L’Édito

Consommons malien

Il y a 35 ans, un jeune et audacieux capitaine prenait le pouvoir au Burkina Faso. Les quatre années qu’il passa à la tête de l’État furent une expérience politique passionnante et reste, encore aujourd’hui, originale à bien des aspects. Celui que nous retiendrons pour l’heure est la promotion qu’il fit des productions nationales qu’elles soient culturelles, artisanales, agricoles, etc. Le slogan était « Consommons burkinabé ». Avec l’enthousiaste autoritarisme qui était le sien, Thomas Sankara imposa notamment à tous les fonctionnaires le port de vêtement en pagne tissé local, assurant du même coup le plein essor de l’emploi dans ce secteur. Mais aussi l’ancrage durable de cette étoffe dans le quotidien des Burkinabè. Aujourd’hui, les pagnes Faso dan fani, bien qu’il n’y ait plus aucune obligation à les porter, sont les pagnes tissés dont la créativité est la plus dynamique de la sous-région. On les réinvente constamment, on les fait progresser en qualité, on les modernise et on les porte avec joie. La promotion des productions nationales impacte donc directement le regard que l’on porte sur elles, elle les valorise durablement.

Évidemment, il est inutile de rappeler la portée économique d’une telle démarche. Mais faisons-le quand même. Si les modèles économiques évoluent, l’industrialisation reste le moteur du développement d’un pays. C’est la révolution industrielle, au XIXè siècle, qui a propulsé l’Europe. C’est la même évolution qui a fait et continue de faire des pays comme la Chine, l’Inde ou le Japon. Et nous ? Quand cesserons-nous d’importer ce que nous pouvons fabriquer ? Quand cesserons-nous d’accorder plus de valeur à ce qui est produit à l’étranger tout en criant notre patriotisme ? Peut-on réellement faire la promotion des investissements au Mali si nous n’y sommes pas les premiers investisseurs ? Changeons de perspective, consommons malien.

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L’Hebdo - édition du 13.12.2018
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