Souveraineté numérique : Le Mali renforce ses lignes de défense

Face à la multiplication des cybermenaces et à l’essor des usages numériques, le Mali poursuit la consolidation de son dispositif de cybersécurité. De la répression des infractions à la protection des infrastructures stratégiques, l’État renforce ses outils pour sécuriser son cyberespace.

La transformation numérique s’accélère au Mali. Paiement de services administratifs en ligne, mobile money, plateformes publiques, dématérialisation de certaines procédures : le numérique occupe une place croissante dans l’État et la vie quotidienne des citoyens.

Mais cette évolution s’accompagne de nouveaux risques. Piratage de données, escroqueries en ligne, phishing, rançongiciels et campagnes de désinformation figurent parmi les principales menaces numériques.

C’est dans ce cadre que le Conseil des ministres du 10 juin 2026 a adopté les projets de texte relatifs à la création, à l’organisation et au fonctionnement de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information. Cette structure aura pour mission d’assurer la cybersécurité, la sécurité des systèmes d’information et des communications électroniques, ainsi que la coordination de la réponse aux cyberattaques.

Pour Alou Traoré, consultant en cybersécurité et expert en innovation, cette initiative répond à une nécessité devenue incontournable. « Le pays se numérise vite. Les services publics en ligne, le mobile money, les administrations connectées ou encore les nouvelles plateformes numériques créent de nouvelles failles », explique-t-il.

Une architecture en construction

La création de l’ANSSI s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années. En 2019, le Mali s’est doté d’une loi portant répression de la cybercriminalité, destinée à prévenir et sanctionner les infractions commises à travers les technologies de l’information et de la communication.

L’État a ensuite renforcé le volet judiciaire avec la mise en place du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, chargé des enquêtes et des poursuites liées aux infractions numériques. Plusieurs affaires impliquant des utilisateurs des réseaux sociaux ou des auteurs présumés de cybercriminalité ont été traitées par cette juridiction spécialisée.

La nouvelle agence vient compléter cet édifice. Contrairement au Pôle judiciaire, dont la mission est surtout répressive, l’ANSSI sera attendue sur la prévention, la veille, l’alerte et la protection des infrastructures critiques.

Sa création découle de la Stratégie nationale de cybersécurité du Mali et de son Plan d’actions 2026-2030, adoptés par décret le 25 février 2026. Ce document vise à renforcer la résilience numérique du pays et à mieux coordonner la réponse nationale face aux incidents du cyberespace.

La souveraineté des données

Outre la cybersécurité, la souveraineté numérique renvoie aussi à la maîtrise des données. L’inauguration d’un data center Tier III à Bamako en 2026 constitue un signal fort. Cette infrastructure permet d’héberger localement des données stratégiques, administratives et institutionnelles, tout en réduisant la dépendance extérieure.

Cette dimension est essentielle. Un pays qui ne maîtrise ni ses données ni ses infrastructures reste vulnérable, même lorsqu’il dispose d’un arsenal juridique. La cybersécurité implique donc aussi le contrôle des flux, la localisation des informations sensibles et la continuité des services publics.

Des menaces réelles

Selon Alou Traoré, les risques auxquels le Mali est confronté sont multiples. « Les fraudes liées au mobile money, les faux messages, le phishing, les vols de données ou encore les attaques contre les sites institutionnels constituent des menaces réelles », souligne-t-il.

À cela s’ajoutent les rançongiciels, capables de paralyser une administration ou une entreprise en bloquant l’accès à ses données, ainsi que les campagnes de désinformation qui prospèrent sur les plateformes numériques.

Pour l’expert, la question dépasse le simple cadre technique. Elle touche à la souveraineté même de l’État. « On ne peut pas dépendre uniquement de l’extérieur pour protéger nos infrastructures sensibles », affirme-t-il.

L’épreuve du terrain

Si la création de l’ANSSI marque une nouvelle étape, plusieurs défis restent à relever. Le recrutement d’experts qualifiés, leur maintien dans l’administration, la mobilisation de ressources suffisantes, la coordination entre services et le renforcement du cadre juridique figurent parmi les principaux chantiers.

La sensibilisation des citoyens apparaît également comme un enjeu majeur. « Tant que le facteur humain reste le maillon faible, les meilleures technologies ne suffiront pas », rappelle Alou Traoré.

L’enjeu n’est donc pas seulement de créer des institutions, mais de les rendre opérationnelles, coordonnées et durables. C’est à ce prix que le Mali pourra transformer sa défense numérique en véritable souveraineté.

Kenya : La paix surveillée sur les réseaux

Après les violences postélectorales de 2007-2008, le Kenya a fait de la lutte contre les discours de haine un pilier de sa prévention des crises. Sans les faire disparaître, le pays a construit une réponse mêlant loi, veille numérique, alerte citoyenne, médiation et pression sur les plateformes.

La crise de 2007-2008 reste le point de départ. Le scrutin contesté avait provoqué plus de 1 000 morts et environ 600 000 déplacés, dans un climat où les messages politiques, les références ethniques, les rumeurs et certains médias locaux avaient contribué à attiser les tensions. En 2008, Nairobi a créé la National Cohesion and Integration Commission, chargée de promouvoir la cohésion nationale, de surveiller les propos d’incitation et de rappeler les responsables publics à l’ordre.

Le modèle kenyan repose surtout sur la coordination. Avec la plateforme Uwiano for Peace, mise en place avant le référendum constitutionnel de 2010, les autorités, la société civile, les acteurs de paix et les partenaires internationaux ont développé un système d’alerte précoce. Les citoyens peuvent signaler des incidents ou contenus dangereux par SMS, courriel, réseaux sociaux ou rapports en ligne. Ces informations servent à détecter rapidement les foyers de tension, à mobiliser les médiateurs locaux et à prévenir les violences avant leur propagation.

Numérique

Le dispositif s’est adapté au numérique. Avant les élections de 2022, la Commission kényane de cohésion avait signalé une hausse des discours haineux sur Twitter, Facebook et TikTok. En juin 2022, elle avait recensé 31 cas de discours de haine en ligne, dont 16 sur Twitter, 7 sur Facebook et 5 sur TikTok, souvent liés aux rassemblements de campagne. La Commission a également interpellé Meta après des alertes sur des contenus et publicités susceptibles d’alimenter des tensions ethniques.

L’exemple kényan n’est pas parfait. Des contenus dangereux continuent de circuler, notamment dans les périodes électorales, et la modération des contenus en langues locales est difficile. Mais le pays a montré qu’une réponse efficace ne repose pas uniquement sur la répression. Elle combine surveillance, signalement citoyen, fact-checking, éducation, dialogue communautaire, responsabilisation des médias, action judiciaire et échanges avec les plateformes. Cette méthode demande des moyens, de la confiance entre institutions et citoyens, ainsi qu’une vigilance constante face aux usages changeants des réseaux sociaux. Pour un pays confronté à la viralité des rumeurs et aux fractures sociales, cette approche offre surtout une leçon, celle d’agir avant que les mots ne deviennent violence réelle collective.

États-Unis – Iran : Un préaccord sous haute surveillance

Washington et Téhéran avancent vers une désescalade majeure, mais encore fragile. Selon des responsables américains, un mémorandum d’entente a été signé électroniquement avant son annonce publique le lundi 15 juin 2026. La signature officielle ouvrant la voie à une paix durable est attendue ce vendredi 19 juin en Suisse, avant une possible publication du texte.

Présenté par Donald Trump comme un accord déjà conclu, le document doit encadrer la fin des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, après près de quatre mois de conflit ouvert et de fortes perturbations dans le Golfe. Côté américain, le texte a été signé par le Président Trump et son Vice-Président JD Vance. Côté iranien, il l’a été par le Président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte ouvre une période de négociations de soixante jours. Elles doivent porter sur le programme nucléaire iranien, la levée éventuelle de sanctions, la reconstruction des infrastructures touchées et les garanties demandées par Washington à Téhéran.

Ouverture

Le Détroit d’Ormuz est au centre du dispositif. Trump affirme que le passage, essentiel au commerce mondial du pétrole, sera totalement rouvert d’ici vendredi. Des responsables américains parlent toutefois d’une reprise graduelle du trafic, avec des détails techniques encore à régler. Washington dit aussi attendre un passage durablement libre et sans péage, alors que des discussions restent nécessaires sur les modalités de navigation.

Le dossier a provoqué des échanges tendus avec les Européens. Réunis au sommet du G7 à Évian, plusieurs dirigeants ont demandé des garanties écrites sur l’accord, notamment sur Ormuz et le nucléaire iranien. Trump a écarté à ce stade l’idée d’une mission navale franco-britannique pour sécuriser le Détroit, préférant garder la main sur le processus.

Le volet libanais est l’autre point sensible. L’Iran affirme que l’arrêt des combats au Liban fait partie du mémorandum. Les États-Unis nuancent, indiquant qu’un retrait israélien ne constitue pas une condition directe de l’accord. Cette divergence place Israël dans une position délicate.

Pour Benyamin Netanyahu, l’accord apparaît comme un revers. Le Premier ministre israélien avait misé sur la pression militaire pour affaiblir le régime iranien, considéré comme la principale menace régionale. Or Washington privilégie désormais la désescalade, au risque d’alimenter la méfiance entre les deux alliés.

À quelques mois d’élections prévues d’ici fin octobre en Israël, cette évolution complique aussi la position politique de Netanyahu, déjà fragilisé par les critiques internes et par les incertitudes sur la solidité du soutien américain à venir.

Ambulances bloquées : Quand l’incivisme menace la vie

À Bamako, une sirène d’ambulance ne devrait jamais être une simple nuisance sonore dans les embouteillages. Elle devrait être comprise pour ce qu’elle est : le signal d’une urgence, parfois d’une vie suspendue à quelques minutes. Pourtant, trop d’usagers refusent encore de céder le passage, doutent de la présence d’un malade à bord ou collent au véhicule de secours pour profiter de l’ouverture créée dans la circulation.

Cette pratique est plus qu’une mauvaise habitude. Elle révèle une faiblesse grave de civisme routier dans une ville déjà éprouvée par les accidents, la congestion et les difficultés d’accès rapide aux soins. Les statistiques routières récentes rappellent l’ampleur du risque. En 2025, le Mali a enregistré 648 morts et 8 863 blessés sur les routes. Dans une telle réalité, chaque minute perdue entre le lieu de l’accident et l’hôpital peut peser lourd. Le passage d’une ambulance devrait donc être considéré comme une priorité absolue, non comme une occasion de gagner quelques mètres dans la circulation.

Une ambulance ne transporte pas toujours un patient visible. Elle peut aller chercher un blessé, une femme en détresse, un enfant en danger, une personne en arrêt respiratoire ou un malade dont l’état se dégrade. Contester son urgence depuis son guidon ou son volant, c’est prendre une responsabilité que personne ne devrait s’autoriser.

Le respect du passage des ambulances doit devenir un réflexe collectif. Il faut sensibiliser, sanctionner si nécessaire et rappeler que la route n’est pas seulement un espace de circulation, mais aussi un lieu où se mesure notre rapport à la vie des autres.

Discours de haine : Le piège de la parole virale

À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine, célébrée le 18 juin, rappelons que le Mali demeure confronté à une parole publique fragilisée par l’insécurité, les tensions sociales et la viralité numérique. Entre rumeurs, faux documents, vidéos sorties de leur contexte et appels à la vindicte, l’enjeu est de protéger le débat public sans laisser prospérer les discours qui divisent.

La date du 18 juin renvoie au lancement en 2019 de la Stratégie et du Plan d’action des Nations unies contre les discours de haine, puis à la proclamation de cette Journée internationale par l’Assemblée générale en 2021. L’ONU définit le discours de haine comme toute communication orale, écrite, visuelle ou numérique qui attaque ou emploie un langage discriminatoire contre une personne ou un groupe en raison de son identité réelle ou supposée. Cette définition ne vise pas la critique, le désaccord ou la dénonciation citoyenne. Le basculement intervient lorsque la parole ne vise plus un acte, une décision ou une responsabilité, mais une identité collective, une origine ou une appartenance.

Viralité

Le phénomène prend une dimension plus large avec l’essor du numérique. Fin 2025, le pays comptait 8,91 millions d’internautes, soit 35,1% de la population, selon DataReportal. Il enregistrait aussi 23,2 millions de connexions mobiles et 2,40 millions d’identités actives sur les réseaux sociaux. Ces chiffres montrent l’importance du téléphone mobile, des messageries et des plateformes dans la circulation de l’information.

Les contenus les plus sensibles ne circulent pas seulement sur les pages publiques. Les groupes WhatsApp, Telegram ou Messenger, les audios anonymes, les captures d’écran et les vidéos courtes jouent un rôle important. Dans ces espaces fermés, la vérification est plus difficile. Une image ancienne peut être présentée comme récente, un document fabriqué peut imiter les codes de l’administration et un commentaire émotionnel peut transformer un doute en certitude.

Dérives

Plusieurs faits récents illustrent cette fragilité. Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités, les réseaux sociaux ont été traversés par des rumeurs, des vidéos sensibles et des contenus jugés susceptibles de troubler l’ordre public. Le 28 avril, le Procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a mis en garde contre des appels à la haine et à la justice populaire, des messages de désinformation relayés sans fondement, des informations tendancieuses et la circulation de vidéos sensibles ou malveillantes.

Le 6 mai 2026, la Commission nationale des droits de l’Homme a, à son tour, signalé des discours de haine, des appels à la violence et à la vindicte populaire sur les réseaux sociaux. Un autre cas récent concerne un faux communiqué attribué au Procureur général près la Cour d’appel de Bamako, diffusé fin mai 2026 sur WhatsApp. Le document annonçait de prétendues enquêtes visant plusieurs Imams et prédicateurs après les événements du 25 avril. BenbereVerif a relevé plusieurs incohérences juridiques et administratives permettant d’établir qu’il s’agissait d’un faux.

Ces exemples montrent que le discours de haine est souvent lié à la désinformation. Une rumeur désigne une cible, une fausse image donne une preuve apparente, un faux document donne une impression d’officialité et un commentaire violent oriente la réaction. Dans les zones déjà fragilisées par les violences armées, les déplacements ou les tensions locales, ce mécanisme peut nourrir la peur, la colère et la méfiance.

Abdoulaye Guindo, de la plateforme Benbere, insiste sur la difficulté de traiter certains vocaux en langues locales. D’après lui, certains peuvent être vérifiés lorsqu’ils contiennent des éléments factuels, mais d’autres, notamment ceux attribués à une personnalité ou à une localité difficile d’accès, exigeraient des outils d’authentification que les rédactions ne possèdent pas toujours. Il rappelle aussi que la critique légitime vise « les actes, les choix politiques ou les responsabilités institutionnelles », tandis que le discours de haine s’en prend à l’identité, à l’origine, à la religion, au genre ou à l’existence même d’un groupe. À l’en croire, ces contenus peuvent installer « un climat de suspicion » entre des groupes qui vivaient jusque-là dans la confiance, amplifier des conflits latents et renforcer la marginalisation des personnes visées. Pour y faire face, il plaide pour une réponse graduée, combinant fact-checking, éducation aux médias, dialogue communautaire et application de la loi, notamment lorsque les auteurs récidivent malgré les rappels à l’ordre.

Prévention

Pour autant, le cadre juridique existe. La loi de 2019 portant répression de la cybercriminalité encadre plusieurs infractions liées aux technologies de l’information et de la communication. Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a traité en 2025, 1 338 soit-transmis, dont 1 130 plaintes et 208 auto-saisines. Environ 834 procédures étaient en enquête. Ces données traduisent la pression croissante sur la justice spécialisée.

Mais la responsabilité publique ne se limite pas à l’existence des textes ni au traitement judiciaire des dérives. Avec la progression prévisible du mobile et des réseaux sociaux, la prévention devait aussi occuper une place centrale. La sensibilisation des jeunes internautes, la vulgarisation des lois, l’éducation aux médias, le travail avec les administrateurs de pages, les blogueurs, les influenceurs et les radios locales sont des leviers nécessaires pour éviter que l’État n’intervienne seulement qu’après la propagation des contenus dangereux. Cette prévention existe déjà par endroits, notamment à travers des formations de jeunes aux usages responsables du numérique, mais elle reste à élargir.

Responsabilités

Cette exigence de prudence concerne d’abord les médias numériques. Modibo Fofana, Président de l’Association des professionnels de la presse en ligne du Mali, rappelle qu’ils ont « une responsabilité majeure » dans la prévention des discours de haine. Les sujets liés à la sécurité, à la politique, aux relations communautaires, à la religion ou à la diplomatie sont, selon lui, les plus exposés aux dérapages en ligne. Dans ce climat, « la rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la rigueur », insiste-t-il. Il rappelle aussi que la Charte de la presse en ligne doit servir de cadre de référence pour renforcer la modération, l’éthique et la responsabilité dans la diffusion des contenus.

Le même enjeu se pose pour les blogueurs et créateurs de contenus, très suivis par les jeunes internautes. Boureima Soulo, Président de l’Association des Blogueurs du Mali, estime que la frontière entre liberté d’expression, critique légitime et discours de haine est aujourd’hui « très fine ». Il pointe surtout les contenus audio, « très difficiles à vérifier et authentifier », qui circulent facilement sur WhatsApp, Facebook, TikTok ou Instagram, avec parfois de fausses informations, des messages incendiaires ou des appels à la haine. L’ABM mise, dit-il, sur la formation et la sensibilisation des jeunes. Il cite notamment la formation d’une centaine de jeunes à travers le pays entre novembre et décembre 2025 dans le cadre du projet Mara Ni Kunafoni.

Depuis Gao, Yehia Ben Salah, journaliste et influenceur communautaire, décrit une situation « préoccupante » dans l’espace numérique local. Il observe surtout la circulation de vocaux WhatsApp visant des personnes, des groupes ou des communautés, parfois avec des insultes, des messages de stigmatisation ou des appels à la haine. Selon lui, une forme « d’intolérance de l’espace numérique » gagne du terrain lorsque des sujets liés à la religion, aux communautés, à l’État ou aux dirigeants provoquent des réactions violentes. Il plaide pour plus de sensibilisation, mais aussi pour des sanctions contre les auteurs identifiés afin de lutter contre l’impunité.

Ainsi donc, la lutte contre les discours de haine ne peut donc pas reposer uniquement sur la sanction. L’application de la loi est nécessaire face aux appels à la violence, à la vindicte ou à la stigmatisation. Mais la prévention passe aussi par le fact-checking, en français et en langues nationales, la responsabilisation des influenceurs, le dialogue communautaire et la prudence avant tout partage. Le 18 juin rappelle que les mots ne sont pas de simples opinions lorsqu’ils servent à exclure, humilier ou menacer.

Mali-Inde : Bamako accueille un premier forum pour renforcer les exportations

Le premier Forum Inde-Mali pour la promotion des exportations se tient les 18 et 19 juin 2026 au Radisson Collection Hotel de Bamako. L’événement vise à structurer les échanges commerciaux entre les deux pays, dans une dynamique bilatérale portée par plus de 326 millions de dollars d’échanges sur l’exercice 2025-2026.

L’ambassadeur de l’Inde au Mali, Dr N. Nandakumar, et le chef de chancellerie, Dr Praveen Kumar, ont présenté, mercredi 17 juin, les grandes lignes du premier Forum Inde-Mali pour la promotion des exportations. La conférence de presse, organisée dans les locaux de la chancellerie indienne à Badalabougou Est, a également porté sur la 12e Journée internationale du yoga et sur les résultats de l’Enquête nationale sur la santé familiale du gouvernement indien.

Le forum, placé sous le haut patronage du président de la Transition, Assimi Goïta, et sous la direction du Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, est organisé par le ministère malien de l’Industrie et du Commerce, en collaboration avec l’ambassade de l’Inde. L’Agence malienne de promotion des exportations, APEX-Mali, assure la coordination du côté malien.

Forum

New Delhi sera représentée par une délégation gouvernementale conduite par Sunil Kumar, secrétaire conjoint chargé du commerce de l’Inde avec l’Afrique, dont le Mali. Une trentaine d’opérateurs économiques indiens sont également attendus dans une dizaine de secteurs, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie, les énergies renouvelables, le textile, l’industrie manufacturière, l’automobile, la construction, la pharmacie, la santé, le tourisme, les mines, les minéraux, le commerce et la distribution.

La rencontre prévoit une cérémonie d’ouverture officielle, des présentations sur les politiques commerciales et les cadres réglementaires des deux pays, des rencontres B2B, B2G et G2G, ainsi que des échanges entre la délégation indienne et les autorités maliennes. L’objectif est de favoriser des partenariats concrets, d’encourager le transfert de technologies et de compétences, mais aussi d’aborder la maîtrise des flux financiers liés aux exportations.

Échanges

Les chiffres présentés traduisent une progression des échanges. Entre avril 2025 et mars 2026, le commerce bilatéral a dépassé 326 millions de dollars. Les exportations maliennes vers l’Inde ont atteint 198 millions de dollars, un niveau supérieur aux exportations indiennes vers le Mali. En septembre 2025, elles se sont élevées à 16,5 millions de dollars, contre 7,47 millions de dollars un an plus tôt, soit une hausse de 121 %.

Cette dynamique s’explique notamment par l’accès en franchise de droits accordé par l’Inde à certains produits maliens dans le cadre de son schéma de préférences tarifaires. Les exportations maliennes vers le marché indien portent principalement sur le coton, la gomme arabique, la noix de cajou, le sésame et le plomb. Les ventes indiennes vers le Mali concernent surtout les produits pharmaceutiques, les machines, les équipements, le riz, ainsi que des produits industriels et technologiques.

Débouchés

Côté malien, l’enjeu est de diversifier les débouchés, de mieux valoriser les produits exportables et d’attirer des investissements dans des secteurs productifs. Du côté indien, le forum traduit une volonté d’approfondir la présence économique au Mali, à un moment où les partenariats Sud-Sud prennent davantage de poids dans les choix commerciaux et diplomatiques des États sahéliens.

Les organisateurs attendent de cette première édition la signature de contrats commerciaux ou de protocoles d’accord, la mise en place d’un comité conjoint Mali-Inde de suivi des partenariats commerciaux, ainsi que l’implication de banques maliennes et indiennes dans le financement de projets d’exportation. Le forum doit aussi permettre d’identifier des mécanismes pour mieux contrôler les flux financiers liés aux transactions commerciales.

Yoga

La conférence de presse a aussi permis d’annoncer la célébration de la 12e Journée internationale du yoga, prévue le 21 juin 2026 au Palais des Sports de Bamako, à partir de 8 heures, en partenariat avec le ministère malien de la Jeunesse et des Sports. Le thème retenu cette année est « Le yoga pour un vieillissement actif et en bonne santé ». Des activités préparatoires ont déjà eu lieu à la Tour de l’Afrique, à la chancellerie et à la résidence de l’ambassade.

L’ambassade de l’Inde a enfin présenté des résultats de la sixième Enquête nationale sur la santé familiale. Les données évoquent notamment 90,6 % d’accouchements en milieu hospitalier, 91,3 % de naissances assistées par du personnel qualifié, 87,1 % d’enfants de 12 à 23 mois entièrement vaccinés, une couverture électrique de 98,3 % et un accès à l’eau potable de 96,5 %.

À Bamako, New Delhi cherche ainsi à articuler diplomatie économique, coopération culturelle et partage d’expérience sociale. Le forum des 18 et 19 juin dira si cette dynamique peut déboucher sur des contrats, des partenariats durables et des circuits d’exportation plus solides entre le Mali et l’Inde.

 

Deux et trois roues : l’immatriculation spéciale démarre ce lundi

Le Mali lance ce lundi 15 juin une opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues non encore identifiés par une plaque.

L’opération concerne les motos, tricycles et autres engins motorisés circulant sans immatriculation sur la voie publique. Elle est conduite sur l’ensemble du territoire national par la Direction générale des Transports, ses services régionaux et subrégionaux, ainsi que les centres dédiés.
Selon le ministère des Transports et des Infrastructures, cette campagne vise à amener les propriétaires concernés à se conformer à la réglementation en vigueur. Les usagers sont donc invités à faire identifier leurs engins afin de permettre une meilleure traçabilité du parc roulant.
L’immatriculation des engins à deux et trois roues n’est pas nouvelle dans le principe. En 2021 déjà, une opération spéciale avait été annoncée autour des permis, cartes grises et plaques d’immatriculation des vélomoteurs, motocyclettes et tricycles. La campagne qui démarre ce lundi apparaît donc comme une nouvelle étape dans la volonté des autorités de mieux encadrer un parc très répandu, mais encore largement marqué par l’informel.
Cette mesure intervient dans un contexte où les deux et trois roues occupent une place centrale dans la mobilité quotidienne. À Bamako comme dans les régions, ils servent au transport des personnes, des marchandises, aux activités commerciales et à de nombreux petits métiers. Mais leur circulation massive, souvent sans plaques, complique aussi le travail d’identification en cas d’accident, d’infraction ou d’enquête sécuritaire.
L’enjeu dépasse donc la simple régularisation administrative. Dans le contexte sécuritaire actuel, les autorités cherchent également à mieux contrôler les moyens de déplacement susceptibles d’être utilisés par des groupes armés. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé l’importance de la mobilité dans les modes opératoires des assaillants, notamment à travers l’usage de motos et de pick-up dans plusieurs zones ciblées.
Cette opération spéciale s’ajoute à d’autres décisions récentes touchant les motocyclettes, notamment les restrictions visant les engins de forte cylindrée. Elle traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’identification des véhicules légers, particulièrement difficiles à suivre lorsqu’ils circulent sans documents ni plaques.
Pour les propriétaires, la démarche devrait permettre de mettre leurs engins en règle et de limiter les risques de sanctions lors des contrôles. Les autorités appellent au civisme et à la compréhension des usagers afin de faciliter le bon déroulement de la campagne.
Reste maintenant le défi de la mise en œuvre. L’opération devra être suffisamment accessible pour éviter les longues files, les retards et les incompréhensions dans les centres d’immatriculation. Dans un pays où les deux et trois roues sont devenus indispensables au quotidien de milliers de familles, l’efficacité de la mesure dépendra aussi de sa capacité à concilier impératif sécuritaire, sécurité routière et réalités économiques des usagers.

Affaire Al Hassan : la CPI ouvre la voie à des réparations pour Tombouctou

Plus de dix ans après l’occupation de Tombouctou par des groupes armés, la Cour pénale internationale engage une nouvelle étape dans la reconnaissance des préjudices subis par les habitants. Dans une ordonnance rendue le 28 avril et enregistrée en français le 11 juin, les juges ont fixé à 7,25 millions d’euros, soit environ 4,755 milliards de FCFA, le montant des réparations mises à la charge d’Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud.

La Chambre de première instance X évalue à 65 202 le nombre de victimes directes et indirectes potentiellement concernées. Ce chiffre ne correspond pas encore à une liste définitive de bénéficiaires. Il servira de base au travail d’identification qui devra être mené avec l’appui du Greffe et du Fonds au profit des victimes.
Les réparations prévues seront surtout collectives et communautaires. Elles devront répondre à des besoins de réhabilitation, d’accompagnement psychologique, de soutien socio-économique, d’éducation, mais aussi à des mesures symboliques et de satisfaction. Une part plus individualisée est toutefois envisagée pour certaines victimes ayant subi des préjudices physiques ou psychologiques particuliers.
Al Hassan avait été reconnu coupable, le 26 juin 2024, de trois crimes contre l’humanité et de cinq crimes de guerre commis à Tombouctou entre avril 2012 et janvier 2013. Il a ensuite été condamné, le 20 novembre 2024, à dix ans d’emprisonnement. Les crimes retenus par la Cour concernent notamment la persécution pour des motifs religieux, la torture, les traitements cruels, la mutilation, les atteintes à la dignité de la personne et les condamnations prononcées sans garanties judiciaires régulières.
Son rôle au sein de la police islamique mise en place durant le contrôle de la ville par Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb islamique a été central dans l’appréciation des juges. Cette structure participait à l’application des règles imposées aux populations, dans un climat de contrainte, de peur et de restrictions profondes des libertés individuelles.
L’ordonnance rappelle cependant une limite importante. Les réparations ne concernent pas tous les dommages causés pendant l’occupation de Tombouctou. Elles sont strictement liées aux crimes pour lesquels Al Hassan a été déclaré coupable. Les faits non retenus dans le jugement, même s’ils ont pu toucher d’autres habitants, ne peuvent pas être intégrés à ce dispositif.
Le défi du financement
La question du financement reste l’un des principaux défis. La Cour considère Al Hassan comme indigent, ce qui rend peu probable une contribution directe du condamné. Le Fonds au profit des victimes devra donc jouer un rôle décisif. Il est appelé à élaborer un plan de mise en œuvre, à préciser les activités envisagées et à mobiliser les ressources nécessaires. Ce plan doit être soumis aux juges au plus tard le 25 janvier 2027.
Sur le terrain, une campagne d’information devra également être organisée afin d’expliquer la procédure aux victimes potentielles et de limiter les attentes irréalistes. L’identification des bénéficiaires devra commencer avant l’approbation finale du plan, afin de préparer la mise en œuvre concrète des mesures.
Cette décision s’inscrit dans la continuité d’un autre dossier malien jugé par la CPI, celui d’Ahmad Al Faqi Al Mahdi. Condamné en 2016 à neuf ans de prison, il avait été reconnu coupable de la destruction de neuf mausolées et de la porte de la mosquée Sidi Yahia. Les réparations avaient alors été fixées à 2,7 millions d’euros, principalement pour les atteintes au patrimoine culturel, les pertes économiques et le préjudice moral subi par la communauté.
Avec Al Hassan, la Cour traite une autre dimension de la même période. Il ne s’agit plus seulement de monuments détruits ou de patrimoine profané, mais de vies bouleversées, de corps atteints, de libertés confisquées et de rapports sociaux profondément marqués par l’ordre imposé aux habitants. Pour Tombouctou, les deux affaires dessinent ainsi deux volets distincts d’une même séquence judiciaire : la réparation des blessures portées au patrimoine et celle des préjudices subis par les populations.
L’ordonnance constitue une reconnaissance importante pour les victimes. Son effet réel dépendra désormais de la capacité du Fonds au profit des victimes à réunir les moyens nécessaires et à transformer une décision rendue à La Haye en réponses concrètes pour les habitants de Tombouctou.

« The Voice Afrique francophone » : Canal+ dévoile les rouages de la nouvelle saison

Diffusée sur Canal+ Magic à partir de ce 12 juin, chaque vendredi à 21 h, la nouvelle saison de « The Voice : Plus qu’une voix » a été présentée le 10 juin 2026 à Bamako à des influenceurs, influenceuses et journalistes réunis au siège de Canal+ Mali. Cette rencontre visait à mettre en lumière les principales articulations du programme et à mobiliser les relais digitaux autour de l’émission.

L’événement s’inscrivait dans une présentation simultanée organisée dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Des créateurs de contenus venus notamment du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de la RDC, du Gabon et encore de Madagascar ont ainsi pu découvrir les contours de cette nouvelle saison du célèbre télé-crochet musical.
Adapté dans plus de 75 pays à travers le monde, « The Voice » s’est imposé, au fil des années, comme l’un des formats de divertissement les plus populaires. Cette déclinaison africaine mettra en compétition 50 talents issus de 16 pays francophones : le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, le Congo, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée, Madagascar, le Mali, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
Une montée en puissance jusqu’à la finale
Au cours de la rencontre, les responsables de Canal+ ont détaillé les différentes étapes de la compétition, composée de dix émissions de 90 minutes.
L’aventure débute par les auditions à l’aveugle, phase emblématique du programme durant laquelle seuls les talents vocaux sont pris en compte. Les coachs sélectionnent alors les candidats qui composeront leurs équipes respectives.
La compétition se poursuit avec les « Battles », des duels opposant des candidats d’une même équipe. À l’issue de chaque confrontation, un seul participant poursuit l’aventure.
Les « K.O. » constituent ensuite une étape décisive. Les talents y défendent individuellement leur place afin de révéler pleinement leur identité artistique. Chaque coach retient d’abord deux candidats parmi les cinq encore en lice dans son équipe, avant un ultime affrontement. Au final, un seul représentant par équipe décroche son billet pour la finale.
La grande finale, prévue le 14 août, donnera la parole au public, qui votera en direct pour désigner la plus belle voix d’Afrique francophone.
L’émission sera présentée par Jean-Michel Onnin et portée par un jury composé de quatre figures reconnues de la scène musicale : la chanteuse ivoirienne Josey, l’artiste gabonaise Emma’a, la légende ivoirienne Meiway et le rappeur franco-congolais d’origine togolaise Franglish.
Au-delà de la compétition télévisée, Canal+ mise également sur une forte interaction numérique. Les téléspectateurs pourront suivre les coulisses de l’émission à travers des contenus exclusifs, participer à des sondages et interagir avec les candidats sur les plateformes digitales du groupe.
Pour marquer le lancement de cette nouvelle saison, Canal+ Mali organise une soirée spéciale de diffusion du premier numéro ce vendredi à l’hôtel Mæv[a] Palace, à partir de 19 h.
Mohamed Kenouvi

Semaine culturelle de Mopti : La Venise malienne en vitrine

La Semaine culturelle et artistique de Mopti a démarré le 8 et se poursuit jusqu’au 14 juin 2026. Selon les éléments annoncés, l’événement porte sur la valorisation des expressions locales, la promotion des talents régionaux et l’animation de la vie culturelle dans la ville.

Le programme détaillé de l’édition 2026 prévoit plusieurs activités phares appréciées du grand public, comme des animations artistiques et culturelles. Les informations disponibles indiquent également que la manifestation s’inscrit dans la continuité des éditions précédentes, organisées par la Mairie de Mopti et ses partenaires. En 2024, la deuxième édition avait été annoncée du 19 au 23 juin autour du thème « La culture, facteur de paix, de sécurité et de développement ». Les activités prévues comprenaient un concours inter-quartiers, des concerts et l’ouverture du Centre artistique et culturel de Mopti.

L’édition 2025 avait ensuite confirmé l’ancrage local de la rencontre. Organisée du 23 au 29 juin, elle avait été lancée sur le terrain de l’Alliance franco-malienne de Mopti. Le programme mentionnait l’ouverture d’une foire artisanale d’exposition et le début d’une formation en poterie. Le thème retenu portait sur « La culture comme moteur de résilience et d’autonomisation des femmes en période de conflit ».

Ces précédents donnent des repères sur le contenu attendu en 2026, même si la programmation complète doit encore être précisée par les organisateurs. La semaine culturelle devrait, selon les premières indications, réunir des artistes, artisans, créateurs, troupes et acteurs culturels de la région autour de prestations, d’expositions, de rencontres et d’activités de promotion des savoir-faire locaux.

Mopti occupe une place particulière dans le paysage culturel malien. La ville est connue comme un carrefour entre plusieurs communautés et traditions, notamment peules, bozos, songhaïs, dogons et touarègues. Son port, ses marchés, ses métiers artisanaux, sa musique et ses récits populaires nourrissent une identité régionale fortement liée au fleuve et aux échanges.

L’événement intervient aussi dans une région marquée ces dernières années par l’insécurité, les déplacements forcés et les tensions communautaires. Les organisateurs des éditions passées avaient déjà inscrit la culture dans les thèmes de la paix, de la résilience et du développement. L’édition 2026 sera donc très suivie à travers son programme effectif, les participants retenus, les lieux d’activités et les résultats attendus, pour les artistes comme pour le public. La manifestation est très attendue puisqu’elle constitue déjà la quatrième édition, faisant d’elle une tradition bien installée dans le temps et dans l’espace.

Violences armées : Blessés et déplacés en première ligne

Plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril, les conséquences humanitaires restent visibles dans plusieurs régions du Mali. Blessés, déplacements, structures de santé sollicitées et perte de moyens de subsistance rappellent que les civils demeurent les premiers exposés à la dégradation sécuritaire.

Dans une note opérationnelle publiée le 9 juin 2026, le Comité international de la Croix-Rouge fait état de pertes en vies humaines, de blessés, de nouveaux déplacements et d’une fragilisation des services essentiels. Ces répercussions touchent des zones déjà éprouvées par l’insécurité, l’éloignement des structures de prise en charge et les difficultés d’accès aux biens de première nécessité.

À Mopti, seize blessés ont été pris en charge après les violences enregistrées dans les cercles de Bandiagara et de Bankass, avec l’appui médical du CICR à l’hôpital régional. Des médicaments, du matériel médical et des équipements ont aussi été fournis aux structures sanitaires de Gao et de Mopti pour soutenir leur capacité de réponse.

L’UNICEF avait aussi signalé après les attaques une école affectée dans la région de Mopti, avec la scolarité d’au moins 300 élèves perturbée, ainsi qu’un centre de santé communautaire touché à Gao, réduisant l’accès aux soins pour près de 2 700 enfants.

Les déplacements de populations constituent une autre conséquence directe des violences. À Sévaré, une centaine de familles déplacées ont reçu des biens essentiels avec l’appui du CICR et de la Croix-Rouge malienne. À Bandiagara, plus de 650 familles ont bénéficié de kits ménagers et d’une aide financière destinée à l’achat de vivres.

La protection des civils est un enjeu majeur dans les zones affectées. Le CICR indique poursuivre son dialogue avec les autorités et les parties concernées sur le respect des civils, des blessés, du personnel de santé et des infrastructures indispensables, notamment les centres de soins et les installations d’approvisionnement en eau.

Les violences ont aussi des conséquences sur les liens familiaux. Des activités de rétablissement des contacts se poursuivent au profit de personnes déplacées, de détenus et de familles séparées par le conflit, notamment à travers le suivi de personnes disparues ou arrêtées.

Cette situation s’inscrit dans une crise humanitaire durable. En 2025, les actions du CICR avaient touché environ 1,1 million de personnes au Mali, malgré une baisse de 15% de son budget. Pour 2026, l’organisation prévoit environ 33 milliards de francs CFA d’interventions. L’enjeu est surtout de maintenir l’accès aux soins, à l’eau, aux vivres et à la protection dans les localités affectées.

Aigles du Mali : Anthony Da Silva investi d’une mission ambitieuse

La Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officialisé le 8 juin 2026 la signature du contrat d’Anthony Da Silva comme sélectionneur des Aigles. Le technicien franco-portugais est attendu pour porter un projet axé à la fois sur les résultats et le développement du football national.

Les contours de la mission confiée à Anthony Da Silva sont désormais connus. Le technicien franco-portugais arrive avec des objectifs élevés, allant de la qualification du Mali à la Coupe du monde 2030 à une présence durable dans le dernier carré des prochaines Coupes d’Afrique des Nations.

Lié à la FEMAFOOT pour les trois prochaines années, le nouveau patron des Aigles devra d’abord conduire le Mali à la CAN 2027, avant d’y atteindre les demi-finales. L’instance dirigeante du football national attend également une qualification pour l’édition suivante, avec, cette fois-ci, une place en finale comme objectif affiché. À plus long terme, le chantier majeur reste la qualification à la Coupe du monde 2030.

Mais le projet défendu par Anthony Da Silva ne se limite pas aux seuls résultats de l’équipe nationale. Dès l’annonce de sa nomination, le 4 juin, la FEMAFOOT avait souligné sa volonté de s’inscrire dans un travail de fond articulé autour de la performance, de la valorisation du championnat national et de l’accompagnement des talents locaux.

Un suivi permanent du football local

L’une des spécificités de ce projet réside dans la présence permanente du sélectionneur à Bamako. La FEMAFOOT a indiqué qu’Anthony Da Silva résidera au Mali afin de suivre de près les compétitions nationales, d’observer les joueurs évoluant dans les clubs locaux et de renforcer la collaboration avec la Direction technique nationale.

Sur le plan sportif, son arrivée pourrait marquer une évolution dans l’animation des Aigles. Alors que l’équipe avait, sous l’ancien sélectionneur Tom Saintfiet, privilégié une organisation très rigoureuse et défensive, Da Silva est réputé pour des systèmes davantage tournés vers la maîtrise du ballon et l’initiative offensive. Son approche s’appuie principalement sur le 4-2-3-1, avec la possibilité d’évoluer en 4-3-3 selon les profils disponibles.

Ancien joueur passé notamment par le Portugal et la Roumanie, Anthony Da Silva a ensuite exercé comme entraîneur dans plusieurs clubs portugais avant d’intégrer le staff du Cameroun entre 2019 et 2022. Plus récemment, il dirigeait le Politehnica Iași, en première division roumaine. Le Mali constituera son premier grand défi international en tant que sélectionneur principal d’une équipe nationale.

Mohamed Kenouvi

Lutte antiterroriste : Le pari du durcissement

En ciblant simultanément la mobilité, les sanctuaires et les réseaux de renseignement des groupes armés, les autorités maliennes affichent leur volonté de durcir la lutte antiterroriste. Une série de décisions aux ambitions élevées, dont la portée réelle reste à prouver.

Les 3 et 4 juin, les autorités de la Transition ont successivement annoncé la suspension, pour une année renouvelable, de l’importation, du transit, de la vente, de la distribution gratuite, des accessoires et de la circulation des motos de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations. Les stocks ou commandes en cours doivent être déclarés sous 90 jours. Le gouvernement a ensuite mis à prix sept chefs qualifiés de terroristes par les autorités, pour 7,5 milliards de francs CFA au total. Le 5 juin, le dispositif a été complété par la création de 39 zones d’intérêt militaire interdites aux civils, dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.

Prises séparément, ces mesures répondent à des objectifs sécuritaires spécifiques. Ensemble, elles dessinent une même logique : réduire les capacités opérationnelles des groupes armés terroristes en visant leurs déplacements, leurs espaces de repli et leurs réseaux d’informations.

En ciblant les motos de forte cylindrée, le gouvernement cherche à compliquer les déplacements des groupes terroristes et à accroître leur vulnérabilité face aux forces de sécurité.

Cette mesure présente également un intérêt préventif, puisqu’elle devrait assécher progressivement l’approvisionnement en motos et en pièces détachées, ressource essentielle pour les groupes armés, utilisée depuis plusieurs années pour mener des attaques rapides, contourner les dispositifs sécuritaires et se déplacer dans des zones difficiles d’accès.

Miser davantage sur le renseignement

La mise à prix des sept chefs recherchés, dont le chef du JNIM, Iyad Ag Ghaly, et Hamadoun Koufa, s’inscrit dans une autre dimension de la lutte : celle du renseignement humain. Les primes annoncées vont jusqu’à deux milliards de francs CFA pour Iyad Ag Ghaly, 1,5 milliard pour Hamadoun Koufa et Abdoulaye Mohamoudou Bekaye Diallo, 1 milliard pour Alghabass Ag Intalla, puis 500 millions chacun pour Sidan Ag Hitta, Bilal Ag Achérif et Abderrahmane Al-Batna Al-Djazairi.

En promettant de fortes récompenses pour certaines informations, le gouvernement cherche à encourager la coopération des populations, mais aussi à fragiliser la confiance au sein des organisations visées.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’enjeu est évident. « La meilleure solution maintenant est d’avoir des renseignements sûrs », explique-t-il. Selon lui, les montants proposés pourraient également créer « une certaine suspicion dans les rangs » des groupes armés et les pousser à se méfier les uns des autres.

Reprendre le contrôle des espaces refuges

La création de zones d’intérêt militaire interdites aux civils constitue probablement la mesure la plus structurante sur le plan opérationnel. Plusieurs forêts et zones boisées du pays, régulièrement considérées comme refuges ou bases logistiques des groupes armés terroristes, sont désormais placées sous un régime militaire strict.

Cette décision vise à supprimer les espaces de repli dont profitent les groupes armés pour s’organiser, se ravitailler ou préparer leurs opérations. Elle offre également aux Forces armées maliennes une plus grande liberté d’action dans des zones identifiées comme sensibles.

Selon Alexis Kalambry, cette mesure permet aux militaires d’opérer plus efficacement tout en réduisant les risques d’amalgame avec les populations civiles.

Des défis à surmonter

Pour autant, certaines limites demeurent. Un observateur des questions sécuritaires ayant requis l’anonymat estime que « ces mesures peuvent réduire les marges de manœuvre des groupes armés, mais elles ne suffiront pas à elles seules à éliminer la menace ».

Selon lui, les organisations terroristes disposent d’une forte capacité d’adaptation et pourraient modifier leurs itinéraires, leurs modes de ravitaillement ou déplacer leurs bases vers d’autres espaces.

Pour notre interlocuteur, le contrôle des frontières, la surveillance des réseaux de contrebande, la capacité à exploiter rapidement les renseignements et le maintien de la confiance avec les populations seront déterminants dans la réussite de ces mesures.

Au-delà de leur portée immédiate, ces décisions constituent surtout un test grandeur nature pour la nouvelle approche sécuritaire du gouvernement. Dans une guerre asymétrique où les groupes armés ont souvent démontré leur capacité d’adaptation, la question n’est plus seulement celle de la pertinence des mesures annoncées, mais celle de leur impact concret sur le terrain dans les mois à venir.

Mohamed Kenouvi

 

Gilles Yabi : « L’amélioration des relations politiques peut contribuer à relancer la coopération sécuritaire entre le Bénin et ses voisins de l’AES »

Les visites du Président béninois Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako marquent une nouvelle dynamique dans les relations entre le Bénin et les pays de l’AES. Pour Gilles Yabi, analyste politique et fondateur du think tank citoyen WATHI, cette évolution est porteuse d’opportunités, même si ses effets concrets demanderont du temps. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Après plusieurs années de tensions entre le Bénin et les pays de l’AES, comment interprétez-vous les visites successives du Président Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako ?

Ces visites traduisent une volonté claire du nouveau Président béninois d’établir de bonnes relations avec les pays voisins et, plus largement, avec l’ensemble de la région ouest-africaine. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, pendant dix ans, Romuald Wadagni est particulièrement sensible aux enjeux économiques, mais il sait aussi que l’insécurité peut compromettre les perspectives de développement, notamment dans le nord du Bénin. À travers cette tournée, il cherche à établir un contact direct avec ses homologues et à envoyer le signal d’un Bénin ouvert au dialogue et à la coopération. Il a d’ailleurs invité les dirigeants des pays du Sahel à se rendre à leur tour à Cotonou.

Dans un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste dans la région, quelles perspectives cette nouvelle dynamique peut-elle offrir en matière de coopération sécuritaire entre le Bénin et les pays de l’AES ?

L’amélioration des relations politiques peut contribuer à relancer la coopération sécuritaire entre le Bénin et ses voisins de l’AES, notamment le Niger et le Burkina Faso. Il faut toutefois rester prudent. Pour le moment, nous observons surtout des signaux diplomatiques forts. Des mécanismes et des comités techniques sont progressivement mis en place. C’est ce travail qui permettra de donner un contenu concret à la relance de la coopération sécuritaire.

En vue des négociations entre la CEDEAO et l’AES sur les modalités de leurs futures relations, ce rapprochement entre le Bénin et les États de l’AES peut-il contribuer à instaurer un climat plus favorable entre les deux espaces régionaux ?

Ce rapprochement va dans la bonne direction et peut contribuer à améliorer les relations entre les pays côtiers et les pays sahéliens. Mais il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives. D’autres tensions subsistent dans la région, notamment entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. L’apaisement des relations entre la CEDEAO et l’AES dépendra donc d’un effort plus large. Le Bénin, aux côtés d’autres acteurs comme le Ghana ou le Sénégal, pourra contribuer à créer un climat plus favorable, mais les résultats ne seront visibles que progressivement au cours des prochains mois.

 

 

Cocaïne vers l’Europe : Freetown au cœur du couloir ouest-africain

Le rapport The Arconian operation, publié le 8 juin 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), analyse une saisie record de cocaïne sur l’Atlantique. Il place Freetown, en Sierra Leone, au centre d’un dispositif maritime reliant l’Amérique latine, l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.

Le dossier part de l’interception de l’Arconian, le 1er mai 2026, au large du Sahara occidental. À bord de ce vraquier battant pavillon des Comores, les autorités espagnoles ont saisi 30,2 tonnes de cocaïne. Le navire avait quitté Freetown le 22 avril, après quatre jours passés au quai Elizabeth II. Selon le rapport, la cargaison aurait très probablement été chargée dans ce port avant son acheminement vers le nord de l’Atlantique.

L’Arconian transportait 17 membres d’équipage philippins et 6 hommes armés, 5 Néerlandais et un Surinamais. Les enquêteurs ont aussi relevé plus de 42 000 litres d’essence à bord, un volume pouvant servir au ravitaillement de petites embarcations rapides chargées de récupérer la drogue en mer.

La GI-TOC ne présente pas cette affaire comme isolée. Elle affirme avoir identifié au moins huit voyages similaires depuis 2024, à partir de Freetown ou d’eaux proches de l’Afrique de l’Ouest, vers des zones situées au large du Maroc, des Îles Canaries, de l’Espagne ou de la Libye. Trois navires sont étudiés en détail, l’Arconian, le White Eagle et le White Labeille, auxquels s’ajoutent six autres bâtiments repérés dans un même schéma de navigation, de propriété ou de changement de pavillon.

Le rapport mentionne deux transbordements de 10 tonnes chacun au large de la Sierra Leone dans les six mois précédant la saisie, ainsi qu’un transfert de 14 tonnes ayant atteint le Ghana en février 2026. Ces mouvements représenteraient 34 tonnes supplémentaires. Il rappelle aussi une saisie de 9 tonnes liée au White Labeille en 2019 et celle de 8 tonnes annoncée en Allemagne le 3 juin 2026 sur un navire parti de Sierra Leone.

Pour la GI-TOC, ces éléments décrivent une organisation logistique fondée sur des ports secondaires, des cargos anciens, des changements de pavillon et des transferts en mer. Signalons aussi que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne sont pas présentés comme impliqués dans cette opération maritime précise. Le rapport relève enfin la baisse des prix de gros de la cocaïne en Europe, passés de 28 000 euros le kilo en 2021 à 15 000 euros en 2025, un indicateur d’une forte disponibilité du produit sur le marché européen.

Diaspora malienne : Passer des transferts monétaires aux projets

Les Diaspora Impact Days se tiendront les 11 et 12 juin 2026 au CICB de Bamako. L’objectif est de convertir une partie de l’apport des Maliens de l’extérieur en projets économiques suivis, au-delà des transferts familiaux.

Cette rencontre, placée sous la présidence du ministre Mossa Ag Attaher, s’inscrit dans la continuité du premier Forum international de la diaspora. Elle prépare aussi la deuxième édition du FID, prévue du 16 au 18 juillet 2026 à Bamako, sous le thème « Diaspora malienne et investissements productifs : bâtir un Mali économiquement fort et durable ». Ce calendrier traduit une volonté de passer d’une mobilisation générale à des mécanismes plus opérationnels.

L’enjeu est considérable. Selon les données de la Banque mondiale, les transferts personnels reçus par le Mali ont atteint environ 1,09 milliard de dollars en 2024, soit un peu plus de 4% du PIB. Ces fonds soutiennent les familles, financent la santé, l’éducation, le logement et les dépenses quotidiennes. Leur orientation vers l’entreprise, l’agriculture moderne, l’industrie locale, le numérique, l’énergie ou les services est toutefois limitée.

Les Diaspora Impact Days veulent répondre à cette difficulté par des outils pratiques. Les panels doivent aider à identifier les secteurs porteurs. Les ateliers et masterclasses peuvent renforcer la préparation des porteurs de projets. Les rencontres B2B doivent rapprocher entrepreneurs, investisseurs, institutions financières et partenaires d’accompagnement. Les sessions de pitch permettront de présenter des initiatives innovantes, tandis que le Club des 100 est annoncé comme un réseau de mobilisation dont les contours devront être précisés.

La rencontre de juin prendra tout son sens si elle débouche sur des dossiers solides, des contacts suivis et des engagements vérifiables. L’édition de juillet du FID prévoit des échanges sur le financement, l’environnement des affaires, le transfert de compétences, la mise en relation, la structuration des projets et un guichet unique d’accompagnement pour les investisseurs de la diaspora. C’est sur ces outils que reposera sa crédibilité.

Signalons que la contribution de 200 millions de francs CFA remise fin 2025 au Fonds de résilience a montré une capacité de mobilisation collective. Pour aller plus loin, il faudra des garanties, des procédures simples, une information fiable et un suivi des retombées. La diaspora peut devenir un levier économique puissant si l’investissement au pays devient plus sûr, plus lisible et mieux accompagné. Autrement, les annonces risquent de s’éteindre sans effet durable sur les entreprises, les jeunes et les territoires.

Environnement : Le temps de l’action de terrain

La 27ème édition de la Quinzaine de l’Environnement, lancée le 6 juin 2026 à Bamako, intervient dans un contexte où la question écologique occupe une place de plus en plus visible dans le quotidien des Maliens. Elle se lit dans les rues encombrées d’ordures, les caniveaux obstrués, les cours d’eau menacés par les déchets plastiques, les fumées issues du brûlage volontaire et la disparition progressive du couvert végétal.

Il faut reconnaître l’importance de ces moments de mobilisation. Ils rappellent que la protection de l’environnement concerne l’État, les collectivités, les partenaires, les jeunes, les médias et chaque citoyen. Ils permettent aussi de replacer l’assainissement, la lutte contre la pollution et la préservation des ressources naturelles au centre du débat public.

Mais l’urgence impose désormais une étape supplémentaire. La sensibilisation doit trouver son prolongement dans des actions plus régulières, plus proches des populations et plus faciles à évaluer. Les quartiers ont besoin d’un ramassage plus constant des ordures, les caniveaux d’un curage avant l’hivernage, les espaces reboisés d’un suivi réel, les communes d’objectifs clairs et les citoyens d’alternatives accessibles pour réduire les déchets.

L’environnement ne peut plus être seulement un rendez-vous annuel. Il doit devenir une discipline collective, entretenue dans les écoles, les familles, les marchés, les services publics et les communes. Innover, aujourd’hui, c’est faire de la Quinzaine de l’Environnement non pas une simple parenthèse mais le point de départ d’une présence plus forte sur le terrain, avec des résultats visibles et durables.

Travail des enfants : Un fléau mondial

Dans le monde, 200 millions d’enfants ont une activité économique. Parmi eux, 160 millions travaillent dans des conditions interdites par la loi. Cela représente un enfant sur dix parmi les 5 – 17 ans, dont la moitié travaille dans des conditions dangereuses.

Sur les 222 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, 160 millions exercent dans des conditions contraires aux normes internationales prescrites. Selon l’OIT et l’Unicef, 79 millions d’entre eux travaillent dans des conditions jugées dangereuses. Des activités dans les champs familiaux au travail forcé, ces enfants subissent les effets néfastes d’un emploi précoce et dangereux.

Entre 2000 et 2020, le travail des enfants a reculé, passant de 245 millions, soit 16% des 5 – 17 ans, à 85 millions en 2020. Mais depuis 2016 la lutte semble stagner. Si la proportion d’enfants concernés, soit 9,6%, n’a pas bougé, la population infantile a augmenté de près de 10 millions en 2020.

L’Afrique plus touchée

L’Afrique est la région du monde où le nombre d’enfants travailleurs est le plus élevé. Ils sont 92 millions, soit 20% des 5 – 17 ans. Cette proportion atteint 24% en Afrique subsaharienne. Sur le continent, 41 millions d’enfants, soit 10% des 5 – 17 ans, effectuent un travail dangereux. En Asie, la part des enfants qui travaillent illégalement est de 6%.

Près de 3 enfants sur 4 travaillant dans des conditions contraires aux conventions internationales sont employés par leur famille et ne sont pas rémunérés. Seuls 17% occupent des emplois salariés et 11% sont considérés comme des travailleurs indépendants.

L’agriculture arrive en tête des secteurs qui emploient illégalement 70% des enfants dans des conditions souvent dangereuses. Alors que la part des enfants employés dans l’industrie a reculé de 12% à 10% de 2016 à 2020, le secteur des services progresse à 20% en 2020, contre 17% en 2016.

Le travail des enfants est similaire selon les tranches d’âge, autour de 10% pour les 5 – 11 ans et les 15 – 17 ans et de 9% pour les 12 – 14 ans. Alors que le travail des enfants de 12 à 14 ans a reculé, celui des jeunes enfants est resté le même entre 2008 et 2020.

Le travail des enfants concerne un peu plus les garçons (11%) que les filles (8%). Mais l’OIT reconnaît une certaine sous-estimation du travail des filles en raison des tâches domestiques ou de la prostitution, souvent peu observées. Lorsque l’on tient compte des 21 heures de tâches domestiques accomplies par semaine, l’écart entre filles (11%) et garçons (12%) se réduit.

Même si les enquêtes ne déterminent pas l’impact du travail sur l’échec ou la réussite scolaire, 65% des enfants de 5 à 17 ans qui travaillent vont aussi à l’école, mais 35% d’entre eux ne sont pas scolarisés.

Travail des enfants : Protéger sans ignorer la pauvreté

À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée chaque 12 juin, il faut rappeler que le Mali reste confronté à un phénomène qui touche l’école, la santé et l’avenir de millions d’enfants. Malgré les textes, la pauvreté, l’insécurité, la déscolarisation et certaines pratiques sociales entretiennent un travail précoce dont la fin exige l’application des lois, mais aussi des alternatives durables pour les familles.

Au Mali, le travail des enfants s’observe partout, même si son ampleur est plus forte en milieu rural. Selon l’Enquête modulaire sur le travail des enfants, EMTE 2020, menée par l’Institut national de la statistique avec l’appui du Bureau international du Travail, 35% des enfants de 5 à 17 ans travaillent, soit 2,5 millions de personnes. Parmi eux, 2 millions sont astreints au travail des enfants à abolir et 1,7 million effectuent des travaux dangereux.

Ces chiffres rappellent l’urgence des actions à entreprendre. Le travail des enfants concerne les activités exercées par les moins de 18 ans lorsque celles-ci compromettent leur scolarité, leur santé, leur sécurité ou leur développement. Dans un contexte de pauvreté persistante, sortir les enfants du cercle du travail reste un défi majeur. Lorsque la récolte baisse, que l’école ferme, que l’insécurité bouleverse les moyens de subsistance ou que les parents n’ont pas d’activité stable, l’enfant devient parfois une main-d’œuvre disponible. Son travail est souvent présenté comme une aide, alors qu’il peut vite devenir une privation d’enfance.

Cadre légal

Le Mali a ratifié la Convention n°138 de l’Organisation internationale du Travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants. Cet arsenal est complété par le Code du travail, le décret n°96-178/P-RM du 13 juin 1996 et l’arrêté n°2017-4388/MTFP-SG du 29 décembre 2017 sur les travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans.

Conformément à cette législation, le travail des enfants à abolir concerne les enfants trop jeunes pour travailler, ceux qui exercent des activités au-delà des travaux légers autorisés, ainsi que les adolescents de 15 à 17 ans engagés dans des travaux dangereux. Le nouveau Code pénal de 2024 renforce aussi la répression de certaines formes d’exploitation touchant les enfants, notamment la traite, le travail forcé, la mendicité forcée, l’esclavage, la servitude et le recrutement d’enfants dans les conflits armés. Mais ces avancées doivent encore se traduire par une application effective sur le terrain.

La responsabilité de l’État ne s’arrête donc pas à l’adoption des lois. Elle se mesure aussi à leur application dans les champs, les marchés, les maisons, les sites d’orpaillage, les ateliers et les zones de déplacement. Dans son rapport 2024 sur les pires formes de travail des enfants, le Département américain du Travail estime que le Mali n’a réalisé que des progrès minimaux, malgré certaines avancées législatives. Le même rapport relève l’insuffisance des services sociaux et de réhabilitation, ainsi que l’absence d’une politique couvrant toutes les pires formes de travail des enfants.

Inégales vulnérabilités

Les enfants au travail subissent tous les impacts négatifs du phénomène, mais l’âge, le sexe et le lieu de résidence accentuent les risques. Selon l’INSTAT, environ 20% des enfants de 5 à 17 ans travaillent uniquement, tandis que 15,5% combinent travail et école. Parmi les autres, une partie va à l’école à plein temps, tandis que beaucoup ne sont ni à l’école ni au travail.

Le phénomène est plus marqué en milieu rural. Environ 40,1% des enfants y travaillent ou combinent travail et école, contre 18,6% en milieu urbain. Cette différence s’explique par le poids des activités agricoles, de l’élevage, de la pêche, de la collecte du bois, du petit commerce et de l’orpaillage artisanal. Dans les zones cotonnières, les enfants peuvent être exposés aux charges lourdes, aux outils coupants ou aux pesticides.

L’orpaillage constitue l’un des secteurs les plus préoccupants. Le Département américain du Travail estime que plus de 45 000 enfants seraient impliqués dans l’orpaillage artisanal au Mali. Ils y sont exposés à des substances toxiques, à la poussière, aux longues heures de travail, aux charges lourdes, aux fortes chaleurs et aux risques d’éboulement. Ces enfants transportent de l’eau, concassent des pierres, tamisent ou assistent les adultes, souvent au détriment de l’école et de leur santé.

Cette aggravation est également relevée par des acteurs nationaux. Le Directeur de la Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, Amadou Thiam, alertait sur le fait que « les travaux dangereux auxquels les enfants sont astreints prennent de l’ampleur au Mali ». Cette observation donne un poids particulier aux secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture, l’orpaillage, la domesticité et la mendicité forcée.

La crise sécuritaire aggrave la situation. Selon l’UNICEF, plus de 2 320 écoles fermées perturbent la scolarité d’environ 696 000 enfants et affectent près de 13 920 enseignants. En 2026, près de 2 millions d’enfants auraient besoin d’un appui éducatif. Lorsque l’école disparaît du quotidien, le travail précoce progresse plus facilement, surtout dans les familles déplacées ou accueillies par des communautés déjà fragilisées.

Les filles restent très exposées. Leur travail est souvent moins visible, car il se déroule dans la maison, chez des parents ou chez des employeurs privés. À Bamako et dans d’autres villes, des jeunes filles venues de zones rurales travaillent comme aides domestiques, parfois avant 15 ans, sans contrat, sans horaires clairs et sans protection. Cette domesticité précoce compromet leur scolarité, leur santé et leur autonomie future.

Réticences

Pour sortir les enfants du travail, la sensibilisation est indispensable, mais elle ne suffit pas. Pour plusieurs parents, le travail de l’enfant constitue une source de revenus ou d’économies dont la famille peut difficilement se passer. Un enfant qui garde les animaux, aide au champ, vend dans la rue ou travaille dans une maison permet parfois au ménage de survivre. Demander aux familles de renoncer à cette contribution sans leur offrir une alternative économique risque donc de produire peu d’effets.

Il faut aussi tenir compte des représentations sociales. Dans certains milieux, le travail précoce est perçu comme une forme d’éducation ou de préparation à la vie adulte. La frontière entre aide familiale et exploitation devient alors difficile à tracer. Le défi est de convaincre, de protéger sans ignorer la pauvreté et de rappeler que l’apprentissage ne doit jamais mettre en danger l’enfant ni l’éloigner durablement de l’école.

Pistes de solutions

L’État a accompli des progrès avec la mise en place de mécanismes de lutte contre le travail des enfants. La Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, rattachée à la Direction nationale du Travail, constitue un outil de coordination et de suivi. Mais cet outil ne peut produire des résultats que s’il dispose de moyens suffisants, d’une présence dans les régions et d’une capacité à travailler avec les inspections du travail, les écoles, les collectivités, les services sociaux, les ONG et la justice.

L’une des mesures utiles est la Stratégie de scolarisation accélérée passerelle, qui donne aux enfants non scolarisés ou en abandon scolaire une seconde chance pour réintégrer le système formel. Initiée par la Fondation Strømme, elle a été expérimentée à partir de 2004. En 2011, les ONG GRAADECOM et CAEB, agréées par le ministère de l’Éducation, ont ouvert 100 centres dans les cercles de Kati, Kolokani, Banamba et Bougouni.

Ces programmes doivent être renforcés et adaptés aux zones touchées par l’insécurité, l’orpaillage et les migrations saisonnières. Mais ils doivent aller avec des cantines scolaires, des fournitures, des appuis aux familles vulnérables, des activités génératrices de revenus pour les parents et un meilleur accès à la protection sociale. La lutte contre le travail des enfants passe aussi par le travail décent des adultes.

Le 12 juin doit donc être plus qu’une date de rappel. Protéger les enfants exige de faire respecter la loi, de fermer les portes de l’exploitation et de rouvrir celles de l’école. Mais cela exige aussi d’aider les familles à vivre sans dépendre du travail de leurs enfants. C’est à ce prix que le Mali pourra offrir une alternative durable à ceux qui travaillent trop tôt.

Forum Mali – Inde : Dynamiser les échanges d’intérêt commun

Le Mali s’apprête à organiser la première édition du forum économique Mali – Inde, les 18 et 19 juin 2026, afin de promouvoir les opportunités d’affaires entre les deux pays. Ce rendez-vous s’inscrit dans une dynamique de partenariat gagnant et de coopération bilatérale ambitieuse.

Le forum se tiendra à Bamako et réunira des acteurs économiques autour des échanges, des investissements et des possibilités de coopération.

Les exportations maliennes vers l’Inde ont atteint 82,5 millions de dollars en 2024, grâce à un accès au marché indien à travers un régime de droit préférentiel, a révélé le responsable de la Confédération de l’Industrie Indienne (CII) lors du forum d’affaires Inde – Mali, en octobre 2025. À l’issue de cette rencontre, un protocole d’accord créant le Conseil des affaires Inde – Mali a été signé afin de promouvoir les relations économiques, commerciales et d’investissement.

Représentant environ 69% du PIB, le commerce occupe une place centrale dans l’économie malienne. Le pays exporte essentiellement des matières premières, principalement l’or, qui représente jusqu’à 70% des exportations, suivi du coton, des animaux vivants et des produits agricoles. Les principales filières d’exportation sont le coton, le karité, les mangues, l’anacarde et le sésame, mais aussi les produits transformés et artisanaux.

Les importations sont tirées par les combustibles, qui représentent environ 39%, les machines et autres équipements, 11 %, les céréales, 4,8%, et les produits pharmaceutiques, 4,1%.

Selon certaines données commerciales, les principales destinations des exportations maliennes sont les Émirats arabes unis, suivis de la Suisse, de l’Australie, de la Chine et de la Turquie.

Quant aux importations, elles proviennent essentiellement du Sénégal, qui représente 23,8% des importations totales du Mali et demeure son premier fournisseur. Il est suivi de la Côte d’Ivoire, 18,9%, de la Chine, 12,4%, et de l’Inde, 5,5%.

L’Inde comme référence

Avec une croissance dynamique estimée à 6,5%, l’Inde fait partie des premières économies mondiales. Sa démographie jeune, ses infrastructures numériques avancées et sa politique d’industrialisation offrent des perspectives de coopération pour les acteurs de la croissance du Mali.

Les investissements publics pour moderniser le pays et attirer le secteur privé, la digitalisation, qui stimule l’inclusion financière et la création de startups, ainsi que la consommation intérieure, estimée à environ 65% du PIB, figurent parmi les ressorts du modèle indien. Les services et technologies de l’information, l’industrie et l’agriculture sont autant de secteurs dont peuvent s’inspirer les acteurs maliens.