Mamadou Igor DIARRA : « Le Mali a réalisé d’importants progrès en matière d’eau et d’électricité »

Journadumali.com : Pouvez-vous nous parler de la politique énergétique du Mali ? Mamadou Igor Diarra : Elle est très ancienne…

Journadumali.com : Pouvez-vous nous parler de la politique énergétique du Mali ? Mamadou Igor Diarra : Elle est très ancienne puisque datant de plus d’une cinquantaine d’années. Cependant, C’’est en 2006 qu’un document de politique énergétique nationale a été élaboré et adopté par le gouvernement. Journaldumali.com : Quels en sont les grands axes ? Mamadou Igor Diarra : l’un des objectifs majeurs de cette politique, C’’est de donner de l’énergie électrique au plus grand nombre et à  moindre coût. Et sa mise en œuvre s’appuie sur un certain nombre d’axes qui sont notamment, l’accroissement de la production d’énergie électrique d’origine hydraulique. Cet accroissement s’explique par le fait que notre pays regorge d’un potentiel de 1200 MW sur les deux cours d’eau qui le traversent. J’avoue que sur les 1200 MW, seuls 20% sont entamés et concernent essentiellement les barrages de Sélingué et Manantali, en plus de quelques petits barrages tels celui de Sotuba. Journaldumali.com : Le Mali on le sait, regorge d’importants potentiels en matière d’énergies renouvelables, quelles mesures avez-vous prises afin de développer ce secteur ? Mamadou Igor Diarra : Notre premier levier, C’’est celui de l’hydroélectricité que nous souhaitons bien entendu voir développé. Parce que C’’est une énergie propre, naturelle et à  moindre coût. Un second pilier sur lequel nous nous basons, C’’est de renforcer les autres moyens de production d’origine thermique. Et là , nous avons jusqu’à  présent eu recourt à  des groupes électrogènes qui utilisaient du gazoil. Mais aujourd’hui, nous avons des groupes d’une autre génération, notamment les centrales qui fonctionnent au fioul lourd et donc, plus économique. Je signale que ces centrales pourraient à  tout moment, servir de réserve froide au cas o๠nous aurions une offre d’énergie suffisante. Pour en revenir aux énergies renouvelables, je voudrais parler du solaire, de l’éolienne, mais également des biocarburants. Notre pays s’est doté d’un certain nombre de documents, mais aussi, il a mis en place plusieurs structures. Journaldumali.com : Quelles sont ces structures et de quelles potentialités disposent-elles ? Igor Diarra : La société énergie du Mali (EDM) est celle qui travaille sur le réseau interconnecté et certains centres isolés, l’agence malienne d’électrification rurale (AMADER) quant elle, travaille essentiellement sur le volet rural. Nous avons aussi créé l’agence nationale de développement du biocarburant (ANADEB), qui est un acteur qui a aujourd’hui, bâti la réglementation en matière de biocarburants. Vous savez le Mali a une longue expérience en matière de production de l’huile de pourghère, mais également, à  la faveur de tous les projets de sucrerie, il y aura du bioéthanol disponible dans notre pays. D’autant plus que nous avons de plus en plus d’échanges avec le Brésil qui excelle dans ce domaine. Journaldumali.com : Alors, comment qualifierez-vous cette politique de promotion d’énergies nouvelles et quelles sont les investissements dans ce domaine ? Mamadou Igor Diarra : Je dirais que nous avons une politique énergétique contemporaine, qui tient compte de l’ensemble des contraintes environnementales. Cependant, il nécessite aussi beaucoup d’investissements. D’ailleurs il n’y a pas longtemps, nous avons adopté un programme d’investissements optimaux du secteur. Il totalise plus de 500 milliards de FCFA sur 5 ans et 50% des investissements sont déjà  acquis. Journaldumali.com : Quel est le taux d’accès à  l’électricité et qu’en est-il comparativement aux autres pays de la sous région, en plus des défis à  relever d’ici à  l’horizon 2015 dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement ? Mamadou Igor Diarra : Nous avons un taux d’accès à  l’électricité qui se situe aujourd’hui, à  plus de 22%. C’’est peut-être un peu plus que beaucoup de pays africains mais pour nous, C’’est beaucoup moins que ce que nous sommes capable de réaliser. Raison pour laquelle, notre objectif d’ici 2015, C’’est d’atteindre 50% du taux d’accès à  l’électricité. Nous avons réuni toutes les conditions pour cela. En témoigne les barrages de Félou, Taoussa, les interconnexions et les centrales thermiques à  fioul lourd que nous avons mis en place. Nous avons tous les investissements nécessaires pour la production de l’électricité, presque la moitié des moyens de transports et il en de même pour la distribution aux consommateurs et aux entreprises. Journaldumali.com : Qu’en est-il de l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Sénégal et le Burkina Faso ? Mamadou Igor Diarra : l’interconnexion est vraiment la solution incontournable surtout pour les pays membres de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). La communauté ayant pris conscience de cela, a mis en place le West African power point (WAP) qui fédère l’ensemble des acteurs énergétiques autour d’un certain nombre de programmes. l’avantage d’une communauté économique, C’’est le fait que chacun regorge à  son niveau, de certaines potentialités. Ce que nous bâtissons, C’’est un marché d’interconnexion. Mais, cela ne peut se faire que si on crée des autoroutes d’électricité, mais aussi, celles de la télécommunication. Donc, ceci se constate à  travers le redéploiement de la fibre optique à  travers un certain nombre de pays. Ainsi, les deux grands projets d’interconnexion qui concernent le Mali sont ceux avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Cette dernière est en chantier et les pilônes sont déjà  arrivés à  Sikasso. On quittera donc ce pays en terme de réseau, pour aller jusque dans la zone office du Niger. Ensuite, l’interconnexion avec le Ghana nous permettra de passer par Bobo-Dioulasso (Burkina Faso). Un autre projet est gestation, concerne l’interconnexion avec la Guinée Conakry qui a un potentiel hydro-électrique. Même si le Mali est très en avance sur elle en terme d’investissements. Nous voulons nous mettre dans une position d’exportateur. l’interconnexion n’est pas à  sens unique. Les travaux qui été stoppés il y a quelques mois avec la Côte d’Ivoire, parce que les populations environnantes demandaient un dédommagement. Mais les travaux ont repris depuis peu. Journaldumali.com : En ce qui concerne l’accès et la distribution d’eau au Mali, quel stratégies avez-vous adoptées en ce sens ? Mamadou Igor Diarra : En ce qui concerne l’eau, je dirais que nous avons enregistré des résultats extraordinaires. En effet, nous avons eu un taux d’accès à  l’eau de 73% en fin 2009. Notre pays il faut le reconnaitre est très gâté parce qu’il est traversé par deux cours d’eau. Cependant, la situation hydrique est très disparate au Mali parce que, nous avons des eaux de surface C’’est vrai, mais lorsque vous regardez la répartition de la population, nous sommes obligés de faire recourt aux eaux souterraines. Or, ces eaux sont surtout fonction de la pluviométrie qui n’est pas toujours constante dans certaines localités. Néanmoins, cela ne nous a pas empêché d’atteindre des résultats très encourageants. Journaldumali.com : Quels sont les projets d’investissement dans le domaine de l’eau au Mali ? Mamadou Igor Diarra : s’il y a bien un critère parmi les OMD qui semble à  la portée du Mali, C’’est celui de l’accès à  l’eau. En ce qui concerne les investissements dans ce secteur, nous avons dégagé un plan prioritaire de 320 milliards de FCFA sur 3 ans. Ce plan là  a déjà  reçu un financement de plus de 70%. Journaldumali.com : Quelle est la zone o๠le problème d’eau se pose le plus dans notre pays ? Mamadou Igor Diarra : Curieusement, C’’est à  Bamako que le problème d’eau se pose avec plus d’acuitté que dans certaines régions. Cela s’explique par le fait que les moyens de départ mis à  la disposition de la ville, étaient pour tout juste 1 million de personnes, or, nous en sommes aujourd’hui à  plus de 2 millions 500 mille habitants. Ce qui fait un déficit d’eau de 2000 m3 d’eau. Nous ferons donc deux stations compactes d’eau dans la capitale. Ce sont des stations qui sont dans les conteneurs qu’on peut monter et démonter très rapidement. Ainsi d’ici la fin de l’année, nous allons poser les premières pierres de ces deux stations qui viendront combler le manque existant. Elles seront basées à  Kalaban Coro et Missabougou et feront 20 000 m3 supplémentaires sur la rive droite du district de Bamako. Journaldumali.com : Pour terminer, la population et un certain nombre d’entreprise se plaignent du coût élevé des factures d’électricité et d’eau. Est-ce les consommateurs pourront voir des baisses à  ce niveau dans un futur proche ? Mamadou Igor Diarra : Il faut qu’on soit bien d’accord. On ne peut réduire le prix d’un bien que lorsque nous l’avons en abondance. Je pense que les investissements qui sont en cours totalisent près de 500 milliards de FCFA et se font sur de longues périodes. Toutes ces réalisations vont produire l’abondance, facteur de réduction de prix des facteurs. Cependant, cela n’est pas encore le cas au Mali. Mais, le pays doit être fier d’avoir un secteur de l’eau et de l’énergie qui est très dynamique. Nous serons au rendez-vous des défis du développement !