Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Justice : 141 places, des renforts à former pendant deux ans
Le dépôt des candidatures commence ce lundi pour cent auditeurs de l’ordre judiciaire, vingt de l’ordre administratif et vingt et un de l’ordre des comptes. Les lauréats devront achever une formation probatoire de vingt-quatre mois avant leur nomination comme magistrats.
Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »
La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.
Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?
Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.
Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.
Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.
La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.
Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.
Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.
Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.
Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.
Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.
Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?
Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.
Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.
Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.
Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?
La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.
Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.
Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.
Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.
Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.
L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.
Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?
À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.
La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.
Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.
On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.
Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.
Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?
L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.
Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.
Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.
La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.
Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.
Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.
La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.
C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.
Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.
D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.
Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.
Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.
Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.
C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.
Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.
Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.
Choc en Allemagne : L’AfD conquiert la Saxe-Anhalt
Avec 43,8% des voix en Saxe-Anhalt, le parti AfD a signé le 6 septembre son meilleur résultat dans une élection régionale allemande. Le scrutin ne change pas immédiatement la politique de Berlin, mais il fragilise un équilibre dont dépendent aussi plusieurs choix européens.
Le parti d’extrême droite a obtenu 39 des 83 sièges du Landtag, 3 de moins que la majorité absolue. En face, la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke totalisent eux aussi 39 sièges. Les cinq élus du BSW deviennent ainsi décisifs pour l’investiture du prochain Ministre-président et le fonctionnement du futur gouvernement.
La circonscription de Saxe-Anhalt ne compte pas parmi les Länder les plus puissants d’Allemagne, mais son poids politique est devenu considérable. Située dans l’ex-RDA, elle constitue l’un des principaux bastions de l’AfD et un test grandeur nature de sa capacité à passer de la contestation à l’exercice du pouvoir.
Depuis des années, les principales formations maintiennent un « cordon sanitaire » autour de l’AfD. Celui-ci subsiste, mais son coût augmente lorsqu’un parti approche seul de la moitié des sièges. Le BSW n’a promis aucune coalition avec l’AfD, mais accepte de discuter avec elle et pourrait jouer un rôle décisif au cas par cas.
Le vote confirme aussi une rupture plus profonde. L’AfD passe de 20,8% en 2021 à 43,8% dans le Land, après avoir obtenu 20,8% aux législatives fédérales de 2025. Ce n’est pas la fin de la gauche en Allemagne, déjà dirigée par le conservateur Friedrich Merz, mais l’affaiblissement du vieux centre CDU-SPD.
Un avertissement pour l’Europe
Les effets les plus sensibles se joueront à Berlin. L’AfD réclame une politique migratoire beaucoup plus restrictive, conteste l’aide militaire à l’Ukraine et défend un rapprochement avec Moscou, ainsi qu’un assouplissement des sanctions contre la Russie.
Pour l’Union européenne, l’enjeu est important. En effet, l’Allemagne reste sa première économie et, avec la France, l’un de ses principaux moteurs politiques. Pourtant, une polarisation durable compliquerait le couple franco-allemand sur la défense, l’Ukraine, la migration et l’intégration européenne.
Ainsi, il convient de reconnaître que le scrutin ne livre pas encore totalement la Saxe-Anhalt à l’AfD. Il montre surtout qu’elle est désormais assez puissante pour peser sur les coalitions, déplacer le débat national et, à terme, influencer les choix européens de l’Allemagne.
Massiré Diop
Mois du tourisme au Mali : Relancer l’économie par la clientèle locale
Du 1er au 30 septembre 2026, le Mali organise la première édition du Mois du tourisme, pour stimuler les déplacements à l’intérieur du pays. L’objectif économique est d’accroître la fréquentation des hôtels, restaurants, agences de voyages, transporteurs et artisans et les autres activités liées au tourisme.
« Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme » est le thème retenu par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Pour Yamadou Diallo, Secrétaire général de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière du Mali, cette initiative prolonge les efforts engagés pour relancer un secteur affaibli depuis plus d’une décennie.
Les chiffres montrent l’ampleur du recul. En 2019, le Mali avait enregistré 217 050 arrivées de visiteurs, selon les statistiques nationales. À son apogée, le pays accueillait entre 200 000 et 300 000 touristes par an et engrangeait environ 120 milliards de francs CFA de recettes, selon Mali Tourisme. La contribution du secteur au PIB, autrefois proche de 3%, tourne aujourd’hui autour de 1%, selon le ministre Mamou Daffé.
Consommer localement
Le tourisme intérieur apparaît dès lors comme un moyen de remettre en mouvement une chaîne économique touchée par la baisse de la clientèle étrangère. Le Bamako City Tour 2026, organisé du 18 juillet au 27 septembre, propose des circuits dans la capitale et ses environs. Le programme « Les Maliens visitent le Mali » prévoit également des déplacements à l’intérieur du pays.
Selon Yamadou Diallo, cette clientèle peut « combler le déficit de l’arrivée des étrangers ». Les professionnels de l’hébergement comptent proposer des tarifs préférentiels pour attirer davantage les familles et soutenir l’activité des établissements.
L’effet recherché ne se limite pas aux nuitées. Chaque déplacement génère des dépenses de restauration, de transport, d’artisanat et de services. En 2023, les entreprises touristiques ont créé 1 768 emplois directs, dont 943 dans la restauration, 386 dans l’hébergement et 371 dans les agences de voyages, selon la Direction nationale du tourisme et de l’hôtellerie.
Le secteur reste toutefois confronté aux difficultés de financement et d’investissement. Pour les professionnels, le tourisme interne ne remplacera pas rapidement les recettes autrefois apportées par les visiteurs étrangers. Mais une clientèle nationale plus régulière peut aider les entreprises à maintenir leurs services, préserver des emplois et faire circuler davantage de revenus dans les territoires sur la durée.
Forum du développement durable : les acteurs maliens invités à miser sur l’action locale
Les collectivités territoriales seront au centre de la 6ᵉ édition du Forum du développement durable (FDD6), prévue les 6 et 7 octobre 2026. Placée sous le thème « Collectivités territoriales et durabilité : des solutions locales pour un avenir prospère et inclusif », la rencontre veut favoriser le dialogue entre les acteurs et faire émerger des réponses adaptées aux réalités de chaque territoire.
Aigles du Mali : Anthony Da Silva rebat les cartes pour les éliminatoires de la CAN 2027
Le sélectionneur national Anthony Da Silva a dévoilé, ce 10 septembre 2026, sa première liste de 26 joueurs pour le début des éliminatoires de la CAN 2027. De nouveaux visages apparaissent, tandis que plusieurs habitués manquent à l’appel.
Quinze joueurs de la dernière CAN sont toujours là, tandis que treize autres n’ont pas été retenus. Derrière ces chiffres, la première sélection d’Anthony Da Silva associe des cadres confirmés, des joueurs de retour et quelques nouveaux profils.
Un choix que le technicien franco-portugais inscrit dans une logique de mérite. « La porte de la sélection malienne est ouverte à tout joueur qui correspond à nos critères », a-t-il expliqué lors de la conférence de presse, citant notamment le travail au quotidien, le comportement, l’état d’esprit, les performances et la régularité en club.
Anthony Da Silva conserve notamment Djigui Diarra, Hamari Traoré, Amadou Haïdara et Lassine Sinayoko, autant de points d’appui pour entamer son mandat. Au milieu, Aliou Dieng, Lassana Coulibaly, Mamadou Sangaré et Kamory Doumbia apportent également leur expérience internationale. Devant, El Bilal Touré, Nene Dorgeles et Gaoussou Diarra sont reconduits. La défense garde aussi Ousmane Camara, Amadou Danté et Nathan Gassama.
Le groupe fait par ailleurs une place à Modibo Sagnan, Daouda Guindo, Cheick Keita, Ousmane Diakité, Issa Djiguiba et Moussa Sylla, tous absents de la liste pour la CAN au Maroc.
Du sang neuf autour des cadres
Dans les buts, le nouveau patron des Aigles fait appel à Émile Doucouré. Le gardien de 18 ans, arrivé à Genk en février après ses débuts dans l’élite belge avec le Beerschot, rejoint Djigui Diarra, Mamadou Samassa et Ngolo Traoré. Ce dernier, sociétaire du Stade malien, est le seul représentant du championnat national.
Adama Camara découvre également le groupe des Aigles. Pour le joueur du Paris FC, cette convocation prolonge une ascension entamée dans le football amateur. Passé notamment par le Racing Club de France, il a signé son premier contrat professionnel en 2023, à 26 ans.
Ange Martial Tia poursuit, lui, son chemin des sélections de jeunes vers les seniors. Formé à Afrique Football Élite et désormais au Stade de Reims, le milieu offensif faisait partie de l’équipe malienne troisième du Mondial U17 en 2023.
Almamy Gory connaît également sa première convocation avec les Aigles. L’attaquant d’Abha, passé notamment par Le Havre, Troyes et le Paris FC, fait partie des nouveaux visages retenus par Anthony Da Silva pour ce premier rassemblement.
Bissouma et plusieurs habitués hors du groupe
Une partie des absences s’explique par les blessures. Mahamadou Doumbia, Sikou Niakaté et Gaoussou Diakité, présents à la dernière CAN, sont indisponibles.
Le capitaine Yves Bissouma ne figure pas non plus dans cette première liste. Actuellement sans club et donc sans compétition, le milieu de terrain n’a pas été retenu. Mohamed Camara est également absent, tout comme Ibrahima Sissoko et les défenseurs Mamadou Fofana, Abdoulaye Diaby, Woyo Coulibaly et Fodé Doucouré. Le gardien Ismaël Diawara ainsi que les attaquants Mamadou Camara et Mamadou Doumbia complètent la liste des joueurs de la dernière CAN non convoqués.
Anthony Da Silva ne ferme toutefois pas la porte aux joueurs laissés de côté. « Un joueur qui n’est pas dans cette première liste ne doit pas penser que l’histoire est terminée », rassure le sélectionneur.
Pour les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027, le Mali recevra le Cap-Vert le 25 septembre 2026 à Bamako, avant de se déplacer à Monrovia pour affronter le Liberia le 29 septembre. Les Aigles affronteront ensuite la Tunisie en match amical le 3 octobre.
Mohamed Kenouvi
Mondial féminin : Les Aigles Dames quittent Berlin après leur exploit
Le 7 septembre 2026, les Aigles Dames ont quitté la Coupe du monde de Berlin dès la phase de groupes, avec une victoire et deux défaites. Leur succès contre l’Espagne, sixième nation mondiale, restera toutefois comme le fait marquant d’un parcours court mais riche en enseignements.
Le Mali avait débuté le 4 septembre par une défaite spectaculaire contre le Japon, 102-97. Les Maliennes avaient pourtant mené pendant près de 30 minutes et inscrit 97 points, mais l’adresse extérieure japonaise a fini par faire la différence. Le Japon a réussi 20 tirs à 3 points, un record dans l’histoire du Mondial féminin. Djeneba N’Diaye avait signé 22 points et 6 passes décisives, tandis que Sika Koné et Aminata Sangaré avaient également pesé dans le jeu intérieur.
Le lendemain, les Aigles ont créé la sensation face à l’Espagne en s’imposant 82-73. Menées 34-32 à la pause, elles ont renversé la rencontre dans un troisième quart-temps remporté 31-19. Sika Koné a terminé avec 19 points et 10 rebonds, Djeneba N’Diaye a ajouté 19 points et Rokia Doumbia a dirigé le jeu avec autorité. Cette victoire face à une référence du basket européen a confirmé que le Mali pouvait rivaliser avec les meilleures équipes lorsqu’il impose son intensité et son rythme.
Un exploit sans lendemain
Tout restait ouvert avant le dernier match contre l’Allemagne, pays hôte. Mais le 7 septembre, devant 12 550 spectateurs à la Berlin Arena, les Maliennes ont cédé 83-58. Elles ont résisté durant le premier quart-temps avant de subir l’accélération allemande. Le Mali n’a converti que 33% de ses tirs, contre 45% pour l’Allemagne, et seulement 52,6% de ses lancers francs. Rokia Doumbia a terminé meilleure marqueuse malienne du match avec 12 points.
Avec une victoire et deux défaites, le Mali termine quatrième du groupe A, derrière l’Espagne, l’Allemagne et le Japon. Les Japonaises, avec également une seule victoire, prennent la troisième place et accèdent au barrage qualificatif pour les quarts.
Sur les trois rencontres, Djeneba N’Diaye finit meilleure marqueuse malienne avec 17 points de moyenne. Sika Koné suit avec 16 points et 10,3 rebonds, tandis qu’Alima Dembélé tourne à 11,7 points et Rokia Doumbia à 5 passes décisives. Berlin laisse donc un bilan contrasté, avec une élimination précoce, mais aussi un succès de prestige qui confirme le potentiel d’une sélection capable de bousculer les grandes nations du basket mondial.
DDR-I : Après l’incorporation, le temps du brassage
Engagées le 20 novembre 2025, les opérations de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I) se poursuivent avec l’incorporation d’ex-combattants dans les Forces armées maliennes (FAMa). Une fois la formation achevée, une autre phase commence, consistant à faire de recrues venues de groupes différents des soldats soumis aux mêmes règles et au même commandement.
Passer du statut de combattant d’un mouvement armé à celui de soldat d’une armée régulière ne se résume pas à changer d’uniforme. Après la démobilisation, la sélection, la formation et le serment, l’intégration se joue surtout au quotidien dans les unités.
Selon le ministère de la Réconciliation, 1 760 ex-combattants ont été démobilisés en 2025 et 1 617 intégrés dans les FAMa. Le programme comporte aussi une réinsertion socio-économique.
Le 4 août 2026, 648 recrues ont achevé leur formation à Mopti et Tombouctou. À Soufouroulaye, les 254 sortants comprenaient 87 anciens de Dan Na Ambassagou, 30 chasseurs donsos et 137 ex-combattants issus de mouvements peuls. À Tombouctou, 394 autres recrues ont été présentées au drapeau. Le 2 septembre, 37 anciens combattants originaires de Kidal ont prêté serment à Anéfis.
Un apport de terrain
Cet apport humain peut renforcer une armée engagée sur plusieurs fronts. Certains connaissent bien les terrains où ils ont évolué pendant longtemps .
Pour l’analyste sécuritaire Amadou Haidara, une partie de ces recrues possède déjà « une expérience du terrain, du combat et des environnements difficiles ». La connaissance des axes, pistes secondaires, reliefs et communautés peut améliorer le renseignement de proximité.
Cette expérience doit toutefois s’inscrire dans la doctrine, la discipline et la chaîne de commandement des FAMa.
Les nouvelles recrues viennent de mouvements et de trajectoires parfois opposés. Certaines ont appartenu à des formations qui se sont affrontées. Cette diversité peut devenir un atout, mais elle suppose de rompre avec les anciennes appartenances opérationnelles.
« Dans une armée nationale, il ne peut y avoir qu’une seule chaîne de commandement et une seule loyauté institutionnelle », insiste M. Haidara. Selon lui, six mois de formation peuvent transmettre les fondamentaux et créer un premier brassage sans effacer plusieurs années d’appartenance à un groupe armé.
La cohésion se construira par l’entraînement commun, la vie en caserne, les missions partagées et l’application des mêmes règles. Des unités mixtes peuvent limiter la reconstitution de blocs issus des anciennes structures.
Le brassage au cœur
La question de l’équité est sensible. Grades, rémunérations, avancement, sanctions et obligations doivent répondre à des règles lisibles afin d’éviter les frustrations chez les nouveaux intégrés et les militaires déjà en service.
L’actualité rappelle aussi que l’intégration ne concerne pas seulement les individus. Le 28 août, l’état-major a demandé aux militaires en situation irrégulière opérant dans des groupes armés se disant proches de l’État de regagner leurs unités avant le 6 septembre. Le 8 septembre, des images diffusées et confirmées par le GATIA ont montré une importante mobilisation de ses combattants près de Gao. Le mouvement a réaffirmé sa loyauté aux institutions maliennes. Cette démarche ne signifie pas un rejet du DDR-I, mais pose la question de l’avenir de structures conservant une capacité propre de mobilisation.
Pour Seydou Sidibé, analyste politique, le DDR-I se trouve à un « moment charnière ». Il distingue l’incorporation administrative de l’intégration réelle, mesurée dans la durée par la discipline, la rupture avec les anciennes chaînes de loyauté et la stabilité dans les unités.
La réussite du processus passera aussi par une place durable offerte aux anciens combattants. « Un DDR réussit lorsqu’un ex-combattant considère qu’il a davantage à perdre en retournant dans la clandestinité ou dans un groupe armé qu’en restant dans le cadre institutionnel qui lui a été proposé », estime M. Sidibé.
Pour les bénéficiaires destinés à la réinsertion socio-économique, il plaide pour des formations adaptées aux réalités locales, accompagnées de financements, de débouchés et d’un suivi dans la durée.
Les prochaines années permettront d’observer la stabilité des recrues, la discipline, les affectations, l’évolution professionnelle et les éventuelles défections. Ces indicateurs diront si l’incorporation a produit une nouvelle appartenance institutionnelle.
Le DDR-I ne se résumera pas au nombre de combattants désarmés ou de soldats formés. Sa portée se verra dans la capacité de l’armée et des dispositifs civils de réinsertion à retenir durablement ceux qui ont quitté les groupes armés.
Mohamed Kenouvi
Bandiougou Danté : « Je préfère qu’un journaliste soit interpellé par ses pairs plutôt que de le retrouver au tribunal ou en prison »
La Maison de la presse a lancé, le 4 septembre 2026, les travaux d’une cellule de préfiguration chargée de préparer un nouvel organe d’autorégulation des médias maliens. Créée par décision du 28 août, cette structure doit proposer son architecture, ses textes fondateurs, le traitement des plaintes et une feuille de route. Son Président, Bandiougou Danté, explique la démarche.
Pourquoi relancer aujourd’hui un organe d’autorégulation de la presse?
L’autorégulation est plus ancienne que la régulation dans l’histoire de la presse malienne. Mais les premières structures mises en place n’ont pas fonctionné comme nous l’espérions. Le paysage médiatique a beaucoup évolué. Depuis quelques années, les acteurs estiment nécessaire de relancer une instance qui prenne en compte les réalités actuelles et soit inclusive. Un Comité de suivi regroupant l’ensemble des organisations professionnelles a travaillé et formulé des recommandations. Nous avons privilégié une concertation avec toutes les parties prenantes, presse écrite, audiovisuelle et presse en ligne. La cellule doit définir l’architecture de l’organe, son règlement intérieur, son cahier des charges et les modalités de désignation de personnes indépendantes et crédibles.
Le Mali dispose déjà de la Haute Autorité de la Communication. Quelle sera la différence ?
La HAC est une structure étatique. Elle délivre les autorisations, peut les retirer et dispose d’un pouvoir de sanction. L’autorégulation, elle, se fait à l’intérieur de la profession. C’est en quelque sorte un Conseil des pairs. Sa vocation est de prévenir, gérer et régler les manquements à l’éthique et à la déontologie professionnelle.
Concrètement, comment cette instance pourra-t-elle intervenir ?
Elle pourra faire un monitoring de la presse écrite, des radios et des télévisions. Lorsqu’un manquement sera constaté, nous pourrons interpeller directement l’organe ou le journaliste concerné, lui donner des conseils et, éventuellement, appliquer des sanctions professionnelles. L’objectif est de corriger certaines situations au sein de la famille de la presse avant qu’elles n’aboutissent devant la justice. Nous souhaitons travailler en bonne intelligence avec la HAC et la justice. Je préfère qu’un journaliste soit interpellé, orienté ou même sanctionné par ses pairs plutôt que de le retrouver au tribunal ou en prison. Un journaliste n’a pas sa place en prison.
Justement, où en sont les dossiers des journalistes actuellement privés de liberté ?
Il y a des affaires déjà jugées et d’autres encore en instance. Concernant notamment Youssouf Sissoko et Chahana Takiou, dont les cas ont été jugés, nous ne pouvons que continuer à demander la clémence de la justice, comme nous l’avons toujours fait.
Bamako : Mieux organiser la circulation avant le prochain drame
Deux morts, plusieurs blessés, c’est le bilan d’un accident causé par un camion de livraison hors de contrôle au rond-point de l’ENSUP le 1er septembre. L’accident rappelle une évidence que Bamako repousse depuis trop longtemps : tous les véhicules ne peuvent pas continuer à partager les mêmes voies, aux mêmes heures, avec les mêmes règles.
Certes, les poids lourds sont indispensables à l’approvisionnement de la capitale et aux chantiers. Mais leur utilité n’efface pas les risques. En 2025, l’ANASER a recensé 7 691 accidents, 8 863 blessés et 648 morts au Mali.
Des restrictions existent déjà à Bamako. Les horaires et itinéraires sont encadrés et, depuis mai, les camions-bennes sont interdits de circulation entre 20 heures et 6 heures. Le problème n’est donc plus seulement d’édicter des règles, mais de les rendre cohérentes, applicables et contrôlées.
Il faut définir des plages adaptées, imposer des itinéraires réellement respectés, développer les gares périphériques et les voies de contournement, puis privilégier des véhicules plus légers pour certaines livraisons urbaines. D’ailleurs, l’ANASER prévoit d’ailleurs une étude sur les sections à risque pour les poids lourds à Bamako.
Même exigence pour les camions de vidange. Voir une citerne mal étanche laisser couler des eaux usées dans la circulation ne devrait jamais devenir une scène ordinaire. Étanchéité, contrôle technique, sanctions et sites de dépotage accessibles doivent aller ensemble.
Une capitale ne protège pas ses habitants en leur demandant seulement d’être prudents. Elle doit organiser les risques avant qu’un nouveau trajet banal ne se transforme encore en lieu de deuil.
Algérie–Sahel : le retour en force d’un voisin incontournable
La 13e Grande Commission mixte Mali–Algérie, attendue à Bamako après dix ans d’interruption, doit consacrer la détente après quinze mois de crise. Elle marque surtout le retour d’Alger dans un Sahel transformé par l’AES, le partenariat russe et la poussée marocaine.
La précédente Grande Commission mixte s’était achevée à Bamako, en novembre 2016, par treize instruments de coopération : accords, mémorandums et programme exécutif. La session suivante, annoncée pour 2018 à Alger, est de nouveau programmée dix ans plus tard, à Bamako. Entre-temps, le cadre régional a profondément changé.
Pour Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, ce rendez-vous dépasse la normalisation : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance ».
Une relation remise à plat
La confiance s’était déjà dégradée lorsque Bamako a annoncé, le 25 janvier 2024, la fin de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger. Elle a cédé en avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger soutenait que l’appareil avait pénétré son territoire. Bamako contestait cette version. Le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens ont suivi.
Le 6 avril 2025, le Mali s’est retiré avec effet immédiat du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 à Tamanrasset avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, ce dispositif coordonnait le renseignement et la lutte antiterroriste. Ce retrait a privé les deux voisins de l’un de leurs principaux cadres de coopération sécuritaire.
Birahim Soumaré rappelle que les relations diplomatiques n’ont jamais été formellement rompues : des chargés d’affaires ont continué d’assurer la représentation. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le 24 août, Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger et Assimi Goïta a accepté une invitation du président Tebboune, sans date fixée.
Plus de 1 300 kilomètres de frontière, des familles établies de part et d’autre, des transhumances, des marchés liés et des menaces communes rendent une brouille prolongée coûteuse.
Selon une estimation non officielle de Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la crise a fait chuter de 70 % le commerce informel à Tessalit et Tinzaouatène. Il évoque des familles séparées, des transhumances bloquées et des éleveurs contraints de vendre à perte.
Ses priorités sont la circulation, l’accès humanitaire, le réapprovisionnement des marchés et les laissez-passer consulaires. Il propose la réouverture contrôlée d’un poste pour le bétail et une ligne directe entre autorités locales.
Alger revient autrement
Le retour algérien s’inscrit dans un cadre différent de celui du processus de paix malien. Bamako privilégie désormais un règlement national et l’Alliance des États du Sahel a créé son propre cadre. Bréhima Ely Dicko, sociologue, voit donc l’Algérie évoluer de médiateur extérieur vers « un voisin-partenaire stratégique ». Reste à savoir si Alger travaillera avec l’AES comme ensemble régional, et pas seulement avec chacune de ses capitales.
Une défiance persiste. Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, l’Algérie est perçue par une partie des acteurs du Nord comme partie prenante, en raison du soutien prêté aux mouvements armés, plutôt que comme arbitre neutre. Alger a rejeté ces accusations. Pour le sociologue, sa facilitation demeure difficilement remplaçable faute d’alternative régionale.
L’Algérie a déjà repris l’initiative à Niamey et à Ouagadougou par l’énergie, les mines, les infrastructures et la formation. Après la mutinerie qui a visé une base aérienne de Niamey fin août, le ministère algérien de la Défense a annoncé le déploiement, à la demande du Niger, de quatre avions de combat Su-30, d’un avion de transport et d’un ravitailleur. Arrivés après la reprise de la base, les appareils algériens n’ont pas participé aux combats, auxquels l’Africa Corps russe avait directement pris part.
Ce soutien tranche avec la prudence affichée par Alger en 2023, lorsqu’elle s’opposait à une intervention militaire extérieure au Niger. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le président algérien peut décider l’envoi d’unités à l’étranger, après approbation des deux tiers de chaque chambre du Parlement. La Constitution maintient cependant la non-ingérence et encadre la participation au maintien de la paix. La doctrine est devenue plus souple, sans ouvrir un droit d’intervention illimité.
Moscou, partenaire et irritant
L’Algérie entretient avec la Russie une relation stratégique ancienne, surtout militaire. Le Mali et ses partenaires de l’AES ont fait de Moscou un appui majeur, à travers la coopération militaire et la présence de l’Africa Corps.
Cette proximité commune avec la Russie n’efface pas les divergences. Alger a publiquement critiqué le recours aux mercenaires dans son voisinage et refuse les bases militaires étrangères sur son propre territoire. Cette position coexiste avec sa coopération d’État à État avec Moscou et la présence de l’Africa Corps au Sahel.
Le Niger montre qu’une coexistence est possible en ce sens que l’Africa Corps a directement soutenu les forces nigériennes contre la mutinerie, tandis que l’Algérie a déployé ses appareils après les combats. Cette convergence ponctuelle ne règle ni les désaccords sur le Nord malien ni la place future des forces étrangères. Elle révèle surtout une Algérie plus active.
La poussée marocaine
Alger revient dans un Sahel où le Maroc progresse. L’Initiative royale d’accès à l’Atlantique a reçu l’adhésion du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Bamako et Rabat ont relancé leur Grande Commission mixte en juillet 2026. Une concurrence de débouchés se dessine à travers les ports atlantiques proposés par le Maroc et l’ouverture méditerranéenne portée par les corridors algériens.
Bréhima Ely Dicko distingue l’offre sécuritaire russe, l’offre économique et religieuse marocaine, et la relation historique, frontalière et humaine avec l’Algérie. Il recommande une « diplomatie de l’utilité », jugeant chaque partenariat sur la souveraineté, le développement local et le désenclavement.
Birahim Soumaré refuse l’idée d’un choix exclusif : « La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays ». Bamako peut ainsi préserver sa liberté et rechercher des solutions concrètes.
Le test des résultats
Les projets ne manquent pas : Route transsaharienne, branche Tamanrasset–Bamako, fibre optique, énergie, formation et commerce frontalier. Le gazoduc Nigeria–Niger–Algérie, bien qu’il ne traverse pas le Mali, complète cette stratégie d’axes nord-sud vers la Méditerranée.
Le potentiel contraste avec la faiblesse du commerce déclaré. Selon les données de l’ITC et d’UN Comtrade déclarées par l’Algérie, les échanges formels de marchandises ont atteint environ 7,6 millions de dollars en 2024, hors flux informels. Les accords de 2016 prévoyaient aussi 280 MW de centrales hybrides, dont 40 MW à Gao et 40 MW à Tombouctou. Leur état d’exécution reste à établir.
Pour le géographe Yacouba Sogoré, spécialiste du développement local et de la décentralisation, une route ne devient un corridor que lorsque douanes, sécurité, logistique, financement et services commerciaux fonctionnent ensemble. Il propose un axe pilote, avec des produits et des transporteurs identifiés, des délais mesurés et des résultats publiés. Il insiste surtout sur les retombées locales : « Un projet qui traverse un territoire doit produire des revenus, des services et des emplois pour la population qui y vit ».
En 2016, le suivi des engagements avait été confié au Comité bilatéral stratégique. Sa relance devrait s’accompagner de financements identifiés, de calendriers et de résultats accessibles. Bréhima Ely Dicko résume le défi par une formule simple : « Une route, une fibre optique, une ligne électrique ont plus d’impact qu’un protocole ».
La Grande Commission constitue ainsi un test pour une relation appelée à passer d’une coopération principalement interétatique à une coopération utile aux populations. La relance offre surtout aux deux pays l’occasion de remettre leur relation à l’épreuve du concret. Pour Bamako comme pour Alger, elle prendra tout son sens si elle se traduit par des échanges plus fluides, des déplacements facilités, des zones frontalières mieux intégrées et des projets enfin menés à terme.
Massiré DIOP
Rwanda–Ouganda : De la brouille à la coopération retrouvée
La crise entre Kigali et Kampala avait presque paralysé leur principal passage frontalier pendant près de trois ans. Depuis 2022, les deux voisins ont reconstruit leur relation autour de mécanismes diplomatiques, économiques et sécuritaires réguliers.
Malgré une longue proximité politique et militaire, les relations se dégradent fortement à partir de 2017. Kigali accuse Kampala de harceler des ressortissants rwandais et de tolérer des groupes hostiles au gouvernement de Paul Kagame. L’Ouganda rejette ces accusations et reproche au Rwanda des activités d’espionnage.
Fin février 2019, le trafic à Gatuna-Katuna, principal poste entre les deux pays, est fortement perturbé. Kigali déconseille à ses ressortissants de se rendre en Ouganda et les poids lourds sont orientés vers d’autres passages. L’impact dépasse la diplomatie. Gatuna appartient au Corridor Nord, axe majeur reliant l’Afrique de l’Est intérieure au port kényan de Mombasa.
Le 21 août 2019, Paul Kagame et Yoweri Museveni signent à Luanda un mémorandum d’entente destiné à rétablir leurs relations. Le processus est facilité par l’Angola et la République démocratique du Congo, avec l’implication régionale du Congo-Brazzaville. Un mécanisme ad hoc est chargé du suivi des engagements et du traitement des différends.
Le pragmatisme reprend le dessus
Le dégel décisif intervient en janvier 2022. Après de nouveaux contacts politiques, Kigali annonce la réouverture de Gatuna à compter du 31 janvier. La reprise demeure progressive, notamment en raison des protocoles sanitaires liés à la Covid-19, mais les personnes et les marchandises recommencent à circuler.
La normalisation s’institutionnalise ensuite. En mars 2023, la Commission permanente conjointe, réunie à Kigali, débouche sur quatre mémorandums couvrant notamment la justice, l’entraide judiciaire, les consultations diplomatiques et les questions migratoires.
Cette dynamique se poursuit toujours. Le 22 avril 2026, la douzième Commission permanente conjointe, organisée à Kampala, a abouti à quatre nouveaux accords dans la santé, l’agriculture, l’éducation et la gouvernance locale. Fin août, les commandants militaires des deux pays ont tenu à Mbarara leur huitième réunion de proximité, consacrée à la sécurité frontalière et au partage d’informations.
La frontière redevient donc un espace de circulation, de commerce et de coordination, plutôt qu’un symbole de méfiance politique.
L’expérience rwandaise et ougandaise montre qu’une réconciliation se consolide lorsque le dégel politique devient coopération pratique. Cette situation démontre à suffisance que rouvrir les canaux ne suffit pas, il faut des mécanismes réguliers, des projets concrets et des résultats visibles.
Massiré Diop
Entre l’opération « Klafoki » et la guerre de l’information : Analyse des tensions Niger-Tchad
L’analyse des événements récents révèle une situation tendue entre le Niger et le Tchad, où la méfiance est entretenue par des incidents réels, des démentis et l’utilisation stratégique de l’information. La clé pour éviter une escalade réside dans la désescalade diplomatique et la transparence.
Contexte des Tensions
La frontière entre le Niger et le Tchad est une zone instable. Pour y faire face, le Niger a lancé en mai 2026 l’opération « Klafoki » pour sécuriser la région de Bilma contre les groupes djihadistes comme Boko Haram et les réseaux criminels. C’est dans ce contexte que des tensions sont apparues :
- Rumeurs d’accrochage (août 2026) : Des rumeurs sur un affrontement ont circulé après qu’une poursuite de l’armée nigérienne près de Diffa aurait mené à un contact armé avec une patrouille tchadienne. L’armée tchadienne a formellement démenti, dénonçant une tentative de « créer le doute et la méfiance ».
- Accusations de complicité (septembre 2026) : La télévision publique nigérienne a diffusé le témoignage du capitaine Roger Gabriel, accusant le Tchad, la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire de soutenir une mutinerie avortée à Niamey fin août.
Conséquences d’une Escalade
Un affrontement direct aurait des répercussions majeures :
- Déstabilisation régionale : Cela créerait un nouveau front de conflit, affaiblirait la lutte commune contre les groupes djihadistes et pourrait attiser des tensions communautaires.
- Conséquences humanitaires : Un conflit générerait des déplacements de populations et aggraverait l’insécurité alimentaire déjà présente dans la région du lac Tchad.
- Rupture diplomatique : Les relations bilatérales, renforcées par une visite du président tchadien à Niamey en août 2025, seraient gravement compromises.
Comment Éviter l’Affrontement ?
Pour désamorcer la crise, plusieurs pistes sont à privilégier :
- Privilégier la médiation régionale : La Libye, le Tchad et l’Algérie (non membres de la CEDEAO) sont des médiateurs crédibles, comme l’a proposé le président tchadien par le passé.
- Recourir à une diplomatie discrète et directe : Un dialogue officiel de haut niveau est crucial pour clarifier les accusations. La réaction du président tchadien (un verset coranique sur la vérité) montre une volonté d’apaisement, mais un échange formel est nécessaire.
- Renforcer la coopération sécuritaire : Une coordination militaire pour les opérations « Klafoki » (Niger) et les actions tchadiennes est essentielle pour éviter les malentendus en zone frontalière.
- Lutter contre la désinformation : Il est impératif de vérifier les informations. Les deux gouvernements doivent s’engager à ne pas utiliser de telles accusations comme outils politiques, tandis que les populations doivent faire preuve d’esprit critique.
La situation est à un tournant critique, les accusations sont très sérieuses mais non prouvées. Éviter un conflit est dans l’intérêt de tous, car un affrontement affaiblirait la lutte contre les menaces communes (djihadistes et trafiquants) et plongerait la région dans une nouvelle crise. La voie de la raison est celle d’une clarification immédiate par un dialogue de haut niveau.
L’analyse de la médiation régionale dans cette crise est essentielle, car les institutions traditionnelles comme la CEDEAO ont perdu de leur influence auprès de Niamey. La Libye, l’Algérie et, dans une certaine mesure, d’autres acteurs neutres de la région disposent de leviers uniques pour désamorcer les tensions actuelles.
Le rôle potentiel de ces médiateurs :
L’Algérie : Le poids diplomatique et sécuritaire
L’Algérie partage des frontières directes avec le Niger et possède une longue tradition de médiation dans le Sahel (notamment à travers les anciens accords d’Alger).
- Une neutralité stratégique :N’étant pas membre de la CEDEAO, Alger n’a pas participé aux sanctions économiques contre le Niger, ce qui lui confère une forte crédibilité auprès des autorités nigériennes.
- La doctrine de non-intervention :L’Algérie s’oppose fermement à toute intervention militaire étrangère dans la région, s’alignant ainsi sur les positions souverainistes de Niamey.
- Intérêt direct :Une guerre entre le Niger et le Tchad déstabiliserait le flanc sud de l’Algérie, exacerbant les flux migratoires et créant un vide sécuritaire que les groupes djihadistes (comme le JNIM) exploiteraient immédiatement.
La Libye : Une diplomatie de voisinage pragmatique
Bien que la Libye soit elle-même en phase de reconstruction politique, ses autorités (notamment à Tripoli ou à travers des canaux informels dans le Sud libyen) ont tout intérêt à stabiliser la zone du bassin du lac Tchad.
- La gestion des frontières communes :La région de Bilma (où le Niger a lancé l’opération « Klafoki ») est une zone de triple frontière Niger-Tchad-Libye, plaque tournante de divers trafics (armes, drogues, migrants).
- Liaison historique :Le Tchad et le Niger ont tous deux des liens historiques étroits avec les différentes factions libyennes. La Libye peut offrir un terrain neutre pour des discussions discrètes, loin de la pression des médias internationaux.
Les dynamiques d’une médiation réussie
Pour que l’intervention de l’Algérie ou de la Libye porte ses fruits, la médiation devra se concentrer sur trois axes :
- La mise en place d’une commission d’enquête conjointe :Clarifier de manière indépendante les accusations de soutien à la mutinerie (portées par le capitaine Roger Gabriel) afin de désamorcer la guerre de l’information.
- L’établissement d’une ligne de communication d’urgence :Créer un canal de communication direct (« téléphone rouge ») entre les états-majors de Niamey et de N’Djamena pour éviter qu’une simple poursuite de bandits à la frontière ne déclenche un conflit ouvert.
- La coordination transfrontalière :Intégrer le Tchad dans le partage d’informations lié à l’opération nigérienne « Klafoki » pour maximiser l’efficacité contre les groupes terroristes au lieu de se surveiller mutuellement.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Ecrivain Spécialiste des Questions Sociales et
Sécuritaire du Sahel
Visas pour la Chine : les demandeurs maliens renvoyés vers trois capitales
À compter du 15 septembre, les ressortissants maliens devront déposer leurs demandes à Dakar, Abidjan ou Rabat. Présentée comme temporaire, cette organisation est liée à la reconstruction de la section consulaire chinoise à Bamako, dont la date de réouverture n’est pas annoncée.
Droits d’auteur : l’audit du BUMDA révèle une gestion à remettre en ordre
Le Vérificateur général a relevé 3,6 millions de FCFA d’irrégularités financières, intégralement remboursés pendant la vérification. Son rapport décrit surtout des insuffisances comptables et des anomalies dans la perception et la répartition des droits.
Mondial de basketball : le Mali renverse l’Espagne et change sa trajectoire
Les Maliennes ont battu l’Espagne 82-73, samedi 5 septembre à Berlin. Deux jours après une courte défaite contre le Japon, ce deuxième succès de leur histoire en Coupe du monde les replace dans la course avant d’affronter l’Allemagne.
Trésor : 60,5 milliards levés, jusqu’à 7,69 % de rendement
Le Mali a obtenu davantage que les 55 milliards de FCFA initialement recherchés sur le marché régional. La demande des investisseurs reste solide, mais les taux montrent que l’accès à cette liquidité aura un coût important pour les finances publiques.
Alpha Yaya Sangaré condamné à vingt ans de réclusion criminelle
L’ancien colonel de la Gendarmerie nationale a été reconnu coupable d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État, jeudi 3 septembre. Le ministère public avait requis la peine de mort pour trahison.
La Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné Alpha Yaya Sangaré à vingt ans de réclusion criminelle, jeudi 3 septembre à Bamako.
La juridiction a retenu contre l’ancien colonel de la Gendarmerie nationale l’infraction d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Elle l’a également condamné au paiement d’un franc symbolique à l’État malien, constitué partie civile, et ordonné la confiscation des exemplaires de son livre saisis au cours de la procédure.
Lors de l’audience du 27 août, le ministère public avait requis la peine de mort pour trahison, en se fondant sur l’article 34 de l’ancien Code pénal. La Cour a écarté cette qualification et requalifié les faits en atteinte à la sûreté extérieure de l’État.
Alpha Yaya Sangaré était également poursuivi pour atteinte au crédit de l’État et publication ou diffusion de fausses nouvelles attribuées à des tiers, susceptibles d’ébranler la discipline des Forces armées et de sécurité.
L’accusé a rejeté les faits qui lui étaient reprochés. Ses avocats ont contesté la procédure, demandé son annulation et plaidé l’acquittement. Le procès s’est tenu à huis clos.
Le livre
La procédure est liée à la publication, en décembre 2023, de l’ouvrage « Mali : le défi du terrorisme en Afrique ». Le livre a été présenté au public le 24 février 2024 à l’École de maintien de la paix Alioune-Blondin-Bèye de Bamako.
Consacré au terrorisme et aux réponses apportées à la crise sécuritaire, l’ouvrage reprend notamment des accusations d’abus contre des civils contenues dans des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains.
Le ministère de la Défense et des Anciens combattants avait réagi le 1er mars 2024. Dans un communiqué, le département avait dénoncé de « fausses accusations » contre les Forces armées maliennes ainsi que des passages mettant en cause la hiérarchie militaire. Il avait annoncé que l’auteur serait soumis à la réglementation en vigueur.
Alpha Yaya Sangaré avait été arrêté le 2 mars 2024 à son domicile, à Bamako. Il est resté en détention jusqu’à l’ouverture de son procès.
La radiation
Une procédure administrative avait parallèlement été engagée au sein des Forces armées et de sécurité. Après un conseil d’enquête tenu le 1er décembre 2025, le décret n°2025-861/PT-RM du 12 décembre 2025 a prononcé la cessation de l’état de militaire d’Alpha Yaya Sangaré et sa radiation des effectifs par mesure disciplinaire.
Le verdict rendu le 3 septembre clôt le procès devant la Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Aucune information sur un éventuel recours de la défense n’était disponible au lendemain de la décision.
Massiré Diop




















