Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
« Amadou et Mariam : Sons du Mali » : Un film entre amour et mémoire
D’abord présenté à l’international, le documentaire consacré au duo Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia été dévoilé le 17 avril 2026 au public malien. Il retrace plus de cinquante ans de parcours artistique et personnel, à travers une lecture intime mêlant musique, engagement et attachement au Mali.
Le documentaire d’une durée de 1 h 27, réalisé par Ryan Marley, revient sur les débuts, les succès mais surtout le lien qui a structuré la vie d’Amadou et Mariam. De leur rencontre au milieu des années 1970 à l’Institut des Jeunes Aveugles de Bamako, où ils chantaient dans l’orchestre de l’école, à leur mariage et au début de leur carrière commune, jusqu’à leur ascension sur les scènes internationales, de Bamako à Abidjan, en passant par Barcelone et Paris.
Le film privilégie avant tout une lecture intime du parcours du couple. Il met en avant l’histoire de deux jeunes unis à la fois par une déficience visuelle commune et par une passion partagée pour la musique. À force de travail, de persévérance et d’engagement artistique, ils ont porté des messages autour de l’amour, de la paix et de la cohésion sociale, des thématiques constantes dans leur œuvre et dans leur attachement au Mali.
« Plus qu’un couple, une entité »
Le duo musical formé par Amadou et Mariam s’est imposé comme une référence, au-delà de la scène musicale, en incarnant une trajectoire singulière où se mêlent engagement artistique et histoire personnelle.
Tourné entre 2021 et 2023, le film retrace plus de cinquante années de vie commune, entre répétitions, tournées et moments de vie familiale. Il propose une immersion dans un parcours partagé entre exigence artistique et quotidien, tout en revenant sur les grandes étapes d’une carrière internationale.
Échanges gagnants
Avec Manu Chao, la collaboration marque un tournant avec l’album « Dimanche à Bamako », sorti en 2004, qui connaît un succès international. « Beaucoup de concerts, beaucoup de prix, deux Victoires de la musique, un disque d’or, un disque de platine… », rappelle Mariam.
Aux côtés de Matthieu Chedid, Tiken Jah Fakoly ou encore Manu Chao, le duo a multiplié les collaborations et élargi son audience à l’échelle mondiale. Leur dernier album, « L’amour à la folie », est sorti en octobre 2025. Amadou Bagayoko est décédé le 4 avril 2025 à Bamako.
« Amadou est parti mais Mariam et les enfants sont là. Ne nous oubliez pas », s’est en substance exprimée Mariam à l’issue de la projection.
Mali–Maroc : Rabat suspend l’AEVM après le réalignement de Bamako
Le Maroc met fin à l’autorisation électronique de voyage pour les Maliens à partir du 27 avril 2026. Cette décision intervient après des annonces diplomatiques récentes entre Bamako et Rabat.
Filière Riz : le gouvernement rachète 26 030 tonnes de riz invendu
La filière riz vient de bénéficier d’un appui du gouvernement pour faire face aux difficultés d’écoulement de son stock. Environ 26 000 tonnes de riz seront rachetées par le gouvernement et revendues à un prix accessible pour la population.
La filière riz fait face à des difficultés pour écouler son stock de 26 030 tonnes détenues par l’interprofession. Avec des coûts de production élevés, ce riz est moins compétitif que le riz importé. Pour faciliter l’écoulement de cette quantité, le gouvernement a décidé lors du conseil des ministres, ce 23 avril 2026 de l’opération d’achat et de rachat de ce stock de riz local de l’interprofession de la filière riz.
Par cette opération, le gouvernement décide d’acquérir le stock invendu de 26 030 tonnes de riz détenu par l’interprofession riz en vue de la revente à la population à un prix accessible.
Pour réaliser cette opération l’Etat accordera à l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM), une subvention pour la prise en charge des frais nécessaires à cette opération.
Pour le gouvernement, cette opération vise un triple objectif : soutenir la filière rizicole nationale, préserver le pouvoir d’achat des populations et assurer la stabilité du marché en période de soudure.
La filière riz reste un pilier stratégique de la sécurité alimentaire et de l’économie, représentant environ 5% du PIB. Deuxième producteur de cette céréale en Afrique, le Mali produit environ 2 millions de tonnes chaque année, essentiellement dans la zone Office du Niger, avec une consommation annuelle ayant atteint 2,7 millions de tonnes.
Le Mali dispose d’un potentiel de plus de 2 000 000 d’hectares de terres irrigables, dont environ 15% sont aménagés. Le pays ambitionne d’atteindre 5,5 millions de tonnes par an pour assurer l’autosuffisance et devenir un exportateur, à travers le programme national de riziculture intensive, dont le coût est estimé à 14 milliards FCFA.
Enseignement secondaire : Le retour qui divise
Le redéploiement des enseignants détenteurs de licence vers les écoles fondamentales oppose le ministère de l’Éducation nationale aux principaux syndicats. Cette décision contestée ravive les tensions et relance la menace d’un mouvement de grève à quelques semaines des examens.
La mesure continue de diviser les deux parties. Les autorités ont demandé aux concernés de regagner leurs postes initiaux, une orientation que les syndicats jugent prématurée. Les échanges engagés peinent pour l’instant à aboutir.
Entre la Synergie des principaux syndicats de l’éducation et le ministère, l’apaisement reste incertain. Avant le dépôt du préavis, la Synergie avait déjà lancé des consultations et accusé les autorités de rompre le climat de confiance établi avec les syndicats. Rappelons que cette décision concerne des enseignants formés à l’École normale supérieure et affectés dans le secondaire à l’issue de leur formation continue. Leur réaffectation dans le cycle fondamental soulève des interrogations sur leur position et leur évolution professionnelle.
Dans un communiqué daté du 21 avril, la Synergie annonce un préavis de grève du 13 au 15 mai 2026 si certaines revendications formulées lors de son Assemblée générale du 14 avril ne sont pas satisfaites.
Rupture du dialogue
Outre le redéploiement, les syndicats exigent l’application du procès-verbal du 18 mai 2019 sur l’accès aux services centraux des enseignants des collectivités territoriales et celui du 13 décembre 2022 sur la prime spéciale. Ils demandent aussi l’annulation de correspondances du ministère datées du 28 décembre 2023, du 30 octobre 2024 et du 2 avril 2026, liées à la gestion des enseignants détenteurs de licence.
Dans sa lettre du 2 avril 2026, le ministère avait indiqué que plusieurs rencontres avaient eu lieu avec les syndicats autour de la suspension du redéploiement. Ces échanges visaient à lever cette suspension et à trouver des solutions durables à la gestion des enseignants concernés. Les autorités ont invité les intéressés à regagner leurs postes d’origine en attendant une relecture des textes, une démarche contestée par les syndicats, qui estiment qu’elle aurait dû intervenir après cette révision. La lettre ministérielle demandait aussi aux Directeurs d’académie de procéder à l’affectation des enseignants concernés dans un délai de quinze jours, en attendant la relecture des textes.
Les autorités justifient cette orientation par la nécessité de réorganiser les effectifs et d’assurer une meilleure répartition des enseignants selon les besoins du système éducatif.
Les syndicats affirment rester ouverts au dialogue tout en maintenant leur préavis. Ce différend intervient à quelques semaines des examens de fin d’année, une période sensible pour le calendrier scolaire.
Coupe du monde féminine FIBA 2026 : Les Aigles dames face à un défi de taille
Le tirage au sort de la Coupe du monde féminine FIBA 2026, effectué le 21 avril 2026 à Berlin, n’a pas épargné les Aigles Dames. Placé dans le groupe A aux côtés du pays-hôte, l’Allemagne, du Japon et de l’Espagne, le Mali hérite d’une poule particulièrement compétitive.
Dans ce groupe A, chaque adversaire présente des arguments solides. Le Japon était déjà dans la même poule que le Mali en 2022 et s’était imposé face aux Aigles Dames (89-56). Finalistes olympiques en 2021, les Nippones arrivent avec un effectif réputé pour sa vitesse et sa maîtrise technique. Elles ont dominé leur tournoi qualificatif à Istanbul, ponctué par une démonstration face à l’Argentine (83-39), confirmant leur statut de référence mondiale.
L’Espagne, de son côté, est une nation expérimentée. Malgré un parcours laborieux à Porto Rico, conclu à la troisième place, elle a su se qualifier dans un groupe relevé, démontrant sa capacité à rivaliser avec les meilleures équipes, comme en témoigne son duel face aux États-Unis.
Quant à l’Allemagne, portée par son statut de pays-hôte, elle s’affirme comme un outsider sérieux. 11ème mondiale, la sélection allemande a enchaîné plusieurs succès lors des qualifications, dont une victoire notable contre le Nigeria, Champion d’Afrique, même si une lourde défaite face à la France rappelle certaines limites.
Un barrage accessible
Dans le format à 16 équipes de la Coupe du monde féminine 2026, prévue du 4 au 13 septembre 2026 à Berlin, les trois premières de chaque groupe poursuivent l’aventure. La première accède directement aux quarts de finale, tandis que les deuxième et troisième passent par un barrage. La quatrième est éliminée d’office.
Les chances du Mali dépendront de sa capacité à créer l’exploit face à des équipes mieux classées et plus expérimentées. La lutte pour la deuxième ou la troisième place, a priori plus accessible, paraît ouverte, mais exigera rigueur, constance et efficacité.
La présence malienne à ce rendez-vous mondial, la deuxième consécutive après 2022, est le fruit d’un parcours laborieux lors du tournoi qualificatif disputé en Chine en mars dernier.
Après un début difficile marqué par une défaite contre le pays-hôte (81-68), les Aigles Dames avaient su rebondir face à la République tchèque (77-64). Battues ensuite par la Belgique (81-50), elles avaient validé leur billet grâce à une large victoire contre le Soudan du Sud (97-74), combinée à un résultat favorable dans l’autre rencontre décisive.
Validation des documents PPP: Quels impacts pour les investissements?
La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) est un nouveau pas dans l’accélération des projets d’infrastructures au Mali. Mais la réussite de cette nouvelle étape dépendra d’un suivi rigoureux de la mise en œuvre des règles convenues.
La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) a réuni les acteurs, du 13 au 17 avril 2026, autour de l’adoption de textes dont les contrats types, les guide d’évaluation et les procédures d’appel d’offres. L’adoption de ces documents modèles constitue une étape-clé pour booster les investissements mais aussi pour assurer la transparence dans le climat des affaires.
Grâce à des « règles claires et préétablies », ces documents assurent une « sécurité juridique » aux investisseurs privés, explique le Pr Daman-Guilé Diawara, spécialiste en analyse de politique économique. La standardisation permet une accélération de la réalisation en réduisant considérablement les délais, souvent très longs, pour la rédaction de contrats sur mesure pour chaque projet. L’harmonisation avec les outils standard de l’UEMOA est également une garantie de « crédibilité internationale », insiste le Pr Diawara.
Depuis 2017, l’Unité PPP a permis la réalisation de 10 contrats, pour un montant de 641, 178 milliards de francs CFA, dans les domaines de l’énergie et de la sécurité. Les nouveaux documents devraient permettre de booster la réalisation de 12 projets en phase de structuration pour plus de 588 milliards de francs CFA dans les domaines de l’énergie et de l’eau potable, ou encore les équipements marchands.
Éviter le piège économique
Dans un contexte de contraintes budgétaires où les besoins sociaux restent importants, les PPP offrent une possibilité de mobilisation de financements du secteur privé, une expertise et la pérennité dans la gestion des ouvrages, ainsi qu’un allègement du paiement étalé sur la durée du contrat.
Des avantages certains dans le contexte malien, mais qui ne doivent pas occulter les risques pour ces types de projets. En effet les PPP, ne représentant pas immédiatement des « charges » pour le budget, sont souvent perçus comme des infrastructures « gratuites » pouvant transformer ces réalisations en « fardeau » pour le budget. Pour éviter que ces investissements deviennent des pièges pour l’économie nationale, le Pr Diawara préconise quelques leviers de surveillance. D’abord, une évaluation préalable rigoureuse, afin que le coût d’exploitation soit soutenable par le contribuable. Puis le partage équitable des risques entre les parties prenantes et enfin la transparence et le plafonnement, afin que les engagements publics ne soient pas « une bombe à retardement » pour la dette nationale.
Chiffres
Projets signés : 641, 178 milliards de francs CFA
Projets en structuration : Plus de 588 milliards de francs CFA
CNT : un bureau remanié entre continuité et nouveaux équilibres
Réuni en séance plénière ce 23 avril 2026, le Conseil national de Transition (CNT) a procédé à l’élection des membres de son bureau. Si la présidence demeure inchangée, plusieurs ajustements notables ont été opérés au sein des autres postes, mêlant promotions internes et nouvelles entrées.
Multilatéralisme : Bamako repense sa place
À la veille de la Journée internationale du multilatéralisme, le 24 avril, le Mali affiche une ligne diplomatique recentrée sur ses priorités de sécurité, de souveraineté et de coopération régionale. La création de la Confédération des États du Sahel, la fin de la mission onusienne et l’élargissement des partenariats traduisent cette évolution.
Instituée par l’Assemblée générale des Nations unies le 12 décembre 2018, la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix rappelle le rôle du dialogue entre États, de la coopération internationale et du règlement concerté des crises. Elle a émergé dans un contexte où les cadres collectifs étaient de plus en plus interrogés sur leur efficacité face aux conflits contemporains.
Dans le Sahel, ces mécanismes ont été mobilisés pendant plus d’une décennie, à travers des opérations internationales et des missions onusiennes. Leur déploiement, leurs résultats et leurs limites ont nourri les débats sur leur efficacité et leur adéquation aux réalités du terrain, ouvrant la voie à d’autres formes d’organisation politique et sécuritaire.
AES
C’est dans ce contexte qu’a été créée l’Alliance des États du Sahel, mise en place le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, comme pacte de défense mutuelle. Transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey, elle organise désormais son action autour de la défense, de la diplomatie et du développement et constitue pour Bamako un cadre central de coordination.
La fermeture de la mission des Nations unies au Mali, fin 2023, a marqué un tournant majeur. Elle a mis fin à un dispositif installé depuis 2013 et ouvert une phase nouvelle dans les modalités d’engagement international du pays, avec une préférence plus affirmée pour des formats jugés davantage alignés sur ses priorités nationales.
Souveraineté
Cette orientation a été formulée avec clarté le 18 avril à Lomé, lors du lancement de la nouvelle Stratégie togolaise pour le Sahel 2026-2028. À cette occasion, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a dénoncé la multiplication d’initiatives extérieures mal coordonnées et plaidé pour des actions construites avec l’implication directe des États concernés. Il a insisté sur la nécessité d’éviter des interventions menées sans leur consentement ou sans leur participation active.
Dans la même logique, il a défendu la mise en place de mécanismes de sécurité portés à l’échelle africaine, financés et pilotés par les États du continent. Il a aussi souligné l’absence d’un cadre commun de coopération sécuritaire et les difficultés liées au déficit de confiance entre plusieurs acteurs régionaux, évoquant les coopérations bilatérales comme point d’appui immédiat.
La stratégie togolaise repose sur cinq piliers, le dialogue politique avec l’AES, la coopération régionale et internationale, la lutte contre le terrorisme, l’intégration économique régionale et le renforcement du capital humain. Lomé entend ainsi consolider sa posture de pont entre le Sahel et la communauté internationale, dans un espace régional marqué par des recompositions rapides et des équilibres fragiles.
Diversification
Parallèlement à ces positions, le Mali a élargi ses relations extérieures. Les coopérations engagées avec la Russie, la Turquie, la Chine et l’Iran couvrent des domaines liés à la sécurité, aux infrastructures et à l’énergie. Cette orientation repose sur une diversification assumée des partenaires et sur une recherche de complémentarité pragmatique.
Cette évolution est largment analysée par plusieurs observateurs. L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne une volonté de structurer les partenariats autour d’objectifs précis, notamment en matière d’intégration économique et de corridors logistiques. De son côté, l’analyste politique Abdoulaye Tamboura décrit, quant à lui, une approche fondée sur le pragmatisme, dans laquelle les positions diplomatiques évoluent au gré des intérêts des États et des contraintes internes, en particulier sécuritaires.
La rencontre de Lomé a par ailleurs mis en avant le rôle des pays du Golfe de Guinée dans les échanges avec le Sahel. Le Togo a présenté sa stratégie comme un cadre de dialogue avec les États de l’AES et les partenaires extérieurs, tandis que les autorités maliennes ont salué une démarche associant les pays concernés à la définition des actions.
Dans d’autres régions, des États comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou le Maroc développent eux aussi des partenariats diversifiés, en combinant relations bilatérales et cadres de coopération selon leurs priorités économiques et sécuritaires. Le Mali semble vouloir s’inscrire dans cette dynamique, avec des choix qui traduisent une recomposition de ses relations extérieures et une adaptation à des cadres de coopération multiples.
Logements sociaux : Un modèle encore fragile en Afrique de l’Ouest
À l’image du Mali, plusieurs États d’Afrique de l’Ouest ont lancé des programmes ambitieux visant à faciliter l’accès au logement pour les ménages à revenus modestes. Cependant, les expériences varient, entre avancées notables et difficultés structurelles persistantes.
Au Sénégal, les autorités ont engagé depuis plusieurs années une politique volontariste en matière de logement. Le pays s’est notamment fixé un objectif ambitieux de 500 000 logements sociaux à construire sur une période d’environ dix ans, afin de résorber un déficit structurel important et d’améliorer l’accès à l’habitat. Cette stratégie s’appuie sur des partenariats public-privé, la mobilisation du foncier et l’implication d’acteurs publics comme les sociétés immobilières nationales.
De même, en Côte d’Ivoire, un programme d’envergure a été lancé depuis quelques années avec l’objectif de produire des dizaines de milliers de logements sociaux et économiques, notamment dans la région d’Abidjan.
En Guinée également, des projets ont été initiés pour améliorer l’offre, mais de façon plus progressive et avec des capacités financières limitées.
Ces initiatives traduisent une volonté politique claire de répondre à la crise du logement, particulièrement dans les grandes capitales urbaines. Cependant, malgré ces ambitions, les résultats restent souvent en deçà des attentes.
Au Sénégal, la production effective peine encore à suivre le rythme fixé, illustrant les défis liés à la mise en œuvre. En Côte d’Ivoire, seule une partie des objectifs annoncés a été concrétisée dans certains programmes, mettant en évidence les contraintes opérationnelles.
Des défis structurels communs
Malgré les différences nationales, les difficultés rencontrées présentent de fortes similitudes. En premier lieu, l’accès au financement demeure un obstacle majeur. Les mécanismes de crédit sont souvent inadaptés aux populations à revenus irréguliers, notamment celles du secteur informel.
Ensuite, la question du coût des logements constitue un frein important. Bien que qualifiés de « sociaux », de nombreux logements sont financièrement hors de portée des ménages les plus modestes, limitant ainsi leur impact réel.
Par ailleurs, la gouvernance des programmes est régulièrement mise en cause. Le manque de transparence dans les attributions, les lenteurs administratives et l’insuffisance des mécanismes de contrôle fragilisent la crédibilité des dispositifs.
Enfin, l’urbanisation rapide et la croissance démographique accentuent la pression sur les politiques publiques. Dans des villes comme Abidjan ou Dakar, la demande dépasse largement l’offre disponible, contribuant à l’expansion des quartiers informels.
Sidiki Lacina Koné : « Il y a un paradoxe entre l’engagement des jeunes et leur faible intégration »
Consultant sur les questions de gouvernance et de jeunesse, associé à des initiatives menées avec AfriYAN Mali et des acteurs du Fonds des Nations Unies pour la population, Sidiki Lacina Koné analyse la place des jeunes dans les dynamiques de paix au Mali. Il souligne un engagement réel, mais encore insuffisamment traduit dans les décisions. Propos recueillis par Massiré Diop.
Quelle place occupent aujourd’hui les jeunes dans la prévention des conflits au Mali ?
La place des jeunes est reconnue comme essentielle, mais est insuffisamment prise en compte dans la pratique. Leur rôle stratégique est de plus en plus admis, notamment à travers des cadres comme la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Des initiatives portées par des organisations comme le Programme des Nations Unies pour le développement ou le Fonds des Nations Unies pour l’enfance montrent qu’ils sont mobilisés dans des actions de médiation, de sensibilisation et de cohésion sociale. Ils participent aux dialogues communautaires et contribuent à la résolution de conflits locaux. Mais dans les mécanismes décisionnels formels leur implication reste limitée, d’où ce paradoxe entre engagement sur le terrain et faible intégration stratégique.
Qu’est-ce qui empêche leur pleine intégration aux réponses sécuritaires et sociales ?
Plusieurs facteurs limitent cette intégration. Il existe un déficit de cadres institutionnels inclusifs permettant une participation réelle des jeunes dans la prise de décision. Ils sont souvent perçus comme des bénéficiaires plutôt que comme des acteurs stratégiques. Le manque de formation adaptée, notamment en médiation et en leadership, constitue aussi un obstacle. À cela s’ajoute un accès limité à des opportunités socio-économiques durables qui fragilise leur engagement. Le chômage et la précarité exposent une partie de la jeunesse à des risques de manipulation. Enfin, un déficit de confiance entre les institutions et les jeunes, lié à une gouvernance jugée peu inclusive, freine leur implication.
Les initiatives actuelles sont-elles suffisamment coordonnées ?
Les initiatives existent et sont portées par l’État, les ONG et les partenaires techniques et financiers. Mais elles souffrent d’un manque de coordination. Les interventions sont fragmentées et peu alignées, ce qui limite leur impact et peut entraîner des duplications d’actions. Les mécanismes de suivi sont insuffisants, ce qui complique la capitalisation des expériences.
Quelles sont les priorités ?
Il est essentiel de renforcer la participation des jeunes dans les instances de gouvernance, de développer des programmes de formation, de promouvoir l’emploi et l’entrepreneuriat, de soutenir les initiatives locales et de renforcer la confiance entre les jeunes et les institutions.
Soudan : Une guerre qui s’enlise
Entré dans sa troisième année, le conflit soudanais se poursuit sans basculement militaire décisif et continue de produire des effets à grande échelle. Malgré une mobilisation internationale récente, la situation humanitaire reste critique et largement sous-financée.
Déclenchée en avril 2023, la guerre continue d’opposer l’armée du Général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo. Les combats se poursuivent notamment au Darfour et dans la capitale, Khartoum, où les infrastructures civiles, les structures de santé et les réseaux essentiels sont fortement dégradés. Pour l’heure, aucune des deux parties n’a réussi à prendre un avantage décisif.
Les données disponibles illustrent l’ampleur de la crise. Plus de 34 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. Environ 14 millions ont été déplacées depuis le début du conflit, dont près de 9 millions à l’intérieur du pays et plus de 4,4 millions au-delà de ses frontières. Ces réfugiés sont accueillis principalement par le Tchad, l’Égypte, le Soudan du Sud et l’Éthiopie, où les capacités d’accueil restent sous pression.
On se souvient que le 15 avril 2026, à l’occasion du troisième anniversaire du conflit, la troisième Conférence internationale sur le Soudan, organisée à Berlin par plusieurs partenaires, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine, a permis d’annoncer environ 1,5 milliard d’euros pour l’aide humanitaire. Les deux parties au conflit n’étaient pas présentes, tandis que des acteurs civils soudanais ont pris part aux échanges. Les montants mobilisés restent inférieurs aux besoins estimés pour 2026. Plusieurs agences humanitaires signalent que les besoins pour l’année 2026 ne sont couverts qu’en partie, notamment dans les secteurs de l’alimentation et de la prise en charge sanitaire.
Sur le terrain, l’acheminement de l’aide est limité par l’insécurité et les contraintes d’accès. Dans le même temps, la poursuite des affrontements s’inscrit dans un environnement marqué par des soutiens extérieurs aux deux camps. Des flux d’armes et d’équipements sont régulièrement évoqués par des organisations spécialisées, sans évaluation consolidée rendue publique. Ces éléments contribuent à maintenir les capacités militaires et à prolonger les combats.
La crise dépasse désormais les frontières soudanaises. Les déplacements de population, les besoins humanitaires et la durée du conflit pèsent sur l’ensemble de la région. Les initiatives diplomatiques engagées jusqu’à présent n’ont pas permis d’aboutir à un accord entre les parties, tandis que la situation sur le terrain continue d’évoluer sans amélioration notable.
Canicule : L’angle mort de l’eau en sachets
Sous la chaleur qui écrase Bamako et les grandes villes du pays, la question de l’eau dépasse la simple soif. Elle devient un sujet de santé publique. À chaque hausse du thermomètre, l’eau en sachets s’impose comme le réflexe le plus accessible, vendue 25, 50 ou 100 francs CFA selon sa fraîcheur. Mais cette commodité a un revers que l’on ne peut plus ignorer.
Le vrai problème n’est pas seulement ce que contient le sachet. C’est aussi ce qu’il subit. Exposés à l’air libre, aux vents, à la chaleur et au soleil, entassés devant les boutiques ou dans les véhicules de livraison, les sachets perdent leur prétendue innocuité. Des études ont montré que le stockage et l’exposition prolongée à la chaleur peuvent altérer la qualité de l’eau, favoriser la prolifération microbienne et entraîner la migration de composés issus du plastique.
Le phénomène dépasse largement le cadre local. Au Nigeria, des milliards de sachets d’eau sont consommés chaque année, faisant de cette pratique un enjeu majeur de santé et de gestion des déchets. Au Sénégal, des mesures ont été prises pour limiter les plastiques à usage unique, tandis que d’autres pays renforcent progressivement les contrôles sanitaires sur ces productions souvent informelles.
Face à la canicule, il ne suffit pas d’aménager les horaires scolaires. Il devient nécessaire d’encadrer la production des sachets d’eau, de surveiller leurs conditions de stockage et d’informer les consommateurs. Certes, l’eau en sachets répond à un besoin réel, mais sa banalisation ne doit pas masquer ses risques. Ainsi, sous le soleil, le danger ne vient pas seulement du manque d’eau, mais parfois de celle que l’on boit sans y penser.
Logements sociaux : Un dispositif à l’épreuve du terrain
L’annulation de 202 attributions de logements sociaux début avril remet en lumière les failles d’un programme pourtant essentiel. Entre exigences réglementaires et réalités socio-économiques, le dispositif peine à tenir ses promesses.
Le 4 avril 2026, l’Office malien de l’Habitat (OMH) a décidé d’annuler l’attribution de 202 logements sociaux, conformément à la décision N°2025-0001/MUHDATP-SG du 28 février 2025. Cette mesure, motivée par le non-respect des obligations administratives et financières, intervient après un sursis de trois ans accordé aux bénéficiaires pour régulariser leur situation. En effet, plusieurs mises en demeure et périodes de grâce avaient été consenties, sans succès pour une partie des attributaires concernés.
La décision s’inscrit dans l’application stricte des textes en vigueur, notamment le décret du 8 mai 2015 qui encadre l’attribution et la gestion des logements sociaux au Mali. Elle concerne plus précisément des unités issues de la deuxième tranche du programme global de 12 566 logements, dont la liste des bénéficiaires avait été rendue publique en avril 2022.
Un dispositif encadré
En théorie, le programme de logements sociaux repose sur un cadre juridique structuré. Le décret N°2015-0351/P-RM du 8 mai 2015 définit les modalités d’attribution et de gestion de ces logements, conçus comme un levier d’accès à l’habitat pour les ménages à revenus faibles et intermédiaires.
Dans ce dispositif, l’attribution est encadrée par des commissions ad hoc chargées d’examiner les dossiers de demande et d’établir une liste des bénéficiaires sur la base de critères précis. Ces critères incluent notamment la nationalité malienne, la capacité de remboursement ou la reconnaissance d’une situation de dénuement, l’absence de propriété immobilière dans la zone concernée, ainsi que l’obligation de domicilier ses revenus dans une banque partenaire.
Par ailleurs, une fois la liste définitive publiée, les bénéficiaires sont tenus de respecter un certain nombre d’engagements : paiement régulier des mensualités, respect des formalités administratives et usage conforme du logement. À défaut, le décret prévoit explicitement des mesures de retrait, notamment en cas de non-paiement, de fausses déclarations ou de non-respect des obligations contractuelles.
En outre, le dispositif repose sur une chaîne d’acteurs bien identifiés, des commissions d’attribution aux institutions financières partenaires, en passant par les structures techniques de l’État et les notaires. Cette organisation vise à sécuriser à la fois le processus de sélection des bénéficiaires et le mécanisme de financement fondé sur le remboursement progressif des logements.
Textes vs pratiques
Cependant, dans la pratique, l’application de ces règles semble rencontrer d’importantes limites. Pour Fousseyni Mariko, Président de la Coalition d’Actions Citoyennes pour la Défense du Droit au Logement (CAC-DDL), l’annulation des 202 logements est avant tout le résultat d’un processus administratif enclenché depuis plusieurs années.
« Les 202 logements concernés font partie des 1 993 logements sociaux attribués en 2022. Trois ans après, les bénéficiaires concernés n’avaient toujours pas satisfait aux obligations administratives et financières nécessaires à l’obtention de leur notification », explique-t-il.
Toutefois, au-delà de cet aspect, il souligne un problème plus profond lié au fonctionnement même du système. « En théorie, les critères existent et sont clairs. Mais, dans la pratique, de nombreux témoignages laissent penser qu’ils ne sont pas toujours respectés », relève-t-il.
Ce décalage entre les textes et leur application nourrit des soupçons de favoritisme, d’opacité et d’ingérence dans le processus d’attribution. Selon M. Mariko, cela se traduit par des attributions effectuées en dehors des critères légaux, un contrôle insuffisant en amont, l’absence de responsabilités clairement établies en cas d’irrégularités, ainsi que des sanctions limitées contre les abus ou détournements.
Par ailleurs, l’absence d’une base de données publique et actualisée des demandeurs et bénéficiaires contribue à entretenir la confusion. Cette opacité rend difficile tout contrôle citoyen et alimente les frustrations, notamment chez les ménages qui estiment remplir les conditions sans jamais accéder au dispositif.
Solvabilité des bénéficiaires
La question de la capacité financière des bénéficiaires apparaît également comme un élément central. Selon Mandjou Touré, Président de l’Organisation de défense du droit au logement au Mali (ODDL-Mali), les difficultés de paiement ne peuvent pas être réduites à un simple manque de volonté. « On distingue deux catégories de bénéficiaires : les salariés et les non-salariés. La plupart des difficultés de paiement concernent les non-salariés », explique-t-il.
En effet, dans un contexte économique marqué par des pertes d’emplois, notamment liées au départ de certaines organisations internationales, de nombreux bénéficiaires se retrouvent aujourd’hui sans revenus stables. « Comment demander à une personne sans revenu stable de payer régulièrement ? Plusieurs anciens employés de la MINUSMA bénéficiaires de logements sociaux se retrouvent dans cette situation », souligne M. Touré.
Par ailleurs, à ces contraintes financières s’ajoutent des difficultés liées à la qualité des logements. « Beaucoup de logements ne respectent pas les normes de construction. Le bénéficiaire doit entreprendre des travaux de remise en état avant même de pouvoir y habiter », déplore-t-il. Ces charges supplémentaires viennent aggraver la situation des bénéficiaires, rendant le respect des échéances encore plus difficile.
Lourdes conséquences
Dans ces conditions, les conséquences de ces dysfonctionnements dépassent largement le cadre administratif. D’une part, le retrait d’un logement social peut replonger les familles concernées dans une situation de précarité. « Le retrait d’un logement social replonge les bénéficiaires dans les mêmes difficultés qu’auparavant. Cela peut avoir des conséquences très lourdes pour les familles », alerte Mandjou Touré.
D’autre part, ces situations alimentent un sentiment d’injustice parmi les demandeurs et fragilisent la crédibilité du programme. À en croire Fousseyni Mariko, les insuffisances du système sont multiples : manque de transparence, absence d’une base de données fiable, ainsi que des critères parfois flous ou appliqués de manière discrétionnaire. Il évoque aussi un déficit de gouvernance marqué par un manque de contrôle, un déficit de planification face à la demande croissante et une communication institutionnelle insuffisante.
À terme, ces failles risquent d’éroder durablement la confiance des citoyens dans les politiques publiques de logement. Cette perte de confiance peut également décourager certains demandeurs potentiels et alimenter un sentiment de résignation face à un système perçu comme inaccessible ou inéquitable.
Urgence de réforme
Face à ces défis, les appels à une réforme du programme se multiplient. Du point de vue de Fousseyni Mariko, il est essentiel de garantir une application rigoureuse des textes dès le départ. « Pour restaurer la crédibilité du programme de logements sociaux, il est indispensable d’assurer dès le départ le respect des critères d’attribution, avec des contrôles rigoureux, la sanction des responsables en cas d’irrégularités et la protection des bénéficiaires de bonne foi contre les conséquences des erreurs administratives », insiste-t-il.
Dans cette perspective, il préconise également un renforcement de la transparence, à travers la publication des listes de bénéficiaires, la mise en place de mécanismes de recours accessibles et la création d’un organe de contrôle indépendant. Le Président de la CAC-DDL plaide aussi pour une implication accrue de la société civile dans le suivi du programme.
De son côté, Mandjou Touré insiste sur la nécessité d’un accompagnement des bénéficiaires, notamment en cas de difficultés. « L’État devrait prendre des dispositions pour accompagner ou reloger les personnes concernées afin d’éviter une aggravation de leur situation sociale », estime-t-il.
En plus de ces propositions, plusieurs observateurs estiment qu’une réflexion plus large sur le modèle économique du logement social s’impose. Cela pourrait passer par une meilleure adaptation des mensualités aux revenus réels, le développement de mécanismes de soutien ciblés ou encore l’intégration progressive des acteurs du secteur informel dans les dispositifs de financement.
Mohamed Kenouvi
Birahim Soumaré: « Cette décision traduit une volonté de redéfinir les alliances du Mali »
Ancien ambassadeur du Mali en Turquie et ancien conseiller diplomatique à la présidence, Birahim Soumaré analyse le repositionnement de Bamako sur la question du Sahara. Il y voit un choix souverain aux implications diplomatiques, sécuritaires et économiques.
Miser sur la protection sociale pour renforcer la résilience climatique
L’idée selon laquelle la crise climatique détourne l’attention et les financements mondiaux de l’éradication de la pauvreté et de la faim perpétue une dangereuse méconnaissance de ces deux problèmes. Pour des millions de personnes parmi les plus pauvres du monde, le changement climatique n’est pas un risque futur mais une réalité présente, qui exacerbe les vulnérabilités et les inégalités qui bloquent les voies de sortie de l’extrême pauvreté. Malheureusement, la tendance à traiter la pauvreté et le climat comme des questions distinctes a créé des cloisonnements politiques, gaspillant ainsi des occasions d’élaborer des stratégies intégrées qui créent un cercle vertueux de justice climatique, de résilience renforcée et de croissance inclusive.
L’impact négatif des chocs climatiques sur la pauvreté est de plus en plus visible. En 2022, de graves inondations ont dévasté le Pakistan et causé au moins 30 milliards de dollars de dégâts, ruinant de vastes étendues de terres agricoles, emportant des habitations et détruisant des routes, des écoles et des dispensaires. Les taux de pauvreté ont bondi, passant de 21 % avant les inondations à 28 % aujourd’hui. La même année, la Corne de l’Afrique a connu sa cinquième saison des pluies consécutive infructueuse, entraînant la pire sécheresse depuis 40 ans. Des millions d’enfants subissent aujourd’hui les conséquences de la malnutrition aiguë qui s’en est suivie.
De plus, les pays sont de plus en plus confrontés à des chocs climatiques simultanés. Au Brésil, la sécheresse dans le bassin amazonien représente une menace réelle et immédiate pour les moyens de subsistance de plus de 30 millions de personnes, ainsi que pour l’intégrité d’écosystèmes fragiles et des infrastructures hydroélectriques. Pendant ce temps, l’État du Rio Grande do Sul se remet encore des inondations dévastatrices de 2024, qui ont déplacé plus d’un demi-million de personnes et entraîné une augmentation de la pauvreté.
Si aucun pays ni aucune communauté n’est à l’abri des chocs climatiques, ce sont les populations les plus pauvres du monde qui sont touchées en premier et le plus durement. Selon une estimation, le changement climatique pourrait faire grimper le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté de près de 122 millions d’ici 2030, en grande partie à cause des pertes de récoltes et de la hausse des prix alimentaires en Afrique et en Asie du Sud. Dans les mégapoles comme Lagos, Dhaka et Manille, les quartiers informels densément peuplés sont exposés à des risques aigus liés aux vagues de chaleur et aux inondations.
Les chocs climatiques enferment les ménages pauvres dans une spirale descendante. Les sécheresses et les inondations ne se contentent pas de détruire les récoltes, elles détruisent également les habitations et tuent le bétail. Dépourvus d’assurance ou d’accès à des filets de sécurité, les pauvres sont souvent contraints de procéder à des ventes forcées des biens mêmes dont ils ont besoin pour se relever rapidement. L’aide humanitaire peut sauver des vies, mais elle est invariablement insuffisante et arrive trop tard pour empêcher les populations de sombrer davantage dans la pauvreté.
Comment empêcher la crise climatique de réduire à néant des décennies de progrès en matière de réduction de la pauvreté ? À notre avis, deux impératifs s’imposent. Premièrement, nous devons maintenir à portée de main l’objectif de l’accord de Paris de 2015 visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Cela signifie que nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer au rythme des négociateurs les plus récalcitrants. C’est pourquoi le Brésil a appelé à la formation de coalitions multilatérales prêtes à travailler à la vitesse et à l’échelle nécessaires pour accélérer la transition vers la neutralité carbone.
Deuxièmement, nous devons donner aux populations pauvres les moyens de s’adapter à une crise qu’elles n’ont pas contribué à créer. Là encore, la rapidité et l’ampleur sont essentielles. Lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques au Brésil (COP30), les gouvernements ont reconnu que leurs plans nationaux d’adaptation devaient s’inscrire dans leurs stratégies de développement. Financés en grande partie par les budgets nationaux, ces plans offrent l’occasion d’intégrer l’adaptation au changement climatique à la réduction de la pauvreté. Les pays riches se sont désormais engagés à tripler le financement de l’adaptation par rapport au niveau annuel actuel, certes faible, de 40 milliards de dollars.
Nous devons désormais veiller à ce que l’augmentation des financements pour l’adaptation produise des résultats efficaces et équitables là où cela compte : dans la vie des plus démunis. L’architecture actuelle n’est pas adaptée à cet objectif, car elle est trop fragmentée et structurée autour de distinctions de plus en plus anachroniques entre financement climatique, financement du développement et financement humanitaire, comme si ces volets pouvaient être clairement compartimentés.
Les donateurs bilatéraux, les banques multilatérales de développement (BMD) et des mécanismes tels que le Fonds vert pour le climat, le Fonds pour l’environnement mondial et le Fonds d’adaptation représentent la majeure partie de ce qui est actuellement classé comme financement de l’adaptation au changement climatique. Comme l’ont souligné les ministres des Finances avant la COP30, la mise en œuvre se caractérise par une coordination insuffisante, des chevauchements de compétences et des conflits de territoire associés, une prédilection pour les initiatives à petite échelle, ainsi que des délais interminables entre l’approbation des projets et le décaissement des fonds. Les gouvernements doivent généralement décomposer les plans nationaux d’adaptation en demandes de financement projet par projet — un processus qui s’accompagne de coûts de transaction considérables.
D’autres interventions ont été minimisées, en partie parce qu’elles sont considérées comme relevant d’un domaine parallèle, celui du « financement de la lutte contre la pauvreté ». La protection sociale en est un bon exemple. Les programmes nationaux offrant des transferts en espèces aux ménages vulnérables en réponse aux chocs climatiques ont fait leurs preuves. Grâce à l’identification numérique, ils peuvent rapidement intensifier leur soutien pour faire face aux conséquences des sécheresses et des inondations. Le programme de filet de sécurité alimentaire du Kenya apporte une aide régulière à environ 800 000 personnes, mais ce chiffre grimpe à environ 4,5 millions en période de sécheresse. Des programmes similaires en Somalie, en Éthiopie et dans les pays du Sahel démontrent que des filets de sécurité efficaces peuvent être mis en place même lorsque les gouvernements ont des capacités limitées et sont enlisés dans des conflits armés.
Du point de vue des personnes les plus touchées par la crise climatique, le système actuel n’a guère de sens. Nous avons besoin de financements pour l’adaptation au changement climatique qui améliorent l’accès aux informations météorologiques, aux semences résistantes à la sécheresse et aux nouvelles technologies d’irrigation. En l’absence d’un accroissement des investissements dans la protection sociale, les chocs climatiques deviendront le catalyseur d’un recul sans précédent dans la réduction de la pauvreté. Actuellement, seule une personne sur cinq dans les pays les plus pauvres est couverte par un filet de sécurité.
L’expérience du Brésil est instructive. Sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, la protection sociale a joué un rôle central non seulement dans la réduction de la pauvreté et la lutte contre la faim, mais aussi dans l’adaptation au changement climatique. Des efforts ont été déployés pour exporter ce modèle à travers la création d’une Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, mise en place sous la présidence brésilienne du G20. Cette plateforme internationale pourrait permettre aux bailleurs de fonds, aux banques multilatérales de développement et aux agences des Nations unies de mettre en commun leurs ressources et de les acheminer via des systèmes nationaux de protection sociale qui répondent aux risques climatiques. Comme le souligne un rapport de l’ODI Global, une telle approche contribuerait à éviter les doublons, à réduire les coûts de transaction et à limiter les inefficacités.
Alors que la coopération internationale est remise en cause et que les budgets d’aide diminuent, il est tout à fait clair que nous devons changer de cap. Les communautés vulnérables qui vivent en première ligne de la crise climatique ont le droit d’attendre davantage du multilatéralisme.
Ana Toni est secrétaire nationale chargée du changement climatique au ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Brésil. Kevin Watkins, ancien directeur général de Save the Children UK, est professeur invité à l’Institut Firoz Lalji pour l’Afrique de la London School of Economics.
Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org
Soumaïla Lah : « La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes »
À l’occasion des 35 ans de la révolution du 26 mars 1991, le débat sur le bilan et l’avenir de la démocratie malienne est plus que jamais d’actualité. Entre espoirs déçus, crises institutionnelles et quête de refondation, l’analyste politique Soumaïla Lah livre son regard. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.
35 ans après mars 1991, quel bilan global faites-vous de la démocratie malienne aujourd’hui ?
Trente-cinq ans après la chute de Moussa Traoré, le Mali est à un tournant où l’héritage de mars 1991 est fortement questionné. Le pays est passé d’un espoir démocratique à une quête de souveraineté et de refondation, souvent sans bases solides. Il cherche encore un équilibre entre la nécessité d’un pouvoir fort pour stabiliser l’État et l’attachement aux libertés acquises en 1991. Le bilan est donc globalement mitigé.
Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui ont freiné l’enracinement d’une démocratie solide au Mali depuis 1991 ?
La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes. Elle a souvent été perçue comme un outil de partage du pouvoir entre élites plutôt que comme un mécanisme au service du bien commun. Le faible taux d’alphabétisation a limité la compréhension des enjeux politiques, favorisant le populisme et l’influence des leaders religieux. À cela s’ajoute un sentiment d’injustice sociale qui a contribué aux crises, notamment les coups d’État de 2012 et 2020. Le principal problème reste l’incapacité du système à produire des résultats concrets pour les populations.
Peut-on dire que l’instabilité institutionnelle du Mali est une crise du modèle démocratique mis en place après mars 1991 ?
Oui. L’instabilité observée depuis 2012 traduit une rupture de confiance envers le modèle démocratique. Il ne s’agit pas seulement d’une crise de gouvernance, mais aussi de conception. La pratique politique a été assimilée à une logique d’intérêt financier et une partie de la population associe désormais la démocratie à la faiblesse de l’État. Cette perception a favorisé l’acceptation des interventions militaires de 2020 et 2021.
En bientôt 5 ans de pouvoir, quels sont selon vous les acquis majeurs du Président Assimi Goïta ?
On peut relever l’adoption de lois d’orientation et de programmation dans les secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice, ainsi que des réformes dans le secteur minier. Toutefois, le bilan global est mitigé.
Quelles sont aujourd’hui les principales perspectives ou attentes des Maliens pour la suite de la Transition ?
Les attentes portent sur la sécurité, la dignité nationale et l’amélioration des conditions de vie. Si certains ont accepté la prolongation de la Transition, les résultats restent en deçà des espérances. Le défi est désormais de bâtir un système de gouvernance stable, sans retomber dans les dérives autoritaires du passé.
Coupe du Mali : Premiers qualifiés et suspense avant la suite des 8èmes
Entamés le 10 avril 2026, les huitièmes de finale de la 65ème édition de la Coupe du Mali de football tiennent leurs promesses. Cinq rencontres ont déjà livré leur verdict, tandis que trois tickets restent à prendre pour les quarts de finale.
Le coup d’envoi de ces huitièmes de finale a été donné le 10 avril avec une confrontation spectaculaire entre l’AS Real et Yeelen Olympique. Les Scorpions de Bamako ont dû puiser dans leurs ressources pour s’imposer 3-2 après prolongations, au terme d’un match intense et indécis.
Le lendemain, l’USFAS a signé la performance la plus aboutie de ce tour en dominant largement l’Espérance de Médine (4-1). Les militaires ont confirmé leur statut face à une formation de division inférieure sans jamais être inquiétés.
Dans le même temps, le FC Diarra a fait respecter la hiérarchie en s’imposant 2-0 contre Elewidj FC de Kidal, au terme d’une rencontre maîtrisée de bout en bout.
Dans un duel 100% Ligue 1, le Stade Malien a pris le meilleur sur l’AS Korofina (2-1), grâce notamment à un doublé décisif de Zoumana Simpara. Une victoire logique qui permet aux Blancs de Bamako de poursuivre leur parcours dans la compétition.
Surprise majeure et regards tournés vers la suite
La principale surprise de ces huitièmes de finale est venue du succès du FC Malicoura face à Binga FC (3-2 après prolongations). Longtemps dominateurs, les joueurs de Binga menaient encore 2-0 à quelques minutes du terme avant de s’effondrer, concédant l’égalisation puis la défaite en prolongations. Une contre-performance marquante face à la lanterne rouge de Ligue 1.
La suite des huitièmes de finale, prévue le 19 avril, s’annonce tout aussi intéressante. Le Djoliba AC, grand favori, affrontera Kankou FC de Gao, avec l’objectif clair de rejoindre les quarts de finale sans trembler.
De son côté, l’AS Bakaridjan part avec les faveurs des pronostics face à Avenir AC de Tombouctou, dans un duel où la logique sportive devrait être respectée.
Enfin, la rencontre entre Al Farouk de Tombouctou et l’AS Sofa de Bougouni s’annonce comme la plus indécise. Opposant deux équipes de deuxième division, ce match pourrait basculer d’un côté comme de l’autre, même si Al Farouk bénéficiera de l’avantage du terrain.
À mi-parcours, ces huitièmes de finale confirment l’attractivité de la Coupe du Mali, une compétition toujours propice aux rebondissements et aux exploits inattendus.
Mohamed Kenouvi
Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée
Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.
Hémophilie : Le défi du diagnostic
L’hémophilie est une maladie rare encore mal diagnostiquée au Mali. Sur une estimation d’environ 3 800 cas, seuls 243 patients sont aujourd’hui enregistrés dans le pays. Si le diagnostic peut désormais se faire sur place, son autonomie complète et son extension à d’autres structures de santé sont un défi important.
Au Mali, environ 90% des malades ne seraient pas diagnostiqués, selon la Fédération mondiale de l’hémophilie. Cette maladie chronique, le plus souvent d’origine génétique, est encore faiblement détectée dans le pays, malgré les progrès accomplis ces dernières années.
Même si les avancées sont jugées « satisfaisantes », des efforts importants restent à fournir, souligne le Pr Yacouba Diallo, hématologue à l’Hôpital du Mali. « Nous étions obligés d’expédier les prélèvements à l’étranger pour confirmer le diagnostic. Les coûts élevés, les délais d’attente et le stress que cela entraînait ont aujourd’hui laissé place à un diagnostic réalisé sur place », explique-t-il. Cette évolution constitue un progrès notable, sans pour autant régler toutes les difficultés liées à un diagnostic pleinement autonome.
En plus de la décentralisation du dépistage, d’autres difficultés persistent. Certains troubles liés aux saignements sont encore difficiles à identifier, alors qu’ils se manifestent souvent par des saignements répétés du nez ou des hémorragies inhabituelles après une blessure.
Amélioration du traitement
Les personnes atteintes reçoivent un traitement à vie pour prévenir les saignements et éviter les complications. L’accès à ces soins, souvent coûteux, est aujourd’hui facilité par la Fédération mondiale de l’hémophilie.
Les progrès ne concernent pas seulement le diagnostic. Pendant longtemps, le plasma frais congelé constituait pratiquement la seule solution disponible. Désormais, les patients maliens ont accès à des traitements plus adaptés, utilisés à la fois pour prévenir les saignements et pour traiter les épisodes hémorragiques lorsqu’ils surviennent. Des traitements plus récents existent aussi pour limiter les risques de complications chez certains malades.
Le Mali dispose aujourd’hui de trois centres de traitement : l’Hôpital du Mali, le CHU Gabriel Touré et l’Hôpital Sominé Dolo. Des équipes ont également été formées dans plusieurs structures de santé de référence ainsi que dans les centres de santé des Forces armées. Mais, en raison de la mobilité du personnel, une mise à jour régulière des compétences reste nécessaire.
Par ailleurs, la mise à disposition d’une Unité de traitement et de recherche sur l’hémophilie à l’Hôpital du Mali est saluée par les spécialistes. Pour le Pr Diallo, cet espace doit encore être renforcé afin d’améliorer durablement le diagnostic et la prise en charge des patients.




















