Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.

Les ministres chargés de la Jeunesse du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont signé, le 29 août à Ouagadougou, un mémorandum d’entente instituant un cadre commun autour du Forum confédéral de la Jeunesse et du Volontariat.
Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, Abdoul Kassim Ibrahim Fomba et Sidi Mohamed Almahmoud ont engagé leurs pays à coopérer dans les domaines de la citoyenneté, du volontariat, de l’entrepreneuriat, du sport, des loisirs et des activités socio-éducatives.
Le forum doit se tenir chaque année à tour de rôle dans les trois États. Un comité confédéral réunissant les administrations chargées de la jeunesse et du volontariat devra superviser les activités, arrêter les orientations et suivre leur mise en œuvre.
Cette architecture donne une continuité à une rencontre qui aurait pu rester ponctuelle. Elle ne constitue pas encore un programme opérationnel de volontariat. Aucun budget commun, nombre annuel de missions, quota national ou calendrier de déploiement n’apparaît dans les informations rendues publiques après la signature.
Des participants aux volontaires
La première édition du forum s’est déroulée du 28 au 30 août à Ouagadougou. Environ 1 000 jeunes étaient attendus à l’ouverture, tandis que 300 délégués devaient participer aux trois journées de travaux. Une représentation togolaise a également été associée aux échanges.
Les discussions ont porté sur l’engagement citoyen, l’entrepreneuriat, la formation, l’emploi, le leadership, l’innovation et le développement local. Les organisateurs ont aussi mis en avant le partage d’expériences d’anciens volontaires et la valorisation des initiatives portées par les jeunes.
Ces activités favorisent les rencontres, mais leur effet demeure difficile à mesurer si elles ne débouchent pas sur des missions accessibles hors du cercle des participants au forum. Sensibiliser un jeune au volontariat ne signifie pas lui proposer une affectation, une formation ou une perspective professionnelle.
Un véritable dispositif confédéral pourrait mobiliser des volontaires dans l’alphabétisation, la prévention sanitaire, la restauration des terres, l’appui numérique aux communes, les campagnes agricoles ou l’assistance aux populations touchées par les catastrophes. Ces domaines correspondent à des besoins communs aux trois pays. Ils restent, à ce stade, des possibilités à construire plutôt que des missions officiellement annoncées.
Un statut commun
La mobilité entre les trois États exigera des règles précises. Un jeune Malien affecté au Niger ou au Burkina Faso devra connaître la durée de sa mission, son indemnité, ses conditions de logement, sa couverture sanitaire et la procédure applicable en cas d’accident.
Le volontariat ne doit pas devenir une manière de faire occuper durablement des emplois sans salaire. La mission doit être limitée, encadrée, formatrice et distincte d’un poste permanent. Elle doit aussi donner lieu à un certificat reconnu par les administrations, les entreprises et les établissements de formation des trois pays.
La protection sociale constitue un point central. Les missions peuvent conduire les volontaires dans des zones rurales éloignées, des chantiers environnementaux ou des contextes humanitaires difficiles. Une assurance contre les accidents, un accès aux soins, des moyens de transport sûrs et un protocole d’évacuation sont indispensables.
La sélection devra être ouverte et vérifiable. Des appels publics, des critères identiques et la publication des résultats réduiraient le risque de transformer les missions en récompenses politiques ou en avantages réservés aux organisations les plus proches des administrations.
Les jeunes ruraux, les femmes, les personnes déplacées et celles vivant avec un handicap doivent pouvoir participer. Une candidature exclusivement numérique, des déplacements coûteux pour déposer un dossier ou des formations concentrées dans les capitales écarteraient une grande partie du public visé.
Mesurer les résultats
Le forum annuel peut rester utile s’il devient le lieu où les trois gouvernements rendent compte de l’année écoulée. Le nombre de candidatures, de volontaires retenus, de missions terminées et de collectivités bénéficiaires devrait être publié avant chaque nouvelle édition.
Le suivi doit également porter sur l’après-volontariat. Une expérience n’améliore l’employabilité que si les compétences acquises sont identifiées et reconnues. Il faudra donc mesurer combien d’anciens volontaires trouvent un emploi, créent une activité ou poursuivent une formation dans les mois suivant leur mission.
La Confédération cherche à rapprocher ses administrations, ses politiques et ses populations. La jeunesse offre un terrain concret pour cette intégration. Un volontaire qui travaille dans une commune d’un pays voisin construit davantage de liens qu’une succession de discours sur l’unité sahélienne.
Le mémorandum du 29 août ouvre cette possibilité. Sa prochaine étape doit être un programme chiffré, financé et accessible. Sans missions réelles, le forum restera une rencontre annuelle. Avec un statut commun et des résultats publiés, le volontariat peut devenir l’une des premières expériences directement vécues de la coopération confédérale.
Massiré Diop

Niger : la mutinerie qui a visé le cœur du pouvoir

Les faits survenus le 29 août dépassent largement une protestation de caserne. Ils établissent une mutinerie armée dirigée contre plusieurs sites stratégiques, mais les éléments publics ne permettent pas encore de reconstituer un projet organisé de prise du pouvoir.
Trois jours après les tirs qui ont secoué Niamey, le pouvoir nigérien contrôle de nouveau la base aérienne 101, l’aéroport international Diori-Hamani, le palais présidentiel et les autres sites visés. La circulation et les activités commerciales ont repris. Des patrouilles et des dispositifs de sécurité restent toutefois visibles autour de l’aéroport.
Le calme permet désormais de séparer les faits des qualifications employées dans l’urgence. Dans la nuit du 28 au 29 août, à partir de 00 h 20, un groupe de militaires a retenu certains de ses camarades à l’intérieur de la base 101 avant d’ouvrir le feu sur plusieurs points sensibles de la capitale.
Les combats ont gagné les environs de l’aéroport, du palais présidentiel et de la radiotélévision publique. Les programmes de la RTN ont été momentanément interrompus. La garde présidentielle a protégé le palais avant de participer à la reprise de la base, restée contestée pendant une partie de la journée.
Ces éléments sont incompatibles avec l’image d’une simple manifestation de mécontentement. Des militaires armés ont désobéi à leur hiérarchie, séquestré des soldats, occupé une installation majeure et affronté les forces restées loyales. Sur le plan descriptif, le terme de mutinerie armée est donc le plus solide.
Trois morts reconnus
Le premier bilan officiellement documenté concerne la garde présidentielle. L’adjudant Illo Maihatchi, le soldat de deuxième classe Yahaya Idrissa Zamnaou et le soldat de deuxième classe Ousmane Haboulé Hamissou ont été tués pendant les affrontements.
Leurs obsèques se sont déroulées lundi 31 août à la base aérienne 101, en présence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, de membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, du gouvernement, des responsables militaires et de plusieurs diplomates.
Les trois soldats ont été promus à titre posthume et décorés de la Médaille des Théâtres d’opérations intérieures « Tarha-Nakal ». Leur inhumation au carré des martyrs constitue la première reconnaissance officielle précise des pertes provoquées par la mutinerie.
Le bilan des mutins reste en revanche inconnu. La RTN a diffusé des images de dizaines de militaires arrêtés et indiqué que certains insurgés avaient été tués ou mis hors de combat. Aucun décompte global n’a été publié. Les autorités n’ont communiqué ni le nombre exact de personnes détenues, ni l’identité des officiers soupçonnés d’avoir dirigé le mouvement, ni la situation des soldats initialement séquestrés.
Cette absence empêche de mesurer l’ampleur humaine et militaire de l’affrontement. Elle laisse également sans réponse une question essentielle : la contestation était-elle limitée à un groupe présent à Niamey ou disposait-elle de relais organisés dans d’autres unités ?
Pourquoi le mot « coup d’État » reste prématuré
Plusieurs médias ont qualifié les événements de tentative de coup d’État. Cette lecture repose sur la simultanéité des attaques contre la base aérienne, le secteur présidentiel et les installations de la télévision publique. L’opération a clairement dépassé les limites de la caserne et visé des centres de commandement de l’État.
Ces faits donnent à la mutinerie une dimension politique manifeste. Ils ne suffisent pas encore à établir publiquement un plan complet de renversement du général Abdourahamane Tiani.
Aucun chef du mouvement n’a pris la parole. Aucun manifeste, organe de commandement, proclamation ou revendication politique n’a été rendu public. Les mutins n’ont annoncé ni la dissolution des institutions, ni la formation d’une nouvelle autorité. Aucun acte judiciaire accessible ne les poursuit encore officiellement pour tentative de coup d’État.
L’hypothèse reste donc ouverte, mais elle ne doit pas être présentée comme la conclusion définitive de l’enquête. Les investigations devront établir les ordres donnés, les communications entre unités, les objectifs assignés aux différents groupes et la destination prévue après la prise éventuelle des sites visés.
La formule de « mouvement d’humeur » choisie par le ministère de la Défense produit l’effet inverse. Elle décrit un mécontentement collectif sans traduire la violence, la durée et la portée de l’opération. Une mutinerie qui tue trois gardes présidentiels et oblige l’armée à reconquérir une base stratégique ne relève plus d’un simple incident disciplinaire.
L’intervention russe désormais reconnue
Le rôle d’Africa Corps ne repose plus seulement sur des témoignages anonymes. L’ambassadeur de Russie au Niger, Viktor Voropayev, a déclaré que le commandement de la base 101 avait demandé l’assistance des militaires russes présents à l’aéroport.
Il a également affirmé que le chef d’état-major général des armées, le chef d’état-major de l’armée de terre et le commandant de la base 101 s’étaient ensuite rendus auprès d’Africa Corps pour remercier ses membres de leur participation à la reprise du site.
L’intervention est donc reconnue publiquement par le représentant officiel de la Russie. Les autorités nigériennes n’en ont cependant pas encore précisé la nature dans leurs propres communiqués. Elles n’ont indiqué ni les effectifs engagés, ni les moyens utilisés, ni la répartition des responsabilités entre les forces nigériennes et russes.
Cette assistance a porté sur une crise interne à l’armée nigérienne, et non sur une attaque menée par un groupe armé extérieur. Elle donne à la coopération militaire avec Moscou une dimension nouvelle. Africa Corps a contribué directement à la défense du pouvoir et à la reprise d’une installation contestée par des soldats nigériens.
Le soutien du Mali et du Burkina Faso est, pour sa part, resté officiellement politique. La Confédération des États du Sahel a condamné la mutinerie et exprimé sa solidarité avec Niamey. Aucun élément public ne prouve l’engagement d’unités maliennes ou burkinabè dans les combats.
Une base fragilisée à répétition
La base 101 occupe une position centrale dans le dispositif de sécurité nigérien. Elle partage son emprise avec le principal aéroport du pays, accueille l’aviation militaire et abrite des partenaires étrangers. Le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso y est également installé.
Le complexe avait déjà été attaqué en janvier par des combattants liés à l’État islamique, puis en juin par le JNIM. La mutinerie du 29 août constitue donc la troisième crise grave enregistrée autour de ce site en 2026, même si elle est, cette fois, venue de l’intérieur de l’armée.
Cette répétition impose un examen du dispositif. Il faudra déterminer comment des militaires ont pu retenir leurs camarades, tenir une partie de la base pendant plusieurs heures et tirer sur des installations situées à différents endroits de la capitale.
Le régime a conservé le pouvoir et les institutions n’ont pas basculé. Il a néanmoins perdu trois membres de son unité la plus proche, mobilisé ses forces les plus loyales et sollicité un appui russe pour reprendre une base située au cœur de la capitale. Ces faits suffisent à montrer la gravité de la secousse sans annoncer l’effondrement du pouvoir.
Au 1er septembre, la qualification la plus exacte reste donc celle d’une mutinerie armée avortée, dirigée contre plusieurs sites stratégiques. La tentative de coup d’État deviendra un fait établi si l’enquête démontre l’existence d’un commandement et d’un plan destiné à renverser les autorités. En attendant, le bilan complet, les responsabilités et les motivations restent dus à la population nigérienne.
Massiré Diop

AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral

La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.

Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.

Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.

Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.

Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.

Portée

La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.

Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.

Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.

La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.

Résultats

Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.

Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.

Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.

Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.

La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.

Massiré Diop

 

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité

Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.

La rencontre rassemble des représentantes d’organisations féminines œuvrant pour la paix, des femmes médiatrices, des autorités nationales, des institutions régionales et sous-régionales ainsi que des agences des Nations unies. Des acteurs de la défense et de la sécurité, des chercheurs, des leaders communautaires et religieux et des organisations de jeunesse prennent également part aux travaux. Aux côtés du Mali, six pays sont représentés : le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Tchad, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire.
Cette mobilisation intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. En avril 2026, près de 20 millions de personnes étaient déplacées de force ou apatrides en Afrique de l’Ouest et du Centre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Dans cette région, les femmes et les enfants représentent 80 % des réfugiés et demandeurs d’asile.
Face à cette situation, les femmes apparaissent à la fois comme des personnes particulièrement exposées aux conséquences des crises et comme des actrices indispensables de la paix. Elles préviennent les tensions, transmettent les alertes, facilitent l’accès aux services essentiels et contribuent à reconstruire le lien social dans des localités parfois difficiles d’accès pour les institutions.
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les violences liées aux conflits restent préoccupantes, a rappelé la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy. À l’échelle mondiale, les Nations unies ont vérifié plus de 4 600 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2024, soit une hausse de 87 % par rapport à 2022.
Les femmes continuent ainsi de témoigner des violences et des déplacements qu’elles subissent, tout en demeurant faiblement représentées dans les espaces où se prennent les décisions et où se négocient les accords de paix.
Les interventions ont fait ressortir quatre priorités : garantir la participation des femmes à toutes les étapes des processus de paix, renforcer la protection des médiatrices et défenseuses de la paix, faciliter l’accès des organisations féminines à des financements souples et directement accessibles et instaurer un mécanisme de suivi précisant, pour chaque recommandation, les responsabilités, les moyens et les délais de mise en œuvre.
La ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Diarra Djénéba Sanogo, a expliqué que la rencontre avec l’Envoyée spéciale du président de la Commission de l’Union africaine pour les Femmes, la Paix et la Sécurité, l’ambassadrice Liberata Mulamula, devait contribuer à accélérer la mise en œuvre de cet agenda dans la région.
Elle a insisté sur la nécessité de mieux faire entendre la voix des femmes, particulièrement celles vivant dans les communautés transfrontalières, et de renforcer leur présence dans les mécanismes de prévention, de médiation et de règlement des conflits.
Selon la ministre, la participation des femmes aux processus de paix répond à une exigence d’équité, mais constitue également une nécessité et une possibilité supplémentaire de construire une paix durable, inclusive et mieux ancrée dans les réalités locales.
Une attention particulière est accordée aux défis sécuritaires et aux nouvelles dynamiques dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel. La promotion des femmes, l’égalité entre les sexes et l’accès aux droits fondamentaux sont présentés comme des leviers permettant de consolider leur leadership et de renforcer la stabilité régionale.
Diarra Djénéba Sanogo a appelé à une convergence des initiatives régionales, conformément aux orientations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les recommandations attendues doivent permettre de préciser les prochaines étapes de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », d’améliorer la coordination régionale et de favoriser une participation plus effective des femmes aux décisions touchant à la paix.
Plusieurs personnalités ont assisté à l’ouverture des travaux, dont le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, la Coordonnatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Mali, Hanaa Singer-Hamdy, et l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, Erik de Feijter.
Joseph Amara Dembélé

AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération

Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.

Les premiers députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger entrent officiellement en fonction ce lundi 24 août à Niamey. Chaque État a désigné 15 représentants au sein de son organe législatif de transition, soit un effectif total de 45 membres. Le général Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, est arrivé samedi dans la capitale nigérienne avec la délégation malienne.
Convoquée par le président en exercice de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, la rencontre se déroulera en deux étapes. Les 24 et 25 août seront consacrés à l’installation des députés confédéraux. Du 26 au 29 août, la première session ordinaire devra notamment examiner et adopter le règlement intérieur, former les différents organes et commissions et définir les modalités de prise de décision. Une feuille de route et un calendrier de travail sont également attendus.
Cette installation repose sur le Traité du 6 juillet 2024 portant création de la Confédération AES et sur un protocole additionnel adopté par les trois chefs d’État le 23 décembre 2025 à Bamako. En février dernier, le gouvernement malien avait approuvé les textes autorisant la ratification de quatre protocoles concernant la défense et la sécurité, la diplomatie, le développement et les sessions parlementaires.
Un rôle encore encadré
La rencontre de Niamey n’installe pas, pour le moment, un Parlement supranational disposant du pouvoir de voter des lois directement applicables dans les trois pays. La dénomination juridique retenue est celle de « Sessions confédérales des Parlements ». Leur mission consiste à délibérer et à émettre des avis sur les sujets soumis par le Collège des chefs d’État ou concernant la vie de la Confédération.
Les travaux peuvent porter sur la défense, la sécurité, la diplomatie, le développement et les autres questions d’intérêt commun. Les députés pourront également rencontrer les membres du Conseil des ministres confédéral, formuler des résolutions et des recommandations et contribuer à l’information des populations. Deux sessions ordinaires sont prévues chaque année.
L’égalité de représentation, avec 15 députés par pays, permet d’éviter qu’un État domine les deux autres en raison de sa population. Le mandat de chaque député confédéral reste cependant lié à celui qu’il exerce dans son Parlement national. La présidence des sessions revient au président de l’organe législatif du pays qui assure la présidence tournante de la Confédération. La session de Niamey sera ainsi dirigée par le Burkinabè Ousmane Bougouma.
Le test du concret
Pour le Mali, cette nouvelle tribune pourrait faciliter le rapprochement des législations dans des domaines touchant directement les citoyens : libre circulation, commerce, transport, fiscalité, justice, sécurité des frontières, investissements et accès aux services. Elle pourrait aussi permettre aux délégations nationales d’interroger les responsables confédéraux sur l’application des décisions déjà annoncées.
Cette évolution intervient près de trois ans après la création, en septembre 2023, de l’Alliance des États du Sahel comme pacte de défense mutuelle. Sa transformation en Confédération en juillet 2024, puis le retrait effectif des trois pays de la Cedeao en janvier 2025, ont élargi le projet aux domaines diplomatique, économique et institutionnel. Le passeport confédéral, le prélèvement destiné au financement de l’AES et les projets de banque d’investissement participent de la même construction.
La portée de la session de Niamey dépendra toutefois des pouvoirs réellement exercés par les 45 représentants. Le protocole leur permet principalement de rendre des avis et des recommandations. Leur influence reposera donc sur la prise en compte de ces propositions par le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres.
Une autre question concerne leur représentativité. Les membres ont été désignés par les institutions de transition des trois pays et non élus directement à l’échelle confédérale. Cette situation n’empêche pas le fonctionnement juridique de l’instance, mais elle oblige les députés à démontrer qu’ils peuvent relayer les préoccupations des populations, rendre compte de leurs travaux et dépasser les rencontres essentiellement protocolaires.
La session de Niamey constitue ainsi une étape institutionnelle importante, sans être encore l’aboutissement du projet parlementaire de l’AES. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à produire des décisions suivies d’effets, à harmoniser progressivement les règles nationales et à faire entrer les préoccupations quotidiennes des citoyens dans la construction confédérale.

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

Mouvement des populations : le Mali face à une double pression

Au 30 juin 2026, le Mali comptait plus de 414 000 déplacés internes et accueillait plus de 306 000 réfugiés, tandis que 338 369 Maliens vivaient encore dans des pays d’asile. Cette pression humanitaire s’accentue alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne disposait que de 20 % des ressources nécessaires à ses opérations dans le pays.

Le Mali est à la fois un pays de départ, de déplacement interne et d’accueil. L’insécurité continue de pousser des familles maliennes à abandonner leur localité ou à chercher refuge dans les pays voisins. Dans le même temps, des populations étrangères, principalement originaires des États frontaliers, traversent la frontière pour trouver protection sur le territoire malien.

La mise à jour opérationnelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, couvrant les mois d’avril, mai et juin 2026, recense 414 524 personnes déplacées à l’intérieur du Mali. Le pays accueille également 306 315 réfugiés, auxquels s’ajoutent 15 109 personnes non encore enregistrées. Le nombre de déplacés internes revenus dans leurs localités ou dans leurs zones d’origine est estimé à 153 132.

À l’extérieur, 338 369 réfugiés maliens demeurent dans des pays d’asile. Seulement 397 retours de réfugiés ont été recensés par les autorités maliennes pendant la période considérée. Ces données montrent que les retours restent limités par rapport à l’ampleur des déplacements.

Ces mouvements ne correspondent pas tous aux mêmes situations. Les personnes déplacées internes restent sur le territoire national, parfois à quelques kilomètres de leur village, mais sans pouvoir y retourner. Les réfugiés ont franchi une frontière pour se mettre à l’abri. D’autres personnes circulent pour des raisons économiques, familiales ou migratoires, tout en empruntant parfois les mêmes routes.

Entre avril et juin, 4 014 personnes faisant partie de ces mouvements mixtes ont été recensées dans plusieurs régions du centre et du nord. Parmi elles figuraient des réfugiés, mais aussi des Maliens et des étrangers expulsés ou refoulés de certains pays voisins. Le HCR a également identifié 1 588 personnes exposées au risque d’apatridie, faute de documents ou de reconnaissance claire de leur nationalité.

Une crise qui pèse sur les localités d’accueil

Dans la zone de Koro, un nouvel afflux de réfugiés a été observé entre la fin du mois de mai et la mi-juin. Ces arrivées ont augmenté les besoins en nourriture, en eau, en soins, en abris et en protection dans des localités qui disposent déjà de services limités.

L’accueil repose souvent en premier lieu sur les communautés locales. Des familles partagent leur logement, leurs terres, leurs points d’eau ou leurs faibles réserves avec les nouveaux arrivants. Cette solidarité permet de répondre aux premières urgences, mais elle exerce aussi une pression supplémentaire sur les écoles, les centres de santé et les activités économiques.

La protection juridique constitue l’un des premiers besoins des personnes contraintes de se déplacer. Entre avril et juin, la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR ont enregistré biométriquement 4 950 personnes, dont 2 796 femmes. Au cours de la même période, 17 806 cartes d’identité de réfugiés ont été distribuées.

Ces documents facilitent la circulation, l’accès aux services essentiels et l’exercice de certains droits. Sans pièce d’identité ou preuve d’enregistrement, une personne peut éprouver des difficultés à inscrire un enfant à l’école, à recevoir des soins, à travailler légalement ou à se déplacer sans crainte d’être interpellée.

Le problème est particulièrement sensible pour les enfants nés pendant le déplacement ou l’exil. Le HCR a soutenu l’établissement de 169 actes de naissance en faveur d’enfants menacés d’apatridie. Plus de 1 050 enfants ont aussi participé à des activités récréatives et psychosociales, tandis que 980 autres ont été sensibilisés aux risques de violence et d’exploitation. Cinq enfants victimes de violences graves ont été orientés vers des services spécialisés.

La continuité de l’éducation reste un autre défi. Plus de 500 élèves réfugiés ont reçu un appui financier pour couvrir leurs frais scolaires et 82 étudiants ont bénéficié d’une aide pour poursuivre leurs études supérieures. Le premier centre d’apprentissage numérique destiné aux réfugiés et aux communautés hôtes a également été inauguré au Lycée sportif de Kabala, à Bamako.

Les femmes demeurent particulièrement exposées. Quatre-vingt-dix femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont été identifiées dans les régions de Mopti, San, Douentza et Koro. Trente-quatre victimes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’une prise en charge adaptée. Près de 500 personnes ont reçu un soutien psychosocial et 2 363 autres ont participé à des actions de sensibilisation.

Des réponses concrètes freinées par le manque de moyens

La réponse humanitaire ne se limite pas aux distributions d’urgence. Dans le cercle de Koro, plusieurs initiatives cherchent à permettre aux réfugiés et aux communautés d’accueil de retrouver des revenus.

Des motoculteurs ont été remis à des coopératives agricoles mixtes et à une association de réfugiés. Des producteurs ont reçu des semences, tandis que des parcelles maraîchères ont été aménagées. Une campagne agricole a également été lancée sur 35 hectares au profit de quatre coopératives.

Ces activités permettent aux familles de produire une partie de leur alimentation et de réduire leur dépendance à l’assistance. Elles peuvent aussi limiter les tensions avec les habitants lorsque les projets bénéficient à la fois aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.

Dans le domaine du logement, 767 réfugiés ont reçu un appui financier pour accéder à un abri d’urgence. Des articles ménagers essentiels ont été distribués à 3 906 réfugiés et déplacés internes dans les communes de Koro, Mopti et Tombouctou.

L’accès aux soins demeure toutefois difficile. Soixante-treize personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’une prise en charge médicale, tandis que 221 femmes et enfants ont été orientés vers des services pour le traitement du paludisme. Le HCR envisage également l’adhésion de 145 ménages à une mutuelle de santé afin de faciliter un accès plus régulier aux soins.

Ces interventions restent modestes au regard du nombre de personnes concernées. Au 30 juin, le programme du HCR au Mali n’était financé qu’à hauteur de 20 %, sur un besoin annuel estimé à 90,4 millions de dollars. Quatre cinquièmes des ressources recherchées restaient donc à mobiliser.

Ce déficit menace la continuité de plusieurs activités. Lorsque les financements manquent, les distributions sont réduites, les abris tardent à être construits et les opérations de documentation ou de protection couvrent moins de personnes. Les communautés d’accueil doivent alors supporter une part plus importante de la charge.

Les retours volontaires restent eux aussi limités. Neuf réfugiés ont été accompagnés vers la République centrafricaine durant le deuxième trimestre. La Commission tripartite réunissant le Mali, le Burkina Faso et le HCR a tenu sa quatorzième session à Bamako le 14 avril afin de renforcer la coopération transfrontalière.

Un retour ne peut cependant être durable que si la sécurité, le logement, l’école, les soins et les possibilités de travail sont disponibles dans la zone d’origine. En leur absence, les familles risquent de repartir ou de se retrouver dans une situation plus précaire.

Derrière les statistiques se trouvent des personnes qui ont laissé une maison, un champ, une école ou une activité professionnelle. Pour elles, une carte d’identité, une place en classe, un toit ou quelques outils agricoles ne sont pas de simples résultats administratifs. Ils représentent les premiers moyens de retrouver une stabilité et de reprendre le contrôle de leur vie.

 

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.

Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets

Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.

« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.

Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.

La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.

Affectations

Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.

Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.

Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi

AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare

Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.

Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.

Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.

Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.

Une position commune avant le dialogue

Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.

À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.

L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.

Des défis avant l’ouverture des discussions

Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.

« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.

Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.

Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.

Mohamed Kenouvi

Deux et trois roues : Un encadrement renforcé en Afrique de l’Ouest

Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs pays ouest-africains ont renforcé ces dernières années l’encadrement des deux et trois roues. Une évolution qui traduit la volonté des États de mieux suivre un parc en pleine expansion.

Les motos occupent aujourd’hui une place centrale dans les déplacements quotidiens à travers l’Afrique de l’Ouest. Face à leur multiplication, plusieurs États ont engagé des réformes destinées à mieux identifier les engins en circulation et leurs propriétaires.

Au Sénégal, cette volonté s’est traduite, début 2025, par une vaste campagne de régularisation des deux-roues motorisés. Les propriétaires ont été invités à obtenir les documents nécessaires et à faire immatriculer leurs engins, sous peine de sanctions. Face à l’affluence, les délais accordés aux usagers ont même été prolongés afin de permettre au plus grand nombre de se conformer aux exigences réglementaires.

Du côté du Niger, les autorités nationales ont également renforcé les contrôles des engins circulant sans plaque ou sans documents réglementaires. Cette politique s’accompagne, depuis le 22 octobre 2024, de mesures destinées à faciliter les démarches administratives et à encourager la mise en règle des propriétaires.

Même logique d’encadrement

Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Si l’immatriculation des motos y est obligatoire depuis plusieurs années, le gouvernement a renforcé depuis novembre dernier les mécanismes d’identification des engins. Les vendeurs sont notamment tenus d’accomplir certaines formalités administratives avant la remise des motos à leurs acquéreurs, limitant ainsi les risques de circulation sans identification.

Sur le littoral ouest-africain, la Côte d’Ivoire poursuit des objectifs similaires. Les motos doivent être enregistrées et disposer de documents permettant d’identifier clairement leurs propriétaires. Cette politique accompagne les efforts de formalisation d’un secteur en pleine croissance, notamment dans les grandes villes, où les deux-roues occupent une place croissante dans les activités de transport et de livraison.

D’un pays à l’autre, les modalités diffèrent, mais les objectifs poursuivis restent largement les mêmes. Les États cherchent à mieux connaître leur parc roulant, à faciliter l’identification des propriétaires en cas de vol ou d’infraction et à renforcer le suivi administratif d’un secteur longtemps marqué par l’informel.

À mesure que les motos et tricycles s’imposent dans les économies ouest-africaines, leur encadrement apparaît de plus en plus comme un enjeu de gouvernance, de mobilité et de modernisation des services publics.

Mohamed Kenouvi 

Arrivées de réfugiés vers Koro : Moins de nouveaux arrivants

Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et le Gouvernement du Mali , à travers la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) avaient recensé depuis juin, 1 419 ménages soit 4 257 personnes arrivées du Burkina Faso vers le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara. Depuis, certaines d’entre elles sont retournées au Burkina Faso et d’autres se sont rendues dans d’autres villes du Mali, mais le nombre de nouvelles arrivées est en baisse, selon le HCR.

Dans une note publiée ce 18 juin 2026, le HCR indique que certains réfugiés ont quitté la ville de Koro pour le Burkina Faso, notamment vers Dédougou et Bobo-Dioulasso, alors que

d’autres ont choisi  différentes localités du Mali, dont Bankass, Mopti, Ségou et Sikasso.

« De nouvelles arrivées continuent d’être enregistrées à Koro, mais à un rythme inférieur à celui observé fin mai et début juin », ajoute le HCR.

Pour les nouveaux arrivants, ce sont des contraintes liées au transport qui avaient retardé leur arrivée dans la ville de Koro. Ils sont aussi nombreux à ne pas vouloir quitter leurs localités d’accueil (Mopti, Koro) à court terme. La plupart d’entre eux, ayant été dépouillés de leurs biens, ce qui souligne l’importance des besoins de protection et d’assistance.

Au 16 juin 2026, l’exercice de préenregistrement effectué par le HCR et le Gouvernement a permis de dénombrer 1 008 ménages soit 3 336 personnes, indique le HCR. Ces données partagées avec les partenaires, permettent d’établir la planification des besoins prioritaires, notamment dans les domaines de l’eau,  l’hygiène, l’assainissement, la santé et l’assistance alimentaire.

Par ailleurs, les sites initialement occupés par les réfugiés ont été libérés, suite au retour vers le Burkina Faso et le départ vers d’autres villes du Mali, ainsi que l’accueil des nouveaux arrivants dans les familles hôtes, à Koro et environs.

 

Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations

La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.

Les motocyclettes de 125 cm³ et plus ne pourront plus circuler librement en dehors des grands centres urbains. La décision, prise par arrêté interministériel le 3 juin 2026, s’inscrit dans le dispositif de sécurisation engagé dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ».
La restriction concerne l’ensemble du territoire national, à l’exception du District de Bamako, des chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Les représentants de l’État au niveau régional peuvent toutefois étendre la mesure à certains chefs-lieux, lorsque la situation sécuritaire l’exige.
Les forces chargées de l’application du texte sont les commandants des théâtres d’opération, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les autorités cherchent ainsi à réduire les déplacements suspects sur les pistes rurales, les zones de brousse et les axes secondaires, où les contrôles restent plus difficiles.
Une autre décision complète ce dispositif. Elle suspend pour un an renouvelable l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer dans un délai de 90 jours auprès des services compétents. Les engins non déclarés peuvent être saisis.
Cette double mesure intervient dans un climat sécuritaire tendu, après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités et positions stratégiques, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont remis au premier plan la question de la mobilité des groupes armés, qui utilisent les motos pour se déplacer rapidement, contourner les postes de contrôle, mener des reconnaissances et se replier après des opérations.
Dans le Sahel, la moto est devenue un outil central des conflits. Peu coûteuse, robuste, facile à réparer et adaptée aux pistes, elle permet à de petits groupes de parcourir de longues distances avec peu de carburant. Les mêmes qualités qui en font un moyen de transport indispensable pour les populations rurales en font aussi un instrument recherché par les groupes armés.
Cette réalité complique l’application de la mesure. Dans de nombreuses localités, la moto sert à aller au champ, rejoindre un marché, transporter un malade, acheminer des marchandises ou assurer de petits services entre villages. Plus de la moitié de la population vit encore en milieu rural, selon les données de la Banque mondiale, dans un pays où les distances, l’état des routes et la rareté des transports publics rendent les deux-roues difficiles à remplacer.
Les restrictions de motos ne sont pas nouvelles dans la région. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays confrontés à l’insécurité ont déjà utilisé des interdictions de circulation, des couvre-feux ou des limitations par type d’engin pour freiner les mouvements des groupes armés. Les résultats restent toutefois liés à la capacité des forces de sécurité à contrôler les axes, surveiller les marchés, suivre les stocks et éviter les contournements.
L’enjeu sera donc autant sécuritaire que social. Les autorités devront concilier la nécessité de couper les moyens de mobilité des groupes armés avec les besoins quotidiens des populations, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, où 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance en 2026, toute restriction de mouvement peut avoir des effets directs sur l’accès aux services, aux marchés et aux moyens de subsistance.
La mesure ouvre aussi une phase de surveillance économique. L’arrêt de l’importation et de la vente des grosses cylindrées pourrait modifier les circuits commerciaux, renchérir certaines pièces et favoriser des marchés parallèles si les contrôles ne sont pas stricts. Les mécaniciens, revendeurs et usagers devront désormais s’adapter à un cadre plus contraignant.
Pour les autorités, l’objectif immédiat est de réduire la liberté de mouvement des assaillants dans les zones hors agglomérations. Son efficacité dépendra de la coordination entre les forces de sécurité, les autorités administratives, les commerçants et les communautés locales, mais aussi de la clarté des exemptions pour les urgences, les services publics et les activités économiques essentielles.

La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel

Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.

Une marée noire venue du désert

Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.

La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.

Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.

Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.

L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable

Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).

Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.

Une coopération à inventer au-delà des clivages

Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.

Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.

La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.

Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques

Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.

      Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »

      La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.

      Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel

      La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.

      Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières

      La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.

      Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables

      La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.

      S’engager résolument dans une guerre de l’information

      Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.

 La survie ou l’implosion

L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.

Mohamed Abdellahi Elkhalil 

Spécialiste des Questions Sociales et

 Sécuritaire du Sahel/Écrivain

Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée

Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.

La rencontre s’est tenue à l’état-major général des armées du Burkina Faso dans le cadre de la première session du Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Elle a réuni le général de brigade Moussa Diallo pour le Burkina Faso, le général de division Oumar Diarra pour le Mali et le général de division Moussa Salaou Barmou pour le Niger, en présence du général de brigade Daouda Traoré, commandant de la force unifiée.
Les échanges ont permis d’examiner et de valider les documents préparés lors des travaux techniques conduits du 7 au 15 avril 2026, portant sur l’organisation, les règles d’engagement et les modalités de déploiement. Ces textes définissent la coordination entre les trois armées, la structuration du commandement ainsi que les conditions d’intervention sur l’espace commun des États membres.
Les responsables militaires ont également acté une montée en puissance des effectifs, avec une projection portée à 15 000 hommes, contre une capacité initiale annoncée de 5 000 soldats lors des premières communications officielles. Cette évolution s’accompagne d’une mutualisation des moyens en renseignement, en logistique et en opérations, avec un renforcement de la coordination sur les zones frontalières.
La force unifiée de l’AES a été officiellement lancée en décembre 2025 à Bamako, en marge de la deuxième session de la Conférence des chefs d’État de la Confédération, marquant le passage d’un cadre politique à une structuration militaire. Depuis, plusieurs réunions techniques et militaires ont été organisées afin de préparer son déploiement.
La rencontre de Ouagadougou a également permis de passer en revue la situation sécuritaire dans l’espace confédéral. Les conclusions des travaux doivent être soumises aux chefs d’État de l’AES pour validation, en vue de la mise en œuvre progressive des opérations conjointes sur le terrain.

Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »

À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.

Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?

D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.

Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?

Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.

Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?

Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.

Que gagnera la lauréate ?

La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.

Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?

Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.

Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat

Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.

Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.

Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).

Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.

Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.

« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.

Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina

Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.

La Côte d’Ivoire a officiellement supprimé, par une circulaire signée le 31 mars 2026, l’obligation de visa douanier préalable sur les déclarations de marchandises destinées au Mali et au Burkina Faso. Cette formalité, en vigueur depuis le 28 avril 2000, imposait jusqu’ici aux commissionnaires en douane de faire viser leurs documents par les représentations douanières malienne et burkinabè installées en territoire ivoirien avant tout dépôt auprès des bureaux compétents.
La nouvelle disposition met fin à une procédure vieille de 26 ans. Désormais, les déclarations peuvent être déposées directement auprès des services douaniers ivoiriens, sans validation préalable. Les autorités ivoiriennes s’appuient pour cela sur des outils numériques déjà opérationnels, notamment le module T1 pour le corridor ivoiro-malien et le système SIGMAT pour le corridor vers le Burkina Faso. Ces plateformes permettent le suivi en temps réel des marchandises en transit, rendant le visa papier devenu redondant.
Cette décision intervient sur un axe commercial stratégique pour les pays enclavés du Sahel. Le port autonome d’Abidjan demeure l’un des principaux points d’entrée maritime pour le commerce extérieur du Mali et du Burkina Faso. Selon les données portuaires et gouvernementales disponibles, une part importante du transit des pays de l’hinterland ouest-africain passe par Abidjan, notamment pour les hydrocarbures, les produits alimentaires, les matériaux de construction et les intrants industriels.
Pour le Mali, ce corridor reste particulièrement sensible. Le port d’Abidjan a longtemps absorbé une part majeure du commerce extérieur malien, notamment sur l’axe Abidjan–Bouaké–Korhogo–frontière–Bamako. Les autorités ivoiriennes avaient déjà indiqué que le port ambitionnait de redevenir le premier port de transit maritime du commerce malien, avec des investissements dans les quais, le canal de Vridi, les espaces logistiques et les dessertes routières.
La mesure est également significative pour le Burkina Faso, dont le corridor Abidjan–Ouagadougou constitue l’un des axes logistiques majeurs, à la fois par route et par rail. La ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, longue d’environ 1 145 kilomètres, reste l’une des plus importantes de la sous-région pour le transport de marchandises.
En pratique, la suppression du visa douanier devrait réduire les délais administratifs, accélérer le passage portuaire et limiter certains coûts supportés par les opérateurs économiques. Pour le Mali comme pour le Burkina Faso, où les prix à l’importation restent sensibles aux coûts logistiques, cette simplification peut avoir un effet direct sur la rapidité d’acheminement des marchandises et, à terme, sur les délais d’approvisionnement des marchés intérieurs.
Cette évolution intervient alors que les corridors régionaux font l’objet d’une attention renforcée, avec plusieurs initiatives en cours sur les axes ouest-africains destinés à sécuriser et moderniser les chaînes logistiques reliant les ports du Golfe de Guinée aux pays sahéliens.

Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire

L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.

En février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont placé la lutte contre le terrorisme au centre de leurs priorités. Quelques jours plus tard à Freetown, les chefs d’État-major de la CEDEAO ont évoqué l’activation et le financement de la force régionale en attente, confirmant que la sécurité reste l’urgence. Cette orientation reflète la réalité du terrain. Le Sahel concentre plus de la moitié des décès mondiaux liés au terrorisme et les attaques se poursuivent au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés adaptent leurs tactiques et exploitent les zones où l’administration demeure faible, ce qui pousse les autorités à faire de la sécurisation des territoires un préalable à la restauration durable de l’autorité de l’État.
L’argument est compréhensible. Sans sécurité minimale, ni école ni centre de santé ne fonctionnent durablement. Les axes commerciaux restent exposés. L’aide humanitaire circule difficilement. Les armées sont devenues le premier rempart visible face à la progression des groupes armés.
Au-delà du militaire
L’expérience d’autres pays montre cependant les limites d’une approche strictement sécuritaire. En Afghanistan, deux décennies d’intervention armée internationale n’ont pas produit une stabilité durable. Malgré un appareil sécuritaire considérable, les institutions sont restées fragiles et le retrait a révélé cette faiblesse. En Irak, la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017 n’a pas empêché la persistance de cellules clandestines. Les causes politiques et sociales n’ont pas disparu. En Somalie, malgré plus de quinze ans d’engagement militaire régional, la menace des Shebab demeure active, notamment dans les zones où la gouvernance locale reste défaillante.
Ces précédents nourrissent une réflexion plus large sur l’équilibre entre réponse militaire et consolidation politique. Les gains obtenus sur le terrain peuvent s’éroder lorsque les institutions ne suivent pas.
Le regard des chercheurs
Plusieurs spécialistes du Sahel tirent un constat similaire. Le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que la militarisation progressive de la région n’a pas empêché l’extension géographique des groupes armés et que l’absence de réformes politiques crédibles fragilise les avancées obtenues. Niagalé Bagayoko souligne que la réforme du secteur de la sécurité et la responsabilisation des forces armées sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les populations. De son côté, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, rappelle que les groupes armés prospèrent dans des contextes marqués par des fractures sociales, la marginalisation territoriale et un déficit de gouvernance. Selon lui, la sécurité ne peut être dissociée de l’inclusion politique et de la cohésion sociale.
Ces analyses trouvent un écho dans le débat malien. Housseini Amion Guindo estime que réduire la crise à la seule dimension terroriste revient à négliger ses aspects politiques et institutionnels. Yeah Samaké insiste sur la primauté des institutions et la nécessité de contre-pouvoirs solides. Aucun ne minimise la menace sécuritaire, mais tous deux contestent son exclusivité comme clé d’explication.
Contraintes budgétaires
La question financière alimente également la réflexion. Dans plusieurs pays sahéliens, les dépenses militaires augmentent sous la pression des combats, tandis que les finances publiques restent limitées. Lorsque la part consacrée à la défense progresse fortement, celle destinée à l’éducation, à la santé ou à l’emploi peut se réduire. Or l’accès à ces services influence directement la résilience des communautés et la capacité des États à prévenir le recrutement par les groupes armés.
La CEDEAO évoque une force régionale mobilisable. L’Union africaine insiste sur un financement plus durable des opérations de paix. Ces mécanismes peuvent améliorer la coordination et la réactivité. Ils ne remplacent pas la réforme des administrations locales, la lutte contre la corruption ou la résolution des conflits communautaires. Les groupes armés trouvent souvent un terrain favorable dans les espaces où l’État est absent ou contesté.
Au Sahel, il ne s’agit pas d’opposer les armes aux institutions. La sécurité est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les expériences ailleurs montrent qu’une victoire militaire sans base politique solide reste fragile. La force peut freiner la menace. Elle ne règle pas, à elle seule, les causes profondes. Le défi demeure entier pour les États sahéliens et leurs partenaires.
Massiré DIOP

Confédération AES : les ministres finalisent la feuille de route de l’An II à Ouagadougou

La Confédération des États du Sahel (AES) poursuit sa structuration. Réunis le 26 février 2026 à Ouagadougou, les ministres en charge des trois piliers — Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement — ont finalisé le projet de feuille de route de l’An II, appelé à être soumis au Collège des Chefs d’État pour adoption. Cette rencontre ministérielle s’inscrit dans le cadre du mandat du Burkina Faso à la présidence tournante de la Confédération.

Placée sous la présidence du Général de Division Célestin Simporé, ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso, la réunion a rassemblé les délégations du Mali et du Niger conduites respectivement par le Général de Corps d’Armée Sadio Camara et le Général d’Armée Salifou Mody. Elle a été précédée, les 24 et 25 février, par des travaux techniques des hauts fonctionnaires des trois États, chargés d’examiner en profondeur le projet initial de feuille de route.

L’enjeu était de taille. Après une première année consacrée à la mise en place des fondements institutionnels de l’AES, l’An II doit marquer l’entrée dans une phase plus opérationnelle. Les ministres ont ainsi consolidé un document stratégique destiné à structurer l’action commune autour des priorités partagées par les trois pays sahéliens. La feuille de route se veut à la fois un instrument de coordination politique et un cadre d’action concret, aligné sur la vision définie par les chefs d’État lors de leur session de décembre 2025 à Bamako.

Les échanges ont mis en avant une volonté commune de faire de l’AES un espace de souveraineté assumée, de sécurité renforcée et de prospérité partagée.

Le contexte régional, marqué par des menaces sécuritaires persistantes et des tentatives de déstabilisation, a largement nourri les discussions. Les ministres ont fermement condamné les attaques et actions subversives visant les États membres, tout en rendant hommage aux forces armées et aux populations pour leur résilience. Pour eux, la construction de l’espace confédéral ne saurait être entravée par les pressions internes ou externes.

Pragmatisme

Dans son discours, le ministre d’Etat et ministre de la Défense, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a insisté sur la dimension fraternelle et inclusive du processus en cours. Il a rappelé que la feuille de route de l’An II s’inscrit dans la continuité des décisions prises par les chefs d’État et qu’elle doit traduire en actions concrètes l’ambition d’intégration portée par les trois pays. L’accent a également été mis sur la nécessité d’un suivi rigoureux et d’une évaluation régulière des actions engagées, afin de garantir des résultats tangibles pour les populations.

Ainsi, l’An II de l’AES apparaît comme celui de la clarification stratégique et de l’opérationnalisation. Entre impératif sécuritaire, ambition diplomatique et exigences de développement, les trois États entendent transformer l’élan politique initial en résultats visibles. La feuille de route désormais finalisée devra, si elle est adoptée par les chefs d’État, servir de boussole commune pour une intégration sahélienne qui se veut pragmatique, solidaire et résolument tournée vers la défense des intérêts de ses peuples.

 

Confédération AES : la stratégie d’action de l’An II en ligne de mire

Réunis à Ouagadougou du 24 au 26 février 2026, experts et ministres de la Confédération des États du Sahel (AES) travaillent à l’élaboration d’une feuille de route pour la deuxième année d’existence de l’organisation. Le document, proposé par le Burkina Faso et enrichi par le Mali et le Niger, doit servir de cadre stratégique aux prochaines étapes de l’intégration confédérale.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la première année de la Confédération, marquée par la mise en place progressive des mécanismes de coopération entre les trois États. La nouvelle feuille de route vise à consolider ces acquis tout en accélérant l’opérationnalisation de l’espace confédéral.
Proposé par le Burkina Faso, qui assure la présidence tournante depuis le 23 décembre 2025, le projet repose sur les trois piliers fondateurs de l’AES : la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement.
Un document construit dans la concertation
Avant leur arrivée à Ouagadougou, les États membres ont procédé à un examen approfondi du texte initial. Au Niger, une réunion préparatoire a permis d’introduire plusieurs amendements afin de mieux prendre en compte les priorités nationales, dans un esprit de cohésion et de responsabilité collective.
Les autorités nigériennes ont veillé à harmoniser leurs positions avant les discussions techniques et ministérielles. Ce travail en amont a permis de valider certaines propositions, d’apporter des corrections et d’introduire de nouvelles orientations jugées nécessaires.
Pour Mme Bayard Mariama Gamatié, vice-présidente du Comité national AES du Niger et cheffe de la délégation nigérienne, la feuille de route finale doit refléter « une vision politique partagée et stratégiquement cohérente, des actions prioritaires clarifiées, hiérarchisées et validées, ainsi que la consolidation des acquis de l’An I, dans un instrument consensuel prêt à être mis en œuvre pour l’An II ».
Le Mali a également contribué à l’enrichissement du document avec l’objectif d’aboutir à un texte véritablement consensuel, hiérarchisant clairement les actions prioritaires.
Les conclusions des travaux des experts doivent être examinées le 26 février par les ministres en charge des trois piliers de la Confédération, avant leur transmission aux chefs d’État pour adoption définitive.
Une feuille de route tournée vers l’action
Au-delà de l’exercice institutionnel, la feuille de route de l’An II devrait marquer un passage à une phase plus concrète. Selon plusieurs observateurs, le document devrait mettre l’accent sur la coordination des opérations de sécurité, l’approfondissement de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la mise en œuvre de projets économiques communs.
Pour l’analyste politique Amadou Haidara, la nouvelle feuille de route pourrait constituer un tournant dans la consolidation de l’AES. « L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer une vision politique commune, mais de produire des résultats visibles pour les populations », estime-t-il.
Il plaide pour des actions à impact direct, notamment dans les domaines des infrastructures, du désenclavement et du développement économique.
Les priorités identifiées concernent la lutte contre le terrorisme, la sécurité des populations, le développement endogène et le renforcement de partenariats internationaux fondés sur le respect de la souveraineté des États membres.
Si elle est adoptée par les trois chefs d’État, la feuille de route de l’An II pourrait devenir le principal instrument stratégique de la Confédération pour transformer l’élan politique initial en réalisations concrètes et durables.
Mohamed Kenouvi

Bandiagara : Koro face à l’afflux des réfugiés burkinabè

Le HCR fait état d’une forte augmentation des arrivées de réfugiés burkinabè dans le cercle de Koro. Plus de 71 000 personnes y sont désormais enregistrées, selon les données arrêtées fin décembre 2025.

Depuis avril 2025, plus de 51 000 nouveaux réfugiés burkinabè ont été enregistrés dans le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, d’après le dernier point de situation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce chiffre porte à plus de 71 000 le nombre total de réfugiés recensés dans la zone, auxquels s’ajoutent environ 6 000 personnes pré-enregistrées.

Selon les informations communiquées par le HCR et ses partenaires, une partie importante des nouveaux arrivants provient de localités du nord du Burkina Faso situées à proximité de la frontière malienne. Des villages des provinces du Yatenga et du Loroum sont régulièrement cités parmi les zones de départ, notamment Mené, Bongole et Pela pour le Yatenga, ainsi qu’Ingani, Posso et Andekanda pour le Loroum. D’autres évaluations humanitaires mentionnent également Birigondogo, Gona, Yansa et Madougou comme localités d’origine de familles ayant franchi la frontière vers Koro.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants. Les déplacements se sont effectués dans un contexte d’insécurité persistante dans ces zones rurales, poussant des ménages entiers à quitter leurs habitations et leurs terres agricoles.

À Koro et dans les communes environnantes, les réfugiés sont principalement accueillis par les communautés hôtes. Le HCR indique que cet afflux exerce une pression sur les services de base, notamment l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux abris. Les opérations d’enregistrement et d’assistance se poursuivent en coordination avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

 

Données publiques : une infrastructure dédiée

Un centre de données certifié Tier III a été mis en service à Bamako pour l’hébergement des données publiques et des services numériques de l’État. L’infrastructure a été inaugurée en marge de la Semaine du Numérique, en présence des autorités maliennes et de représentants du Burkina Faso et du Niger.

 

Ce data center est destiné à accueillir les plateformes de l’administration électronique, les bases de données publiques et les systèmes d’information de l’État. Jusqu’à présent, une partie des données administratives maliennes était hébergée sur des infrastructures situées hors du territoire national, principalement en Europe et en Amérique du Nord, via des prestataires internationaux.

 

La certification Tier III garantit une disponibilité théorique de 99,982 %, correspondant à une indisponibilité maximale annuelle de 1 heure et 35 minutes. Ce niveau repose sur la redondance complète des systèmes critiques, incluant l’alimentation électrique, le refroidissement et les équipements réseau, permettant la continuité des services numériques publics.

 

Les autorités maliennes n’ont pas communiqué de chiffres officiels sur la capacité installée du centre de Bamako. À titre de comparaison documentée, le data center national public du Niger, conçu selon des standards équivalents, représente un investissement de 9 000 000 000 FCFA et dispose d’une capacité adaptée à l’hébergement des services numériques de l’État nigérien. Au Burkina Faso, deux data centers publics ont été réalisés pour un coût global de 15 000 000 000 FCFA, avec une capacité de stockage annoncée de 3 000 téraoctets.

 

La cérémonie a été présidée par le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’administration, Alhamdou Ag Ilyène. Les autorités ont indiqué que l’infrastructure constitue un support pour la dématérialisation des procédures administratives et pour l’hébergement des services numériques de l’État.

 

Les données économiques disponibles pour des projets comparables en Afrique indiquent que le coût annuel d’exploitation d’un data center public certifié Tier III, incluant l’énergie, la maintenance et la sécurité, s’établit à environ 1 000 000 000 FCFA par an. Ce niveau de dépense est principalement lié aux besoins énergétiques continus et à la maintenance des équipements critiques.

 

La présence des ministres en charge du numérique du Burkina Faso et du Niger inscrit cette infrastructure dans la dynamique de la Confédération des États du Sahel.

 

Dans les pays disposant de centres de données publics certifiés, les premières migrations concernent les portails administratifs, les systèmes budgétaires et financiers et certaines bases de données d’état civil. Les volumes de données rapatriées atteignent plusieurs dizaines de téraoctets dès les premières phases d’exploitation.

 

À l’échelle continentale, l’Afrique concentre moins de 5 % de la capacité mondiale des centres de données, une part majoritairement localisée en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Égypte. Les centres certifiés Tier III restent rares dans l’espace sahélien.

 

Avec cette infrastructure, le Mali dispose désormais d’un outil conforme aux standards internationaux pour l’hébergement des données publiques.

 

L’évolution des volumes hébergés, le nombre de services migrés et l’exploitation effective du site permettront d’en mesurer l’impact dans l’organisation numérique de l’État et dans l’environnement régional.

 

Arrestations à la mine d’or de Yanfolila : cinq cadres maliens détenus

Cinq responsables maliens exerçant à la mine d’or de Yanfolila ont été placés en détention par les autorités judiciaires, dans le cadre d’une enquête portant sur l’application du code minier et de la réglementation des changes, selon des sources proches du dossier.

Les personnes concernées travaillent pour la Société des Mines de Komana (SMK), entité chargée de l’exploitation du site aurifère de Yanfolila, situé dans le sud du Mali. Les interpellations sont intervenues le vendredi 26 janvier 2026, à l’issue de vérifications menées par les services compétents.

Les faits portent sur le rapatriement des recettes d’exportation en devises, une obligation prévue par le code minier révisé et les textes encadrant les activités extractives. Les autorités cherchent à établir les flux financiers concernés ainsi que leur conformité aux règles en vigueur.

Une enquête financière est en cours afin de déterminer le volume exact des montants concernés. Aucun chiffre officiel n’a, pour l’heure, été communiqué par les autorités judiciaires.

La mine de Yanfolila constitue l’un des principaux sites aurifères du pays. Elle a produit 83 965 onces d’or, soit environ 2,61 tonnes, au cours de l’année 2023. Les réserves connues du gisement sont estimées à près de 493 000 onces, selon les données techniques publiées par l’opérateur.

L’exploitation du site est assurée par la SMK, filiale de Hummingbird Resources, société minière d’origine britannique spécialisée dans l’or en Afrique de l’Ouest. Depuis 2025, Hummingbird Resources n’est plus cotée en bourse, après le rachat de l’ensemble de ses actions par le groupe burkinabè Nioko Resources Corporation, devenue propriétaire unique du groupe.

Dans le cadre de l’application du code minier révisé, l’État malien a porté sa participation dans la Société des Mines de Komana à 20 %, conformément aux nouvelles règles encadrant les actifs miniers stratégiques.

Un accord signé en janvier 2025 entre l’entreprise et les autorités prévoit par ailleurs le versement d’environ 16,4 millions de dollars, soit près de 10 milliards de francs CFA, au Trésor public. Ce montant couvre des régularisations liées à la mise en conformité du projet minier et à certains ajustements fiscaux.

Les activités de la mine se poursuivent normalement pendant la procédure. Les autorités n’ont pas encore communiqué sur les suites judiciaires envisagées, l’instruction se poursuivant sous la conduite des services compétents.

 

Burkina Faso : l’AES précise son architecture institutionnelle par de nouveaux protocoles

Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté, le 22 janvier 2026, quatre projets de loi autorisant la ratification de protocoles additionnels au traité portant création de la Confédération des États du Sahel. Ces textes, signés le 23 décembre 2025 à Bamako, visent à encadrer les mécanismes de fonctionnement de l’Alliance réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les projets de loi concernent respectivement l’organisation des sessions confédérales des Parlements, la coordination en matière de défense et de sécurité, l’harmonisation de l’action diplomatique ainsi que la coordination des politiques de développement. Leur adoption en Conseil des ministres marque une étape institutionnelle dans la structuration juridique de l’AES, moins de deux mois après sa proclamation officielle.
Ces protocoles additionnels ont pour objectif de préciser les modalités d’application du traité fondateur, entré en vigueur à la suite des décisions politiques prises par les trois États sahéliens à la fin de l’année 2025. Ils visent notamment à définir les cadres de concertation entre institutions nationales, à formaliser la coopération militaire déjà engagée sur le terrain et à organiser la représentation diplomatique commune sur certaines questions internationales.
Sur le plan institutionnel, la démarche s’inscrit dans une logique progressive connue en droit international. À l’image de l’Union européenne, dont la construction s’est faite par traités successifs venant compléter le texte initial, l’AES opte pour une consolidation par étapes plutôt que par la création immédiate d’institutions supranationales.
La comparaison s’arrête toutefois à la méthode. Contrairement à l’Union européenne, l’AES ne dispose pas, à ce stade, d’organes permanents autonomes, de budget commun consolidé ni de parlement élu à l’échelle confédérale. Les protocoles visent avant tout à organiser la coopération interétatique, sans transfert formel de souveraineté.
L’approche diffère également de celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO repose sur un traité révisé qui encadre une intégration économique étendue, dotée d’institutions communautaires et de mécanismes juridictionnels. L’AES, pour sa part, concentre ses priorités sur la sécurité, la diplomatie et le développement, dans un contexte marqué par la crise sécuritaire persistante au Sahel central.
La comparaison avec le G5 Sahel, aujourd’hui inactif, apparaît plus directe. Alors que cette structure était essentiellement sécuritaire et largement dépendante de financements extérieurs, les textes adoptés par l’AES visent à intégrer les volets militaire, diplomatique et de développement dans un cadre confédéral unique, fondé sur une gouvernance interne.
L’adoption de ces projets de loi par le Burkina Faso intervient alors que les autres États membres sont également engagés dans leurs procédures nationales de ratification. Conformément aux règles constitutionnelles propres à chaque pays, les textes doivent encore être examinés par les organes législatifs de transition avant leur entrée en vigueur.
Cette phase juridique conditionne la mise en œuvre effective des mécanismes prévus par les protocoles. Elle constitue une étape déterminante pour la transformation de l’AES, encore largement politique, en un dispositif institutionnel opérationnel.
À travers ces ratifications, les autorités sahéliennes cherchent à doter la Confédération d’un socle normatif capable d’encadrer durablement leur coopération, dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances et la redéfinition des cadres d’intégration en Afrique de l’Ouest.

Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du think tank ouest-africain WATHI, analyse les apports et les limites de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel face à la crise sécuritaire. Il souligne que son efficacité dépendra d’une coordination réelle, de la protection des civils et d’une coopération régionale encore fragilisée. Propos recueillis par Massiré Diop.

La force unifiée de l’AES, lancée en décembre 2025, peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ? À quelles conditions concrètes ?

La force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES) composée à son lancement en décembre 2025 de 5000 militaires issus des trois pays membres de l’AES peut et devrait constituer une contribution significative à la lutte contre les groupes armés divers opérant dans la région sahélienne. Elle pourra modifier le rapport de forces avec ces groupes armés dans les zones de déploiement mais elle ne me semble pas en mesure de constituer, seule, une réponse décisive à la crise sécuritaire sahélienne qui est profonde, multidimensionnelle et exige des réponses qui ne se limitent pas aux actions des armées nationales individuellement et collectivement.

Le principal apport potentiel de la Force unifiée réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière qui sera rendue possible par un commandement unifié, là où les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération militaire, notamment les opérations conjointes dans le Liptako-Gourma, comme le plan Yéréko en 2025, mais aussi les actions à l’époque du G5 Sahel, avant les changements politiques consécutifs aux coups d’Etat. Ces initiatives ont montré que la coordination des armées et des appareils de sécurité, de défense et de renseignement est nécessaire et possible, mais qu’elle est toujours limitée dans un espace donné, essentiellement dans les zones frontalières, et qu’elle ne constitue pas un substitut aux efforts d’amélioration des réponses de chaque État concerné. La menace incarnée par les groupes armés djihadistes dans ces trois pays est vaste et diffuse. Elle ne se limite pas aux zones frontalières. Les groupes armés exploitent aussi bien l’isolement des zones rurales enclavées que les failles de gouvernance, les tensions communautaires et les fragilités économiques.

Pour que la FU-AES ait un impact réel en 2026, il me semble qu’il faut veiller à ce que la chaîne de commandement soit réellement intégrée, avec le degré de confiance entre les officiers des trois pays qui permet de prendre rapidement des décisions opérationnelles, et de les exécuter efficacement. Il faudra s’assurer que la Force ne soit pas une juxtaposition de contingents nationaux. Et il faudra s’assurer qu’elle dispose effectivement des moyens logistiques adaptés avec un accent particulier sur la mobilité terrestre et aérienne, le partage de renseignements. Une articulation claire avec les autorités civiles locales me semble aussi indispensable. Les opérations militaires qui ne s’accompagnent pas d’une volonté délibérée de protection des civils, de fourniture d’un accès minimal aux services de base et de possibilités et cadres de dialogue avec les communautés tendent à nourrir les dynamiques que les groupes armés exploitent.

La CEDEAO travaille en parallèle sur une force antiterroriste régionale : comment éviter une duplication inefficace avec la force de l’AES ?

Le risque de duplication est réel mais le cœur du problème réside dans le contexte de fragmentation politique en Afrique de l’Ouest, espace dont font partie les trois pays du Sahel central qui ont créé l’AES et qui sont ensuite sortis de la CEDEAO. J’ai toujours estimé qu’il fallait dans l’analyse distinguer la décision des dirigeants de trois États de créer un dispositif d’intégration poussé comme une confédération de celle de sortir leurs pays respectifs – et leurs populations – d’une organisation régionale plus large comme la CEDEAO. À partir du moment où les pays de l’AES ne sont plus membres de la CEDEAO, on ne peut pas s’attendre à ce que cette dernière ne se préoccupe pas de ses dispositifs de sécurité régionale et s’en remette à ceux mis en place par la Confédération de l’AES. On sait en plus dans quel contexte de défiance et d’animosité s’est opéré le divorce entre ces États sahéliens, d’une part, les pays côtiers voisins et la CEDEAO, de l’autre.

Les divergences et les tensions politiques entre certains États sont telles qu’on ne peut espérer à court terme un travail commun de l’AES et de la CEDEAO à douze États pour mettre en place une force anti-terroriste ouest-africaine. Ceci dit, je ne suis pas sûr que la priorité au niveau de la CEDEAO soit celle de la création d’une force anti-terroriste qui prendra des années encore à faire émerger, alors que le contexte sécuritaire continue à se dégrader. Il y a des alternatives plus souples, flexibles, moins coûteuses et plus réalistes qui pourraient être envisagées, donnant la priorité au partage de renseignements et éventuellement à des opérations conjointes ponctuelles aux frontières. Mais si ces alternatives ne permettent pas la jonction entre des pays comme le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire et même le Sénégal d’une part et de l’autre, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les groupes armés continueront probablement à tirer profit du déficit de coopération régional ancré dans le déficit de confiance entre les États concernés par la menace.

Quel minimum de coopération AES–CEDEAO est aujourd’hui indispensable, sachant que la menace jihadiste s’étend désormais vers les pays côtiers et le golfe de Guinée ?

Il faut de la coopération sécuritaire au niveau opérationnel, mais c’est difficile d’aller loin dans cette direction et de partager notamment des renseignements lorsque la méfiance plutôt que la confiance règne entre les autorités politiques de pays voisins. C’est la qualité des relations bilatérales qui est déterminante en l’absence d’un cadre sécuritaire régional comme celui de la CEDEAO. Malgré toutes ses faiblesses, le dispositif de la CEDEAO permettait par exemple aux chefs d’état-major des pays membres, aux hauts responsables de la police et des services de renseignements et d’autres institutions sécuritaires des pays membres de se retrouver dans des réunions régulières, de tisser des liens de confiance qui facilitent des initiatives communes.

Lorsqu’on n’a plus ces cadres formels, il est toujours possible de coopérer entre États dans le cadre de relations bilatérales ou dans des cadres ad hoc réunissant quelques pays volontaires. À court terme, et peut-être même à moyen terme, donc pendant quelques années, les alternatives que je viens de citer sont sans doute les plus réalistes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas pousser parallèlement la CEDEAO et l’AES à créer et à maintenir un canal de dialogue structuré sur les questions cruciales d’intérêt commun. Il ne faut juste pas oublier que ces organisations n’existent pas indépendamment de leurs États membres et que les relations entre ces États resteront déterminantes pour l’avenir de la coopération dans la région.

La question du financement des forces régionales est centrale : quelles garanties de transparence et de contrôle devraient être exigées ?

Le financement des forces régionales est toujours un défi majeur. Il renvoie de manière générale au financement de toutes les initiatives les plus stratégiques à l’échelle d’une région ou d’un groupe d’États. Que ce soit au niveau des États individuellement ou d’une région, il faut des mécanismes de transparence et de contrôle pour s’assurer que les ressources affectées à une initiative comme une force militaire soient utilisées efficacement et échappent aux formes diverses de malversations bien connues dans les pays de la région. L’absence de transparence et de mécanismes de contrôle crédibles alimente la défiance des populations et fragilise durablement la légitimité des dispositifs sécuritaires.

Des garanties minimales sont indispensables, même dans des contextes sécuritaires difficiles avec un besoin de rapidité dans les procédures, notamment l’identification claire des budgets alloués, un contrôle parlementaire ou « quasi-parlementaire », y compris en période de transition, ainsi qu’une traçabilité effective des principales dépenses militaires. Dans les faits, ces exigences se heurtent fortement aux logiques de transition politique et de secret-défense, qui tendent à restreindre l’accès à l’information et à affaiblir les mécanismes de redevabilité. Cette opacité a contribué, par le passé, à fragiliser des régimes pourtant élus, notamment dans les trois pays du Sahel central.

Les détournements liés aux équipements militaires, même lorsqu’ils ne sont pas parfaitement documentés et confirmés par la justice, constituent un problème récurrent et structurel grave dès lors que la perception populaire est celle d’une corruption au sein des forces armées et des acteurs politiques et militaires en charge de la défense et de la sécurité d’un pays. Mais il faut aujourd’hui observer que dans le Sahel et dans plusieurs autres pays de la région ouest-africaine, les pouvoirs exécutifs en place sont en roue libre et que les organisations et acteurs de la société civile ainsi que les médias indépendants ne sont plus en mesure ne serait-ce que de poser des questions sensibles aux dirigeants, comme celles qui touchent aux dépenses de sécurité.

Quels mécanismes de contrôle civil et de respect des droits humains doivent encadrer ces forces pour éviter les dérives en 2026 ?

C’est un point absolument central. Les violations des droits humains ne constituent pas seulement un problème moral ou juridique. Elles sont un facteur direct d’insécurité, car elles alimentent la défiance des populations, fragilisent la légitimité des forces de sécurité et offrent aux groupes armés un puissant levier de recrutement et de propagande. Toute stratégie sécuritaire qui néglige cette dimension est, à terme, contre-productive. Il est donc indispensable de disposer de règles d’engagement claires, connues et publiquement assumées, alignées sur le droit international humanitaire et intégrées dans la conduite quotidienne des opérations. Ces règles doivent être accompagnées de mécanismes d’enquête indépendants, capables de traiter rapidement, de manière crédible et transparente les allégations d’abus.

Plusieurs enquêtes ont été annoncées ces dernières années, notamment à la suite des événements de Moura au Mali en 2022, mais l’absence de conclusions rendues publiques continue d’alimenter le doute et le sentiment d’impunité. Par ailleurs, il est essentiel d’intégrer des formations systématiques et continues sur la protection des civils, la gestion des interactions avec les populations et la prévention des abus, y compris dans les unités engagées en opérations conjointes. Ces formations ne doivent pas être perçues comme un volet accessoire, mais comme une composante opérationnelle à part entière. Enfin, même en période de transition politique sous présidence militaire, un contrôle civil minimal demeure indispensable.

Sans mécanismes de redevabilité, les forces régionales risquent de devenir des forces autonomes, échappant à tout encadrement institutionnel et au service exclusif de leurs donneurs d’ordre au sommet des États et des armées nationales. En l’absence de garde-fous, les forces censées protéger les populations risquent, paradoxalement, de renforcer l’ancrage et la légitimité des groupes armés, compromettant ainsi les objectifs de la lutte contre l’insécurité. Et il ne faut pas oublier que l’objectif dans les pays du Sahel et dans la région ouest-africaine ne devrait pas se limiter à la lutte contre les groupes armés recourant, entre autres moyens, au terrorisme. Il doit être de créer les conditions d’un retour effectif et durable à la paix, à la stabilité et à la sécurité collective dans la région.

CPI : La procédure de retrait de l’AES toujours en attente

Annoncé en 2025, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale n’a pas encore été formalisé. En l’absence de notification officielle, la procédure prévue par le Statut de Rome demeure juridiquement inchangée.

En septembre 2025, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre d’une démarche présentée comme concertée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette déclaration intervenait dans un contexte de redéfinition des relations entre les États sahéliens et certaines institutions internationales. Plusieurs mois plus tard, aucune évolution juridique formelle n’a toutefois été enregistrée.

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, traité entré en vigueur en 2002. Celui-ci prévoit, en son article 127, la possibilité pour tout État partie de se retirer selon une procédure précise. Le retrait doit être notifié par écrit au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du traité. Ce n’est qu’à compter de la réception officielle de cette notification que le processus juridique est engagé.

Procédure

Conformément aux dispositions du Statut, le retrait n’entre en vigueur qu’un an après cette notification. Durant cette période, l’État concerné demeure pleinement partie au traité, avec l’ensemble des droits et obligations qui en découlent. En l’absence de notification formelle, une annonce politique ne produit donc aucun effet juridique.

À ce stade, aucune communication publique de la CPI ni des Nations unies ne fait état de la réception d’une notification de retrait émanant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Les trois pays demeurent ainsi, sur le plan juridique, États parties au Statut de Rome. À la date de consultation des registres officiels du dépositaire du Statut de Rome, aucune notification de retrait concernant le Mali, le Burkina Faso ou le Niger n’est enregistrée.

Obligations

Selon une source institutionnelle proche de la Cour pénale internationale, la procédure repose sur plusieurs principes essentiels. Le retrait doit être notifié individuellement par chaque État, même lorsqu’une démarche est politiquement coordonnée. Il ne devient effectif qu’un an après la notification officielle. Par ailleurs, le retrait ne soustrait pas l’État à son obligation de coopérer pour toutes les procédures engagées durant la période où il était partie au Statut.

Cette règle constitue un élément central du fonctionnement de la justice pénale internationale. Les enquêtes ouvertes avant la date effective d’un éventuel retrait demeurent juridiquement valables et la Cour conserve sa compétence pour les faits concernés.

Dans le cas du Mali, l’intervention de la CPI remonte à 2012, lorsque l’État avait saisi la juridiction afin qu’elle enquête sur les crimes commis sur son territoire dans le contexte d’un conflit armé. La Cour dispose toujours d’un bureau à Bamako, relevant du Greffe, organe administratif chargé du soutien aux activités judiciaires.

Deux affaires sont actuellement publiques. La première concerne Al-Hassan Ag Abdoul Aziz, ancien membre de la police islamique d’Ansar Eddine, condamné en juin 2024 à 10 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La seconde porte sur un mandat d’arrêt délivré en 2017 contre Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, toujours en fuite.

Précédents

Des précédents existent dans d’autres pays. En 2016, l’Afrique du Sud avait engagé une procédure de retrait, avant qu’elle ne soit suspendue pour des raisons constitutionnelles. En Gambie, une annonce similaire avait été abandonnée en 2017 à la suite d’un changement politique. À l’inverse, le Burundi (2016 – 2017) et les Philippines (2018 – 2019) ont mené à terme leur retrait, sans que cela n’empêche la CPI de poursuivre les enquêtes ouvertes antérieurement.

Ces expériences montrent que seules les démarches formalisées conformément au Statut de Rome produisent des effets juridiques. Dans l’espace AES, le processus demeure donc, à ce stade, au niveau déclaratif.

L’évolution du dossier dépendra de la transmission éventuelle d’actes officiels aux instances compétentes et de leur enregistrement. En attendant, les règles du droit international continuent de s’appliquer, la distinction entre annonce politique et effectivité juridique restant au cœur de la compréhension de cette procédure.