Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
ANSSA : Blocage administratif pour la sécurité sanitaire des aliments
Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) évolue dans un vide juridique inédit. Entre paralysie institutionnelle et absence de cadre légal opérationnel, les travailleurs dénoncent une situation critique et multiplient les démarches pour obtenir la relance effective de la structure.
Créée en 2003 pour garantir la sécurité sanitaire des aliments au Mali, l’ANSSA constituait un maillon essentiel du dispositif national de santé publique. Unique dans l’espace UEMOA, elle assurait à la fois le contrôle, la surveillance et l’amélioration de la qualité des produits alimentaires destinés à la consommation.
Mais, en 2019, la réforme ayant conduit à la création de l’Institut national de santé publique (INSP) a profondément bouleversé son fonctionnement. L’ANSSA a alors été fusionnée avec cette structure d’analyses et de recherche, une décision contestée par ses travailleurs, qui estimaient que les missions de l’agence, centrées sur l’agroalimentaire, différaient fondamentalement de celles de l’INSP.
Un tournant intervient en 2022 avec l’adoption de la Loi n°2022-004 du 20 mai. Ce texte consacre officiellement la sortie de l’ANSSA de cette réforme et impose sa re-création ainsi que son opérationnalisation. Pourtant, malgré un processus administratif ayant franchi toutes les étapes, la mise en œuvre reste bloquée. Et une proposition de loi soumise au CNT en la matière a été rejetée par l’organe législatif de la Transition.
« Malgré les nombreuses diligences administratives et techniques accomplies, le processus d’adoption des textes subséquents nécessaires à la mise en œuvre de l’ANSSA demeure illégalement bloqué », affirme le Secrétaire général du Comité syndical des chercheurs de l’ANSSA, Dr Alassane Maïga, dans une lettre adressée au ministre de la Santé le 7 avril 2026.
Une paralysie aux impacts sanitaires et scientifiques
Ce blocage n’est pas sans conséquences. Il a entraîné un véritable arrêt du système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments. Aujourd’hui, aucune coordination nationale n’est assurée et les activités de contrôle, d’investigation ou d’alerte sanitaire sont suspendues.
Les programmes de sensibilisation ont été stoppés, tout comme les activités de recherche et de surveillance épidémiologique. Le pays se retrouve ainsi sans dispositif structuré opérationnel pour prévenir les risques liés à la consommation alimentaire, exposant les populations à des dangers sanitaires majeurs.
« Depuis, nous ne travaillons pas. La seule activité que nous menons, c’est à la Commission d’autorisation de mise sur le marché », confie le Dr Alassane Maïga, ajoutant que les ressources générées sont versées à l’INSP, qui « refuse de financer nos missions ».
Sur le plan scientifique et professionnel, la situation affecte profondément les chercheurs. Privés d’activités scientifiques, confrontés à des conditions de travail dégradées et à une absence de perspectives, ils dénoncent une stagnation professionnelle préoccupante. « On ne nous a pas coupé le salaire. Mais nous devons évoluer, administrativement, techniquement », souligne le responsable syndical.
Des revendications claires et urgentes
Face à cette situation jugée « honteuse », les travailleurs de l’ANSSA interpellent les autorités. Ils demandent en priorité la finalisation immédiate des textes permettant la recréation effective de l’agence, conformément à la loi de 2022.
Ils exigent également la restitution des ressources financières qui lui sont destinées, la mise en place d’une administration autonome et fonctionnelle, ainsi que la relance urgente des activités de contrôle et de recherche.
Autre sujet d’inquiétude : un projet de nouvelle réforme en préparation, visant à fusionner l’ANSSA avec deux autres structures sanitaires, notamment le Laboratoire national de la santé et la Direction de la pharmacie et du médicament. « Nous n’y avons pas été associés », déplore le Dr Maïga.
En attendant une réponse des autorités, le syndicat n’exclut pas des actions plus fermes. Plus largement que la seule situation des travailleurs, c’est la sécurité sanitaire des populations maliennes qui est en jeu.
Mohamed Kenouvi
Art contemporain au Mali : Une vitalité créative en quête de structuration
À l’occasion de la Journée mondiale de l’Art, la scène malienne révèle une dynamique artistique réelle, portée par une nouvelle génération, mais confrontée à des défis structurels majeurs.
Chaque 15 avril, la Journée mondiale de l’Art met en lumière la créativité sous toutes ses formes. Au Mali, cette célébration résonne avec une scène contemporaine en pleine effervescence, particulièrement à Bamako, où artistes plasticiens, photographes et collectifs indépendants multiplient les initiatives.
Portée par une nouvelle génération engagée, cette scène se distingue par sa capacité à interroger les identités et à dialoguer avec les traditions locales ainsi qu’avec les réalités contemporaines.
« Aujourd’hui, la scène de l’art contemporain au Mali est à la fois très vivante et en construction », observe l’artiste plasticien Ibrahim Bemba Kébé. Il évoque « une réelle énergie créative », nourrie par des projets indépendants et des dynamiques collectives, malgré un environnement encore fragile.
Cette vitalité se traduit également par une reconnaissance croissante à l’international, notamment à travers des événements comme les Rencontres de Bamako, organisées depuis 1994 pour promouvoir la photographie africaine contemporaine.
Pourtant, ce rayonnement extérieur ne s’accompagne pas toujours d’une valorisation équivalente au niveau local. « Cela crée un décalage entre la richesse de la production artistique et sa visibilité auprès du public malien », souligne l’artiste.
Un écosystème encore fragile
Outre cette effervescence, les acteurs du secteur s’accordent sur les difficultés structurelles qui freinent son développement. Le manque d’infrastructures, de financements et d’espaces d’exposition constitue un frein majeur pour les artistes.
À cela s’ajoute une question centrale, à savoir le marché local. Selon Ibrahim Bemba Kébé, il reste à construire une « véritable culture de collection et de soutien à la création contemporaine » au sein du public et de la classe moyenne.
« Il y a un public naissant, mais il n’y a pas vraiment de grands acheteurs », explique pour sa part Lassina Igo Diarra, promoteur de la Galerie Médina. Pour lui, le défi réside autant dans la sensibilisation que dans l’engagement des élites économiques : « c’est un travail d’éducation des élites afin qu’elles s’intéressent à cette discipline pour qu’elle perdure ».
Le galeriste insiste également sur la nécessité de structurer l’ensemble de la chaîne artistique. « Ce qui manque, c’est l’écosystème, de l’atelier jusqu’à l’acquisition des œuvres », affirme-t-il, évoquant le rôle essentiel des galeries, des critiques d’art et des médias dans la valorisation du secteur.
Mohamed Kenouvi
Spring Meetings de Bretton Woods : À quoi peut s’attendre le Mali ?
Du 13 au 18 avril 2026, Washington accueillera les réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, à savoir le FMI et la Banque mondiale. Pour le Mali, ce rendez-vous intervient entre espoirs de reprise et fortes pressions sur les finances publiques.
Le premier enjeu tient à la croissance. Le FMI, qui a validé le 18 mars 2026 la seconde et dernière revue du programme de référence, estime que l’économie malienne pourrait rebondir entre 5, % et 5,5% en 2026, après un ralentissement à 4,1% en 2025, lié à la baisse de la production d’or et aux perturbations d’approvisionnement en carburant. Cette amélioration dépendra toutefois du redressement minier, de la fluidité des corridors logistiques et d’une stabilisation du climat sécuritaire.
L’autre sujet concerne les finances publiques. Le FMI souligne que le budget 2026 reste orienté vers le respect de la norme communautaire de l’UEMOA, avec un déficit attendu autour de 3% du PIB. Cette trajectoire demeure sous pression, entre dépenses sécuritaires, besoins sociaux et soutien à l’énergie. Le rendez-vous de Washington sera donc scruté pour ce qu’il peut révéler sur la capacité du pays à préserver ses marges budgétaires tout en soutenant la reprise.
La mobilisation fiscale, avec près de 1 400 milliards de francs CFA recouvrés en 2025, sera également observée comme un indicateur clé de la solidité budgétaire. L’évolution de l’inflation, attendue autour de 2% à 2,5%, restera tout aussi déterminante pour le pouvoir d’achat et la stabilité macroéconomique.
Les chocs extérieurs constituent une autre vigilance. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient entretiennent une pression sur les cours du pétrole, avec des effets directs pour un pays fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Toute nouvelle hausse se répercuterait rapidement sur le transport, l’électricité et le coût de la vie.
Le dossier de l’or sera aussi au centre des attentes. Avec des cours internationaux élevés, le Mali peut espérer une amélioration de ses recettes d’exportation et de ses rentrées fiscales. Reste à savoir si cette conjoncture constituera un levier durable pour les finances publiques.
Ce rendez-vous sera avant tout un test de crédibilité économique pour Bamako. Il devrait éclairer les perspectives d’un appui renforcé du FMI et de la Banque mondiale, tout en mesurant si les signes de reprise depuis mars peuvent ouvrir un nouveau cycle de financements et de réformes.
Jeunesse et sécurité : Un chantier inachevé
La place des jeunes dans la prévention des conflits n’est plus un sujet périphérique. Au Mali, le débat s’est imposé avec plus de force depuis la relance, le 24 mars 2026 à Bamako, du processus d’élaboration du Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité. Pourtant, malgré cette impulsion, le pays reste encore sans cadre formellement adopté.
Dans un pays où près de 67% de la population a moins de 25 ans, la question dépasse largement le champ de la jeunesse au sens administratif. Chômage, ruptures scolaires, déplacements forcés et manque de perspectives nourrissent un terrain fragile, particulièrement dans les zones touchées par l’insécurité. Plus de 400 000 personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays, avec une forte proportion de jeunes et d’enfants. Les jeunes paient aujourd’hui le plus lourd tribut à la crise : premières victimes des déplacements, de la déscolarisation et des violences, ils sont aussi les premières cibles des stratégies de recrutement des groupes armés.
Les Nations unies ont pourtant fixé le cap depuis 2015 avec la Résolution 2250, renforcée en 2018 par la Résolution 2419, qui reconnaissent les jeunes comme des acteurs de paix, de médiation et de reconstruction. Le Mali adhère à cette vision, mais la traduction institutionnelle est encore incomplète.
Constats
Pour Sidiki Koné, expert consultant au FNUAP, le constat est clair. « Aujourd’hui, la place des jeunes dans la prévention des conflits et les mécanismes de paix au Mali est reconnue comme essentielle, mais elle reste globalement insuffisamment prise en compte dans la pratique ». Selon lui, les jeunes sont très actifs sur le terrain, dans les dialogues communautaires et les actions de cohésion sociale, mais restent encore insuffisamment associés aux mécanismes décisionnels formels.
Mahamady Togola, Coordinateur national de WANEP-Mali, partage cette lecture tout en rappelant les avancées déjà enregistrées. Il cite notamment le décret du 29 janvier 2019 portant création des Comités consultatifs de sécurité, qui prévoit la participation des jeunes dans les espaces de dialogue local.
« Oui, les jeunes sont présents dans les dispositifs, mais ils ne sont pas encore pleinement intégrés de manière structurée et influente », explique-t-il.
Selon lui, le problème ne réside pas dans le manque d’engagement des jeunes, mais dans l’absence d’un environnement institutionnel suffisamment solide pour valoriser cet engagement. WANEP-Mali a ainsi développé le programme Y-TEaM, axé sur le mentorat et le renforcement des capacités des jeunes leaders en matière de paix et de sécurité.
Les résultats, selon lui, sont déjà visibles. Les jeunes formés ont contribué à améliorer les outils d’alerte précoce, notamment dans l’analyse cartographique des risques. Le Conseil national de la Jeunesse s’est également illustré lors de la récente crise des hydrocarbures, en jouant un rôle d’interface entre populations et autorités.
Failles
Pour autant, les deux experts convergent sur le principal point de faiblesse. Malgré la Politique nationale de la Jeunesse et son Plan d’actions 2023-2027, les initiatives restent dispersées.
« Il manque encore un cadre stratégique unifié », souligne Mahamady Togola, qui estime que l’absence d’un Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité constitue une faiblesse réelle dans la réponse à la crise. Cette relance a pourtant également permis d’associer des organisations de jeunes, des acteurs communautaires et des partenaires techniques, signe d’une volonté de bâtir un cadre fondé sur une concertation élargie.
Cette absence de coordination fait peser plusieurs risques. Le premier est celui du sentiment d’exclusion, particulièrement chez les jeunes des zones rurales ou affectées par les conflits. Le second concerne la vulnérabilité à la radicalisation et au recrutement par des groupes extrémistes.
Mais, pour WANEP, le risque ne se limite pas à la sécurité. Il touche aussi à la cohésion sociale et au potentiel économique du pays. « La jeunesse représente un potentiel énorme en termes d’innovation, de créativité et de contribution économique », rappelle Mahamady Togola.
Enjeux
La relance du processus en mars 2026 constitue donc une étape importante, mais elle ne suffira pas si elle ne débouche pas rapidement sur un cadre national structuré, inclusif et opérationnel.
La question n’est plus de savoir s’il faut impliquer les jeunes. Elle porte désormais sur la manière de le faire, de façon durable et influente. Comme le résume Mahamady Togola, « la paix au Mali se construira avec la jeunesse ou elle ne se construira pas durablement ».
Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »
À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.
Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?
D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.
Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?
Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.
Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?
Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.
Que gagnera la lauréate ?
La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.
Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?
Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.
Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat
Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.
Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.
Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).
Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.
Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.
« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.
Diplômés des Licences de l’ENSUP : Le bras de fer qui secoue l’école malienne
Le différend autour des enseignants détenteurs de la licence professionnelle issue de la formation continue à l’École normale supérieure de Bamako prend une tournure préoccupante et ravive les tensions dans le système éducatif malien. Par une note datée du 2 avril 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a instruit les Directrices et Directeurs des Académies d’enseignement de procéder, dans un délai de quinze jours, à l’affectation ou à la réaffectation des enseignants concernés dans les écoles relevant des Centres d’animation pédagogique, conformément aux besoins des structures d’origine.
Cette décision s’inscrit dans le prolongement d’une correspondance antérieure du département déjà consacrée à la gestion de ces enseignants et relative à la nécessité de relever le niveau de l’enseignement par un redéploiement de ces diplômés dans les établissements scolaires du fondamental.
De leur côté, les Syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre 2016, dans une lettre datée du 24 février 2026, défendent une lecture inverse. Ils s’appuient sur les textes ayant consacré le passage de l’ENSUP au système LMD et redéfini ses missions, estimant que l’établissement n’a plus vocation à former des enseignants destinés au fondamental.
Ils réclament en conséquence le déploiement des détenteurs de licence dans l’enseignement secondaire, normal, technique et professionnel, en cohérence avec la nature de leur formation.
Ce dossier révèle un conflit de cadrage institutionnel entre l’instruction administrative du ministère et la lecture juridique portée par les organisations syndicales, sur fond de vives inquiétudes.
États-Unis – OTAN : La trêve n’efface pas la fracture
Le fragile cessez-le-feu obtenu entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv n’a pas dissipé les tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens. Derrière l’accalmie militaire autour du détroit d’Ormuz, la crise a ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique et sur l’avenir de l’alliance atlantique.
La trêve provisoire annoncée entre les États-Unis, l’Iran et Israël a pour l’instant éloigné le risque d’un embrasement régional. Mais elle n’a pas refermé la fracture diplomatique ouverte ces derniers jours entre Washington et plusieurs capitales européennes. Donald Trump a ravivé les interrogations sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, reprochant à certains alliés leur refus de s’engager davantage dans la sécurisation du détroit d’Ormuz et des voies maritimes énergétiques. Cette accalmie de deux semaines, saluée avec prudence à Bruxelles, ne dissipe ni les tensions accumulées ni les doutes sur la place future de Washington au sein de l’alliance.
Le sujet dépasse désormais la crise immédiate au Moyen-Orient. C’est toute la crédibilité du pilier sécuritaire occidental qui se trouve questionnée. La visite à Washington du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévue du 8 au 12 avril, vise à contenir une tension rare entre les deux rives de l’Atlantique. Il doit également s’entretenir avec Marco Rubio et Pete Hegseth dans une tentative de désamorcer les divergences.
Washington est au cœur du dispositif militaire de l’alliance. Si la direction politique est assurée par Mark Rutte, les États-Unis occupent toujours le poste militaire le plus stratégique à travers le SACEUR, Commandement suprême des forces alliées en Europe, historiquement confié à un Général américain. Cette fonction est exercée par le Général Alexus G. Grynkewich, qui supervise la dissuasion, les déploiements sur le flanc oriental et la coordination opérationnelle.
À cette présence militaire s’ajoute le rôle diplomatique central de Washington au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnel de l’alliance. Plutôt qu’un simple geste politique, une éventuelle sortie américaine toucherait directement l’architecture de défense collective de l’Europe.
Sur le plan institutionnel, une telle décision reste toutefois encadrée. Depuis 2023, le Congrès américain impose qu’aucun retrait des États-Unis de l’OTAN ne puisse être acté sans l’accord des deux tiers du Sénat ou l’adoption d’une loi spécifique. Le traité prévoit en outre un délai d’un an après notification officielle.
Pour les alliés européens, la trêve avec l’Iran n’efface donc pas la question centrale : celle de la fiabilité de l’engagement américain dans une période marquée par les tensions énergétiques, les risques militaires et des divergences stratégiques persistantes.
Le sacrifice sans issue
Depuis plus de trois ans, la crise énergétique ne cesse d’éprouver les ménages, les entreprises et l’activité économique. Les délestages se prolongent, les charges explosent et le coût de la vie s’alourdit. Pourtant, les ressources ont bien été mobilisées. Au moins 24 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur de l’électricité dès juillet 2025, tandis qu’une partie des prélèvements sur les services télécoms, l’internet et le mobile money alimente le fonds de soutien aux infrastructures de base. Malgré cet effort, les coupures persistent et l’horizon reste flou.
Le vrai sujet n’est plus seulement financier. Il touche désormais à la confiance. Quand les populations acceptent de contribuer davantage, dans une période déjà marquée par la hausse du carburant, des denrées et du transport, elles attendent en retour des résultats visibles, ou, dans une moindre mesure, un partage clair de l’effort.
Dans plusieurs pays confrontés à des crises sévères, des dirigeants ont choisi d’envoyer un signal fort. Au Ghana, des réductions volontaires de salaires au sommet de l’État avaient été annoncées pour accompagner les sacrifices demandés aux citoyens. Ailleurs, des dépenses de prestige ont été gelées afin de montrer que l’effort national ne reposait pas uniquement sur les ménages.
C’est cette dimension qui manque aujourd’hui au débat. Le sacrifice demandé à la population ne peut durablement tenir sans une perspective lisible ni un sentiment d’équité. Après un an de prélèvements exceptionnels sans amélioration notable du quotidien, la question que tout le monde se pose est de savoir jusqu’à quand peut-on encore demander aux populations de tenir si aucun signe concret de sortie de crise n’apparaît ?
Marché du carburant en Afrique de l’Ouest : Vers une vaste réorganisation
En Afrique de l’Ouest, la crise du carburant liée au blocage du détroit d’Ormuz, au Moyen-Orient, inquiète. Même si les pays ne sont pas tous logés à la même enseigne, cette crise pourrait être une opportunité pour recomposer le paysage.
Dans plusieurs pays de la sous-région, les prix du carburant ont augmenté. En cause : les tensions autour du détroit d’Ormuz, liées à la crise opposant les États‑Unis et Israël à l’Iran. Au Nigeria, le prix du litre d’essence a atteint 0,90 dollar (environ 505 francs CFA) en mars, contre 0,76 dollar (environ 427 francs) en février 2026. En Sierra Leone, le litre a grimpé à 1,77 dollar (environ 994 francs CFA). Au Mali, le litre de super est passé de 775 à 875 francs CFA. Partout, la tendance est à la hausse.
Au Ghana, la seule raffinerie du pays, capable de couvrir 40% des besoins nationaux en carburant, a redémarré ses activités en décembre 2025. Au Sénégal, où le litre d’essence s’établit à 920 francs CFA (contre environ 1 000 précédemment), les autorités ont lancé un avertissement : le pays pourrait être proche d’une rupture de stock si la crise au Moyen‑Orient se prolongeait.
Dans la région, les prix actuels varient : au Bénin, le super coûte 695 francs CFA. Au Niger, le litre de super est le moins cher de la région, à 499 francs. En Côte d’Ivoire, le super est à 820 francs et le gasoil à 675 et au Burkina Faso le litre de super est à 850 francs CFA.
Face à ces tensions, plusieurs pays tentent de diversifier leurs sources d’approvisionnement. La raffinerie Dangote du milliardaire nigérian a ainsi annoncé l’envoi d’environ 12 cargos – soit l’équivalent de 456 000 tonnes de produits raffinés – vers la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Cameroun et la Tanzanie. Ces livraisons interviennent après que la raffinerie ait atteint une capacité de 650 000 barils par jour.
Le Nigeria, hub énergétique ?
Le Nigeria, premier producteur africain de pétrole brut, qui importait auparavant une grande partie de ses produits raffinés, reçoit désormais 65 millions de litres d’essence par jour de sa raffinerie. Celle‑ci peut par ailleurs exporter jusqu’à 20 millions de litres supplémentaires quotidiennement. Alors que de nombreux pays enregistrent des hausses, le Nigeria pratique des prix de 15 à 20% inférieurs à la moyenne régionale. De simple exportateur de brut, il se positionne désormais comme une alternative pour ses voisins.
Pourtant, pour approvisionner efficacement un marché régional proche mais difficile d’accès, il faudra relever d’importants défis logistiques : sécuriser les axes routiers, moderniser les infrastructures portuaires et améliorer la distribution afin que l’Afrique de l’Ouest subisse moins les soubresauts des marchés internationaux.
Situation humanitaire : le plan reste sous-financé
Le Mali aborde le deuxième trimestre 2026 avec des besoins humanitaires toujours très élevés, tandis que le financement du plan de réponse demeure insuffisant. Malgré une légère progression des ressources mobilisées début avril, les acteurs humanitaires alertent sur l’urgence d’un appui plus rapide aux populations affectées.
Augmentation du prix des carburants : Jusqu’où ira la flambée généralisée ?
Transport, électricité ou encore mines, les impacts de la hausse du prix des carburants sont déjà palpables dans plusieurs secteurs de la vie économique. Décidée le 28 mars dernier, cette augmentation constitue une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat du consommateur. Entre compromis et mesures à long terme, les autorités tentent d’atténuer les impacts de la crise.
Le prix des hydrocarbures a augmenté, mais le pain ne doit pas suivre. C’est en résumé l’esprit de la rencontre qui a réuni le 2 avril 2026 les acteurs de la filière pain et le ministre de l’Industrie et du Commerce. À l’issue de leurs échanges, ils ont convenu du maintien du prix de la farine et du pain, respectivement à 23 000 francs CFA le sac de 50 kg, 270 francs CFA pour le gros pain et 135 francs CFA pour le petit pain. Des prix concédés « jusqu’à nouvel ordre », grâce à un esprit de collaboration et à un effort exceptionnel des acteurs, sensibles à la situation de crise. Malgré le maintien des prix officiels, le secteur reste soumis aux risques. Le carburant constitue en effet un intrant essentiel pour les boulangeries. Outre le fonctionnement des fours industriels, il assure celui des groupes électrogènes, alternatives en cette période de délestage, sans compter le transport des produits.
Maintenir l’approvisionnement
Dépendant totalement des importations de produits pétroliers, le Mali est confronté depuis septembre 2025 à des difficultés d’approvisionnement, en raison notamment des attaques de convois sur ses principaux corridors, en particulier Dakar et Abidjan.
Ces importations ont connu une hausse de 1,66% par rapport à 2023. Le pays a ainsi importé 2 665 106 m³ en 2024 contre 2 621 513 m³ en 2023.
Quant au gaz butane, les importations ont atteint 15 838 tonnes en 2024 contre 13 847 tonnes en 2023, soit une hausse de 14,38%. Au mois de mars 2026, le Mali a réceptionné 2 271 camions-citernes, soit 105 millions de litres de carburant.
La dépendance à ces importations a accentué les effets des différentes crises, dans un contexte international marqué par les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique d’une part majeure du commerce mondial des hydrocarbures, entraînant ruptures d’approvisionnement et flambée des prix, comme celle de ce mois de mars.
Cette pression ne touche pas seulement l’énergie. Selon les projections des agences internationales, la hausse des coûts du fret, des engrais et des intrants alimentaires pourrait maintenir les prix mondiaux des denrées entre 15 et 20% au-dessus de leur niveau moyen du premier semestre si la crise au Moyen-Orient se prolonge.
Pour faire face à ces défis et assurer la continuité des activités et services vitaux, les autorités ont décidé de constituer un stock national de sécurité couvrant 45 jours de consommation pour le supercarburant, le gasoil, le Jet A1 et le gaz butane.
Rendre ces dispositions opérationnelles dépendra non seulement de l’évolution de la crise au plan international, mais également des mesures d’accompagnement prévues, notamment un plan d’approvisionnement sur les trois prochains mois afin d’anticiper les corridors à emprunter et les fluctuations de prix.
Par ailleurs, le gasoil, produit central au cœur des besoins des ménages, des industries et de la société EDM-SA, nécessite un arbitrage permanent et continue d’alimenter les tensions.
Transports sous pression
Directement impacté par la hausse des carburants, le secteur des transports est l’un des premiers à avoir procédé à une hausse des prix. La hausse des prix à la pompe annoncée le 28 mars a été confirmée par le Président Directeur Général de l’Office malien des produits pétroliers, Diakaridia Dembélé, qui a également rappelé le maintien des mécanismes de soutien destinés à contenir les effets immédiats sur les ménages.
Pour contrôler cette hausse et en limiter les impacts, le Conseil national du Transport public de passagers, tenu le 1er avril 2026, a alerté sur une augmentation des tarifs interurbains, par certaines compagnies, non proportionnelle à la hausse des prix à la pompe.
Rappelant que toute augmentation des tarifs ne doit intervenir que dans le cadre d’un mécanisme de concertation regroupant administration publique et organisations socioprofessionnelles, la ministre des Transports a instruit les acteurs à se conformer aux conclusions de la réunion.
Parmi celles-ci, les augmentations des tarifs du transport urbain sont limitées à 50 francs CFA par trajet pour les minibus et entre 500 et 2 000 francs CFA pour les transports interurbains, selon les distances.
Si, au niveau urbain, les tarifs semblent pour le moment respecter les engagements, les usagers commencent déjà à ressentir la pression sur leurs dépenses quotidiennes. Entre Bamako et certaines villes, les prix dépassent déjà les normes. Ainsi, pour le trajet Bamako – Kéniéba, certaines sociétés sont passées de 9 000 à 12 000 francs CFA et pour Bamako – Sikasso de 6 000 à 9 000 francs CFA, soit une hausse de 3 000 francs. À terme, cette hausse se répercutera également sur les coûts logistiques des produits vivriers, des matériaux de construction et des intrants agricoles, renforçant le risque d’une inflation diffuse bien au-delà du seul secteur des hydrocarbures.
Crise énergétique latente
Depuis plusieurs années, le Mali est empêtré dans une crise énergétique dont le dénominateur commun est la dépendance aux importations de carburant. Accentuée par la pénurie de gasoil devenue récurrente, la crise a connu un nouvel épisode en février 2026 après l’incendie du transformateur de la SEMAF, événement qui a aggravé les délestages dans plusieurs quartiers de Bamako.
Des délestages devenus le lot quotidien des ménages et des entreprises, sans visibilité sur une programmation fiable. Variant entre 12 et 14 heures par jour, les coupures peuvent durer 24 heures ou plus par endroits. Cette tension intervient alors que la demande électrique continue de progresser plus vite que les capacités installées, notamment dans le Grand Bamako et les principaux centres urbains de l’intérieur.
Fortement dépendant des énergies fossiles, le Mali est vulnérable aux perturbations des importations et aux fluctuations des prix. L’insuffisance et la vétusté des infrastructures de production, de transport et de distribution ne permettent pas de répondre à une demande croissante. Les difficultés de gestion et de financement de EDM-SA limitent également ses capacités d’investissement.
En janvier 2026, le gouvernement a alloué 36 milliards francs CFA à EDM-SA pour sécuriser la distribution de l’énergie provenant de la Zone OMVS et de l’interconnexion autour de Bamako. En juillet 2025, 24 milliards de francs CFA avaient été mobilisés pour l’achat de combustibles, puis 6 milliards en novembre.
Selon EDM-SA, la part du solaire est de 3% dans la production énergétique du pays, une proportion que les autorités ambitionnent de porter à 40%.
La crise révèle aussi des fragilités structurelles, entre forte dépendance aux importations, faibles capacités de stockage et retard dans la diversification énergétique. Avec une part du solaire encore limitée à 3%, elle pose la question de l’anticipation et de l’efficacité des politiques publiques face à des chocs désormais récurrents.
Enjeux et perspectives
Pour contenir la flambée des prix, le gouvernement a consenti des subventions mensuelles de 3 milliards de francs CFA pour maintenir les prix à la pompe, assurent les responsables de l’Office malien des produits pétroliers. Le maintien de ces subventions mensuelles pose également la question de leur soutenabilité budgétaire, dans un contexte de fortes contraintes sur les finances publiques.
Outre les produits pétroliers, la flambée des prix a touché de nombreux autres secteurs, dont celui de la viande bovine avec os, passée de 2 300 francs CFA à 3 000 voire 3 500 le kilogramme.
En dehors des mesures urgentes, les réponses à long terme, parmi lesquelles la réduction de la dépendance aux énergies fossiles à travers le développement des énergies renouvelables, s’imposent.
Des réponses durables, notamment le développement des énergies renouvelables et un changement du mix énergétique, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages dans une économie déjà fragilisée par les délestages et les tensions d’approvisionnement.
Prévention des inondations : Bamako muscle son dispositif avant l’hivernage
À l’approche de l’hivernage 2026, les autorités renforcent les mesures de prévention dans le district de Bamako, particulièrement exposé aux crues urbaines. Le nouveau plan met l’accent sur le curage des réseaux d’évacuation, la gestion des urgences et la protection des populations des quartiers à risque.
Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina
Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.
Hydrocarbures : 105 millions de litres importés pour stabiliser le marché
Le gouvernement a annoncé l’entrée de 105 millions de litres de carburant en mars, transportés par 2 200 camions-citernes. Cet approvisionnement intervient alors que la pression reste forte sur le gasoil, essentiel à la fois pour le transport, les activités industrielles et la production d’électricité.
FESMAMAS 2026 : La tradition repensée pour l’ère contemporaine
Du 30 mars au 6 avril 2026, la ville de Markala accueille la 33ème édition du Festival des masques et marionnettes (FESMAMAS), dans un format renouvelé qui prolonge la dynamique engagée en 2025.
Cette édition vise à concilier modernité organisationnelle et valorisation d’un patrimoine culturel profondément ancré dans les traditions locales.
Porté par une approche plus structurée, le festival se distingue cette année par une implication accrue des communautés locales, désormais organisées en coopératives. Ce choix traduit la volonté de renforcer l’ancrage territorial de l’événement et de mieux garantir la transmission des savoirs.
Parallèlement, le FESMAMAS poursuit son ouverture au numérique avec la diffusion en direct de ses temps forts, permettant à un public élargi de vivre l’expérience à distance.
Au cœur de cette édition 2026, la programmation reste fidèle à l’esprit du festival tout en se diversifiant : spectacles de masques, performances artistiques, danses traditionnelles et animations rythmeront une semaine durant laquelle Markala se transformera en véritable carrefour culturel.
Les visiteurs pourront également assister à des activités populaires comme les courses de pirogues ou d’ânes, qui contribuent à l’ambiance festive et conviviale.
De la tradition locale à la reconnaissance mondiale
Créé en 1993, le FESMAMAS célèbre l’identité culturelle des communautés bambara, bozo, maraka et somono de la région. À travers les masques et les marionnettes se déploie tout un système de transmission sociale et symbolique, notamment lors des cérémonies initiatiques destinées aux jeunes générations.
Au fil des ans, le festival s’est imposé comme un rendez‑vous majeur du patrimoine culturel malien, contribuant à la reconnaissance du « Sogobo » de Markala. Celui‑ci a été inscrit en 2012 à l’Inventaire national des biens culturels, puis reconnu en 2014 par l’UNESCO comme élément du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
La mutation amorcée lors de l’édition 2025, sous l’impulsion du Centre culturel Blonba, marque une nouvelle étape dans l’histoire du FESMAMAS. Pensé désormais comme une véritable production scénique, avec des standards inspirés des plateaux télévisuels, le festival gagne en lisibilité et en attractivité.
Cette modernisation s’accompagne d’une ligne éditoriale orientée vers l’éducation citoyenne. « Nous proposons un festival moderne, avec des formes d’organisation modernes et une ligne éditoriale axée sur l’éducation à une citoyenneté contemporaine », explique Alioune Ifra Ndiaye, Directeur du Centre culturel Blonba.
Entre héritage et innovation, le FESMAMAS 2026 confirme son rôle de vitrine culturelle majeure, capable de faire dialoguer traditions séculaires et enjeux contemporains.
Mohamed Kenouvi
Déplacements forcés : plus de 610 000 personnes sous protection au Mali
Le Mali fait face à une pression humanitaire toujours forte, avec plus de 610 000 personnes relevant aujourd’hui des mécanismes de protection. Entre déplacements internes, accueil de réfugiés et situation des personnes sans nationalité établie, les chiffres les plus récents traduisent la persistance d’une crise qui continue de peser sur le pays.
Insertion des jeunes : Le défi demeure
Malgré l’annonce de 65 503 emplois nets créés en 2025, la question de l’insertion des jeunes reste entière au Mali. Entre pression démographique, inadéquation formation-emploi et faible poids du secteur formel, le défi de l’employabilité continue de peser sur l’avenir d’une jeunesse majoritaire dans la population.
La ministre en charge de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a présenté un bilan jugé encourageant, mettant en avant la création de 65 503 emplois nets en 2025, dont 40 566, soit 59%, relèvent du secteur public. Si ce chiffre traduit une dynamique réelle, il reste inférieur au flux annuel des nouveaux entrants sur le marché du travail, estimé à plus de 235 000 jeunes par an selon plusieurs analyses internationales.
Le Mali demeure confronté à des défis structurels persistants : forte croissance démographique, urbanisation rapide, accès inégal aux services sociaux de base et pression croissante sur les ressources économiques. Dans ce contexte, la jeunesse continue de rechercher des emplois décents et productifs dans un marché encore dominé par l’informel. Selon la Banque mondiale, près de 90% des actifs maliens exercent dans l’économie informelle, souvent sans protection sociale ni stabilité de revenu.
Comme le soulignent Daman-Guilé Diawara, Amidou Ballo et Boubacar Bagayoko dans « Enseignement supérieur et marché de l’emploi au Mali », le pays dispose pourtant d’opportunités importantes dans l’agriculture, les ressources naturelles et les technologies de l’information. L’agriculture concentre encore une grande part des jeunes actifs, souvent dans des activités peu productives. Mais ces potentialités peinent encore à absorber la demande.
Chômage des jeunes
Estimé globalement entre 8 et 10%, le taux de chômage atteint 20 à 30% chez les 15 à 24 ans. Cette situation s’explique en partie par la croissance rapide de la population active et surtout par le décalage entre les compétences acquises et les besoins réels des employeurs.
Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur reste faible, généralement situé autour de 5 à 10%, ce qui souligne l’ampleur du défi éducatif. Selon une enquête de l’INSTAT, seuls 40% des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme, tandis qu’une étude du Bureau de l’Emploi indiquait que 60% des employeurs jugeaient insuffisantes les compétences pratiques des diplômés.
Pour les experts, la réforme des programmes, le renforcement de la formation professionnelle et le développement de l’entrepreneuriat restent les principales pistes pour améliorer durablement l’insertion des jeunes.
Autisme : Le défi de l’inclusion et de la prise en charge
Chaque 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme rappelle les difficultés liées à la prise en charge et à l’inclusion des personnes concernées. Au Mali, entre méconnaissance, stigmatisation et faiblesse des structures spécialisées, des initiatives associatives et privées tentent d’apporter des réponses.
Instaurée par l’ONU en 2007, cette journée vise à promouvoir les droits, l’acceptation et l’inclusion des personnes autistes. Au Mali, les associations créées par des parents d’enfants autistes mènent des actions de sensibilisation pour mieux faire connaître ce trouble du neurodéveloppement et réduire la marginalisation qui touche encore de nombreuses familles.
Une étude menée par l’association Autisme Mali en 2014 faisait état d’une prévalence de 4,5% au sein des cas recensés dans les structures de santé étudiées. Elle relevait aussi que 88,6% des enfants identifiés n’étaient pas scolarisés. Depuis, l’association poursuit ses efforts à travers « Autisme Tour », une caravane annuelle destinée à sensibiliser le grand public et les soignants, encore souvent peu familiarisés avec le diagnostic. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le repérage précoce et l’accompagnement éducatif restent les leviers les plus efficaces pour améliorer le développement et l’autonomie des enfants concernés.
Assurer l’inclusion
En 2025, l’association des enfants autistes Djiguiya rapportait qu’environ 1 200 enfants étaient concernés à Bamako. Derrière les inquiétudes des familles se trouvent aussi des capacités, des sensibilités et des talents encore trop souvent ignorés, d’où l’appel constant des associations pour garantir à ces enfants le respect de leurs droits, notamment celui à l’éducation. Dans la pratique, plusieurs familles dénoncent encore le refus d’inscription de certains enfants dans les établissements classiques, faute de personnel formé ou par méconnaissance du trouble.
Madame Koïta Aminata Camara est mère d’un enfant autiste. Elle découvre l’autisme lorsque sa fille, âgée de trois ans, cesse progressivement de parler. Après consultation, le diagnostic confirme un trouble neurodéveloppemental dont il existe plusieurs formes, explique-t-elle.
Le centre Césame, qu’elle dirige, fonctionne depuis deux ans. Né de l’initiative de l’association des parents d’enfants autistes, il s’appuie sur un personnel spécialisé et formé, avec l’aide de parents installés à l’extérieur du pays. Son existence constitue un soulagement pour de nombreuses familles.
La prise en charge peut atteindre 150 000 francs CFA par mois, un coût trop lourd pour beaucoup de parents. Le centre a donc été pensé comme un espace plus accessible. Grâce à une classe d’apprentissage assurant la transition, certains enfants peuvent ensuite intégrer le système scolaire classique avec un accompagnement adapté.
Les associations demandent à l’État la création d’un centre public spécialisé et la prise en charge des éducateurs formés afin qu’aucun enfant ne soit laissé en marge.




















