Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Excision : l’appel à la loi revient au premier plan
La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.
Budget : l’avance des recettes à confirmer
L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.
À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.
La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.
Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.
Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.
Lecture
La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.
Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.
La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.
Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.
Services
Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.
La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.
Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.
La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.
Massiré Diop
FAMa : des positions de groupes armés ciblées à Abéïbara et près de Sévaré
Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, annoncent avoir mené les 24 et 25 août 2026 des frappes aériennes contre des regroupements armés à Abéïbara et au nord-est de Sévaré. Le bilan de ces opérations reste en cours d’évaluation.
COP17 : le Mali appelle à changer d’échelle dans le financement de la Grande Muraille verte
À Oulan-Bator, le segment de haut niveau de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est ouvert, lundi 24 août 2026, en présence du président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh, de hautes autorités du pays et de délégations venues du monde entier. La conférence se tient du 17 au 28 août dans la capitale mongole.
En marge de ce segment, lors d’une rencontre consacrée à la mise en œuvre du Plan d’investissements prioritaires décennal de la Grande Muraille verte, Mme Doumbia Mariam Tangara, ministre malienne de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, a plaidé en faveur d’un changement d’échelle dans le financement de cette initiative continentale. Elle intervenait également en sa qualité de présidente en exercice du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.
« La restauration des terres ne peut être dissociée du développement économique et social de nos communautés », a déclaré la ministre. Selon elle, la Grande Muraille verte ne doit plus être considérée comme une juxtaposition de projets nationaux, mais comme une véritable plateforme continentale d’action et d’investissement, portée par les plus hautes instances politiques africaines.
Pour concrétiser cette ambition, la mobilisation des ressources demeure déterminante. « Nous sommes ici pour mobiliser davantage de ressources afin de porter à une plus grande échelle les ambitions permettant d’atteindre les indicateurs fixés à l’horizon 2030 », a affirmé Almoustapha Garba, secrétaire exécutif de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille verte.
La ministre a notamment appelé à dépasser le financement de projets isolés. « Nous devons passer du financement de projets au financement de portefeuilles de transformation, capables d’attirer simultanément les ressources publiques, les financements climatiques, les partenaires techniques et financiers, mais également le secteur privé », a-t-elle soutenu.
Le Mali plaide ainsi pour la constitution d’un portefeuille continental de projets transformateurs et bancables, assortis de résultats mesurables. Cette approche vise à mobiliser conjointement les ressources publiques, les financements climatiques et les capitaux privés, afin que les investissements consacrés à la Grande Muraille verte produisent davantage d’effets sur la restauration des terres, la sécurité alimentaire, l’emploi vert et la résilience des communautés africaines.
Ali SANKARE
AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral
La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.
Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.
Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.
Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.
Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.
Portée
La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.
Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.
Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.
La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.
Résultats
Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.
Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.
Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.
Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.
La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.
Massiré Diop
Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.
Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.
Une réconciliation récente mais fragile
Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.
Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.
La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique
Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.
Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger
Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.
En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Une dynamique de rivalité et de dépassement
La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.
Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie
Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :
- Adopter une approche de neutralité active et de médiation
- Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
- Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.
- Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle
- Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
- Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.
- Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun
- La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
- Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.
- Adopter une communication diplomatique prudente
- Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
- Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.
- Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires
- L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
- Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Ecrivain Spécialiste des Questions
Sociales et Sécuritaires
Frontière ivoirienne : l’accord attend ses bornes
Les experts du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont accordés sur le tracé définitif de leur frontière commune. Cette avancée technique doit encore être consacrée par un traité puis matérialisée sur le terrain avant de produire des effets durables.
Une ligne arrêtée sur une carte ne devient pas immédiatement une frontière visible pour les populations. La quatrième réunion de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière Côte d’Ivoire–Mali, tenue du 21 au 25 août à Bamako, a néanmoins permis de franchir une étape longtemps attendue.
Les experts des deux pays ont adopté par consensus le tracé définitif de la frontière et validé l’avant-projet du traité de délimitation. Ils se sont également entendus sur le schéma du canevas géodésique qui servira de référence aux prochaines opérations de démarcation et d’installation des bornes.
La décision s’appuie notamment sur une mission conjointe de reconnaissance effectuée du 12 au 19 avril dans la zone de Pogo-Zégoua. Les techniciens avaient alors confronté les anciennes données cartographiques aux réalités du terrain afin de lever les dernières incertitudes sur une frontière longue d’environ 532 kilomètres.
Le résultat annoncé à Bamako reste cependant une adoption technique. Le traité de délimitation doit encore être signé par les deux gouvernements avant d’acquérir sa pleine portée juridique. Le canevas de base doit, quant à lui, être déployé avant la fin de 2026 pour permettre le début de l’abornement.
Terrain
La délimitation indique juridiquement le passage de la frontière. La démarcation consiste ensuite à la rendre perceptible sur le terrain au moyen de bornes et de coordonnées reconnues par les deux États. Entre ces deux étapes se trouvent des consultations, des travaux topographiques, des financements et une nécessaire information des villages concernés.
Pour les habitants de la zone frontalière, l’enjeu touche à des réalités quotidiennes. Une ligne mal connue peut compliquer l’exercice de l’autorité administrative, l’identification des terres agricoles, la perception des taxes ou le règlement des différends entre communautés. La matérialisation devra donc être accompagnée d’explications locales et de mécanismes accessibles de recours.
Il faudra également préserver les usages transfrontaliers. Les familles, les éleveurs, les cultivateurs et les commerçants de cette zone entretiennent des relations souvent plus anciennes que les frontières étatiques. Poser des bornes doit permettre de prévenir les conflits sans transformer la ligne commune en obstacle supplémentaire aux activités licites.
Le passage Pogo-Zégoua se trouve sur l’un des principaux axes reliant Bamako au territoire ivoirien et à ses infrastructures portuaires. La clarté territoriale peut faciliter la coordination entre Douanes, Police, Gendarmerie et collectivités, mais elle ne réglera à elle seule ni les lenteurs du corridor, ni les tracasseries, ni les risques sécuritaires.
Coopération
L’Union africaine inscrit la délimitation et la démarcation dans une politique plus large de prévention des différends et de coopération transfrontalière. Son Programme frontière encourage les États à compléter le travail cartographique par des projets communs, une gestion concertée des espaces voisins et le renforcement des administrations locales.
Cette dimension est particulièrement importante pour le Mali et la Côte d’Ivoire. Les deux pays avaient déjà décidé en 2021 de renforcer les échanges de renseignements et les patrouilles conjointes ou simultanées le long de leur frontière. La détérioration sécuritaire dans plusieurs zones du Sud malien et du Nord ivoirien donne aujourd’hui une portée supplémentaire à cette coordination.
L’accord obtenu à Bamako offre donc une base, mais son utilité dépendra de la suite. La signature du traité, la publication des documents essentiels, l’installation effective des bornes et l’association des populations permettront de mesurer la réalité des engagements.
La prochaine étape ne doit pas seulement consister à transformer une carte en ligne matérialisée. Elle devra faire de cette frontière un espace mieux administré, plus sûr et suffisamment ouvert pour préserver les échanges dont vivent les localités des deux côtés.
Massiré Diop
Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité
Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.
Cyanure : six tonnes et une filière à remonter
Deux opérations douanières ont permis de saisir 6,1 tonnes de cyanure en deux mois. Au-delà des cargaisons interceptées, l’enquête doit maintenant remonter les circuits d’approvisionnement et identifier leurs destinataires.
Dans la nuit du 22 août, vers 1 h 30, la Brigade mobile d’intervention des Douanes a découvert à Badalabougou 22 sacs contenant 1 100 kilogrammes de cyanure. Cette interception survient exactement deux mois après une saisie beaucoup plus importante effectuée à Sécoro, dans la région de Ségou.
Le 22 juin, les douaniers avaient retrouvé 100 sacs de 50 kilogrammes, soit environ cinq tonnes, dans un véhicule. La marchandise avait été dissimulée sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis. Les deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume de cyanure retiré de circuits présentés comme frauduleux.
Le cyanure n’est pas interdit dans tous ses usages. Il est employé légalement dans certaines activités industrielles, notamment pour le traitement du minerai d’or. Son importation au Mali est néanmoins soumise à une autorisation des services des Mines ou de la Santé. Son transport, son stockage et son utilisation nécessitent des précautions strictes.
Traçabilité
Une exposition importante au cyanure peut empêcher l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène et provoquer rapidement des atteintes au cerveau, au cœur et aux poumons. Une cargaison transportée sans documents, sans emballage approprié ou sans dispositif d’intervention constitue donc un risque pour les manutentionnaires, les riverains et les milieux naturels.
Les saisies apportent une réponse immédiate, mais elles ne suffisent pas à démanteler une filière. Les Douanes n’ont pas encore publié l’origine de la cargaison de Badalabougou, sa destination, l’identité de ses propriétaires ou les autorisations éventuellement présentées. Aucun élément public ne permet donc d’affirmer qu’elle était destinée à un site minier déterminé.
Une étude publiée en 2021 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime avait déjà décrit l’expansion, en Afrique de l’Ouest, de circuits clandestins alimentant certains sites d’extraction artisanale. Ce constat régional apporte un contexte, mais ne prouve pas que les cargaisons saisies en 2026 empruntaient les mêmes itinéraires.
L’enjeu est désormais de retracer les achats, les moyens de paiement, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux. Une investigation associant Douanes, Mines, Santé, Environnement et services judiciaires permettrait de dépasser le simple décompte des sacs.
Les autorités devraient également préciser les conditions de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation après interception est aussi importante que l’opération douanière elle-même.
San : la sécurité sous couvre-feu
La circulation nocturne est interdite depuis le 24 août dans l’ensemble de la région de San. La mesure répond à une dégradation sécuritaire, mais sa durée indéterminée exige des modalités précises pour protéger la vie quotidienne.
De 22 h 30 à 6 heures, habitants, véhicules, motos et vélos doivent désormais rester à l’arrêt dans les sept cercles et les 42 communes de la région de San. La décision signée par le gouverneur, le colonel-major Ousmane Sangaré, est applicable jusqu’à nouvel ordre.
Seuls les moyens de transport des Forces de défense et de sécurité ainsi que ceux engagés dans des missions officielles dûment autorisées sont explicitement exemptés. Le gouvernorat motive cette restriction par une « dégradation préoccupante » de la situation sécuritaire et une recrudescence de l’insécurité.
Le couvre-feu intervient quinze jours après l’attaque menée le 9 août contre le camp du 23e Régiment d’infanterie de San. L’armée affirme que les assaillants ont utilisé des mitrailleuses lourdes, des drones et deux véhicules blindés, dont l’un aurait franchi le mur de l’emprise. Elle soutient avoir repoussé l’opération et tué plus de 50 combattants. Le bilan exact dans ses propres rangs n’a pas été rendu public dans sa communication initiale.
Équilibre
La menace est donc réelle. La région se trouve sur un espace stratégique reliant Bamako, Ségou et le centre du pays, tout en étant proche de la frontière burkinabè. Des opérations militaires, dont des frappes annoncées au sud-ouest de San, se poursuivent dans ce secteur.
La restriction nocturne peut compliquer les déplacements des transporteurs, des commerçants qui rejoignent tôt les marchés, des cultivateurs éloignés de leurs villages et des familles confrontées à une urgence médicale. Ces conséquences ne remettent pas en cause le principe du couvre-feu. Elles imposent toutefois une organisation lisible.
Les autorités gagneraient à préciser publiquement la procédure d’autorisation pour les ambulances, les évacuations sanitaires, les véhicules transportant des denrées périssables et les missions humanitaires. Une ligne téléphonique fonctionnelle dans chaque cercle permettrait d’éviter qu’une urgence soit bloquée faute d’interlocuteur.
La durée ouverte de la mesure mérite également une évaluation régulière. FEWS NET classe la région de San parmi les zones où une insécurité alimentaire de niveau Stress est attendue en 2026. Toute perturbation prolongée des marchés, des travaux agricoles ou des circuits d’approvisionnement pourrait accroître la vulnérabilité des ménages les plus modestes.
Un couvre-feu peut aider à réduire les mouvements suspects et faciliter les opérations de contrôle. Son efficacité dépend aussi de l’information donnée aux habitants, de la cohérence des exemptions et de la capacité des services publics à empêcher que la contrainte sécuritaire ne devienne une difficulté supplémentaire pour les populations
Banques : l’épargne afflue, le crédit piétine
Les banques maliennes ont recueilli près de 994 milliards de FCFA de dépôts supplémentaires en 2025. Dans le même temps, leurs crédits à la clientèle n’ont augmenté que d’environ 33 milliards.
L’argent entre dans les banques maliennes, mais il en ressort difficilement sous forme de prêts. Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine, publié le 21 août, révèle un écart rarement aussi marqué entre la progression des ressources collectées et celle du financement bancaire.
Dans les 17 établissements de crédit recensés au Mali, les dépôts et emprunts de la clientèle sont passés de 4 755 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 749 milliards en 2025. Cette hausse de 20,9 % témoigne d’une capacité importante de mobilisation de l’épargne et des disponibilités des entreprises, des administrations et des particuliers.
Les crédits à la clientèle ont, eux, progressé de seulement 0,9 %, atteignant 3 875 milliards de FCFA. À l’échelle de l’UMOA, leur croissance a été de 5,5 %. Le système bancaire malien s’est donc développé sans que cette expansion se traduise, dans les mêmes proportions, par de nouveaux concours à l’économie.
Contraste
Le tableau mérite toutefois d’être nuancé. Les crédits à moyen terme ont augmenté de 18,9 %, ce qui peut accompagner certains investissements. En revanche, les financements à court terme ont reculé de 7,6 % et les prêts à long terme de 4,6 %. Cette évolution peut peser sur les besoins de trésorerie des entreprises comme sur les projets exigeant plusieurs années de remboursement.
Les créances en souffrance ont diminué de 21,2 %. Les établissements affichent par ailleurs un ratio moyen de solvabilité de 16,3 %, nettement supérieur au minimum réglementaire de 11,5 %. Leur coefficient de liquidité atteint 128,4 %, pour une norme minimale de 75 %. Le problème ne réside donc pas dans une incapacité générale à prêter.
Les bilans montrent également que les placements en titres ont progressé beaucoup plus rapidement que les crédits. Les titres de placement ont augmenté de 16,1 % et les titres d’investissement de 23,5 %. Pour une banque, ces actifs peuvent présenter un rendement plus prévisible et un risque plus facile à apprécier qu’un prêt accordé à une petite entreprise peu formalisée.
L’enjeu est désormais de transformer la solidité bancaire en financement productif. Cela suppose des entreprises capables de présenter des comptes fiables, mais aussi des mécanismes de garantie, un meilleur partage du risque et des crédits adaptés aux cycles de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.
La progression des dépôts constitue une bonne nouvelle. Elle restera incomplète tant que l’épargne mobilisée ne soutiendra pas davantage les investissements, l’emploi et les besoins quotidiens de l’économie.
AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération
Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.
Koulikoro : le couvre-feu s’installe dans la durée
Le couvre-feu est reconduit du 23 août au 21 septembre dans la région de Koulikoro, avec des horaires différents selon les localités. Cinquième mois de restrictions depuis les attaques du 25 avril, cette prolongation maintient une surveillance renforcée autour de Bamako et sur plusieurs axes stratégiques.
Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table
Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.
Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.
Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.
L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.
Frontière
Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.
Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.
Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.
Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.
Corridors
Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.
La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.
Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.
Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet
Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel.
Traite des personnes : COMPASS célèbre cinq ans d’engagement au Mali
La lutte contre la traite des personnes a été au cœur d’une cérémonie organisée le 20 août 2026 à l’hôtel Maeva Palace, à Bamako, pour marquer le cinquième anniversaire du programme COMPASS au Mali. L’événement était couplé à la clôture des activités nationales organisées dans le prolongement de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 30 juillet.
La rencontre s’est tenue en présence des ministres de la Justice, Mamoudou Kassogué, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye, de représentants diplomatiques et de plusieurs acteurs engagés dans la protection des migrants. Selon le rapport américain de 2025 sur la traite des personnes, couvrant la période d’avril 2024 à mars 2025, les autorités maliennes ont déclaré 68 enquêtes, 300 personnes poursuivies et trois condamnations.
Derrière ces chiffres se trouvent des femmes, des hommes et des enfants confrontés à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à la mendicité contrainte ou à d’autres formes d’asservissement. Durant la même période, les services maliens ont identifié et orienté vers une prise en charge 102 enfants victimes, tandis qu’une organisation internationale a accompagné 285 autres personnes. La prévention doit ainsi empêcher que la précarité, les déplacements ou les promesses frauduleuses d’emploi soient utilisés pour recruter et exploiter les plus vulnérables.
Dans ce cadre, la responsabilité des médias et la mobilisation de la jeunesse occupent une place importante. Une information rigoureuse peut aider à reconnaître les méthodes de recrutement, faire connaître les voies de signalement et protéger l’identité des victimes.
La lutte contre la traite doit s’inscrire dans la durée, a rappelé Sara El-Koundi, chargée de protection à l’Organisation internationale pour les migrations au Mali.
« Les programmes ont une durée. Les projets ont un calendrier. Mais la dignité humaine n’a pas d’expiration », a-t-elle déclaré, présentant la traite comme l’une des formes les plus cruelles d’exploitation.
Elle a appelé à maintenir l’assistance et la protection des personnes vulnérables après la fin des projets. Le dernier rapport disponible recense treize centres de transit au Mali, mais un seul hébergement spécialisé pour les femmes adultes victimes de traite, situé à Bamako. La prise en charge reste plus limitée en dehors de la capitale et les hommes victimes ne disposent pas encore de services spécialisés.
Le représentant de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas a, pour sa part, rappelé le rôle de COMPASS dans l’accompagnement des migrants. Il a présenté le programme comme le résultat d’une coopération entre l’OIM, les autorités maliennes, les collectivités, les associations et les partenaires engagés dans la protection des personnes en déplacement.
Au Mali, COMPASS est mis en œuvre par l’OIM avec le financement du Royaume des Pays-Bas. Lancé en 2021, le programme intervient dans la protection des migrants vulnérables, la lutte contre la traite, l’assistance au retour, la réintégration et le renforcement des capacités nationales. L’OIM indique avoir protégé et accompagné 340 victimes de traite dans le pays en 2025. La phase actuelle de COMPASS, commencée en 2024 dans quatorze pays, doit se poursuivre jusqu’à la fin de 2027.
Encourager la sensibilisation
La cérémonie a également été consacrée à la remise des prix du concours de productions journalistiques organisé après l’atelier de formation des 4 et 5 août 2026. Conduite par l’OIM avec le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées et l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication, cette formation avait réuni 30 élèves journalistes et communicateurs.
Les participants avaient été formés au traitement rigoureux et éthique de la traite, avec une attention particulière à la protection des victimes et à l’utilisation des termes appropriés. Le concours leur a ensuite permis de mettre en pratique les connaissances acquises. Mariam Aboubacar a été distinguée dans la catégorie télévision et journalisme mobile, Moussa Cissé en radio et Bagna Maïga pour la presse écrite et les médias en ligne.
Un autre moment de la cérémonie a été la remise du Prix feu Boubacar Touré, créé en hommage au premier président du Comité national de lutte contre la traite des personnes. La distinction a été décernée à l’Association pour la promotion des initiatives de développement, APID, pour sa contribution à la protection des victimes et à la prévention du phénomène.
Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, a félicité les lauréats du concours et les partenaires distingués. Il a salué leur contribution aux actions de prévention, d’identification et d’accompagnement des victimes.
Parmi les activités de la 13e édition nationale de la Journée mondiale figuraient des séances de mobilisation dans les écoles et les universités. Elles visaient à informer les jeunes sur les méthodes utilisées par les trafiquants, notamment les fausses offres d’emploi, les promesses de voyage et les recrutements liés aux escroqueries en ligne.
La rencontre a enfin rappelé que la réponse ne dépend pas seulement des institutions judiciaires et des organisations internationales. Elle repose aussi sur la vigilance des familles, le travail des médias, l’engagement des associations et la capacité des services compétents à identifier rapidement les victimes. La poursuite de COMPASS jusqu’en 2027 devra notamment contribuer à renforcer les mécanismes de signalement, d’orientation et de prise en charge dans les régions situées hors de Bamako.
Salimata Wagué




















