Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Mahamet Traoré, Analyste et consultant en gouvernance du football
Mahamet Traoré est analyste et consultant en gouvernance du football. Il nous livre son regard sur la crise actuelle au sein de la Femafoot et les perspectives pour le football malien. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.
Quel regard portez-vous sur la crise actuelle à la FEMAFOOT ?
Il s’agit d’une crise de gouvernance installée dans la durée, qui fragilise profondément l’institution. Au-delà des personnes, c’est le fonctionnement même de la fédération qui est en cause, avec des répercussions directes sur l’image du Mali. La CAN 2025 a été un révélateur : le talent seul ne suffit plus à compenser des dysfonctionnements structurels persistants. Le football malien a aujourd’hui besoin d’un projet clair, structuré, avec des objectifs précis, des mécanismes de suivi et une gouvernance responsable.
Après la démission de l’ensemble du Bureau exécutif, quelle pourrait être la suite ?
Deux options sont juridiquement et institutionnellement envisageables : l’organisation d’une Assemblée Générale ou la mise en place d’un Comité de normalisation. Dans le contexte actuel, les autorités du pays sont les mieux placées pour apprécier la solution la plus appropriée afin de garantir une refondation durable du football malien.
Selon vous, que faut-il aujourd’hui pour un véritable renouveau du football malien ?
L’État a déjà consenti des efforts considérables, tant dans l’accompagnement des sélections nationales que dans la rénovation et le développement des infrastructures sportives. Ce fort engagement doit désormais être un levier pour amener l’ensemble des acteurs du football à se doter d’outils de gouvernance inclusifs, transparents et orientés vers la performance. C’est à cette seule condition que les résultats seront à la hauteur des attentes légitimes du peuple malien.
Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »
Le Directeur exécutif du think tank Wathi analyse la portée réelle de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, lancée en décembre 2025. Il en expose les apports, les limites et les conditions nécessaires à son efficacité en 2026. Propos recueillis par Massiré Diop.
La Force unifiée de l’AES peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ?
La Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, composée à son lancement de 5 000 militaires issus des trois pays membres, peut constituer une contribution importante à la lutte contre les groupes armés dans la région. Elle peut modifier le rapport de forces dans certaines zones de déploiement. Toutefois, elle ne saurait à elle seule apporter une réponse décisive à une crise sécuritaire profonde et multidimensionnelle, qui exige des réponses dépassant les seules actions militaires, menées collectivement ou individuellement par les armées nationales.
Quel est son principal apport sur le terrain ?
Son apport majeur réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière rendue possible par un commandement unifié. Les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération, notamment les opérations conjointes menées dans la zone du Liptako-Gourma. Ces initiatives ont montré que la coordination est nécessaire et possible, mais qu’elle demeure limitée géographiquement et ne peut se substituer aux efforts internes que chaque État doit mener pour renforcer durablement sa sécurité.
Comment éviter une duplication inefficace avec la CEDEAO ?
Le risque de duplication demeure élevé dans un contexte de forte fragmentation politique en Afrique de l’Ouest. Le retrait des pays de l’AES de la CEDEAO limite à court terme les perspectives d’une coopération sécuritaire élargie. Les tensions et la méfiance entre États entravent le partage du renseignement et les opérations conjointes. Faute de cadre régional commun, les coopérations bilatérales ou les mécanismes ad hoc entre pays volontaires constituent les options les plus réalistes, tout en rendant nécessaire le maintien d’un dialogue minimal sur les enjeux sécuritaires partagés.
Quelles garanties sont indispensables pour la crédibilité de cette force ?
Le financement constitue un enjeu central et nécessite des mécanismes de transparence et de contrôle pour garantir l’efficacité des ressources engagées. L’absence de redevabilité affaiblit la confiance des populations et la légitimité des dispositifs sécuritaires. Le respect des droits humains est tout aussi déterminant, car les violations alimentent directement l’insécurité en servant la propagande et le recrutement des groupes armés. Des règles d’engagement claires, des enquêtes crédibles et des formations continues à la protection des civils restent indispensables pour préserver la stabilité recherchée.
Classement FIFA : Le Mali recule
La FIFA a publié le 19 janvier 2026 son traditionnel classement des sélections nationales de football, au lendemain de la finale de la CAN 2025, remportée par le Sénégal devant le Maroc. Ces deux pays continuent de dominer ce classement au niveau continental. Le Maroc (1er en Afrique) a gagné 3 places sur le plan mondial, quittant la 11ème place pour la 8ème, tandis que le Sénégal (2ème) a fait un bond de 7 places et se retrouve désormais à la 12ème place mondiale. Éliminés en quart de finale de la CAN 2025, les Aigles du Mali chutent de 2 places en Afrique et d’une place au niveau mondial. Classé 53ème dans le monde et 8ème en Afrique dans le classement précédent de décembre dernier, le Mali occupe désormais la 54ème place mondiale et la 10ème en Afrique, fermant le top 10 continental.
MK
CAN 2025 : Une édition record entre succès sportifs et polémiques
La CAN 2025 s’est achevée le 18 janvier 2026 par le sacre du Sénégal devant le Maroc, au terme d’une édition historique. Des records d’affluence, de recettes et de buts ont marqué la compétition, malgré des polémiques arbitrales venant nuancer un bilan globalement positif.
Sur le plan logistique, le Maroc a largement répondu aux attentes de la CAF. L’organisation, la sécurité, la qualité des infrastructures et la mobilisation du public ont été saluées tout au long de la compétition.
Avec 1,25 million de spectateurs cumulés dans les stades, la CAN 2025 a établi un record d’affluence. Les retombées économiques ont été à la hauteur de l’événement : selon la CAF, les revenus liés à la compétition ont progressé de plus de 90%, tandis que la billetterie a généré 55 millions de dollars, un niveau inédit pour le football africain.
Sportivement, la CAN 2025 a également battu des records. Elle est devenue la plus prolifique de l’histoire, avec 121 buts inscrits en 54 matchs, soit une moyenne de 2,3 buts par rencontre.
Contrairement à certaines éditions précédentes, marquées par les éliminations précoces de favoris, les grandes nations africaines ont cette fois-ci tenu leur rang. Le dernier carré, composé de l’Égypte, du Nigeria, du Sénégal et du Maroc, illustre cette hiérarchie respectée.
Distinctions et controverses
Les distinctions individuelles ont mis en avant des figures majeures du tournoi. Le trophée du meilleur joueur a été décerné à Sadio Mané, leader du Sénégal, champion d’Afrique. Celui du meilleur gardien est revenu à Yassine Bounou du Maroc, décisif tout au long du tournoi. Quant au titre de meilleur buteur, il a été attribué à son coéquipier Brahim Diaz, avec 5 réalisations, malgré une finale cruelle marquée par une panenka ratée qui aurait pu lui offrir le titre. Les prix du fair-play et de l’équipe la plus fair-play ont été respectivement attribués à Achraf Hakimi et au Maroc.
Un point noir a toutefois terni le bilan : l’arbitrage. Plusieurs décisions controversées ont alimenté la polémique, avec des accusations de favoritisme envers le pays hôte.
La finale a cristallisé les tensions, entre un but refusé au Sénégal et un penalty accordé au Maroc dans les dernières secondes, provoquant une interruption de près de vingt minutes, après la sortie des Sénégalais en signe de protestation.
Toutefois, malgré ces controverses, la CAN 2025 restera globalement comme une édition réussie sur plusieurs plans.
Mohamed KENOUVI
CPI : La procédure de retrait de l’AES toujours en attente
Annoncé en 2025, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale n’a pas encore été formalisé. En l’absence de notification officielle, la procédure prévue par le Statut de Rome demeure juridiquement inchangée.
En septembre 2025, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre d’une démarche présentée comme concertée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette déclaration intervenait dans un contexte de redéfinition des relations entre les États sahéliens et certaines institutions internationales. Plusieurs mois plus tard, aucune évolution juridique formelle n’a toutefois été enregistrée.
La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, traité entré en vigueur en 2002. Celui-ci prévoit, en son article 127, la possibilité pour tout État partie de se retirer selon une procédure précise. Le retrait doit être notifié par écrit au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du traité. Ce n’est qu’à compter de la réception officielle de cette notification que le processus juridique est engagé.
Procédure
Conformément aux dispositions du Statut, le retrait n’entre en vigueur qu’un an après cette notification. Durant cette période, l’État concerné demeure pleinement partie au traité, avec l’ensemble des droits et obligations qui en découlent. En l’absence de notification formelle, une annonce politique ne produit donc aucun effet juridique.
À ce stade, aucune communication publique de la CPI ni des Nations unies ne fait état de la réception d’une notification de retrait émanant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Les trois pays demeurent ainsi, sur le plan juridique, États parties au Statut de Rome. À la date de consultation des registres officiels du dépositaire du Statut de Rome, aucune notification de retrait concernant le Mali, le Burkina Faso ou le Niger n’est enregistrée.
Obligations
Selon une source institutionnelle proche de la Cour pénale internationale, la procédure repose sur plusieurs principes essentiels. Le retrait doit être notifié individuellement par chaque État, même lorsqu’une démarche est politiquement coordonnée. Il ne devient effectif qu’un an après la notification officielle. Par ailleurs, le retrait ne soustrait pas l’État à son obligation de coopérer pour toutes les procédures engagées durant la période où il était partie au Statut.
Cette règle constitue un élément central du fonctionnement de la justice pénale internationale. Les enquêtes ouvertes avant la date effective d’un éventuel retrait demeurent juridiquement valables et la Cour conserve sa compétence pour les faits concernés.
Dans le cas du Mali, l’intervention de la CPI remonte à 2012, lorsque l’État avait saisi la juridiction afin qu’elle enquête sur les crimes commis sur son territoire dans le contexte d’un conflit armé. La Cour dispose toujours d’un bureau à Bamako, relevant du Greffe, organe administratif chargé du soutien aux activités judiciaires.
Deux affaires sont actuellement publiques. La première concerne Al-Hassan Ag Abdoul Aziz, ancien membre de la police islamique d’Ansar Eddine, condamné en juin 2024 à 10 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La seconde porte sur un mandat d’arrêt délivré en 2017 contre Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, toujours en fuite.
Précédents
Des précédents existent dans d’autres pays. En 2016, l’Afrique du Sud avait engagé une procédure de retrait, avant qu’elle ne soit suspendue pour des raisons constitutionnelles. En Gambie, une annonce similaire avait été abandonnée en 2017 à la suite d’un changement politique. À l’inverse, le Burundi (2016 – 2017) et les Philippines (2018 – 2019) ont mené à terme leur retrait, sans que cela n’empêche la CPI de poursuivre les enquêtes ouvertes antérieurement.
Ces expériences montrent que seules les démarches formalisées conformément au Statut de Rome produisent des effets juridiques. Dans l’espace AES, le processus demeure donc, à ce stade, au niveau déclaratif.
L’évolution du dossier dépendra de la transmission éventuelle d’actes officiels aux instances compétentes et de leur enregistrement. En attendant, les règles du droit international continuent de s’appliquer, la distinction entre annonce politique et effectivité juridique restant au cœur de la compréhension de cette procédure.
FEMAFOOT : La fin d’un cycle, l’heure des choix
La démission collective, le 17 janvier 2026, de l’ensemble du Comité exécutif de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) marque l’aboutissement d’une longue crise de gouvernance, entamée dès l’élection de Mamoutou Touré en 2019. Désormais, l’avenir du football malien se joue sous le regard attentif de la FIFA, appelée à arbitrer une sortie de crise décisive.
Tout s’est accéléré à la suite de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Le 9 janvier 2026, les Aigles du Mali quittent la compétition après une défaite face au Sénégal, concluant un parcours sans la moindre victoire en cinq matchs. Une élimination douloureuse qui agit comme le révélateur d’un malaise plus profond.
Le lendemain, le message officiel de soutien publié par le Comité exécutif de la FEMAFOOT provoque l’effet inverse de celui escompté. Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion sportive, les supporters dénoncent une gouvernance déconnectée, un manque d’autocritique et l’absence de vision. Les appels à la dissolution du Comité exécutif se multiplient.
Une hémorragie institutionnelle sans précédent
Sous la pression conjuguée de l’opinion publique et des tensions internes, une première vague de démissions intervient le mardi 13 janvier 2026. Dix membres influents du Comité exécutif, responsables de commissions stratégiques, quittent officiellement leurs fonctions pour « convenances personnelles ».
Le 15 janvier, la crise prend une tournure judiciaire. Le Secrétaire général de la FEMAFOOT, Sidy Bekaye Magassa, est interpellé puis libéré dans le cadre d’enquêtes portant sur la légalité de sa nomination et sur des accusations de diffamation et de falsification de documents.
Selon plusieurs sources proches du dossier, il aurait tenté d’appliquer l’article 38.9 des statuts afin de pourvoir les postes vacants du Comité exécutif, une initiative jugée illégale par de nombreux acteurs du football national. Ses déclarations faisant état de pressions des autorités sur les membres démissionnaires, transmises à la FIFA, aggravent davantage la situation.
Face à l’impasse institutionnelle et à la perte totale de crédibilité, les neuf membres restants du Comité exécutif, y compris le Président Mamoutou Touré et ses Vice-présidents, annoncent à leur tour leur démission le 17 janvier. La FEMAFOOT se retrouve alors sans aucun organe exécutif en fonction.
Une crise enracinée depuis plusieurs années
L’implosion actuelle de la FEMAFOOT est l’aboutissement d’un long cycle de tensions entamé dès l’élection de Mamoutou Touré à la tête de l’instance, le 29 août 2019. Dès ses premiers mois de mandat, sa gouvernance est contestée par plusieurs acteurs du football national.
Recours juridiques, conflits entre ligues, défiance de certains clubs, relations tendues avec les autorités sportives : la fédération devient un champ de bataille permanent. L’arrestation de Mamoutou Touré, en août 2023, dans une affaire de détournement de fonds, puis sa réélection controversée alors qu’il est en détention, accentuent la fracture.
La révision des statuts, en mars 2025, dans un climat très contesté, est par ailleurs perçue par de nombreux acteurs comme un outil de verrouillage du système, limitant l’accès à la gouvernance à des cercles restreints.
Comme le souligne le consultant sportif Sidi Yaya Koné, la crise actuelle dépasse largement les personnes. Elle révèle un système figé depuis plusieurs décennies, dominé par les mêmes associations, les mêmes équilibres électoraux et les mêmes pratiques. Les élections fédérales se jouent entre cercles restreints, sans réel renouvellement ni ouverture.
Ali Kaba Sacko, ancien membre du staff des Aigles, abonde dans le même sens. Pour lui, la démission du Comité exécutif de la FEMAFOOT « ne doit pas être analysée comme une simple crise de dirigeants ni comme une conséquence mécanique de l’échec à la CAN. Elle est la conséquence logique d’un système mal construit depuis des années ».
Il pointe également un déséquilibre du corps électoral, où des structures peu actives sportivement disposent d’un poids décisif lors des scrutins, au détriment des clubs et acteurs réellement engagés sur le terrain. Cette configuration, estime-t-il, fausse la démocratie interne et éloigne les décisions de la réalité du football malien.
Cette lecture est partagée par d’autres observateurs, qui estiment que le football malien fonctionne depuis 30 à 40 ans sur les mêmes équilibres. Les mêmes associations, les mêmes réseaux et les mêmes pratiques dominent la gouvernance, empêchant tout renouvellement réel.
Un vide statutaire qui appelle une réponse exceptionnelle
Selon Sidi Yaya Koné, la situation est juridiquement claire : sans Comité exécutif, la FEMAFOOT ne dispose plus d’un organe légitime pour gérer les affaires courantes, convoquer une Assemblée générale ou organiser une élection crédible. Les mécanismes internes sont épuisés.
« Selon les statuts de la FIFA, auxquels la FEMAFOOT a adhéré, chaque fédération membre doit disposer d’organes élus, stables et légitimes. Lorsque ces conditions ne sont plus réunies, la FIFA prévoit un dispositif exceptionnel : la mise en place d’un Comité de normalisation (CONOR) », affirme le consultant.
À l’en croire, loin d’être une sanction ou une humiliation, ce mécanisme a déjà été utilisé dans plusieurs pays confrontés à des crises similaires, avec pour objectif clair de rétablir l’ordre statutaire, de réviser les textes si nécessaire et d’organiser des élections libres et transparentes. Cela avait d’ailleurs déjà été le cas au Mali en 2018, après une longue crise qui avait secoué la FEMAFOOT.
Pour sa part, Moustaph Maiga, Président de la ligue de football de Ségou, explique également que la balle est désormais dans le camp de la FIFA, qui a le choix entre deux options principales. La première consisterait à demander au Secrétaire général de convoquer une Assemblée générale extraordinaire élective dans un délai de 90 jours, conformément aux textes antérieurs. Une option juridiquement délicate, dans un climat de défiance et avec des statuts contestés.
La seconde, plus probable au regard du vide institutionnel actuel, serait la mise en place d’un Comité de normalisation. Celui-ci aurait pour mission de gérer la fédération sur une période transitoire, de revoir les statuts de manière inclusive et d’organiser un scrutin crédible, car, estiment plusieurs observateurs, un simple changement de dirigeants sans réforme structurelle reviendrait à reproduire mécaniquement les crises passées.
Au-delà de la crise, l’enjeu d’une refondation
Pour de nombreux observateurs du football malien, dont Ali Kaba Sacko et le journaliste sportif Boun Afane Doumbia, la crise qui secoue aujourd’hui la FEMAFOOT ne peut être traitée comme une simple parenthèse institutionnelle. Elle constitue au contraire un moment charnière qui impose une remise en question profonde des fondements mêmes de la gouvernance du football national. Tous les deux estiment que l’heure n’est plus aux solutions de circonstance ni aux changements cosmétiques, mais à une refondation structurelle capable de rompre durablement avec les dérives du passé.
Selon eux, cette réforme ne saurait être importée ou dictée de l’extérieur. Le football malien possède ses spécificités, ses contraintes et ses dynamiques propres, qu’il s’agisse du fonctionnement des clubs, de l’état des infrastructures, des réalités économiques ou de la culture sportive locale. Copier mécaniquement des modèles étrangers, sans adaptation au contexte national, a souvent produit des réformes de façade, inefficaces sur le long terme. Toute transformation crédible doit donc être pensée à partir du terrain, en intégrant les attentes des clubs, des ligues, des acteurs techniques et des supporters.
Pour autant, cette exigence d’ancrage local ne signifie pas un affranchissement des règles internationales. Ali Kaba Sacko et Boun Afane Doumbia soulignent que le respect strict des textes de la FIFA constitue un socle indispensable pour garantir la stabilité institutionnelle. Ces normes ne sont pas perçues comme une contrainte, mais comme un cadre de protection contre l’arbitraire, les conflits d’intérêts et les crises à répétition qui ont fragilisé la FEMAFOOT au fil des années. L’enjeu est donc de trouver un équilibre subtil entre souveraineté sportive nationale et crédibilité internationale.
Concrètement, cette refondation devrait s’accompagner d’un assainissement complet de l’administration du football. Les deux analystes plaident pour une remise à plat du fonctionnement du Secrétariat général, souvent cité comme maillon faible de la gouvernance, ainsi que pour la réorganisation des commissions électorales et juridictionnelles, dont la légitimité est aujourd’hui largement contestée. La mise en place d’organes véritablement indépendants apparaît comme une condition essentielle pour restaurer la confiance et garantir la transparence des processus décisionnels.
Ils appellent également à une relecture approfondie des statuts révisés en mars 2025, afin d’en corriger les dispositions jugées ambiguës ou exclusives. Le corps électoral, souvent critiqué pour son déséquilibre, devrait être réexaminé afin de mieux refléter la réalité du football malien et de redonner une voix prépondérante aux structures réellement actives. Dans le même esprit, la gouvernance de certaines ligues et districts mis en place sous l’ancienne direction mérite d’être revue pour éviter toute reproduction des logiques de verrouillage.
Enfin, au-delà des textes et des structures, Ali Kaba Sacko et Boun Afane Doumbia insistent sur la nécessité d’une rupture éthique. La sortie durable de crise passe par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, sélectionnés sur la base de la compétence, de l’intégrité et d’un véritable projet de développement. Sans ce renouvellement moral et institutionnel, préviennent-ils, le football malien risque de retomber rapidement dans les mêmes travers, au détriment de sa crédibilité et de son immense potentiel sportif.
Mohamed Kenouvi
35e CAN : le Sénégal s’adjuge le trophée face au pays hôte
Le Sénégal a remporté la 35e Coupe d’Afrique des nations au terme d’une finale éprouvante face au Maroc. Un succès acquis en prolongation, après un temps réglementaire exceptionnellement long, marqué par une suite de décisions arbitrales qui ont profondément pesé sur le scénario du match.
Front social : Vers l’exécution des engagements ?
L’année 2026 s’annonce comme celle des attentes pour les acteurs du front social. Alors qu’elle doit enregistrer l’entrée en vigueur de l’augmentation graduelle des salaires, elle constitue également une étape importante pour l’application du Pacte de stabilité sociale signé en 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux.
Les syndicats et autres acteurs sociaux placent de fortes attentes dans 2026, espérant la concrétisation de plusieurs engagements en faveur de l’amélioration des conditions de vie et de travail. Ces attentes s’inscrivent dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance signé le 25 août 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Présenté comme un accord historique destiné à l’apaisement du climat social, ce pacte, structuré autour du dialogue social et de la liberté syndicale, comporte 7 chapitres et prévoit 60 domaines d’activité, ainsi que 125 actions programmées sur 5 ans, conformément aux recommandations de la Conférence sociale d’octobre 2022.
L’année 2025 s’est inscrite dans la continuité de 2024 dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte de stabilité sociale. Selon Ousmane Almoudou Touré, membre de la Synergie des syndicats de l’enseignement, des ateliers d’évaluation ont toutefois mis en évidence des engagements non exécutés par le gouvernement. Si la revalorisation de la valeur indiciaire a été engagée, « beaucoup de procès-verbaux attendent encore d’être exécutés », souligne-t-il. À l’inverse, les partenaires sociaux auraient respecté leurs engagements, privilégiant le dialogue et la réduction des mouvements de grève, ce qui a contribué à un climat social relativement apaisé.
Application mitigée
Concernant l’application du Pacte de stabilité sociale et de croissance, des insuffisances persistent, notamment sur les engagements financiers. Le leader syndical espère donc que 2026 marquera l’exécution de ces points, parmi lesquels figurent certaines primes, dont la prime spéciale très attendue par les syndicats. Selon lui, leur mise en œuvre permettrait de soulager les militants et de renforcer la crédibilité des partenaires sociaux.
Par ailleurs, le premier bras de fer social de l’année semble s’orienter vers un dénouement. Il concernait les enseignants des régions de Kidal et de Ménaka dont les salaires avaient été suspendus en raison de la non-reprise des postes liée à l’insécurité. Selon les informations disponibles, cette décision aurait été levée, les enseignants concernés se disant prêts à regagner leurs postes dès la reprise des vols vers ces zones.
Partis politiques : Une relance des activités en 2026 ?
L’annonce par le Président de la Transition de concertations nationales en 2026 autour de l’avant-projet de la nouvelle Charte des partis politiques ouvre une nouvelle séquence politique, attendue mais encore entourée d’incertitudes.
Près de huit mois après la dissolution des partis politiques, le débat sur leur avenir refait surface. Dans son discours du Nouvel An, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition a annoncé que « l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques ». Une déclaration qui relance les spéculations sur un éventuel retour encadré de l’activité partisane, dans un contexte politique profondément reconfiguré.
Si l’annonce marque un signal politique fort, elle ne signifie pas encore une reprise des activités. Le Chef de l’État évoque un avant-projet de charte et non un texte finalisé, laissant entendre un processus graduel, étalé dans le temps et dont l’issue dépendra largement du contenu des concertations à venir.
Des concertations sans partis ?
La principale interrogation porte sur la nature des acteurs appelés à participer à ces concertations. Les partis politiques, en tant que structures juridiques, n’existent plus officiellement. Dès lors, comment organiser des discussions sur leur avenir en l’absence de leurs représentants légaux ?
Pour plusieurs observateurs, une concertation véritablement inclusive supposerait non seulement la participation d’anciens acteurs politiques, mais aussi un climat politique apaisé permettant une expression libre et équilibrée.
Pour Sékou Niamé Bathily, ancien cadre du RPM dissous, le risque est celui d’une concertation « exclusive », menée « au nom des partis politiques mais en leur absence ». Il s’interroge ouvertement sur la crédibilité d’un tel exercice et sur la réelle volonté d’en faire une priorité politique, évoquant une annonce qui pourrait relever davantage de la gestion du temps que de l’urgence des réformes.
Cette réserve est partagée, de manière plus lapidaire, par d’autres anciens responsables. Hamidou Doumbia, de l’ancien parti Yelema, qualifie l’annonce de « non événement » et refuse tout commentaire. D’autres anciens acteurs politiques contactés ont également choisi le silence, signe d’un scepticisme ambiant et d’une profonde méfiance vis-à-vis du processus annoncé.
Du côté des autorités, la ligne officielle se veut plus inclusive. Dès le lendemain de la dissolution, le ministre délégué chargé des Réformes politiques, Mamani Nassiré, avait assuré lors d’un point de presse, le 14 mai 2025, que « toutes les personnalités qui peuvent contribuer à élaborer une bonne loi » seraient associées, « y compris les anciens acteurs politiques ». Reste à savoir sous quelle forme et avec quel poids réel.
Une crédibilité conditionnée à l’inclusivité
Toutefois, la question de la décrispation politique, notamment le sort des responsables politiques toujours en détention, reste absente du discours officiel, alors qu’elle conditionne largement toute dynamique de réconciliation et de dialogue crédible.
Pour l’analyste politique Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à l’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako, l’initiative présidentielle va dans le bon sens. Les partis politiques, rappelle-t-il, « sont indispensables à la vie d’un État, surtout dans le cadre de la gouvernance démocratique ». Mais il pose une condition claire : sans implication des anciens partis dissous et de la société civile, les concertations risquent de manquer de crédibilité.
Selon lui, le débat devra porter à la fois sur la forme – qui participe et comment – et sur le fond, c’est-à-dire la philosophie même de la future Charte. Une discussion limitée à des experts ou à des personnalités choisies pourrait difficilement produire un consensus national durable.
À ce stade, ni les modalités précises ni les termes de référence des concertations annoncées pour 2026 n’ont été rendus publics, alimentant les incertitudes et les conjectures.
Cette réflexion s’inscrit également dans le sillage de l’audit conduit par la Cour suprême du Mali sur le financement public des partis politiques, qui a mis en lumière plus de 24 milliards de francs CFA alloués entre 2000 et 2018, ainsi que d’importantes insuffisances en matière de transparence et de reddition des comptes.
Vers une refondation profonde
Sur le fond, plusieurs signaux laissent penser que la relance éventuelle des partis ne se fera qu’au prix de conditions drastiques. Les recommandations formulées par les forces vives de la Nation lors des consultations d’avril 2025 pourraient largement inspirer la future Charte. Elles vont d’un durcissement des critères de création à un contrôle renforcé du fonctionnement interne des partis.
Parmi les propositions les plus marquantes figurent la réduction drastique du nombre de partis, l’instauration d’une enquête de moralité, une caution financière élevée pour la création, l’obligation de représentations régionales effectives ou encore l’exigence de la déclaration de biens des membres fondateurs des partis.
Autant de mesures qui dessinent un paysage politique plus resserré et plus contrôlé, dont la viabilité dépendra de l’inclusivité du processus et de sa capacité à s’inscrire dans une dynamique d’apaisement durable.
Mohamed Kenouvi
Sécurité : 2025, des succès militaires sans soulagement civil
En 2025, la situation sécuritaire a continué de structurer l’ensemble des dynamiques politiques, sociales et humanitaires, avec un impact direct sur les civils et l’action publique. À l’heure où 2026 est placée sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, le bilan de l’année écoulée pose des questions décisives sur les choix opérés et les perspectives réelles de stabilisation.
L’année 2025 aura confirmé que, malgré une présence militaire plus affirmée sur plusieurs théâtres, l’insécurité reste une réalité quotidienne pour une large partie de la population. Des opérations ont été menées, des positions ont été reprises et certains groupes armés ont subi des pertes. Dans le même temps, les attaques contre les civils, les restrictions de circulation et les perturbations économiques liées à l’insécurité ont continué de peser sur la vie sociale et productive.
Pour l’analyste Yacouba Sogoré, 2025 marque une période charnière de la crise sécuritaire malienne. Il la décrit comme une « phase aiguë » au cours de laquelle la pression atteint son maximum sur les plans sécuritaire, économique et social, après plus d’une décennie de conflit.
Une insécurité diffuse malgré l’effort militaire
Entre janvier et octobre 2025, au moins 326 attaques visant des civils ont été recensées, faisant près de 480 victimes. Ces violences n’ont pas été confinées aux zones historiquement les plus touchées. Elles ont également concerné des régions jusque-là perçues comme périphériques, confirmant une extension géographique de l’insécurité et une pression continue sur les communautés locales.
Cette extension géographique n’a toutefois pas débouché sur une perte durable de contrôle des centres urbains. Yacouba Sogoré souligne qu’en dépit des attaques enregistrées au sud et à l’ouest du pays, aucune ville majeure ou moyenne n’a été durablement occupée par les groupes armés, évoquant des actions à portée essentiellement symbolique ou médiatique.
Pour le chercheur Alassane Maïga, l’année 2025 confirme un déplacement du foyer de la crise vers le sud du pays, notamment dans les régions de Sikasso et de Kayes. Il rappelle que des signaux faibles étaient observables depuis 2021 dans plusieurs localités, avant de se matérialiser par des attaques directes, des pressions économiques, l’embargo sur l’approvisionnement en hydrocarbures et des attaques ciblant des infrastructures industrielles.
Civils en première ligne et crise humanitaire durable
Cette situation s’est accompagnée d’une crise humanitaire d’ampleur nationale. En 2025, environ 6,4 millions de personnes ont été identifiées comme ayant besoin d’une aide humanitaire, dont près de 3,5 millions d’enfants. Les déplacements forcés restent un indicateur central, dans la mesure où plus de 402 000 personnes vivent en situation de déplacement interne, tandis qu’environ 847 000 relèvent du mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, déplacés internes, réfugiés, retournés et apatrides.
Au-delà des violences directes, les conditions de vie des civils ont été fortement affectées par les entraves à l’accès humanitaire. Les incidents liés à l’accès des acteurs humanitaires aux populations ont augmenté de plus de 60% en un an, limitant la capacité d’intervention dans plusieurs zones. À partir de septembre 2025, les attaques répétées contre les axes logistiques, notamment les convois de carburant, ont aggravé les pénuries, provoquant une hausse des prix et affectant le fonctionnement des services essentiels.
Pour le Directeur du Think Tank « Timbuktu Institute » Bakary Sambe, l’année 2025 marque un tournant dans la stratégie du JNIM, passé d’une logique de conquête territoriale à une véritable « guerre économique ». Le groupe privilégie désormais les blocus, les attaques contre les axes routiers, les convois de carburant et les infrastructures productives, avec l’objectif d’asphyxier les économies et d’isoler les capitales plutôt que de les prendre militairement.
Selon l’analyste, le ciblage des infrastructures répond à une triple logique : provoquer des pénuries immédiates, fragiliser la légitimité de l’État et générer des ressources propres à travers la taxation illégale, les enlèvements et les économies criminelles. Cette stratégie vise à transformer la pression sécuritaire en pression sociale et politique sur les populations.
Yacouba Sogoré, quant à lui, estime que le blocus imposé à partir de l’été 2025 – d’abord sur certaines villes, puis sur l’approvisionnement national en carburant – constituait une stratégie visant à exercer une pression directe sur les civils et à provoquer une instabilité politique. Il estime toutefois que cette stratégie n’a pas atteint son objectif, la mobilisation sociale ayant plutôt renforcé le soutien aux forces de défense et aux autorités.
Cette dégradation se traduit aussi par une fragilisation intense des mécanismes de protection et des parcours éducatifs. Selon les analyses du Cluster Protection couvrant le premier semestre 2025, les violations affectant les civils, en particulier les enfants, ont progressé dans plusieurs régions, exposant davantage les populations aux violences, aux déplacements forcés et aux abus. Dans le secteur de l’Éducation, l’insécurité a conduit à la fermeture de plus de 2 100 écoles, privant des centaines de milliers d’enfants d’un accès régulier à l’enseignement. Les capacités de réponse du Cluster Éducation sont restées limitées, ne couvrant qu’une part restreinte des besoins identifiés.
Pour Alassane Maïga, cette exposition accrue des civils s’explique aussi par la place prise par certaines milices d’autodéfense dans les dynamiques locales de sécurité. Lorsque leur action n’est pas strictement encadrée, elle peut entraîner des représailles ciblant directement les communautés dont elles sont issues. Il souligne la nécessité de maintenir une séparation claire entre opérations militaires et initiatives civiles, et de renforcer la coordination civilo-militaire, notamment à travers des dispositifs de police de proximité.
Cette crise humanitaire s’est en outre déroulée dans un contexte de sous-financement marqué. Pour 2025, le Plan de réponse humanitaire élaboré par les Nations unies pour le Mali évaluait les besoins à 771,3 millions de dollars afin d’assister 4,7 millions de personnes. Au 12 janvier 2026, seuls 157,1 millions de dollars avaient été mobilisés dans le cadre de ce plan, soit un taux de couverture de 20,4%. En incluant les financements humanitaires hors plan, le total rapporté atteint 201,4 millions de dollars, un niveau qui reste largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins. Cette contrainte financière a pesé directement sur la capacité des acteurs humanitaires à maintenir leurs opérations, en particulier dans les zones les plus affectées par l’insécurité et les restrictions d’accès.
Réponses de l’État et limites persistantes
Face à cette situation, l’État a engagé des décisions concrètes au sommet de l’appareil militaire. En octobre 2025, un remaniement de la haute hiérarchie a conduit à la nomination du Général de brigade Toumani Koné comme Chef d’état-major de l’armée de Terre, tandis que le Général de brigade Sambou Minkoro Diakité a été désigné responsable du renseignement militaire. Dans le même mouvement, le Général Élisé Jean Dao, précédemment en poste à l’étranger, a été rappelé et nommé adjoint au Chef d’état-major général des Armées, dans l’objectif de renforcer la coordination au sommet du commandement.
Sur le plan opérationnel, le Général de brigade Famouké Camara a été chargé de la conduite de l’opération Fougakènè, déployée sur des zones identifiées comme prioritaires. Ces nominations et affectations ont permis une clarification de la chaîne de commandement, une conduite plus structurée des opérations sur certains théâtres et une pression plus soutenue sur plusieurs groupes armés, avec des effets localisés sur le contrôle de certaines zones et axes.
Outre ces réajustements du commandement, les forces armées maliennes ont été dotées de nouveaux équipements, présentés publiquement lors de cérémonies officielles, notamment au défilé du 22 septembre 2025. Le port de Conakry et l’axe logistique Conakry – Bamako ont constitué des voies majeures d’acheminement de matériels vers le Mali.
Parallèlement au volet militaire, les autorités ont engagé un mécanisme non armé à travers la mise en œuvre effective du programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I). Lancé en novembre 2025, ce programme prévoit la prise en charge de 3 000 ex-combattants, dont 2 000 destinés à l’intégration dans les forces armées et de sécurité et 1 000 orientés vers la réinsertion civile. Après des étapes dans plusieurs régions, les opérations DDR-I ont officiellement démarré à Tombouctou le 7 janvier 2026, marquant une avancée institutionnelle concrète dans la stratégie de stabilisation.
Ces actions traduisent des résultats réels sur les plans organisationnel, opérationnel et institutionnel. Elles n’ont toutefois pas encore entraîné une amélioration sensible de la situation des civils. Les attaques, les déplacements, les restrictions de circulation et l’insécurité économique demeurent à des niveaux élevés, soulignant l’écart entre les gains enregistrés sur le terrain militaire et l’impact attendu sur la vie quotidienne des populations.
Perspectives
Selon Alassane Maïga, les limites observées en 2025 tiennent moins à l’absence de moyens qu’à une gouvernance sécuritaire incomplète. Il estime que l’approche reste largement centrée sur l’action armée, au détriment d’une implication réelle des collectivités locales et des acteurs de terrain, pourtant essentiels à une stabilisation durable.
Pour Bakary Sambe, le conflit est entré dans une phase de maturité où ni une victoire militaire totale ni un triomphe jihadiste ne paraissent réalistes. Il estime que la lutte contre la radicalisation ne peut reposer uniquement sur la force et plaide pour un dialogue inter-Maliens inclusif, fondé sur la réconciliation, la gouvernance locale et la mobilisation des ressources sociales et religieuses du pays.
L’entrée dans l’année 2026 s’inscrit ainsi dans une équation complexe. Alors que le Président de la Transition a placé l’année sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, les faits observés en 2025 rappellent que la sécurité reste le principal déterminant de toute perspective de stabilisation durable. La capacité de l’État à transformer les avancées militaires et institutionnelles en protection effective des civils, en mobilité retrouvée et en accès aux services essentiels constituera l’un des principaux défis des mois à venir.
Massiré DIOP
Administration territoriale : un nouveau découpage redessine la carte administrative
Le Mali a entériné une réorganisation de son administration territoriale qui modifie sensiblement la carte du pays à tous les niveaux. Cette réforme découle d’une loi adoptée le 13 mars 2023, qui a porté à 19 le nombre de régions, en plus du District de Bamako, et redéfini la structuration des subdivisions administratives.
Filières oléagineuses : le gouvernement malien réunit producteurs et industriels à Bamako
Le gouvernement a tenu, ce 12 janvier 2026, une réunion de concertation consacrée aux filières karité, sésame et arachide, dans un contexte de tensions récurrentes sur l’approvisionnement des unités industrielles locales.
« La Dualité Bamako et le reste du pays »
Ces écrits se veulent un cri du cœur constructif et ne visent nullement à saboter ou à rejeter les efforts consentis par les autorités. Il s’agit plutôt d’une interpellation visant à éclairer la nature profonde de la crise actuelle et à proposer une voie de résolution plus durable.
La Fausse Bonne Solution à la Crise d’Hydrocarbures
La récente tentative de résolution de la crise d’approvisionnement en hydrocarbures au Mali apparaît, en réalité, comme une fausse bonne solution. Elle est symptomatique d’une approche de gestion qui, par défaut de remédier à la cause première, s’attaque uniquement aux conséquences visibles et aux difficultés d’approvisionnement (la pénurie que nous traversons).
Il est essentiel de le souligner : la crise du carburant n’était pas une crise isolée en soi. Elle n’était qu’une ramification directe de la crise sécuritaire qui sévit sur le territoire. Par conséquent, cette pénurie est la conséquence directe de la gestion sécuritaire du territoire et des défis logistiques qu’elle engendre.
Cette situation, loin d’être un simple incident logistique, vient soulever des failles structurelles et des questionnements fondamentaux sur la gouvernance. En se concentrant sur la conséquence, la difficulté d’approvisionnement, on élude la cause qui lui a donné naissance : l’insécurité et le contrôle territorial.
Cependant, des alternatives concrètes et puissantes s’offrent aux autorités pour sortir de ce cycle de gestion des symptômes. La solution réside dans un changement de paradigme, passant d’une gestion centralisée et macro à une approche impliquant les acteurs locaux, pour s’orienter vers une gouvernance partagée de la sécurité.
Il est impératif d’impliquer pleinement les collectivités dans leurs droits et de les placer au-devant de la recherche de solutions durables. Cette démarche ne doit pas être perçue comme un affaiblissement du pouvoir ou de l’influence de l’État, ni comme une tentative de s’y substituer. Au contraire, elle est un gage de résilience et d’efficacité.
Travailler sur les mécanismes de coordination et de gestion des crises et catastrophes à travers le CECOGEC (Centre de Coordination et de Gestion des Crises et Catastrophes) :
La coordination entre les différents comités, à savoir le CIGCC (Comité Interministériel de Gestion des Crises et Catastrophes), le CRGCC (Comité Régional de Gestion des Crises et Catastrophes),ainsi que les comités au niveau local (CLGCC) et communal (CCGCC), doit être adaptée au contexte actuel. Bien que les communiqués du CIGCC soient partagés, j’observe que cette dynamique doit également s’appliquer aux niveaux communal, local et régional.
Pour être efficaces, les solutions doivent être endogènes et partagées. Elles doivent émaner de la base (niveaux local et communal) pour remonter vers le sommet (niveau national). Cette approche ascendante (“bottom-up”) garantira que les réponses apportées soient véritablement adaptées aux réalités du terrain.
La crise actuelle démontre qu’une gestion macro ne peut, à elle seule, résoudre les problèmes complexes et multidimensionnels du Mali. La voie de la durabilité passe nécessairement par une gouvernance partagée de la sécurité, où l’État et les collectivités travaillent de concert pour rétablir la paix et la circulation des biens. C’est en reconnaissant et en intégrant la réalité du “reste du pays” que la dualité avec Bamako pourra être dépassée.
Burkina Faso : un gouvernement redessiné
Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes et une refonte notable de l’intitulé de plusieurs départements. Au-delà des nominations, cette recomposition traduit une volonté assumée de redéfinir le rôle de l’État et le sens de l’action publique.
Bafoulabé : nouvelle attaque contre des sites industriels
Plusieurs unités industrielles du cercle de Bafoulabé ont été la cible d’une attaque armée coordonnée dans la nuit du samedi au dimanche 11 janvier 2026. L’opération a causé d’importants dégâts matériels et donné lieu à des enlèvements, selon des sources locales concordantes.
Les faits se sont produits aux environs de deux heures du matin. Des hommes lourdement armés, circulant sur une centaine de motos, ont mené des attaques simultanées contre plusieurs installations industrielles situées le long de la Route nationale 22, dans le cercle de Bafoulabé.
Les assaillants, estimés à environ cent soixante, avaient été aperçus quelques heures plus tôt dans la localité de Selinkegny, à une trentaine de kilomètres de Bafoulabé, avant de se scinder en groupes pour frapper leurs cibles.
Parmi les sites touchés figurent l’usine Stones, la Carrière et Chaux du Mali à Karaga ainsi que la cimenterie Diamond Cement à Gangontéry. Des chargeurs et un car ont été incendiés sur certains sites, provoquant d’importants dégâts matériels et des panaches de fumée visibles au-dessus des installations concernées.
Au moins quatre personnes ont été enlevées sur le site de Diamond Cement, selon des informations recueillies auprès de sources locales. Aucun bilan faisant état de morts ou de blessés n’a été signalé à ce stade. Sur ses réseaux sociaux, le PDG de Diamond Cement a confirmé l’attaque, indiquant que plusieurs usines, dont une entreprise étrangère, avaient également été visées, sans donner davantage de détails.
Cette attaque intervient dans un contexte de tension sécuritaire persistante dans la zone. L’une des usines ciblées avait déjà fait l’objet d’une attaque armée le 1er juillet 2025. Début janvier, des alertes émises par les populations locales avaient conduit certaines entreprises à évacuer leur personnel par mesure de précaution.
À la suite des événements, les forces de sécurité ont suspendu temporairement la traversée du fleuve dans la zone pour des raisons sécuritaires.
Les autorités locales n’avaient pas encore communiqué officiellement sur l’identité des assaillants ni sur les suites de l’opération. Plusieurs sources sécuritaires estiment toutefois que l’attaque correspond au mode opératoire du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, connu pour cibler les intérêts économiques.
Environnement : le Mali redistribue les compétences
Les autorités maliennes ont redéfini les compétences territoriales en matière d’assainissement et de protection de l’environnement. Lors du conseil des ministres du 7 janvier 2026, elles ont procédé à la redistribution des compétences administratives en matière d’assainissement et d’environnement entre les différentes collectivités. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans l’effectivité de la décentralisation et de nouvelles mesures dans le domaine de l’environnement.
Le conseil des ministres du 7 janvier 2026 a adopté deux projets de décret au compte du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Ces nouveaux textes précisent les compétences transférées aux collectivités territoriales en matière d’environnement. La nouvelle loi de 2023 portant organisation administrative a consacré la suppression de la collectivité territoriale cercle. Cette nouvelle organisation administrative a rendu nécessaire « la relecture du Décret n°2014-0572/P-RM du 22 juillet 2014 et du Décret n°2018-0079/P-RM du 29 janvier 2018 fixant respectivement le détail des compétences transférées de l’Etat aux Collectivités territoriales en matière d’assainissement, de lutte contre les pollutions et nuisances et de gestion des ressources forestières et fauniques », justifie le conseil des ministres.
Ainsi les décrets adoptés précisent l’organisation des compétences transférées entre les communes, les régions et le district de Bamako tout en mettant l’accent sur l’appui-conseil que les services de l’Etat doivent apporter aux collectivités décentralisée s dans les domaines de l’environnement, l’assainissement et le développement durable.
Le transfert de ces compétences vise à assurer une efficacité de la gestion environnementale tout en maintenant la coordination de l’Etat. En effet, ces questions locales méritent une réponse locale ancrée dans une politique commune.
Le Mali fait face à de multiples défis environnementaux, parmi lesquels la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’adaptation au changement climatique ou encore la transition vers une économie verte. La répartition efficace des compétences dans ces domaines et une meilleure coordination sont les gages d’une réussite en matière de gestion environnementale. C’est en tout cas, l’objectif de ces nouveaux textes qui visent d’une part à redéfinir les responsabilités en matière environnementale entre les collectivités et l’Etat et à asseoir une meilleure application des reformes administratives entreprises depuis plusieurs années.
Côte d’Ivoire : le procès de Mahamadou Hawa Gassama fixé au 9 janvier 2026
Mahamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) du Mali, sera jugé par la justice ivoirienne pour offense au chef de l’État et diffusion de propos jugés outrageants. Après six mois de procédure, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel d’Abidjan pour une audience prévue ce vendredi 9 janvier.
Après trois mois d’arrêt : Diarra Transport autorisée à reprendre la route
La compagnie malienne Diarra Transport a été autorisée à reprendre ses activités de transport interurbain et international à compter du jeudi 8 janvier 2026, après près de trois mois d’interruption.
L’entreprise avait été contrainte de suspendre ses services dès septembre 2025, à la suite de menaces proférées par des groupes armés opérant sur certains axes routiers du pays.
Selon leurs déclarations, les groupes armés reprochaient à Diarra Transport de transporter des éléments des forces de sécurité maliennes et de remettre aux autorités certains passagers interceptés sur les axes routiers, présentés par ces groupes comme des complices présumés de réseaux terroristes, selon leurs propres accusations.
La situation avait pris une tournure publique à la mi-octobre 2025, lorsque la directrice de la compagnie avait diffusé une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, dans laquelle elle présentait des excuses et sollicitait l’apaisement. Quelques jours plus tard, la diffusion d’un autre message attribué à un groupe armé évoquant un possible accord avait suscité de nombreuses réactions.
Face à ces développements, le ministère des Transports avait annoncé, le 22 octobre 2025, l’interdiction formelle de toute reprise des activités de Diarra Transport, invoquant des raisons d’ordre public et de sécurité, dans un contexte marqué par une forte pression sur les corridors routiers.
À l’issue de vérifications administratives et sécuritaires menées à la fin de l’année 2025, les autorités ont finalement levé la suspension, ouvrant la voie à une reprise progressive des liaisons.
Cette décision est suivie avec attention dans un pays où le transport routier constitue un maillon essentiel de la mobilité des personnes et des échanges économiques, malgré une insécurité persistante sur plusieurs axes stratégiques.




















