Orpailleurs venus de Guinée : Bamako face à l’afflux

Contraints de quitter plusieurs sites d’orpaillage de Siguiri, en Guinée, des milliers de ressortissants étrangers ont rejoint le Mali depuis le début de la semaine. À Bamako, leur arrivée mobilise les autorités maliennes et burkinabè pour organiser leur accueil et leur retour.

« Nous sommes en famille au Mali, mais notre souhait est de rentrer chez nous », confie Yacouba Sawadogo, orpailleur burkinabè arrivé après avoir quitté la Guinée.
Depuis le 29 octobre, les autorités guinéennes ont suspendu l’orpaillage artisanal dans la région de Siguiri, invoquant la dégradation de l’environnement, la pollution des cours d’eau et l’utilisation de machines incompatibles avec l’exploitation artisanale. Plusieurs sites ont fermé, poussant de nombreux étrangers au départ.
Devant l’ambassade du Burkina Faso à Bamako, des centaines de personnes, dont des femmes et des adolescents, attendaient mercredi leur rapatriement.
Yacouba Sawadogo affirme avoir quitté un site situé à une quinzaine de kilomètres de Siguiri après une opération menée sans préavis. Il évoque des machines détruites ou brûlées, des vols et des violences.
Ces accusations n’ont pas été confirmées par les autorités guinéennes, qui assurent que les opérations visent l’orpaillage illégal et doivent respecter les droits humains.
L’étudiant de l’Université Joseph Ki-Zerbo dit avoir travaillé dans l’orpaillage faute d’autres revenus. Selon lui, différentes contributions prélevées sur les sites réduisaient les gains des travailleurs. Son objectif est désormais de rejoindre le Burkina Faso et de retrouver sa famille.
À Bamako, les besoins immédiats concernent l’alimentation, l’hébergement et le transport. Le passage par le Mali s’explique aussi par l’itinéraire terrestre et par le fait que l’ambassade burkinabè à Bamako couvre également la Guinée.
Mobilisation
Face à l’afflux, le Centre de coordination et de gestion des crises a tenu une réunion d’urgence et annoncé des dispositions pour accueillir les personnes concernées puis organiser leur acheminement vers leurs pays d’origine.
Le Burkina Faso a, de son côté, dépêché une délégation ministérielle à Bamako. L’Amicale des travailleurs burkinabè au Mali a lancé un appel aux contributions. Selon son Président, Jean-Paul Ouattara, des cars ont été mobilisés.
André Ouédraogo, membre de l’Association des ressortissants burkinabè au Mali, indiquait mercredi qu’une dizaine de bus avaient déjà quitté Bamako pour Ouagadougou.
Siaka Ouattara, installé au Mali depuis cinq ans, appelle à une réponse plus large. « C’est une situation humanitaire qui doit être prise en charge comme toute autre », estime-t-il, souhaitant une mobilisation des organisations humanitaires et des États concernés.
Joseph A. DEMBÉLÉ et Ali SANKARÉ

Bamako mérite mieux

À Bamako, se déplacer relève encore trop souvent de l’improvisation. Sotrama, taxis jaunes, moto-taxis et véhicules particuliers assurent l’essentiel d’un service qui devrait pourtant relever d’une véritable politique publique de mobilité. Chacun comble un vide, mais l’ensemble produit embouteillages, arrêts anarchiques, concurrence désordonnée et insécurité pour les usagers.

Une capitale de plusieurs millions d’habitants ne peut durablement fonctionner ainsi. À Dakar, comme dans d’autres grandes villes africaines, l’État et les collectivités ont développé des réseaux publics de bus et, plus récemment, des systèmes de transport de masse. Bamako n’est pas condamnée à attendre un tramway pour commencer à s’organiser.
L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle. En mars 2018, lors de sa visite au Mali, Recep Tayyip Erdoğan avait proposé un projet de Métrobus pour moderniser la circulation dans la capitale. Il n’a pas vu le jour. Plus récemment, le Mali a signé avec le constructeur russe KAMAZ un contrat portant sur 350 véhicules, pour plus de 30 milliards de francs CFA. La flotte annoncée comprend notamment des bus urbains, avec en perspective maintenance, formation et assemblage local.
Ces investissements devraient être l’occasion de penser enfin un réseau cohérent : lignes identifiées, horaires, arrêts aménagés, tarifs connus, correspondances et desserte périurbaine. Les transporteurs privés peuvent y avoir leur place, mais dans un cadre organisé.
Bamako aspire à devenir une capitale moderne. Cela passe aussi par la manière dont ses habitants vont travailler, étudier, se soigner ou simplement rentrer chez eux. Le transport urbain n’est pas un service secondaire. C’est une infrastructure essentielle de la ville et de son avenir collectif.
Massiré Diop

COP31 : Financer l’adaptation au Mali

La COP31 s’ouvre le 9 novembre à Antalya, un mois après l’annonce de nouveaux objectifs climatiques par le Mali. Pour les producteurs et les communes, l’accès aux financements conditionne des réponses concrètes : mieux anticiper les pluies, protéger les récoltes et préserver les ressources en eau.

À Sikasso et à Bougouni, des pauses pluviométriques ont perturbé les semis et exposé les cultures au manque d’eau pendant la campagne agricole 2026. Les pluies de septembre ont ensuite amélioré la situation dans plusieurs zones. Ce contraste, décrit le 8 octobre dans L’Essor par Mali-Météo, rappelle combien le calendrier des pluies compte pour les producteurs.
Du 9 au 20 novembre, la 31ème Conférence des Nations unies sur le Climat réunira les négociateurs à Antalya, en Turquie. Le sommet des dirigeants est prévu les 11 et 12 novembre.
« Les engagements politiques n’ont pas toujours été suivis des financements nécessaires à leur mise en œuvre », relève Gaoussou Berthé, expert en environnement et changements climatiques. Selon lui, de nombreux projets de la précédente Contribution déterminée au niveau national (CDN), qui prévoyait plusieurs milliards de dollars d’investissements, attendent les ressources envisagées.
Engagements
Après une première contribution climatique en 2015 et une révision en 2021, le Mali a présenté les orientations de sa CDN de troisième génération lors d’un atelier de validation, le 1er octobre. L’objectif annoncé est une réduction de 25,25% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035, par rapport au scénario de référence, dans l’énergie, l’agriculture et les déchets. Cet objectif d’atténuation complète les priorités d’adaptation, consacrées à la protection des populations, des activités et des ressources. La communication gouvernementale évoquait des recommandations pour finaliser le document.
Les engagements financiers internationaux ont aussi progressé. La COP29 a fixé, en 2024, un objectif collectif d’au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour l’action climatique dans les pays en développement, les pays développés prenant la tête de l’effort. La COP30 a ensuite appelé à tripler les financements de l’adaptation d’ici 2035. Ces montants concernent l’ensemble des pays bénéficiaires et différentes sources de financement.
Au Mali, des ressources ont déjà été mobilisées. En avril 2026, le ministère de l’Environnement faisait état d’une trentaine de projets financés par le Fonds climat Mali pour plus de 20 milliards de francs CFA. Il s’agit d’un bilan cumulé des interventions de ce mécanisme national.
Adaptation
« Nos pays font face à de nombreuses urgences, tandis que les ressources financières et les connaissances techniques nécessaires font souvent défaut », explique le Dr Ibrahim Togola, Président de Réso-Climat Mali et du Conseil d’administration de Mali-Folkecenter Nyetaa.
Pour l’agriculture, il évoque plusieurs solutions : semences améliorées, assurance agricole, prévisions météorologiques et adaptation des périodes de semis. Leur intérêt repose sur la possibilité pour les producteurs de les utiliser au moment opportun. Cela suppose aussi une information compréhensible et un accompagnement dans les zones rurales.
« Notre agriculture doit poursuivre sa transition pour mieux s’adapter aux changements climatiques », souligne-t-il. Les connaissances traditionnelles constituent un acquis, mais l’irrégularité des pluies et les variations de température appellent une évolution des pratiques.
Le 12 octobre, le fonds InsuResilience Solutions Fund a annoncé son appui à l’extension d’une offre portée par OKO Mali. Le projet vise 40 000 ménages agricoles et prévoit d’associer assurance, alertes météorologiques sur téléphone et conseils en français et en bambara. Les partenaires prévoient aussi d’examiner si ces services peuvent réduire les risques et rendre l’assurance plus abordable.
Ces besoins dépassent les exploitations. Le projet de Plan national d’adaptation 2026 – 2033, soumis à validation technique en août, retient six secteurs : agriculture, ressources en eau, écosystèmes forestiers, énergie, assainissement et santé.
Accès
La difficulté commence souvent avec la préparation du dossier. Les bailleurs demandent des études, une analyse des risques, des garanties de gestion et un suivi des résultats. « Le renforcement des capacités constitue une priorité », insiste Gaoussou Berthé.
La Banque nationale de développement agricole (BNDA) et Mali-Folkecenter Nyetaa figurent désormais parmi les entités accréditées auprès du Fonds vert pour le climat. Elles disposent ainsi d’une voie d’accès aux ressources, chaque projet restant soumis à une décision de financement.
Une subvention et un prêt impliquent des obligations différentes pour le porteur du projet, notamment en matière de remboursement. Les conditions de financement influencent ainsi le coût des solutions proposées et les possibilités de les rendre accessibles aux producteurs.
Le parcours de la BNDA illustre le travail préalable. Le Fonds vert a approuvé une aide de 647 760 dollars pour préparer un programme de financement agricole adapté au climat. Le dossier, daté de juillet 2026, prévoit notamment des études de faisabilité, une analyse des risques et la conception des modalités de crédit.
La BNDA prévoit aussi une contribution de 89 500 dollars pour couvrir une partie des prestations de conseil et des dépenses de fonctionnement de l’équipe chargée du programme. Le dossier prévoit également de définir les modalités de consultation des acteurs concernés et d’étudier la situation des femmes et des hommes, afin d’en tenir compte dans la conception du programme.
L’aide concerne la préparation du programme, avant la décision sur les investissements proposés. Le dossier identifie des besoins de compétences spécialisées, des lacunes dans les données et des contraintes liées au contexte sécuritaire.
« De nombreuses promesses ont été faites et des fonds ont été ouverts. Malheureusement, les enveloppes disponibles restent encore très en deçà des attentes », observe le Dr Togola. Gaoussou Berthé estime aussi que les rivalités géopolitiques et les priorités économiques, sécuritaires et militaires des grandes puissances compliquent la mobilisation des ressources.
Dommages
Pour les populations déjà touchées, la question concerne aussi les pertes subies. Le fonds consacré aux pertes et préjudices, créé à la COP27 en 2022 puis doté d’un cadre d’opérationnalisation à la COP28, peut notamment soutenir le relèvement et la reconstruction après des événements climatiques extrêmes.
Son enveloppe de démarrage atteint 342 millions de dollars. Au 29 juin 2026, après la clôture du premier appel, les demandes déposées à l’échelle mondiale représentaient 2,8 milliards de dollars pour 119 pays. Documenter les dommages et les besoins de réponses constitue une étape essentielle pour solliciter cet appui.
Parallèlement, l’insécurité complique la gestion des ressources naturelles. Gaoussou Berthé signale que des agents des eaux et forêts ont quitté certaines zones, avec des risques accrus de déforestation.
Les communes constituent pour lui un échelon important de l’action : « les changements climatiques doivent être intégrés dans les politiques de développement des collectivités territoriales, notamment dans les Programmes de développement économique, social et culturel (PDESC) des communes ».
Financer une installation implique aussi de prévoir son entretien, la formation de ses utilisateurs et les dépenses de fonctionnement, afin de maintenir les services accessibles aux habitants des communes dans la durée.
Résultats
Gaoussou Berthé recommande un bilan des engagements précédents, des réalisations et des obstacles pour préparer le plaidoyer malien. Il préconise une présentation précise des projets et des financements recherchés. Le marché carbone figure aussi parmi les pistes qu’il évoque, avec des compétences nationales à consolider.
Un suivi distinguant les montants annoncés, les financements approuvés et les sommes effectivement décaissées permettrait aussi de préciser les ressources disponibles pour les projets maliens.
Les 59 indicateurs volontaires d’adaptation adoptés à la COP30 offrent un cadre pour apprécier les progrès. Leurs méthodes continuent d’être précisées et leur utilisation relève du choix des pays. Ils ne conditionnent pas l’accès aux financements.
Nos deux interlocuteurs défendent une mobilisation commune de l’Afrique et du Sahel pour obtenir davantage de ressources et en faciliter l’accès. Pour les producteurs, les réponses prennent la forme de prévisions utilisables, de semences adaptées et d’un accompagnement agricole accessible. Pour les communes, elles passent par des investissements intégrant les risques climatiques. C’est à cette échelle que les engagements internationaux prennent un sens concret.
Mohamed KENOUVI

Mobile Money : Les plafonds relevés depuis le 2 novembre

Depuis le 2 novembre, les utilisateurs de Mobile Money au Mali sont soumis à de nouvelles règles. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a relevé les plafonds de monnaie électronique et renforcé l’encadrement des transferts entre particuliers via la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI).

Pour les clients identifiés, le plafond des avoirs détenus auprès d’un même émetteur est passé de 2 à 4 millions de francs CFA. Le cumul mensuel des rechargements et transactions a été porté de 10 à 15 millions. Orange Finances Mobiles Mali applique ces dispositions depuis cette date.
Autre changement, les transferts interopérables peuvent désormais relier un compte de Mobile Money à une banque, un établissement de paiement ou une institution de microfinance participant à PI-SPI.
Lancée par la BCEAO en septembre 2025, la plateforme facilite les paiements instantanés entre les acteurs financiers de l’UEMOA.
Pour les transferts entre particuliers, la réception reste gratuite. Les envois cumulés jusqu’à 8 000 francs CFA par jour le sont également. À partir de 8 001 francs, une tarification pouvant atteindre 0,8% peut être appliquée selon les établissements.
Ces nouvelles règles renforcent l’interopérabilité dans un marché où le Mobile Money occupe une place importante dans les paiements quotidiens. Pour les usagers maliens, elles élargissent les possibilités de transfert et augmentent les montants pouvant être conservés et mobilisés sur les comptes électroniques.
Pour les opérateurs, cette évolution impose aussi une adaptation technique et tarifaire afin d’assurer des échanges fluides entre des réseaux jusqu’ici souvent cloisonnés.

Extrémisme violent : quel rôle pour les religieux

Remis au Premier ministre le 29 octobre, le Document de Bamako propose une contribution religieuse à la prévention de l’extrémisme violent. Formation des Imams, guides de prêches et radios constituent des relais déjà expérimentés au Mali, où l’insécurité complique les interventions auprès des populations.

« Nous étions très préoccupées par l’avenir de notre jeunesse, de nos enfants », déclarait Diakité Kadia Togola, Présidente de l’Union nationale des associations de femmes musulmanes du Mali, lors de la remise du document. Ces propos, rapportés par InfHonnete, expriment les attentes d’une organisation appelée à participer à sa diffusion.
Intitulé « Document de Bamako pour la déconstruction du discours extrémiste au Mali », le texte est porté par le Haut Conseil Islamique. Son contenu intégral n’a pas pu être consulté pour cet article. Lors de sa remise par Ibrahim Kontao, Premier Vice-Président du HCIM, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a appelé les institutions et la société civile à accompagner sa diffusion.
Les autorités comptent sur l’influence et la proximité des responsables religieux avec les communautés pour répondre aux justifications religieuses de la violence. Le 16 juillet 2026, le ministère des Affaires religieuses sollicitait déjà le HCIM pour élaborer et vulgariser un document de référence contre les discours de haine. Cette mobilisation rejoint la Politique nationale engagée en 2018, dont le plan d’action 2022–2026 arrive à échéance.
Relais
Des initiatives antérieures à ce document montrent les relais mobilisables auprès des populations. Dans un bilan publié en avril 2023, le PNUD indiquait que le projet PARLER, conduit avec Think Peace, avait formé 120 acteurs religieux au guide de prêches et sermons dans cinq cercles, dont Bla et Koutiala.
À Koutiala, Aïssata Coumaré, enseignante de médersa, expliquait : « j’ai mieux compris le concept de cohésion sociale prôné par le Coran ». Elle souhaitait sensibiliser ses élèves à l’extrémisme violent.
À Bla, le représentant de la Conférence épiscopale Marc Sangaré témoignait d’une collaboration renforcée avec l’Imam Mohamed Kamena. Le programme avait également mobilisé 27 radios et préparé avec des acteurs religieux des messages destinés aux réseaux sociaux.
Ce bilan décrit les formations et la diffusion des messages. Leur effet sur les recrutements reste à documenter.
La formation des Imams se poursuit. Le 22 août 2026, un concours organisé à Bamako proposait 80 places à l’Institut Mohammed VI de Rabat, dont 40 destinées au renforcement des capacités d’Imams déjà en exercice. Les enseignements prévus comprennent la prévention de l’extrémisme violent et du terrorisme.
Cadre
La Constitution du 22 juillet 2023 garantit les libertés de conscience, de religion et d’expression à son article 14. L’article 32 rattache la laïcité à la tolérance, au dialogue et au libre exercice des cultes dans le respect de la loi.
Le Code pénal du 13 décembre 2024 réprime, notamment à l’article 255-1, l’incitation et l’apologie du terrorisme. L’outil religieux relève de la prévention. La réponse judiciaire repose sur les infractions définies par la loi.
Moyens
L’accès aux populations constitue une contrainte concrète. Dans un entretien publié par L’Essor le 2 septembre 2026, Dame Seck, chargé de communication au Secrétariat permanent de lutte contre l’extrémisme violent, expliquait que l’insécurité compliquait les déplacements dans certaines régions.
« Notre principal défi reste donc véritablement l’insécurité », soulignait-il. Les équipes privilégient alors les médias pour poursuivre la sensibilisation. L’expert évoquait également le chômage, le sentiment d’injustice et les logiques de vengeance parmi les facteurs de radicalisation.
Ces observations replacent la contribution des religieux dans une politique comprenant aussi l’accès aux services, la justice et les perspectives économiques.
Pour le Document de Bamako, la diffusion annoncée doit passer par des rencontres, des prêches et des conférences. Sory Ibrahim Cissé, Président du Conseil national de la jeunesse, a également annoncé la participation de son organisation à sa vulgarisation.
La communication officielle du 29 octobre présente les objectifs de la mobilisation. Le budget, les langues de diffusion, le calendrier et le suivi des actions demandent encore à être précisés. Le Premier ministre a lui-même rappelé que « la sécurité ne saurait être pleinement consolidée sans la confiance des populations ».
Massiré DIOP

Réformes UEMOA : 149 textes soumis à la revue annuelle

La phase technique de la douzième revue annuelle commence le 4 novembre à Bamako. L’exercice examinera l’application des règles communautaires et l’avancement des projets financés au niveau régional.

Des représentants du Mali et de la Commission de l’UEMOA se réunissent du 4 au 6 novembre à Bamako pour la phase technique de la revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets communautaires.
Cette douzième édition porte sur 149 textes réglementaires dans les huit États membres. Elle examine également onze projets et programmes communautaires représentant un coût global de 19,6 milliards de FCFA.
Cette dernière somme concerne l’ensemble du portefeuille régional soumis à la revue. Elle ne représente pas un financement exclusivement destiné au Mali.
Un taux malien de 75,52 % en 2025
Lors de l’évaluation précédente, le Mali avait obtenu un taux moyen de mise en œuvre de 75,52 %. Le résultat atteignait 80,06 % en 2024, soit une baisse de 4,54 points en un an.
Le taux ne mesure pas seulement l’adoption formelle d’un texte communautaire dans la législation nationale. Les évaluateurs examinent aussi son application effective par les administrations concernées ainsi que l’avancement physique et financier des programmes.
La revue permet ainsi d’identifier les textes transposés, ceux dont l’application reste partielle et les projets confrontés à des retards administratifs, budgétaires ou techniques.
Une évaluation destinée aux administrations
Les textes communautaires évalués concernent plusieurs domaines de l’intégration économique. Leur application agit notamment sur la gestion des finances publiques, le fonctionnement du marché commun et les politiques sectorielles conduites dans les États membres.
La Commission a retiré du portefeuille régional quatorze projets déjà achevés, en clôture ou devenus inactifs. Leur coût cumulé atteignait 56,79 milliards de FCFA. Ce retrait permet de concentrer l’évaluation de 2026 sur les opérations encore en cours.
La rencontre de Bamako doit produire un résultat technique avant l’évaluation politique entre le gouvernement malien et la Commission de l’UEMOA. Le nouveau taux permettra de savoir si la baisse constatée en 2025 a été corrigée et dans quels secteurs les écarts persistent.

Kangaba : six morts dans l’effondrement d’une galerie

Six orpailleurs de nationalité burkinabè ont péri le 30 octobre sur un site de la commune de Nouga. Les autorités locales se sont rendues sur les lieux avec les services de sécurité, de secours et de protection de l’environnement.

Six personnes ont trouvé la mort vendredi 30 octobre dans l’effondrement d’une galerie d’orpaillage située près de Dioulafoundou, dans la commune rurale de Nouga, cercle de Kangaba.
Selon le compte rendu de l’Agence malienne de presse, les victimes étaient toutes de nationalité burkinabè. Elles travaillaient sur un site artisanal isolé. Un engin excavateur a été mobilisé pour retirer les corps de la galerie.
Le préfet de Kangaba s’est rendu sur place en compagnie de représentants de la police, de la gendarmerie, de la Garde nationale, de la Protection civile ainsi que des services chargés de l’environnement et des forêts.
Le bilan public porte sur six décès. Le compte rendu disponible décrit une fosse transformée en galerie, mais il ne présente pas encore de rapport technique sur l’état du terrain, les soutènements utilisés ou les conditions de travail avant l’effondrement.
Le préfet a mis en cause le fonctionnement du comité local de vigilance et demandé sa réactivation. Cette déclaration constitue l’appréciation de l’autorité administrative après sa visite. Les conclusions d’une enquête technique ou judiciaire n’ont pas encore été rendues publiques.
La présence de six travailleurs burkinabè illustre la circulation de la main-d’œuvre dans les zones aurifères proches des frontières. Elle appelle également une coordination entre les administrations pour l’identification des victimes, l’information de leurs familles et le rapatriement éventuel des dépouilles.
Une série d’accidents dans les zones aurifères
La commune de Nouga avait déjà été touchée par un accident meurtrier le 29 janvier 2025. L’effondrement d’un site à Danga avait causé la mort de treize personnes.
En février de la même année, un autre effondrement à Bilalikoto, dans le cercle de Kéniéba, avait fait au moins 43 morts. Neuf décès avaient ensuite été rapportés en mars 2025 à N’Tahaka.
Ces accidents se produisent généralement sur des sites artisanaux où les galeries sont creusées avec des moyens limités. Les risques portent sur l’instabilité du sol, l’accumulation d’eau, la profondeur des excavations et l’absence de soutènement adapté.
Des règles renforcées en 2026
Le gouvernement a créé en mars 2026 une Brigade spéciale des mines disposant d’une compétence nationale et de pouvoirs de police judiciaire. Elle est chargée de rechercher les infractions minières et de contribuer à la sécurisation des sites.
L’orpaillage avait également été suspendu du 15 juin au 30 septembre pendant la saison des pluies, période durant laquelle les sols deviennent particulièrement instables. L’accident de Nouga s’est produit un mois après la fin de cette suspension.
Les contrôles réalisés depuis la reprise des activités, l’autorisation applicable au site et les conclusions de l’enquête permettront de préciser les responsabilités. La commune doit aussi établir si le site était connu des services miniers et si son exploitation avait fait l’objet d’une inspection récente.

Sommet Russie–Afrique : 146 textes et un nouveau plan d’action

Le troisième sommet Russie–Afrique s’est achevé le 29 octobre à Moscou avec l’adoption d’un plan d’action pour 2027-2029. Les documents publics montrent des avancées concrètes depuis 2019, mais aussi un objectif commercial resté hors d’atteinte.

Le troisième sommet Russie–Afrique s’est tenu les 28 et 29 octobre à Moscou, avec la participation de délégations représentant 48 pays africains. La rencontre a débouché sur 146 documents signés pendant le sommet et les activités organisées autour de celui-ci. Le bilan publié par les organisateurs comprend 92 accords et 54 mémorandums d’entente.
Trois textes politiques encadrent la suite du partenariat. Il s’agit de la déclaration finale du sommet, d’une déclaration consacrée à la coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle et du plan d’action du Forum de partenariat Russie–Afrique pour la période 2027-2029.
La Commission de l’Union africaine et la Russie ont également arrêté un programme commun couvrant dix-neuf domaines. Ce document organise les priorités de coopération, sans constituer à lui seul un engagement financier ou juridique applicable à tous les projets cités.
Trois sommets, trois étapes
Le premier sommet, organisé à Sotchi en octobre 2019, avait créé le Forum de partenariat Russie–Afrique et posé le principe d’une rencontre au plus haut niveau tous les trois ans. Les organisateurs avaient annoncé 92 accords, contrats et mémorandums représentant 1 004 milliards de roubles. Les montants confidentiels étaient exclus de cette estimation.
Le deuxième sommet s’est déroulé à Saint-Pétersbourg les 27 et 28 juillet 2023. Quarante-huit pays africains y avaient participé. La rencontre avait produit cinq documents politiques majeurs, dont un plan d’action pour 2023-2026. Le forum économique et humanitaire organisé en parallèle avait recensé 161 accords. Leur valeur totale n’avait pas été publiée.
Le rendez-vous de Moscou prolonge cette architecture. Sa particularité tient à la place accordée aux mécanismes de mise en œuvre pour 2027-2029, à l’entrée de l’intelligence artificielle dans les textes politiques et aux accords conclus avec des institutions africaines régionales.
Le nombre de documents signés fournit une indication sur l’activité diplomatique et économique. Il représente toutefois des engagements de nature très différente. Un contrat commercial, un accord gouvernemental et un mémorandum exploratoire figurent dans le même bilan alors que leurs effets financiers et leurs calendriers varient.
L’objectif commercial de 2019 reste à atteindre
Lors du sommet de Sotchi, la Russie avait annoncé l’objectif de doubler ses échanges avec l’Afrique pour dépasser 40 milliards de dollars dans un délai de quatre à cinq ans. Les données rendues publiques situent le commerce russo-africain à plus de 27 milliards de dollars en 2025, contre environ 18 milliards en 2022.
La progression enregistrée depuis 2022 n’a pas permis d’atteindre le montant annoncé pour 2023 ou 2024. À Moscou, une nouvelle cible supérieure à 50 milliards de dollars a été avancée.
La réalisation de cet objectif suppose une augmentation importante des échanges. Les chiffres disponibles montrent également que les exportations russes représentent une part dominante du commerce avec le continent, ce qui pose la question de l’accès des productions africaines au marché russe.
Des engagements exécutés, d’autres encore en préparation
Parmi les promesses vérifiables du sommet de 2023 figure la livraison gratuite de 200 000 tonnes de blé à six pays africains. L’opération a été achevée en février 2024. Le Mali, le Burkina Faso, le Zimbabwe et l’Érythrée ont reçu chacun 25 000 tonnes. La Somalie et la République centrafricaine en ont reçu 50 000 tonnes chacune.
Cette livraison constitue un engagement exécuté. Elle relevait toutefois d’une aide ponctuelle et non d’un programme permanent de sécurité alimentaire.
Pour le Mali, les résultats présentés à Moscou comprennent aussi des projets de cartographie géologique. Les informations publiées portent sur la coopération envisagée dans la connaissance du sous-sol. Le calendrier des travaux, leur coût et les zones retenues devront être précisés par les parties concernées.
Plusieurs milliards de dollars évoqués pour l’AES
Le sommet a aussi produit un rapprochement entre la Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’AES et VEB.RF, la corporation publique russe de développement. Un mémorandum signé le 28 octobre établit un cadre de coopération destiné au financement du commerce et des investissements.
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a indiqué que les projets envisagés au Mali, au Burkina Faso et au Niger pourraient représenter plusieurs milliards de dollars dans une première phase. Cette déclaration concerne un portefeuille potentiel de projets. Elle ne correspond pas à une enveloppe déjà versée ou définitivement affectée.
Les mécanismes de financement, la liste des investissements, les entreprises bénéficiaires et les échéanciers doivent encore être arrêtés. VEB.RF devient le premier partenaire international annoncé par la banque de l’AES, ce qui donne au mémorandum une portée institutionnelle immédiate, distincte des futurs décaissements.
Une exécution partielle
Les documents publics permettent d’établir un bilan nuancé des deux premiers sommets. Le mécanisme diplomatique lancé en 2019 fonctionne, un second plan d’action a été adopté en 2023 et certaines promesses, dont la livraison de blé, ont été exécutées. Les échanges commerciaux ont progressé depuis 2022.
L’objectif de 40 milliards de dollars annoncé en 2019 reste cependant hors d’atteinte. Les bilans disponibles ne présentent pas non plus l’état d’exécution, accord par accord, des 92 textes de Sotchi et des 161 documents de Saint-Pétersbourg.
Les 146 textes signés à Moscou constituent donc un programme de travail. Leur traduction concrète apparaîtra dans les contrats financés, les investissements réalisés, les infrastructures livrées et l’évolution effective des échanges avant le prochain sommet.

Une Zahra : des cheveux crépus à l’entrepreneuriat culturel

Créatrice de contenu malienne installée au Canada, Nana Zahra Haidara, connue sous le nom d’Une Zahra, s’est fait connaître en parlant de cheveux crépus, de soins naturels et d’acceptation de soi. Quelques années plus tard, cet univers numérique s’étend à des programmes capillaires, des activités de transmission et une marque de bijoux inspirée des héritages africains.

En 2024, Journal du Mali racontait déjà son parcours sous l’angle de l’amour de soi et de la valorisation des cheveux naturels. À l’époque, Une Zahra expliquait vouloir combattre les idées reçues autour des cheveux afro et transmettre les gestes qu’elle avait elle-même appris au fil de son parcours. Deux ans plus tard, cette ligne reste présente, mais son activité s’est élargie.
Sur Instagram, son compte @unezahra rassemble aujourd’hui environ 366 000 abonnés, selon les données disponibles sur Social Blade. Son dossier de presse revendique, pour l’ensemble de ses plateformes, plus d’un million d’abonnés et plus de 10 millions de vues mensuelles. Ces deux derniers chiffres sont communiqués par la créatrice elle-même.
Communauté
Une Zahra a progressivement structuré son contenu autour de rendez-vous suivis par sa communauté. Son mouvement Afro Love met l’accent sur l’acceptation des cheveux crépus et leur entretien. En 2024, le challenge NappyGrin proposait déjà aux participantes de suivre des routines régulières. L’expérience a été simplifiée en 2025 avant de se décliner en 2026 en plusieurs parcours, dont un programme destiné aux personnes portant des locs.
Les outils qu’elle diffuse actuellement vont des routines adaptées à différents types de cheveux à des guides, des programmes de suivi et une « Méthode Une Zahra ». Ses publications récentes continuent de rencontrer une audience importante. Un relevé réalisé par TokCount sur dix publications TikTok faisait récemment état de 8,6 millions de vues cumulées et de plus de 750 000 interactions.
Cette activité virtuelle trouve aussi des prolongements hors des réseaux sociaux. À Bamako, lors de l’édition 2025 de Bamako.ai, Zahra Haidara a animé un atelier consacré aux soins capillaires et au bien-être. Le programme associait recettes traditionnelles, gestes de soin et savoirs issus des cultures locales.
Entreprendre
La création de contenu n’est désormais qu’une partie de son activité. Une Zahra est également à l’origine de TR.I.BU, une marque de bijoux qui s’inspire de l’artisanat et des références culturelles africaines.
Sur sa boutique en ligne, les créations portent notamment des noms comme Kita, Douentza, Dioïla, Mopti, Bamako ou Yélen. Colliers, bagues, boucles d’oreilles et bayas composent l’essentiel de l’offre. La marque met en avant le travail artisanal, la transmission et la place du bijou comme élément d’identité autant que comme accessoire.
Une Zahra travaille parallèlement au développement de produits destinés aux cheveux texturés. Son activité se situe ainsi à la rencontre de plusieurs univers : création numérique, beauté, commerce et références culturelles africaines.
Transmission
Cette évolution distingue aussi son parcours de celui d’une influenceuse centrée uniquement sur la production de contenus sponsorisés. Les supports développés au fil des années reposent largement sur des routines, des conseils et des rendez-vous collectifs destinés à maintenir une communauté active dans la durée.
Le passage du contenu gratuit à des produits, des programmes et une marque commerciale montre cependant une autre dimension du métier de créateur numérique : une audience peut progressivement devenir la base d’une activité entrepreneuriale.
Pour Une Zahra, les cheveux crépus restent le point de départ. Mais autour de cette question se sont ajoutés, avec le temps, l’estime de soi, la transmission des savoirs et la création d’activités commerciales inspirées de références africaines. Une évolution qui raconte aussi la manière dont certains créateurs de contenu transforment aujourd’hui leur présence numérique en projets économiques structurés.
Massiré Diop

Journalistes : le 2 novembre entre mémoire et attente de justice

La Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes trouve son origine dans l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal. Treize ans après les faits, leur dossier reste ouvert tandis que plusieurs journalistes maliens enlevés ou disparus attendent toujours que leur sort soit établi.

Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient enlevés à Kidal après un entretien réalisé dans le cadre d’un reportage. Les corps des deux journalistes de Radio France Internationale avaient été retrouvés quelques heures plus tard à la sortie de la ville.
En décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Le choix de cette date rend directement hommage aux deux reporters assassinés au Mali.
La résolution demande aux États de prévenir les violences contre les professionnels des médias, de conduire des enquêtes et de traduire les responsables devant la justice. Elle inscrit également la sécurité des journalistes parmi les conditions nécessaires à l’exercice du droit à l’information.
Une instruction toujours ouverte
Treize ans après le double assassinat, l’information judiciaire ouverte en France se poursuit. Elle porte sur des faits d’enlèvement, de séquestration et d’assassinat commis en relation avec une entreprise terroriste.
Une nouvelle étape a été franchie le 15 avril 2026. La Commission française du secret de la défense nationale a rendu un avis favorable à la déclassification partielle d’une note du ministère français des Armées datée du 24 avril 2024.
La demande avait été formulée par le juge Valéry Muller, magistrat du pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris chargé du dossier. Certaines mentions techniques et internes restent protégées. Les autres éléments peuvent être versés à la procédure et examinés par le magistrat et les parties civiles.
Cette décision constitue la quatrième procédure connue de déclassification dans cette affaire, après celles intervenues en 2016, 2017 et 2023. Aucun procès n’a encore établi l’ensemble des responsabilités dans l’enlèvement et l’assassinat des deux journalistes.
Le nom de Seidane Ag Hitta apparaît parmi les personnes citées dans le dossier. Les parties civiles le présentent comme un commanditaire présumé. Cette qualification relève de l’enquête en cours et n’a pas été consacrée par un jugement.
Seidane Ag Hitta est également recherché par les autorités maliennes, qui le présentent comme un responsable du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans dans la région de Kidal. Une récompense de 500 millions de FCFA a été annoncée en 2026 pour toute information conduisant à son interpellation.
Les parties civiles souhaitent l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre. Leur demande concerne aussi Hamadi Ag Mohamed, cité dans la procédure comme l’un des membres présumés du commando. Les investigations devront établir le rôle individuel éventuellement joué par chacune des personnes mises en cause.
Birama Touré, dix ans après
La Journée du 2 novembre rappelle également la disparition du journaliste malien Birama Touré. Le reporter de l’hebdomadaire Le Sphinx a été vu pour la dernière fois à Bamako le 29 janvier 2016. Sa famille reste depuis lors sans nouvelles de lui.
Une instruction judiciaire a été ouverte au Mali et plusieurs personnes ont été mises en cause au cours de la procédure. Des organisations de défense de la presse ont aussi publié leurs propres investigations sur le sort du journaliste. Leurs conclusions constituent des éléments du débat public. La détermination des circonstances de sa disparition et des responsabilités pénales appartient à la justice.
Le 3 mai 2026, la Maison de la presse a de nouveau demandé un épilogue judiciaire dans cette affaire. Dix ans après la disparition, aucune décision définitive n’a établi le sort de Birama Touré.
Des journalistes locaux toujours portés disparus
D’autres professionnels maliens ont disparu dans des zones touchées par l’insécurité. Ils travaillaient principalement pour des radios communautaires, souvent seules présentes dans les localités éloignées.
Hamadoun Nialibouly, journaliste à Radio Dandé Douentza, a été enlevé le 27 septembre 2020 près de Somadougou, dans la région de Mopti. Il revenait d’une session de formation organisée à Bamako. Son enlèvement n’a fait l’objet d’aucune revendication officielle. Les informations publiques disponibles ne permettent pas d’identifier formellement ses ravisseurs.
Moussa M’Bana Dicko, responsable des programmes de la radio La Voix de Haïré, a été enlevé le 18 avril 2021 dans le cercle de Douentza. Sa famille et ses confrères restent également sans nouvelles de lui. Les circonstances précises et les motivations de son enlèvement n’ont pas été établies par une décision judiciaire.
Deux autres journalistes ont disparu au cours d’une attaque survenue le 7 novembre 2023 sur l’axe Gao-Ansongo. Saleck Ag Jiddou, directeur de Radio Coton Ansongo, et Moustapha Koné, animateur de la même station, ont été emmenés par des hommes armés.
Abdoul Aziz Djibrilla, journaliste de Radio Naata à Labbezanga, a été tué lors de cette attaque. Il avait 28 ans et se rendait à Gao pour participer à une formation professionnelle. Harouna Attino, de Radio Alafia, avait été blessé.
Le groupe ayant mené l’attaque n’a pas été formellement identifié dans les informations publiques disponibles. Hamadoun Nialibouly, Moussa M’Bana Dicko, Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné restent portés disparus. L’absence de nouvelles ne permet ni d’annoncer leur décès ni d’attribuer leur enlèvement à une organisation particulière.
Ces cas donnent une dimension directement malienne à la commémoration. Les correspondants et animateurs des radios communautaires travaillent au plus près des populations. Leurs déplacements entre des localités difficiles d’accès les exposent aux risques présents sur les routes et dans les zones où circulent des groupes armés.
Informer en période de crise
Dans le Sahel central, la crise sécuritaire a modifié les conditions d’exercice du journalisme. L’accès à certaines localités, les déplacements, la protection des sources et la vérification des faits deviennent plus difficiles dans les zones touchées par les attaques.
Les autorités insistent sur la responsabilité des médias, la lutte contre la désinformation et la protection des informations liées aux opérations. Les organisations professionnelles rappellent, de leur côté, la nécessité de préserver l’accès du public à une information vérifiée et de fixer clairement les règles applicables aux journalistes.
Les risques proviennent aussi directement des groupes armés. L’enlèvement d’Olivier Dubois à Gao en avril 2021 avait illustré cette exposition. Il a été libéré en mars 2023 après 711 jours de captivité.
Plusieurs procédures judiciaires et décisions administratives visant des professionnels ou des programmes médiatiques ont suscité des réactions dans la profession dans le pays. Leur traitement demande de présenter séparément les faits reprochés, les décisions prises, les arguments de la défense et les positions des organisations concernées.
La couverture des questions sécuritaires impose une vérification rigoureuse, la protection des sources et le retrait des détails susceptibles de compromettre une opération ou la sécurité d’une personne. Cette prudence doit permettre de continuer à informer sur les conséquences du conflit sans exposer les journalistes, leurs interlocuteurs ou les populations concernées.
Une impunité encore élevée
Le rapport 2026 de l’UNESCO recense 189 journalistes tués en 2024 et 2025. Les zones de conflit concentrent 67 % de ces décès. Le taux mondial d’impunité atteint 86 %, soit près de neuf assassinats de journalistes sur dix sans résolution judiciaire.
Au Mali, plusieurs dossiers restent ouverts. L’instruction sur les assassinats de Ghislaine Dupont et Claude Verlon se poursuit treize ans après les faits. La justice doit encore établir le sort de Birama Touré. Quatre journalistes de radios communautaires enlevés entre 2020 et 2023 restent également portés disparus dans les dernières informations publiques disponibles.

Journalisme en Afrique : précarité, menaces et autocensure

Précarité salariale, absence de protection sociale, menaces et autocensure pèsent sur l’exercice du journalisme en Afrique. Un rapport de la Fédération des journalistes africains (FAJ), présenté le 25 octobre à Addis-Abeba, dresse un état des lieux à partir d’une enquête menée auprès de 1 586 professionnels dans 45 pays.

Exercer le métier de journaliste reste difficile pour une large partie des professionnels interrogés. Aux risques liés à la collecte et au traitement de l’information s’ajoutent une précarité économique persistante et des pressions qui peuvent fragiliser leur indépendance. Selon le rapport, 61 % des répondants affirment que leurs revenus tirés du journalisme ne leur permettent pas de couvrir leurs besoins essentiels.
Intitulé Le journalisme assiégé : conditions de travail épouvantables et déclin de la liberté de la presse en Afrique, le document rassemble les réponses de journalistes des cinq régions du continent. Quelque 58 % déclarent subir des retards de salaire, 62 % travaillent sans contrat écrit et 71 % ne bénéficient d’aucune protection sociale. Seuls 4 % estiment que leur rémunération couvre convenablement leurs dépenses essentielles. Les jeunes sont fortement représentés dans l’enquête, les 18-34 ans constituant 53 % des répondants. Les pigistes représentent 29 % de l’échantillon et les collaborateurs et correspondants 18 %.
La peur au quotidien
À cette fragilité économique s’ajoute l’insécurité. Quelque 65 % des journalistes interrogés déclarent avoir subi des menaces ou des actes d’intimidation liés à leur travail au cours des trois dernières années. Seuls 17 % disent se sentir toujours en sécurité dans l’exercice de leur profession, tandis que 55 % éprouvent rarement ou jamais ce sentiment.
Le bilan humain rappelle les risques du métier. Selon la Fédération internationale des journalistes, 18 journalistes et professionnels des médias ont perdu la vie en Afrique en 2025, dont plusieurs dans des circonstances accidentelles liées à leur activité. Les pressions influencent aussi directement le traitement de l’information. Quelque 84 % des répondants reconnaissent pratiquer l’autocensure, occasionnellement ou fréquemment, et 69 % ont déjà évité certains sujets par crainte de menaces. L’ingérence politique est considérée comme la principale menace contre la liberté de la presse par 29 % des personnes interrogées, devant les violences contre les journalistes, citées par 22 %, et les lois restrictives, par 18 %. Parmi les violations effectivement subies figurent les ingérences politiques pour 68 %, les obstacles à l’accès à l’information pour 61 %, la censure pour 57 % et l’intimidation judiciaire pour 49 %. Au total, 65 % jugent la liberté de la presse restreinte ou fortement restreinte dans leur pays. Seuls 6 % la considèrent comme très libre.
Les femmes davantage exposées
Le rapport insiste également sur les risques numériques. Le harcèlement en ligne concerne 36 % des journalistes interrogés, 26 % déclarent avoir subi une surveillance numérique, 24 % des abus sexuels en ligne et 21 % des tentatives de piratage. Pourtant, 63 % n’ont reçu aucune formation en sécurité numérique. Les femmes journalistes apparaissent particulièrement exposées. Pour 76 % des répondants, elles sont confrontées à des risques supplémentaires, notamment le harcèlement sexuel, les violences en ligne fondées sur le genre, les inégalités salariales et les discriminations professionnelles. La pression affecte aussi le bien-être des journalistes. L’insécurité financière constitue la première source de stress pour 38 % d’entre eux, suivie de la peur des agressions avec 24 %. Par ailleurs, 72 % travaillent dans des structures dépourvues de dispositif de soutien psychologique. Près de 44 % déclarent connaître fréquemment un épuisement professionnel et 47 % ont déjà envisagé de quitter le métier.
Face à ces résultats, le président de la FAJ, Omar Faruk Osman, appelle les gouvernements, les employeurs et les institutions concernées à agir sur les conditions de travail. La Fédération réclame notamment des salaires équitables, des contrats écrits, une meilleure protection sociale et des lieux de travail plus sûrs.
Elle demande également des enquêtes rapides sur les agressions contre les journalistes, la réforme des législations utilisées pour les intimider, le respect de l’indépendance éditoriale et des mécanismes spécifiques de protection des femmes journalistes.
Réalisée avec le soutien du Programme multidonateurs de l’UNESCO sur la liberté d’expression et la sécurité des journalistes, l’enquête relie ainsi les conditions matérielles d’exercice du métier à la liberté d’informer. Salaires insuffisants, absence de contrats, menaces et autocensure affectent à la fois les journalistes et les informations auxquelles le public peut avoir accès.
Joseph Amara Dembélé

Ligue 1 Pro Orange : Le championnat reprend ses droits

Initialement prévu le 10 octobre 2026, le coup d’envoi de la Ligue 1 Pro Orange 2026-2027 sera donné ce samedi 31 octobre. Après un premier report demandé par les clubs, les quatorze formations de l’élite s’apprêtent à retrouver la compétition, avec plusieurs affiches intéressantes dès la première journée.

Quatorze ans après la dernière participation d’un club de Kayes au championnat national, la ville retrouve l’élite du football malien. Cette fois, elle sera représentée par l’AS Kayes, qui découvre la Ligue 1 pour la première fois de son histoire. Le promu accueillera l’US Bougouba le 31 octobre en match d’ouverture de la saison.

La reprise intervient trois semaines après la date initialement retenue. Le report, officialisé le 6 octobre par la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), avait été sollicité par les clubs, dont plusieurs joueurs étaient mobilisés pour le tournoi UFOA-A U20 organisé à Bamako.

Des affiches relevées d’entrée

Sur le plan sportif, le Djoliba AC abordera l’exercice dans la peau du Champion sortant. Sacrés avec 59 points la saison dernière, les Rouges tenteront de conserver leur couronne face à une concurrence emmenée par le Stade malien, deuxième avec 50 points, et l’AS Réal, troisième avec 49 unités. Le FC Diarra, quatrième du précédent championnat, voudra également confirmer sa progression.

Le calendrier de la première journée réserve d’ailleurs deux oppositions de premier plan. L’AS Réal accueillera le Stade malien le 1er novembre dans un duel entre prétendants au titre. Le lendemain, le FC Diarra sera opposé au Djoliba AC pour des retrouvailles après leur confrontation en Supercoupe, remportée par les Rouges début octobre.

Les autres rencontres mettront aux prises Binga FC et l’USFAS, ainsi que l’AS Bakaridjan et Afrique Football Élite, le 1er novembre. L’ASKO affrontera Derby Académie le 2, tandis que les Onze Créateurs de Niaréla recevront l’autre promu, le Centre sportif de Bamako.

Pour les deux promus, l’enjeu sera surtout de réussir leurs premiers pas dans l’élite. L’AS Kayes et le Centre sportif de Bamako devront rapidement trouver leurs repères face à des adversaires plus expérimentés, avec pour première ambition d’assurer leur maintien.

Outre les résultats, cette reprise s’accompagne de nouvelles attentes sur le plan organisationnel. La FEMAFOOT a porté de 25 à 40 millions de francs CFA la subvention annuelle accordée à chaque club. Ce soutien supplémentaire intervient alors que la professionnalisation continue de soulever des questions de financement, d’infrastructures et de gestion.

Mohamed Kenouvi

 

Pakenzy : Un rap métissé sur la scène malienne

De son vrai nom Moriba Coulibaly, Pakenzy a fait ses premiers pas dans la musique en 2016, au sein du groupe ACI Gang (AG), avant d’entamer une carrière solo en 2019. Depuis, il enchaîne les singles, de Société en mars 2024 à Loloni en octobre 2026, avec notamment Diarabi, Mankan, Kolo Kolo et Oh My Baby. Il construit ainsi son répertoire et son public.

Dans une scène malienne où les jeunes artistes doivent se distinguer face à une offre musicale abondante, Pakenzy mise sur un positionnement hybride. Ses titres naviguent entre hip-hop, rap et afrobeat sur les plateformes. Lui revendique aussi des influences R&B, amapiano, afro-mandingues et traditionnelles. Sa particularité tient à cette combinaison, pensée pour toucher un public jeune sans rompre avec les références maliennes.

Cette ouverture nourrit sa manière de composer. Pakenzy cherche des morceaux accessibles et dansants, mais attachés aux réalités de sa génération. Son titre Oh My Baby a même franchi les frontières maliennes en apparaissant en octobre dans le classement Shazam en Côte d’Ivoire. Une présence encore modeste, mais qui traduit un début d’audience hors du Mali.

Des collaborations pour avancer

Le rappeur s’est aussi rapproché d’autres artistes pour élargir son univers. Il a enregistré Diarabi avec Sadio Sidibé en juillet 2024, puis FAMA en janvier 2025. Il compte également des collaborations avec Dr Keb et MS2. « Cette expérience m’a appris la patience, la persévérance et l’importance de la constance. J’ai compris que construire une carrière demande du temps, de la passion et une véritable connexion avec les gens », confie-t-il.

Pakenzy évolue aujourd’hui de manière indépendante, sans être rattaché à un label. Il travaille étroitement avec le beatmaker Wippa Beat et son équipe. Cette autonomie lui laisse sa liberté artistique mais lui impose aussi de construire sa visibilité dans un secteur où les sorties se multiplient rapidement.

L’image et la scène comptent également dans son approche. Le jeune artiste soigne ses apparitions, privilégiant l’élégance et une attitude maîtrisée. À l’heure où clips, réseaux sociaux et performances participent à la carrière musicale, il cherche à installer une identité reconnaissable sans forcer son personnage.

Ses chansons parlent surtout de jeunesse, de relations amoureuses, de séduction, de passion et de trahison. Pakenzy veut y raconter les comportements et les contradictions de son époque. « Cela peut nous rendre heureux, nous faire rêver, mais aussi nous enseigner de grandes leçons de vie », résume-t-il.

Ali Sankaré

Dominique KOUADIO: « À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes ».

Environ 3 500 nouveaux déplacés avaient été enregistrés à Macina au 23 octobre, selon Médecins Sans Frontières (MSF). Dans cet entretien écrit daté du 26 octobre 2026, le chef de mission OCP de l’organisation, Dominique KOUADIO, décrit les conditions d’accueil, les besoins sanitaires et les interventions de ses équipes.

Quel est le bilan actualisé des déplacements à Macina ?
Le chiffre de 5 000 personnes déplacées correspond au cumul des déplacements enregistrés entre 2023 et 2025. Les 3 400 nouveaux déplacés sont ceux arrivés depuis le début du mois de septembre à ce jour. À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes.
Combien de personnes avez-vous prises en charge et pour quelles pathologies ?
La majorité des déplacés qui viennent en consultation sont des femmes et des enfants. En quinze jours, les équipes de MSF ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants.
Les pathologies les plus dominantes restent le paludisme, les infections respiratoires, etc.
Dans quelles conditions les déplacés sont-ils hébergés ?
Les déplacés arrivés dans la nouvelle vague sont pour la plupart accueillis dans des familles d’accueil. Cette situation implique probablement des conditions de vie et d’hébergement dans la promiscuité et nous pensons que cela les expose davantage aux vecteurs du paludisme vu la période d’hivernage, mais aussi à plus de vulnérabilité aux infections respiratoires aiguës.
Rencontrez-vous des difficultés d’accès aux déplacés ?
Nos équipes sont présentes dans la ville de Macina, où se trouvent les personnes déplacées. Nos activités se déroulent au CSCOM central de Macina. Donc, nous ne rencontrons pas de difficultés d’accès aux déplacés.
Avec la nouvelle stratégie qui sera mise en place, nous prévoyons de mettre en place une équipe plus décentralisée, qui mènera des activités directement sur les sites de concentration des personnes déplacées, tandis qu’une autre équipe continuera d’intervenir au CSCOM.
En coordination avec les autres acteurs humanitaires, nous restons ouverts pour des actions plus décentralisées (cliniques mobiles) sur les sites de concentration des déplacés et en fonction de l’évolution des besoins.
Quels besoins doivent être couverts en priorité ?
Les besoins en abris, en articles de ménage, en vivres, en soutien psychologique, en protection, en approvisionnement en eau potable, en support en cash et en soins de santé primaires sont les plus urgents (besoins insuffisamment couverts au regard de la situation actuelle).

Dr Traoré Aminata Simpara : « Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins ».

Présente à Macina à travers une équipe mobile intégrée, AMSODE intervient auprès des personnes déplacées et des communautés d’accueil. Dans cet entretien à Journal du Mali, Dr Traoré Aminata Simpara, coordinatrice Santé et Nutrition de l’organisation, détaille les interventions menées, les contraintes de l’assistance humanitaire et les besoins qui restent à couvrir.

Dans quelles localités intervenez-vous actuellement auprès des déplacés et des familles d’accueil ? Êtes-vous présents à Macina ou dans d’autres zones du centre ?
AMSODE intervient dans plusieurs régions du Mali, notamment à Mopti, Ségou, Bandiagara, Douentza, Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka, Sikasso, Koulikoro, Kayes et dans le District de Bamako. Notre action s’inscrit dans une approche multisectorielle qui prend en compte les besoins des personnes déplacées, des réfugiés, des familles vulnérables et des communautés d’accueil.
À Macina, dans la région de Ségou, nous intervenons à travers une équipe mobile intégrée qui permet de rapprocher les services sociaux de base des populations affectées par le déplacement forcé. Cette approche est particulièrement importante lorsque les communautés rencontrent des difficultés d’accès aux services essentiels, surtout de santé.
Plus largement, les déplacements de populations exercent une pression supplémentaire sur les ressources et les services des localités d’accueil. Notre approche consiste donc à considérer les besoins des personnes déplacées, mais aussi ceux des familles qui les accueillent et qui peuvent elles-mêmes vivre dans une situation de vulnérabilité.
La couverture opérationnelle d’AMSODE varie selon les interventions et les ressources mobilisées. Notre priorité reste de répondre aux besoins identifiés dans nos zones d’action et de contribuer à une réponse humanitaire adaptée aux réalités des communautés.
Quelles actions avez-vous réalisées récemment dans ces localités ? Pouvez-vous préciser les dates, le nombre de bénéficiaires et les résultats obtenus ?
AMSODE met en œuvre des interventions qui répondent à différents besoins : assistance alimentaire et monétaire, accès aux soins, protection, accompagnement psychosocial, éducation et soutien aux moyens d’existence. Les modalités d’intervention dépendent du contexte et des besoins identifiés auprès des populations.
À titre d’exemple, dans la région de Mopti, 177 ménages déplacés internes à Walirdé ont bénéficié d’une assistance monétaire dans le cadre du mécanisme de réponse rapide RRM-ECHO, mis en œuvre par AMSODE et le Conseil norvégien pour les réfugiés, avec un financement de l’Union européenne. L’intervention comprenait également des séances d’information et des mécanismes de retour d’information des bénéficiaires.
En juin 2026, 216 ménages déplacés à Mabilé et Tintin-Bougou, à Bamako, ont bénéficié d’une assistance alimentaire d’urgence dans le cadre d’une intervention menée avec World Renew.
Dans le domaine de la santé, les équipes mobiles permettent également d’aller vers les populations qui rencontrent des difficultés pour accéder aux structures de soins. À titre d’illustration, entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE dans les régions de Tombouctou, Mopti, Bandiagara, Douentza, Gao, San et Ségou a permis de toucher 42 909 personnes. Elle a notamment permis de réaliser 13 269 consultations curatives gratuites, d’appuyer 272 urgences obstétricales et néonatales et d’accompagner 125 femmes enceintes par des transferts monétaires. Par ailleurs, 4 789 femmes et adolescentes ont bénéficié de services de consultations prénatales et postnatales, et 1 275 de services de planification familiale. L’intervention a également permis de dépister 1 545 enfants pour la malnutrition et de référer 64 cas compliqués vers les structures sanitaires appropriées. Au total, 1 996 enfants ont été vaccinés et 205 survivantes de violences basées sur le genre ont été appuyées. Ont également été distribués 880 kits de dignité, 281 kits d’accouchement et 365 kits d’hygiène menstruelle. Les activités de prévention et de sensibilisation ont touché 17 907 personnes.
Ces résultats montrent l’importance d’une réponse diversifiée, adaptée aux besoins des ménages. Mais ils rappellent aussi qu’une intervention ponctuelle ne suffit pas toujours à couvrir l’ensemble des besoins d’une famille déplacée, particulièrement lorsque le déplacement se prolonge et que les ressources des communautés d’accueil sont elles-mêmes limitées.
Avec quels moyens humains, matériels et financiers assurez-vous ces interventions ? Avez-vous constaté une évolution des financements disponibles en 2026 ?
Les interventions humanitaires reposent sur la mobilisation des équipes de terrain, des moyens logistiques, des partenaires opérationnels et des ressources financières nécessaires pour atteindre les populations. Pour les organisations nationales comme AMSODE, la capacité à maintenir une présence auprès des communautés dépend largement de la disponibilité et de la continuité de ces ressources.
Les chiffres du Plan de réponse humanitaire illustrent clairement la pression financière qui pèse sur le secteur au Mali. En 2025, 6,4 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire. Le plan nécessitait 771 millions de dollars, mais seulement environ 21 % de cette enveloppe a été mobilisée, soit le taux de financement le plus faible enregistré depuis dix ans. Malgré ce contexte, les partenaires humanitaires ont apporté une assistance à 1,8 million de personnes.
Pour 2026, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire prévoit 5,1 millions de personnes dans le besoin et cible 3,8 millions de personnes à assister, pour un financement requis de 577,9 millions de dollars. Au 28 septembre 2026, seulement 135,6 millions de dollars avaient été mobilisés, laissant un déficit de plus de 442 millions de dollars.
Ces chiffres montrent que les ressources disponibles restent très inférieures aux besoins identifiés. Pour les organisations humanitaires, cela signifie qu’il faut prioriser les interventions, rechercher des complémentarités entre acteurs et faire des choix difficiles alors que de nombreuses familles continuent d’avoir besoin d’aide.
Les contraintes financières ont-elles entraîné une réduction, un report ou un arrêt de certaines activités ? Si oui, lesquelles, dans quelles localités et avec quelles conséquences pour les bénéficiaires ?
Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins. En 2025, le plan humanitaire n’a été financé qu’à environ 21 %. En 2026, le déficit dépassait encore 442 millions de dollars au 28 septembre.
Lorsque les ressources sont insuffisantes, les acteurs doivent concentrer leurs moyens sur les besoins les plus urgents. Cela peut limiter le nombre de personnes assistées, réduire la durée de certaines interventions ou empêcher de répondre à des besoins pourtant identifiés. Une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie.
Il faut comprendre qu’un déplacement ne crée pas uniquement un besoin immédiat de nourriture ou d’abri. Il peut entraîner la perte des revenus, des biens et des moyens de subsistance, tout en perturbant l’accès aux soins, à l’éducation et aux autres services essentiels. Lorsque l’aide disponible ne couvre qu’une partie de ces besoins, les familles doivent continuer à faire face à des difficultés importantes.
La situation nationale montre donc que le financement est un facteur déterminant de la couverture humanitaire. Pour AMSODE, comme pour les autres acteurs, l’enjeu est de pouvoir maintenir une réponse cohérente avec les besoins identifiés et d’éviter les ruptures d’assistance lorsque les vulnérabilités persistent.
Quelles difficultés d’accès, de sécurité ou de logistique rencontrez-vous ? Comment vos équipes et vos partenaires locaux s’organisent-ils pour maintenir l’assistance ?
L’accès aux populations reste un défi majeur dans plusieurs zones du Mali. Selon le Plan des besoins et de la réponse humanitaire, 753 incidents ayant entravé l’accès humanitaire ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025, soit une hausse de 40 % par rapport à la même période en 2024. Quinze localités étaient signalées comme difficilement accessibles.
Ces contraintes affectent les populations, mais aussi les possibilités d’évaluation des besoins, d’acheminement de l’assistance et de suivi des interventions. Elles peuvent entraîner des retards et compliquer la continuité des services, notamment dans les zones éloignées ou accueillant un nombre important de personnes déplacées.
Pour maintenir l’assistance, les équipes s’appuient sur la coordination avec les partenaires et les acteurs locaux, la connaissance du contexte et l’adaptation des modalités d’intervention. Les équipes mobiles constituent notamment une approche permettant de rapprocher certains services des populations ciblées.
Mais la proximité avec les communautés ne suffit pas à elle seule. Les interventions nécessitent des moyens adaptés, des ressources disponibles et des conditions d’accès compatibles avec la sécurité des équipes et des bénéficiaires. L’assistance doit pouvoir être organisée de manière responsable, sans exposer davantage les personnes que nous cherchons à soutenir.
Quels besoins restent les moins couverts, notamment pour les femmes et les enfants ? Quelles mesures permettraient de renforcer votre réponse et de soutenir les familles d’accueil ?
Les besoins restent importants dans plusieurs secteurs. En 2026, les données de planification humanitaire font état de plus de 2 millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire, de 1,9 million de personnes exposées à des risques sanitaires importants et d’environ 3 millions de personnes privées d’un accès suffisant à l’eau potable et à l’hygiène. Par ailleurs, 1,8 million d’enfants ne peuvent pas fréquenter l’école et 1,6 million d’enfants de moins de cinq ans sont exposés au risque de malnutrition aiguë.
Ces chiffres montrent que les besoins sont étroitement liés. Une famille déplacée peut avoir besoin de nourriture, mais également de soins, d’eau, d’un abri, de protection et de moyens de subsistance. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables lorsque les ressources familiales s’épuisent et que les services essentiels deviennent difficiles d’accès.
Les familles d’accueil doivent également être prises en compte. Elles partagent leurs ressources avec les personnes déplacées alors qu’elles peuvent elles-mêmes être confrontées à des difficultés économiques. Si leur capacité à accueillir et à soutenir d’autres ménages s’affaiblit, les besoins et les tensions peuvent s’accentuer au sein des communautés.
Pour renforcer la réponse, il faut des financements plus prévisibles et mieux adaptés à la durée des crises, une assistance qui tienne compte des vulnérabilités spécifiques et un soutien aux moyens d’existence des ménages déplacés comme des familles d’accueil. Il est également essentiel de renforcer les services de proximité et de mieux articuler l’assistance d’urgence avec le relèvement et les solutions durables.
Enfin, les organisations nationales doivent disposer de moyens suffisants pour maintenir leur présence sur le terrain et participer pleinement à la définition des réponses. Elles connaissent les réalités locales et travaillent au contact des communautés. Cette proximité doit être accompagnée de ressources adaptées pour permettre une assistance continue, de qualité et redevable envers les populations.
L’objectif n’est pas seulement de répondre à une urgence immédiate, mais de permettre aux personnes déplacées et aux familles qui les accueillent de préserver leur dignité et de retrouver progressivement des conditions de vie plus stables.

Consommer local : Entre prix élevés et faible transformation

Créer davantage de valeur en transformant sur place figure parmi les objectifs du Mois du consommer local, célébré en octobre dans l’espace UEMOA. Au Mali, cette campagne coïncide avec le Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion. Entre prix, disponibilité et accès aux produits, l’achat local peine encore à devenir un réflexe durable.

Les autorités veulent faire de cette campagne un levier de croissance et de souveraineté économique. Le potentiel est important avec le coton, les céréales, les fruits, les légumes et le bétail. Mais la transformation reste limitée. Selon une cartographie du PNUD publiée en 2025, la transformation agroalimentaire ne contribuait qu’à 6,1% du PIB en 2021, laissant une part de la valeur ajoutée hors du pays.

La dépendance aux achats extérieurs persiste. En 2025, les importations de produits alimentaires agricoles ont totalisé près de 495 milliards de francs CFA, d’après les bulletins de l’INSTAT. Une facture qui montre la marge disponible pour les producteurs et transformateurs maliens.

Manque à gagner

En septembre 2026, l’indice des prix à la consommation est resté stable à 109,5 par rapport à août, selon l’INSTAT. Sur trois mois, les prix ont progressé de 1,4% et de 3,4% sur un an.

La provenance fait apparaître des évolutions différentes. En septembre, les prix des produits locaux ont reculé de 0,2%, tandis que ceux des produits importés ont augmenté de 0,6%. Sur un an, la hausse atteint 3,9% pour les produits locaux, contre 2,5% pour les produits importés.

Le prix n’explique pas tout. Abdel Rahamane Sy, Président de l’Association des Jeunes pour la Valorisation du coton, cite la qualité, la présentation, la sensibilisation et les circuits de distribution parmi les conditions pour rendre les produits maliens accessibles et compétitifs.

Hélène N’Diaye, Présidente du Réseau solidaire en agroécologie paysanne citoyenne, récuse l’idée d’un produit local systématiquement plus cher. « Le produit local n’est pas cher, c’est le produit importé qui est faussement bon marché », affirme-t-elle.

Son réseau mise sur les marchés de proximité pour réduire les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. La transformation, la présentation et une meilleure valorisation des produits doivent aussi permettre d’élargir la clientèle.

Le coton résume ce décalage. Selon l’OMC, environ 98% du coton produit dans les pays du C-4+ est exporté sous forme de fibre brute. Le Mali ambitionne d’en transformer localement au moins 10% afin de conserver davantage de valeur ajoutée et d’emplois dans le pays.

Abdoulaye Yaro : « Il faut faire confiance aux jeunes »

Expert en management stratégique, en développement organisationnel et en conduite du changement, Abdoulaye Yaro vient de publier son ouvrage « Investir dans la jeunesse ». Il y défend une jeunesse plus engagée et responsabilisée. Dans cet entretien, il revient sur ses motivations, l’importance du leadership et la responsabilité des décideurs. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Pourquoi avoir consacré un livre à l’investissement dans la jeunesse ?

La jeunesse constitue l’essentiel de notre population. Plus de 74% des Maliens ont moins de 30 ans et l’âge moyen est de 21 ans et demi. Si nous voulons progresser, nous devons renforcer nos efforts en direction des jeunes. Ce livre s’appuie sur près de vingt ans d’engagement, d’abord comme leader d’organisations de jeunes, puis comme porteur d’initiatives destinées à valoriser leur place dans la société. L’objectif est de les encourager à construire le présent et à assumer des responsabilités pour l’avenir.

Vous insistez sur le leadership. Comment les jeunes peuvent-ils le développer ?

Tout commence dans la famille, que je considère comme la première école du leadership. C’est là que l’on découvre l’autorité. Ensuite, les jeunes doivent développer leurs capacités sur le terrain, au sein des organisations de jeunesse et des associations, ainsi qu’à travers leurs initiatives communautaires. Ces expériences renforcent leur sens des responsabilités et leur permettent de participer à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Votre livre, édité par Bandama Éditions, a été préfacé par l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Comment s’est faite cette collaboration ?

Les questions relatives à la jeunesse intéressent énormément Moussa Mara. Il a donc accepté de préfacer ce livre et de donner son avis sur cette problématique. Sa contribution nourrit la réflexion que nous souhaitons susciter autour de l’investissement dans la jeunesse et de son rôle dans le développement du Mali.

Ce livre constitue un plaidoyer pour la jeunesse. Quel message adressez-vous aux jeunes et aux décideurs ?

Je m’adresse d’abord aux jeunes, car ils sont les premiers acteurs de leur développement. Je les invite à accepter de prendre des responsabilités et à défendre les valeurs évoquées dans l’ouvrage. Mais j’interpelle également les décideurs. Il ne s’agit pas uniquement des autorités publiques, mais de tous ceux qui exercent des responsabilités : directeurs d’école, chefs de famille, chefs d’entreprise, entre autres. Je leur demande de faire confiance aux jeunes et de leur donner la possibilité d’assumer des responsabilités. C’est ainsi qu’ils pourront démontrer leurs capacités. Je reste convaincu qu’ils sont capables de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

 

Algérie : Un tournant militaire au Niger

L’Algérie s’apprête à envoyer certaines unités de son armée au Niger, une première depuis plus d’un demi-siècle. Présentée par Alger comme une mission de protection d’intérêts énergétiques et économiques communs, la décision marque un tournant dans la manière dont le pays envisage sa sécurité hors de ses frontières.

Le Président Abdelmadjid Tebboune a confirmé le 26 octobre l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire à Madama, dans l’extrême nord du Niger, près de la frontière libyenne. Le Parlement algérien avait approuvé la veille cette projection militaire, demandée par Niamey. Les effectifs, la durée et le calendrier précis du déploiement n’ont pas été rendus publics.

Le choix de Madama ajoute au symbole. La France y avait installé en 2014 une base avancée de l’Opération Barkhane, destinée notamment à surveiller les routes reliant le sud libyen au Sahel. Cette position, mise en sommeil en 2019, permettait de contrôler des flux d’hommes, d’armes et de trafics dans une zone stratégique entre Libye, Niger, Mali et Algérie.

Située à une centaine de kilomètres de la Libye, elle donne accès aux routes qui descendent du Fezzan vers Agadez et les espaces sahéliens plus au sud.

Doctrine

Pendant des décennies, Alger a privilégié la défense de son territoire et s’est montrée réticente aux interventions militaires étrangères dans son voisinage sahélien. Sa Constitution, révisée en 2020, autorise toutefois l’envoi de troupes hors du pays après approbation des deux tiers de chaque Chambre. Le dispositif juridique existait. Madama lui donne une traduction militaire majeure.

Le rapprochement avec Niamey repose aussi sur des intérêts économiques précis. Sonatrach poursuit des activités d’exploration dans le bloc de Kafra, tandis que le projet de gazoduc transsaharien doit relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger. La sécurisation du nord nigérien touche ainsi directement des investissements et des corridors que l’Algérie considère comme stratégiques.

La décision intervient après une période de relations tendues avec Niamey, notamment après le coup d’État de 2023 et les différends régionaux liés à la sécurité sahélienne. Les échanges politiques et militaires ont depuis repris, jusqu’à cette nouvelle étape.

Le contraste est saisissant. Une ancienne base avancée française, symbole d’une présence militaire occidentale souvent regardée avec méfiance par Alger, pourrait servir aujourd’hui au premier déploiement extérieur algérien depuis 1973. La doctrine de retenue n’a pas disparu, mais elle s’accompagne désormais d’une capacité assumée à se projeter chez un voisin lorsque des intérêts sécuritaires, économiques et énergétiques sont directement concernés.

Foncier : Mettre fin au désordre

La dissolution du Conseil communal de la Commune I remet une vieille plaie au centre de l’actualité : le foncier. Morcellements irréguliers, reconnaissances contestées de droits, documents délivrés en dehors des règles, chevauchements de titres… Les griefs reviennent avec une constance inquiétante.

Le problème dépasse pourtant cette seule mairie. Depuis des années, le foncier figure parmi les principales sources de réclamations adressées au Médiateur de la République. Il mobilise maires, services des Domaines, autorités administratives, tribunaux et citoyens, souvent au terme de procédures longues, coûteuses et éprouvantes.

Les textes existent pourtant. Les compétences des collectivités sont encadrées, le Titre foncier demeure la référence en matière de propriété et les abus peuvent être sanctionnés. Le Mali vient même de franchir une nouvelle étape avec la mise en place d’un Pôle spécialisé en matière foncière, conçu pour mieux traiter des contentieux dispersés entre plusieurs juridictions.

Il faudra maintenant que cet outil fasse la différence sur le terrain. Car le vrai problème n’est plus seulement l’absence de règles. C’est leur application, leur respect par les administrations concernées et la capacité de la justice à trancher au plus vite.

Le citoyen qui achète une parcelle ne devrait pas découvrir des années plus tard qu’elle a été attribuée deux fois, qu’elle empiète sur un domaine public ou que le document qui lui a été remis n’a pas la valeur qu’il croyait.

Mettre fin au désordre foncier, c’est d’abord rendre la règle claire, la décision traçable et la responsabilité effective. À ce prix, la confiance pourra revenir dans un secteur où trop de familles ont tout perdu.

Ouganda : Aider aussi ceux qui accueillent

En Ouganda, le programme DRDIP a financé des écoles, des centres de santé et des activités économiques pour les réfugiés et leurs communautés d’accueil. Une seconde phase, annoncée pour octobre 2026, doit prolonger ces investissements.

Dans le district de Moyo, Leya, réfugiée sud-soudanaise et mère de cinq enfants, a développé une activité de couture grâce à une formation et à une subvention de 6 000 dollars. Ses revenus lui ont ensuite permis d’acheter une terre agricole pour contribuer à nourrir sa famille, rapporte la Banque mondiale.

Son parcours s’inscrit dans le programme DRDIP, lancé en 2017 par le gouvernement avec l’appui de l’institution. Déployé dans quinze districts accueillant des réfugiés, le dispositif associe les réfugiés et les communautés locales au choix des investissements et au suivi des réalisations.

Les activités soutenues comprennent l’agriculture, l’élevage, la formation professionnelle et les petites entreprises. Des groupes d’épargne et des fonds villageois facilitent également l’accès aux ressources. Selon le bilan publié le 19 mars 2026, les ménages participants ont enregistré des revenus annuels supérieurs de plus de 17% à ceux des non-participants.

Services sociaux de base

Les investissements concernent aussi les équipements utilisés quotidiennement. Entre 2017 et 2024, 290 écoles ont été construites ou améliorées, au bénéfice de plus de 490 000 élèves. La construction ou la réhabilitation de 130 centres de santé a également renforcé l’offre de soins.

La Banque mondiale rapporte une progression de 47% des inscriptions dans le primaire dans les zones ciblées et une diminution de 36% des dépenses annuelles de santé des bénéficiaires. Les infrastructures servent aux réfugiés comme aux populations locales.

D’autres financements ont accompagné l’intégration des services dans les dispositifs publics. Un programme de transferts budgétaires aux collectivités a notamment permis de rattacher 51 écoles primaires et 15 centres de santé, auparavant gérés par des partenaires humanitaires, aux systèmes nationaux. Les populations réfugiées ont été intégrées à la formule de financement local de ces services.

Un mécanisme suit aussi les nouveaux afflux de réfugiés pour financer les écoles, les centres de santé et les points d’eau les plus sollicités.

Des chantiers restent toutefois inachevés, ont souligné des parlementaires le 15 septembre. Le pays subit également les coupes de l’aide alimentaire rappelées par le Programme alimentaire mondial le 2 octobre.

Prévue sur cinq ans, la deuxième phase du DRDIP dispose d’une enveloppe annoncée de 328 millions de dollars. Elle cible trois millions de réfugiés et de membres des communautés d’accueil dans quatorze districts, avec des investissements dans les services publics, les activités économiques et l’environnement.