Bamako : Mieux organiser la circulation avant le prochain drame

Deux morts, plusieurs blessés, c’est le bilan d’un accident causé par un camion de livraison hors de contrôle au rond-point de l’ENSUP le 1er septembre. L’accident rappelle une évidence que Bamako repousse depuis trop longtemps : tous les véhicules ne peuvent pas continuer à partager les mêmes voies, aux mêmes heures, avec les mêmes règles.

Certes, les poids lourds sont indispensables à l’approvisionnement de la capitale et aux chantiers. Mais leur utilité n’efface pas les risques. En 2025, l’ANASER a recensé 7 691 accidents, 8 863 blessés et 648 morts au Mali.

Des restrictions existent déjà à Bamako. Les horaires et itinéraires sont encadrés et, depuis mai, les camions-bennes sont interdits de circulation entre 20 heures et 6 heures. Le problème n’est donc plus seulement d’édicter des règles, mais de les rendre cohérentes, applicables et contrôlées.

Il faut définir des plages adaptées, imposer des itinéraires réellement respectés, développer les gares périphériques et les voies de contournement, puis privilégier des véhicules plus légers pour certaines livraisons urbaines. D’ailleurs, l’ANASER prévoit d’ailleurs une étude sur les sections à risque pour les poids lourds à Bamako.

Même exigence pour les camions de vidange. Voir une citerne mal étanche laisser couler des eaux usées dans la circulation ne devrait jamais devenir une scène ordinaire. Étanchéité, contrôle technique, sanctions et sites de dépotage accessibles doivent aller ensemble.

Une capitale ne protège pas ses habitants en leur demandant seulement d’être prudents. Elle doit organiser les risques avant qu’un nouveau trajet banal ne se transforme encore en lieu de deuil.

Sécurité routière : les mauvais comportements au cœur des accidents

 La 22e Semaine nationale de la sécurité routière, ouverte le 29 juin 2026, place l’occupation anarchique du domaine public routier au centre du débat. Ce thème renvoie à une réalité quotidienne où trottoirs, chaussées, carrefours et gares routières deviennent des zones de conflit entre piétons, deux-roues, tricycles, voitures, transporteurs et activités commerciales.

Organisée du 29 juin au 4 juillet par le ministère des Transports et des Infrastructures, à travers l’Agence nationale de la sécurité routière, cette édition s’accompagne d’actions de sensibilisation et de sommation menées à Bamako par des équipes mixtes de l’ANASER, de la Police nationale et des services d’urbanisme. Elle intervient aussi après le lancement, le 15 juin, de l’opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues, destinée à identifier les motos et tricycles circulant sans plaque et à renforcer le suivi des véhicules les plus nombreux dans la circulation urbaine.

Les statistiques de 2025 donnent la mesure de l’urgence. Selon les données validées par l’ANASER à partir des chiffres de la police et de la gendarmerie, le Mali a enregistré 7 691 accidents et 9 511 victimes, dont 8 863 blessés et 648 tués. En 2024, le pays avait compté 7 673 accidents, 9 510 victimes, 8 828 blessés et 682 décès. La mortalité recule, mais le nombre d’accidents et de blessés reste presque inchangé. La route continue donc d’endeuiller des familles, de remplir les urgences hospitalières et de réduire la capacité de travail de milliers de ménages.

Facteurs humains

La route malienne tue d’abord par les mauvais comportements. Vitesse excessive, dépassements dangereux, téléphone au volant, non-respect des feux tricolores, circulation en sens interdit, arrêts gênants, surcharge et conduite sans maîtrise reviennent dans les constats des acteurs de la sécurité routière. Dans les villes comme sur les axes interurbains, la vitesse reste l’un des facteurs les plus redoutés, parce qu’elle transforme l’erreur en choc grave et réduit les chances de survie des piétons, des passagers et des motocyclistes.

L’axe Bamako-Ségou demeure l’un des couloirs les plus sensibles. Les cars de transport en commun y sont régulièrement cités après des accidents graves. Des transporteurs dénoncent aussi la logique de la « course à la prime », qui récompense certains chauffeurs selon le nombre de rotations effectuées. Dans un tel système, la rapidité prend le dessus sur le repos, la prudence et le respect des horaires sûrs. Des acteurs du secteur plaident pour une prime à la conduite sans accident, afin de valoriser les chauffeurs les plus prudents, de limiter la fatigue au volant et de responsabiliser les compagnies sur la gestion de leurs équipages.

Les deux et trois roues occupent une place centrale dans l’insécurité routière. Motocyclettes, tricycles et motos-taxis sont devenus indispensables à la mobilité urbaine, mais leur usage reste faiblement encadré. Beaucoup circulent sans plaque, d’où l’opération spéciale d’immatriculation lancée en juin 2026. La réglementation impose aussi le port du casque aux conducteurs et passagers de motocyclettes, vélomoteurs et cyclomoteurs. Le décret publié en 2023 sanctionne le non-respect du port du casque par une amende de 15 000 francs CFA.

Malgré cette obligation, le casque reste rare dans la circulation ordinaire. L’ANASER indiquait que la sensibilisation a permis de faire passer le taux de port du casque de 20 % à 60 % chez les conducteurs de moto-taxis et tricycles, contre un taux national de 9 %. L’enjeu est vital. Selon l’Organisation mondiale de la santé, un casque sûr et correctement porté réduit le risque de décès de plus de six fois et le risque de lésion cérébrale jusqu’à 74 %. Cette donnée rappelle que la prévention ne relève pas seulement du civisme, mais aussi de gestes simples capables de sauver des vies.

L’occupation anarchique du domaine routier complète ce tableau. À Bamako, des étals débordent sur les chaussées, des matériaux de construction occupent les trottoirs, des véhicules stationnent en double file et des deux-roues se faufilent dans les carrefours saturés. Les piétons sont parfois contraints de marcher sur la chaussée, pendant que les motocyclistes contournent les obstacles et que les automobilistes se disputent des voies rétrécies. La rue cesse alors d’être un espace organisé de circulation. Elle devient un parcours d’évitement permanent. La vétusté d’une partie du parc automobile, avec des véhicules mal entretenus, sans éclairage fiable ou avec des freins défaillants, renforce encore la vulnérabilité des usagers.

Conséquences irréversibles

Derrière les chiffres, la route laisse des familles brisées. Mohamed Ali Cissé, président de l’Association des encadreurs d’enfants, s’est engagé dans la sécurité routière après avoir assisté à la mort d’un enfant devant une école de Dravéla, en Commune III du District de Bamako. « C’est un taxi qui a percuté un écolier et l’a traîné sur environ 15 m », raconte-t-il. L’enfant est décédé à l’entrée de l’hôpital. Depuis, son association intervient aux abords des établissements scolaires pour aider à protéger les élèves, organiser les traversées et rappeler aux conducteurs que les abords des écoles exigent une vigilance particulière.

Les enfants, les personnes âgées, les piétons et les personnes à mobilité réduite figurent parmi les usagers les plus exposés. Les jeunes actifs et les chefs de famille paient aussi un lourd tribut, avec des conséquences directes sur les revenus des ménages. Une blessure grave peut immobiliser un travailleur, priver une famille de ressources, imposer des dépenses médicales et ouvrir une longue période de dépendance. Les accidents coûtent à la plupart des pays environ 3 % de leur produit intérieur brut, selon les références internationales de sécurité routière. De plus, les pertes peuvent être plus lourdes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Le système hospitalier subit cette pression au quotidien. Au CHU Gabriel Touré de Bamako, le directeur général indiquait en novembre 2025 que 70 % des admis au service des urgences étaient des accidentés de la route. Ce chiffre dit la place prise par les traumatismes routiers dans les urgences, la chirurgie, la traumatologie et les soins de rééducation. Il dit aussi la charge supplémentaire supportée par les familles, les soignants et les structures déjà sollicitées par d’autres urgences médicales.

Pistes de solutions

Pourtant, les réponses existent, mais elles exigent une continuité. La sensibilisation reste utile, surtout lorsqu’elle touche les écoles, les gares routières, les syndicats de transport, les conducteurs de deux-roues et les quartiers commerçants. Elle ne suffit pas sans contrôle. L’application des textes sur le port du casque, le téléphone au volant, les plaques d’immatriculation, la surcharge, les arrêts gênants et l’occupation illicite des voies doit devenir régulière et lisible pour les usagers. La sanction doit être connue, appliquée et comprise comme un outil de protection, non comme une formalité administrative.

Les infrastructures comptent autant que les comportements. Des routes sans signalisation, sans marquage, sans passages piétons protégés ou sans éclairage augmentent le risque. Lorsqu’elles existent, les chaussées sont souvent détournées de leur usage par le commerce, le stationnement ou les dépôts de matériaux. Les nouvelles routes doivent intégrer des espaces séparés pour piétons, deux-roues, transports collectifs et véhicules particuliers. Les carrefours, les abords des écoles, les marchés et les gares doivent aussi devenir des points prioritaires de contrôle et d’aménagement.

Le secteur des motos-taxis et des tricycles demande un encadrement spécifique, avec immatriculation, formation, identification des conducteurs et règles de circulation. Le transport collectif doit aussi être repensé pour réduire la dépendance aux déplacements individuels. Le plan de mobilité annoncé par le ministère des Transports peut servir de cadre, à condition d’associer sécurité, transport public, signalisation, contrôle technique, discipline des opérateurs et partage clair de l’espace routier.

La sécurité routière ne dépend donc pas d’une seule campagne annuelle. Elle suppose une nouvelle culture de la route, où l’État contrôle, où les transporteurs assument leurs responsabilités, où les communes libèrent les voies et où les usagers acceptent que la prudence n’est pas une contrainte, mais une condition de survie.

 

Deux et trois roues : l’immatriculation spéciale démarre ce lundi

Le Mali lance ce lundi 15 juin une opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues non encore identifiés par une plaque.

L’opération concerne les motos, tricycles et autres engins motorisés circulant sans immatriculation sur la voie publique. Elle est conduite sur l’ensemble du territoire national par la Direction générale des Transports, ses services régionaux et subrégionaux, ainsi que les centres dédiés.
Selon le ministère des Transports et des Infrastructures, cette campagne vise à amener les propriétaires concernés à se conformer à la réglementation en vigueur. Les usagers sont donc invités à faire identifier leurs engins afin de permettre une meilleure traçabilité du parc roulant.
L’immatriculation des engins à deux et trois roues n’est pas nouvelle dans le principe. En 2021 déjà, une opération spéciale avait été annoncée autour des permis, cartes grises et plaques d’immatriculation des vélomoteurs, motocyclettes et tricycles. La campagne qui démarre ce lundi apparaît donc comme une nouvelle étape dans la volonté des autorités de mieux encadrer un parc très répandu, mais encore largement marqué par l’informel.
Cette mesure intervient dans un contexte où les deux et trois roues occupent une place centrale dans la mobilité quotidienne. À Bamako comme dans les régions, ils servent au transport des personnes, des marchandises, aux activités commerciales et à de nombreux petits métiers. Mais leur circulation massive, souvent sans plaques, complique aussi le travail d’identification en cas d’accident, d’infraction ou d’enquête sécuritaire.
L’enjeu dépasse donc la simple régularisation administrative. Dans le contexte sécuritaire actuel, les autorités cherchent également à mieux contrôler les moyens de déplacement susceptibles d’être utilisés par des groupes armés. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé l’importance de la mobilité dans les modes opératoires des assaillants, notamment à travers l’usage de motos et de pick-up dans plusieurs zones ciblées.
Cette opération spéciale s’ajoute à d’autres décisions récentes touchant les motocyclettes, notamment les restrictions visant les engins de forte cylindrée. Elle traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’identification des véhicules légers, particulièrement difficiles à suivre lorsqu’ils circulent sans documents ni plaques.
Pour les propriétaires, la démarche devrait permettre de mettre leurs engins en règle et de limiter les risques de sanctions lors des contrôles. Les autorités appellent au civisme et à la compréhension des usagers afin de faciliter le bon déroulement de la campagne.
Reste maintenant le défi de la mise en œuvre. L’opération devra être suffisamment accessible pour éviter les longues files, les retards et les incompréhensions dans les centres d’immatriculation. Dans un pays où les deux et trois roues sont devenus indispensables au quotidien de milliers de familles, l’efficacité de la mesure dépendra aussi de sa capacité à concilier impératif sécuritaire, sécurité routière et réalités économiques des usagers.

Sécurité routière : adaptation des instruments de lutte

Le Conseil national de transition a adopté, lors de sa séance plénière du 29 mai 2023, le projet de loi portant modification de l’ordonnance N°09-003/P-RM du 09 février 2009 portant création de l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER).

Malgré les actions entreprises pour la réduction des accidents de circulation routière, les statistiques sont demeurées préoccupantes. Ainsi, depuis 2015, le Mali connaît un taux de mortalité routière de l’ordre de 25 tués pour 100 000 habitants, selon l’annuaire statistique de l’ANASER. Et les victimes sont principalement des jeunes.

Pour inverser la tendance et se référer aux bonnes pratiques internationales en la matière, les autorités ont adopté une stratégie nationale basée sur l’approche dite « système sûr », qui permet de traiter le problème de façon intégrée. Cette stratégie vaut pour la décennie 2021-2030 et son plan d’action pour 2021-2025.

Mais le diagnostic, établi en 2017 avant l’élaboration de la stratégie, a révélé des lacunes. C’est pourquoi il est apparu nécessaire de procéder à la modification de l’ordonnance de création de l’ANASER pour préciser les attributions de l’agence et redéfinir son rôle de coordination des actions de sécurité routière.

L’agence est confrontée à l’insuffisance des moyens techniques de contrôle de l’excès de vitesse, de la conduite sous l’emprise de l’alcool ou des drogues et de l’usage du téléphone au volant/guidon. À ce jour, le Mali ne dispose que de 4 radars portatifs vétustes et d’une dizaine d’éthylotests. Or il ressort des enquêtes que les conducteurs imprudents consomment plus de drogues qu’ils ne boivent d’alcool. Un testeur de drogue coûte en moyenne 20 000 francs CFA pour un usage unique.

Collectivités territoriales : une grève aux conséquences multiples

L’Intersyndicale des travailleurs des Collectivités territoriales est depuis le 8 mai en grève de 5 joursUne grève dont les conséquences sont déjà visibles.

Dans ses revendications, 11 points sont inscrits, dont la création par arrêté des corps de la Fonction publique des Collectivités territoriales et l’élargissement des Conseils d’administration du Centre de formation des Collectivités territoriales et de l’Agence nationale d’investissements des Collectivités territoriales aux travailleurs des collectivités, notamment. De la mairie du District à la mairie de la Commune IV, en passant par les services techniques, les bureaux sont fermés et des usagers désespérés en quête de documents administratifs le constatent avec amertume. Fatoumata Tembely, une étudiante vivant à Kalaban Coura, a fait le tour de plusieurs mairies avant de se rendre en Commune IV, espérant y obtenir une fiche individuelle pour passer le concours de l’École militaire inter armes (EMIA). « J’avais rendez-vous à la mairie de la Commune V le lundi. Malheureusement, c’était fermé à cause de la grève. J’ai fait le tour de plusieurs mairies sans succès. Je suis éligible pour le concours de l’EMIA, mais le dépôt des dossiers a commencé lundi et prend fin ce vendredi, soit l’intervalle de la grève ». Un désarroi que la jeune dame partage avec beaucoup d’autres personnes. Plusieurs se plaignent de ne pouvoir légaliser leurs documents ce qui les empêche de concourir à des offres. Une autre conséquence de cette grève. L’agence nationale de sécurité routière (ANASER) avait donné un ultimatum de 72 heures pour libérer le domaine public routier illégalement occupé par des commerces. Des opérations devaient être menées, mais selon des responsables de l’ANASER, des agents de la mairie sont sollicités pour mener à bien ses actions. Les syndicalistes, qui précisent que cette grève concerne principalement les agents des mairies, ajoutent qu’un accord avait été trouvé sur 9 des 11 points depuis longtemps, mais qu’il n’a pas été respecté jusqu’à ce jour « Nous allons observer la semaine, pratiquement tous les agents sont à la maison au niveau des collectivités, nous restons ouvert au dialogue avec le gouvernement jusqu’à la fin de la semaine pour voir si on peut trouver ensemble des points d’accord » explique Issa Sanogo, secrétaire général du syndicat des travailleurs des municipalités. Toutefois, à l’issue de la grève, une évaluation est prévue. Elle permettra de décider des prochaines actions. Selon certains responsables, une grève illimitée n’est pas à exclure.