Énergie : de nouvelles règles pour les appareils et les bâtiments

Les appareils électroménagers neufs devront porter une information standardisée sur leur consommation électrique. Les constructions seront aussi soumises à des exigences concernant l’isolation, la climatisation et l’éclairage.

Le Conseil des ministres a adopté vendredi 9 octobre deux projets de décret consacrés à l’efficacité énergétique. Le premier organise l’étiquetage des lampes et des appareils électroménagers neufs commercialisés au Mali. Le second fixe des exigences minimales pour la construction des bâtiments.

L’étiquette doit permettre au client de connaître la consommation de l’équipement avant de l’acheter. Deux réfrigérateurs, climatiseurs ou lampes remplissant la même fonction peuvent demander des quantités d’électricité différentes. Cette consommation entre dans le coût réel du produit pendant ses années d’utilisation.

Le système prévu doit utiliser une présentation commune afin de faciliter la comparaison entre les modèles. Il vise aussi à retirer progressivement du marché les appareils très énergivores ou de mauvaise qualité.

La mesure concerne les équipements neufs. Le communiqué du gouvernement ne place donc pas les appareils d’occasion dans le champ annoncé par le projet de décret.

Réfrigérateurs et climatiseurs parmi les priorités

Une stratégie publiée en 2023 avait déjà identifié les réfrigérateurs et les climatiseurs domestiques parmi les équipements prioritaires. Ces appareils fonctionnent souvent pendant plusieurs heures et peuvent représenter une part importante de la consommation d’un ménage, d’un commerce ou d’un bureau.

Cette stratégie recommandait de rendre obligatoires les normes minimales de performance et l’étiquetage. Elle présentait l’étiquette comme un moyen d’informer l’acheteur sur le coût d’utilisation de l’appareil, en plus de son prix de vente.

Pour le consommateur, la réforme introduit ainsi un second critère de choix. Un appareil moins cher au moment de l’achat peut revenir plus coûteux s’il consomme davantage d’électricité pendant plusieurs années.

Les importateurs et les distributeurs devront disposer des caractéristiques énergétiques des équipements proposés. Le contrôle devra également vérifier la conformité entre les indications portées sur l’étiquette et les performances réelles du produit.

Le communiqué du 9 octobre présente les principes généraux. Le modèle de l’étiquette, les catégories d’appareils couvertes en priorité, les modalités de contrôle et le calendrier d’application seront précisés dans les textes publiés.

Des exigences pour les nouvelles constructions

Le deuxième projet de décret concerne la performance énergétique des bâtiments. Il retient trois domaines principaux : l’isolation thermique, les systèmes de climatisation et l’éclairage.

Une bonne isolation limite la chaleur qui entre dans le bâtiment et réduit le recours à la climatisation. La disposition des ouvertures, les matériaux utilisés, la ventilation et la protection contre le soleil influencent également la température intérieure.

Les exigences annoncées s’adressent directement aux maîtres d’ouvrage, architectes, bureaux d’études et entreprises de construction. Elles ajoutent la consommation d’énergie aux éléments techniques examinés lors de la conception d’un bâtiment.

Les deux projets transposent dans la réglementation malienne des directives adoptées par l’UEMOA en juin 2020. La décision du 9 octobre agit sur la demande d’électricité par les équipements et les bâtiments. Elle se distingue des investissements consacrés à la production ou au transport de l’énergie.

Massiré Diop

Bani-Sélingué : la phase II encadrée pour cinq ans

Le programme doit aménager 10 240 hectares supplémentaires et réaliser 135 kilomètres de pistes agricoles. Son coût total est évalué à 47,4 milliards de FCFA.

Le gouvernement a adopté le 9 octobre les textes portant création, organisation et fonctionnement de la deuxième phase du Programme de développement de l’irrigation dans le bassin du Bani et à Sélingué. Cette structure est créée pour une durée de cinq ans.

Les interventions concernent Sélingué, le Moyen Bani et Djenné. Elles portent sur la réalisation d’aménagements hydroagricoles et sur les conditions d’exploitation des terres équipées.

La phase II avait été officiellement lancée le 19 juin 2025. La décision prise vendredi ne constitue donc pas le démarrage du programme. Elle lui donne un cadre administratif adapté à cette nouvelle période d’exécution.

Plus de 10 000 hectares à aménager

Le programme prévoit 10 240 hectares de nouveaux aménagements et 135 kilomètres de pistes agricoles. Ces voies doivent relier les zones de production aux villages, aux marchés et aux installations de stockage.

Le budget annoncé atteint 47,4 milliards de FCFA. La Banque ouest-africaine de développement finance 30 milliards et la contribution malienne s’élève à 900 millions. Lors du lancement de 2025, le gouvernement avait ainsi fait état d’un solde de 16,5 milliards de FCFA à mobiliser auprès d’autres partenaires.

Plusieurs marchés liés à la phase II ont déjà franchi l’étape de l’attribution. Les avis publiés par la BOAD concernent notamment l’aménagement des périmètres rizicoles de Woloni et de Sirimanso, la construction de cinq stations de pompage et d’exhaure ainsi que 40 kilomètres de pistes rurales dans le Moyen Bani.

Un autre marché porte sur des complexes de stockage de riz et de maïs ainsi que sur des hangars destinés au groupage et au conditionnement des produits maraîchers. Ces installations doivent accompagner la production après la récolte.

Produire avec une meilleure maîtrise de l’eau

Les aménagements hydroagricoles servent à conduire l’eau jusqu’aux parcelles et à mieux contrôler son utilisation. Ils comprennent notamment des canaux, des ouvrages de drainage, des stations de pompage et des équipements de régulation.

La maîtrise de l’eau permet de réduire l’exposition des cultures à l’irrégularité des pluies. Elle demande en contrepartie un entretien des canaux, des pompes et des pistes ainsi qu’une organisation claire entre les exploitants.

Lors du lancement de la deuxième phase, le gouvernement avait attribué à la première l’aménagement de 36 500 hectares et une production annuelle supplémentaire de 61 085 tonnes de riz paddy. Ces chiffres constituent le bilan présenté par les autorités.

La nouvelle phase devra aussi organiser l’attribution et l’exploitation des parcelles aménagées. Les documents publics disponibles présentent le coût global et les infrastructures prévues. Les listes de bénéficiaires, la répartition des superficies et le calendrier complet des chantiers relèvent des dossiers opérationnels.

La décision du 9 octobre apporte donc un cadre de fonctionnement sur cinq ans à un programme déjà lancé. Les attributions publiées montrent que des marchés portent sur les périmètres rizicoles, les stations de pompage, les pistes et les équipements de stockage.

Massiré Diop

Diré : 50 000 FCFA pour 2 000 ménages

Une opération de transferts monétaires a été lancée le 8 octobre dans le cercle de Diré. Son enveloppe atteint 100 millions de FCFA.

Deux mille ménages du cercle de Diré doivent recevoir chacun 50 000 FCFA dans le cadre d’une opération lancée jeudi 8 octobre. L’enveloppe totale atteint 100 millions de FCFA.

L’information provient d’un compte rendu de Studio Tamani. Celui-ci attribue l’opération à la Croix-Rouge malienne et à la Croix-Rouge espagnole, avec un financement de la coopération espagnole au développement.

Le montant est accordé par ménage et non par personne. Pour une famille, les 50 000 FCFA peuvent être répartis entre plusieurs dépenses suivant les besoins du foyer. Le canal de paiement et le calendrier des versements doivent être communiqués aux bénéficiaires lors de la mise en œuvre.

Les critères de sélection n’apparaissent pas dans le compte rendu publié. Ils devront permettre d’identifier les ménages retenus dans les différentes communes et localités du cercle.

De la farine enrichie pour 1 500 enfants

L’opération comprend également une aide nutritionnelle destinée à 1 500 enfants. Ils doivent recevoir de la farine enrichie, utilisée pour améliorer l’apport alimentaire des plus jeunes exposés à la malnutrition.

Cette distribution constitue un volet distinct du transfert monétaire accordé aux ménages. La quantité attribuée à chaque enfant, la durée de la prise en charge et les tranches d’âge concernées restent à préciser.

Une analyse publiée en février 2026 par le ministère chargé de la Santé et ses partenaires classait le cercle de Diré en phase 3, dite « sérieuse », pour la malnutrition aiguë durant la période allant de novembre 2025 à mai 2026. Le rapport associait cette situation aux difficultés alimentaires, aux maladies infantiles, aux pratiques de soins et aux limites d’accès aux services de santé et de nutrition.

Plusieurs formes d’assistance dans la région

L’opération de Diré intervient après le lancement, le 19 août, des distributions alimentaires gratuites du Plan national de réponses dans la région de Tombouctou. Cette intervention publique était conduite par le Commissariat à la sécurité alimentaire avec la participation du Programme alimentaire mondial.

À l’échelle nationale, l’État a mobilisé 12,7 milliards de FCFA pour le Plan de réponses 2026. Le programme prévoit des distributions de céréales, des kits alimentaires et des actions destinées à soutenir l’agriculture, l’élevage et la pêche.

Les transferts monétaires de Diré proviennent d’un autre financement. Ils complètent l’assistance en remettant directement une somme aux ménages, tandis que la farine enrichie cible les besoins nutritionnels des enfants.

Le fait établi au lancement porte sur 100 millions de FCFA pour 2 000 ménages et sur une aide destinée à 1 500 enfants. Le bilan de l’opération devra ensuite distinguer les foyers ayant effectivement reçu leur paiement et les enfants couverts par la distribution nutritionnelle.

Massiré Diop

Moussa I. Touré : « La paix se construit avec les communautés »

Directeur exécutif de l’ONG malienne AID-LOCAL (Actions intégrées pour le développement local), Moussa I. Touré défend l’engagement durable des citoyens. Il aborde la paix, la solidarité et le développement du pays.

  1. La Stratégie nationale de mobilisation citoyenne vient d’être lancée. Comment transformer cette mobilisation en engagement durable ?

L’engagement communautaire se distingue d’une mobilisation ponctuelle destinée à répondre à un besoin précis. Il consiste à travailler avec les communautés, leurs dirigeants, la société civile, les pouvoirs publics et les leaders d’opinion afin de faciliter leur participation active à la résolution des problèmes locaux. C’est un processus collaboratif, participatif et inclusif qui s’inscrit dans la durée. Il permet d’autonomiser les communautés, de renforcer leur appropriation des actions et leur résilience, et de favoriser des initiatives locales durables.

  1. Quel rôle les communautés peuvent-elles jouer dans le retour de la paix et de la stabilité ?

Les communautés constituent un levier pour renforcer la dynamique de retour à la paix et à la stabilité engagée par les autorités de la Transition. Elles peuvent soutenir les réformes concernant la sécurité, la gouvernance des ressources minières, hydriques, pastorales et agricoles, ainsi que la valorisation des légitimités traditionnelles. Elles doivent aussi résister aux manipulations et aux amalgames entretenus par les ennemis de la paix.

  1. Comment construire un consensus autour de la paix et de la solidarité ?

Le Mali constitue un cas d’école. Les Maliens ont su fédérer leurs énergies autour de l’essentiel : le Mali. Face aux épreuves traversées depuis 2012, chaque Malienne et chaque Malien a placé la fibre patriotique au-dessus des intérêts particuliers. Cette expérience mérite d’être capitalisée au service de l’unité africaine. Le paradigme défendu par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, place les jeunes, les femmes et les légitimités traditionnelles au cœur des priorités.

  1. Comment les initiatives citoyennes peuvent-elles contribuer au développement du Mali ?

Aucun pays ne peut se développer sans des citoyens attachés aux valeurs républicaines. Les Maliens doivent être attentifs aux réformes et respecter les lois et les textes en vigueur afin de vivre dans une société harmonieuse. Le bon fonctionnement de la cité relève d’une responsabilité collective qui exige l’engagement de chacun.

L’anthropologue Bronisław Malinowski considérait la société comme un tout dont chaque partie contribue au fonctionnement. Elle ressemble au corps humain : lorsqu’un seul organe fonctionne mal, tout le système en souffre. Le développement du pays repose donc sur la conjugaison des efforts de tous.

Mines : le Mali veut former ses propres cadres

Les textes créant l’École des Mines et du Pétrole et l’Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales ouvrent deux chantiers. Le Mali veut former ses spécialistes et connaître son sous-sol pour tirer davantage de valeur de ses ressources.

La création de l’École répond, selon le Gouvernement, au manque de personnel qualifié et à la faible couverture de certaines spécialités par les établissements existants. Les projets de texte adoptés en Conseil des ministres le 30 septembre prévoient des formations initiales et continues dans les domaines minier et pétrolier.
Le même jour, le Gouvernement a adopté les textes instituant l’Agence pour la recherche et le développement des ressources minérales. Elle remplace le Programme pour le développement des ressources minérales, créé par la loi du 11 octobre 1990 pour exécuter les travaux de la Direction nationale de la Géologie et des Mines.
Érigée en établissement public à caractère scientifique et technologique, l’Agence doit conduire des activités de recherche, de production, de sécurisation, de valorisation et de diffusion des connaissances relatives aux ressources géologiques, minières, pétrolières et gazières. Ces données peuvent faciliter l’évaluation des projets et renforcer la capacité de négociation de l’État.
Renforcer les acquis
Le poids économique justifie cet investissement. Selon le rapport ITIE 2024, les industries extractives représentaient 9,5 % du PIB, 40,9 % des recettes fiscales et 78,8 % des exportations. Sur 1 023 milliards de FCFA de revenus extractifs déclarés, 978,29 milliards ont été encaissés par le Trésor. En mars 2026, plus de 18,4 milliards issus du Fonds minier de développement local ont aussi été répartis entre les 819 communes.
Former localement peut réduire le recours à l’expertise étrangère, soutenir l’emploi qualifié et permettre aux entreprises maliennes d’occuper davantage de segments de la chaîne de valeur. Pour Moussa Bagayoko, ingénieur géologue, cette école est « indispensable » dans un pays qui figure parmi les principaux producteurs d’or en Afrique.
Celui-ci cite la prospection, l’évaluation des ressources, le contrôle des opérations et la législation minière parmi les besoins. Il insiste surtout sur la formation de techniciens et de praticiens, certaines compétences étant encore recherchées dans des pays voisins comme le Ghana. Les textes disponibles ne précisent toutefois ni la date d’ouverture de l’École, ni sa capacité d’accueil, son budget ou ses partenariats avec les sociétés minières. Ces précisions permettront d’estimer ses effets sur l’emploi et le contenu local.

Bamako Fashion Week : la mode au service de l’économie

Le Mémorial Modibo Keïta a accueilli, le 8 octobre, l’ouverture de la troisième Bamako Fashion Week. Pendant trois jours, l’événement met en avant la création, l’entrepreneuriat culturel et la valorisation des produits locaux.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs séquences consacrées au patrimoine et à l’identité culturelle, notamment le Défilé du Sahel, mettant en lumière la créativité régionale. Placée sous le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental », cette troisième édition entend contribuer à la professionnalisation du secteur. L’ouverture du marché des créateurs a également donné lieu à une visite officielle des stands d’exposition. La journée s’est achevée par un cocktail réunissant professionnels de la mode, médias, artisans et public.
Les officiels et organisateurs se sont accordés sur la nécessité de transformer les talents en opportunités économiques concrètes. « Notre objectif n’est pas seulement de célébrer la beauté des créations, mais de contribuer à construire un secteur plus fort, dynamique et professionnel, capable de créer de la valeur, des emplois et des perspectives pour notre jeunesse », a déclaré Mariam Bocoum, fondatrice de l’événement. Elle a également plaidé pour une démarche de mode écoresponsable profitant davantage aux communautés locales.
Un avis partagé par Mahamadou Diarra dit Koumbouna, secrétaire général du ministère chargé de la Culture. « Le talent à lui seul ne suffit pas toujours. Il doit être accompagné par la formation, la discipline, la professionnalisation et l’innovation », a-t-il insisté. Il a également appelé à renforcer les synergies entre créateurs, investisseurs, institutions et médias.
De son côté, le représentant de l’Union européenne au Mali a rappelé que « la mode n’est pas un simple spectacle, elle est également l’affirmation d’une identité au service de l’économie nationale ». Il a aussi mis en avant la place des femmes et des jeunes dans le développement et la professionnalisation du secteur.
« La mode raconte qui nous sommes, notre patrimoine, nos influences et notre capacité à réinventer nos traditions pour les inscrire dans la modernité », a, pour sa part, souligné le représentant de Canal+.

Le Mali figure parmi les principaux pays producteurs de coton en Afrique et dispose d’une riche tradition textile, notamment autour du bogolan, de l’indigo et du tissage. Mais la transformation locale reste limitée. Selon Mariam Bocoum, « moins de 1 % du coton est actuellement transformé localement », une situation qui, estime-t-elle, ne reflète pas le potentiel de la production nationale.

L’un des défis mis en avant au cours de cette édition est donc de mobiliser davantage la jeunesse et les acteurs du secteur afin d’accroître la transformation locale et de mieux valoriser l’ensemble de la chaîne, du producteur de coton au couturier.
Historique et perspectives
Née en 2011 sous le nom de « Chris Seydou Fashion Week », l’initiative a depuis évolué pour devenir la Bamako Fashion Week. Cette troisième édition entend renforcer son ouverture africaine et internationale et offrir une vitrine aux créateurs, artisans et autres professionnels de la mode malienne.
Ali Sankaré

Café statistique : l’INSTAT partage les résultats de ses opérations

Le 8 octobre 2026, l’INSTAT a organisé un atelier de restitution de ses productions statistiques en présence des utilisateurs ainsi que des partenaires techniques et financiers. Au total, cinq rapports ont été présentés au cours de cette journée d’échanges. L’objectif est de favoriser une meilleure appropriation de ces données par les acteurs et de recueillir leurs suggestions et recommandations afin d’améliorer les prochaines productions.

L’atelier, ouvert sous la présidence du Directeur général de l’INSTAT, Dr Arouna Sougané, avait pour objet de présenter les résultats des premier et deuxième passages de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), les rapports sur le genre ainsi que ceux de la septième édition de l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM).

L’INSTAT produit régulièrement des données essentielles à une meilleure compréhension des réalités du Mali. Elles permettent d’identifier les difficultés auxquelles font face les populations et d’éclairer les prises de décision. Mais ces données ne peuvent avoir un impact réel que si elles sont mieux connues et valorisées par les universitaires, chercheurs, administrations, acteurs du secteur privé ou encore les médias. D’où la pertinence de cet atelier visant à « mieux faire connaître les productions de l’INSTAT et identifier, avec les utilisateurs, les besoins d’accompagnement nécessaires à leur utilisation optimale », a souligné Dr Sougané.
Progrès et défis persistants
Axés sur les conditions socio-économiques des populations, les résultats de l’EMOP au premier trimestre 2026 « montrent des progrès dans l’accès à certains services essentiels, mais révèlent la persistance de fortes disparités selon le milieu de résidence, le sexe, l’âge et la région ».
Dans le domaine de l’éducation, le taux brut de scolarisation, qui prend en compte l’ensemble des enfants scolarisés indépendamment de leur âge, est estimé à 81,8 % au Fondamental I. Le taux net, qui concerne les enfants de 7 à 12 ans effectivement scolarisés à ce niveau, s’établit à 66 %.
Au Fondamental II, le taux brut de scolarisation est estimé à 58,1 % et le taux net à 36,5 %. Dans l’ensemble, la proportion des enfants hors du système scolaire atteint 27,2 % au Fondamental I et 34,7 % au Fondamental II. Ces chiffres illustrent les efforts qui restent à fournir pour atteindre l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4), qui vise notamment à garantir l’accès de tous à une éducation de qualité.
Quant au taux d’alphabétisation de la population âgée de 15 ans ou plus, il s’établit à 36,5 %.
En matière de santé, si le taux de morbidité recule de 6,7 points entre les deux passages de l’enquête, la situation des enfants de moins de 5 ans reste préoccupante, avec un taux de 24,5 %.
Des écarts persistants entre hommes et femmes
Dans l’EMOP 2025, l’analyse consacrée au genre met en évidence des « écarts persistants qui conditionnent l’accès aux opportunités économiques ».
Parmi la population âgée de 15 ans ou plus, la proportion de personnes sans instruction atteint 65,5 % chez les femmes, contre 52,5 % chez les hommes.
Quant au travail domestique non rémunéré, les femmes y consacrent en moyenne 4,1 heures par jour, contre 0,5 heure pour les hommes.
Ces réalités constituent autant de facteurs de vulnérabilité qui freinent l’égalité des chances entre les femmes et les hommes et pèsent sur un développement équilibré de la société.
Les échanges entre l’INSTAT et les participants ont permis de clarifier certaines notions et de réaffirmer l’importance des données statistiques dans la conception des politiques publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Fatoumata Maguiraga

Carte biométrique : AODI veut simplifier le parcours des patients

Se faire soigner commence souvent par une longue attente. Dossiers papier, files interminables et informations médicales dispersées compliquent le parcours des patients. La startup malienne AODI propose une réponse numérique fondée sur une carte biométrique de santé.

Il est 7 heures lorsque Fadiga franchit les portes d’un hôpital de Bamako, poussée par de violentes douleurs abdominales. Elle n’en ressort qu’à 20 heures. « Entre-temps, je me tordais de douleur et je pleurais », confie-t-elle. Autour d’elle, les patients affluent et l’attente se prolonge.
Cette scène illustre les difficultés d’un système de santé encore faiblement numérisé. Le dossier papier reste courant et peut compliquer le suivi des malades entre plusieurs structures. Publié en 2023 dans le cadre du projet SanDi, un rapport de chercheurs de l’Université de Sherbrooke relève aussi les limites du cadre juridique malien concernant la vie privée, la collecte et la sécurité des données médicales.
Innovation
C’est en observant des situations comme celle de Fadiga qu’AODI, fondée par Astou Oumar Diallo, a conçu son premier projet. La carte donnerait accès, grâce à un identifiant biométrique et à la technologie NFC, à un dossier médical numérique regroupant antécédents, allergies, résultats d’examens et observations des soignants. Présentée devant un lecteur compatible, elle permettrait d’identifier rapidement le patient et de retrouver ses informations. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à assurer une consultation à distance.
Chaque utilisateur disposerait d’un identifiant de santé personnel et portable. Le dispositif pourrait simplifier la vérification des droits des assurés et éviter la reconstitution du dossier à chaque passage. Il ne supprimerait pas toutes les files d’attente, mais réduirait le temps consacré à l’identification et à la recherche des informations.
L’ensemble serait piloté par un logiciel également nommé AODI. Chaque hôpital ou Centre de santé communautaire disposerait d’un accès distinct. La startup annonce des serveurs sécurisés et des partenariats techniques, mais plusieurs garanties devront être précisées : lieu d’hébergement, chiffrement, sauvegarde, traçabilité des consultations, consentement du patient et règles de partage des données. De simples identifiants et mots de passe ne suffisent pas à préserver le secret médical.
Pour des patients comme Fadiga, chaque heure perdue compte. La carte ouvre une piste pour fluidifier le parcours de soins, mais son utilité devra être démontrée par des essais en conditions réelles, l’adhésion des structures sanitaires et une protection rigoureuse des données sensibles.
Ibrahim Baby

Bamako Fashion Week 2026 : le patrimoine textile à l’honneur

La 3e édition de la Bamako Fashion Week se tiendra du 8 au 10 octobre 2026 au Mémorial Modibo Keïta, à Bamako. Placée sous le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental », elle mettra particulièrement en valeur la création et le patrimoine textile africain.

L’événement signe le retour de ce rendez-vous, plus de onze ans après la première édition organisée en février 2015 en hommage à Chris Seydou. Le styliste malien demeure une référence pour avoir introduit le bogolan dans la haute couture et contribué à son rayonnement international. Coorganisée par Mariam Bocoum et Makhossi, avec l’appui technique de Mali Mode Association, la manifestation veut replacer les matières et les savoir-faire maliens au centre de la création contemporaine. Bogolan, coton tissé, teintures et cuirs locaux devraient y côtoyer des formes et des coupes nouvelles, dans un dialogue entre héritage et modernité.
Pour Mariam Bocoum, coorganisatrice, la Fashion Week doit aussi révéler la diversité des expressions vestimentaires maliennes et offrir une visibilité aux nouvelles générations de créateurs.
« Le Mali regorge de talents », souligne-t-elle, en insistant sur la nécessité de mieux faire connaître leurs créations. Le rendez-vous leur donnera l’occasion de proposer leur propre lecture des formes, des couleurs et des symboles locaux.
Programme chargé
Des panels, un Forum de la mode et des masterclasses sont prévus. Ces rencontres permettront aux stylistes, artisans, tisserands, teinturiers et jeunes créateurs d’échanger sur les techniques, la transmission des savoirs et les nouvelles manières d’interpréter les étoffes africaines. Elles doivent aussi rapprocher les différents métiers qui participent à l’identité visuelle de la mode malienne.
Pendant trois jours, Bamako accueillera des créateurs, des médias et des invités du Sénégal, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire et de la diaspora. Le programme prévoit une cérémonie d’ouverture accompagnée d’un défilé collectif, un espace réservé aux talents émergents, un Défilé du Sahel, un Défilé Nouvelle Génération et un Défilé international. Des rencontres professionnelles et des espaces de cocréation compléteront ces présentations.
Elle entend ainsi « transformer nos savoir-faire en produits contemporains », affirme Mariam Bocoum.
Cette 3e édition veut présenter la mode comme une expression culturelle à part entière. Elle entend favoriser la transmission entre générations, faire connaître les techniques locales et montrer comment les créateurs maliens renouvellent leur patrimoine sans en effacer les références.
Ali Sankaré

Les réseaux de fibre du Mali et du Sénégal sont reliés

La SMTD-SA et Sénégal Numérique ont inauguré leur interconnexion le 5 octobre à la frontière. Les capacités techniques et les conditions commerciales de la liaison restent à publier.

La Société malienne de transmission et de diffusion et Sénégal Numérique SA ont inauguré lundi 5 octobre l’interconnexion de leurs réseaux nationaux de fibre optique. La cérémonie s’est déroulée à Diboli, sur le pont de Kidira qui matérialise la frontière entre les deux pays.
Le gouverneur de la région sénégalaise de Tambacounda, le préfet malien du cercle d’Ambidédi, des responsables territoriaux ainsi que des représentants des services de sécurité des deux pays ont participé à la cérémonie, selon l’Agence de presse sénégalaise.
Un réseau dorsal, souvent désigné par le terme anglais « backbone », transporte de grandes quantités de données entre plusieurs parties d’un territoire. La liaison inaugurée raccorde les infrastructures publiques exploitées par la SMTD-SA au Mali et par Sénégal Numérique.
Une convention signée en avril
L’interconnexion résulte d’une convention conclue entre les deux sociétés lors d’un atelier du Réseau ouest-africain des backbones nationaux, organisé les 9 et 10 avril 2026 au Sénégal.
Selon Sénégal Numérique, cet atelier réunissait des représentants de neuf pays : le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Niger et la Sierra Leone. Les travaux portaient sur l’interopérabilité des infrastructures publiques, leur exploitation et la construction de liaisons entre réseaux nationaux.
La cérémonie du 5 octobre marque le passage de cette convention institutionnelle à un raccordement physique à la frontière. La liaison offre aux deux sociétés une voie directe pour échanger du trafic entre leurs infrastructures.
D’après le dossier de presse cité par l’APS, les deux opérateurs publics veulent diversifier les routes de connectivité et renforcer la sécurité des transmissions. L’amélioration de la qualité des services numériques constitue également un objectif annoncé.
Isidore Diouf, directeur général de Sénégal Numérique, a déclaré que la liaison devait augmenter les capacités de transmission et renforcer la résistance des réseaux aux interruptions. Cheikh Oumar Traoré, directeur général de la SMTD-SA et président du réseau régional, a présenté l’interconnexion comme un nouvel accès pour les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs de services numériques.
Ces déclarations décrivent les résultats recherchés par les deux sociétés. Les communications publiées ne donnent pas la capacité de la liaison en gigabits par seconde, le montant investi, les résultats des essais techniques ou les tarifs de gros applicables aux opérateurs.
Une nouvelle route pour les données
L’intérêt immédiat de l’interconnexion réside dans l’existence d’une route supplémentaire entre les deux réseaux nationaux. Lorsqu’une liaison connaît une interruption ou une saturation, un autre itinéraire peut contribuer à maintenir la circulation des données, sous réserve des accords techniques conclus entre les exploitants.
Pour le Mali, pays sans accès direct à la mer, les communications internationales empruntent des infrastructures traversant les pays voisins. Le raccordement de Diboli-Kidira ajoute une liaison publique avec le Sénégal aux itinéraires disponibles.
L’effet sur les usagers dépendra de l’exploitation effective de cette capacité par les opérateurs. La mise en service d’une liaison de gros et la fourniture d’un abonnement au consommateur relèvent de niveaux différents. Les opérateurs de télécommunications utilisent les réseaux de transport pour acheminer leurs données, puis fixent leurs offres selon leurs propres capacités, contrats et conditions réglementaires.
Les documents consultés établissent la réalisation du raccordement entre la SMTD-SA et Sénégal Numérique. Ils présentent la diversification des routes, la sécurité des transmissions et l’amélioration des services comme des objectifs. Les premiers indicateurs techniques attendus concernent le trafic effectivement transporté, la disponibilité de la liaison et le nombre d’opérateurs qui l’utilisent.

Tapentadol : L’antalgique opioïde qui inquiète

Conçu pour traiter certaines douleurs intenses, le tapentadol fait l’objet d’un détournement préoccupant au Mali, notamment chez des jeunes. Consommé sans prescription ou à fortes doses, cet opioïde expose à la dépendance, à la perte de connaissance et à une dépression respiratoire potentiellement mortelle.

Dans les grands marchés, sur les trottoirs, aux arrêts de bus et dans les gares de Bamako, des scènes frappent les passants. Des jeunes, parfois des femmes, restent figés, somnolent debout ou paraissent incapables de s’asseoir. Des témoins les attribuent au tapentadol, surnommé « bloqué » au Mali. Ce médicament, normalement délivré sur prescription, agit sur le cerveau et le système nerveux pour soulager les douleurs sévères. Son détournement et sa disponibilité dans des circuits clandestins alimentent l’inquiétude.

La dernière saisie annoncée par les Douanes confirme l’ampleur de cette circulation. Le 25 septembre 2026, à 1h 30, la Brigade mobile d’intervention de Bancoumana a découvert 11 259 plaquettes, soit 112 590 comprimés, dans une Sotrama contrôlée dans le Mandé. La Direction générale des Douanes a rendu l’opération publique le 1er octobre. Selon Amadou Coulibaly, chauffeur de Sotrama, le produit est devenu une drogue de rue. « Je ne passe pas une journée sans voir une victime dans la zone du Grand Marché. Les usagers se retrouvent bloqués au milieu de la chaussée, au risque de provoquer des accidents », témoigne-t-il. Cette saisie pose aussi la question de l’approvisionnement des vendeurs et du contrôle des circuits pharmaceutiques.

Risques médicaux majeurs

Le tapentadol agit sur les récepteurs opioïdes du système nerveux central et modifie la transmission de la douleur. La dose, la durée du traitement et la forme prescrite doivent être déterminées par un professionnel de santé. Même utilisé conformément à une ordonnance, il peut entraîner une dépendance.

Pris sans suivi médical ou au-delà des doses prescrites, il peut provoquer somnolence, vertiges, nausées, constipation, confusion et troubles de la coordination. Un surdosage peut entraîner des pupilles contractées, une perte de connaissance, un coma ou l’arrêt de la respiration. Une respiration lente ou entrecoupée de longues pauses exige une prise en charge médicale urgente.

Le danger augmente lorsque le tapentadol est associé à l’alcool, aux somnifères, aux anxiolytiques, à certains médicaments sédatifs ou à d’autres opioïdes. Ces mélanges renforcent la somnolence et peuvent provoquer une dépression respiratoire fatale. La prévention passe par un contrôle plus strict de la distribution, l’information du public et l’orientation des consommateurs dépendants vers des services de soins adaptés.

Joseph Amara Dembélé

Tournoi de l’UFOA-A U20 : Les Aiglons affûtent leurs armes

À quelques jours du coup d’envoi du tournoi de l’UFOA-A U20 2026, qualificatif pour la CAN U20 2027, la sélection nationale poursuit ses derniers réglages à Bamako.

Pays hôte, le Mali vise au moins la finale pour retrouver la scène continentale. Depuis le 30 septembre, le sélectionneur national, Mamoutou Kané, dit « Mourlé », travaille avec un groupe de 25 joueurs au Centre d’entraînement pour sportifs d’élite Ousmane Traoré de Kabala. Cette dernière phase prolonge une préparation entamée plusieurs mois plus tôt, après une présélection élargie à 70 joueurs en juin.

Sur le terrain, les résultats des différentes oppositions sont jusque-là encourageants. En dix matches amicaux disputés depuis la fin du mois de juillet, les Aiglons affichent huit victoires et deux nuls. Ils ont notamment battu l’AS Motema Pembe (4-3), le Djoliba AC à deux reprises (3-1, puis 4-3), le FC Diarra (4-2), le CSB (3-0), Binga FC (1-0), l’AS Réal (5-1) et l’AS Bakaridjan (3-0). Après un premier nul face à l’AS Réal (1-1), les hommes de Mourlé ont de nouveau été accrochés sur le même score par l’US Bougouba, lors de leur dernière sortie, le 5 octobre.

Avec 29 buts inscrits contre 12 encaissés sur cette série, le bilan traduit surtout l’efficacité offensive d’un groupe qui a régulièrement trouvé le chemin des filets.

Les Aiglons avaient également enchaîné trois rencontres sans encaisser de but face au CSB, à Binga FC et à l’AS Bakaridjan, avant le nul contre l’US Bougouba. Ces oppositions, essentiellement disputées face à des clubs locaux, ont permis au staff de multiplier les essais et d’affiner ses choix à l’approche de la compétition.

La CAN U20 2027 en ligne de mire

Le tirage au sort, effectué le 1er octobre, a placé le Mali dans le groupe A, aux côtés de la Guinée, de la Gambie et du Liberia. Le Sénégal, tenant du titre zonal, évoluera dans le groupe B avec la Mauritanie, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau. Les deux premiers de chaque groupe accéderont aux demi-finales, et les deux finalistes décrocheront les billets de l’UFOA-A pour la CAN U20 2027 au Ghana.

« C’est une poule assez relevée », reconnaît Mamoutou Kané, qui ne cache toutefois pas ses ambitions. « Notre objectif principal est d’atteindre au moins la finale », assure le technicien.

L’enjeu est d’autant plus important que le Mali avait manqué la CAN U20 2025 après son élimination dès la phase de groupes du tournoi qualificatif de 2024. Championne d’Afrique en 2019, la sélection U20 veut renouer avec la phase finale continentale. À domicile, l’objectif est double : décrocher l’un des deux billets qualificatifs et tenter de reconquérir le titre zonal.

Mohamed Kenouvi

Naparé Magnini Diarra: « Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école ».

Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice de FAWE Mali. Elle nous explique les mécanismes de détection des filles menacées de mariages d’enfants et les solutions pour assurer leur maintien scolaire en cas de mariage. Propos recueillis par Massiré Diop.

Quels signes permettent de repérer une élève menacée ?

Les absences répétées, une baisse de fréquentation ou de niveau, l’annonce d’un mariage, un départ ou une pression familiale peuvent alerter les enseignants, la direction, les mères d’élèves et les personnes de confiance. Des mécanismes de protection existent, mais chaque école ne dispose pas d’un protocole fonctionnel.

Comment l’établissement peut-il intervenir ?

Il faut écouter la fille sans jugement, évaluer les risques, préserver sa confidentialité et établir un plan de sécurité et de maintien à l’école. L’établissement ne doit ni affronter seul la famille ni promettre un secret absolu. Il doit pouvoir s’appuyer sur une personne formée et un circuit écrit vers les services sociaux, sanitaires et de protection.

Comment favoriser le retour à l’école des filles mariées ou devenues mères ?

L’accueil doit se faire sans stigmatisation, avec des cours de rattrapage ou des passerelles, un accompagnement psychosocial et sanitaire et, pour les jeunes mères, des solutions de garde. Entre 2022 et 2024, le projet Break Free de FAWE Mali a permis à 50 filles, dont des filles mariées ou devenues mères, de retourner à l’école.

Cortèges de mariage : Appliquer la règle

La fête ne peut pas tout permettre. Les cortèges de mariage transforment encore trop souvent certaines voies de Bamako et d’autres villes en espaces de conduite désordonnée, entre longues files de véhicules, coups de klaxon, motos qui se faufilent et arrêts improvisés. Le problème est connu et des règles existent.

À Bamako, un communiqué de la Délégation spéciale de la Mairie du District, daté du 29 août 2024, limite les cortèges à six véhicules et prévoit des sanctions contre les contrevenants. À Kati, l’arrêté n°2026/03/MKTI du 4 mai 2026 interdit les cortèges et n’autorise que deux véhicules pour accompagner les mariés. À Kayes, une décision similaire limite également l’accompagnement à deux véhicules.

Ainsi donc, le problème n’est plus l’absence de réglementation. Il réside dans la continuité de son application. Une mesure annoncée avec fermeté, contrôlée pendant quelque temps puis progressivement oubliée finit par perdre toute portée. Les anciennes habitudes reprennent alors rapidement.

Personne ne demande de supprimer les manifestations de joie qui accompagnent un mariage. Mais célébrer une union ne donne pas le droit de bloquer la circulation ni d’adopter des comportements qui exposent les autres usagers des voies publiques.

Les collectivités disposent déjà de moyens de contrôle. Encore faut-il que les sanctions prévues soient réellement appliquées et que familles, chauffeurs et organisateurs sachent que la règle ne disparaît pas après sa publication.

Le Mali n’a pas besoin d’un texte supplémentaire. Il a surtout besoin de faire respecter strictement et durablement ceux qui existent déjà. C’est également ainsi que l’autorité publique gagnera en crédibilité.

Massiré Diop

AfCRA : Le pari africain d’une notation plus crédible

L’Afrique veut installer son propre regard dans un marché de la notation largement dominé par Moody’s, S&P et Fitch. Avec l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), le continent cherche à mieux refléter ses réalités économiques sans sacrifier l’exigence de crédibilité.

Portée par l’Union africaine et mise en place sous la supervision du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), AfCRA doit noter les États, les collectivités, les entreprises et les institutions africaines. Le projet répond notamment au manque de couverture. Selon l’Union africaine, seuls 32 des 55 États du continent sont actuellement notés par les trois grandes agences internationales, laissant 23 pays hors de leur champ.

L’agence entend aussi couvrir des collectivités et des entreprises peu ou pas évaluées sur les marchés internationaux. Elle part du constat que les méthodes existantes ne rendent pas toujours suffisamment compte de certaines réalités locales. Le poids du secteur informel, les marchés domestiques, la qualité des données publiques, la mobilisation des ressources ou la distinction entre dette en monnaie locale et dette en devises peuvent influer sur l’appréciation du risque.

Le débat ne consistera toutefois pas à considérer toutes les mauvaises notes comme injustifiées. Endettement, inflation, déficits budgétaires, faibles réserves de change, instabilité politique ou risque de restructuration continueront de peser. AfCRA ne pourra convaincre qu’en montrant que ses modèles sont à la fois plus contextualisés et aussi exigeants que ceux de ses concurrentes.

Crédibilité à instaurer

AfCRA est présentée comme une entité privée, autofinancée et indépendante. Les gouvernements ne pourront pas en détenir d’actions et le MAEP, qui a supervisé sa création, n’en assurera pas la gestion quotidienne. Sa gouvernance prévoit également des mécanismes destinés à limiter les conflits d’intérêts.

Son installation institutionnelle ne signifie pas que toutes les notations seront produites immédiatement. Le passage à l’activité effective dépendra aussi du cadre réglementaire applicable à Maurice et des autorisations nécessaires.

Le véritable test viendra des investisseurs. Banques, fonds, assureurs, fonds de pension et gestionnaires d’actifs devront reconnaître ses analyses et les intégrer dans leurs décisions. Une notation africaine, même mieux contextualisée, ne réduira pas automatiquement le coût du crédit si les marchés ne lui accordent pas de valeur.

AfCRA peut néanmoins élargir la couverture des émetteurs africains, améliorer l’information disponible et introduire davantage de concurrence. Son influence dépendra moins de notes plus favorables que de sa capacité à produire des évaluations indépendantes, transparentes et suffisamment solides pour être utilisées dans les décisions d’investissement à long terme.

Massiré Diop

Session d’octobre du CNT : Lois et contrôle de l’Exécutif au programme

Ouverte le 5 octobre 2026 au CICB, la session ordinaire d’octobre du Conseil national de Transition (CNT) sera dominée par l’examen du projet de loi de finances 2027. Pendant 75 jours au plus, les membres devront aussi étudier plus d’une trentaine de projets de loi et reprendre cinq lois organiques.

Le discours d’ouverture du Président du CNT, Malick Diaw, a donné la mesure du travail attendu. Entre textes en instance, nouveaux projets transmis par le Gouvernement et seconde délibération de plusieurs lois organiques, cette rentrée parlementaire doit faire avancer les réformes institutionnelles et renforcer le contrôle de l’action publique.

Un agenda législatif fourni

« Plus d’une trentaine de projets de loi sont inscrits à l’ordre du jour de nos commissions », a annoncé Malick Diaw. Il s’agit de textes renvoyés lors des précédentes sessions et de nouveaux projets déposés par le Gouvernement.

À cet ensemble s’ajoute la seconde délibération sur cinq lois organiques relatives à la Cour constitutionnelle, à la Cour suprême, à la Cour des comptes, au Conseil supérieur de la magistrature et aux langues nationales. Après leur contrôle de constitutionnalité, elles reviennent devant le CNT pour intégrer les observations de la Cour constitutionnelle.

La reprise remet également sur la table les textes pris pendant l’intersession. Autorisé à légiférer par ordonnance entre la clôture de la session d’avril et l’ouverture de celle d’octobre, le Gouvernement a notamment adopté en Conseil des ministres un projet d’ordonnance modifiant le Code des personnes et de la famille, avec des dispositions sur la perte et la déchéance de la nationalité malienne.

Deux autres projets d’ordonnance ont concerné le statut des villages, fractions et quartiers ainsi que les ressources fiscales des collectivités territoriales, adaptées à la nouvelle organisation administrative. Conformément à l’article 121 de la Constitution, une ordonnance entre en vigueur dès son adoption, mais devient caduque si le projet de loi de ratification n’est pas déposé dans le délai fixé par la loi d’habilitation.

Le budget 2027 en première ligne

Le dossier central est le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre. Il prévoit 3 866,635 milliards de francs CFA de recettes et 4 462,646 milliards de dépenses, soit un déficit de 596,011 milliards. Par rapport à la loi de finances rectifiée de 2026, les recettes progresseraient de 14,64%, les dépenses de 11,75% et le déficit reculerait de 3,93%.

L’examen prolongera le Débat d’orientation budgétaire tenu en juin autour du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route », a résumé Malick Diaw. Les commissions devront vérifier la traduction financière des priorités annoncées ainsi que les hypothèses de croissance et de mobilisation des recettes.

L’exercice intervient alors que les dépenses de défense et de sécurité doivent cohabiter avec les besoins d’éducation, de santé, d’eau, d’énergie et d’emploi. Dans le cadre du budget-programme, l’examen ne portera donc pas uniquement sur les montants, mais aussi sur les objectifs assignés aux crédits et les indicateurs retenus pour apprécier les résultats.

L’action gouvernementale à l’examen

Le contrôle de l’action gouvernementale occupera également la session. Les commissions examineront les crédits demandés pour 2027, l’exécution des programmes en cours et les résultats obtenus. Les membres du Gouvernement seront entendus dans leurs domaines respectifs avant la synthèse de la Commission des Finances et le débat en plénière.

Malick Diaw a insisté sur la nécessité d’un « contrôle rigoureux de l’action publique ». Il a aussi résumé la logique du budget-programme par une interrogation : « la question n’est plus seulement combien avons-nous dépensé, mais pour quoi et avec quels résultats ? »

En parallèle, le CNT devra assurer le suivi des recommandations de la session inaugurale des Parlements de la Confédération des États du Sahel, tenue à Niamey du 24 au 29 août. Ces recommandations ont été transmises aux Chefs d’État de l’AES.

Les auditions, les amendements et les votes diront comment le CNT arbitre entre réformes institutionnelles, contraintes budgétaires et attentes sociales. Le projet de budget 2027 constituera le principal test.

Mohamed Kenouvi

Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous

La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.

Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.

La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.

Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.

Relais locaux

Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.

La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.

Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.

La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.

Massiré Diop

Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie

Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.

Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.

Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.

La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.

Décrochages multiples

Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.

Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.

Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.

« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.

Seuils d’âge contradictoires

La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.

Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.

Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.

Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.

Alerte précoce

La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.

Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.

La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.

Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.

Continuité dans la protection

La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.

La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.

La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.

Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.

Massiré Diop

Dr Seydou Diallo : « Nous avons dépassé le seuil de 70% de dépistage »

Chef du service de santé mère-enfant à l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), le Dr Seydou Diallo revient sur les efforts engagés dans le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Il évoque la progression du recours au dépistage, les difficultés persistantes dans certaines zones et le dispositif de prise en charge mis en place au CHU du Point G. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel bilan l’ONASR dresse-t-il aujourd’hui du dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus ?
Le bilan que nous dressons aujourd’hui est vraiment élogieux. Avec l’opérationnalisation de l’ONASR en 2022, nous avons commencé à organiser régulièrement, chaque année, Octobre Rose, consacré au dépistage du cancer du sein, que nous avons associé au dépistage du cancer du col de l’utérus.
En outre, le dépistage est intégré à la campagne de planification familiale, désormais couplée au dépistage des cancers du col de l’utérus et du sein. Il y a également le programme « Week-end 70 », qui permet d’effectuer le dépistage de routine.
Avant l’opérationnalisation de l’ONASR, le taux de dépistage au Mali était inférieur à 5%.Aujourd’hui, nous avons dépassé le seuil de 70%.
Cette multiplication des campagnes a-t-elle permis de faire reculer les diagnostics tardifs ?
La sensibilisation commence à porter ses fruits. Auparavant, les cancers étaient détectés beaucoup plus tardivement. Aujourd’hui, avec l’augmentation du dépistage, nous constatons que les femmes arrivent moins souvent à des stades avancés, notamment dans le cas du cancer du col de l’utérus. On ne peut pas inverser la tendance d’un seul coup. Cela se fera progressivement, grâce à la sensibilisation et au dépistage précoce.
Les difficultés demeurent surtout dans certaines zones humanitaires, où la situation sécuritaire complique l’accès des services de santé aux populations. Malgré cela, des campagnes de sensibilisation et de dépistage y sont également organisées.
Qu’en est-il de l’orientation et du suivi des femmes après le dépistage ?
Aujourd’hui, il y a moins de difficultés en matière d’orientation. Les femmes chez lesquelles un cancer est confirmé sont orientées vers le CHU du Point G, où existe une chaîne de prise en charge allant du bilan à la chimiothérapie et à la radiothérapie.
Un partenariat entre l’État malien et Médecins sans frontières permet aux femmes intégrées dans cette cohorte de bénéficier d’une prise en charge gratuite. Cela concerne le bilan diagnostique, le bilan thérapeutique, la chimiothérapie, la radiothérapie et même l’hormonothérapie.
Auparavant, nous ne disposions pas de cette orientation claire et toute la prise en charge était à la charge de la patiente. Aujourd’hui, il faut reconnaître qu’il y a eu une avancée significative.
Comment assurer la continuité entre le dépistage, la confirmation du diagnostic et le traitement ?
Pour le cancer du col de l’utérus, nous effectuons notamment le dépistage à l’aide des tests IVA/IVL dans nos structures. Pour le cancer du sein, nous encourageons les femmes à pratiquer régulièrement l’autopalpation, notamment après les menstruations, afin de rechercher une asymétrie, une grosseur anormale, une plaie ou une boule.
Lorsqu’on veut aller plus loin, la mammographie permet de dépister le cancer du sein. Après le dépistage, la biopsie et l’examen anatomopathologique permettent de confirmer la présence de cellules cancéreuses.
Une fois le diagnostic confirmé, les femmes sont orientées vers le CHU du Point G et intégrées dans la cohorte. À partir de là, la prise en charge devient gratuite, du bilan aux traitements.
C’est cette chaîne qui permet aujourd’hui d’améliorer la continuité entre le dépistage, le diagnostic et la prise en charge.
Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Aguelhoc : des coupons alimentaires pour 8 000 personnes

Le PAM a commencé les distributions au début de septembre. La première phase couvre environ 1 500 ménages déplacés ou accueillant des familles.

Près de 8 000 personnes ont bénéficié d’une première distribution de coupons alimentaires à Aguelhoc, dans la région de Kidal. Selon Aline Samu Nkuelo, représentante et directrice du Programme alimentaire mondial au Mali, l’opération a commencé au début du mois de septembre et concerne environ 1 500 ménages.
L’assistance cible des personnes déplacées ainsi que les familles qui les accueillent. Les bénéficiaires utilisent leurs coupons pour acheter des produits alimentaires auprès de commerçants locaux, en fonction des besoins de leur foyer.
Ces informations ont été données par la responsable du PAM au cours d’un entretien diffusé le 6 octobre par Studio Tamani. La communication publiée ne précise pas la valeur de chaque coupon, la liste des produits admissibles ou le nombre de commerces participant au dispositif.
Une évaluation menée auprès des ménages
Avant le lancement de l’opération, le PAM, ses partenaires et d’autres agences ont réalisé une évaluation multisectorielle dans la zone. D’après Aline Samu Nkuelo, trois ménages interrogés sur quatre ont déclaré rencontrer de grandes difficultés pour se nourrir convenablement.
La même évaluation a relevé que 99 % des ménages interrogés signalaient une forte baisse de leur pouvoir d’achat. Ce pourcentage concerne les personnes couvertes par l’enquête menée à Aguelhoc. Il ne constitue pas une estimation applicable à l’ensemble des ménages maliens.
La responsable du PAM explique que les familles d’accueil partagent leurs ressources avec les nouveaux arrivants. L’opération les intègre donc au dispositif au même titre que les ménages déplacés.
Les femmes enceintes ou allaitantes et les jeunes enfants font l’objet d’une attention particulière. Le PAM rattache cette priorité aux niveaux de malnutrition observés dans le nord du pays et aux besoins nutritionnels propres à ces groupes.
Des achats auprès des commerçants locaux
Le coupon diffère d’une distribution directe de céréales ou d’autres denrées. Il permet au ménage de choisir les produits disponibles auprès des commerçants agréés dans la localité.
Ce mécanisme suppose que les marchés disposent de stocks suffisants et que les prix restent suivis pendant l’opération. Il nécessite également un contrôle des coupons remis, des transactions réalisées et des remboursements dus aux commerçants.
Le montant attribué à chaque ménage constitue une donnée importante pour apprécier la couverture réelle de l’aide. La communication diffusée le 6 octobre indique le nombre de personnes et de foyers bénéficiaires, mais ne fournit pas cette valeur financière.
Aline Samu Nkuelo précise que l’intervention a été préparée avec les autorités maliennes, les responsables communautaires, les organisations non gouvernementales partenaires et les autres agences présentes dans la zone.
Une aide nationale fortement ciblée
À l’échelle nationale, le PAM estime que plus de 1,5 million de personnes ont été confrontées à une insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure de juin à août 2026. Une évaluation d’urgence réalisée en juin avait conclu que 40 % des ménages interrogés avaient besoin d’une assistance humanitaire, tandis que 4 % déclaraient en avoir reçu au cours des trois mois précédents.
Le PAM indique également que ses difficultés de financement l’ont conduit à réduire la durée de certaines aides de six à trois mois en 2026. Selon l’organisation, plus de 200 000 personnes vulnérables ont été retirées des programmes d’assistance à la suite de cette révision des priorités.
À Aguelhoc, le PAM prévoit un suivi après les distributions et la collecte d’avis auprès des bénéficiaires. Aline Samu Nkuelo a indiqué qu’une première observation des effets de l’aide demanderait un à deux mois.
Le bilan disponible porte sur le démarrage de l’opération. Il établit que près de 8 000 personnes, réparties dans environ 1 500 ménages, ont reçu des coupons utilisables auprès de commerçants locaux. Les résultats nutritionnels et la durée effective de la prise en charge seront documentés par le suivi annoncé par le PAM.
Massiré Diop