les commerçants hésitent à prendre la route. « Quand le marché n’est pas suffisamment approvisionné, le peu qui s’y présente coûte vraiment cher », résume-t-il.
Une hausse saisonnière
Face à l’augmentation du prix de la viande, le président de l’IFBV-Mali appelle toutefois les consommateurs à ne pas céder à l’inquiétude. Selon Mamoudou Abdoulaye Diallo, cette hausse présente aussi un caractère saisonnier. L’hivernage et les mouvements de transhumance éloignent temporairement une partie du cheptel des grands centres urbains. Avec la fin progressive de cette période, les animaux devraient se rapprocher des centres de consommation et améliorer l’approvisionnement des marchés.
L’interprofession affirme que ses membres poursuivent les activités pastorales et d’embouche afin de renforcer l’offre. Pour les professionnels, cette réponse restera cependant insuffisante sans une amélioration de la sécurité sur les axes de circulation.
Abdoulaye Buimayara, représentant de la région de Douentza, décrit des difficultés qui commencent dans les zones de production et se prolongent jusqu’à Bamako. L’insuffisance des moyens de transport et les contraintes sur les routes compliquent l’activité. Dans sa région, le kilogramme de viande peut atteindre 4 000 francs CFA.
Pour Mahamadou Doucouré, secrétaire général de l’IFBV-Mali, les difficultés doivent être traitées à l’échelle de toute la chaîne. « Tout commence au niveau des éleveurs avant d’arriver aux autres », souligne-t-il. Les différentes familles professionnelles doivent donc agir ensemble pour améliorer l’approvisionnement des consommateurs.
Cette volonté de travailler collectivement constitue l’un des objectifs de l’Assemblée générale. Le président de l’interprofession souhaite l’instauration d’un cadre régulier de concertation avec les pouvoirs publics, afin que les professionnels puissent faire remonter leurs difficultés et participer à la recherche de solutions.
L’IFBV-Mali entend également renforcer les familles professionnelles et mieux valoriser leurs productions. L’opérationnalisation du label « Mali Sogo », enregistré comme marque collective auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, figure parmi les perspectives. Cette certification doit garantir l’origine et la traçabilité de la viande rouge malienne et renforcer son positionnement sur les marchés.
Le représentant du ministre de l’Élevage et de la Pêche a salué la régularité des sessions et appelé les acteurs à relever les faiblesses de la filière. L’objectif est de garantir une production plus régulière, d’améliorer l’approvisionnement et de contribuer aux différentes dimensions de la sécurité alimentaire.
Pour les professionnels, l’enjeu est de permettre au bétail de circuler, aux marchés d’être régulièrement approvisionnés et à la viande de redevenir plus accessible. Restaurer cette chaîne passe d’abord par la sécurité, la concertation et la circulation des animaux entre les zones d’élevage et les centres de consommation.
Salimata Wagué

Excision : l’appel à la loi revient au premier plan

La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.

Le communiqué publié le 26 août intervient au moment où les débats sur l’excision ont repris dans l’espace public malien. La Commission nationale des droits de l’Homme considère les mutilations génitales féminines comme une atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique ainsi qu’à la dignité des femmes et des filles.
Le document, référencé n°0017-2026/CNDH-PI, est signé par la présidente par intérim de l’institution, Me Aïssata Founè Tembely. La Commission invite les autorités à adopter une loi spécifique et appelle les pouvoirs publics comme les organisations de la société civile à intensifier la sensibilisation.
La demande s’appuie sur un constat persistant. Selon l’Enquête démographique et de santé 2023-2024, 88,6 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % parmi les jeunes femmes de 15 à 19 ans.
Chez les filles de moins de 15 ans, le taux rapporté est passé de 74 % en 2018 à 70 % en 2023-2024. Cette évolution représente un recul, mais elle demeure trop limitée au regard de l’objectif d’abandon. Les données doivent également être interprétées avec prudence, certaines filles les plus jeunes restant exposées à une excision ultérieure.
Les différences territoriales sont considérables. La prévalence parmi les femmes atteint 95,7 % dans la région de Kayes, contre 0,5 % à Gao, selon l’enquête. Une politique uniforme aurait donc peu de chances de répondre efficacement à des réalités sociales aussi différentes.
Droit
Le Mali dispose depuis décembre 2024 d’un nouveau Code pénal comportant des dispositions sur les violences et les atteintes aux personnes. Le texte promulgué ne contient cependant pas d’infraction autonome expressément intitulée « mutilations génitales féminines » ou « excision ». Une telle incrimination figurait dans une version préparatoire, mais elle n’apparaît pas dans la loi finalement adoptée.
Cette situation entretient une incertitude. Certaines conséquences de l’excision peuvent éventuellement relever d’infractions générales, selon les faits et l’appréciation de la justice. L’absence d’une qualification spécifique rend toutefois moins lisibles l’interdiction, les responsabilités des auteurs et les conditions de poursuite.
Une loi dédiée permettrait de définir les actes concernés, les responsabilités des parents, des praticiens et des éventuels complices, ainsi que les mesures de protection offertes aux enfants exposés. Elle devrait aussi encadrer le signalement, la prise en charge des victimes et la compétence des services sociaux, sanitaires et judiciaires.
Le Mali est par ailleurs lié par des instruments africains et internationaux protégeant l’intégrité des femmes et des enfants, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo. Des experts des Nations unies avaient déjà estimé en 2020 que l’absence de criminalisation explicite constituait un manquement à la protection des droits fondamentaux.
Adhésion
L’adoption d’une loi ne suffira pourtant pas à faire disparaître une pratique profondément inscrite dans certaines normes familiales. Selon l’UNFPA, 48 % des femmes et des hommes interrogés restent favorables à son maintien. Une interdiction appliquée sans préparation pourrait déplacer l’excision vers la clandestinité ou vers des zones où les contrôles sont plus faibles.
La réponse doit donc associer la règle pénale à une stratégie communautaire. Les chefs traditionnels, les responsables religieux, les associations de femmes, les agents de santé et les enseignants disposent d’une influence décisive pour corriger les croyances qui présentent la pratique comme une obligation sociale ou religieuse.
Les structures sanitaires doivent également être préparées à reconnaître et traiter les complications. Les mutilations génitales peuvent provoquer des douleurs chroniques, des infections, des traumatismes psychologiques et des difficultés lors des accouchements. Leur médicalisation ne les rend pas sûres et ne supprime pas l’atteinte portée à l’intégrité de l’enfant.
L’appel de la CNDH remet ainsi la responsabilité publique au centre. Après des décennies de programmes et de déclarations, l’État doit préciser la règle, protéger les filles menacées et garantir des services aux survivantes. La réussite dépendra toutefois de la manière dont cette règle sera expliquée, acceptée et appliquée jusque dans les familles.
Massiré Diop

Budget : l’avance des recettes à confirmer

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.

À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.

La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.

Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.

Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.

Lecture

La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.

Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.

La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.

Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.

Services

Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.

La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.

Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.

La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.

Massiré Diop

FAMa : des positions de groupes armés ciblées à Abéïbara et près de Sévaré

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, annoncent avoir mené les 24 et 25 août 2026 des frappes aériennes contre des regroupements armés à Abéïbara et au nord-est de Sévaré. Le bilan de ces opérations reste en cours d’évaluation.

L’armée malienne poursuit ses opérations aériennes contre les groupes armés actifs dans le pays. Dans un communiqué publié mercredi 26 août, l’État-Major général des Armées a fait état d’une série de frappes dans le nord et le centre du Mali, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Selon la hiérarchie militaire, l’exploitation de renseignements précis a permis, lundi 24 août, de localiser plusieurs points de regroupement de groupes armés terroristes à Abéïbara, dans la région de Kidal. Ces positions abritaient notamment d’importants matériels de guerre et des véhicules armés. Elles ont été « ciblées et traitées avec succès », précise le communiqué.
Les opérations se sont poursuivies le lendemain, mardi 25 août, dans le centre du pays. Un autre rassemblement d’éléments armés, également doté de matériels de guerre, a été repéré à environ 34 kilomètres au nord-est de Sévaré, dans la région de Mopti. Après analyse et évaluation de la situation, la position identifiée a été prise pour cible.
L’État-Major général des Armées indique que les opérations de surveillance et de reconnaissance se poursuivent dans les zones concernées afin d’évaluer les effets des frappes, d’établir un bilan consolidé et de rechercher d’éventuelles menaces résiduelles. Le bilan humain et matériel reste attendu, tandis que la communication militaire constitue, à ce stade, la principale source disponible sur les résultats de ces opérations.
Ces frappes interviennent dans un contexte marqué par la persistance des attaques contre les positions militaires. Parmi les plus récentes figure l’assaut lancé le 9 août contre le camp du 23ᵉ Régiment d’infanterie de San, dans le centre du pays. L’armée avait annoncé avoir repoussé l’attaque, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
Joseph Amara Dembélé

COP17 : le Mali appelle à changer d’échelle dans le financement de la Grande Muraille verte

À Oulan-Bator, le segment de haut niveau de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est ouvert, lundi 24 août 2026, en présence du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh, de hautes autorités du pays et de délégations venues du monde entier. La conférence se tient du 17 au 28 août dans la capitale mongole.

En marge de ce segment, lors d’une rencontre consacrée à la mise en œuvre du Plan d’investissements prioritaires décennal de la Grande Muraille verte, Mme Doumbia Mariam Tangara, ministre malienne de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, a plaidé en faveur d’un changement d’échelle dans le financement de cette initiative continentale. Elle intervenait également en sa qualité de présidente en exercice du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

« La restauration des terres ne peut être dissociée du développement économique et social de nos communautés », a déclaré la ministre. Selon elle, la Grande Muraille verte ne doit plus être considérée comme une juxtaposition de projets nationaux, mais comme une véritable plateforme continentale d’action et d’investissement, portée par les plus hautes instances politiques africaines.

Pour concrétiser cette ambition, la mobilisation des ressources demeure déterminante. « Nous sommes ici pour mobiliser davantage de ressources afin de porter à une plus grande échelle les ambitions permettant d’atteindre les indicateurs fixés à l’horizon 2030 », a affirmé Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

La ministre a notamment appelé à dépasser le financement de projets isolés. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation, capables d’attirer simultanément les ressources publiques, les financements climatiques, les partenaires techniques et financiers, mais également le secteur privé », a-t-elle soutenu.

Le Mali plaide ainsi pour la constitution d’un portefeuille continental de projets transformateurs et bancables, assortis de résultats mesurables. Cette approche vise à mobiliser conjointement les ressources publiques, les financements climatiques et les capitaux privés, afin que les investissements consacrés à la Grande Muraille verte produisent davantage d’effets sur la restauration des terres, la sécurité alimentaire, l’emploi vert et la résilience des communautés africaines.

Ali SANKARE

AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral

La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.

Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.

Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.

Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.

Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.

Portée

La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.

Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.

Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.

La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.

Résultats

Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.

Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.

Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.

Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.

La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.

Massiré Diop

 

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Frontière ivoirienne : l’accord attend ses bornes

Les experts du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont accordés sur le tracé définitif de leur frontière commune. Cette avancée technique doit encore être consacrée par un traité puis matérialisée sur le terrain avant de produire des effets durables.

Une ligne arrêtée sur une carte ne devient pas immédiatement une frontière visible pour les populations. La quatrième réunion de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali, tenue du 21 au 25 août à Bamako, a néanmoins permis de franchir une étape longtemps attendue.

Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de la frontière et validé l’avant-projet du traité de délimitation. Ils se sont également entendus sur le schéma du canevas géodésique qui servira de référence aux prochaines opérations de démarcation et d’installation des bornes.

La décision s’appuie notamment sur une mission conjointe de reconnaissance effectuée du 12 au 19 avril dans la zone de Pogo-Zégoua. Les techniciens avaient alors confronté les anciennes données cartographiques aux réalités du terrain afin de lever les dernières incertitudes sur une frontière longue d’environ 532 kilomètres.

Le résultat annoncé à Bamako reste cependant une adoption technique. Le traité de délimitation doit encore être signé par les deux gouvernements avant d’acquérir sa pleine portée juridique. Le canevas de base doit, quant à lui, être déployé avant la fin de 2026 pour permettre le début de l’abornement.

Terrain

La délimitation indique juridiquement le passage de la frontière. La démarcation consiste ensuite à la rendre perceptible sur le terrain au moyen de bornes et de coordonnées reconnues par les deux États. Entre ces deux étapes se trouvent des consultations, des travaux topographiques, des financements et une nécessaire information des villages concernés.

Pour les habitants de la zone frontalière, l’enjeu touche à des réalités quotidiennes. Une ligne mal connue peut compliquer l’exercice de l’autorité administrative, l’identification des terres agricoles, la perception des taxes ou le règlement des différends entre communautés. La matérialisation devra donc être accompagnée d’explications locales et de mécanismes accessibles de recours.

Il faudra également préserver les usages transfrontaliers. Les familles, les éleveurs, les cultivateurs et les commerçants de cette zone entretiennent des relations souvent plus anciennes que les frontières étatiques. Poser des bornes doit permettre de prévenir les conflits sans transformer la ligne commune en obstacle supplémentaire aux activités licites.

Le passage Pogo-Zégoua se trouve sur l’un des principaux axes reliant Bamako au territoire ivoirien et à ses infrastructures portuaires. La clarté territoriale peut faciliter la coordination entre Douanes, Police, Gendarmerie et collectivités, mais elle ne réglera à elle seule ni les lenteurs du corridor, ni les tracasseries, ni les risques sécuritaires.

Coopération

L’Union africaine inscrit la délimitation et la démarcation dans une politique plus large de prévention des différends et de coopération transfrontalière. Son Programme frontière encourage les États à compléter le travail cartographique par des projets communs, une gestion concertée des espaces voisins et le renforcement des administrations locales.

Cette dimension est particulièrement importante pour le Mali et la Côte d’Ivoire. Les deux pays avaient déjà décidé en 2021 de renforcer les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes ou simultanées le long de leur frontière. La détérioration sécuritaire dans plusieurs zones du Sud malien et du Nord ivoirien donne aujourd’hui une portée supplémentaire à cette coordination.

L’accord obtenu à Bamako offre donc une base, mais son utilité dépendra de la suite. La signature du traité, la publication des documents essentiels, l’installation effective des bornes et l’association des populations permettront de mesurer la réalité des engagements.

La prochaine étape ne doit pas seulement consister à transformer une carte en ligne matérialisée. Elle devra faire de cette frontière un espace mieux administré, plus sûr et suffisamment ouvert pour préserver les échanges dont vivent les localités des deux côtés.

Massiré Diop

Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité

Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.

La rencontre rassemble des représentantes d’organisations féminines œuvrant pour la paix, des femmes médiatrices, des autorités nationales, des institutions régionales et sous-régionales ainsi que des agences des Nations unies. Des acteurs de la défense et de la sécurité, des chercheurs, des leaders communautaires et religieux et des organisations de jeunesse prennent également part aux travaux. Aux côtés du Mali, six pays sont représentés : le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Tchad, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.
Cette mobilisation intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. En avril 2026, près de 20 millions de personnes étaient déplacées de force ou apatrides en Afrique de l’Ouest et du Centre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans cette région, les femmes et les enfants représentent 80 % des réfugiés et demandeurs d’asile.
Face à cette situation, les femmes apparaissent à la fois comme des personnes particulièrement exposées aux conséquences des crises et comme des actrices indispensables de la paix. Elles préviennent les tensions, transmettent les alertes, facilitent l’accès aux services essentiels et contribuent à reconstruire le lien social dans des localités parfois difficiles d’accès pour les institutions.
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les violences liées aux conflits restent préoccupantes, a rappelé la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy. À l’échelle mondiale, les Nations unies ont vérifié plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2024, soit une hausse de 87 % par rapport à 2022.
Les femmes continuent ainsi de témoigner des violences et des déplacements qu’elles subissent, tout en demeurant faiblement représentées dans les espaces où se prennent les décisions et où se négocient les accords de paix.
Les interventions ont fait ressortir quatre priorités : garantir la participation des femmes à toutes les étapes des processus de paix, renforcer la protection des médiatrices et défenseuses de la paix, faciliter l’accès des organisations féminines à des financements souples et directement accessibles et instaurer un mécanisme de suivi précisant, pour chaque recommandation, les responsabilités, les moyens et les délais de mise en œuvre.
La ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Diarra Djénéba Sanogo, a expliqué que la rencontre avec l’Envoyée spéciale du président de la Commission de l’Union africaine pour les Femmes, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice Liberata Mulamula, devait contribuer à accélérer la mise en œuvre de cet agenda dans la région.
Elle a insisté sur la nécessité de mieux faire entendre la voix des femmes, particulièrement celles vivant dans les communautés transfrontalières, et de renforcer leur présence dans les mécanismes de prévention, de médiation et de règlement des conflits.
Selon la ministre, la participation des femmes aux processus de paix répond à une exigence d’équité, mais constitue également une nécessité et une possibilité supplémentaire de construire une paix durable, inclusive et mieux ancrée dans les réalités locales.
Une attention particulière est accordée aux défis sécuritaires et aux nouvelles dynamiques dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. La promotion des femmes, l’égalité entre les sexes et l’accès aux droits fondamentaux sont présentés comme des leviers permettant de consolider leur leadership et de renforcer la stabilité régionale.
Diarra Djénéba Sanogo a appelé à une convergence des initiatives régionales, conformément aux orientations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les recommandations attendues doivent permettre de préciser les prochaines étapes de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », d’améliorer la coordination régionale et de favoriser une participation plus effective des femmes aux décisions touchant à la paix.
Plusieurs personnalités ont assisté à l’ouverture des travaux, dont le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, et l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter.
Joseph Amara Dembélé