Canicule et pénurie d’eau : Double peine pour les Bamakois

Depuis plusieurs semaines, les coupures d’eau et d’électricité se sont accentuées dans la capitale. Désormais, les six communes sont concernées par ces perturbations, qui impactent fortement le quotidien des habitants. Entre recherche d’alternatives et lassitude, les populations ne sont pas au bout de leurs peines.

La capitale malienne vit au rythme des coupures d’eau et d’électricité. Avec des températures dépassant régulièrement 40°C et des délestages prolongés, les habitants doivent composer avec des coupures d’eau de plusieurs heures, voire de plusieurs jours.

Des défaillances dans l’alimentation électrique des stations de pompage stratégiques de Kabala, Djicoroni Para, Kalabanbougou et Missabougou perturbent la fourniture d’eau dans toute la ville, selon la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP). Aucun quartier n’est désormais épargné par ces coupures, qui compliquent la vie des ménages. Alors que la société dit tout mettre en œuvre pour rétablir la situation, l’issue de la crise ne semble pas proche.

Cercle vicieux

Liée à la fourniture d’électricité, la distribution de l’eau potable s’est fortement dégradée. Estimé à 83,2% en milieu urbain et semi-urbain en 2024, le taux d’accès à l’eau potable demeure un enjeu majeur à Bamako, où les coupures montrent l’écart entre accès théorique au service et disponibilité régulière au robinet.

Les besoins journaliers en eau potable de Bamako sont estimés autour de 300 000 m³ par jour, un niveau que le projet Kabala devait contribuer à atteindre par phases. Selon les données disponibles, la production totale d’eau de la SOMAGEP a atteint environ 198,2 millions de m³ en 2024, mais la régularité du service reste dépendante du réseau électrique et de la capacité de distribution.

Dans cette situation, les forages, et parfois les puits, sont pris d’assaut. Même des zones habituellement épargnées subissent désormais les coupures. « Nous venons de passer toute la journée sans une goutte d’eau », témoigne une habitante de Kalaban Coura, qui s’appuie sur un forage voisin pour ses tâches quotidiennes, avant d’attendre tard dans la nuit un éventuel retour de l’eau.

En juillet 2025, la SOMAGEP avait déjà lié certaines perturbations à la dégradation de la qualité de l’eau provoquée par le dragage dans le lit du fleuve.

Le projet Kabala reste central pour renforcer l’alimentation en eau potable de Bamako, avec une capacité prévue par phases de 144 000 m³ par jour chacune. Mais pression démographique, besoins croissants et délestages limitent la régularité du service. En attendant une solution durable, les populations s’organisent, entre solidarité et résignation.

 

Éliminatoires CAN 2027 : Le Mali favori d’un groupe à surveiller

Le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027, effectué le 19 mai 2026, a placé le Mali dans le Groupe K, aux côtés du Cap-Vert, du Rwanda et du Libéria. Une poule où les Aigles partent favoris, mais qui réserve des pièges à éviter.

Pour le Mali, ces éliminatoires constitueront surtout le premier grand chantier du futur sélectionneur national, alors que la FEMAFOOT est encore en plein processus de recrutement.

Entre ambitions continentales et nécessité de confirmer leur statut, les Aigles devront rapidement trouver le bon rythme, dans une campagne qui débutera en septembre prochain.

Sur le papier, le principal concurrent du Mali est clairement le Cap-Vert. Les Requins Bleus occupent actuellement la 69ème place mondiale et la 13ème en Afrique au classement FIFA. Surtout, ils viennent de signer l’exploit le plus marquant de leur histoire récente en décrochant une qualification historique pour la Coupe du monde 2026 devant le Cameroun.

Paradoxalement, les Cap-Verdiens ont manqué la CAN 2025. Toutefois, leur expérience – notamment grâce à plusieurs joueurs évoluant en Europe – en fait une équipe solide et probablement le vrai rival du Mali pour la première place.

Rwanda et Libéria : Des outsiders à surveiller

Derrière ce duel attendu, le Rwanda et le Libéria tenteront de jouer les trouble-fêtes. Les Amavubi, 128ème au classement FIFA, sont une équipe physique et difficile à manœuvrer à Kigali. Même si le Rwanda n’a plus disputé de CAN depuis 2004, il est un adversaire capable de compliquer les déplacements africains.

Les statistiques restent toutefois largement favorables au Mali. Lors de leurs quatre dernières confrontations officielles, les Aigles comptent trois victoires et un nul. Les éliminatoires du Mondial 2022 sont encore dans les mémoires, avec un succès malien 1-0 à l’aller, puis une démonstration à Kigali (0-3).

Le Libéria apparaît enfin comme le petit poucet de cette poule. Classés 140èmes mondiaux, les Lone Stars traversent une phase de reconstruction. Leur dernière CAN remonte à 2002 au Mali, avec un nul marquant contre les Aigles (1-1) dans le match d’ouverture, alors disputé sous la houlette de George Weah.

Aujourd’hui, le Libéria tente de rebâtir une sélection compétitive autour de jeunes binationaux venus notamment de la MLS et d’Arabie saoudite. Suffisant pour inquiéter le Mali ? Sur le papier, non. Mais dans des éliminatoires africaines souvent imprévisibles, aucun détail ne devra être négligé.

Mohamed Kenouvi

Secura : La transformation digitale de la gestion RH

Alors que les entreprises maliennes cherchent à moderniser leur gestion, Secura s’impose comme une innovation prometteuse en ressources humaines. Conçu par la startup Securetech Corporate, ce logiciel de pointage et de gestion RH entend transformer durablement l’organisation du travail au Mali, grâce à l’intelligence artificielle et à des cartes intelligentes générées pour les agents de service.

Créée par quatre jeunes passionnés de transformation digitale, dont un Togolais, un Maliano-Togolais et deux Maliens, Securetech Corporate mise sur une approche adaptée aux réalités des entreprises locales. Avec Secura, les responsables RH peuvent automatiser plusieurs tâches souvent longues et complexes, notamment le suivi des présences, la gestion des horaires et le calcul précis des heures supplémentaires.

Cette automatisation réduit considérablement les erreurs humaines et permet un meilleur contrôle des performances internes.

L’un des aspects les plus innovants du logiciel reste l’intégration d’un système de gestion des plaintes des employés. Cette fonctionnalité offre aux travailleurs un espace structuré pour signaler des difficultés professionnelles, renforçant ainsi le dialogue entre les employés et la direction. Dans un environnement où les conflits internes peuvent ralentir la productivité, un tel outil pourrait améliorer le climat social au sein des entreprises maliennes.

Secura pourrait également représenter un véritable levier de compétitivité pour les sociétés locales. En centralisant les données RH et en facilitant la prise de décision, le logiciel aide les dirigeants à gagner du temps et à mieux gérer leurs équipes.

En proposant une solution moderne, accessible et évolutive, Securetech Corporate espère encourager davantage d’entreprises maliennes à adopter des pratiques RH plus transparentes et plus efficaces. Si son déploiement réussit, Secura pourrait devenir une référence nationale dans la gestion intelligente des ressources humaines et inspirer d’autres initiatives technologiques locales innovantes.

Ibrahim Baby

 

Danbé Kolosibaw : Des médiateurs au service du patrimoine

C’est ce 21 mai 2026 que sera officiellement lancé à Bamako le corps des Danbé Kolosibaw. Ces médiateurs auront pour mission de sauvegarder et de transmettre le patrimoine culturel immatériel du Mali.

Le lancement du corps des Danbé Kolosibaw marque un moment clé pour la préservation des traditions vivantes maliennes. Dans le cadre des Journées Nationales du Patrimoine Culturel 2026, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de valorisation des savoir-faire artisanaux, des récits oraux, des chants et des danses, tout en renforçant la cohésion sociale. Rappelons que 2026 a également été dédiée à la Culture et à l’Éducation par les plus hautes autorités du pays.

Fruit des recommandations des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme – Bamako FUGABA, tenus en janvier 2025, ce corps a été conçu pour mobiliser les communautés locales dans la protection et la diffusion du patrimoine culturel immatériel. Les Danbé Kolosibaw auront pour rôle de documenter, transmettre et vulgariser ces éléments, tout en favorisant le dialogue interculturel.

Le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, dirigé par Mamou Daffé, a piloté la mise en place de ce dispositif. Les Danbé Kolosibaw seront également chargés de coordonner les Sigida Kolosibaw, cellules de veille patriotique de proximité, afin d’assurer un suivi continu des pratiques culturelles et de servir d’interface entre les populations, les collectivités locales et l’administration centrale.

Ce corps vise à renforcer l’ancrage des traditions tout en intégrant les défis contemporains. La transmission des connaissances, la valorisation des métiers artisanaux et la préservation des rituels et expressions artistiques constituent un outil de résilience culturelle et d’éducation à la citoyenneté. Les médiateurs agiront directement dans les communautés pour promouvoir le vivre-ensemble et la souveraineté culturelle, en impliquant particulièrement les jeunes et les femmes dans des initiatives locales et inclusives.

En cette période de refondation nationale, les Danbé Kolosibaw représentent un symbole de la capacité du Mali à conjuguer héritage et modernité. Leur action vise à renforcer la diffusion des valeurs culturelles et faciliter l’accès aux savoirs immatériels, tout en consolidant la participation communautaire à la vie culturelle.

Le lancement de ce corps sera l’occasion de montrer l’importance de cette démarche dans un contexte où la sauvegarde des traditions est essentielle pour l’identité nationale et la cohésion sociale. Les Danbé Kolosibaw incarnent un projet qui allie transmission, médiation et engagement citoyen au service d’un patrimoine vivant et dynamique.

État islamique au Sahel : Une présence continue malgré le JNIM

La Province sahélienne de l’État islamique maintient son influence dans le nord-est malien. Malgré la grande attention portée sur le JNIM, le groupe reste actif dans plusieurs localités stratégiques du pays.

La région de Gao, plus précisément le cercle d’Ansongo, et la région de Ménaka continuent de subir l’influence de la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP), anciennement EIGS. Cette zone, englobant les localités surnommées les « 3 T » –  Talataye, Tin-Hama et Tessit – ainsi que Labbezanga, constitue le cœur de l’activité opérationnelle du groupe, où il exerce un contrôle territorial et une pression constante sur les communautés locales.

Commandement

Le groupe est dirigé par Abou Al-Bara, qui a succédé à Adnan Abu Al-Walid Sahraoui, abattu en 2021, bien que la chaîne de commandement exacte reste partiellement opaque. L’ISSP a adapté ses méthodes d’action depuis 2020, passant d’une stratégie d’exécutions publiques et de terreur de masse à une approche plus ciblée de contrôle territorial et de gouvernance locale, limitant les attaques spectaculaires qui attiraient l’attention médiatique. Le groupe mène une opération de charme pour se faire accepter par la population.

Pourtant, les opérations militaires contre ce groupe ne connaissent aucun répit. Les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont récemment neutralisé un responsable opérationnel de l’ISSP, dans la nuit du 14 au 15 mai 2026, à Bara, cercle d’Ansongo, au cours d’une frappe aérienne qui a également éliminé plusieurs combattants adjoints. Cette opération illustre la pression constante des forces maliennes sur les bastions de l’État islamique au Sahel, tout en soulignant la capacité du groupe à se reconstituer dans les zones frontalières et à maintenir ses réseaux logistiques.

Opérations

L’ISSP continue de cibler des localités stratégiques le long de l’axe Mali – Niger, notamment Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka, en exerçant un contrôle sur le passage des personnes et des biens et en maintenant une influence sur les groupes armés locaux. Ces actions visent à affirmer la présence du groupe et à renforcer sa domination sur ces corridors régionaux.

Par ailleurs, la rivalité avec le JNIM demeure un facteur clé dans la dynamique sécuritaire du Sahel. Contrairement à certaines perceptions, la visibilité accrue du JNIM après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 autour de Bamako et dans plusieurs localités du pays ne signifie pas que l’ISSP ait disparu. Les deux groupes poursuivent des stratégies distinctes. Ainsi, le JNIM concentre ses opérations sur des attaques médiatisées et des frappes spectaculaires, tandis que l’ISSP privilégie un contrôle territorial discret, la pression sur les communautés locales et la sécurisation des axes stratégiques.

Les transfuges du JNIM ont initialement contribué à une « exception sahélienne » où les affrontements directs étaient limités, mais depuis 2020 cette trêve relative s’est érodée. Malgré cela, les nouveaux développements sécuritaires au Mali, notamment les offensives de l’armée malienne, ont conduit à une focalisation temporaire des deux groupes sur leur adversaire commun, sans qu’un accord de paix ait été formellement conclu.

Menaces

Pourtant, le rapport ACLED du 15 mai 2026 confirme que 86% de l’activité de l’État islamique se concentrait sur l’Afrique au premier trimestre 2026, avec une hausse des drones armés, des attaques motorisées et des pressions économiques sur les axes urbains et ruraux. L’ISSP a ciblé des infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit et à Labbezanga, exploitant les vulnérabilités locales pour imposer sa gouvernance de facto, comme l’attaque de convois civils escortés à Kobé, à 35km de Gao,  le 7 février 2026 le démontre. La coopération sécuritaire internationale a permis la neutralisation de cadres clés, notamment Abu-Bilal Al-Minuki, le 16 mai 2026 lors d’une opération Nigéria – États-Unis dans le bassin du lac Tchad, mais la menace de l’ISSP reste intacte dans le nord-est malien, notamment dans les localités des « 3 T » et Labbezanga, où le contrôle territorial et l’influence sur les groupes armés locaux perdurent.

L’ISSP reste un acteur central du nord-est malien, utilisant la focalisation médiatique sur le JNIM et le FLA pour renforcer sa position, contrôler les populations et exercer une pression continue sur les forces maliennes. Son organisation territoriale et ses opérations montrent que la menace est enracinée. D’où la nécessité d’accentuer la pression dans certaines zones stratégiques, notamment la frontière nigéro-malienne.

Assemblée générale de l’OMS : Financement sous tension et alertes sanitaires

L’Assemblée mondiale de la santé se tient à Genève du 18 au 23 mai 2026. Le retrait américain, les coupes budgétaires, Ébola et le hantavirus marquent fortement cette session consacrée aux priorités mondiales.

La soixante-dix-neuvième Assemblée mondiale de la santé réunit les États membres dans un contexte institutionnel délicat pour l’Organisation mondiale de la santé. L’agenda officiel couvre les finances, l’accord pandémique, la réforme de la réponse aux urgences, la résistance antimicrobienne, l’immunisation, la santé mentale, les maladies transmissibles, les maladies non transmissibles, ainsi que les liens entre climat, qualité de l’air, énergie et santé. Ces dossiers prennent un relief particulier depuis le retrait des États-Unis, formalisé en janvier 2026, qui prive l’organisation d’un contributeur majeur.

La contrainte se traduit déjà dans les moyens humains. Selon des documents cités par Reuters, l’OMS prévoit une réduction de 2 371 postes d’ici juin 2026, sous l’effet combiné des coupes, des départs et des restructurations. Cette réorganisation intervient alors que l’institution reste sollicitée pour l’alerte, l’appui technique, la coordination transfrontalière et l’accompagnement de pays dont les systèmes de santé s’appuient sur ses protocoles, ses formations et ses données.

L’urgence la plus visible vient d’Afrique centrale. Le 16 mai, l’OMS a classé l’épidémie d’Ébola Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale. La base officielle retenue par l’OMS faisait état au 16 mai de 8 cas confirmés en RDC, 246 cas suspects et 80 décès suspects en Ituri, ainsi que deux cas confirmés à Kampala chez des personnes venues de RDC.

La souche Bundibugyo complique la riposte, faute de vaccin ou de traitement spécifique approuvé comparable aux outils disponibles contre Ébola-Zaïre. Les priorités restent la recherche des contacts, l’isolement, la protection des soignants, les enterrements sécurisés et l’information communautaire.

Le hantavirus lié au navire MV Hondius illustre un autre enjeu, celui de la mobilité internationale. Il n’est pas clairement listé comme point central officiel de l’ordre du jour, mais l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) recensait au 15 mai onze cas, dont huit confirmés, deux probables et un inconclusif. Entre foyers locaux, voyages et financement durable, l’Assemblée interroge la capacité collective à contenir rapidement les menaces émergentes. Pour les délégations, l’enjeu consiste à préserver une coordination opérationnelle malgré des ressources resserrées et les attentes croissantes des populations exposées aux crises sanitaires partout dans le monde.

Mali Digital Awards : Vers l’accélération des impacts

Depuis 2021, Mali Digital Awards se veut une plateforme d’expression de l’innovation et de la création afin de transformer les idées en solutions concrètes. Pour sa sixième édition, la plateforme de rencontres entend ouvrir une nouvelle ère en offrant aux meilleures idées un espace de structuration et un accès aux investissements.

Le Mali veut faire de la transformation numérique un levier stratégique pour son développement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Mali Digital Awards (MDA), qui réunit chaque année les acteurs du secteur. Pour cette sixième édition, dont le thème est « Génération Innovation : révéler les talents qui bâtissent le Mali de demain », MDA met l’accent sur la structuration et l’accompagnement des talents, à travers un dispositif de compétition et d’incubation, en lien avec la rencontre des décideurs publics et privés.

Nouvelle ère

Depuis son lancement, MDA a formé environ 3 000 jeunes grâce à des ateliers gratuits sur le numérique. Plusieurs talents ont également été récompensés. Toutefois, les fonds mobilisés se sont souvent révélés insuffisants pour permettre un développement significatif des projets détectés. C’est pourquoi, afin de générer davantage d’impact, MDA a mis en place Mali Digital Accelerator, une structure dédiée à la détection, à l’accompagnement et à la maturation des projets innovants. Au-delà du repérage des initiatives à fort potentiel, Mali Digital Accelerator renforcera les capacités entrepreneuriales des structures afin de faciliter leur intégration dans un écosystème numérique où l’État ambitionne d’investir 43,35 milliards de francs CFA pour renforcer le réseau de télécommunications.

Triple lauréat de MDA, Housseyn Soukouna est promoteur du projet « Sankadie », un centre commercial digital où fournisseurs et clients peuvent se retrouver facilement, quelle que soit la distance. L’application, conçue pour faciliter les échanges, mobilise des technologies utilisées par de grands acteurs du secteur (notamment Amazon) et vise à tirer profit du statut de « hub commercial » dont dispose le Mali.

Si des partenariats existent déjà pour ce projet, les défis demeurent. Parmi eux, la situation que traverse le pays, les difficultés d’accès à l’électricité et des contraintes logistiques. En plus des produits courants, la plateforme envisage de développer des services, notamment dans l’accès à la santé. Elle prévoit surtout Sankadie Académie, afin de permettre aux étudiants, une fois leurs cursus achevés, d’intégrer un travail en alternance et d’obtenir ainsi une qualification – un besoin qui fait encore défaut à de nombreux jeunes.

Bien que le MDA constitue aussi un tremplin pour Sackotech, un système d’alarme intelligent conçu par Amadou Sacko, le projet nécessite des financements pour passer à une nouvelle étape, à savoir une production à grande échelle et le partage de compétences.

Pôle de lutte contre la cybercriminalité : la chambre criminelle tient sa première session

La mise en œuvre des nouvelles réformes juridiques relatives à l’opérationnalisation des chambres criminelles se poursuit. Après les Tribunaux de grande instance des communes V, III et IV du district de Bamako, ainsi que de Sikasso, c’était au tour du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité d’ouvrir la session inaugurale de sa chambre criminelle ce 21 mai 2026. Quatre affaires étaient inscrites au rôle, pour 8 accusés, poursuivis notamment pour injures et atteintes à la sûreté de l’État.

Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a tenu sa première session de sa chambre criminelle le 21 mai 2026, en présence du ministre de la Justice. Cette session marque le début d’une gestion plus efficace des dossiers et constitue une étape décisive pour réduire les lourdeurs des cours d’assises.
Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité joue un rôle important dans la pacification du cyberespace, a souligné le ministre de la Justice, Mamoudou Kassogué, à l’ouverture de la session. Compte tenu de l’ampleur de la présence des médias sur cet espace, son assainissement est indispensable.
Plus de célérité
« Le pôle a abattu un travail remarquable. Les infractions constatées avec acuité diminuent », a déclaré le ministre de la Justice, estimant que nos valeurs sociétales doivent être préservées sur cet espace.
Cette opérationnalisation vise à rendre la justice dans des délais raisonnables et à rapprocher davantage la justice des justiciables, ce qui permet également de remédier aux lourdeurs constatées lorsque les dossiers relevaient des cours d’assises.
Cette journée est le signe d’un renouveau de la justice, a déclaré pour sa part le Dr Adama Coulibaly, Procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Elle permettra « plus de célérité, le respect des droits des parties et la garantie de procès équitables dans les conditions et délais raisonnables ». Cette œuvre commune, à laquelle participent les avocats et les autres acteurs de la justice, constitue un début pour assainir le cyberespace.
Au rôle de l’audience inaugurale figuraient 4 dossiers, avec 8 accusés, poursuivis pour injures et menaces sur les systèmes d’information, atteintes à la sûreté de l’État, ainsi que pour ententes en vue de commettre des infractions informatiques.
Au cours de l’année 2025, 1 388 procédures ont été traitées, a rappelé le Procureur. À ce jour, 8 personnes seulement sont sous mandat de dépôt. Parmi ces procédures, 200 ont été initiées par le parquet, tandis que 81 dossiers sont en instance de jugement.

Birahim Soumaré: « L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique ».

Birahim Soumaré, ancien diplomate nous donne son analyse sur les recompositions diplomatiques en Afrique et leur repercussion sur l’unité africaine. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

Comment analysez-vous les recompositions diplomatiques actuelles sur le continent africain ?

Elles traduisent, selon moi, une profonde mutation des relations internationales africaines, particulièrement visible dans le Sahel central. Le discours souverainiste, tant sur le plan politique que militaire, trouve aujourd’hui un fort écho au sein des sociétés africaines. Cette dynamique s’accompagne d’une volonté de construire des capacités de défense et de sécurité moins dépendantes des dispositifs occidentaux.

Les tensions entre certains États africains et les organisations régionales traduisent-elles une crise de l’intégration africaine ?

L’intégration africaine montre aujourd’hui certaines limites. Si l’idéal d’intégration demeure partagé, sa forme actuelle est contestée, notamment en raison de mécanismes de gouvernance jugés déséquilibrés et du soupçon d’influences extérieures. Les enjeux sécuritaires accentuent ces contradictions : les priorités de défense et de souveraineté prennent souvent le dessus sur l’intégration économique et la libre circulation. En Afrique de l’Ouest, par exemple, la CEDEAO a été pensée avant tout comme un espace d’intégration économique, alors que les défis sécuritaires se sont imposés par la suite, sans réponse adaptée.

L’Union africaine dispose-t-elle encore des moyens politiques nécessaires pour préserver l’unité du continent ?

L’Union africaine est fortement dépendante sur le plan financier, ce qui limite sa marge d’action diplomatique et stratégique. Les divergences politiques entre États membres, ainsi que leurs alliances extérieures, empêchent souvent l’adoption de positions communes claires sur les grands enjeux internationaux.

Unité africaine : Les origines du rêve

Bien avant la création de l’Union africaine, l’idée d’une Afrique unie a traversé les luttes anticoloniales, les mouvements intellectuels et les combats pour les indépendances. Une longue marche historique qui continue de façonner le destin politique du continent.

L’histoire du panafricanisme commence loin du continent africain. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, des intellectuels noirs américains et caribéens développent l’idée d’une solidarité entre les peuples africains et afrodescendants face à l’esclavage, à la colonisation et au racisme.

Des figures comme Henry Sylvester-Williams ou William Edward Burghardt Du Bois, dit W.E.B. Du Bois, organisent les premiers congrès panafricains et posent les bases d’un mouvement réclamant l’émancipation politique de l’Afrique.

Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que le panafricanisme prend une dimension plus politique. En 1945, le Congrès panafricain de Manchester marque un tournant historique. Plusieurs futurs leaders africains y participent ou s’en inspirent, parmi lesquels Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta ou Hastings Kamuzu Banda. L’idée d’une Afrique libre et unie gagne progressivement les mouvements indépendantistes.

Pères des indépendances et projet d’unité

Au lendemain des indépendances, le panafricanisme devient un véritable projet politique, porté par plusieurs chefs d’État africains. Le Président ghanéen Kwame Nkrumah défend alors l’idée des « États-Unis d’Afrique », convaincu que seule l’unité politique du continent permettra de résister aux influences extérieures et d’assurer le développement africain.

D’autres dirigeants comme Modibo Keita au Mali, Gamal Abdel Nasser en Égypte, Ahmed Sékou Touré en Guinée ou Julius Nyerere en Tanzanie partagent également cette ambition, même si des divergences apparaissent rapidement sur la forme que doit prendre cette unité.

Ces débats aboutissent finalement, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) par 32 États africains indépendants. L’organisation se donne alors plusieurs missions : soutenir les luttes de libération encore en cours, défendre la souveraineté des jeunes États africains et promouvoir la solidarité continentale.

De l’OUA à l’Union africaine

Durant plusieurs décennies, l’OUA a lutté contre l’apartheid et le colonialisme, tout en étant critiquée pour son inefficacité face aux crises et aux conflits armés. Réformée, elle cède la place à l’Union africaine en 2002, avec des ambitions élargies d’intégration, de sécurité et de poids diplomatique. Depuis, le panafricanisme continue d’évoluer, mais l’idéal d’unité africaine demeure central.

Mohamed Kenouvi

Tabaski 2026 au Mali : Au-delà des moutons

La Tabaski 2026 sera célébrée le 27 mai. Pour ce faire, les autorités prévoient de lancer une opération de vente promotionnelle de moutons le 22 mai 2026 au terrain municipal de Sogoniko, avec plusieurs autres sites à Bamako et dans les régions. L’initiative vise à rapprocher le bétail des populations et à proposer des prix plus accessibles, répondant ainsi à une préoccupation ancienne des familles.

Mais cette mesure, bien que bienvenue, est insuffisante face aux multiples difficultés que vivent les Maliens. Les prix des moutons dépassent souvent 100 000 francs CFA, l’électricité et le carburant restent difficiles d’accès, le transport et les denrées alimentaires essentielles s’envolent et l’insécurité complique la mobilité. Face à cette situation, la seule vente promotionnelle ne peut résoudre tous les problèmes ni protéger réellement le pouvoir d’achat des ménages.

Pourtant, d’autres pays africains, comme le Maroc, ont parfois pris des mesures plus radicales pour soulager leurs populations. En 2025, le Roi Mohammed VI avait exceptionnellement déconseillé le sacrifice rituel en raison de la sécheresse et de la raréfaction du cheptel, montrant qu’il est possible d’intervenir de manière décisive pour protéger les citoyens.

Le Mali, lui, doit aller plus loin. La Tabaski est un moment de solidarité et de dignité familiale, mais elle expose aussi les fragilités structurelles du pays. Les autorités doivent élargir leurs réponses, renforcer les filières d’approvisionnement, réguler les prix et accompagner les ménages vulnérables pour que cette fête soit accessible et sécurisée pour tous, au lieu de compter uniquement sur une opération ponctuelle.

Panafricanisme : L’unité continentale face aux recompositions géopolitiques

Face à l’affirmation des souverainetés, aux crises sécuritaires persistantes et aux nouvelles alliances régionales, l’Afrique redéfinit progressivement ses équilibres politiques et diplomatiques. Une dynamique qui relance le débat sur l’avenir du projet panafricain et sur l’intégration continentale.

Soixante-trois ans après la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union africaine (UA) en 2002, le continent semble partagé entre une volonté d’émancipation et une fragmentation croissante des espaces régionaux.

Au Sahel, l’émergence de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), portée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, illustre la nouvelle dynamique souverainiste qui traverse une partie de l’Afrique.

Dans le même temps, les tensions entre organisations régionales, les conflits armés persistants et les divergences diplomatiques révèlent les limites actuelles du projet d’intégration continentale.

Pour le Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako, le panafricanisme ne traverse pas une crise, mais vit plutôt une « transformation ».

Selon lui, la montée des discours souverainistes dans plusieurs pays africains, notamment au Sahel, s’explique largement par « l’échec de l’intervention de la communauté internationale dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ». Un contexte qui, ajoute-t-il, a favorisé « la montée du rejet de l’Occident ».

Souveraineté revendiquée

Dans plusieurs capitales africaines, la souveraineté est devenue un marqueur politique central. Cette dynamique s’exprime particulièrement au Sahel, où les autorités de l’AES défendent une autonomie diplomatique et sécuritaire accrue.

Pour Birahim Soumaré, ancien diplomate, ces recompositions ne sont pas totalement nouvelles. Elles s’inscrivent, selon lui, dans la continuité historique des années post-indépendance, lorsque des figures comme Kwame Nkrumah, Modibo Keita ou Gamal Abdel Nasser cherchaient déjà à inscrire l’Afrique dans une logique de non-alignement.

L’ancien ambassadeur du Mali en Turquie estime qu’aujourd’hui le continent connaît « une profonde mutation des relations internationales africaines », marquée par l’arrivée de nouveaux partenaires stratégiques : la Russie, la Chine, la Turquie, l’Inde et les monarchies du Golfe. Dans le cas du Mali, souligne-t-il, le départ de la France s’est accompagné de nouvelles coopérations militaires avec Moscou et Ankara.

Cette reconfiguration géopolitique ne signifie toutefois pas, pour tous les observateurs, une fragmentation du continent. L’analyste géopolitique Abdoulaye Tamboura relativise cette lecture : il estime qu’il faut plutôt parler d’une « reconsidération de la question de souveraineté et du partenariat stratégique ». À ses yeux, ce phénomène dépasse largement le Sahel et se retrouve dans plusieurs autres pays africains.

Pour autant, les divergences stratégiques entre États africains deviennent de plus en plus visibles. « Il n’y a pas une Afrique mais des pays africains, avec des intérêts différents », insiste Abdoulaye Tamboura, évoquant les écarts politiques, culturels et géostratégiques entre les régions du continent.

AES et nouvelles lignes de fracture

L’un des principaux symboles de ces recompositions est l’AES, créée dans un contexte de rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Pour le Dr Jean-François Marie Camara, cette alliance constitue « une nouvelle dynamique » visant à harmoniser les politiques sécuritaires et diplomatiques des trois États sahéliens.

Sur le terrain sécuritaire, cette coopération est régulièrement présentée comme un modèle par certains analystes. Yacouba Sogoré souligne que les crises sécuritaires ont poussé les trois pays à « mutualiser leurs forces et leurs efforts » face à une menace commune. Il cite notamment la mise en place de la Force Unifiée de l’AES, déployée dans la zone des trois frontières et intervenue lors de l’attaque du 25 avril dernier au Mali.

Selon lui, cette réactivité contraste avec la lourdeur des mécanismes régionaux classiques. « Ce que nous n’avons malheureusement pas vu de la part de la CEDEAO », affirme-t-il, estimant que la Force Unifiée de l’AES « doit inspirer au-delà même du Sahel ».

Cependant, cette nouvelle dynamique régionale contribue aussi à accentuer certaines fractures politiques sur le continent. Les tensions entre l’AES et la CEDEAO illustrent les difficultés croissantes des organisations régionales à maintenir une cohésion politique durable.

Birahim Soumaré considère que l’intégration africaine « a montré ses limites », notamment face aux enjeux sécuritaires, qui ont progressivement pris le dessus sur les ambitions économiques et commerciales initiales des organisations sous-régionales.

Les lignes de fracture dépassent d’ailleurs l’Afrique de l’Ouest. En Afrique centrale, le Rwanda s’est retiré en juin 2025 de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), sur fond de divergences persistantes avec certains États membres, notamment autour du conflit dans l’est de la RDC. Une illustration supplémentaire des tensions qui traversent aujourd’hui les espaces régionaux africains.

Malgré ces crispations, Abdoulaye Tamboura appelle à éviter toute logique d’opposition frontale entre l’AES et la CEDEAO. Selon lui, les deux espaces ont intérêt à travailler ensemble dans la lutte contre le terrorisme et la promotion de l’économie sous-régionale. « La division n’arrange personne », avertit-il.

Mécanismes fragilisés

Les crises sécuritaires persistantes au Sahel, au Soudan et dans l’est de la RDC mettent également en lumière les limites des mécanismes africains de gestion des conflits.

Yacouba Sogoré rappelle toutefois que le continent dispose de nombreux outils institutionnels : Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, Force africaine en attente, systèmes d’alerte précoce et mécanismes régionaux de médiation. Toutefois, selon lui, ces dispositifs peinent à produire des résultats durables, en raison des divergences de visions entre États africains.

L’analyste sécuritaire cite plusieurs exemples de tensions bilatérales, telles que les accusations du Mali contre l’Algérie, les différends entre le Niger et le Bénin, les tensions entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ou encore le conflit persistant entre le Rwanda et la RDC. Dans ce contexte, explique-t-il, « l’arbitrage des litiges par l’Union africaine devient problématique ».

Abdoulaye Tamboura partage en partie ce constat. Selon lui, l’Union africaine « a montré ses limites » dans la gestion des crises, notamment faute de moyens financiers et militaires suffisants. Il estime également que les institutions africaines souffrent d’un déficit de confiance de la part des États eux-mêmes.

À en croire Birahim Soumaré, les contradictions politiques entre États membres empêchent également l’Union africaine de jouer pleinement son rôle diplomatique. « Les États membres, par leurs divergences politiques ou leurs alliances partenariales, empêchent tout positionnement clair face aux grands enjeux du monde », analyse l’ancien diplomate.

Panafricanisme en mutation

Malgré ces fractures, plusieurs observateurs refusent de parler d’un effondrement du projet panafricain. Pour M. Soumaré, souveraineté nationale et ambition panafricaniste ne sont pas incompatibles. Il y voit au contraire « une complémentarité » dans un monde où aucun État ne peut véritablement évoluer seul.

Même son de cloche chez Yacouba Sogoré, qui estime que les défis sécuritaires actuels peuvent finalement renforcer l’idéal panafricain. L’analyste sécuritaire évoque notamment les initiatives de rapprochement entre pays de la CEDEAO et de l’AES, comme la nouvelle stratégie du Togo pour le Sahel lancée en avril dernier à Lomé.

Selon le Dr Jean-François Marie Camara, le véritable projet d’unité africaine demeure possible, notamment à travers les nouvelles formes de coopération régionales qui émergent aujourd’hui, en l’occurrence au sein de la Confédération AES. Mais il prévient : « les idéaux de l’Alliance doivent être traités avec les mêmes rigueurs par les trois États ».

Dans une Afrique traversée par les rivalités géopolitiques, les tensions sécuritaires et les recompositions diplomatiques, l’unité continentale apparaît moins comme un acquis que comme un équilibre à reconstruire en permanence.

Mohamed Kenouvi

Forum Inde-Afrique : New Delhi relance le partenariat avec le continent

Le 4e Sommet du Forum Inde-Afrique se tiendra à New Delhi du 28 au 31 mai 2026, après près de dix ans d’interruption. À Bamako, l’ambassadeur de l’Inde au Mali, Dr N. Nandakumar, a présenté les enjeux de ce rendez-vous appelé à ouvrir une nouvelle étape des relations entre l’Inde, l’Afrique et le Mali.

L’Ambassade de l’Inde à Bamako a organisé, mercredi 20 mai 2026, une conférence de presse consacrée au prochain Sommet du Forum Inde-Afrique. Animée par l’ambassadeur Dr N. Nandakumar, la rencontre a permis de revenir sur les ambitions de cette quatrième édition, prévue à New Delhi du 28 au 31 mai 2026, dans un contexte international profondément transformé depuis la dernière édition tenue en 2015.
New Delhi présente ce sommet comme un moment important dans la relance du dialogue politique, économique et stratégique avec le continent africain. L’événement se tient autour du thème : « ESPRIT IA – Partenariat stratégique Inde-Afrique pour l’innovation, la résilience et la transformation inclusive ». Cette orientation traduit la volonté indienne de bâtir une coopération plus tournée vers les besoins concrets des pays africains, notamment dans les domaines de l’innovation, de l’agriculture, de la santé, de l’énergie, de la formation, de la transformation numérique, de la sécurité et du commerce.
Un sommet après dix ans d’attente
L’Inde a adressé des invitations aux 54 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel, figurent parmi les pays conviés. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a invité le Général d’armée Assimi Goïta à prendre part au sommet, tandis que le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a adressé une invitation à son homologue malien, Abdoulaye Diop, pour la réunion ministérielle et les travaux du sommet.
Le programme prévoit une réunion des hauts fonctionnaires le 28 mai, une réunion des ministres des Affaires étrangères le 29 mai, puis la rencontre des dirigeants le 31 mai. Les travaux devraient aboutir à l’adoption d’une Déclaration de New Delhi, appelée à fixer les grandes orientations de la nouvelle phase du partenariat Inde-Afrique.
Ce sommet ne se limite pas aux échanges entre États. La Commission de l’Union africaine, les communautés économiques régionales, la ZLECAf, l’AUDA-NEPAD, Afreximbank et plusieurs institutions africaines sont attendues. Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a également été invité. Cette participation élargie doit permettre d’ancrer le dialogue dans les grands défis du continent : paix, gouvernance, industrialisation, connectivité, financement du développement et place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
Une relation ancienne, des ambitions nouvelles
Devant la presse malienne, l’ambassadeur a rappelé que les relations entre l’Inde et l’Afrique reposent sur des liens anciens, nourris par les échanges commerciaux, les contacts humains, la lutte contre le colonialisme et le combat contre l’apartheid. Ces relations ont progressivement évolué vers un partenariat multidimensionnel couvrant la diplomatie, le commerce, les investissements, le développement, la défense, la santé, l’éducation, la culture et le numérique.
Les documents partagés à la presse montrent l’ampleur prise par cette coopération. L’Inde dispose aujourd’hui de missions diplomatiques dans 46 pays africains, tandis que 46 pays africains ont des représentations résidentes en Inde. Depuis 2018, New Delhi a ouvert 17 nouvelles missions en Afrique et les échanges de haut niveau se sont multipliés, avec plus de 150 visites bilatérales au cours de la dernière décennie.
Sur le plan économique, l’Inde est présentée comme le quatrième partenaire commercial de l’Afrique et l’un de ses cinq premiers investisseurs. Les échanges entre les deux parties se sont élevés à 81,99 milliards de dollars pour l’exercice 2024-2025, tandis que les investissements indiens cumulés sur le continent sont estimés à environ 80 milliards de dollars entre 1996 et 2025. Les exportations indiennes concernent notamment les produits pétroliers, pharmaceutiques, automobiles, biens d’équipement, céréales, produits chimiques et textiles. L’Afrique fournit de son côté du pétrole brut, du gaz naturel, du charbon, des engrais, des légumineuses et des pierres précieuses.
Le Mali dans la dynamique Sud-Sud
La coopération au développement reste l’un des piliers de cette relation. L’Inde a accordé plus de 190 lignes de crédit, d’un montant supérieur à 10 milliards de dollars, à 41 pays africains. Ces financements ont soutenu des projets dans l’énergie, l’eau, l’agriculture, les transports, l’électrification rurale et la connectivité numérique. Environ 220 projets, d’une valeur de 4,5 milliards de dollars, ont déjà été réalisés. Depuis 2015, plus de 70 000 bourses et places de formation ont été offertes à des Africains, confirmant l’importance accordée au renforcement des capacités humaines.
Pour le Mali, cette dynamique revêt un intérêt particulier. L’Inde se présente comme un partenaire de développement dans l’esprit de la coopération Sud-Sud, avec des appuis sous forme de lignes de crédit, de dons, de formation et de renforcement des capacités. Les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la formation des cadres maliens font partie des domaines cités dans cette coopération. Bamako a également participé aux trois précédentes éditions du Forum Inde-Afrique et entend continuer à faire entendre sa voix dans ce cadre.
En marge du sommet politique, New Delhi organisera un Dialogue d’affaires et une Exposition commerciale Inde-Afrique.
L’objectif est de transformer les orientations diplomatiques en partenariats économiques concrets entre gouvernements, entreprises, investisseurs, startups et PME. Les secteurs ciblés sont l’agriculture, l’agroalimentaire, les infrastructures, l’énergie, les transports, la logistique, le numérique, l’intelligence artificielle, la fintech, l’industrie, la santé, les produits pharmaceutiques, la défense, la sécurité maritime et les minéraux critiques. Plus de 500 participants africains sont attendus à cet événement.
Culture, environnement et coopération élargie
La dimension culturelle occupe aussi une place dans cette édition. Des artistes africains sont invités à participer au programme « L’Inde vue par l’Afrique », qui leur permettra d’exprimer leur perception de l’Inde à travers l’art. Le Mali sera représenté par l’artiste Soulaymane Ouologuem. Des danseurs et musiciens africains doivent également prendre part à un festival de danse et de musique Inde-Afrique.
L’Inde accueillera par ailleurs, les 1er et 2 juin 2026, le premier Sommet de l’Alliance internationale pour les grands félins. Cette initiative porte sur la conservation du tigre, du lion, du léopard, du puma, du jaguar, du guépard et de la panthère des neiges. Le Mali, qui abrite certaines espèces concernées, est attendu aux sessions techniques.
Cette conférence de presse a permis à l’ambassade indienne de replacer le sommet dans une dynamique de relance et de résultats concrets. New Delhi entend donner une portée plus opérationnelle à son partenariat avec le continent africain. Côté malien, ce rendez-vous apparaît comme une opportunité de consolider des liens anciens avec un partenaire présent dans la formation, l’agriculture, l’énergie, le numérique, la santé, les infrastructures et la coopération Sud-Sud

Grand Marché de Bamako : nouvel incendie dans un secteur sensible 

Un incendie s’est déclaré ce mercredi 20 mai 2026 au Grand Marché de Bamako. Le sinistre touche le secteur de l’ancienne rue Brière de l’Isle, aujourd’hui rue Banzoumana Sissoko.

Le feu a été signalé aux alentours de 19 heures, à proximité de la Galerie Djigué, dans une zone très fréquentée du centre commercial de la capitale. L’origine du sinistre n’était pas encore connue dans les premières heures. Une épaisse fumée était visible à distance, tandis que des commerçants tentaient de sécuriser une partie de leurs marchandises.
Dans un espace aussi dense que le Grand Marché, la propagation d’un feu représente un risque élevé en raison de la proximité des boutiques, dépôts, étals et galeries marchandes. La présence de produits inflammables, les branchements électriques et l’encombrement des passages compliquent également les interventions.
Les sapeurs-pompiers ont été déployés sur les lieux pour maîtriser les flammes et éviter leur extension aux bâtiments voisins. Les forces de sécurité ont également été mobilisées afin de dégager les voies d’accès, établir un périmètre de sécurité et faciliter l’intervention des secours. Aucun bilan humain ou matériel définitif n’était disponible dans l’immédiat.
Ce nouvel incendie intervient dans un espace déjà touché à plusieurs reprises par des sinistres majeurs. Le Grand Marché de Bamako, notamment le secteur du Marché Rose, avait connu un important incendie en 1993, puis un autre dans la nuit du 20 au 21 mars 2014, avec des dégâts matériels évalués à plusieurs milliards de FCFA.
D’autres incendies ont été signalés dans le périmètre du marché central, notamment en décembre 2017 et en février 2024 à Dabanani.
Ces précédents démontrent la vulnérabilité persistante du Grand Marché face aux risques d’incendie. Au moins quatre incendies importants ont touché le Grand Marché ou ses environs immédiats en un peu plus de trois décennies.
Ce nouveau sinistre relance la question de la sécurisation du marché, du contrôle des installations électriques, de l’accès des secours et de l’organisation des espaces commerciaux dans l’un des principaux centres économiques de Bamako.

Diafarabé : levée partielle du blocus après plus d’un an 

Un convoi de vivres et de biens essentiels a atteint Diafarabé le 15 mai 2026, mettant fin à plus de douze mois d’isolement. Cette livraison, sécurisée par les Forces armées maliennes (FAMa), a permis d’acheminer du riz, de l’huile, du sucre et du lait vers la population locale.

Le blocus avait été imposé depuis mai 2025 par des groupes armés affiliés au Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimeen (JNIM), rendant impraticables les routes d’accès et interrompant la circulation de denrées alimentaires et de médicaments. Pendant cette période, environ 20 000 habitants ont été confrontés à des pénuries critiques, selon des sources locales et des rapports humanitaires, y compris des alertes de l’OHCHR et d’Action Against Hunger qui avaient souligné la vulnérabilité des populations isolées et la nécessité d’un accès humanitaire sécurisé.
Le convoi de 27 camions a été escorté le long des axes principaux, garantissant la sécurité des chauffeurs et des marchandises. Les FAMa ont assuré un déploiement continu pour prévenir toute attaque, et les livraisons ont été distribuées rapidement aux habitants. Cette opération représente une première percée logistique depuis le début du blocus et marque un soulagement pour les communautés locales, longtemps exposées à la faim et au manque de soins médicaux.
Malgré ce succès, certaines routes et voies fluviales restent sous influence de groupes armés, et la population demeure exposée à des risques sécuritaires. Les organisations humanitaires et les autorités maliennes poursuivent leurs efforts pour maintenir un corridor sûr, permettre la circulation des personnes et des biens et renforcer l’accès aux services essentiels.
Cette levée partielle du blocus constitue un tournant humanitaire et sécuritaire pour Diafarabé. Toutefois, le maintien de la stabilité dépend désormais d’une surveillance renforcée et d’opérations continues pour sécuriser durablement les axes routiers et fluviaux contre les menaces persistantes du JNIM.
L’acheminement de ce convoi démontre également l’importance d’une coordination étroite entre les forces de sécurité et les acteurs humanitaires pour répondre efficacement aux besoins des populations isolées.

Sélectionneur des Aigles : Plusieurs profils en lice pour succéder à Tom Saintfiet

Le dépôt des candidatures pour le poste de sélectionneur des Aigles du Mali s’est achevé le 10 mai 2026. Si la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) n’a pas officiellement communiqué la liste des postulants, plusieurs techniciens africains et européens de renom ont fait acte de candidature.

La succession de Tom Saintfiet à la tête des Aigles du Mali suscite un vif intérêt. Selon des informations recoupées auprès de plusieurs sources concordantes, plus d’une dizaine d’entraîneurs auraient déposé leurs dossiers pour prendre les commandes de la sélection nationale malienne.

Parmi les candidatures figure celle du technicien malien Baye Bah, Champion d’Afrique U17 et Vice-champion du monde U17 avec le Mali en 2015.

Son compatriote Fousseyni Diawara, actuel sélectionneur des Aigles Espoirs, apparaît également comme un sérieux prétendant. Ancien adjoint des Aigles et du Sily National de Guinée, l’ex-international malien bénéficie d’une bonne connaissance de l’environnement de la sélection et d’une proximité reconnue avec plusieurs joueurs binationaux. Certains observateurs en font même l’un des favoris.

Des techniciens expérimentés venus de plusieurs horizons

La liste des postulants comprend aussi plusieurs entraîneurs étrangers au parcours solide sur le continent africain. Le Sénégalais Omar Daf, libre depuis son départ d’Amiens, ambitionne de diriger pour la première fois une sélection nationale.

Son compatriote Amara Traoré, ancien sélectionneur du Sénégal entre 2009 et 2012, mise sur son expérience des compétitions africaines et de la gestion d’un groupe national.

Le Camerounais Rigobert Song fait également partie des candidats annoncés. L’ancien capitaine des Lions Indomptables est réputé pour son leadership et sa forte personnalité. Il a notamment qualifié les Lions indomptables pour la Coupe du monde 2022 et la CAN 2023.

Autre profil de poids, le Sud-Africain Pitso Mosimane, passé notamment par Al Ahly et Mamelodi Sundowns, dispose d’un palmarès impressionnant sur le continent.

Le Congolais Florent Ibengue, finaliste de la CAN 2015 avec la RDC, ainsi que le Néerlandais Marc Wotte, spécialiste de la formation des jeunes, figurent aussi parmi les prétendants.

Le Bosnien Faruk Hadžibegić a également officiellement déposé sa candidature, tout comme le duo composé de l’Italien Stefano Cusin et de l’ancien international malien Adama Coulibaly.

La FEMAFOOT devrait désormais entamer la phase de présélection des dossiers avant des entretiens avec une Commission technique et le Comité exécutif.

La validation finale reviendra ensuite aux instances compétentes de la fédération. Le nom du prochain sélectionneur national devrait être connu au plus tard début juin.

Mohamed Kenouvi

Familles : renforcer la protection des enfants

Le 15 mai célèbre la Journée internationale des familles, instaurée en 1993 par les Nations unies pour rappeler le rôle essentiel de la famille, cellule de base de la société. Au Mali, la 33e édition sera célébrée sous le signe de la lutte contre les effets du changement climatique et les risques liés à la consommation de stupéfiants par les enfants.

« Rôle des pouvoirs publics et des communautés dans la protection de la famille et des enfants face aux effets du changement climatique et aux risques liés aux stupéfiants », c’est le thème national de l’édition 2026 de cette journée. Un thème qui parle des réalités des familles maliennes, confrontées à des pressions économiques, sociales et environnementales de plus en plus fortes. Il rappelle aussi, selon le ministère en charge de la protection de la famille, les défis liés aux effets néfastes des changements climatiques et à la consommation de stupéfiants par les enfants.

Le changement climatique affecte tous les aspects de la vie quotidienne. Le Mali, marqué par la variabilité de son climat, la fragilité de ses écosystèmes et la vulnérabilité de ses systèmes de production, reste particulièrement exposé en raison de faibles capacités d’adaptation. Cette situation touche directement les familles, fragilise les revenus, accroît les charges domestiques et accentue les inégalités au sein des ménages et des communautés. Les femmes, les filles, les enfants et les personnes vivant avec un handicap sont davantage vulnérables en raison d’un accès limité aux services, aux ressources et aux opportunités.

S’adapter au changement

Dans ce contexte de mutations, les familles sont exposées à plusieurs risques, notamment l’exode des jeunes, les migrations, la déscolarisation ou les abandons scolaires. Ces réalités entraînent souvent des pertes de repères familiaux et sociaux. Lorsque l’encadrement familial s’affaiblit, certains enfants et jeunes deviennent plus exposés aux mauvaises fréquentations, aux trafics et à la consommation de stupéfiants.

Selon l’Office central des stupéfiants, les jeunes de 18 à 25 ans représenteraient 70 % des personnes interpellées pour consommation de drogue, dont 25 % de filles. Ces données interpellent les familles, les communautés, les écoles et les pouvoirs publics sur l’urgence d’une prévention plus proche des jeunes.

L’une des missions du ministère de la famille étant de maintenir le cadre familial comme « cadre d’équilibre des relations sociales », l’édition 2026 vise à renforcer la résilience des familles et à mobiliser les communautés pour protéger les enfants, accompagner la jeunesse et surmonter les crises actuelles et futures.

Exergue : « Les femmes, les filles, les enfants et les personnes vivant avec un handicap sont davantage vulnérables en raison d’un accès limité aux services, aux ressources et aux opportunités ».

Assainissement : lancement des opérations de curage des collecteurs

La ministre de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable a lancé ce 14 mai   les travaux de curage des caniveaux et collecteurs au titre de l’année 2026. L’objectif est de prévenir les inondations et maintenir un cadre de vie sain.

Les opérations de curage annuel des collecteurs et caniveaux pour l’année 2026 ont officiellement été lancé ce 14 mai par la ministre en charge de l’assainissement. Lancée en présence de plusieurs membres du gouvernement dans l’arrondissement IV de la capitale, l’opération vise au total le curage de 770 km de linéaires sur l’ensemble du territoire national.

Pour un coût global de plus de 4 milliards FCFA, les travaux consisteront au curage de 348 Km de collecteurs dans le district de Bamako et 421 Km dans d’autres localités du pays.  Financés conjointement par le budget national et le projet de résilience urbaine de Bamako (PRUBA), les travaux ont pour but de permettre un écoulement normal des eaux de pluie et éviter des inondations. Initiative portée par le gouvernement avec l’appui de la Banque mondiale est financée à hauteur de 56 milliards de FCFA, le projet ambitionne de redonner à ces infrastructures leur vocation initiale.

Suite aux inondations meurtrières de l’hivernage 2024, les autorités ont entrepris en mai 2025 la libération des emprises des marigots et ouvrages de drainage des eaux de pluie dans la capitale.

Plus de 2,9 milliards FCFA ont été alloués aux indemnisations des maisons construites illégalement dans les lits de ces marigots et plus de 100 millions pour l’aide au loyer aux locataires.

Face aux inondations récurrentes, ces réponses ponctuelles restent insuffisantes en l’absence d’un plan global de restauration de ces infrastructures et un plan d’assainissement cohérent et coercitif. En effet, ces ouvrages de drainage des eaux de pluies continuent d’être utilisées pour recueillir les eaux usées des ménages à plusieurs endroits de la capitale. Sans une politique ferme et un suivi rigoureux, ces comportements menacent durablement la gestion des eaux usées et l’assainissement dans la capitale.

 

Langues nationales et médias : Le Mali face au défi de l’information de proximité

Le Mali abrite, les 14 et 15 mai 2026, les 4èmes Journées des Sciences de l’Information et de la Communication, consacrées aux médias et langues nationales. Cette édition mettra en débat la place des langues locales dans l’accès à l’information, la communication publique et l’appropriation des politiques de développement.

Les travaux porteront sur le thème « Médias et langues nationales : quels enjeux pour les sociétés africaines contemporaines ? ». Annoncée en Conseil des ministres, la rencontre vise à renforcer les échanges scientifiques entre universitaires, chercheurs, experts maliens et étrangers autour de l’information, de la communication et de l’usage des langues nationales comme médium de développement.

Au Mali, le sujet renvoie à une réalité institutionnelle et sociale. La Constitution de 2023 a reconnu les langues nationales comme langues officielles, tandis que le français demeure langue de travail. En ville comme en zone rurale, les échanges quotidiens et les débats communautaires se font largement en bambara, peul, songhaï, arabe, tamasheq, soninké, dogon ou sénoufo, etc.

Dans ce paysage, les radios communautaires restent des relais essentiels. Elles diffusent des informations sur la santé, l’agriculture, l’éducation, les marchés, la cohésion sociale et les campagnes publiques dans des langues comprises par les populations. Leur rôle ne se limite pas à traduire. Elles les adaptent aux réalités locales, aux références culturelles et aux préoccupations immédiates des auditeurs.

Studio Tamani illustre cette dynamique à l’échelle nationale. Lancé en 2013, le programme diffuse en français, bambara, peulh, tamasheq et sonrhaï. En 2025, la Fondation Hirondelle lui attribue 3,8 millions d’auditeurs hebdomadaires, avec des contenus relayés par des radios et télévisions partenaires à travers le pays.

Farm Radio International offre un autre exemple au Mali. L’organisation travaille avec 134 partenaires de diffusion et produit des contenus en plusieurs langues locales, notamment sur l’agriculture, le climat, les marchés et la participation des femmes.

L’expérience tanzanienne constitue un repère utile. Le kiswahili, largement compris dans le pays, a permis à des programmes radiophoniques agricoles, civiques et de gouvernance de toucher des publics étendus. Farm Radio International indique travailler avec 86 partenaires de diffusion en Tanzanie, avec une audience estimée à 2,6 millions de personnes.

Pour le Mali, les Journées des 14 et 15 mai ouvrent une réflexion pratique. Il s’agit d’examiner comment les sciences de l’information peuvent accompagner la production de contenus fiables, accessibles et adaptés aux langues parlées par les citoyens, à partir des expériences nationales et des modèles africains déjà éprouvés.

Culture : Baco-djicoroni célèbre le patrimoine textile

Bogolan, indigo et coton seront au centre du Village créatif Bogolan Indigo et Musée du coton, prévu du 7 au 10 mai 2026 à Baco-djicoroni, à Bamako. Organisé dans le cadre du Festival panafricain de la cotonnade, FEPAC, l’événement met en avant les savoir-faire textiles maliens et africains.

Le rendez-vous arrive à un moment important pour le bogolan. Le 16 avril 2026, le Mali a obtenu auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle le certificat d’enregistrement en Indication géographique protégée du bogolan. Ce tissu devient ainsi le deuxième produit malien protégé par ce mécanisme, après l’échalote de Bandiagara, avec l’objectif de préserver son origine, son authenticité et sa réputation. Le Mali a également porté en 2026 la candidature des pratiques liées au Bôgôlan au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Cette démarche renforce la reconnaissance d’un savoir-faire transmis par les artisans et les communautés.

Le bogolan, ou bògòlanfini, est l’un des marqueurs les plus connus de l’identité textile malienne. Il est fabriqué à partir d’une toile de coton travaillée avec des teintures végétales et de la boue fermentée. Ses motifs, souvent géométriques, portent des significations sociales, esthétiques et symboliques. Longtemps associé aux usages communautaires, aux cérémonies et à la transmission, il occupe aujourd’hui une place importante dans la mode, la décoration et les arts visuels.

Transmission

L’indigo renvoie, lui aussi, à une mémoire ancienne du textile ouest-africain. Les bains répétés, les nuances profondes de bleu et les gestes des teinturiers rappellent un savoir-faire où la main, la matière et le temps restent essentiels. Associé au coton, il permet de raconter toute une chaîne culturelle, du champ au fil, du fil au tissu, puis du tissu à la création contemporaine. Le coton rappelle aussi l’ancrage agricole de ce patrimoine.

À Baco-djicoroni, le Village créatif entend faire dialoguer artisans, créateurs, visiteurs et passionnés du patrimoine. Les activités annoncées autour du Musée vivant du coton et du Village créatif Bogolan & Indigo doivent permettre de montrer les techniques, les matières, les gestes et les usages actuels de ces textiles.

À travers cette rencontre, le textile malien apparaît comme une culture vivante. Le bogolan, l’indigo et le coton ne sont pas seulement des matières ou des tissus : ils portent une mémoire, un savoir-faire et une capacité de création qui continuent d’inspirer les artisans, les stylistes et les nouvelles générations.