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Banques : l’épargne afflue, le crédit piétine
Les banques maliennes ont recueilli près de 994 milliards de FCFA de dépôts supplémentaires en 2025. Dans le même temps, leurs crédits à la clientèle n’ont augmenté que d’environ 33 milliards.
L’argent entre dans les banques maliennes, mais il en ressort difficilement sous forme de prêts. Le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine, publié le 21 août, révèle un écart rarement aussi marqué entre la progression des ressources collectées et celle du financement bancaire.
Dans les 17 établissements de crédit recensés au Mali, les dépôts et emprunts de la clientèle sont passés de 4 755 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 749 milliards en 2025. Cette hausse de 20,9 % témoigne d’une capacité importante de mobilisation de l’épargne et des disponibilités des entreprises, des administrations et des particuliers.
Les crédits à la clientèle ont, eux, progressé de seulement 0,9 %, atteignant 3 875 milliards de FCFA. À l’échelle de l’UMOA, leur croissance a été de 5,5 %. Le système bancaire malien s’est donc développé sans que cette expansion se traduise, dans les mêmes proportions, par de nouveaux concours à l’économie.
Contraste
Le tableau mérite toutefois d’être nuancé. Les crédits à moyen terme ont augmenté de 18,9 %, ce qui peut accompagner certains investissements. En revanche, les financements à court terme ont reculé de 7,6 % et les prêts à long terme de 4,6 %. Cette évolution peut peser sur les besoins de trésorerie des entreprises comme sur les projets exigeant plusieurs années de remboursement.
Les créances en souffrance ont diminué de 21,2 %. Les établissements affichent par ailleurs un ratio moyen de solvabilité de 16,3 %, nettement supérieur au minimum réglementaire de 11,5 %. Leur coefficient de liquidité atteint 128,4 %, pour une norme minimale de 75 %. Le problème ne réside donc pas dans une incapacité générale à prêter.
Les bilans montrent également que les placements en titres ont progressé beaucoup plus rapidement que les crédits. Les titres de placement ont augmenté de 16,1 % et les titres d’investissement de 23,5 %. Pour une banque, ces actifs peuvent présenter un rendement plus prévisible et un risque plus facile à apprécier qu’un prêt accordé à une petite entreprise peu formalisée.
L’enjeu est désormais de transformer la solidité bancaire en financement productif. Cela suppose des entreprises capables de présenter des comptes fiables, mais aussi des mécanismes de garantie, un meilleur partage du risque et des crédits adaptés aux cycles de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.
La progression des dépôts constitue une bonne nouvelle. Elle restera incomplète tant que l’épargne mobilisée ne soutiendra pas davantage les investissements, l’emploi et les besoins quotidiens de l’économie.
PME-PMI : financement, risques bancaires et transformation locale au cœur des échanges
L’accès au financement des PME-PMI, la faible transformation locale des ressources et les contraintes de l’inclusion financière ont occupé le centre des échanges lors d’un afterwork organisé à Bamako par l’Institut Africain de Management et le Club Aliber. Les discussions ont réuni experts, acteurs de l’accompagnement et porteurs de projets autour des principaux freins qui pèsent sur le développement des entreprises.
Banque nationale de développement agricole : l’Etat devient actionnaire unique
Le capital social de la Banque nationale de Développement agricole est désormais détenu à 100% par l’État du Mali. De quoi élargir la marge de manœuvre de cette institution financière dans le développement rural et l’économie du Mali
L’Etat malien est désormais le seul actionnaire de la Banque malienne de développement agricole (BNDA). Le conseil des ministres du 13 août 2025, a annoncé l’acquisition par le gouvernement des parts détenues par l’Agence française de développement (AFD), faisant passer sa participation de 77,33% à 100% au capital social.
« Conformément au droit de sortie conjointe consigné dans le pacte d’actionnaires et dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie à long terme », l’AFD a décidé de céder les actions qu’elle détenait dans le capital social, explique le communiqué du conseil des ministres.
C’est en décembre 2024 que l’Etat est devenu actionnaire majoritaire avec l’acquisition des parts de la société allemande d’investissement et de développement (DEC) et le Crédit coopératif. La DEG et le Crédit coopératif détenaient respectivement 21,43% et 9,70% des actions de la BNDA.
Cette nouvelle acquisition renforce l’emprise de l’Etat sur cette institution financière stratégique pour le développement économique du pays.
Implications
Cette position d’actionnaire unique donne à l’Etat « une marge de manœuvre assez importante pour financer le développement rural et l’économie malienne », estime l’économiste Modibo Mao Makalou.
Cette prise de contrôle vise à assurer une meilleure emprise de l’Etat sur les institutions financières clés et surtout améliorer l’orientation des ressources vers des secteurs prioritaires, comme l’agriculture. Créée en 1981, la BNDA est le principal partenaire financier de plus de 6 000 organisations paysannes et d’une vingtaine de systèmes financiers décentralisés. Il injecte en moyenne annuellement plus de 60 milliards FCFA dans le secteur agricole.
De 55,08 milliards de FCFA, le capital social de la BNDA s’est établi à 61,6 milliards FCFA. En 2023, la BNDA a affiché une augmentation de plus de 13% de son actif, passant de 776,9 milliards FCFA en 2022, à 881,9 milliards FCFA en 2023. Une augmentation attribuée à celle des « Effets publics et valeurs assimilées ». Mais dans le même temps, la banque avait enregistré une baisse de son résultat net, passant de 11,8 milliards FCFA en 2022, à 5,1 milliards FCFA en 2023. Une diminution due à l’augmentation des charges d’intérêt et des investissements stratégiques entrepris par la banque.
La nationalisation de la BNDA s’inscrit dans une orientation plus globale des autorités de renforcer la maîtrise de l’Etat sur les secteurs stratégiques de l’économie et la volonté d’une souveraineté économique accrue et un contrôle sur les ressources nationales.



