Gestion des ressources : de nouvelles mesures au Burkina

Le Conseil des ministres burkinabè a adopté, jeudi 24 septembre 2026, plusieurs mesures relatives à la gestion des ressources mobilisées pour le développement. La création d’une structure consacrée à l’entretien du patrimoine public et l’adoption de nouvelles règles applicables aux organisations non gouvernementales figurent parmi les principales décisions.

La gestion des ressources occupe ainsi une place importante dans les textes adoptés à Ouagadougou. Réuni sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres a notamment précisé le cadre de partenariat entre l’État, les ONG et les associations de développement.
La création de Faso Sanya, nouvel établissement public à caractère administratif, constitue l’une des principales mesures à portée économique. La structure sera chargée de la maintenance préventive et corrective des bâtiments publics, notamment dans les domaines du nettoyage, de la plomberie, de l’électricité, de la climatisation et de la rénovation.
À travers cette structure, le gouvernement entend professionnaliser la maintenance du patrimoine immobilier public, mutualiser les ressources et améliorer la prise en charge des infrastructures. Faso Sanya travaillera avec la Maison des Compétences Burkina Suudu Bawdè afin de mobiliser des coopératives regroupant des ouvriers qualifiés.
Cette organisation pourrait ouvrir de nouvelles possibilités aux artisans, aux coopératives et aux petites structures spécialisées dans les services techniques. Elle doit également permettre à l’État de mieux préserver son patrimoine immobilier et de planifier les interventions d’entretien.
Le Conseil des ministres a également adopté deux décrets précisant les conditions d’obtention du statut d’ONG ainsi que les modalités de collaboration entre l’État et les organisations associatives. Ces textes s’inscrivent dans l’application de la loi du 17 juillet 2025 portant liberté d’association.
Les ONG intervenant au Burkina Faso devront désormais consacrer au moins 80 % de leur budget global aux investissements directs. Selon le gouvernement, cette disposition instaure une clé de répartition commune destinée à orienter une plus grande part des ressources vers les programmes et les populations bénéficiaires.
Un accord-cadre sera exigé des associations de droit burkinabè, tandis que les organisations étrangères seront régies par une convention de siège. Les nouvelles dispositions prévoient également une évaluation administrative, financière et technique des activités. Une période transitoire de deux ans est accordée aux organisations concernées pour se conformer à ces exigences.
Joseph Amara Dembélé

Mines : L’AES veut transformer elle-même ses richesses

La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES s’est achevée avec des recommandations communes. Transformation locale, connaissance géologique, contenu local et formation doivent donner plus de poids économique aux ressources des trois pays.

Organisée à Ouagadougou du 14 au 20 septembre parallèlement à la SAMAO, la rencontre a réuni près de 5 000 participants de onze pays. « Nos ressources sont des instruments de souveraineté », a déclaré à l’ouverture le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo.

Les participants ont recommandé la maîtrise des données géologiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger, notamment dans la zone des trois frontières. Ils ont aussi proposé des centres régionaux d’excellence pour former les spécialistes et des projets communs de transformation et de valorisation.

« Il ne s’agit pas seulement d’exploiter ces ressources, il s’agit de les transformer sur place pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des revenus », a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Il a également défendu plus de transparence dans l’octroi des titres et permis miniers ainsi qu’un rapprochement des politiques et des cadres juridiques des trois États.

978 milliards versés au Trésor

Le rapport ITIE 2024 confirme le poids des mines dans l’économie malienne. Le secteur représentait 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations. Sur 1 023 milliards de francs CFA de revenus extractifs déclarés, 978 milliards ont été encaissés par le Trésor public. Les collectivités de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Bougouni ont reçu 10,56 milliards de francs CFA au titre des patentes.

La redistribution s’est élargie en mars 2026, avec 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis entre 819 communes. La moitié revient aux communes directement touchées par l’exploitation, 25% aux autres collectivités des zones minières et 25% au reste du pays.

Le Code minier et la Loi sur le contenu local de 2023 prévoient une participation publique renforcée, le recours aux fournisseurs maliens et cinq fonds consacrés notamment au développement local, à la recherche géologique et aux infrastructures.

La transformation prend aussi une forme industrielle. Lancée à Sénou en juin 2025, la construction d’une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an doit traiter la production nationale et accueillir celle d’autres pays. L’État malien doit conserver une participation majoritaire dans cette infrastructure, présentée comme régionale.

De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain

Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.

Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.

C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.

J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.

Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.

Alger

Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.

Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.

Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.

J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.

Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.

C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.

Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.

À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.

Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.

Terrain

Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.

En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma.

Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.

Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.

Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.

Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.

On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.

Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.

À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?

Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.

Sécurité

Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.

J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.

Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.

L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.

La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.

Négocier

C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.

Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.

Il fallait négocier.

Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.

Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.

L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.

Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.

Transmettre

La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.

L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.

Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.

Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.

Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.

Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.

Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.

Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.

Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.

Promotion

L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.

Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.

Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.

C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.

La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.

Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.

Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.

Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.

Repartir

Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.

Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.

Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.

Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.

Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.

Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.

J’en suis reparti avec une méthode.

Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.

Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.

C’est souvent là que commence la paix.

Massiré DIOP

Défense collective : Trois ans après, quels résultats pour l’AES ?

Trois ans après la signature de la Charte du Liptako-Gourma, la défense collective de l’Alliance des États du Sahel (AES) prend forme. Force unifiée, commandement commun et coopération opérationnelle en constituent les acquis. Leur efficacité reste difficile à apprécier.

Le 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger signaient la Charte du Liptako-Gourma et plaçaient la défense collective au cœur de leur alliance. Trois ans plus tard, l’assistance mutuelle prévue par le texte s’appuie sur une Force unifiée et un état-major commun. L’installation de l’état-major à la Base aérienne 101 de Niamey, en novembre 2025, a précédé la remise de l’étendard consacrant le lancement officiel de la Force, le 20 décembre à Bamako.

Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, la coopération militaire a franchi un premier seuil. « Elle est passée d’une solidarité politique à la construction d’un instrument militaire commun », souligne-t-il. Composée de contingents des trois pays et appelée à intervenir dans l’espace confédéral, la Force unifiée en constitue l’élément central. En juillet, le Président nigérien Abdourahamane Tiani évaluait son effectif à 5 000 militaires et annonçait un objectif de 18 000 hommes.

L’analyste cite l’opération Yéréko 2, conduite du 24 février au 6 mars 2025 dans la région nigérienne de Tillabéri. Elle est, selon lui, « l’exemple le mieux documenté d’une opération conjointe ». Le commandement commun peut, ajoute-t-il, déployer ses unités sans solliciter, à chaque mouvement, l’accord préalable des états-majors nationaux. Cette latitude distingue la force des dispositifs régionaux antérieurs.

Une coopération élargie

Le rapprochement militaire touche la formation, la maintenance, les capacités aériennes et la planification. Le 7 avril 2026, onze aviateurs dont deux Maliens et des Burkinabè, ont reçu leurs attestations après quatre mois de formation au pilotage et à la maintenance du Mi-35. L’encadrement était malien et l’appareil fourni par le Burkina Faso. Le 10 juillet, les ministres de la Défense ont examiné à Ouagadougou le projet d’accord relatif au statut de la Force unifiée.

Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, y voit un changement d’approche. « Il existe une volonté plus ferme de la part des États d’être maîtres de leur propre destin », affirme-t-il. Les trois pays prennent davantage en charge leur sécurité, tout en conservant des partenariats extérieurs pour l’équipement et la formation. Il relève « davantage de coordination entre les États, notamment au sein des forces armées », dans la zone des trois frontières.

Cette organisation ne constitue pas encore une capacité militaire régionale pleinement intégrée. Yacouba Sogoré considère néanmoins que « la Force unifiée est aujourd’hui une réalité militaire et non plus seulement un projet politique ». Elle a permis, ajoute-t-il, « d’institutionnaliser la coopération entre les trois armées, de mettre en place un commandement commun et d’engager des opérations conjointes ». Yéréko 2 reste toutefois l’action tripartite d’ampleur la plus précisément documentée. Les informations publiques sur les autres engagements coordonnés ne permettent pas d’en dresser un bilan général.

Le défi de l’efficacité

Les contraintes persistent. Les trois armées sont fortement engagées sur leurs territoires. « L’AES dispose de mécanismes d’assistance, mais pas encore d’une réserve collective suffisamment disponible pour intervenir rapidement lorsqu’un des trois pays est confronté à une offensive majeure », explique Yacouba Sogoré. L’harmonisation des procédures, des doctrines et des règles d’engagement se poursuit. L’étendue du territoire complique aussi le renseignement, la logistique et les délais d’intervention.

Abdoulaye Tamboura insiste sur les moyens technologiques. « Il faut mettre l’accent sur les outils numériques, l’information satellitaire, la technologie, les drones et d’autres moyens destinés à appuyer les forces de défense et de sécurité », estime-t-il. Il privilégie la capacité de réaction des armées plutôt qu’une présence permanente sur chaque portion du territoire.

La prochaine étape consiste à rendre cette coopération permanente et rapidement mobilisable. Yacouba Sogoré fixe le cap : parvenir à « une capacité régionale intégrée, réactive et autonome », capable de produire du renseignement partagé, de planifier des opérations simultanées et de projeter des forces là où une crise survient. Après trois ans, l’AES possède les premiers éléments d’un outil commun. Les délais d’intervention, la continuité des opérations et la protection des populations permettront d’en apprécier les résultats.

Mohamed Kenouvi

SENARE : De nouveaux outils pour la réconciliation

Ouverte ce mardi 15 septembre, la cinquième Semaine nationale de la Réconciliation intervient dans un cadre renouvelé. Charte, Observatoire, nouvelle Agence et mécanismes locaux composent désormais une politique dont l’efficacité se lira dans les communautés et auprès des victimes.

Le Mali célèbre, du 15 au 21 septembre, la cinquième édition de la Semaine nationale de la Réconciliation (SENARE). Son thème, « Éducation, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour une paix au sein de l’AES et de la sous-région », rattache la paix à la formation du citoyen et aux valeurs culturelles.

Le programme comprend des conférences-débats, des activités artistiques, éducatives et sportives ainsi que des dons de sang. Des délégations du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée sont annoncées.

Prévue par la Loi d’Entente nationale de 2019, la SENARE a connu sa première édition en septembre 2022.

Elle devait contribuer à restaurer un tissu social affaibli par la crise ouverte en 2012. Quatre ans plus tard, le rendez-vous accompagne de nouveaux textes et de nouvelles structures.

Cadre

La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation, promulguée le 22 août 2025, constitue la principale évolution. Issue des recommandations du Dialogue inter-Maliens, elle réunit en 106 articles les orientations retenues pour la sécurité, la cohésion sociale, la justice, la réparation et le vivre-ensemble.

Dans son adresse du Nouvel An 2026, le Président de la Transition, Assimi Goïta, en résumait l’esprit : « la paix véritable ne s’impose pas : elle se construit. Elle exige la vérité, le dialogue et la confiance entre Maliens ».

L’Observatoire pour la Paix et la Réconciliation nationale complète ce dispositif. Ses 30 membres ont été nommés en mars 2026, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Placé auprès de la Présidence, il suit l’application de la Charte et formule des recommandations.

Le Conseil des ministres a également adopté en juin les textes créant l’Agence nationale pour la Consolidation de la Paix, issue de la restructuration de l’Agence de Développement du Nord du Mali. Son action couvre la réconciliation, la cohésion sociale et les zones fragiles. La coordination de ces structures et de leurs interventions devient déterminante.

Terrain

À Gao, l’ouverture régionale a permis de présenter des actions déjà engagées. L’Équipe d’appui à la Réconciliation accompagne la création de Comités communaux et intervient dans le règlement amiable de différends fonciers ou de conflits liés à la succession de chefs de village, de quartier et de fraction.

Le Projet de consolidation de la résilience et de la cohésion sociale couvre 34 villages et 15 quartiers dans sept communes, dont Gao, Ansongo et Bourem. Soumaïla Sangaré, représentant du Gouverneur, a rappelé que ces activités participaient à la paix et à la cohésion sociale.

Ces médiations ramènent la réconciliation aux réalités quotidiennes : un champ, un pâturage, une chefferie contestée, le retour d’une famille déplacée ou l’accès à un service public. Autorités communales, légitimités traditionnelles, femmes et jeunes y occupent une place essentielle.

Victimes

En juillet 2025, l’Autorité de gestion des réparations faisait état de 30 235 dépositions recueillies depuis 1960, dont 3 486 lors de consultations collectives dans 81 villages de Mopti, Gao et Kidal. Pour l’heure, il n’y a toujours pas de bilan actualisé des réparations réalisées depuis cette présentation.

La reconnaissance des préjudices, l’accès à la justice, les réparations et le retour des déplacés participent à la restauration de la confiance. Leur articulation avec la Charte, l’Observatoire et la nouvelle Agence permettra d’apprécier la portée concrète de la politique nationale.

Résultats

Le pays dispose aujourd’hui d’un texte de référence, d’un organe de suivi, d’une agence spécialisée et de relais territoriaux. Leurs ressources, leur calendrier commun et leurs premiers résultats restent cependant peu documentés publiquement.

Médiations conclues, victimes accompagnées, déplacés revenus dans leur localité et projets communautaires réalisés constituent les repères les plus concrets. Après cinq éditions de la SENARE, la réconciliation nationale dispose de plusieurs outils. Leur cohérence et les changements observés dans les localités diront ce qu’ils apportent réellement aux populations, alors que les violences et l’insécurité continuent d’affecter plusieurs régions du pays.

Massiré Diop

Burkina Faso : La citoyenneté à l’école du patriotisme

Au Burkina Faso, l’Immersion patriotique obligatoire est devenue l’un des principaux instruments de formation citoyenne. Lancé en 2025 auprès des nouveaux bacheliers, le dispositif gagne en ampleur et touche désormais d’autres catégories de la population.

Pendant un mois, quelque 65 000 nouveaux bacheliers ont suivi, entre le 28 juillet et le 27 août 2026, une formation consacrée au patriotisme, au civisme, à la discipline et à l’engagement citoyen. La deuxième édition de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO) s’est achevée au Stade du 4 Août, à Ouagadougou, en présence du Président Ibrahim Traoré.

Le dispositif est récent. L’immersion a été instituée par un décret adopté en Conseil des ministres le 2 mai 2025 pour les élèves admis au BEPC, au CAP et au Baccalauréat. Son déploiement progressif a commencé avec les nouveaux bacheliers. Les formations associent enseignements théoriques, exercices physiques et activités sportives afin de renforcer la discipline, la résilience et le sens des responsabilités.

La première cohorte avait réuni 59 179 bacheliers, dont 30 664 filles, sur 136 sites répartis dans 23 localités. Les modules portaient notamment sur le civisme, l’histoire politique du Burkina Faso, la construction de l’État, la sécurité numérique, l’entrepreneuriat et l’engagement citoyen. En 2026, les contenus pédagogiques ont été renforcés, tout comme la formation des encadreurs et le dispositif de suivi et d’évaluation.

Former le « nouveau Burkinabè »

Les autorités rattachent clairement l’exercice à leur projet de refondation. Humilité, solidarité, discipline, dignité et responsabilité figurent parmi les valeurs mises en avant. L’ambition affichée consiste à former un citoyen conscient de ses devoirs envers la Nation et disposé à servir le pays.

La démarche dépasse désormais le milieu scolaire. En avril, 508 agents de la Primature ont effectué une immersion à Loumbila, combinant activités physiques et formation civique. À partir du 30 juin, une deuxième cohorte d’environ 60 cadres de la Présidence a suivi une immersion patriotique et militaire de 21 jours. En août, le Camp de Vacances Faso Mêbo a accueilli 549 jeunes autour de la discipline et d’activités communautaires.

Le pari burkinabè consiste donc à faire du patriotisme un apprentissage organisé. À la clôture de la dernière IPO, le Capitaine Ibrahim Traoré a affirmé que le pays avait besoin de « citoyens convaincus et engagés ». L’ampleur du dispositif est établie et son efficacité durable restera à documenter après le retour des participants à l’école, à l’université, dans l’administration ou dans leur communauté.

Mohamed Kenouvi

Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »

La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.

Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?

Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.

Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.

Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.

La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.

Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.

Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.

Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.

Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.

Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.

Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?

Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.

Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.

Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.

Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?

La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.

Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.

Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.

Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.

Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.

L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.

Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?

À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.

La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.

Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.

On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.

Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.

Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?

L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.

Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.

Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.

Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.

Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.

La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.

C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.

Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.

D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.

Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.

Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.

Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.

C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.

Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.

Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.

Algérie–Sahel : le retour en force d’un voisin incontournable

La 13e Grande Commission mixte Mali–Algérie, attendue à Bamako après dix ans d’interruption, doit consacrer la détente après quinze mois de crise. Elle marque surtout le retour d’Alger dans un Sahel transformé par l’AES, le partenariat russe et la poussée marocaine.

La précédente Grande Commission mixte s’était achevée à Bamako, en novembre 2016, par treize instruments de coopération : accords, mémorandums et programme exécutif. La session suivante, annoncée pour 2018 à Alger, est de nouveau programmée dix ans plus tard, à Bamako. Entre-temps, le cadre régional a profondément changé.

Pour Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, ce rendez-vous dépasse la normalisation : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance ».

Une relation remise à plat

La confiance s’était déjà dégradée lorsque Bamako a annoncé, le 25 janvier 2024, la fin de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger. Elle a cédé en avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger soutenait que l’appareil avait pénétré son territoire. Bamako contestait cette version. Le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens ont suivi.

Le 6 avril 2025, le Mali s’est retiré avec effet immédiat du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 à Tamanrasset avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, ce dispositif coordonnait le renseignement et la lutte antiterroriste. Ce retrait a privé les deux voisins de l’un de leurs principaux cadres de coopération sécuritaire.

Birahim Soumaré rappelle que les relations diplomatiques n’ont jamais été formellement rompues : des chargés d’affaires ont continué d’assurer la représentation. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le 24 août, Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger et Assimi Goïta a accepté une invitation du président Tebboune, sans date fixée.

Plus de 1 300 kilomètres de frontière, des familles établies de part et d’autre, des transhumances, des marchés liés et des menaces communes rendent une brouille prolongée coûteuse.

Selon une estimation non officielle de Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la crise a fait chuter de 70 % le commerce informel à Tessalit et Tinzaouatène. Il évoque des familles séparées, des transhumances bloquées et des éleveurs contraints de vendre à perte.

Ses priorités sont la circulation, l’accès humanitaire, le réapprovisionnement des marchés et les laissez-passer consulaires. Il propose la réouverture contrôlée d’un poste pour le bétail et une ligne directe entre autorités locales.

Alger revient autrement

Le retour algérien s’inscrit dans un cadre différent de celui du processus de paix malien. Bamako privilégie désormais un règlement national et l’Alliance des États du Sahel a créé son propre cadre. Bréhima Ely Dicko, sociologue, voit donc l’Algérie évoluer de médiateur extérieur vers « un voisin-partenaire stratégique ». Reste à savoir si Alger travaillera avec l’AES comme ensemble régional, et pas seulement avec chacune de ses capitales.

Une défiance persiste. Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, l’Algérie est perçue par une partie des acteurs du Nord comme partie prenante, en raison du soutien prêté aux mouvements armés, plutôt que comme arbitre neutre. Alger a rejeté ces accusations. Pour le sociologue, sa facilitation demeure difficilement remplaçable faute d’alternative régionale.

L’Algérie a déjà repris l’initiative à Niamey et à Ouagadougou par l’énergie, les mines, les infrastructures et la formation. Après la mutinerie qui a visé une base aérienne de Niamey fin août, le ministère algérien de la Défense a annoncé le déploiement, à la demande du Niger, de quatre avions de combat Su-30, d’un avion de transport et d’un ravitailleur. Arrivés après la reprise de la base, les appareils algériens n’ont pas participé aux combats, auxquels l’Africa Corps russe avait directement pris part.

Ce soutien tranche avec la prudence affichée par Alger en 2023, lorsqu’elle s’opposait à une intervention militaire extérieure au Niger. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le président algérien peut décider l’envoi d’unités à l’étranger, après approbation des deux tiers de chaque chambre du Parlement. La Constitution maintient cependant la non-ingérence et encadre la participation au maintien de la paix. La doctrine est devenue plus souple, sans ouvrir un droit d’intervention illimité.

Moscou, partenaire et irritant

L’Algérie entretient avec la Russie une relation stratégique ancienne, surtout militaire. Le Mali et ses partenaires de l’AES ont fait de Moscou un appui majeur, à travers la coopération militaire et la présence de l’Africa Corps.

Cette proximité commune avec la Russie n’efface pas les divergences. Alger a publiquement critiqué le recours aux mercenaires dans son voisinage et refuse les bases militaires étrangères sur son propre territoire. Cette position coexiste avec sa coopération d’État à État avec Moscou et la présence de l’Africa Corps au Sahel.

Le Niger montre qu’une coexistence est possible en ce sens que l’Africa Corps a directement soutenu les forces nigériennes contre la mutinerie, tandis que l’Algérie a déployé ses appareils après les combats. Cette convergence ponctuelle ne règle ni les désaccords sur le Nord malien ni la place future des forces étrangères. Elle révèle surtout une Algérie plus active.

La poussée marocaine

Alger revient dans un Sahel où le Maroc progresse. L’Initiative royale d’accès à l’Atlantique a reçu l’adhésion du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Bamako et Rabat ont relancé leur Grande Commission mixte en juillet 2026. Une concurrence de débouchés se dessine à travers les ports atlantiques proposés par le Maroc et l’ouverture méditerranéenne portée par les corridors algériens.

Bréhima Ely Dicko distingue l’offre sécuritaire russe, l’offre économique et religieuse marocaine, et la relation historique, frontalière et humaine avec l’Algérie. Il recommande une « diplomatie de l’utilité », jugeant chaque partenariat sur la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Birahim Soumaré refuse l’idée d’un choix exclusif : « La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays ». Bamako peut ainsi préserver sa liberté et rechercher des solutions concrètes.

Le test des résultats

Les projets ne manquent pas : Route transsaharienne, branche Tamanrasset–Bamako, fibre optique, énergie, formation et commerce frontalier. Le gazoduc Nigeria–Niger–Algérie, bien qu’il ne traverse pas le Mali, complète cette stratégie d’axes nord-sud vers la Méditerranée.

Le potentiel contraste avec la faiblesse du commerce déclaré. Selon les données de l’ITC et d’UN Comtrade déclarées par l’Algérie, les échanges formels de marchandises ont atteint environ 7,6 millions de dollars en 2024, hors flux informels. Les accords de 2016 prévoyaient aussi 280 MW de centrales hybrides, dont 40 MW à Gao et 40 MW à Tombouctou. Leur état d’exécution reste à établir.

Pour le géographe Yacouba Sogoré, spécialiste du développement local et de la décentralisation, une route ne devient un corridor que lorsque douanes, sécurité, logistique, financement et services commerciaux fonctionnent ensemble. Il propose un axe pilote, avec des produits et des transporteurs identifiés, des délais mesurés et des résultats publiés. Il insiste surtout sur les retombées locales : « Un projet qui traverse un territoire doit produire des revenus, des services et des emplois pour la population qui y vit ».

En 2016, le suivi des engagements avait été confié au Comité bilatéral stratégique. Sa relance devrait s’accompagner de financements identifiés, de calendriers et de résultats accessibles. Bréhima Ely Dicko résume le défi par une formule simple : « Une route, une fibre optique, une ligne électrique ont plus d’impact qu’un protocole ».

La Grande Commission constitue ainsi un test pour une relation appelée à passer d’une coopération principalement interétatique à une coopération utile aux populations. La relance offre surtout aux deux pays l’occasion de remettre leur relation à l’épreuve du concret. Pour Bamako comme pour Alger, elle prendra tout son sens si elle se traduit par des échanges plus fluides, des déplacements facilités, des zones frontalières mieux intégrées et des projets enfin menés à terme.

Massiré DIOP

Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.

Les ministres chargés de la Jeunesse du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont signé, le 29 août à Ouagadougou, un mémorandum d’entente instituant un cadre commun autour du Forum confédéral de la Jeunesse et du Volontariat.
Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba et Sidi Mohamed Almahmoud ont engagé leurs pays à coopérer dans les domaines de la citoyenneté, du volontariat, de l’entrepreneuriat, du sport, des loisirs et des activités socio-éducatives.
Le forum doit se tenir chaque année à tour de rôle dans les trois États. Un comité confédéral réunissant les administrations chargées de la jeunesse et du volontariat devra superviser les activités, arrêter les orientations et suivre leur mise en œuvre.
Cette architecture donne une continuité à une rencontre qui aurait pu rester ponctuelle. Elle ne constitue pas encore un programme opérationnel de volontariat. Aucun budget commun, nombre annuel de missions, quota national ou calendrier de déploiement n’apparaît dans les informations rendues publiques après la signature.
Des participants aux volontaires
La première édition du forum s’est déroulée du 28 au 30 août à Ouagadougou. Environ 1 000 jeunes étaient attendus à l’ouverture, tandis que 300 délégués devaient participer aux trois journées de travaux. Une représentation togolaise a également été associée aux échanges.
Les discussions ont porté sur l’engagement citoyen, l’entrepreneuriat, la formation, l’emploi, le leadership, l’innovation et le développement local. Les organisateurs ont aussi mis en avant le partage d’expériences d’anciens volontaires et la valorisation des initiatives portées par les jeunes.
Ces activités favorisent les rencontres, mais leur effet demeure difficile à mesurer si elles ne débouchent pas sur des missions accessibles hors du cercle des participants au forum. Sensibiliser un jeune au volontariat ne signifie pas lui proposer une affectation, une formation ou une perspective professionnelle.
Un véritable dispositif confédéral pourrait mobiliser des volontaires dans l’alphabétisation, la prévention sanitaire, la restauration des terres, l’appui numérique aux communes, les campagnes agricoles ou l’assistance aux populations touchées par les catastrophes. Ces domaines correspondent à des besoins communs aux trois pays. Ils restent, à ce stade, des possibilités à construire plutôt que des missions officiellement annoncées.
Un statut commun
La mobilité entre les trois États exigera des règles précises. Un jeune Malien affecté au Niger ou au Burkina Faso devra connaître la durée de sa mission, son indemnité, ses conditions de logement, sa couverture sanitaire et la procédure applicable en cas d’accident.
Le volontariat ne doit pas devenir une manière de faire occuper durablement des emplois sans salaire. La mission doit être limitée, encadrée, formatrice et distincte d’un poste permanent. Elle doit aussi donner lieu à un certificat reconnu par les administrations, les entreprises et les établissements de formation des trois pays.
La protection sociale constitue un point central. Les missions peuvent conduire les volontaires dans des zones rurales éloignées, des chantiers environnementaux ou des contextes humanitaires difficiles. Une assurance contre les accidents, un accès aux soins, des moyens de transport sûrs et un protocole d’évacuation sont indispensables.
La sélection devra être ouverte et vérifiable. Des appels publics, des critères identiques et la publication des résultats réduiraient le risque de transformer les missions en récompenses politiques ou en avantages réservés aux organisations les plus proches des administrations.
Les jeunes ruraux, les femmes, les personnes déplacées et celles vivant avec un handicap doivent pouvoir participer. Une candidature exclusivement numérique, des déplacements coûteux pour déposer un dossier ou des formations concentrées dans les capitales écarteraient une grande partie du public visé.
Mesurer les résultats
Le forum annuel peut rester utile s’il devient le lieu où les trois gouvernements rendent compte de l’année écoulée. Le nombre de candidatures, de volontaires retenus, de missions terminées et de collectivités bénéficiaires devrait être publié avant chaque nouvelle édition.
Le suivi doit également porter sur l’après-volontariat. Une expérience n’améliore l’employabilité que si les compétences acquises sont identifiées et reconnues. Il faudra donc mesurer combien d’anciens volontaires trouvent un emploi, créent une activité ou poursuivent une formation dans les mois suivant leur mission.
La Confédération cherche à rapprocher ses administrations, ses politiques et ses populations. La jeunesse offre un terrain concret pour cette intégration. Un volontaire qui travaille dans une commune d’un pays voisin construit davantage de liens qu’une succession de discours sur l’unité sahélienne.
Le mémorandum du 29 août ouvre cette possibilité. Sa prochaine étape doit être un programme chiffré, financé et accessible. Sans missions réelles, le forum restera une rencontre annuelle. Avec un statut commun et des résultats publiés, le volontariat peut devenir l’une des premières expériences directement vécues de la coopération confédérale.
Massiré Diop

Niger : la mutinerie qui a visé le cœur du pouvoir

Les faits survenus le 29 août dépassent largement une protestation de caserne. Ils établissent une mutinerie armée dirigée contre plusieurs sites stratégiques, mais les éléments publics ne permettent pas encore de reconstituer un projet organisé de prise du pouvoir.
Trois jours après les tirs qui ont secoué Niamey, le pouvoir nigérien contrôle de nouveau la base aérienne 101, l’aéroport international Diori-Hamani, le palais présidentiel et les autres sites visés. La circulation et les activités commerciales ont repris. Des patrouilles et des dispositifs de sécurité restent toutefois visibles autour de l’aéroport.
Le calme permet désormais de séparer les faits des qualifications employées dans l’urgence. Dans la nuit du 28 au 29 août, à partir de 00 h 20, un groupe de militaires a retenu certains de ses camarades à l’intérieur de la base 101 avant d’ouvrir le feu sur plusieurs points sensibles de la capitale.
Les combats ont gagné les environs de l’aéroport, du palais présidentiel et de la radiotélévision publique. Les programmes de la RTN ont été momentanément interrompus. La garde présidentielle a protégé le palais avant de participer à la reprise de la base, restée contestée pendant une partie de la journée.
Ces éléments sont incompatibles avec l’image d’une simple manifestation de mécontentement. Des militaires armés ont désobéi à leur hiérarchie, séquestré des soldats, occupé une installation majeure et affronté les forces restées loyales. Sur le plan descriptif, le terme de mutinerie armée est donc le plus solide.
Trois morts reconnus
Le premier bilan officiellement documenté concerne la garde présidentielle. L’adjudant Illo Maihatchi, le soldat de deuxième classe Yahaya Idrissa Zamnaou et le soldat de deuxième classe Ousmane Haboulé Hamissou ont été tués pendant les affrontements.
Leurs obsèques se sont déroulées lundi 31 août à la base aérienne 101, en présence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, de membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, du gouvernement, des responsables militaires et de plusieurs diplomates.
Les trois soldats ont été promus à titre posthume et décorés de la Médaille des Théâtres d’opérations intérieures « Tarha-Nakal ». Leur inhumation au carré des martyrs constitue la première reconnaissance officielle précise des pertes provoquées par la mutinerie.
Le bilan des mutins reste en revanche inconnu. La RTN a diffusé des images de dizaines de militaires arrêtés et indiqué que certains insurgés avaient été tués ou mis hors de combat. Aucun décompte global n’a été publié. Les autorités n’ont communiqué ni le nombre exact de personnes détenues, ni l’identité des officiers soupçonnés d’avoir dirigé le mouvement, ni la situation des soldats initialement séquestrés.
Cette absence empêche de mesurer l’ampleur humaine et militaire de l’affrontement. Elle laisse également sans réponse une question essentielle : la contestation était-elle limitée à un groupe présent à Niamey ou disposait-elle de relais organisés dans d’autres unités ?
Pourquoi le mot « coup d’État » reste prématuré
Plusieurs médias ont qualifié les événements de tentative de coup d’État. Cette lecture repose sur la simultanéité des attaques contre la base aérienne, le secteur présidentiel et les installations de la télévision publique. L’opération a clairement dépassé les limites de la caserne et visé des centres de commandement de l’État.
Ces faits donnent à la mutinerie une dimension politique manifeste. Ils ne suffisent pas encore à établir publiquement un plan complet de renversement du général Abdourahamane Tiani.
Aucun chef du mouvement n’a pris la parole. Aucun manifeste, organe de commandement, proclamation ou revendication politique n’a été rendu public. Les mutins n’ont annoncé ni la dissolution des institutions, ni la formation d’une nouvelle autorité. Aucun acte judiciaire accessible ne les poursuit encore officiellement pour tentative de coup d’État.
L’hypothèse reste donc ouverte, mais elle ne doit pas être présentée comme la conclusion définitive de l’enquête. Les investigations devront établir les ordres donnés, les communications entre unités, les objectifs assignés aux différents groupes et la destination prévue après la prise éventuelle des sites visés.
La formule de « mouvement d’humeur » choisie par le ministère de la Défense produit l’effet inverse. Elle décrit un mécontentement collectif sans traduire la violence, la durée et la portée de l’opération. Une mutinerie qui tue trois gardes présidentiels et oblige l’armée à reconquérir une base stratégique ne relève plus d’un simple incident disciplinaire.
L’intervention russe désormais reconnue
Le rôle d’Africa Corps ne repose plus seulement sur des témoignages anonymes. L’ambassadeur de Russie au Niger, Viktor Voropayev, a déclaré que le commandement de la base 101 avait demandé l’assistance des militaires russes présents à l’aéroport.
Il a également affirmé que le chef d’état-major général des armées, le chef d’état-major de l’armée de terre et le commandant de la base 101 s’étaient ensuite rendus auprès d’Africa Corps pour remercier ses membres de leur participation à la reprise du site.
L’intervention est donc reconnue publiquement par le représentant officiel de la Russie. Les autorités nigériennes n’en ont cependant pas encore précisé la nature dans leurs propres communiqués. Elles n’ont indiqué ni les effectifs engagés, ni les moyens utilisés, ni la répartition des responsabilités entre les forces nigériennes et russes.
Cette assistance a porté sur une crise interne à l’armée nigérienne, et non sur une attaque menée par un groupe armé extérieur. Elle donne à la coopération militaire avec Moscou une dimension nouvelle. Africa Corps a contribué directement à la défense du pouvoir et à la reprise d’une installation contestée par des soldats nigériens.
Le soutien du Mali et du Burkina Faso est, pour sa part, resté officiellement politique. La Confédération des États du Sahel a condamné la mutinerie et exprimé sa solidarité avec Niamey. Aucun élément public ne prouve l’engagement d’unités maliennes ou burkinabè dans les combats.
Une base fragilisée à répétition
La base 101 occupe une position centrale dans le dispositif de sécurité nigérien. Elle partage son emprise avec le principal aéroport du pays, accueille l’aviation militaire et abrite des partenaires étrangers. Le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso y est également installé.
Le complexe avait déjà été attaqué en janvier par des combattants liés à l’État islamique, puis en juin par le JNIM. La mutinerie du 29 août constitue donc la troisième crise grave enregistrée autour de ce site en 2026, même si elle est, cette fois, venue de l’intérieur de l’armée.
Cette répétition impose un examen du dispositif. Il faudra déterminer comment des militaires ont pu retenir leurs camarades, tenir une partie de la base pendant plusieurs heures et tirer sur des installations situées à différents endroits de la capitale.
Le régime a conservé le pouvoir et les institutions n’ont pas basculé. Il a néanmoins perdu trois membres de son unité la plus proche, mobilisé ses forces les plus loyales et sollicité un appui russe pour reprendre une base située au cœur de la capitale. Ces faits suffisent à montrer la gravité de la secousse sans annoncer l’effondrement du pouvoir.
Au 1er septembre, la qualification la plus exacte reste donc celle d’une mutinerie armée avortée, dirigée contre plusieurs sites stratégiques. La tentative de coup d’État deviendra un fait établi si l’enquête démontre l’existence d’un commandement et d’un plan destiné à renverser les autorités. En attendant, le bilan complet, les responsabilités et les motivations restent dus à la population nigérienne.
Massiré Diop

AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral

La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.

Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.

Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.

Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.

Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.

Portée

La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.

Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.

Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.

La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.

Résultats

Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.

Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.

Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.

Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.

La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.

Massiré Diop

 

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité

Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.

La rencontre rassemble des représentantes d’organisations féminines œuvrant pour la paix, des femmes médiatrices, des autorités nationales, des institutions régionales et sous-régionales ainsi que des agences des Nations unies. Des acteurs de la défense et de la sécurité, des chercheurs, des leaders communautaires et religieux et des organisations de jeunesse prennent également part aux travaux. Aux côtés du Mali, six pays sont représentés : le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Tchad, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.
Cette mobilisation intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. En avril 2026, près de 20 millions de personnes étaient déplacées de force ou apatrides en Afrique de l’Ouest et du Centre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans cette région, les femmes et les enfants représentent 80 % des réfugiés et demandeurs d’asile.
Face à cette situation, les femmes apparaissent à la fois comme des personnes particulièrement exposées aux conséquences des crises et comme des actrices indispensables de la paix. Elles préviennent les tensions, transmettent les alertes, facilitent l’accès aux services essentiels et contribuent à reconstruire le lien social dans des localités parfois difficiles d’accès pour les institutions.
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les violences liées aux conflits restent préoccupantes, a rappelé la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy. À l’échelle mondiale, les Nations unies ont vérifié plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2024, soit une hausse de 87 % par rapport à 2022.
Les femmes continuent ainsi de témoigner des violences et des déplacements qu’elles subissent, tout en demeurant faiblement représentées dans les espaces où se prennent les décisions et où se négocient les accords de paix.
Les interventions ont fait ressortir quatre priorités : garantir la participation des femmes à toutes les étapes des processus de paix, renforcer la protection des médiatrices et défenseuses de la paix, faciliter l’accès des organisations féminines à des financements souples et directement accessibles et instaurer un mécanisme de suivi précisant, pour chaque recommandation, les responsabilités, les moyens et les délais de mise en œuvre.
La ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Diarra Djénéba Sanogo, a expliqué que la rencontre avec l’Envoyée spéciale du président de la Commission de l’Union africaine pour les Femmes, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice Liberata Mulamula, devait contribuer à accélérer la mise en œuvre de cet agenda dans la région.
Elle a insisté sur la nécessité de mieux faire entendre la voix des femmes, particulièrement celles vivant dans les communautés transfrontalières, et de renforcer leur présence dans les mécanismes de prévention, de médiation et de règlement des conflits.
Selon la ministre, la participation des femmes aux processus de paix répond à une exigence d’équité, mais constitue également une nécessité et une possibilité supplémentaire de construire une paix durable, inclusive et mieux ancrée dans les réalités locales.
Une attention particulière est accordée aux défis sécuritaires et aux nouvelles dynamiques dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. La promotion des femmes, l’égalité entre les sexes et l’accès aux droits fondamentaux sont présentés comme des leviers permettant de consolider leur leadership et de renforcer la stabilité régionale.
Diarra Djénéba Sanogo a appelé à une convergence des initiatives régionales, conformément aux orientations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les recommandations attendues doivent permettre de préciser les prochaines étapes de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », d’améliorer la coordination régionale et de favoriser une participation plus effective des femmes aux décisions touchant à la paix.
Plusieurs personnalités ont assisté à l’ouverture des travaux, dont le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, et l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter.
Joseph Amara Dembélé

AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération

Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.

Les premiers députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger entrent officiellement en fonction ce lundi 24 août à Niamey. Chaque État a désigné 15 représentants au sein de son organe législatif de transition, soit un effectif total de 45 membres. Le général Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, est arrivé samedi dans la capitale nigérienne avec la délégation malienne.
Convoquée par le président en exercice de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, la rencontre se déroulera en deux étapes. Les 24 et 25 août seront consacrés à l’installation des députés confédéraux. Du 26 au 29 août, la première session ordinaire devra notamment examiner et adopter le règlement intérieur, former les différents organes et commissions et définir les modalités de prise de décision. Une feuille de route et un calendrier de travail sont également attendus.
Cette installation repose sur le Traité du 6 juillet 2024 portant création de la Confédération AES et sur un protocole additionnel adopté par les trois chefs d’État le 23 décembre 2025 à Bamako. En février dernier, le gouvernement malien avait approuvé les textes autorisant la ratification de quatre protocoles concernant la défense et la sécurité, la diplomatie, le développement et les sessions parlementaires.
Un rôle encore encadré
La rencontre de Niamey n’installe pas, pour le moment, un Parlement supranational disposant du pouvoir de voter des lois directement applicables dans les trois pays. La dénomination juridique retenue est celle de « Sessions confédérales des Parlements ». Leur mission consiste à délibérer et à émettre des avis sur les sujets soumis par le Collège des chefs d’État ou concernant la vie de la Confédération.
Les travaux peuvent porter sur la défense, la sécurité, la diplomatie, le développement et les autres questions d’intérêt commun. Les députés pourront également rencontrer les membres du Conseil des ministres confédéral, formuler des résolutions et des recommandations et contribuer à l’information des populations. Deux sessions ordinaires sont prévues chaque année.
L’égalité de représentation, avec 15 députés par pays, permet d’éviter qu’un État domine les deux autres en raison de sa population. Le mandat de chaque député confédéral reste cependant lié à celui qu’il exerce dans son Parlement national. La présidence des sessions revient au président de l’organe législatif du pays qui assure la présidence tournante de la Confédération. La session de Niamey sera ainsi dirigée par le Burkinabè Ousmane Bougouma.
Le test du concret
Pour le Mali, cette nouvelle tribune pourrait faciliter le rapprochement des législations dans des domaines touchant directement les citoyens : libre circulation, commerce, transport, fiscalité, justice, sécurité des frontières, investissements et accès aux services. Elle pourrait aussi permettre aux délégations nationales d’interroger les responsables confédéraux sur l’application des décisions déjà annoncées.
Cette évolution intervient près de trois ans après la création, en septembre 2023, de l’Alliance des États du Sahel comme pacte de défense mutuelle. Sa transformation en Confédération en juillet 2024, puis le retrait effectif des trois pays de la Cedeao en janvier 2025, ont élargi le projet aux domaines diplomatique, économique et institutionnel. Le passeport confédéral, le prélèvement destiné au financement de l’AES et les projets de banque d’investissement participent de la même construction.
La portée de la session de Niamey dépendra toutefois des pouvoirs réellement exercés par les 45 représentants. Le protocole leur permet principalement de rendre des avis et des recommandations. Leur influence reposera donc sur la prise en compte de ces propositions par le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres.
Une autre question concerne leur représentativité. Les membres ont été désignés par les institutions de transition des trois pays et non élus directement à l’échelle confédérale. Cette situation n’empêche pas le fonctionnement juridique de l’instance, mais elle oblige les députés à démontrer qu’ils peuvent relayer les préoccupations des populations, rendre compte de leurs travaux et dépasser les rencontres essentiellement protocolaires.
La session de Niamey constitue ainsi une étape institutionnelle importante, sans être encore l’aboutissement du projet parlementaire de l’AES. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à produire des décisions suivies d’effets, à harmoniser progressivement les règles nationales et à faire entrer les préoccupations quotidiennes des citoyens dans la construction confédérale.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Mouvement des populations : le Mali face à une double pression

Au 30 juin 2026, le Mali comptait plus de 414 000 déplacés internes et accueillait plus de 306 000 réfugiés, tandis que 338 369 Maliens vivaient encore dans des pays d’asile. Cette pression humanitaire s’accentue alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne disposait que de 20 % des ressources nécessaires à ses opérations dans le pays.

Le Mali est à la fois un pays de départ, de déplacement interne et d’accueil. L’insécurité continue de pousser des familles maliennes à abandonner leur localité ou à chercher refuge dans les pays voisins. Dans le même temps, des populations étrangères, principalement originaires des États frontaliers, traversent la frontière pour trouver protection sur le territoire malien.

La mise à jour opérationnelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, couvrant les mois d’avril, mai et juin 2026, recense 414 524 personnes déplacées à l’intérieur du Mali. Le pays accueille également 306 315 réfugiés, auxquels s’ajoutent 15 109 personnes non encore enregistrées. Le nombre de déplacés internes revenus dans leurs localités ou dans leurs zones d’origine est estimé à 153 132.

À l’extérieur, 338 369 réfugiés maliens demeurent dans des pays d’asile. Seulement 397 retours de réfugiés ont été recensés par les autorités maliennes pendant la période considérée. Ces données montrent que les retours restent limités par rapport à l’ampleur des déplacements.

Ces mouvements ne correspondent pas tous aux mêmes situations. Les personnes déplacées internes restent sur le territoire national, parfois à quelques kilomètres de leur village, mais sans pouvoir y retourner. Les réfugiés ont franchi une frontière pour se mettre à l’abri. D’autres personnes circulent pour des raisons économiques, familiales ou migratoires, tout en empruntant parfois les mêmes routes.

Entre avril et juin, 4 014 personnes faisant partie de ces mouvements mixtes ont été recensées dans plusieurs régions du centre et du nord. Parmi elles figuraient des réfugiés, mais aussi des Maliens et des étrangers expulsés ou refoulés de certains pays voisins. Le HCR a également identifié 1 588 personnes exposées au risque d’apatridie, faute de documents ou de reconnaissance claire de leur nationalité.

Une crise qui pèse sur les localités d’accueil

Dans la zone de Koro, un nouvel afflux de réfugiés a été observé entre la fin du mois de mai et la mi-juin. Ces arrivées ont augmenté les besoins en nourriture, en eau, en soins, en abris et en protection dans des localités qui disposent déjà de services limités.

L’accueil repose souvent en premier lieu sur les communautés locales. Des familles partagent leur logement, leurs terres, leurs points d’eau ou leurs faibles réserves avec les nouveaux arrivants. Cette solidarité permet de répondre aux premières urgences, mais elle exerce aussi une pression supplémentaire sur les écoles, les centres de santé et les activités économiques.

La protection juridique constitue l’un des premiers besoins des personnes contraintes de se déplacer. Entre avril et juin, la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR ont enregistré biométriquement 4 950 personnes, dont 2 796 femmes. Au cours de la même période, 17 806 cartes d’identité de réfugiés ont été distribuées.

Ces documents facilitent la circulation, l’accès aux services essentiels et l’exercice de certains droits. Sans pièce d’identité ou preuve d’enregistrement, une personne peut éprouver des difficultés à inscrire un enfant à l’école, à recevoir des soins, à travailler légalement ou à se déplacer sans crainte d’être interpellée.

Le problème est particulièrement sensible pour les enfants nés pendant le déplacement ou l’exil. Le HCR a soutenu l’établissement de 169 actes de naissance en faveur d’enfants menacés d’apatridie. Plus de 1 050 enfants ont aussi participé à des activités récréatives et psychosociales, tandis que 980 autres ont été sensibilisés aux risques de violence et d’exploitation. Cinq enfants victimes de violences graves ont été orientés vers des services spécialisés.

La continuité de l’éducation reste un autre défi. Plus de 500 élèves réfugiés ont reçu un appui financier pour couvrir leurs frais scolaires et 82 étudiants ont bénéficié d’une aide pour poursuivre leurs études supérieures. Le premier centre d’apprentissage numérique destiné aux réfugiés et aux communautés hôtes a également été inauguré au Lycée sportif de Kabala, à Bamako.

Les femmes demeurent particulièrement exposées. Quatre-vingt-dix femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont été identifiées dans les régions de Mopti, San, Douentza et Koro. Trente-quatre victimes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’une prise en charge adaptée. Près de 500 personnes ont reçu un soutien psychosocial et 2 363 autres ont participé à des actions de sensibilisation.

Des réponses concrètes freinées par le manque de moyens

La réponse humanitaire ne se limite pas aux distributions d’urgence. Dans le cercle de Koro, plusieurs initiatives cherchent à permettre aux réfugiés et aux communautés d’accueil de retrouver des revenus.

Des motoculteurs ont été remis à des coopératives agricoles mixtes et à une association de réfugiés. Des producteurs ont reçu des semences, tandis que des parcelles maraîchères ont été aménagées. Une campagne agricole a également été lancée sur 35 hectares au profit de quatre coopératives.

Ces activités permettent aux familles de produire une partie de leur alimentation et de réduire leur dépendance à l’assistance. Elles peuvent aussi limiter les tensions avec les habitants lorsque les projets bénéficient à la fois aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.

Dans le domaine du logement, 767 réfugiés ont reçu un appui financier pour accéder à un abri d’urgence. Des articles ménagers essentiels ont été distribués à 3 906 réfugiés et déplacés internes dans les communes de Koro, Mopti et Tombouctou.

L’accès aux soins demeure toutefois difficile. Soixante-treize personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’une prise en charge médicale, tandis que 221 femmes et enfants ont été orientés vers des services pour le traitement du paludisme. Le HCR envisage également l’adhésion de 145 ménages à une mutuelle de santé afin de faciliter un accès plus régulier aux soins.

Ces interventions restent modestes au regard du nombre de personnes concernées. Au 30 juin, le programme du HCR au Mali n’était financé qu’à hauteur de 20 %, sur un besoin annuel estimé à 90,4 millions de dollars. Quatre cinquièmes des ressources recherchées restaient donc à mobiliser.

Ce déficit menace la continuité de plusieurs activités. Lorsque les financements manquent, les distributions sont réduites, les abris tardent à être construits et les opérations de documentation ou de protection couvrent moins de personnes. Les communautés d’accueil doivent alors supporter une part plus importante de la charge.

Les retours volontaires restent eux aussi limités. Neuf réfugiés ont été accompagnés vers la République centrafricaine durant le deuxième trimestre. La Commission tripartite réunissant le Mali, le Burkina Faso et le HCR a tenu sa quatorzième session à Bamako le 14 avril afin de renforcer la coopération transfrontalière.

Un retour ne peut cependant être durable que si la sécurité, le logement, l’école, les soins et les possibilités de travail sont disponibles dans la zone d’origine. En leur absence, les familles risquent de repartir ou de se retrouver dans une situation plus précaire.

Derrière les statistiques se trouvent des personnes qui ont laissé une maison, un champ, une école ou une activité professionnelle. Pour elles, une carte d’identité, une place en classe, un toit ou quelques outils agricoles ne sont pas de simples résultats administratifs. Ils représentent les premiers moyens de retrouver une stabilité et de reprendre le contrôle de leur vie.

 

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.

Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets

Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.

« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.

Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.

La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.

Affectations

Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.

Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.

Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi

AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare

Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.

Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.

Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.

Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.

Une position commune avant le dialogue

Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.

À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.

L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.

Des défis avant l’ouverture des discussions

Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.

« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.

Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.

Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.

Mohamed Kenouvi

Deux et trois roues : Un encadrement renforcé en Afrique de l’Ouest

Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs pays ouest-africains ont renforcé ces dernières années l’encadrement des deux et trois roues. Une évolution qui traduit la volonté des États de mieux suivre un parc en pleine expansion.

Les motos occupent aujourd’hui une place centrale dans les déplacements quotidiens à travers l’Afrique de l’Ouest. Face à leur multiplication, plusieurs États ont engagé des réformes destinées à mieux identifier les engins en circulation et leurs propriétaires.

Au Sénégal, cette volonté s’est traduite, début 2025, par une vaste campagne de régularisation des deux-roues motorisés. Les propriétaires ont été invités à obtenir les documents nécessaires et à faire immatriculer leurs engins, sous peine de sanctions. Face à l’affluence, les délais accordés aux usagers ont même été prolongés afin de permettre au plus grand nombre de se conformer aux exigences réglementaires.

Du côté du Niger, les autorités nationales ont également renforcé les contrôles des engins circulant sans plaque ou sans documents réglementaires. Cette politique s’accompagne, depuis le 22 octobre 2024, de mesures destinées à faciliter les démarches administratives et à encourager la mise en règle des propriétaires.

Même logique d’encadrement

Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Si l’immatriculation des motos y est obligatoire depuis plusieurs années, le gouvernement a renforcé depuis novembre dernier les mécanismes d’identification des engins. Les vendeurs sont notamment tenus d’accomplir certaines formalités administratives avant la remise des motos à leurs acquéreurs, limitant ainsi les risques de circulation sans identification.

Sur le littoral ouest-africain, la Côte d’Ivoire poursuit des objectifs similaires. Les motos doivent être enregistrées et disposer de documents permettant d’identifier clairement leurs propriétaires. Cette politique accompagne les efforts de formalisation d’un secteur en pleine croissance, notamment dans les grandes villes, où les deux-roues occupent une place croissante dans les activités de transport et de livraison.

D’un pays à l’autre, les modalités diffèrent, mais les objectifs poursuivis restent largement les mêmes. Les États cherchent à mieux connaître leur parc roulant, à faciliter l’identification des propriétaires en cas de vol ou d’infraction et à renforcer le suivi administratif d’un secteur longtemps marqué par l’informel.

À mesure que les motos et tricycles s’imposent dans les économies ouest-africaines, leur encadrement apparaît de plus en plus comme un enjeu de gouvernance, de mobilité et de modernisation des services publics.

Mohamed Kenouvi 

Arrivées de réfugiés vers Koro : Moins de nouveaux arrivants

Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et le Gouvernement du Mali , à travers la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) avaient recensé depuis juin, 1 419 ménages soit 4 257 personnes arrivées du Burkina Faso vers le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara. Depuis, certaines d’entre elles sont retournées au Burkina Faso et d’autres se sont rendues dans d’autres villes du Mali, mais le nombre de nouvelles arrivées est en baisse, selon le HCR.

Dans une note publiée ce 18 juin 2026, le HCR indique que certains réfugiés ont quitté la ville de Koro pour le Burkina Faso, notamment vers Dédougou et Bobo-Dioulasso, alors que

d’autres ont choisi  différentes localités du Mali, dont Bankass, Mopti, Ségou et Sikasso.

« De nouvelles arrivées continuent d’être enregistrées à Koro, mais à un rythme inférieur à celui observé fin mai et début juin », ajoute le HCR.

Pour les nouveaux arrivants, ce sont des contraintes liées au transport qui avaient retardé leur arrivée dans la ville de Koro. Ils sont aussi nombreux à ne pas vouloir quitter leurs localités d’accueil (Mopti, Koro) à court terme. La plupart d’entre eux, ayant été dépouillés de leurs biens, ce qui souligne l’importance des besoins de protection et d’assistance.

Au 16 juin 2026, l’exercice de préenregistrement effectué par le HCR et le Gouvernement a permis de dénombrer 1 008 ménages soit 3 336 personnes, indique le HCR. Ces données partagées avec les partenaires, permettent d’établir la planification des besoins prioritaires, notamment dans les domaines de l’eau,  l’hygiène, l’assainissement, la santé et l’assistance alimentaire.

Par ailleurs, les sites initialement occupés par les réfugiés ont été libérés, suite au retour vers le Burkina Faso et le départ vers d’autres villes du Mali, ainsi que l’accueil des nouveaux arrivants dans les familles hôtes, à Koro et environs.

 

Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations

La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.

Les motocyclettes de 125 cm³ et plus ne pourront plus circuler librement en dehors des grands centres urbains. La décision, prise par arrêté interministériel le 3 juin 2026, s’inscrit dans le dispositif de sécurisation engagé dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ».
La restriction concerne l’ensemble du territoire national, à l’exception du District de Bamako, des chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Les représentants de l’État au niveau régional peuvent toutefois étendre la mesure à certains chefs-lieux, lorsque la situation sécuritaire l’exige.
Les forces chargées de l’application du texte sont les commandants des théâtres d’opération, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les autorités cherchent ainsi à réduire les déplacements suspects sur les pistes rurales, les zones de brousse et les axes secondaires, où les contrôles restent plus difficiles.
Une autre décision complète ce dispositif. Elle suspend pour un an renouvelable l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer dans un délai de 90 jours auprès des services compétents. Les engins non déclarés peuvent être saisis.
Cette double mesure intervient dans un climat sécuritaire tendu, après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités et positions stratégiques, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont remis au premier plan la question de la mobilité des groupes armés, qui utilisent les motos pour se déplacer rapidement, contourner les postes de contrôle, mener des reconnaissances et se replier après des opérations.
Dans le Sahel, la moto est devenue un outil central des conflits. Peu coûteuse, robuste, facile à réparer et adaptée aux pistes, elle permet à de petits groupes de parcourir de longues distances avec peu de carburant. Les mêmes qualités qui en font un moyen de transport indispensable pour les populations rurales en font aussi un instrument recherché par les groupes armés.
Cette réalité complique l’application de la mesure. Dans de nombreuses localités, la moto sert à aller au champ, rejoindre un marché, transporter un malade, acheminer des marchandises ou assurer de petits services entre villages. Plus de la moitié de la population vit encore en milieu rural, selon les données de la Banque mondiale, dans un pays où les distances, l’état des routes et la rareté des transports publics rendent les deux-roues difficiles à remplacer.
Les restrictions de motos ne sont pas nouvelles dans la région. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays confrontés à l’insécurité ont déjà utilisé des interdictions de circulation, des couvre-feux ou des limitations par type d’engin pour freiner les mouvements des groupes armés. Les résultats restent toutefois liés à la capacité des forces de sécurité à contrôler les axes, surveiller les marchés, suivre les stocks et éviter les contournements.
L’enjeu sera donc autant sécuritaire que social. Les autorités devront concilier la nécessité de couper les moyens de mobilité des groupes armés avec les besoins quotidiens des populations, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, où 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance en 2026, toute restriction de mouvement peut avoir des effets directs sur l’accès aux services, aux marchés et aux moyens de subsistance.
La mesure ouvre aussi une phase de surveillance économique. L’arrêt de l’importation et de la vente des grosses cylindrées pourrait modifier les circuits commerciaux, renchérir certaines pièces et favoriser des marchés parallèles si les contrôles ne sont pas stricts. Les mécaniciens, revendeurs et usagers devront désormais s’adapter à un cadre plus contraignant.
Pour les autorités, l’objectif immédiat est de réduire la liberté de mouvement des assaillants dans les zones hors agglomérations. Son efficacité dépendra de la coordination entre les forces de sécurité, les autorités administratives, les commerçants et les communautés locales, mais aussi de la clarté des exemptions pour les urgences, les services publics et les activités économiques essentielles.

La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel

Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.

Une marée noire venue du désert

Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.

La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.

Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.

Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.

L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable

Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).

Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.

Une coopération à inventer au-delà des clivages

Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.

Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.

La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.

Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques

Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.

      Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »

      La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.

      Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel

      La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.

      Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières

      La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.

      Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables

      La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.

      S’engager résolument dans une guerre de l’information

      Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.

 La survie ou l’implosion

L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.

Mohamed Abdellahi Elkhalil 

Spécialiste des Questions Sociales et

 Sécuritaire du Sahel/Écrivain

Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée

Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.

La rencontre s’est tenue à l’état-major général des armées du Burkina Faso dans le cadre de la première session du Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Elle a réuni le général de brigade Moussa Diallo pour le Burkina Faso, le général de division Oumar Diarra pour le Mali et le général de division Moussa Salaou Barmou pour le Niger, en présence du général de brigade Daouda Traoré, commandant de la force unifiée.
Les échanges ont permis d’examiner et de valider les documents préparés lors des travaux techniques conduits du 7 au 15 avril 2026, portant sur l’organisation, les règles d’engagement et les modalités de déploiement. Ces textes définissent la coordination entre les trois armées, la structuration du commandement ainsi que les conditions d’intervention sur l’espace commun des États membres.
Les responsables militaires ont également acté une montée en puissance des effectifs, avec une projection portée à 15 000 hommes, contre une capacité initiale annoncée de 5 000 soldats lors des premières communications officielles. Cette évolution s’accompagne d’une mutualisation des moyens en renseignement, en logistique et en opérations, avec un renforcement de la coordination sur les zones frontalières.
La force unifiée de l’AES a été officiellement lancée en décembre 2025 à Bamako, en marge de la deuxième session de la Conférence des chefs d’État de la Confédération, marquant le passage d’un cadre politique à une structuration militaire. Depuis, plusieurs réunions techniques et militaires ont été organisées afin de préparer son déploiement.
La rencontre de Ouagadougou a également permis de passer en revue la situation sécuritaire dans l’espace confédéral. Les conclusions des travaux doivent être soumises aux chefs d’État de l’AES pour validation, en vue de la mise en œuvre progressive des opérations conjointes sur le terrain.

Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »

À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.

Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?

D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.

Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?

Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.

Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?

Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.

Que gagnera la lauréate ?

La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.

Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?

Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.

Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat

Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.

Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.

Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).

Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.

Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.

« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.

Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina

Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.

La Côte d’Ivoire a officiellement supprimé, par une circulaire signée le 31 mars 2026, l’obligation de visa douanier préalable sur les déclarations de marchandises destinées au Mali et au Burkina Faso. Cette formalité, en vigueur depuis le 28 avril 2000, imposait jusqu’ici aux commissionnaires en douane de faire viser leurs documents par les représentations douanières malienne et burkinabè installées en territoire ivoirien avant tout dépôt auprès des bureaux compétents.
La nouvelle disposition met fin à une procédure vieille de 26 ans. Désormais, les déclarations peuvent être déposées directement auprès des services douaniers ivoiriens, sans validation préalable. Les autorités ivoiriennes s’appuient pour cela sur des outils numériques déjà opérationnels, notamment le module T1 pour le corridor ivoiro-malien et le système SIGMAT pour le corridor vers le Burkina Faso. Ces plateformes permettent le suivi en temps réel des marchandises en transit, rendant le visa papier devenu redondant.
Cette décision intervient sur un axe commercial stratégique pour les pays enclavés du Sahel. Le port autonome d’Abidjan demeure l’un des principaux points d’entrée maritime pour le commerce extérieur du Mali et du Burkina Faso. Selon les données portuaires et gouvernementales disponibles, une part importante du transit des pays de l’hinterland ouest-africain passe par Abidjan, notamment pour les hydrocarbures, les produits alimentaires, les matériaux de construction et les intrants industriels.
Pour le Mali, ce corridor reste particulièrement sensible. Le port d’Abidjan a longtemps absorbé une part majeure du commerce extérieur malien, notamment sur l’axe Abidjan–Bouaké–Korhogo–frontière–Bamako. Les autorités ivoiriennes avaient déjà indiqué que le port ambitionnait de redevenir le premier port de transit maritime du commerce malien, avec des investissements dans les quais, le canal de Vridi, les espaces logistiques et les dessertes routières.
La mesure est également significative pour le Burkina Faso, dont le corridor Abidjan–Ouagadougou constitue l’un des axes logistiques majeurs, à la fois par route et par rail. La ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, longue d’environ 1 145 kilomètres, reste l’une des plus importantes de la sous-région pour le transport de marchandises.
En pratique, la suppression du visa douanier devrait réduire les délais administratifs, accélérer le passage portuaire et limiter certains coûts supportés par les opérateurs économiques. Pour le Mali comme pour le Burkina Faso, où les prix à l’importation restent sensibles aux coûts logistiques, cette simplification peut avoir un effet direct sur la rapidité d’acheminement des marchandises et, à terme, sur les délais d’approvisionnement des marchés intérieurs.
Cette évolution intervient alors que les corridors régionaux font l’objet d’une attention renforcée, avec plusieurs initiatives en cours sur les axes ouest-africains destinés à sécuriser et moderniser les chaînes logistiques reliant les ports du Golfe de Guinée aux pays sahéliens.

Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire

L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.

En février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont placé la lutte contre le terrorisme au centre de leurs priorités. Quelques jours plus tard à Freetown, les chefs d’État-major de la CEDEAO ont évoqué l’activation et le financement de la force régionale en attente, confirmant que la sécurité reste l’urgence. Cette orientation reflète la réalité du terrain. Le Sahel concentre plus de la moitié des décès mondiaux liés au terrorisme et les attaques se poursuivent au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés adaptent leurs tactiques et exploitent les zones où l’administration demeure faible, ce qui pousse les autorités à faire de la sécurisation des territoires un préalable à la restauration durable de l’autorité de l’État.
L’argument est compréhensible. Sans sécurité minimale, ni école ni centre de santé ne fonctionnent durablement. Les axes commerciaux restent exposés. L’aide humanitaire circule difficilement. Les armées sont devenues le premier rempart visible face à la progression des groupes armés.
Au-delà du militaire
L’expérience d’autres pays montre cependant les limites d’une approche strictement sécuritaire. En Afghanistan, deux décennies d’intervention armée internationale n’ont pas produit une stabilité durable. Malgré un appareil sécuritaire considérable, les institutions sont restées fragiles et le retrait a révélé cette faiblesse. En Irak, la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017 n’a pas empêché la persistance de cellules clandestines. Les causes politiques et sociales n’ont pas disparu. En Somalie, malgré plus de quinze ans d’engagement militaire régional, la menace des Shebab demeure active, notamment dans les zones où la gouvernance locale reste défaillante.
Ces précédents nourrissent une réflexion plus large sur l’équilibre entre réponse militaire et consolidation politique. Les gains obtenus sur le terrain peuvent s’éroder lorsque les institutions ne suivent pas.
Le regard des chercheurs
Plusieurs spécialistes du Sahel tirent un constat similaire. Le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que la militarisation progressive de la région n’a pas empêché l’extension géographique des groupes armés et que l’absence de réformes politiques crédibles fragilise les avancées obtenues. Niagalé Bagayoko souligne que la réforme du secteur de la sécurité et la responsabilisation des forces armées sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les populations. De son côté, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, rappelle que les groupes armés prospèrent dans des contextes marqués par des fractures sociales, la marginalisation territoriale et un déficit de gouvernance. Selon lui, la sécurité ne peut être dissociée de l’inclusion politique et de la cohésion sociale.
Ces analyses trouvent un écho dans le débat malien. Housseini Amion Guindo estime que réduire la crise à la seule dimension terroriste revient à négliger ses aspects politiques et institutionnels. Yeah Samaké insiste sur la primauté des institutions et la nécessité de contre-pouvoirs solides. Aucun ne minimise la menace sécuritaire, mais tous deux contestent son exclusivité comme clé d’explication.
Contraintes budgétaires
La question financière alimente également la réflexion. Dans plusieurs pays sahéliens, les dépenses militaires augmentent sous la pression des combats, tandis que les finances publiques restent limitées. Lorsque la part consacrée à la défense progresse fortement, celle destinée à l’éducation, à la santé ou à l’emploi peut se réduire. Or l’accès à ces services influence directement la résilience des communautés et la capacité des États à prévenir le recrutement par les groupes armés.
La CEDEAO évoque une force régionale mobilisable. L’Union africaine insiste sur un financement plus durable des opérations de paix. Ces mécanismes peuvent améliorer la coordination et la réactivité. Ils ne remplacent pas la réforme des administrations locales, la lutte contre la corruption ou la résolution des conflits communautaires. Les groupes armés trouvent souvent un terrain favorable dans les espaces où l’État est absent ou contesté.
Au Sahel, il ne s’agit pas d’opposer les armes aux institutions. La sécurité est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les expériences ailleurs montrent qu’une victoire militaire sans base politique solide reste fragile. La force peut freiner la menace. Elle ne règle pas, à elle seule, les causes profondes. Le défi demeure entier pour les États sahéliens et leurs partenaires.
Massiré DIOP