Bréhima Ely Dicko : « Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte »

La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, a confirmé le rapprochement et débouché sur la proposition d’équipes thématiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie, les transports, l’énergie, les bourses universitaires et la recherche. Le sociologue Bréhima Ely Dicko explique comment cette volonté politique peut produire des résultats durables et perceptibles par les populations.

Dans un Sahel où les relations entre États restent dominées par la sécurité, comment sortir les partenariats de cette seule logique ?

Désécuriser les partenariats ne signifie pas ignorer les menaces. Il s’agit de les sortir d’une logique de blocs et de rivalités pour les ramener aux services rendus aux populations. Le Mali évolue dans un « pluralisme partenarial contraint » où plusieurs offres se croisent. Le principal risque est la « balkanisation des alignements », avec un domaine de souveraineté confié à chaque partenaire. Une diplomatie de l’utilité doit plutôt apprécier chaque coopération selon trois critères : la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Quels résultats permettraient aux populations de percevoir de véritables « dividendes de paix » ?

Ces dividendes doivent être visibles dans la vie quotidienne. La première priorité est de formaliser et de sécuriser le commerce transfrontalier, notamment par des zones de commerce intégré. Pour le citoyen, l’intégration se mesure au prix du sac de riz et à la fluidité du passage. Il faut aussi désenclaver le Nord du Mali et le Sud algérien grâce aux infrastructures de connexion. Une route, une fibre optique ou une ligne électrique donnent une réalité concrète à la coopération.

Quelle place le capital humain doit-il occuper dans cette relance ?

Il représente l’investissement de long terme. La relance des bourses, des échanges universitaires, de la reconnaissance des diplômes et de la coopération sanitaire rapproche directement les deux sociétés. Les étudiants, les chercheurs et les professionnels de santé deviennent alors des acteurs de la coopération. La relation gagne ainsi une assise humaine qui dépasse les rencontres entre responsables politiques.

Comment transformer la frontière commune en espace de co-développement ?

Il faut passer d’une logique principalement consacrée à la sécurisation à une gouvernance tournée vers le co-développement des zones frontalières. La sécurité durable vient aussi du développement, des échanges et de l’accès aux services. Les communautés concernées doivent être associées aux projets et constater leurs effets sur leurs activités. La relance actuelle constitue donc un test : celui de la capacité des deux États à transformer une relation d’État à État en une relation de société à société. Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte.

Campagne agricole : Les engrais restent difficiles d’accès

Pluies irrégulières et difficultés d’accès aux engrais pèsent sur la campagne agricole 2026 – 2027. Localement, l’espoir repose sur la contre-saison.

Dotée d’un budget de 164,39 milliards de francs CFA, la campagne vise 11,92 millions de tonnes de céréales. Fin mars, les stocks d’engrais couvraient seulement 22% des besoins estimés, selon la FAO. Dans les zones habituellement arrosées, le manque de pluies inquiète.

« Cette année, la principale difficulté reste celle de l’eau. L’an passé, au mois d’août, nous avions enregistré environ 300 mm de pluie, contre seulement 100 mm à la même période cette année », témoigne Seydou Coulibaly, paysan à Wakoro, près de Dioïla.

En visite dans la région les 5 et 6 septembre, le ministre de l’Agriculture a fait état d’un taux de réalisation de 80% des superficies. Il a lié la réussite de la campagne à la poursuite des pluies jusqu’en octobre.

La zone est stratégique pour le coton, le maïs et le mil. Malgré l’aspect satisfaisant des cotonniers, le retard des engrais a conduit à reconvertir 12 123 hectares de coton en mil, selon la direction locale de la CMDT à Fana. Les producteurs espèrent encore sauver le mil, beaucoup moins le maïs.

Circuit de distribution inefficace

Plus que la faiblesse des pluies, l’entretien du réseau irrigué et l’accès aux engrais ont entravé les activités à Niono, principal bassin rizicole du pays, où intervient l’Office du Niger.

« La pluie n’a pas été abondante, mais c’est surtout l’entretien du réseau qui a posé problème. Dans l’ensemble, le riz présente un bon aspect. À présent, nous avons un problème d’engrais », explique Bréhima Cissouma, membre d’une coopérative de 100 producteurs à Niono.

Pour obtenir l’engrais subventionné, les paysans doivent présenter une caution délivrée au terme d’une procédure contraignante. Le sac de 50 kg d’engrais minéraux coûte 15 000 francs CFA au tarif subventionné, contre 30 000 francs CFA hors subvention, selon les producteurs interrogés.

« Nous n’avons pas pu obtenir les cautions avant la date limite du 15 août pour avoir l’engrais organique », précise M. Cissouma. Les signatures demandées auprès de la Chambre d’Agriculture, de la Filière Riz et du Contrôle financier allongent une procédure pourtant soumise au calendrier agricole.

Dans cette zone irriguée, l’espoir repose encore sur la contre-saison, si les engrais disponibles sont remis à temps.

Pr Ibrahima N’Diaye : « Selon moi, l’État n’a pas suffisamment pris en charge la formation du citoyen ».

Le civisme et le patriotisme sont au cœur du débat au Mali, 66 ans après l’indépendance. Quel est le rapport du citoyen malien à l’Etat, quel citoyen faut-il pour le Mali, de demain, le Pr. Ibrahima N’Diaye, sociologue répond à nos questions.

Comment caractérisez-vous aujourd’hui le rapport du citoyen malien à l’État ?

Le citoyen ordinaire se reconnaît beaucoup dans les autorités et les légitimités traditionnelles, parce qu’elles correspondent à son mode de vie. À côté de celles-ci existe la citoyenneté républicaine, avec ses institutions et ses textes, davantage comprise par ceux qui sont passés par l’école. Cette dualité complexifie le rapport du citoyen à l’État.

Qu’est-ce qui explique l’incivisme ?

Il y a deux problèmes. Le premier est la dissonance entre deux citoyennetés : celle issue de l’héritage ancien et celle portée par la République. Chacune a ses propres références et peut considérer les comportements de l’autre comme de l’incivisme.

Le second problème, plus grave selon moi, est que l’État n’a pas suffisamment pris en charge la formation du citoyen. Cette mission a longtemps été confiée aux partis politiques, aux associations, aux syndicats et à la société civile, sans produire les résultats attendus.

Comment renforcer durablement la citoyenneté au Mali ?

Nous disposons de valeurs partagées depuis des siècles, comme le Sinankunya, le Mɔgɔya ou le Maaya. Elles doivent être constamment rappelées, transmises et expliquées. Il faut aussi inciter les citoyens à passer à l’action.

L’impulsion doit venir d’un leadership conscient et légitime, capable d’entraîner la population vers davantage de cohésion, d’entente et d’entraide.

Éclat de Plume : Le théâtre jeunesse forme ses auteurs

À Bamako, dix jeunes apprennent à écrire pour les enfants afin d’enrichir un répertoire théâtral encore peu développé au Mali. Porté par Côté Cour, l’atelier mise sur la transmission des contes, des mémoires et des réalités locales pour rapprocher le jeune public malien de la scène.

Depuis le 2 septembre, l’Espace Côté Cour de Djicoroni-Para accueille l’atelier d’écriture du projet « Éclat de Plume », après une phase pilote en 2025. Les participants, âgés de 18 à 30 ans, ont été retenus par un comité de sélection de 3 personnes après 45 jours d’appel à candidatures. Les 5 femmes et 5 hommes viennent de Bamako et de la région de Koutiala. La restitution est annoncée pour le 18 septembre.

Créée en 2011 par la comédienne et metteure en scène Mama Koné, l’association Côté Cour agit dans la formation, la création et la diffusion des arts du spectacle. Avec cet atelier, elle veut combler le manque de textes pensés pour les enfants de 3 à 12 ans. L’écriture doit tenir compte de leur âge et de leur sensibilité, sans renoncer à raconter leur environnement, leur patrimoine et les questions qui traversent la société.

L’Institut Français du Mali et la Coopération espagnole, à travers l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement, financent le projet. L’association Djarama du Sénégal, le Théâtre Soleil du Burkina Faso, l’Association Notre Culture et Kile au Mali apportent leur appui technique.

« Vu le manque, nous avons initié ce projet pour motiver les amateurs qui veulent écrire pour le jeune public. À travers cet atelier, nous voulons leur donner les outils nécessaires », explique Mama Koné. Elle veut aussi attirer les familles au spectacle et annonce d’autres cohortes.

Transmission

L’encadrement est assuré par le Burkinabè Kiswindsida Thierry Hervé Oueda, auteur, metteur en scène, Directeur artistique du Théâtre Soleil et spécialiste du théâtre jeunesse. Les participants travaillent les personnages, les dialogues, la construction des histoires et l’adaptation du langage. Pour le formateur, écrire pour les enfants permet aussi de préserver des contes et des mémoires menacés de disparition.

Les organisateurs annoncent l’édition des textes, puis leur adaptation en spectacles destinés aux établissements scolaires. Le projet ne forme donc pas seulement de nouveaux auteurs. Il prépare des œuvres ancrées dans les cultures maliennes et contribue à former le public de demain. La restitution donnera un premier aperçu de cette rencontre entre création, transmission et enfance.

Aly Sankaré

UFOA-A U17 : Le Mali tombe avant le dernier carré

Le tournoi de l’UFOA-A U17 2026 entre dans sa phase décisive au Sénégal. La Gambie, la Guinée, le Liberia et le Sénégal ont rejoint le dernier carré, tandis que le Mali quitte prématurément la compétition et manquera la prochaine CAN U17.

Lancée le 7 septembre, la compétition a rapidement dégagé une hiérarchie dans le groupe A. Pays hôte et double tenant du titre zonal, le Sénégal a dominé la Mauritanie (4-0), puis surclassé la Sierra Leone (5-0), avant de boucler la phase de groupes par un nul face à la Gambie (0-0).

Avec sept points, les Lionceaux terminent premiers, devant les Baby Scorpions, également solides, vainqueurs de la Sierra Leone (4-1) et de la Mauritanie (3-1).

Dans le groupe B, la disqualification de la Guinée-Bissau après les tests IRM a réduit la poule à trois équipes. Le Liberia en a pris les commandes avec un nul contre le Mali (1-1), puis une victoire face à la Guinée (2-1), synonyme de qualification.

Le coup d’arrêt des Aiglonnets

Finaliste de la précédente édition à domicile, le Mali n’aura jamais réellement lancé son tournoi. Face au Liberia, les Aiglonnets ont dû attendre la 89ème minute pour arracher le match nul face à un adversaire que leurs aînés avaient écrasé 6-0 à l’ouverture du tournoi en 2025.

Ce point les plaçait pourtant en position favorable avant le duel décisif contre la Guinée : un nul suffisait pour atteindre les demi-finales. Le Mali a même frappé le premier en ouvrant le score dès la 2ème minute, grâce à Adama Keïta. Mais le Syli Cadet a égalisé avant la pause, puis renversé la rencontre en seconde période pour s’imposer finalement 2-1.

Deux matches, un seul point et une élimination dès la phase de groupes : le bilan est sévère pour une sélection habituée aux premiers rôles continentaux. Les Aiglonnets manqueront ainsi la prochaine CAN U17, une première depuis 2019, si l’on excepte l’édition 2021, annulée.

Le tournoi se poursuit ce jeudi 17 septembre au stade Lat-Dior de Thiès, avec deux demi-finales au programme. Le Sénégal sera opposé à la Guinée, tandis que la Gambie en découdra avec le Liberia.

Au-delà d’une place en finale, l’enjeu sera continental, puisque les deux finalistes décrocheront leur qualification pour la prochaine CAN U17. La finale est programmée le 20 septembre.

Mohamed Kenouvi

BRICS : Un nouvel appui aux revendications africaines

Les BRICS ont renouvelé leur soutien aux revendications africaines pour une représentation accrue dans les institutions mondiales. La déclaration adoptée à New Delhi associe cette réforme aux monnaies nationales, au financement du développement et à la coopération économique.

La place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale figure parmi les principaux engagements de la déclaration finale du 18ème sommet des BRICS, tenu les 12 et 13 septembre.

Le texte appelle à une réforme de l’Organisation des Nations unies et de son Conseil de sécurité, afin de les rendre plus représentatifs et efficaces. Il reconnaît les « aspirations légitimes » des pays africains, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte.

Cette position réclame au moins deux sièges permanents dotés des mêmes prérogatives que les membres actuels, ainsi que cinq sièges non permanents. L’Afrique dispose de trois sièges élus, mais est absente de la catégorie permanente, réservée à cinq États.

Le document reprend une demande ancienne sans désigner les pays appelés à représenter le continent. Ce choix appartient aux dirigeants africains, tandis que toute modification du Conseil exige une réforme de la Charte des Nations unies.

Les BRICS ont également rappelé la portée historique de la traite transatlantique et de l’esclavage racialisé des Africains, qualifiés de crimes les plus graves contre l’humanité. Cette reconnaissance rejoint les demandes africaines en faveur de la justice historique, de la mémoire et des réparations.

Financements en monnaies locales

Sur le terrain économique, le groupe souhaite développer l’utilisation des monnaies nationales dans le commerce et les investissements, ainsi que des systèmes de paiement transfrontaliers. La déclaration ne crée pas de monnaie commune, mais privilégie une évolution progressive des mécanismes existants.

La Nouvelle Banque de développement est appelée à accroître ses financements, notamment en monnaies locales, et à mobiliser davantage de capitaux privés. Pour les économies africaines, cette orientation peut diversifier les ressources disponibles et réduire certains risques liés aux emprunts libellés en devises étrangères.

Énergie, agriculture, sécurité alimentaire, gestion de l’eau et infrastructures figurent parmi les autres domaines de coopération retenus. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie, membres africains du groupe, pourront porter ces priorités dans les futurs programmes.

La portée concrète de la déclaration dépendra des financements engagés, des projets approuvés et de la capacité des membres à transformer leur consensus politique en décisions applicables. Pour l’Afrique, New Delhi fournit surtout un appui diplomatique supplémentaire à une réforme réclamée depuis deux décennies.

Bébés siamoises : Après la prouesse, le temps du suivi

La séparation réussie de deux nouvelles-nées constitue une avancée majeure pour la chirurgie pédiatrique malienne. Mais, parce qu’elles partageaient notamment une seule vessie et un seul côlon, l’opération ouvre une période de surveillance déterminante pour leur rétablissement.

Nées le 29 août au CHU Gabriel-Touré, les jumelles conjointes partageaient une partie de leurs systèmes digestif et urinaire. Leur séparation, présentée par les autorités sanitaires comme une première au Mali, a mobilisé des chirurgiens pédiatriques, anesthésistes-réanimateurs, cardiologues, radiologues, pharmaciens, laborantins et personnel du bloc opératoire. Selon le Dr Djiré Mohamed Kassoum, membre de l’équipe médicale, l’intervention a duré environ trois heures. Lors du point de presse du 11 septembre, le Professeur Yakaria Coulibaly, Chef du service de Chirurgie pédiatrique, a expliqué que la vessie commune avait été divisée. Le côlon a été attribué à l’une des enfants, tandis qu’une ouverture temporaire permettant l’évacuation des selles a été aménagée pour l’autre. Les deux bébés restent depuis lors sous surveillance médicale continue.

Un rétablissement sous étroite surveillance

Après la séparation, la première préoccupation consiste à vérifier que chaque enfant produit suffisamment d’urine, que ses reins fonctionnent correctement et qu’aucune fuite ni obstruction n’apparaît. Oumou Touré, pédiatre au Centre de santé de référence de la Commune V, précise qu’il s’agit d’un contrôle essentiel après ce type d’intervention.

Sur le plan digestif, l’équipe suit la reprise du transit et introduit progressivement l’alimentation. Une attention particulière porte sur les sutures et l’ouverture temporaire pratiquée chez l’une des jumelles. Toute anomalie peut provoquer une infection abdominale et réclamer une prise en charge rapide.

L’infection est justement l’une des principales complications redoutées après une opération aussi lourde. Les défenses des nouvelles-nés étant encore fragiles, la température, l’état général, les plaies et les résultats des analyses font l’objet de contrôles réguliers pour détecter rapidement tout signe inquiétant.

La nutrition compte également dans le rétablissement. L’alimentation s’adapte à la tolérance digestive de chaque bébé. La prise de poids, l’hydratation et la croissance renseignent ensuite sur leur évolution.

Les deux enfants peuvent évoluer différemment. Leur suivi est donc individuel et porte notamment sur les fonctions urinaire et digestive, la croissance et la cicatrisation. Les médecins détermineront les soins, le rythme des contrôles et la nécessité d’autres interventions en fonction de l’évolution de chacune. Une vigilance appelée à durer plusieurs années. La séparation constitue une première victoire. Sa réussite durable repose désormais sur la continuité des soins et l’accompagnement des jumelles comme de leur famille.

Joseph Amara Dembélé

SENARE : De nouveaux outils pour la réconciliation

Ouverte ce mardi 15 septembre, la cinquième Semaine nationale de la Réconciliation intervient dans un cadre renouvelé. Charte, Observatoire, nouvelle Agence et mécanismes locaux composent désormais une politique dont l’efficacité se lira dans les communautés et auprès des victimes.

Le Mali célèbre, du 15 au 21 septembre, la cinquième édition de la Semaine nationale de la Réconciliation (SENARE). Son thème, « Éducation, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour une paix au sein de l’AES et de la sous-région », rattache la paix à la formation du citoyen et aux valeurs culturelles.

Le programme comprend des conférences-débats, des activités artistiques, éducatives et sportives ainsi que des dons de sang. Des délégations du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée sont annoncées.

Prévue par la Loi d’Entente nationale de 2019, la SENARE a connu sa première édition en septembre 2022.

Elle devait contribuer à restaurer un tissu social affaibli par la crise ouverte en 2012. Quatre ans plus tard, le rendez-vous accompagne de nouveaux textes et de nouvelles structures.

Cadre

La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation, promulguée le 22 août 2025, constitue la principale évolution. Issue des recommandations du Dialogue inter-Maliens, elle réunit en 106 articles les orientations retenues pour la sécurité, la cohésion sociale, la justice, la réparation et le vivre-ensemble.

Dans son adresse du Nouvel An 2026, le Président de la Transition, Assimi Goïta, en résumait l’esprit : « la paix véritable ne s’impose pas : elle se construit. Elle exige la vérité, le dialogue et la confiance entre Maliens ».

L’Observatoire pour la Paix et la Réconciliation nationale complète ce dispositif. Ses 30 membres ont été nommés en mars 2026, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Placé auprès de la Présidence, il suit l’application de la Charte et formule des recommandations.

Le Conseil des ministres a également adopté en juin les textes créant l’Agence nationale pour la Consolidation de la Paix, issue de la restructuration de l’Agence de Développement du Nord du Mali. Son action couvre la réconciliation, la cohésion sociale et les zones fragiles. La coordination de ces structures et de leurs interventions devient déterminante.

Terrain

À Gao, l’ouverture régionale a permis de présenter des actions déjà engagées. L’Équipe d’appui à la Réconciliation accompagne la création de Comités communaux et intervient dans le règlement amiable de différends fonciers ou de conflits liés à la succession de chefs de village, de quartier et de fraction.

Le Projet de consolidation de la résilience et de la cohésion sociale couvre 34 villages et 15 quartiers dans sept communes, dont Gao, Ansongo et Bourem. Soumaïla Sangaré, représentant du Gouverneur, a rappelé que ces activités participaient à la paix et à la cohésion sociale.

Ces médiations ramènent la réconciliation aux réalités quotidiennes : un champ, un pâturage, une chefferie contestée, le retour d’une famille déplacée ou l’accès à un service public. Autorités communales, légitimités traditionnelles, femmes et jeunes y occupent une place essentielle.

Victimes

En juillet 2025, l’Autorité de gestion des réparations faisait état de 30 235 dépositions recueillies depuis 1960, dont 3 486 lors de consultations collectives dans 81 villages de Mopti, Gao et Kidal. Pour l’heure, il n’y a toujours pas de bilan actualisé des réparations réalisées depuis cette présentation.

La reconnaissance des préjudices, l’accès à la justice, les réparations et le retour des déplacés participent à la restauration de la confiance. Leur articulation avec la Charte, l’Observatoire et la nouvelle Agence permettra d’apprécier la portée concrète de la politique nationale.

Résultats

Le pays dispose aujourd’hui d’un texte de référence, d’un organe de suivi, d’une agence spécialisée et de relais territoriaux. Leurs ressources, leur calendrier commun et leurs premiers résultats restent cependant peu documentés publiquement.

Médiations conclues, victimes accompagnées, déplacés revenus dans leur localité et projets communautaires réalisés constituent les repères les plus concrets. Après cinq éditions de la SENARE, la réconciliation nationale dispose de plusieurs outils. Leur cohérence et les changements observés dans les localités diront ce qu’ils apportent réellement aux populations, alors que les violences et l’insécurité continuent d’affecter plusieurs régions du pays.

Massiré Diop

Burkina Faso : La citoyenneté à l’école du patriotisme

Au Burkina Faso, l’Immersion patriotique obligatoire est devenue l’un des principaux instruments de formation citoyenne. Lancé en 2025 auprès des nouveaux bacheliers, le dispositif gagne en ampleur et touche désormais d’autres catégories de la population.

Pendant un mois, quelque 65 000 nouveaux bacheliers ont suivi, entre le 28 juillet et le 27 août 2026, une formation consacrée au patriotisme, au civisme, à la discipline et à l’engagement citoyen. La deuxième édition de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO) s’est achevée au Stade du 4 Août, à Ouagadougou, en présence du Président Ibrahim Traoré.

Le dispositif est récent. L’immersion a été instituée par un décret adopté en Conseil des ministres le 2 mai 2025 pour les élèves admis au BEPC, au CAP et au Baccalauréat. Son déploiement progressif a commencé avec les nouveaux bacheliers. Les formations associent enseignements théoriques, exercices physiques et activités sportives afin de renforcer la discipline, la résilience et le sens des responsabilités.

La première cohorte avait réuni 59 179 bacheliers, dont 30 664 filles, sur 136 sites répartis dans 23 localités. Les modules portaient notamment sur le civisme, l’histoire politique du Burkina Faso, la construction de l’État, la sécurité numérique, l’entrepreneuriat et l’engagement citoyen. En 2026, les contenus pédagogiques ont été renforcés, tout comme la formation des encadreurs et le dispositif de suivi et d’évaluation.

Former le « nouveau Burkinabè »

Les autorités rattachent clairement l’exercice à leur projet de refondation. Humilité, solidarité, discipline, dignité et responsabilité figurent parmi les valeurs mises en avant. L’ambition affichée consiste à former un citoyen conscient de ses devoirs envers la Nation et disposé à servir le pays.

La démarche dépasse désormais le milieu scolaire. En avril, 508 agents de la Primature ont effectué une immersion à Loumbila, combinant activités physiques et formation civique. À partir du 30 juin, une deuxième cohorte d’environ 60 cadres de la Présidence a suivi une immersion patriotique et militaire de 21 jours. En août, le Camp de Vacances Faso Mêbo a accueilli 549 jeunes autour de la discipline et d’activités communautaires.

Le pari burkinabè consiste donc à faire du patriotisme un apprentissage organisé. À la clôture de la dernière IPO, le Capitaine Ibrahim Traoré a affirmé que le pays avait besoin de « citoyens convaincus et engagés ». L’ampleur du dispositif est établie et son efficacité durable restera à documenter après le retour des participants à l’école, à l’université, dans l’administration ou dans leur communauté.

Mohamed Kenouvi

22 Septembre : 66 ans après, le défi citoyen

Civisme, patriotisme et éducation aux valeurs au Mali occupent une place croissante dans les politiques publiques. À l’occasion du 66ème anniversaire de l’indépendance, reste à mesurer leur capacité à faire émerger le « Maliden Kura ».

Au lendemain de l’indépendance, proclamée le 22 septembre 1960, le Mali devait bâtir son État, consolider son unité et former un citoyen appelé à participer à l’effort collectif et à faire primer l’intérêt général.

« Le bon citoyen devait accepter certains sacrifices, respecter l’autorité publique, participer à l’effort collectif et placer l’intérêt général au-dessus de ses intérêts personnels », rappelle l’historien Modibo Diallo, ancien Directeur du Mémorial Modibo Keïta. Alphabétisation, développement rural et travaux communautaires traduisaient cette conception concrète du patriotisme. « Le patriotisme se manifestait moins par les discours que par la disponibilité à travailler, à servir et à supporter les difficultés », souligne-t-il.

Plus de six décennies plus tard, sécurité, emploi, revenus, éducation et santé ont transformé le rapport entre l’État et le citoyen. Pour Modibo Diallo, ces attentes ne traduisent pas un moindre patriotisme, mais une confiance fragilisée lorsque l’engagement collectif paraît sans retour.

Le civisme en chantier

Les articles 23 à 29 de la Constitution de 2023 énoncent plusieurs devoirs : respect de la Constitution, défense de la Patrie, protection de l’environnement, solidarité en cas de calamité, obligations fiscales, protection du bien public et probité dans l’exercice d’une mission publique. Mais la citoyenneté repose aussi sur des droits, notamment l’égalité devant la loi, la liberté d’expression, la participation à la vie publique et l’accès à la justice.

Lancé en avril 2024, le Programme national d’Éducation aux Valeurs (PNEV) et son Plan d’actions 2024 – 2028 associent l’éducation civique, morale et patriotique à la transmission des valeurs dans la famille, l’école, l’administration, la communauté et les médias.

La montée mensuelle des couleurs participe de la même dynamique. Devenue un rendez-vous régulier en 2021, elle est organisée le premier lundi de chaque mois à Koulouba et dans de nombreuses administrations afin de promouvoir le respect des symboles nationaux et le devoir civique.

Le Service national des jeunes y ajoute une dimension pratique. Institué par la Loi du 7 juillet 2016, il vise la formation physique, civique et professionnelle. En février 2026, la septième cohorte du SNJ, constituée de fonctionnaires et d’élèves fonctionnaires, a rejoint Bapho pour six mois de formation militaire obligatoire.

La période 2026 – 2027, décrétée « Année de l’Éducation et de la Culture » par le Président de la Transition, prolonge cette orientation, avec l’ambition de former un citoyen patriote, compétent et responsable.

Cependant, programmes, cérémonies et formations ne garantissent pas à eux seuls l’enracinement du civisme. Modibo Diallo pointe une contradiction persistante : « le Malien parle beaucoup de patriotisme, mais le civisme quotidien reste fragile. » Le problème, poursuit-il, n’est pas « l’absence d’amour du pays, mais l’écart entre les valeurs proclamées et les comportements observés ».

Deux citoyennetés à rapprocher

Pour le sociologue Pr Ibrahima N’Diaye, enseignant-chercheur et Directeur du Centre de Formation Multipolaire Do Kayidara, la difficulté se situe aussi dans l’histoire sociale du pays.

Selon lui, le citoyen malien se trouve au croisement de deux réalités institutionnelles. D’un côté, les formes de légitimité héritées des royaumes, des communautés, des autorités traditionnelles et des organisations socioprofessionnelles. De l’autre, la citoyenneté républicaine portée par la Constitution, l’administration et les institutions modernes.

« Entre les deux, il y a eu plus de divorces que de mariages », résume le sociologue. Lorsque les règles de la République prennent en compte les réalités sociales et culturelles, les deux univers peuvent cohabiter. Lorsqu’elles les heurtent, le citoyen revient plus volontiers vers les références dans lesquelles il se reconnaît.

Présentée au Conseil des ministres le 24 juillet 2026, puis approuvée par décret le 12 août, la Stratégie nationale de Mobilisation citoyenne et son plan d’actions 2026 – 2027, placés sous la responsabilité du ministère chargé de la Construction citoyenne, reposent sur quatre axes : « Maliden Kura », « Maaya ni Danbé », « Mali kura jɔsen » et « Faso ɲɛta Kounafoni ». Ils portent respectivement sur la responsabilité citoyenne, l’identité culturelle, l’exemplarité civique et l’accès à une information fiable.

Lancé le 8 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta, « Danbé Bulon » s’inscrit dans cette logique. Animé par les « Danbé Kolosibaw », ce vestibule socio-éducatif entend transmettre aux jeunes les valeurs du « Danbé » et du « Maaya » et contribuer à l’émergence du « Maliden Kura ».

Inscrire l’effort dans la durée

Pour Ibrahima N’Diaye, la première exigence consiste à parler au citoyen dans une langue qu’il comprend. « On ne pourra jamais former nos citoyens, en faire des personnes conscientes réellement de leurs droits et de leurs devoirs, tant qu’on s’exprimera dans une langue autre que celle parlée par les populations », soutient-il.

Pour lui, l’usage des langues nationales officielles est essentiel. « On atteint l’esprit et le cœur de quelqu’un en lui parlant clairement dans sa langue », affirme-t-il. La traduction du PNEV dans quatorze langues nationales et sa version sonore vont dans ce sens. Encore faut-il que ces supports atteignent durablement les écoles, les familles, les radios et les communautés.

La continuité des politiques constitue une autre exigence. « Beaucoup de ce qui a été fait en bien, malheureusement, n’a pas duré », regrette le sociologue. L’éducation citoyenne doit, selon lui, s’installer dans les programmes scolaires, les émissions de radio et de télévision et les espaces de transmission sociale, plutôt que dépendre de campagnes ponctuelles.

Pr Ibrahima N’Diaye estime également que l’État n’a pas suffisamment « pris à bras-le-corps la question de la formation du citoyen » durant les dernières décennies. Selon lui, cette mission a longtemps été confiée aux partis politiques, aux associations, aux syndicats et à la société civile, sans produire les résultats attendus.

Le sociologue perçoit néanmoins des évolutions. Les crises traversées par le pays auraient poussé une partie de la population à s’interroger davantage sur les questions nationales. « De plus en plus de jeunes s’engagent par patriotisme, par volontariat », observe-t-il, jugeant ce changement perceptible sur le terrain.

Un contrat à reconstruire

Pour Modibo Diallo, la multiplication récente des appels au civisme traduit à la fois une continuité avec les premières années de l’indépendance et des fragilités accumulées. « Si l’on doit rappeler constamment aux citoyens qu’ils doivent respecter les règles, protéger les biens publics ou faire preuve de patriotisme, c’est que ces valeurs ne vont plus toujours de soi », observe-t-il.

La relation doit aussi fonctionner dans l’autre sens. « On ne peut pas dire durablement au citoyen de faire son devoir pour l’État sans lui permettre de demander ce que l’État fait pour lui », insiste l’historien.

Le respect de la loi, le paiement de l’impôt, la protection du bien public et le refus de la corruption gagnent en crédibilité lorsqu’ils trouvent leur pendant dans la justice, l’égalité devant la loi, la sécurité, la qualité des services publics et la reddition des comptes. Pour l’historien, il s’agit de reconstruire « un contrat civique réciproque » entre un citoyen responsable et un État tenu à ses obligations.

Cette cohérence nécessaire entre les valeurs enseignées et les réalités vécues constitue l’un des points sensibles du chantier. « Une culture citoyenne ne se décrète pas. Elle se construit par l’expérience quotidienne », insiste l’ancien Directeur du Mémorial Modibo Keïta. L’efficacité des dispositifs se jugera aussi à leur continuité, à leur présence hors de Bamako et à des résultats rendus publics.

« Le citoyen ne devient durablement civique ni par la peur, ni par les slogans, ni par les injonctions morales : il le devient lorsqu’il constate que la règle est la même pour tous, que l’effort est reconnu, que le bien public est effectivement public et que l’État tient sa parole », tranche-t-il.

Mohamed Kenouvi

UNICEF : 343,7 millions de dollars prévus, la majorité à mobiliser

Le nouveau programme de coopération avec le Mali couvrira la période 2027-2031. L’éducation recevrait la première enveloppe sectorielle, mais 235,5 millions de dollars dépendront de contributions affectées à des activités précises.

Le Conseil d’administration de l’UNICEF a approuvé, au début de septembre à New York, son programme de coopération avec le Mali pour la période allant de janvier 2027 à décembre 2031. Le document prévoit un budget indicatif de 343,662 millions de dollars destiné à la santé, à la nutrition, à l’éducation, à la protection de l’enfance, à l’accès à l’eau et à la protection sociale.
Cette somme représente le cadre financier envisagé pour cinq ans. Elle se compose de 108,205 millions de dollars issus des ressources ordinaires de l’UNICEF et de 235,457 millions provenant d’autres ressources, sous réserve de la disponibilité de contributions destinées à des actions déterminées.
Près de 68,5 % du budget dépendront ainsi de financements à mobiliser auprès des partenaires. Le montant approuvé fixe les ambitions et la répartition prévisionnelle du programme. Les activités effectivement réalisées seront fonction des ressources obtenues au cours de la période.
Le nouveau cadre prendra la suite du programme engagé en 2020 et prolongé jusqu’à la fin de 2026. Sa mise en œuvre sera assurée avec le gouvernement malien, sous la supervision générale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
L’éducation représente le premier poste sectoriel avec 71,051 millions de dollars. Le programme veut améliorer l’accès à l’école, la qualité des apprentissages fondamentaux et les possibilités de formation offertes aux adolescents.
Le document estime qu’entre un et deux millions d’enfants âgés de 6 à 17 ans se trouvent hors du système scolaire. L’insécurité et les inondations ont également contribué à la fermeture d’environ 3 000 établissements, selon les données retenues lors de la préparation du programme.
L’une des cibles consiste à ramener de 38 % à 28 % la proportion d’enfants en âge de fréquenter le primaire qui restent hors de l’école. Pour le premier cycle du secondaire, cette proportion devrait passer de 45 % à 36 %.
Le programme prévoit aussi des objectifs portant sur les résultats scolaires. En deuxième année du primaire, la proportion d’élèves atteignant le niveau minimal en lecture devrait progresser de 39 % à 43 %. En sixième année, elle passerait de 13 % à 23 %, tandis qu’en neuvième année elle évoluerait de 9,85 % à 15 %.
Ces indicateurs nationaux dépendent de plusieurs acteurs. Les recrutements d’enseignants, la réouverture des écoles, la disponibilité des manuels, la sécurité des déplacements et le financement public de l’éducation pèseront autant que les interventions de l’UNICEF.
Santé, nutrition et eau
La santé reçoit une enveloppe indicative de 54,197 millions de dollars. Le programme doit soutenir la vaccination, la santé maternelle et néonatale, les soins destinés aux enfants et la continuité des services dans les zones difficiles d’accès.
La mortalité des enfants de moins de cinq ans est estimée à 91 décès pour 1 000 naissances vivantes. Environ la moitié des enfants âgés de 12 à 23 mois ont reçu l’ensemble des vaccins prévus par le calendrier national, tandis que 13 % n’ont reçu aucun vaccin.
L’UNICEF prévoit de renforcer les services de proximité, les chaînes d’approvisionnement en médicaments et vaccins ainsi que le système national d’information sanitaire. Les données produites par les établissements devront permettre d’identifier les localités où la couverture reste la plus faible.
La nutrition dispose de 38,413 millions de dollars. Un quart des enfants maliens souffrent d’un retard de croissance, 5 % d’émaciation et 74 % d’anémie, d’après les données reprises dans le document de programme.
Les interventions doivent se concentrer sur les mille premiers jours de la vie, le dépistage communautaire et la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère. Le nombre d’enfants de 6 à 59 mois traités pour cette forme grave de malnutrition devrait atteindre 300 000, contre un niveau de référence de 278 581 en 2024.
L’eau, l’assainissement et l’adaptation climatique bénéficient de 41,990 millions de dollars. Le programme fixe pour cible de porter de 81 % à 90 % la part de la population utilisant des services d’approvisionnement en eau potable gérés en toute sécurité. Pour l’assainissement, l’objectif passe de 55 % à 75 %.
Ces moyennes nationales devront être accompagnées de résultats par région. L’accès déclaré à un point d’eau renseigne peu sur son débit, sa qualité, sa distance par rapport aux habitations ou la fréquence des pannes. La durabilité des ouvrages dépendra de leur entretien et de la capacité des collectivités à financer les réparations.
Protéger les enfants et les familles
La protection de l’enfance reçoit 35,777 millions de dollars. Les actions couvriront l’état civil, les violences, l’exploitation, les pratiques préjudiciables, la justice des mineurs et le soutien psychosocial.
Le taux national d’enregistrement des naissances est évalué à 89 %, mais les écarts territoriaux restent importants. Le programme estime que plus d’un million d’enfants n’ont pas été enregistrés à la naissance, notamment en raison des déplacements et de la crise.
L’absence d’acte de naissance peut compliquer l’inscription à l’école, l’accès aux examens, l’établissement d’autres documents administratifs et la reconnaissance de l’âge d’un enfant devant la justice. Le programme prévoit de renforcer les services d’état civil et leur accessibilité dans les zones rurales ou difficiles à atteindre.
Les politiques sociales et l’inclusion disposent de 44,976 millions de dollars. Seulement 2 % des enfants bénéficient actuellement d’une protection sociale formelle, selon le diagnostic présenté par l’UNICEF. Le nombre d’enfants couverts par des programmes capables de répondre aux catastrophes et aux chocs environnementaux devrait passer d’environ 2,64 millions à 3,08 millions.
Une dernière enveloppe de 57,258 millions de dollars est consacrée à l’efficacité du programme. Elle couvre notamment la coordination, le suivi, la préparation aux urgences, la gestion des risques, la mobilisation des ressources, la communication et la responsabilité envers les populations bénéficiaires. Elle ne correspond donc pas entièrement à des services directement délivrés aux enfants, mais doit permettre le fonctionnement transversal des différentes composantes.
Onze régions prioritaires
Le programme concentrera une partie importante de ses interventions dans onze des vingt régions administratives du Mali. Situées principalement dans le Centre et le Sud, elles regroupent plus des trois quarts des enfants du pays.
Dans les zones accessibles, l’UNICEF prévoit des services combinant santé, nutrition, éducation, eau, assainissement, protection et accompagnement social. Dans les secteurs où l’accès reste difficile, le dispositif reposera davantage sur les services mobiles, les organisations locales et le suivi à distance.
Ce choix tient compte du poids de la crise humanitaire. En 2025, plus de 415 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, dont environ 240 700 enfants. Sur les 5,1 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire, 2,8 millions étaient des enfants.
L’insécurité peut toutefois interrompre les activités, limiter les déplacements du personnel et renchérir l’acheminement des équipements. Le recours aux acteurs communautaires facilite l’accès, tout en exigeant des contrôles sur la qualité des prestations, la gestion des fonds et la protection des bénéficiaires.
Suivre l’argent et les résultats
Le montant de 343,662 millions de dollars devra être suivi à travers plusieurs données distinctes. Il faudra connaître les ressources effectivement mobilisées, les sommes engagées, les dépenses exécutées et les résultats obtenus dans chaque secteur.
La publication annuelle de ces informations permettrait de mesurer l’écart entre le budget indicatif et les financements disponibles. Elle préciserait également les régions couvertes, les partenaires chargés des activités et le nombre d’enfants ayant effectivement reçu un service.
Le programme prévoit des plans de travail biennaux, des évaluations et des ajustements à mi-parcours. L’Institut national de la statistique et les systèmes d’information des ministères doivent contribuer à la mesure des résultats.
Les 343,7 millions de dollars donnent une dimension financière au nouveau partenariat. Sa portée dépendra désormais de la mobilisation des 235,5 millions attendus auprès des partenaires, puis de la traduction des dépenses en vaccinations, traitements nutritionnels, retours à l’école, documents d’état civil, points d’eau fonctionnels et protections accessibles aux familles.
Massiré Diop

Justice : 141 places, des renforts à former pendant deux ans

Le dépôt des candidatures commence ce lundi pour cent auditeurs de l’ordre judiciaire, vingt de l’ordre administratif et vingt et un de l’ordre des comptes. Les lauréats devront achever une formation probatoire de vingt-quatre mois avant leur nomination comme magistrats.

Le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme ouvre, ce lundi 14 septembre, la réception des candidatures au concours de recrutement de 141 auditeurs de justice. Les dossiers pourront être déposés jusqu’au 13 octobre à 16 heures, soit à la Direction nationale de l’administration de la justice, à Banankabougou, soit sur le portail numérique consacré au concours.
Sur les 141 places, 100 reviennent à l’ordre judiciaire. Les ordres administratif et des comptes disposent respectivement de 20 et 21 places. Un peu plus de sept recrutements sur dix sont donc destinés aux juridictions qui traitent notamment les affaires civiles, pénales, commerciales et sociales.
Les candidats doivent être de nationalité malienne et avoir entre 18 et 43 ans au 31 décembre 2026. La limite peut être portée à 45 ans en tenant compte de certains services administratifs ou militaires accomplis. Le concours est accessible aux titulaires d’au moins une licence en droit, économie, gestion, finances publiques ou administration publique, ainsi qu’aux détenteurs d’un diplôme reconnu équivalent.
La date des épreuves doit être annoncée ultérieurement. Elles se dérouleront dans un centre unique à Bamako. Cette centralisation obligera les candidats établis dans les régions à prévoir leur déplacement et leur séjour dans la capitale, même si le dépôt en ligne peut leur éviter un premier voyage.
Des auditeurs avant de devenir magistrats
Les personnes retenues ne seront pas immédiatement affectées comme juges, procureurs ou magistrats administratifs. Le statut de la magistrature prévoit d’abord une enquête de moralité pour les candidats déclarés admissibles. Les personnes définitivement admises sont ensuite nommées auditeurs de justice par arrêté du ministre chargé de la Justice.
À partir de cette nomination, elles entrent dans le corps judiciaire, prêtent serment de respecter le secret professionnel et perçoivent une rémunération. Leur formation reste cependant probatoire.
L’Institut national de formation judiciaire Maître Demba Diallo organise ce parcours sur vingt-quatre mois. La première période est consacrée aux techniques professionnelles, parmi lesquelles la rédaction des décisions, la conduite des entretiens judiciaires, la préparation des audiences et le traitement des dossiers. La deuxième année repose principalement sur des stages en juridiction.
Les auditeurs peuvent alors assister les juges du siège, les juges d’instruction et les magistrats du parquet. Ils participent à certaines activités juridictionnelles sous la responsabilité des magistrats en fonction, sans recevoir de délégation de pouvoir ou de signature.
Un examen final d’aptitude et de classement intervient au terme de la formation. Les auditeurs reconnus aptes choisissent leur première affectation, suivant leur rang, parmi les postes proposés par le ministère. Leur nomination comme magistrats est ensuite prononcée par décret après intervention du Conseil supérieur de la magistrature.
Même si le concours se déroule rapidement, les effets sur les effectifs des juridictions apparaîtront donc après deux années de formation. La date de la première affectation dépendra aussi du calendrier des épreuves, de l’enquête de moralité, du début effectif des cours et de l’examen de sortie.
Trois ordres à pourvoir
La ventilation des places montre que le recrutement concerne plusieurs branches de la justice. Les cent auditeurs de l’ordre judiciaire pourront être orientés, après leur formation, vers des fonctions au siège, à l’instruction ou au parquet.
Les vingt auditeurs de l’ordre administratif sont destinés aux juridictions chargées des litiges impliquant notamment l’administration et les personnes publiques. Les vingt et un postes de l’ordre des comptes doivent contribuer au contrôle juridictionnel des finances publiques.
Le communiqué de recrutement ne fournit pas encore la liste des juridictions appelées à recevoir ces futurs magistrats. Le nombre de postes vacants, les régions prioritaires et la répartition entre le siège et le parquet restent également à préciser.
Ces données permettront de mesurer l’effet territorial de l’opération. Une affectation concentrée dans les principales villes produirait des résultats différents d’un déploiement renforçant aussi les tribunaux éloignés de Bamako ou fragilisés par l’insécurité.
L’Institut devra parallèlement accueillir une promotion importante. Le gouvernement indiquait qu’en 2025, 114 auditeurs de justice effectuaient des stages dans les juridictions. La nouvelle promotion compterait 27 personnes de plus. Sa formation demandera un nombre suffisant d’encadreurs, de maîtres de stage, de salles, de supports pédagogiques et de juridictions d’accueil.
Le recrutement face aux attentes du public
Le renforcement des effectifs répond à des difficultés régulièrement relevées dans le fonctionnement de la justice. Le manque de magistrats et de greffiers peut allonger les délais, accroître le nombre de dossiers confiés à chaque agent et réduire la présence judiciaire dans certaines zones.
Une enquête Afrobarometer publiée en février 2026 donne une mesure des perceptions du public. Seuls 38 % des répondants jugeaient probable l’obtention d’une décision rapide et 45 % estimaient probable une résolution équitable. À peine 21 % déclaraient connaître l’existence d’un service d’aide juridique dans leur communauté.
Le recrutement de magistrats peut contribuer à réduire les délais, à condition d’être accompagné de greffiers, d’agents administratifs, de locaux fonctionnels, de moyens de déplacement et d’un financement régulier des juridictions. L’aide judiciaire et l’information du public restent également nécessaires pour les personnes qui ignorent les procédures ou ne peuvent prendre en charge les frais d’un procès.
Le Conseil des ministres du 11 septembre a adopté, en parallèle, un projet d’ordonnance modifiant le statut de la magistrature. Le texte prévoit le maintien de la rémunération des magistrats appelés à effectuer le service militaire obligatoire et l’instauration d’une indemnité de départ à la retraite. Le montant et les modalités de versement de cette indemnité restent à fixer ou à rendre publics.
Le concours apporte ainsi une réponse à la question des effectifs futurs, tandis que la modification statutaire touche aux conditions de carrière. Le résultat pourra être évalué lorsque les 141 places auront été pourvues, que la formation aura été menée à son terme et que les nouveaux magistrats auront rejoint les juridictions où les besoins sont les plus importants.
Massiré Diop

Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »

La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.

Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?

Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.

Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.

Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.

La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.

Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.

Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.

Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.

Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.

Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.

Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?

Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.

Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.

Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.

Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?

La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.

Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.

Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.

Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.

Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.

L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.

Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?

À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.

La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.

Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.

On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.

Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.

Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?

L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.

Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.

Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.

Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.

Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.

La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.

C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.

Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.

D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.

Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.

Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.

Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.

C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.

Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.

Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.

Choc en Allemagne :  L’AfD conquiert la Saxe-Anhalt

Avec 43,8% des voix en Saxe-Anhalt, le parti AfD a signé le 6 septembre son meilleur résultat dans une élection régionale allemande. Le scrutin ne change pas immédiatement la politique de Berlin, mais il fragilise un équilibre dont dépendent aussi plusieurs choix européens.

Le parti d’extrême droite a obtenu 39 des 83 sièges du Landtag, 3 de moins que la majorité absolue. En face, la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke totalisent eux aussi 39 sièges. Les cinq élus du BSW deviennent ainsi décisifs pour l’investiture du prochain Ministre-président et le fonctionnement du futur gouvernement.

La circonscription de Saxe-Anhalt ne compte pas parmi les Länder les plus puissants d’Allemagne, mais son poids politique est devenu considérable. Située dans l’ex-RDA, elle constitue l’un des principaux bastions de l’AfD et un test grandeur nature de sa capacité à passer de la contestation à l’exercice du pouvoir.

Depuis des années, les principales formations maintiennent un « cordon sanitaire » autour de l’AfD. Celui-ci subsiste, mais son coût augmente lorsqu’un parti approche seul de la moitié des sièges. Le BSW n’a promis aucune coalition avec l’AfD, mais accepte de discuter avec elle et pourrait jouer un rôle décisif au cas par cas.

Le vote confirme aussi une rupture plus profonde. L’AfD passe de 20,8% en 2021 à 43,8% dans le Land, après avoir obtenu 20,8% aux législatives fédérales de 2025. Ce n’est pas la fin de la gauche en Allemagne, déjà dirigée par le conservateur Friedrich Merz, mais l’affaiblissement du vieux centre CDU-SPD.

Un avertissement pour l’Europe

Les effets les plus sensibles se joueront à Berlin. L’AfD réclame une politique migratoire beaucoup plus restrictive, conteste l’aide militaire à l’Ukraine et défend un rapprochement avec Moscou, ainsi qu’un assouplissement des sanctions contre la Russie.

Pour l’Union européenne, l’enjeu est important. En effet, l’Allemagne reste sa première économie et, avec la France, l’un de ses principaux moteurs politiques. Pourtant, une polarisation durable compliquerait le couple franco-allemand sur la défense, l’Ukraine, la migration et l’intégration européenne.

Ainsi, il convient de reconnaître que le scrutin ne livre pas encore totalement la Saxe-Anhalt à l’AfD. Il montre surtout qu’elle est désormais assez puissante pour peser sur les coalitions, déplacer le débat national et, à terme, influencer les choix européens de l’Allemagne.

Massiré Diop

Mois du tourisme au Mali : Relancer l’économie par la clientèle locale

Du 1er au 30 septembre 2026, le Mali organise la première édition du Mois du tourisme, pour stimuler les déplacements à l’intérieur du pays. L’objectif économique est d’accroître la fréquentation des hôtels, restaurants, agences de voyages, transporteurs et artisans et les autres activités liées au tourisme.

« Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme » est le thème retenu par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Pour Yamadou Diallo, Secrétaire général de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière du Mali, cette initiative prolonge les efforts engagés pour relancer un secteur affaibli depuis plus d’une décennie.

Les chiffres montrent l’ampleur du recul. En 2019, le Mali avait enregistré 217 050 arrivées de visiteurs, selon les statistiques nationales. À son apogée, le pays accueillait entre 200 000 et 300 000 touristes par an et engrangeait environ 120 milliards de francs CFA de recettes, selon Mali Tourisme. La contribution du secteur au PIB, autrefois proche de 3%, tourne aujourd’hui autour de 1%, selon le ministre Mamou Daffé.

Consommer localement

Le tourisme intérieur apparaît dès lors comme un moyen de remettre en mouvement une chaîne économique touchée par la baisse de la clientèle étrangère. Le Bamako City Tour 2026, organisé du 18 juillet au 27 septembre, propose des circuits dans la capitale et ses environs. Le programme « Les Maliens visitent le Mali » prévoit également des déplacements à l’intérieur du pays.

Selon Yamadou Diallo, cette clientèle peut « combler le déficit de l’arrivée des étrangers ». Les professionnels de l’hébergement comptent proposer des tarifs préférentiels pour attirer davantage les familles et soutenir l’activité des établissements.

L’effet recherché ne se limite pas aux nuitées. Chaque déplacement génère des dépenses de restauration, de transport, d’artisanat et de services. En 2023, les entreprises touristiques ont créé 1 768 emplois directs, dont 943 dans la restauration, 386 dans l’hébergement et 371 dans les agences de voyages, selon la Direction nationale du tourisme et de l’hôtellerie.

Le secteur reste toutefois confronté aux difficultés de financement et d’investissement. Pour les professionnels, le tourisme interne ne remplacera pas rapidement les recettes autrefois apportées par les visiteurs étrangers. Mais une clientèle nationale plus régulière peut aider les entreprises à maintenir leurs services, préserver des emplois et faire circuler davantage de revenus dans les territoires sur la durée.

Forum du développement durable : les acteurs maliens invités à miser sur l’action locale

Les collectivités territoriales seront au centre de la 6ᵉ édition du Forum du développement durable (FDD6), prévue les 6 et 7 octobre 2026. Placée sous le thème « Collectivités territoriales et durabilité : des solutions locales pour un avenir prospère et inclusif », la rencontre veut favoriser le dialogue entre les acteurs et faire émerger des réponses adaptées aux réalités de chaque territoire.

Le développement durable prend forme dans les grandes orientations nationales comme dans la vie quotidienne des populations. Sur le terrain, il concerne l’accès à l’emploi et aux services essentiels, la gestion de l’eau et des ressources naturelles, la préservation des terres ainsi que le développement des activités économiques. Le Forum du développement durable entend consacrer sa 6ᵉ édition à cette dimension territoriale.
Organisé par le Centre international pour le conseil et la formation (CICF), le FDD6 veut accorder une place plus importante aux collectivités territoriales et aux acteurs directement engagés dans la vie économique et sociale locale. L’objectif affiché est de renforcer les liens entre les collectivités, l’État, les entreprises, les communautés, les jeunes, les universités, les institutions financières et les partenaires techniques.
Les collectivités maliennes sont confrontées à des difficultés étroitement liées. La dégradation des terres, les effets du changement climatique, la pression sur les ressources naturelles, la gestion de l’eau et la restauration des espaces dégradés forment une première série de préoccupations.
Les questions économiques et sociales occupent une place tout aussi importante. Elles concernent notamment l’emploi des jeunes, le financement des projets, la gouvernance, le développement des économies locales et l’inclusion des populations vulnérables.
La capacité des territoires à transformer leurs ressources et leurs potentialités en activités créatrices de valeur constitue un autre sujet central. Ces atouts doivent pouvoir générer des emplois, des revenus et des perspectives durables pour les populations locales.
Le FDD6 entend précisément examiner l’articulation entre ces différentes dimensions. Les questions environnementales, économiques et sociales seront ainsi abordées sous l’angle commun du développement territorial.
Six axes de réflexion
La programmation de cette édition s’articulera autour de six panels. Ils porteront sur le capital humain et l’emploi durable, le marché carbone et l’environnement, la gouvernance et le financement durable, les chaînes de valeur et l’inclusion sociale, les réseaux et les territoires, ainsi que les mines et le développement local.
Le marché carbone devrait occuper une place importante dans les échanges. Les possibilités de financement associées à ce mécanisme s’accompagnent d’exigences en matière de transparence, de gouvernance et d’intégrité. Les acteurs locaux devront disposer des connaissances nécessaires pour en mesurer les avantages, les conditions d’accès et les risques.
Le partenariat noué avec le Projet de restauration des terres dégradées au Mali (PRTD-Mali) constitue également l’une des particularités de cette édition. Il doit permettre d’approfondir les discussions sur la restauration des terres, la résilience climatique, la gestion des ressources naturelles et les possibilités économiques offertes par les territoires.
Le FDD6 se présente comme une plateforme de dialogue entre des acteurs aux responsabilités et aux expériences diverses. Institutions publiques, collectivités territoriales, entreprises, organisations professionnelles, banques, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile, chercheurs, entrepreneurs, jeunes, experts et médias sont attendus autour de la même table.
Cette diversité doit faciliter la rencontre entre les besoins recensés et les réponses disponibles. Une collectivité confrontée à une difficulté pourra ainsi échanger avec une entreprise proposant une solution, une institution financière capable de soutenir un projet ou une université disposant de compétences et de travaux de recherche adaptés.
Les organisateurs souhaitent que les échanges débouchent sur des partenariats concrets, l’identification d’initiatives pouvant être reproduites dans les territoires et une meilleure valorisation des projets portés par les jeunes. Le forum doit également aider les participants à mieux comprendre les mécanismes de finance durable et le fonctionnement des marchés carbone.
Joseph Amara Dembélé

Aigles du Mali : Anthony Da Silva rebat les cartes pour les éliminatoires de la CAN 2027

Le sélectionneur national Anthony Da Silva a dévoilé, ce 10 septembre 2026, sa première liste de 26 joueurs pour le début des éliminatoires de la CAN 2027. De nouveaux visages apparaissent, tandis que plusieurs habitués manquent à l’appel.

Quinze joueurs de la dernière CAN sont toujours là, tandis que treize autres n’ont pas été retenus. Derrière ces chiffres, la première sélection d’Anthony Da Silva associe des cadres confirmés, des joueurs de retour et quelques nouveaux profils.

Un choix que le technicien franco-portugais inscrit dans une logique de mérite. « La porte de la sélection malienne est ouverte à tout joueur qui correspond à nos critères », a-t-il expliqué lors de la conférence de presse, citant notamment le travail au quotidien, le comportement, l’état d’esprit, les performances et la régularité en club.

Anthony Da Silva conserve notamment Djigui Diarra, Hamari Traoré, Amadou Haïdara et Lassine Sinayoko, autant de points d’appui pour entamer son mandat. Au milieu, Aliou Dieng, Lassana Coulibaly, Mamadou Sangaré et Kamory Doumbia apportent également leur expérience internationale. Devant, El Bilal Touré, Nene Dorgeles et Gaoussou Diarra sont reconduits. La défense garde aussi Ousmane Camara, Amadou Danté et Nathan Gassama.

Le groupe fait par ailleurs une place à Modibo Sagnan, Daouda Guindo, Cheick Keita, Ousmane Diakité, Issa Djiguiba et Moussa Sylla, tous absents de la liste pour la CAN au Maroc.

Du sang neuf autour des cadres

Dans les buts, le nouveau patron des Aigles fait appel à Émile Doucouré. Le gardien de 18 ans, arrivé à Genk en février après ses débuts dans l’élite belge avec le Beerschot, rejoint Djigui Diarra, Mamadou Samassa et Ngolo Traoré. Ce dernier, sociétaire du Stade malien, est le seul représentant du championnat national.

Adama Camara découvre également le groupe des Aigles. Pour le joueur du Paris FC, cette convocation prolonge une ascension entamée dans le football amateur. Passé notamment par le Racing Club de France, il a signé son premier contrat professionnel en 2023, à 26 ans.

Ange Martial Tia poursuit, lui, son chemin des sélections de jeunes vers les seniors. Formé à Afrique Football Élite et désormais au Stade de Reims, le milieu offensif faisait partie de l’équipe malienne troisième du Mondial U17 en 2023.

Almamy Gory connaît également sa première convocation avec les Aigles. L’attaquant d’Abha, passé notamment par Le Havre, Troyes et le Paris FC, fait partie des nouveaux visages retenus par Anthony Da Silva pour ce premier rassemblement.

Bissouma et plusieurs habitués hors du groupe

Une partie des absences s’explique par les blessures. Mahamadou Doumbia, Sikou Niakaté et Gaoussou Diakité, présents à la dernière CAN, sont indisponibles.

Le capitaine Yves Bissouma ne figure pas non plus dans cette première liste. Actuellement sans club et donc sans compétition, le milieu de terrain n’a pas été retenu. Mohamed Camara est également absent, tout comme Ibrahima Sissoko et les défenseurs Mamadou Fofana, Abdoulaye Diaby, Woyo Coulibaly et Fodé Doucouré. Le gardien Ismaël Diawara ainsi que les attaquants Mamadou Camara et Mamadou Doumbia complètent la liste des joueurs de la dernière CAN non convoqués.

Anthony Da Silva ne ferme toutefois pas la porte aux joueurs laissés de côté. « Un joueur qui n’est pas dans cette première liste ne doit  pas penser que l’histoire est terminée », rassure le sélectionneur.

Pour les deux premières journées des éliminatoires de la CAN 2027, le Mali recevra le Cap-Vert le 25 septembre 2026 à Bamako, avant de se déplacer à Monrovia pour affronter le Liberia le 29 septembre. Les Aigles affronteront ensuite la Tunisie en match amical le 3 octobre.

Mohamed Kenouvi

 

Mondial féminin : Les Aigles Dames quittent Berlin après leur exploit

Le 7 septembre 2026, les Aigles Dames ont quitté la Coupe du monde de Berlin dès la phase de groupes, avec une victoire et deux défaites. Leur succès contre l’Espagne, sixième nation mondiale, restera toutefois comme le fait marquant d’un parcours court mais riche en enseignements.

Le Mali avait débuté le 4 septembre par une défaite spectaculaire contre le Japon, 102-97. Les Maliennes avaient pourtant mené pendant près de 30 minutes et inscrit 97 points, mais l’adresse extérieure japonaise a fini par faire la différence. Le Japon a réussi 20 tirs à 3 points, un record dans l’histoire du Mondial féminin. Djeneba N’Diaye avait signé 22 points et 6 passes décisives, tandis que Sika Koné et Aminata Sangaré avaient également pesé dans le jeu intérieur.

Le lendemain, les Aigles ont créé la sensation face à l’Espagne en s’imposant 82-73. Menées 34-32 à la pause, elles ont renversé la rencontre dans un troisième quart-temps remporté 31-19. Sika Koné a terminé avec 19 points et 10 rebonds, Djeneba N’Diaye a ajouté 19 points et Rokia Doumbia a dirigé le jeu avec autorité. Cette victoire face à une référence du basket européen a confirmé que le Mali pouvait rivaliser avec les meilleures équipes lorsqu’il impose son intensité et son rythme.

Un exploit sans lendemain

Tout restait ouvert avant le dernier match contre l’Allemagne, pays hôte. Mais le 7 septembre, devant 12 550 spectateurs à la Berlin Arena, les Maliennes ont cédé 83-58. Elles ont résisté durant le premier quart-temps avant de subir l’accélération allemande. Le Mali n’a converti que 33% de ses tirs, contre 45% pour l’Allemagne, et seulement 52,6% de ses lancers francs. Rokia Doumbia a terminé meilleure marqueuse malienne du match avec 12 points.

Avec une victoire et deux défaites, le Mali termine quatrième du groupe A, derrière l’Espagne, l’Allemagne et le Japon. Les Japonaises, avec également une seule victoire, prennent la troisième place et accèdent au barrage qualificatif pour les quarts.

Sur les trois rencontres, Djeneba N’Diaye finit meilleure marqueuse malienne avec 17 points de moyenne. Sika Koné suit avec 16 points et 10,3 rebonds, tandis qu’Alima Dembélé tourne à 11,7 points et Rokia Doumbia à 5 passes décisives. Berlin laisse donc un bilan contrasté, avec une élimination précoce, mais aussi un succès de prestige qui confirme le potentiel d’une sélection capable de bousculer les grandes nations du basket mondial.

DDR-I : Après l’incorporation, le temps du brassage

Engagées le 20 novembre 2025, les opérations de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I) se poursuivent avec l’incorporation d’ex-combattants dans les Forces armées maliennes (FAMa). Une fois la formation achevée, une autre phase commence, consistant à faire de recrues venues de groupes différents des soldats soumis aux mêmes règles et au même commandement.

Passer du statut de combattant d’un mouvement armé à celui de soldat d’une armée régulière ne se résume pas à changer d’uniforme. Après la démobilisation, la sélection, la formation et le serment, l’intégration se joue surtout au quotidien dans les unités.

Selon le ministère de la Réconciliation, 1 760 ex-combattants ont été démobilisés en 2025 et 1 617 intégrés dans les FAMa. Le programme comporte aussi une réinsertion socio-économique.

Le 4 août 2026, 648 recrues ont achevé leur formation à Mopti et Tombouctou. À Soufouroulaye, les 254 sortants comprenaient 87 anciens de Dan Na Ambassagou, 30 chasseurs donsos et 137 ex-combattants issus de mouvements peuls. À Tombouctou, 394 autres recrues ont été présentées au drapeau. Le 2 septembre, 37 anciens combattants originaires de Kidal ont prêté serment à Anéfis.

Un apport de terrain

Cet apport humain peut renforcer une armée engagée sur plusieurs fronts. Certains connaissent bien les terrains où ils ont évolué pendant longtemps .

Pour l’analyste sécuritaire Amadou Haidara, une partie de ces recrues possède déjà « une expérience du terrain, du combat et des environnements difficiles ». La connaissance des axes, pistes secondaires, reliefs et communautés peut améliorer le renseignement de proximité.

Cette expérience doit toutefois s’inscrire dans la doctrine, la discipline et la chaîne de commandement des FAMa.

Les nouvelles recrues viennent de mouvements et de trajectoires parfois opposés. Certaines ont appartenu à des formations qui se sont affrontées. Cette diversité peut devenir un atout, mais elle suppose de rompre avec les anciennes appartenances opérationnelles.

« Dans une armée nationale, il ne peut y avoir qu’une seule chaîne de commandement et une seule loyauté institutionnelle », insiste M. Haidara. Selon lui, six mois de formation peuvent transmettre les fondamentaux et créer un premier brassage sans effacer plusieurs années d’appartenance à un groupe armé.

La cohésion se construira par l’entraînement commun, la vie en caserne, les missions partagées et l’application des mêmes règles. Des unités mixtes peuvent limiter la reconstitution de blocs issus des anciennes structures.

Le brassage au cœur

La question de l’équité est sensible. Grades, rémunérations, avancement, sanctions et obligations doivent répondre à des règles lisibles afin d’éviter les frustrations chez les nouveaux intégrés et les militaires déjà en service.

L’actualité rappelle aussi que l’intégration ne concerne pas seulement les individus. Le 28 août, l’état-major a demandé aux militaires en situation irrégulière opérant dans des groupes armés se disant proches de l’État de regagner leurs unités avant le 6 septembre. Le 8 septembre, des images diffusées et confirmées par le GATIA ont montré une importante mobilisation de ses combattants près de Gao. Le mouvement a réaffirmé sa loyauté aux institutions maliennes. Cette démarche ne signifie pas un rejet du DDR-I, mais pose la question de l’avenir de structures conservant une capacité propre de mobilisation.

Pour Seydou Sidibé, analyste politique, le DDR-I se trouve à un « moment charnière ». Il distingue l’incorporation administrative de l’intégration réelle, mesurée dans la durée par la discipline, la rupture avec les anciennes chaînes de loyauté et la stabilité dans les unités.

La réussite du processus passera aussi par une place durable offerte aux anciens combattants. « Un DDR réussit lorsqu’un ex-combattant considère qu’il a davantage à perdre en retournant dans la clandestinité ou dans un groupe armé qu’en restant dans le cadre institutionnel qui lui a été proposé », estime M. Sidibé.

Pour les bénéficiaires destinés à la réinsertion socio-économique, il plaide pour des formations adaptées aux réalités locales, accompagnées de financements, de débouchés et d’un suivi dans la durée.

Les prochaines années permettront d’observer la stabilité des recrues, la discipline, les affectations, l’évolution professionnelle et les éventuelles défections. Ces indicateurs diront si l’incorporation a produit une nouvelle appartenance institutionnelle.

Le DDR-I ne se résumera pas au nombre de combattants désarmés ou de soldats formés. Sa portée se verra dans la capacité de l’armée et des dispositifs civils de réinsertion à retenir durablement ceux qui ont quitté les groupes armés.

Mohamed Kenouvi 

Bandiougou Danté : « Je préfère qu’un journaliste soit interpellé par ses pairs plutôt que de le retrouver au tribunal ou en prison »

La Maison de la presse a lancé, le 4 septembre 2026, les travaux d’une cellule de préfiguration chargée de préparer un nouvel organe d’autorégulation des médias maliens. Créée par décision du 28 août, cette structure doit proposer son architecture, ses textes fondateurs, le traitement des plaintes et une feuille de route. Son Président, Bandiougou Danté, explique la démarche. 

Pourquoi relancer aujourd’hui un organe d’autorégulation de la presse? 

L’autorégulation est plus ancienne que la régulation dans l’histoire de la presse malienne. Mais les premières structures mises en place n’ont pas fonctionné comme nous l’espérions. Le paysage médiatique a beaucoup évolué. Depuis quelques années, les acteurs estiment nécessaire de relancer une instance qui prenne en compte les réalités actuelles et soit inclusive. Un Comité de suivi regroupant l’ensemble des organisations professionnelles a travaillé et formulé des recommandations. Nous avons privilégié une concertation avec toutes les parties prenantes, presse écrite, audiovisuelle et presse en ligne. La cellule doit définir l’architecture de l’organe, son règlement intérieur, son cahier des charges et les modalités de désignation de personnes indépendantes et crédibles.

Le Mali dispose déjà de la Haute Autorité de la Communication. Quelle sera la différence ?

La HAC est une structure étatique. Elle délivre les autorisations, peut les retirer et dispose d’un pouvoir de sanction. L’autorégulation, elle, se fait à l’intérieur de la profession. C’est en quelque sorte un Conseil des pairs. Sa vocation est de prévenir, gérer et régler les manquements à l’éthique et à la déontologie professionnelle.

Concrètement, comment cette instance pourra-t-elle intervenir ?

Elle pourra faire un monitoring de la presse écrite, des radios et des télévisions. Lorsqu’un manquement sera constaté, nous pourrons interpeller directement l’organe ou le journaliste concerné, lui donner des conseils et, éventuellement, appliquer des sanctions professionnelles. L’objectif est de corriger certaines situations au sein de la famille de la presse avant qu’elles n’aboutissent devant la justice. Nous souhaitons travailler en bonne intelligence avec la HAC et la justice. Je préfère qu’un journaliste soit interpellé, orienté ou même sanctionné par ses pairs plutôt que de le retrouver au tribunal ou en prison. Un journaliste n’a pas sa place en prison.

Justement, où en sont les dossiers des journalistes actuellement privés de liberté ? 

Il y a des affaires déjà jugées et d’autres encore en instance. Concernant notamment Youssouf Sissoko et Chahana Takiou, dont les cas ont été jugés, nous ne pouvons que continuer à demander la clémence de la justice, comme nous l’avons toujours fait.