Du pâturage aux étals, le parcours difficile de la viande au Mali

La 6ᵉ Assemblée générale ordinaire de l’Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) s’est tenue jeudi 27 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. Elle a porté sur les difficultés de la filière et les moyens d’améliorer l’approvisionnement des marchés.

À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, la question de la viande dépasse le simple prix affiché chez le boucher. Derrière un kilogramme vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA dans certaines localités se trouve une chaîne fragilisée par l’insécurité, les difficultés de transport et la réduction de l’offre.
C’est dans ce contexte que l’IFBV-Mali a réuni les principales familles professionnelles du secteur : éleveurs, transformateurs, marchands et transporteurs de bétail. Pour son président, Mamoudou Abdoulaye Diallo, la participation des délégations régionales, malgré la saison des pluies, témoigne de l’engagement des acteurs. « Cette mobilisation de toutes les régions du Mali et du District de Bamako montre vraiment la vitalité de notre organisation », estime-t-il.
L’assemblée intervient alors que l’insécurité perturbe les déplacements des éleveurs et des animaux, le fonctionnement des marchés à bétail et les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Dans la région de Bandiagara, Amadou Traoré, président des bouchers, décrit une activité profondément ralentie. Il y a encore quelques années, les professionnels pouvaient se déplacer dans plusieurs villes pour acheter du bétail. Aujourd’hui, ces mouvements sont devenus plus difficiles et la baisse de l’offre se mesure jusque dans les abattoirs. « Maintenant, on n’abat plus que trois vaches, alors qu’auparavant, on pouvait en abattre jusqu’à 20, sans compter les moutons et les chèvres », témoigne-t-il. Plusieurs bouchers auraient également cessé leur activité.
La région dispose désormais d’un abattoir, mais celui-ci ne répond pas suffisamment aux besoins des professionnels, selon Amadou Traoré. Le manque d’équipements de conservation complique également la commercialisation de la viande.
À Bandiagara, le problème commence bien avant l’arrivée de la viande sur les étals. Boubacar Koïta, commerçant de bétail, situe l’un des principaux points de blocage sur l’axe Bandiagara-Fatoma, important pour l’approvisionnement de la région. « Nous, les commerçants, nous partions avec nos bouchers et chacun trouvait sa part, mais cette chaîne a été coupée », explique-t-il. Sa sécurisation permettrait, selon lui, de faciliter le ravitaillement de la ville, où le kilogramme de viande est vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA.
Le constat est similaire dans la région de Mopti. Alboucar Bocoum, secrétaire général de l’Union régionale des marchands de bétail, rappelle que cette zone est traditionnellement considérée comme un important bassin d’élevage. Certains éleveurs ont cependant quitté leurs espaces habituels, des animaux ont été enlevés et les déplacements vers les marchés sont devenus plus risqués. Le rapprochement des marchés à bétail ne suffit donc pas lorsque les éleveurs et les commerçants hésitent à prendre la route. « Quand le marché n’est pas suffisamment approvisionné, le peu qui s’y présente coûte vraiment cher », résume-t-il.
Une hausse saisonnière
Face à l’augmentation du prix de la viande, le président de l’IFBV-Mali appelle toutefois les consommateurs à ne pas céder à l’inquiétude. Selon Mamoudou Abdoulaye Diallo, cette hausse présente aussi un caractère saisonnier. L’hivernage et les mouvements de transhumance éloignent temporairement une partie du cheptel des grands centres urbains. Avec la fin progressive de cette période, les animaux devraient se rapprocher des centres de consommation et améliorer l’approvisionnement des marchés.
L’interprofession affirme que ses membres poursuivent les activités pastorales et d’embouche afin de renforcer l’offre. Pour les professionnels, cette réponse restera cependant insuffisante sans une amélioration de la sécurité sur les axes de circulation.
Abdoulaye Buimayara, représentant de la région de Douentza, décrit des difficultés qui commencent dans les zones de production et se prolongent jusqu’à Bamako. L’insuffisance des moyens de transport et les contraintes sur les routes compliquent l’activité. Dans sa région, le kilogramme de viande peut atteindre 4 000 francs CFA.
Pour Mahamadou Doucouré, secrétaire général de l’IFBV-Mali, les difficultés doivent être traitées à l’échelle de toute la chaîne. « Tout commence au niveau des éleveurs avant d’arriver aux autres », souligne-t-il. Les différentes familles professionnelles doivent donc agir ensemble pour améliorer l’approvisionnement des consommateurs.
Cette volonté de travailler collectivement constitue l’un des objectifs de l’Assemblée générale. Le président de l’interprofession souhaite l’instauration d’un cadre régulier de concertation avec les pouvoirs publics, afin que les professionnels puissent faire remonter leurs difficultés et participer à la recherche de solutions.
L’IFBV-Mali entend également renforcer les familles professionnelles et mieux valoriser leurs productions. L’opérationnalisation du label « Mali Sogo », enregistré comme marque collective auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, figure parmi les perspectives. Cette certification doit garantir l’origine et la traçabilité de la viande rouge malienne et renforcer son positionnement sur les marchés.
Le représentant du ministre de l’Élevage et de la Pêche a salué la régularité des sessions et appelé les acteurs à relever les faiblesses de la filière. L’objectif est de garantir une production plus régulière, d’améliorer l’approvisionnement et de contribuer aux différentes dimensions de la sécurité alimentaire.
Pour les professionnels, l’enjeu est de permettre au bétail de circuler, aux marchés d’être régulièrement approvisionnés et à la viande de redevenir plus accessible. Restaurer cette chaîne passe d’abord par la sécurité, la concertation et la circulation des animaux entre les zones d’élevage et les centres de consommation.
Salimata Wagué

Excision : l’appel à la loi revient au premier plan

La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.

Le communiqué publié le 26 août intervient au moment où les débats sur l’excision ont repris dans l’espace public malien. La Commission nationale des droits de l’Homme considère les mutilations génitales féminines comme une atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique ainsi qu’à la dignité des femmes et des filles.
Le document, référencé n°0017-2026/CNDH-PI, est signé par la présidente par intérim de l’institution, Me Aïssata Founè Tembely. La Commission invite les autorités à adopter une loi spécifique et appelle les pouvoirs publics comme les organisations de la société civile à intensifier la sensibilisation.
La demande s’appuie sur un constat persistant. Selon l’Enquête démographique et de santé 2023-2024, 88,6 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % parmi les jeunes femmes de 15 à 19 ans.
Chez les filles de moins de 15 ans, le taux rapporté est passé de 74 % en 2018 à 70 % en 2023-2024. Cette évolution représente un recul, mais elle demeure trop limitée au regard de l’objectif d’abandon. Les données doivent également être interprétées avec prudence, certaines filles les plus jeunes restant exposées à une excision ultérieure.
Les différences territoriales sont considérables. La prévalence parmi les femmes atteint 95,7 % dans la région de Kayes, contre 0,5 % à Gao, selon l’enquête. Une politique uniforme aurait donc peu de chances de répondre efficacement à des réalités sociales aussi différentes.
Droit
Le Mali dispose depuis décembre 2024 d’un nouveau Code pénal comportant des dispositions sur les violences et les atteintes aux personnes. Le texte promulgué ne contient cependant pas d’infraction autonome expressément intitulée « mutilations génitales féminines » ou « excision ». Une telle incrimination figurait dans une version préparatoire, mais elle n’apparaît pas dans la loi finalement adoptée.
Cette situation entretient une incertitude. Certaines conséquences de l’excision peuvent éventuellement relever d’infractions générales, selon les faits et l’appréciation de la justice. L’absence d’une qualification spécifique rend toutefois moins lisibles l’interdiction, les responsabilités des auteurs et les conditions de poursuite.
Une loi dédiée permettrait de définir les actes concernés, les responsabilités des parents, des praticiens et des éventuels complices, ainsi que les mesures de protection offertes aux enfants exposés. Elle devrait aussi encadrer le signalement, la prise en charge des victimes et la compétence des services sociaux, sanitaires et judiciaires.
Le Mali est par ailleurs lié par des instruments africains et internationaux protégeant l’intégrité des femmes et des enfants, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo. Des experts des Nations unies avaient déjà estimé en 2020 que l’absence de criminalisation explicite constituait un manquement à la protection des droits fondamentaux.
Adhésion
L’adoption d’une loi ne suffira pourtant pas à faire disparaître une pratique profondément inscrite dans certaines normes familiales. Selon l’UNFPA, 48 % des femmes et des hommes interrogés restent favorables à son maintien. Une interdiction appliquée sans préparation pourrait déplacer l’excision vers la clandestinité ou vers des zones où les contrôles sont plus faibles.
La réponse doit donc associer la règle pénale à une stratégie communautaire. Les chefs traditionnels, les responsables religieux, les associations de femmes, les agents de santé et les enseignants disposent d’une influence décisive pour corriger les croyances qui présentent la pratique comme une obligation sociale ou religieuse.
Les structures sanitaires doivent également être préparées à reconnaître et traiter les complications. Les mutilations génitales peuvent provoquer des douleurs chroniques, des infections, des traumatismes psychologiques et des difficultés lors des accouchements. Leur médicalisation ne les rend pas sûres et ne supprime pas l’atteinte portée à l’intégrité de l’enfant.
L’appel de la CNDH remet ainsi la responsabilité publique au centre. Après des décennies de programmes et de déclarations, l’État doit préciser la règle, protéger les filles menacées et garantir des services aux survivantes. La réussite dépendra toutefois de la manière dont cette règle sera expliquée, acceptée et appliquée jusque dans les familles.
Massiré Diop

Budget : l’avance des recettes à confirmer

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.

À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.

La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.

Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.

Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.

Lecture

La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.

Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.

La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.

Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.

Services

Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.

La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.

Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.

La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.

Massiré Diop

FAMa : des positions de groupes armés ciblées à Abéïbara et près de Sévaré

Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, annoncent avoir mené les 24 et 25 août 2026 des frappes aériennes contre des regroupements armés à Abéïbara et au nord-est de Sévaré. Le bilan de ces opérations reste en cours d’évaluation.

L’armée malienne poursuit ses opérations aériennes contre les groupes armés actifs dans le pays. Dans un communiqué publié mercredi 26 août, l’État-Major général des Armées a fait état d’une série de frappes dans le nord et le centre du Mali, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
Selon la hiérarchie militaire, l’exploitation de renseignements précis a permis, lundi 24 août, de localiser plusieurs points de regroupement de groupes armés terroristes à Abéïbara, dans la région de Kidal. Ces positions abritaient notamment d’importants matériels de guerre et des véhicules armés. Elles ont été « ciblées et traitées avec succès », précise le communiqué.
Les opérations se sont poursuivies le lendemain, mardi 25 août, dans le centre du pays. Un autre rassemblement d’éléments armés, également doté de matériels de guerre, a été repéré à environ 34 kilomètres au nord-est de Sévaré, dans la région de Mopti. Après analyse et évaluation de la situation, la position identifiée a été prise pour cible.
L’État-Major général des Armées indique que les opérations de surveillance et de reconnaissance se poursuivent dans les zones concernées afin d’évaluer les effets des frappes, d’établir un bilan consolidé et de rechercher d’éventuelles menaces résiduelles. Le bilan humain et matériel reste attendu, tandis que la communication militaire constitue, à ce stade, la principale source disponible sur les résultats de ces opérations.
Ces frappes interviennent dans un contexte marqué par la persistance des attaques contre les positions militaires. Parmi les plus récentes figure l’assaut lancé le 9 août contre le camp du 23ᵉ Régiment d’infanterie de San, dans le centre du pays. L’armée avait annoncé avoir repoussé l’attaque, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
Joseph Amara Dembélé

COP17 : le Mali appelle à changer d’échelle dans le financement de la Grande Muraille verte

À Oulan-Bator, le segment de haut niveau de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est ouvert, lundi 24 août 2026, en présence du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh, de hautes autorités du pays et de délégations venues du monde entier. La conférence se tient du 17 au 28 août dans la capitale mongole.

En marge de ce segment, lors d’une rencontre consacrée à la mise en œuvre du Plan d’investissements prioritaires décennal de la Grande Muraille verte, Mme Doumbia Mariam Tangara, ministre malienne de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, a plaidé en faveur d’un changement d’échelle dans le financement de cette initiative continentale. Elle intervenait également en sa qualité de présidente en exercice du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

« La restauration des terres ne peut être dissociée du développement économique et social de nos communautés », a déclaré la ministre. Selon elle, la Grande Muraille verte ne doit plus être considérée comme une juxtaposition de projets nationaux, mais comme une véritable plateforme continentale d’action et d’investissement, portée par les plus hautes instances politiques africaines.

Pour concrétiser cette ambition, la mobilisation des ressources demeure déterminante. « Nous sommes ici pour mobiliser davantage de ressources afin de porter à une plus grande échelle les ambitions permettant d’atteindre les indicateurs fixés à l’horizon 2030 », a affirmé Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.

La ministre a notamment appelé à dépasser le financement de projets isolés. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation, capables d’attirer simultanément les ressources publiques, les financements climatiques, les partenaires techniques et financiers, mais également le secteur privé », a-t-elle soutenu.

Le Mali plaide ainsi pour la constitution d’un portefeuille continental de projets transformateurs et bancables, assortis de résultats mesurables. Cette approche vise à mobiliser conjointement les ressources publiques, les financements climatiques et les capitaux privés, afin que les investissements consacrés à la Grande Muraille verte produisent davantage d’effets sur la restauration des terres, la sécurité alimentaire, l’emploi vert et la résilience des communautés africaines.

Ali SANKARE

AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral

La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.

Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.

Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.

Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.

Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.

Portée

La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.

Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.

Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.

La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.

Résultats

Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.

Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.

Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.

Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.

La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.

Massiré Diop

 

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Frontière ivoirienne : l’accord attend ses bornes

Les experts du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont accordés sur le tracé définitif de leur frontière commune. Cette avancée technique doit encore être consacrée par un traité puis matérialisée sur le terrain avant de produire des effets durables.

Une ligne arrêtée sur une carte ne devient pas immédiatement une frontière visible pour les populations. La quatrième réunion de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali, tenue du 21 au 25 août à Bamako, a néanmoins permis de franchir une étape longtemps attendue.

Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de la frontière et validé l’avant-projet du traité de délimitation. Ils se sont également entendus sur le schéma du canevas géodésique qui servira de référence aux prochaines opérations de démarcation et d’installation des bornes.

La décision s’appuie notamment sur une mission conjointe de reconnaissance effectuée du 12 au 19 avril dans la zone de Pogo-Zégoua. Les techniciens avaient alors confronté les anciennes données cartographiques aux réalités du terrain afin de lever les dernières incertitudes sur une frontière longue d’environ 532 kilomètres.

Le résultat annoncé à Bamako reste cependant une adoption technique. Le traité de délimitation doit encore être signé par les deux gouvernements avant d’acquérir sa pleine portée juridique. Le canevas de base doit, quant à lui, être déployé avant la fin de 2026 pour permettre le début de l’abornement.

Terrain

La délimitation indique juridiquement le passage de la frontière. La démarcation consiste ensuite à la rendre perceptible sur le terrain au moyen de bornes et de coordonnées reconnues par les deux États. Entre ces deux étapes se trouvent des consultations, des travaux topographiques, des financements et une nécessaire information des villages concernés.

Pour les habitants de la zone frontalière, l’enjeu touche à des réalités quotidiennes. Une ligne mal connue peut compliquer l’exercice de l’autorité administrative, l’identification des terres agricoles, la perception des taxes ou le règlement des différends entre communautés. La matérialisation devra donc être accompagnée d’explications locales et de mécanismes accessibles de recours.

Il faudra également préserver les usages transfrontaliers. Les familles, les éleveurs, les cultivateurs et les commerçants de cette zone entretiennent des relations souvent plus anciennes que les frontières étatiques. Poser des bornes doit permettre de prévenir les conflits sans transformer la ligne commune en obstacle supplémentaire aux activités licites.

Le passage Pogo-Zégoua se trouve sur l’un des principaux axes reliant Bamako au territoire ivoirien et à ses infrastructures portuaires. La clarté territoriale peut faciliter la coordination entre Douanes, Police, Gendarmerie et collectivités, mais elle ne réglera à elle seule ni les lenteurs du corridor, ni les tracasseries, ni les risques sécuritaires.

Coopération

L’Union africaine inscrit la délimitation et la démarcation dans une politique plus large de prévention des différends et de coopération transfrontalière. Son Programme frontière encourage les États à compléter le travail cartographique par des projets communs, une gestion concertée des espaces voisins et le renforcement des administrations locales.

Cette dimension est particulièrement importante pour le Mali et la Côte d’Ivoire. Les deux pays avaient déjà décidé en 2021 de renforcer les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes ou simultanées le long de leur frontière. La détérioration sécuritaire dans plusieurs zones du Sud malien et du Nord ivoirien donne aujourd’hui une portée supplémentaire à cette coordination.

L’accord obtenu à Bamako offre donc une base, mais son utilité dépendra de la suite. La signature du traité, la publication des documents essentiels, l’installation effective des bornes et l’association des populations permettront de mesurer la réalité des engagements.

La prochaine étape ne doit pas seulement consister à transformer une carte en ligne matérialisée. Elle devra faire de cette frontière un espace mieux administré, plus sûr et suffisamment ouvert pour préserver les échanges dont vivent les localités des deux côtés.

Massiré Diop

Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité

Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.

La rencontre rassemble des représentantes d’organisations féminines œuvrant pour la paix, des femmes médiatrices, des autorités nationales, des institutions régionales et sous-régionales ainsi que des agences des Nations unies. Des acteurs de la défense et de la sécurité, des chercheurs, des leaders communautaires et religieux et des organisations de jeunesse prennent également part aux travaux. Aux côtés du Mali, six pays sont représentés : le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Tchad, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.
Cette mobilisation intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. En avril 2026, près de 20 millions de personnes étaient déplacées de force ou apatrides en Afrique de l’Ouest et du Centre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans cette région, les femmes et les enfants représentent 80 % des réfugiés et demandeurs d’asile.
Face à cette situation, les femmes apparaissent à la fois comme des personnes particulièrement exposées aux conséquences des crises et comme des actrices indispensables de la paix. Elles préviennent les tensions, transmettent les alertes, facilitent l’accès aux services essentiels et contribuent à reconstruire le lien social dans des localités parfois difficiles d’accès pour les institutions.
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les violences liées aux conflits restent préoccupantes, a rappelé la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy. À l’échelle mondiale, les Nations unies ont vérifié plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2024, soit une hausse de 87 % par rapport à 2022.
Les femmes continuent ainsi de témoigner des violences et des déplacements qu’elles subissent, tout en demeurant faiblement représentées dans les espaces où se prennent les décisions et où se négocient les accords de paix.
Les interventions ont fait ressortir quatre priorités : garantir la participation des femmes à toutes les étapes des processus de paix, renforcer la protection des médiatrices et défenseuses de la paix, faciliter l’accès des organisations féminines à des financements souples et directement accessibles et instaurer un mécanisme de suivi précisant, pour chaque recommandation, les responsabilités, les moyens et les délais de mise en œuvre.
La ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Diarra Djénéba Sanogo, a expliqué que la rencontre avec l’Envoyée spéciale du président de la Commission de l’Union africaine pour les Femmes, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice Liberata Mulamula, devait contribuer à accélérer la mise en œuvre de cet agenda dans la région.
Elle a insisté sur la nécessité de mieux faire entendre la voix des femmes, particulièrement celles vivant dans les communautés transfrontalières, et de renforcer leur présence dans les mécanismes de prévention, de médiation et de règlement des conflits.
Selon la ministre, la participation des femmes aux processus de paix répond à une exigence d’équité, mais constitue également une nécessité et une possibilité supplémentaire de construire une paix durable, inclusive et mieux ancrée dans les réalités locales.
Une attention particulière est accordée aux défis sécuritaires et aux nouvelles dynamiques dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. La promotion des femmes, l’égalité entre les sexes et l’accès aux droits fondamentaux sont présentés comme des leviers permettant de consolider leur leadership et de renforcer la stabilité régionale.
Diarra Djénéba Sanogo a appelé à une convergence des initiatives régionales, conformément aux orientations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les recommandations attendues doivent permettre de préciser les prochaines étapes de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », d’améliorer la coordination régionale et de favoriser une participation plus effective des femmes aux décisions touchant à la paix.
Plusieurs personnalités ont assisté à l’ouverture des travaux, dont le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, et l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter.
Joseph Amara Dembélé

Cyanure : six tonnes et une filière à remonter

Deux opérations douanières ont permis de saisir 6,1 tonnes de cyanure en deux mois. Au-delà des cargaisons interceptées, l’enquête doit maintenant remonter les circuits d’approvisionnement et identifier leurs destinataires.

Dans la nuit du 22 août, vers 1 h 30, la Brigade mobile d’intervention des Douanes a découvert à Badalabougou 22 sacs contenant 1 100 kilogrammes de cyanure. Cette interception survient exactement deux mois après une saisie beaucoup plus importante effectuée à Sécoro, dans la région de Ségou.

Le 22 juin, les douaniers avaient retrouvé 100 sacs de 50 kilogrammes, soit environ cinq tonnes, dans un véhicule. La marchandise avait été dissimulée sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis. Les deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume de cyanure retiré de circuits présentés comme frauduleux.

Le cyanure n’est pas interdit dans tous ses usages. Il est employé légalement dans certaines activités industrielles, notamment pour le traitement du minerai d’or. Son importation au Mali est néanmoins soumise à une autorisation des services des Mines ou de la Santé. Son transport, son stockage et son utilisation nécessitent des précautions strictes.

Traçabilité

Une exposition importante au cyanure peut empêcher l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène et provoquer rapidement des atteintes au cerveau, au cœur et aux poumons. Une cargaison transportée sans documents, sans emballage approprié ou sans dispositif d’intervention constitue donc un risque pour les manutentionnaires, les riverains et les milieux naturels.

Les saisies apportent une réponse immédiate, mais elles ne suffisent pas à démanteler une filière. Les Douanes n’ont pas encore publié l’origine de la cargaison de Badalabougou, sa destination, l’identité de ses propriétaires ou les autorisations éventuellement présentées. Aucun élément public ne permet donc d’affirmer qu’elle était destinée à un site minier déterminé.

Une étude publiée en 2021 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime avait déjà décrit l’expansion, en Afrique de l’Ouest, de circuits clandestins alimentant certains sites d’extraction artisanale. Ce constat régional apporte un contexte, mais ne prouve pas que les cargaisons saisies en 2026 empruntaient les mêmes itinéraires.

L’enjeu est désormais de retracer les achats, les moyens de paiement, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux. Une investigation associant Douanes, Mines, Santé, Environnement et services judiciaires permettrait de dépasser le simple décompte des sacs.

Les autorités devraient également préciser les conditions de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation après interception est aussi importante que l’opération douanière elle-même.

San : la sécurité sous couvre-feu

La circulation nocturne est interdite depuis le 24 août dans l’ensemble de la région de San. La mesure répond à une dégradation sécuritaire, mais sa durée indéterminée exige des modalités précises pour protéger la vie quotidienne.

De 22 h 30 à 6 heures, habitants, véhicules, motos et vélos doivent désormais rester à l’arrêt dans les sept cercles et les 42 communes de la région de San. La décision signée par le gouverneur, le colonel-major Ousmane Sangaré, est applicable jusqu’à nouvel ordre.

Seuls les moyens de transport des Forces de défense et de sécurité ainsi que ceux engagés dans des missions officielles dûment autorisées sont explicitement exemptés. Le gouvernorat motive cette restriction par une « dégradation préoccupante » de la situation sécuritaire et une recrudescence de l’insécurité.

Le couvre-feu intervient quinze jours après l’attaque menée le 9 août contre le camp du 23e Régiment d’infanterie de San. L’armée affirme que les assaillants ont utilisé des mitrailleuses lourdes, des drones et deux véhicules blindés, dont l’un aurait franchi le mur de l’emprise. Elle soutient avoir repoussé l’opération et tué plus de 50 combattants. Le bilan exact dans ses propres rangs n’a pas été rendu public dans sa communication initiale.

Équilibre

La menace est donc réelle. La région se trouve sur un espace stratégique reliant Bamako, Ségou et le centre du pays, tout en étant proche de la frontière burkinabè. Des opérations militaires, dont des frappes annoncées au sud-ouest de San, se poursuivent dans ce secteur.

La restriction nocturne peut compliquer les déplacements des transporteurs, des commerçants qui rejoignent tôt les marchés, des cultivateurs éloignés de leurs villages et des familles confrontées à une urgence médicale. Ces conséquences ne remettent pas en cause le principe du couvre-feu. Elles imposent toutefois une organisation lisible.

Les autorités gagneraient à préciser publiquement la procédure d’autorisation pour les ambulances, les évacuations sanitaires, les véhicules transportant des denrées périssables et les missions humanitaires. Une ligne téléphonique fonctionnelle dans chaque cercle permettrait d’éviter qu’une urgence soit bloquée faute d’interlocuteur.

La durée ouverte de la mesure mérite également une évaluation régulière. FEWS NET classe la région de San parmi les zones où une insécurité alimentaire de niveau Stress est attendue en 2026. Toute perturbation prolongée des marchés, des travaux agricoles ou des circuits d’approvisionnement pourrait accroître la vulnérabilité des ménages les plus modestes.

Un couvre-feu peut aider à réduire les mouvements suspects et faciliter les opérations de contrôle. Son efficacité dépend aussi de l’information donnée aux habitants, de la cohérence des exemptions et de la capacité des services publics à empêcher que la contrainte sécuritaire ne devienne une difficulté supplémentaire pour les populations

Banques : l’épargne afflue, le crédit piétine

Les banques maliennes ont recueilli près de 994 milliards de FCFA de dépôts supplémentaires en 2025. Dans le même temps, leurs crédits à la clientèle n’ont augmenté que d’environ 33 milliards.

L’argent entre dans les banques maliennes, mais il en ressort difficilement sous forme de prêts. Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine, publié le 21 août, révèle un écart rarement aussi marqué entre la progression des ressources collectées et celle du financement bancaire.

Dans les 17 établissements de crédit recensés au Mali, les dépôts et emprunts de la clientèle sont passés de 4 755 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 749 milliards en 2025. Cette hausse de 20,9 % témoigne d’une capacité importante de mobilisation de l’épargne et des disponibilités des entreprises, des administrations et des particuliers.

Les crédits à la clientèle ont, eux, progressé de seulement 0,9 %, atteignant 3 875 milliards de FCFA. À l’échelle de l’UMOA, leur croissance a été de 5,5 %. Le système bancaire malien s’est donc développé sans que cette expansion se traduise, dans les mêmes proportions, par de nouveaux concours à l’économie.

Contraste

Le tableau mérite toutefois d’être nuancé. Les crédits à moyen terme ont augmenté de 18,9 %, ce qui peut accompagner certains investissements. En revanche, les financements à court terme ont reculé de 7,6 % et les prêts à long terme de 4,6 %. Cette évolution peut peser sur les besoins de trésorerie des entreprises comme sur les projets exigeant plusieurs années de remboursement.

Les créances en souffrance ont diminué de 21,2 %. Les établissements affichent par ailleurs un ratio moyen de solvabilité de 16,3 %, nettement supérieur au minimum réglementaire de 11,5 %. Leur coefficient de liquidité atteint 128,4 %, pour une norme minimale de 75 %. Le problème ne réside donc pas dans une incapacité générale à prêter.

Les bilans montrent également que les placements en titres ont progressé beaucoup plus rapidement que les crédits. Les titres de placement ont augmenté de 16,1 % et les titres d’investissement de 23,5 %. Pour une banque, ces actifs peuvent présenter un rendement plus prévisible et un risque plus facile à apprécier qu’un prêt accordé à une petite entreprise peu formalisée.

L’enjeu est désormais de transformer la solidité bancaire en financement productif. Cela suppose des entreprises capables de présenter des comptes fiables, mais aussi des mécanismes de garantie, un meilleur partage du risque et des crédits adaptés aux cycles de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.

La progression des dépôts constitue une bonne nouvelle. Elle restera incomplète tant que l’épargne mobilisée ne soutiendra pas davantage les investissements, l’emploi et les besoins quotidiens de l’économie.

AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération

Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.

Les premiers députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger entrent officiellement en fonction ce lundi 24 août à Niamey. Chaque État a désigné 15 représentants au sein de son organe législatif de transition, soit un effectif total de 45 membres. Le général Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, est arrivé samedi dans la capitale nigérienne avec la délégation malienne.
Convoquée par le président en exercice de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, la rencontre se déroulera en deux étapes. Les 24 et 25 août seront consacrés à l’installation des députés confédéraux. Du 26 au 29 août, la première session ordinaire devra notamment examiner et adopter le règlement intérieur, former les différents organes et commissions et définir les modalités de prise de décision. Une feuille de route et un calendrier de travail sont également attendus.
Cette installation repose sur le Traité du 6 juillet 2024 portant création de la Confédération AES et sur un protocole additionnel adopté par les trois chefs d’État le 23 décembre 2025 à Bamako. En février dernier, le gouvernement malien avait approuvé les textes autorisant la ratification de quatre protocoles concernant la défense et la sécurité, la diplomatie, le développement et les sessions parlementaires.
Un rôle encore encadré
La rencontre de Niamey n’installe pas, pour le moment, un Parlement supranational disposant du pouvoir de voter des lois directement applicables dans les trois pays. La dénomination juridique retenue est celle de « Sessions confédérales des Parlements ». Leur mission consiste à délibérer et à émettre des avis sur les sujets soumis par le Collège des chefs d’État ou concernant la vie de la Confédération.
Les travaux peuvent porter sur la défense, la sécurité, la diplomatie, le développement et les autres questions d’intérêt commun. Les députés pourront également rencontrer les membres du Conseil des ministres confédéral, formuler des résolutions et des recommandations et contribuer à l’information des populations. Deux sessions ordinaires sont prévues chaque année.
L’égalité de représentation, avec 15 députés par pays, permet d’éviter qu’un État domine les deux autres en raison de sa population. Le mandat de chaque député confédéral reste cependant lié à celui qu’il exerce dans son Parlement national. La présidence des sessions revient au président de l’organe législatif du pays qui assure la présidence tournante de la Confédération. La session de Niamey sera ainsi dirigée par le Burkinabè Ousmane Bougouma.
Le test du concret
Pour le Mali, cette nouvelle tribune pourrait faciliter le rapprochement des législations dans des domaines touchant directement les citoyens : libre circulation, commerce, transport, fiscalité, justice, sécurité des frontières, investissements et accès aux services. Elle pourrait aussi permettre aux délégations nationales d’interroger les responsables confédéraux sur l’application des décisions déjà annoncées.
Cette évolution intervient près de trois ans après la création, en septembre 2023, de l’Alliance des États du Sahel comme pacte de défense mutuelle. Sa transformation en Confédération en juillet 2024, puis le retrait effectif des trois pays de la Cedeao en janvier 2025, ont élargi le projet aux domaines diplomatique, économique et institutionnel. Le passeport confédéral, le prélèvement destiné au financement de l’AES et les projets de banque d’investissement participent de la même construction.
La portée de la session de Niamey dépendra toutefois des pouvoirs réellement exercés par les 45 représentants. Le protocole leur permet principalement de rendre des avis et des recommandations. Leur influence reposera donc sur la prise en compte de ces propositions par le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres.
Une autre question concerne leur représentativité. Les membres ont été désignés par les institutions de transition des trois pays et non élus directement à l’échelle confédérale. Cette situation n’empêche pas le fonctionnement juridique de l’instance, mais elle oblige les députés à démontrer qu’ils peuvent relayer les préoccupations des populations, rendre compte de leurs travaux et dépasser les rencontres essentiellement protocolaires.
La session de Niamey constitue ainsi une étape institutionnelle importante, sans être encore l’aboutissement du projet parlementaire de l’AES. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à produire des décisions suivies d’effets, à harmoniser progressivement les règles nationales et à faire entrer les préoccupations quotidiennes des citoyens dans la construction confédérale.

Koulikoro : le couvre-feu s’installe dans la durée

Le couvre-feu est reconduit du 23 août au 21 septembre dans la région de Koulikoro, avec des horaires différents selon les localités. Cinquième mois de restrictions depuis les attaques du 25 avril, cette prolongation maintient une surveillance renforcée autour de Bamako et sur plusieurs axes stratégiques.

Le gouverneur de la région de Koulikoro, le colonel Lamine Kapory Sanogo, a prorogé d’un mois le couvre-feu instauré le 25 avril dernier. La nouvelle décision, signée le 21 août, couvre la période allant du dimanche 23 août au lundi 21 septembre 2026.
Dans les communes proches de Bamako, la circulation est interdite de minuit à 5 h 30. Sont notamment concernés Kalaban-Coro, Niamana, N’Tabacoro, Kabala, Kanadjiguila, Kabalabougou, Sangarébougou, Moribabougou, N’Gabacoro, Titibougou, Dialakorodji, Dogodouman et Taliko. Le même horaire s’applique à la ville de Koulikoro.
À Kati, Banamba, Kangaba et Kolokani, le couvre-feu reste fixé de 23 heures à 6 heures. Dans toutes les autres localités de la région, les déplacements sont interdits de 21 heures à 6 heures. La décision maintient également l’interdiction temporaire de circulation des camions-bennes, introduite le 15 mai. Les autorités administratives, les collectivités et les forces de défense et de sécurité sont chargées de l’application du dispositif.
Une ceinture sensible
Le couvre-feu avait été instauré le 25 avril, après les attaques coordonnées contre Bamako, Kati et plusieurs villes du pays. À Bamako, la mesure initiale avait été appliquée pendant 72 heures, puis brièvement prolongée. Dans la région de Koulikoro, les autorités avaient choisi dès le départ une durée de 30 jours, avant de procéder à plusieurs reconductions.
Cette différence s’explique par la position particulière de Koulikoro. La région entoure en grande partie le District de Bamako et comprend plusieurs localités désormais intégrées à l’agglomération de la capitale. Elle abrite aussi Kati, importante ville-garnison située sur l’un des principaux accès routiers à Bamako.
L’axe Kolokani-Kati-Bamako constitue notamment le dernier tronçon du corridor venant de Kayes, par lequel transitent une grande partie des marchandises destinées à la capitale. Du 23 au 29 juin, les Forces armées maliennes avaient escorté 940 camions civils sur l’itinéraire Kayes-Sandaré-Diéma-Bamako, en passant par Kolokani et Kati. Compte rendu de l’opération.
La région a également été concernée par l’offensive coordonnée du 4 juillet. Une attaque avait alors visé la prison de Kéniéroba, située à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, en même temps que des positions à Gao, Anéfis, Aguelhok et Sévaré. Les forces de sécurité avaient repris le contrôle de l’établissement, selon les autorités.
Une mesure désormais durable
Les horaires différenciés montrent une tentative d’adapter les restrictions aux réalités locales. Dans les communes périurbaines, où les déplacements professionnels et commerciaux se prolongent tard dans la soirée, le couvre-feu ne commence qu’à minuit. Il demeure plus long à Kati et dans les zones rurales considérées comme plus difficiles à surveiller.
Mais cette cinquième prolongation marque aussi l’installation dans la durée d’une mesure initialement présentée comme exceptionnelle. Elle traduit la prudence des autorités face aux risques d’infiltration, de déplacement nocturne de groupes armés ou de menaces contre les axes menant à la capitale.
La décision du 21 août ne fait état d’aucun nouvel incident précis. Elle prolonge un dispositif préventif dont l’assouplissement dépendra vraisemblablement de l’évolution de la situation sécuritaire. Après près de cinq mois d’application, l’enjeu sera aussi d’évaluer régulièrement son efficacité et ses conséquences sur les activités économiques et les déplacements des populations.
La reconduction jusqu’au 21 septembre montre ainsi que, malgré l’allègement des horaires dans certaines communes, les autorités régionales ne considèrent pas encore réunies les conditions d’un retour au dispositif antérieur aux attaques d’avril.

Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table

Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.

Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.

Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.

L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.

Frontière

Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.

Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.

Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.

Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.

Corridors

Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.

La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.

Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.

Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet

Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel.

Selon le cap fixé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, trois orientations doivent guider les actions. Elles portent sur l’accroissement des recettes, le renforcement de la lutte contre la fraude et les trafics illicites, ainsi que la poursuite des réformes structurantes. Le Directeur général a demandé que ces priorités se traduisent dans le travail quotidien de chaque service et de chaque agent.
Concernant les recettes, les Douanes déclarent avoir mobilisé 533,743 milliards de FCFA entre janvier et juin, contre une prévision de 482,823 milliards. Le bilan présenté fait état d’un excédent de 50,918 milliards de FCFA et d’un taux de réalisation de 110,55 %. En juillet, 98,547 milliards ont été recouvrés et la Direction générale situe les réalisations cumulées à 632,314 milliards, soit 64,85 % de l’objectif annuel de 975 milliards. Ce dernier dépasse de 59,412 milliards les 915,588 milliards provisoirement mobilisés en 2025.
Ces résultats maintiennent les Douanes au-dessus de la trajectoire théorique nécessaire pour atteindre leur objectif annuel. Il reste toutefois 342,686 milliards de FCFA à recouvrer entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle d’environ 68,54 milliards. Le Directeur général a donc invité les services à maintenir le rythme jusqu’à la clôture de l’exercice.
Les difficultés sécuritaires et logistiques qui affectent les corridors, notamment l’axe Kidira-Diboli-Kayes reliant le Mali au Sénégal, compliquent la circulation des marchandises et leur prise en charge douanière. Cette situation exige davantage de vigilance, de réactivité et de coordination pour sécuriser les flux sans aggraver les délais supportés par les transporteurs et les opérateurs économiques.
Fraude et modernisation
Quant à la lutte contre la fraude, elle ne consiste pas seulement à préserver les recettes de l’État. Elle doit également protéger le commerce légal, les opérateurs économiques de bonne foi, les consommateurs et la sécurité publique face à la circulation de produits interdits ou dangereux.
Le Directeur général a ainsi demandé de renforcer le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et la coopération entre les services, tout en évitant que les contrôles ne deviennent un frein au commerce régulier. Parmi les opérations documentées au premier semestre, la Brigade mobile d’intervention a saisi, le 17 avril près de Bamako, 23 bonbonnes de mercure, 1 650 bâtons d’explosifs, deux rouleaux de cordon détonant, 25 détonateurs et 17 briques de chanvre indien. Les services ont aussi intercepté cinq tonnes de cyanure dissimulées dans un chargement à Ségou en juin, en plus de saisies d’armes, de munitions, de médicaments illicites et de produits impropres à la consommation.
Le troisième axe concerne la modernisation de l’administration. Les Douanes disposent d’un portefeuille de 38 réformes comprenant le renforcement du contrôle documentaire, le développement du SIGECOD, le Système interconnecté de gestion du contrôle documentaire, et l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Cette dernière doit faciliter l’échange de données sur les marchandises en transit, sécuriser les recettes et réduire les délais aux frontières, notamment dans le cadre de la coopération entre les pays de l’AES et le Togo.
Pour le Directeur général, une réforme doit produire des résultats mesurables dans les bureaux, les brigades et les postes frontaliers. Il a demandé aux responsables de traduire les projets de modernisation en pratiques concrètes, d’évaluer leurs effets sur les recettes et les délais, puis de faire remonter les difficultés rencontrées par les agents et les usagers.
« Les Douanes maliennes, c’est vous », a lancé Cheickna Amala Diallo à son personnel. Du cadre supérieur à l’agent de surveillance, du service spécialisé au poste frontalier, chaque fonction participe à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des corridors et à la protection de l’économie.
Tout en reconnaissant les sacrifices imposés par le contexte sécuritaire et les contraintes logistiques, le responsable a appelé à consolider les résultats obtenus. La rencontre a ainsi associé un bilan financier favorable à une obligation de continuité, les cinq derniers mois de l’année devant déterminer si l’objectif inédit de 975 milliards de FCFA sera effectivement atteint.

Traite des personnes : COMPASS célèbre cinq ans d’engagement au Mali

La lutte contre la traite des personnes a été au cœur d’une cérémonie organisée le 20 août 2026 à l’hôtel Maeva Palace, à Bamako, pour marquer le cinquième anniversaire du programme COMPASS au Mali. L’événement était couplé à la clôture des activités nationales organisées dans le prolongement de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 30 juillet.

La rencontre s’est tenue en présence des ministres de la Justice, Mamoudou Kassogué, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, de représentants diplomatiques et de plusieurs acteurs engagés dans la protection des migrants.  Selon le rapport américain de 2025 sur la traite des personnes, couvrant la période d’avril 2024 à mars 2025, les autorités maliennes ont déclaré 68 enquêtes, 300 personnes poursuivies et trois condamnations.

Derrière ces chiffres se trouvent des femmes, des hommes et des enfants confrontés à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à la mendicité contrainte ou à d’autres formes d’asservissement. Durant la même période, les services maliens ont identifié et orienté vers une prise en charge 102 enfants victimes, tandis qu’une organisation internationale a accompagné 285 autres personnes. La prévention doit ainsi empêcher que la précarité, les déplacements ou les promesses frauduleuses d’emploi soient utilisés pour recruter et exploiter les plus vulnérables.

Dans ce cadre, la responsabilité des médias et la mobilisation de la jeunesse occupent une place importante. Une information rigoureuse peut aider à reconnaître les méthodes de recrutement, faire connaître les voies de signalement et protéger l’identité des victimes.

La lutte contre la traite doit s’inscrire dans la durée, a rappelé Sara El-Koundi, chargée de protection à l’Organisation internationale pour les migrations au Mali.

« Les programmes ont une durée. Les projets ont un calendrier. Mais la dignité humaine n’a pas d’expiration », a-t-elle déclaré, présentant la traite comme l’une des formes les plus cruelles d’exploitation.

Elle a appelé à maintenir l’assistance et la protection des personnes vulnérables après la fin des projets. Le dernier rapport disponible recense treize centres de transit au Mali, mais un seul hébergement spécialisé pour les femmes adultes victimes de traite, situé à Bamako. La prise en charge reste plus limitée en dehors de la capitale et les hommes victimes ne disposent pas encore de services spécialisés.

Le représentant de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas a, pour sa part, rappelé le rôle de COMPASS dans l’accompagnement des migrants. Il a présenté le programme comme le résultat d’une coopération entre l’OIM, les autorités maliennes, les collectivités, les associations et les partenaires engagés dans la protection des personnes en déplacement.

Au Mali, COMPASS est mis en œuvre par l’OIM avec le financement du Royaume des Pays-Bas. Lancé en 2021, le programme intervient dans la protection des migrants vulnérables, la lutte contre la traite, l’assistance au retour, la réintégration et le renforcement des capacités nationales. L’OIM indique avoir protégé et accompagné 340 victimes de traite dans le pays en 2025. La phase actuelle de COMPASS, commencée en 2024 dans quatorze pays, doit se poursuivre jusqu’à la fin de 2027.

Encourager la sensibilisation

La cérémonie a également été consacrée à la remise des prix du concours de productions journalistiques organisé après l’atelier de formation des 4 et 5 août 2026. Conduite par l’OIM avec le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées et l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication, cette formation avait réuni 30 élèves journalistes et communicateurs.

Les participants avaient été formés au traitement rigoureux et éthique de la traite, avec une attention particulière à la protection des victimes et à l’utilisation des termes appropriés. Le concours leur a ensuite permis de mettre en pratique les connaissances acquises. Mariam Aboubacar a été distinguée dans la catégorie télévision et journalisme mobile, Moussa Cissé en radio et Bagna Maïga pour la presse écrite et les médias en ligne.

Un autre moment de la cérémonie a été la remise du Prix feu Boubacar Touré, créé en hommage au premier président du Comité national de lutte contre la traite des personnes. La distinction a été décernée à l’Association pour la promotion des initiatives de développement, APID, pour sa contribution à la protection des victimes et à la prévention du phénomène.

Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, a félicité les lauréats du concours et les partenaires distingués. Il a salué leur contribution aux actions de prévention, d’identification et d’accompagnement des victimes.

Parmi les activités de la 13e édition nationale de la Journée mondiale figuraient des séances de mobilisation dans les écoles et les universités. Elles visaient à informer les jeunes sur les méthodes utilisées par les trafiquants, notamment les fausses offres d’emploi, les promesses de voyage et les recrutements liés aux escroqueries en ligne.

La rencontre a enfin rappelé que la réponse ne dépend pas seulement des institutions judiciaires et des organisations internationales. Elle repose aussi sur la vigilance des familles, le travail des médias, l’engagement des associations et la capacité des services compétents à identifier rapidement les victimes. La poursuite de COMPASS jusqu’en 2027 devra notamment contribuer à renforcer les mécanismes de signalement, d’orientation et de prise en charge dans les régions situées hors de Bamako.

Salimata Wagué

Accords locaux : entre survie des villages et refus de l’État

Le gouvernement exclut de soutenir les arrangements conclus entre des communautés et des groupes armés, tout en reconnaissant que certaines populations y adhèrent pour pouvoir cultiver, circuler ou échapper aux violences. Cette position remet au centre une réalité complexe du Centre : des villages composent avec les forces présentes sur le terrain lorsque leur survie quotidienne est en jeu.

Le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Ismaël Wagué, a précisé le 14 août que l’État « ne va jamais soutenir » les accords entre des communautés et les groupes armés qualifiés de terroristes par les autorités. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée dans le cadre de la Semaine nationale de la jeunesse.
Selon lui, ces arrangements offrent aux groupes armés des zones de repli et réduisent la transmission de renseignements aux forces de sécurité. Des villages peuvent ainsi devenir, volontairement ou sous la contrainte, des espaces où les combattants circulent avec un risque moindre d’être signalés.
Ismaël Wagué a toutefois établi une distinction importante entre les groupes armés et les populations qui acceptent leurs conditions. Confrontés aux blocus, à la fermeture des marchés, à l’impossibilité d’accéder aux champs ou à la menace d’attaques, certains habitants cherchent avant tout à préserver leur vie et leurs moyens de subsistance. Le ministre estime que leur adhésion à un pacte ne suffit pas à les considérer comme des ennemis de l’État.
Contraintes
Depuis plusieurs années, des arrangements de ce type sont documentés dans les cercles de Koro, Bankass, Djenné, Douentza et Bandiagara. Les conditions imposées varient selon les localités, mais elles comprennent souvent le dépôt ou le rangement des armes, l’arrêt de la transmission d’informations aux forces gouvernementales et l’acceptation de règles sociales inspirées de l’interprétation religieuse des groupes armés.
En contrepartie, des communautés ont obtenu la levée de blocus, l’accès aux marchés, la reprise des travaux agricoles ou une réduction des attaques. Certains accords ont aussi permis l’éloignement de bases armées des habitations ou la réouverture limitée d’écoles. Ces concessions restent fragiles et dépendent largement des commandants locaux, des médiateurs et du comportement des différentes parties.
La situation observée en 2026 montre les limites de ces arrangements. Selon ACLED, l’offensive menée en mai par le JNIM contre des groupes de chasseurs dozos dans les cercles de Bandiagara, Bankass et Djenné est en partie liée aux tensions autour de villages ayant conclu des accords locaux. L’organisation indique qu’une douzaine de villages de Bankass ont remis des armes au groupe après cette campagne de violence.
Une autre source de tension vient des milices qui rejettent ces pactes et soupçonnent les localités signataires de favoriser l’implantation du JNIM. Human Rights Watch avait déjà documenté en 2024 une division au sein de Dan Na Ambassagou : certains éléments avaient accepté un accord et déposé les armes, tandis que d’autres avaient poursuivi le combat. Cette fracture avait précédé de nouvelles attaques contre des villages.
La complexité du dossier explique la poursuite du dialogue gouvernemental avec les organisations communautaires. Le 12 mai, Ismaël Wagué avait ainsi réuni des représentants de Tabital Pulaaku, de Guina Dogon et de Dan Na Ambassagou autour des questions de prévention des conflits et de coexistence entre communautés.
Le ministre continue par ailleurs d’encourager les accords conclus entre villages ou communautés pour régler des litiges fonciers, pastoraux ou sociaux. Le refus exprimé concerne donc les pactes passés avec les groupes armés, et non les mécanismes traditionnels de médiation locale.
Cette ligne fixe une limite politique claire, mais son application dépendra de la capacité de l’État à proposer une solution concrète aux villages concernés. La sécurisation des routes, l’accès aux champs, la réouverture des marchés et la présence de services publics peuvent réduire l’intérêt de ces arrangements. Sans amélioration durable des conditions de vie et de sécurité, certaines communautés continueront de négocier localement l’espace nécessaire à leur survie

Budget 2026 : 410 milliards pour la Défense et la Sécurité

Plus du quart des dépenses exécutées par l’État au premier semestre 2026 a concerné la Défense et la Sécurité. Cette concentration intervient au moment où les recettes progressent plus rapidement que les décaissements, avant l’application complète d’un budget rectificatif qui accroît encore les besoins de financement.

À la date du 30 juin, les dépenses du budget général atteignaient 1 507,502 milliards de francs CFA, soit 43,63 % des crédits prévus pour l’année, selon la situation d’exécution budgétaire publiée par le ministère de l’Économie et des Finances.
Sur cette enveloppe, le ministère de la Défense et des Anciens combattants a exécuté environ 314 milliards de francs CFA. La Sécurité et la Protection civile ont mobilisé près de 95 milliards. Ensemble, ces deux départements représentent quelque 409 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 27 % des dépenses effectuées pendant les six premiers mois.
Rapporté à la période, l’effort équivaut à environ 2,26 milliards de francs CFA par jour. La comparaison donne aussi la mesure des choix budgétaires : l’Éducation nationale totalise près de 195 milliards de francs CFA et la Santé environ 151 milliards. Les crédits exécutés au titre de la Défense et de la Sécurité dépassent ainsi de plus de 60 milliards les dépenses cumulées de ces deux départements sociaux.
Cette lecture par ministère demande toutefois une précaution. Elle ne couvre pas nécessairement l’ensemble des interventions publiques en faveur de l’éducation ou de la santé, dont certaines peuvent être portées par d’autres structures ou des comptes spécifiques. Elle montre néanmoins le poids central pris par la sécurité dans l’utilisation effective des ressources.
Arbitrages
Face à ces dépenses, les recettes du budget général ont atteint 1 814,240 milliards de francs CFA, correspondant à 61,82 % des prévisions. L’écart de 306,738 milliards observé avec les décaissements traduit surtout une différence de rythme à mi-année. Il ne constitue pas un excédent budgétaire annuel, compte tenu des dépenses restant à réaliser, des opérations de trésorerie et du déficit prévu sur l’ensemble de l’exercice.
Les Impôts ont fourni environ 844 milliards de francs CFA et les Douanes 533,743 milliards au premier semestre. À fin juillet, les recettes douanières étaient passées à 632,314 milliards, soit près de 65 % de leur objectif annuel de 975 milliards.
La performance la plus singulière vient des Domaines et du Cadastre. Avec 334,74 milliards de francs CFA recouvrés pour une prévision annuelle de 270 milliards, cette administration avait déjà dépassé son objectif d’environ 64,74 milliards. La composition de ces recettes et leur caractère reproductible seront déterminants pour apprécier la solidité de cette progression.
Adoptée après la clôture du semestre, la loi de finances rectificative a porté les dépenses prévues de 3 578,217 à 3 993,319 milliards de francs CFA. Les recettes ont été relevées à 3 372,895 milliards, tandis que le déficit prévisionnel est passé de 520,425 à 620,425 milliards.
Les 415,103 milliards de dépenses supplémentaires doivent notamment couvrir les opérations de sécurisation du territoire, une subvention exceptionnelle à la CMDT et de nouvelles charges liées aux fonds miniers. Le second semestre devra donc conjuguer accélération des programmes publics, maintien des recettes fiscales et financement d’un déficit accru de 100 milliards de francs CFA.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop