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Mines : L’AES veut transformer elle-même ses richesses
La première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES s’est achevée avec des recommandations communes. Transformation locale, connaissance géologique, contenu local et formation doivent donner plus de poids économique aux ressources des trois pays.
Organisée à Ouagadougou du 14 au 20 septembre parallèlement à la SAMAO, la rencontre a réuni près de 5 000 participants de onze pays. « Nos ressources sont des instruments de souveraineté », a déclaré à l’ouverture le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo.
Les participants ont recommandé la maîtrise des données géologiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger, notamment dans la zone des trois frontières. Ils ont aussi proposé des centres régionaux d’excellence pour former les spécialistes et des projets communs de transformation et de valorisation.
« Il ne s’agit pas seulement d’exploiter ces ressources, il s’agit de les transformer sur place pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des revenus », a déclaré le ministre malien des Mines, Amadou Keïta. Il a également défendu plus de transparence dans l’octroi des titres et permis miniers ainsi qu’un rapprochement des politiques et des cadres juridiques des trois États.
978 milliards versés au Trésor
Le rapport ITIE 2024 confirme le poids des mines dans l’économie malienne. Le secteur représentait 9,5% du PIB, 40,9% des recettes fiscales et 78,8% des exportations. Sur 1 023 milliards de francs CFA de revenus extractifs déclarés, 978 milliards ont été encaissés par le Trésor public. Les collectivités de Kayes, Sikasso, Koulikoro et Bougouni ont reçu 10,56 milliards de francs CFA au titre des patentes.
La redistribution s’est élargie en mars 2026, avec 18,4 milliards de francs CFA du Fonds minier de développement local répartis entre 819 communes. La moitié revient aux communes directement touchées par l’exploitation, 25% aux autres collectivités des zones minières et 25% au reste du pays.
Le Code minier et la Loi sur le contenu local de 2023 prévoient une participation publique renforcée, le recours aux fournisseurs maliens et cinq fonds consacrés notamment au développement local, à la recherche géologique et aux infrastructures.
La transformation prend aussi une forme industrielle. Lancée à Sénou en juin 2025, la construction d’une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 200 tonnes par an doit traiter la production nationale et accueillir celle d’autres pays. L’État malien doit conserver une participation majoritaire dans cette infrastructure, présentée comme régionale.
De l’Accord d’Alger à l’EMP-ABB : mettre une méthode sur des années de terrain
Du 7 au 18 septembre 2026, j’ai suivi à l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako une formation en médiation politique et communautaire. Deux semaines qui ont eu pour moi une résonance particulière : elles sont venues mettre des concepts, des outils et une méthode sur des réalités que j’avais observées, racontées et parfois pratiquées pendant des années sur le terrain.
Il arrive que l’on entre dans une salle de formation avec le sentiment de connaître déjà une partie du sujet. Non pas parce que l’on pense tout savoir, mais parce que la vie professionnelle nous a longtemps confrontés aux réalités dont il sera question.
C’est un peu dans cet état d’esprit que j’ai franchi, le 7 septembre, les portes de l’École de Maintien de la Paix Alioune Blondin Bèye de Bamako pour cette session consacrée à la médiation politique et communautaire.
J’en suis ressorti deux semaines plus tard avec une conviction renforcée : l’expérience du terrain est irremplaçable, mais lorsqu’elle rencontre la méthode, les concepts et le regard de praticiens ayant eux-mêmes vécu de grands processus de négociation, elle prend une autre dimension.
Je n’en étais pas à ma première formation à l’EMP-ABB. Mais celle-ci restera de loin l’une des plus marquantes par la qualité des enseignements, leur dimension pratique, la diversité des profils réunis, mais aussi par les relations humaines nouées au fil des journées.
Alger
Une bonne partie de ce que nous apprenions en salle faisait écho à des situations que j’avais vécues auparavant.
Journaliste travaillant depuis longtemps sur les questions de sécurité, j’ai suivi de bout en bout le processus ayant conduit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Les différents rounds de négociation, les attentes, les blocages, le paraphe puis la signature ont longtemps fait partie de mon quotidien professionnel.
Le gouvernement malien et les groupes de la Plateforme ont signé l’accord le 15 mai 2015 à Bamako. La Coordination des mouvements de l’Azawad y a apposé à son tour sa signature le 20 juin, achevant le processus de signature.
J’ai ensuite suivi sa mise en œuvre, souvent poussive, faite d’avancées, de lenteurs, de frustrations et de périodes de blocage.
Mais l’une des expériences qui m’a probablement le plus appris fut celle de la sensibilisation autour de cet accord et de son appropriation par les populations. Elle m’a conduit dans les différentes régions du Mali, particulièrement dans le Nord et le Centre, davantage concernés par la crise, au contact de communautés qui ne regardaient pas nécessairement l’accord de la même manière que ceux qui l’avaient négocié ou que ceux qui en parlaient depuis Bamako.
C’est notamment là que j’ai compris qu’un accord signé entre responsables politiques et mouvements armés ne devient pas automatiquement une paix vécue par les populations.
Il faut l’expliquer. Il faut écouter. Il faut comprendre les perceptions, les peurs et les attentes. Il faut parfois revenir sur des années de méfiance. Et surtout, il faut chercher derrière ce que chacun réclame ce qu’il craint réellement de perdre et ce qu’il espère préserver.
À l’EMP-ABB, plusieurs de ces réalités ont retrouvé des noms : positions, intérêts, besoins, perceptions, lignes rouges, alternatives à l’accord, écoute active, reformulation, inclusion, rapports de force.
Le terrain avait précédé la théorie. La théorie est venue éclairer le terrain.
Terrain
Mon parcours m’avait également conduit progressivement de l’observation des processus de dialogue à une implication beaucoup plus directe.
En 2023, dans le cadre d’un programme régional de dialogue intercommunautaire, j’ai conduit des rencontres dans trois localités du Liptako-Gourma.
Dans chacune de ces localités, trente personnes étaient réunies, avec une parité stricte : quinze femmes et quinze hommes.
Cette expérience reste parmi les plus mémorables que j’aie vécues professionnellement.
Il ne s’agissait plus d’assister à un dialogue puis d’en rendre compte comme journaliste. Cette fois, il fallait écouter directement les communautés, laisser s’exprimer des perceptions parfois opposées d’une même réalité, comprendre les causes de la méfiance, identifier les points de convergence et faire remonter des recommandations susceptibles de favoriser une paix durable.
Dans ces espaces où agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, artisans, etc. partagent des ressources et des territoires soumis à de multiples pressions, ce qui semble simple depuis une capitale devient beaucoup plus complexe lorsque l’on écoute ceux qui vivent quotidiennement ces réalités.
On comprend aussi qu’un conflit visible peut en cacher plusieurs autres.
Derrière une difficulté d’accès à la terre, à l’eau ou au pâturage peuvent apparaître des questions de sécurité, de mobilité, de reconnaissance, de confiance envers l’État, de mémoire des violences ou simplement de survie économique.
À l’EMP-ABB, l’analyse du conflit nous ramenait constamment à quelques questions apparemment simples : que demande cet acteur ? Pourquoi le demande-t-il ? De quoi a-t-il réellement besoin ? Jusqu’où peut-il aller ? Que fera-t-il si aucun accord n’est trouvé ?
Sur un tableau, ces questions peuvent paraître scolaires. Sur le terrain, elles changent parfois complètement la lecture d’un conflit.
Sécurité
Mon implication dans les réseaux de journalistes travaillant sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité m’avait déjà ouvert une autre perspective.
J’ai participé à des initiatives mettant directement en relation les populations civiles et les forces de défense et de sécurité, notamment à travers la mise en place d’un comité de gestion de la sécurité au niveau d’une gare routière.
Par la suite, mes activités au sein de l’Alliance citoyenne d’appui à la réforme de la sécurité et du Réseau Média RSS, notamment avec l’accompagnement de DCAF, m’ont amené à participer à plusieurs travaux liés aux comités consultatifs de sécurité dans les régions, cercles et communes.
L’enseignement qui revenait était souvent le même : aucune politique de sécurité ne peut fonctionner durablement lorsque ceux qui doivent la mettre en œuvre et ceux qu’elle est censée protéger ne parviennent plus à se parler.
La médiation n’est donc pas seulement l’affaire des grandes conférences, des diplomates, des chefs d’État ou des mouvements armés. Elle peut commencer autour d’un problème de route, de marché, de pâturage, de quartier ou de sécurité quotidienne.
Négocier
C’est sans doute pour cela que les exercices pratiques proposés pendant ces deux semaines m’ont autant intéressé.
Cette fois, je n’étais plus le journaliste prenant des notes pendant que d’autres négociaient.
Il fallait négocier.
Il fallait défendre une position tout en cherchant l’intérêt qui se trouvait derrière. Déterminer ses besoins. Fixer ce que l’on pouvait céder et ce que l’on considérait comme une ligne rouge. Identifier sa meilleure alternative si l’accord échouait. Écouter l’autre, y compris lorsqu’il défendait une position diamétralement opposée à la nôtre.
Lors de l’une des dernières simulations, je me suis ainsi retrouvé dans l’aile dure du FRELIMO, dans un exercice inspiré du conflit mozambicain. Il fallait défendre fermement les intérêts de notre camp tout en sachant qu’une posture consistant à refuser toute concession conduirait simplement à l’échec de la négociation.
L’exercice pouvait prêter à sourire entre stagiaires. Il était pourtant redoutablement formateur.
Il oblige à comprendre qu’être ferme n’interdit pas d’être réaliste. Qu’une concession n’est pas nécessairement une capitulation. Que comprendre l’intérêt de son interlocuteur ne signifie pas lui donner raison. Et qu’un accord se construit parfois précisément à l’endroit où les positions semblaient, au départ, impossibles à rapprocher.
Transmettre
La qualité d’une formation dépend évidemment de son contenu. Elle dépend peut-être davantage encore de ceux qui parviennent à le faire vivre.
L’EMP-ABB, dirigée par le Colonel-major Souleymane Sangaré, a créé durant ces deux semaines un cadre où militaires, policiers et civils pouvaient travailler ensemble sur les mêmes problématiques. L’École inscrit précisément sa mission dans le renforcement des capacités africaines en matière de soutien à la paix et la diffusion d’une culture de paix.
Le Colonel-major Aliou Bagayoko, directeur de l’Instruction, qui intervenait également comme formateur, Mme Hadja T. Samaké, directrice du stage, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques ont contribué à donner à cette session son rythme et sa cohérence.
Saouty Labass Fofana, chef de la Division Préparation et Planification des Stages, faisait également partie de cette organisation qui accompagne les stagiaires et assure une bonne partie de la préparation pratique des sessions.
Les intervenants ont apporté à la formation une profondeur supplémentaire.
Pour moi, écouter le Belge Pierre-Yves Monette avait une signification particulière. Médiateur chevronné, ancien médiateur fédéral belge et praticien travaillant régulièrement avec les Nations Unies, il a joué un rôle important dans les négociations de 2015 autour de l’Accord d’Alger. Je me retrouvais ainsi, des années plus tard, à recevoir l’enseignement de quelqu’un ayant directement participé à un processus que j’avais moi-même suivi comme journaliste.
Le Comorien Dr Saïd Abass Ahamed a, lui aussi, donné une dimension très concrète aux notions de négociation et de médiation. Médiateur, négociateur et formateur, docteur en science politique, il travaille notamment sur les questions de médiation, de facilitation, de leadership et de résolution des conflits en Afrique.
Moussa I. Touré, engagé dans les dynamiques de développement local et d’action communautaire à travers Actions Intégrées pour le Développement Local (AID-LOCAL), a apporté aux échanges son expérience du terrain et des réalités communautaires. Dr Ahmadou Touré, expert en gouvernance publique et médiation communautaire, a pour sa part particulièrement nourri la réflexion sur les mécanismes endogènes de prévention et de résolution des conflits, les savoirs locaux et leur contribution à la cohésion sociale. Tous deux, avec des approches différentes mais complémentaires, ont contribué à rapprocher les enseignements des réalités vécues par les communautés.
Tous, avec des approches différentes, ont réussi à maintenir les stagiaires en éveil, à faire discuter la théorie avec la pratique et à faire de la salle de cours un véritable espace de réflexion.
Promotion
L’autre grande richesse de cette formation restera le groupe lui-même.
Nous étions venus du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Guinée. Des parcours différents, des métiers et des expériences différents, mais pendant deux semaines les mêmes salles, les mêmes exercices, les mêmes débats et beaucoup de moments de convivialité.
Pendant les simulations, nous devenions alliés, adversaires, médiateurs, radicaux ou modérés. On défendait parfois avec conviction une position que l’on n’aurait jamais soutenue dans la vie réelle. Puis le rôle s’arrêtait, les discussions se poursuivaient à la pause et les relations se renforçaient.
C’est aussi cela, une formation de ce type : la création d’un réseau humain qui peut survivre longtemps aux cours eux-mêmes.
La Suisse, partenaire de cette session, mérite naturellement d’être associée à cette reconnaissance.
Et il serait injuste de ne remercier que ceux qui apparaissaient devant les stagiaires.
Une école ne fonctionne pas uniquement dans ses salles de cours. Pendant ces deux semaines, il y avait aussi celles et ceux qui préparaient les espaces de travail, assuraient l’accueil, la restauration, les déplacements et toute la logistique : personnels civils et militaires, cuisiniers, serveurs, chauffeurs et personnels de soutien.
Leur présence était moins visible. Elle n’était pas moins importante.
Repartir
Deux semaines de formation ne font évidemment pas de quelqu’un un médiateur professionnel. Je ne serais pas sérieux en prétendant le contraire.
Mais je suis sorti de l’EMP-ABB avec quelque chose qui, pour moi, compte énormément : une meilleure compréhension de réalités que j’avais parfois abordées de manière empirique pendant des années.
Cette formation changera certainement ma façon de regarder les processus de paix et de sécurité dont je parle comme journaliste.
Lorsqu’un acteur affichera une position, je chercherai encore davantage l’intérêt et le besoin qui se trouvent derrière. Lorsqu’un accord sera annoncé, je regarderai non seulement ce qui a été signé, mais aussi sa faisabilité, les mécanismes prévus pour son application et les acteurs restés en dehors de la table. Lorsqu’une négociation semblera bloquée, j’essaierai mieux de distinguer ce qui constitue réellement une ligne rouge de ce qui relève encore de la marge de négociation.
Ces acquis me seront tout aussi utiles dans mes engagements associatifs et dans les espaces de dialogue auxquels je pourrai être amené à contribuer.
Je suis arrivé à l’EMP-ABB avec des années de terrain.
J’en suis reparti avec une méthode.
Et avec une conviction renforcée : écouter l’autre n’est pas lui donner raison. Comprendre ses intérêts n’oblige pas à abandonner les siens. Faire un compromis ne signifie pas nécessairement renoncer à ses principes.
Entre deux positions qui paraissent irréconciliables subsiste parfois un espace étroit.
C’est souvent là que commence la paix.
Massiré DIOP
Défense collective : Trois ans après, quels résultats pour l’AES ?
Trois ans après la signature de la Charte du Liptako-Gourma, la défense collective de l’Alliance des États du Sahel (AES) prend forme. Force unifiée, commandement commun et coopération opérationnelle en constituent les acquis. Leur efficacité reste difficile à apprécier.
Le 16 septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger signaient la Charte du Liptako-Gourma et plaçaient la défense collective au cœur de leur alliance. Trois ans plus tard, l’assistance mutuelle prévue par le texte s’appuie sur une Force unifiée et un état-major commun. L’installation de l’état-major à la Base aérienne 101 de Niamey, en novembre 2025, a précédé la remise de l’étendard consacrant le lancement officiel de la Force, le 20 décembre à Bamako.
Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, la coopération militaire a franchi un premier seuil. « Elle est passée d’une solidarité politique à la construction d’un instrument militaire commun », souligne-t-il. Composée de contingents des trois pays et appelée à intervenir dans l’espace confédéral, la Force unifiée en constitue l’élément central. En juillet, le Président nigérien Abdourahamane Tiani évaluait son effectif à 5 000 militaires et annonçait un objectif de 18 000 hommes.
L’analyste cite l’opération Yéréko 2, conduite du 24 février au 6 mars 2025 dans la région nigérienne de Tillabéri. Elle est, selon lui, « l’exemple le mieux documenté d’une opération conjointe ». Le commandement commun peut, ajoute-t-il, déployer ses unités sans solliciter, à chaque mouvement, l’accord préalable des états-majors nationaux. Cette latitude distingue la force des dispositifs régionaux antérieurs.
Une coopération élargie
Le rapprochement militaire touche la formation, la maintenance, les capacités aériennes et la planification. Le 7 avril 2026, onze aviateurs dont deux Maliens et des Burkinabè, ont reçu leurs attestations après quatre mois de formation au pilotage et à la maintenance du Mi-35. L’encadrement était malien et l’appareil fourni par le Burkina Faso. Le 10 juillet, les ministres de la Défense ont examiné à Ouagadougou le projet d’accord relatif au statut de la Force unifiée.
Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, y voit un changement d’approche. « Il existe une volonté plus ferme de la part des États d’être maîtres de leur propre destin », affirme-t-il. Les trois pays prennent davantage en charge leur sécurité, tout en conservant des partenariats extérieurs pour l’équipement et la formation. Il relève « davantage de coordination entre les États, notamment au sein des forces armées », dans la zone des trois frontières.
Cette organisation ne constitue pas encore une capacité militaire régionale pleinement intégrée. Yacouba Sogoré considère néanmoins que « la Force unifiée est aujourd’hui une réalité militaire et non plus seulement un projet politique ». Elle a permis, ajoute-t-il, « d’institutionnaliser la coopération entre les trois armées, de mettre en place un commandement commun et d’engager des opérations conjointes ». Yéréko 2 reste toutefois l’action tripartite d’ampleur la plus précisément documentée. Les informations publiques sur les autres engagements coordonnés ne permettent pas d’en dresser un bilan général.
Le défi de l’efficacité
Les contraintes persistent. Les trois armées sont fortement engagées sur leurs territoires. « L’AES dispose de mécanismes d’assistance, mais pas encore d’une réserve collective suffisamment disponible pour intervenir rapidement lorsqu’un des trois pays est confronté à une offensive majeure », explique Yacouba Sogoré. L’harmonisation des procédures, des doctrines et des règles d’engagement se poursuit. L’étendue du territoire complique aussi le renseignement, la logistique et les délais d’intervention.
Abdoulaye Tamboura insiste sur les moyens technologiques. « Il faut mettre l’accent sur les outils numériques, l’information satellitaire, la technologie, les drones et d’autres moyens destinés à appuyer les forces de défense et de sécurité », estime-t-il. Il privilégie la capacité de réaction des armées plutôt qu’une présence permanente sur chaque portion du territoire.
La prochaine étape consiste à rendre cette coopération permanente et rapidement mobilisable. Yacouba Sogoré fixe le cap : parvenir à « une capacité régionale intégrée, réactive et autonome », capable de produire du renseignement partagé, de planifier des opérations simultanées et de projeter des forces là où une crise survient. Après trois ans, l’AES possède les premiers éléments d’un outil commun. Les délais d’intervention, la continuité des opérations et la protection des populations permettront d’en apprécier les résultats.
Mohamed Kenouvi
SENARE : De nouveaux outils pour la réconciliation
Ouverte ce mardi 15 septembre, la cinquième Semaine nationale de la Réconciliation intervient dans un cadre renouvelé. Charte, Observatoire, nouvelle Agence et mécanismes locaux composent désormais une politique dont l’efficacité se lira dans les communautés et auprès des victimes.
Le Mali célèbre, du 15 au 21 septembre, la cinquième édition de la Semaine nationale de la Réconciliation (SENARE). Son thème, « Éducation, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour une paix au sein de l’AES et de la sous-région », rattache la paix à la formation du citoyen et aux valeurs culturelles.
Le programme comprend des conférences-débats, des activités artistiques, éducatives et sportives ainsi que des dons de sang. Des délégations du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée sont annoncées.
Prévue par la Loi d’Entente nationale de 2019, la SENARE a connu sa première édition en septembre 2022.
Elle devait contribuer à restaurer un tissu social affaibli par la crise ouverte en 2012. Quatre ans plus tard, le rendez-vous accompagne de nouveaux textes et de nouvelles structures.
Cadre
La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation, promulguée le 22 août 2025, constitue la principale évolution. Issue des recommandations du Dialogue inter-Maliens, elle réunit en 106 articles les orientations retenues pour la sécurité, la cohésion sociale, la justice, la réparation et le vivre-ensemble.
Dans son adresse du Nouvel An 2026, le Président de la Transition, Assimi Goïta, en résumait l’esprit : « la paix véritable ne s’impose pas : elle se construit. Elle exige la vérité, le dialogue et la confiance entre Maliens ».
L’Observatoire pour la Paix et la Réconciliation nationale complète ce dispositif. Ses 30 membres ont été nommés en mars 2026, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Placé auprès de la Présidence, il suit l’application de la Charte et formule des recommandations.
Le Conseil des ministres a également adopté en juin les textes créant l’Agence nationale pour la Consolidation de la Paix, issue de la restructuration de l’Agence de Développement du Nord du Mali. Son action couvre la réconciliation, la cohésion sociale et les zones fragiles. La coordination de ces structures et de leurs interventions devient déterminante.
Terrain
À Gao, l’ouverture régionale a permis de présenter des actions déjà engagées. L’Équipe d’appui à la Réconciliation accompagne la création de Comités communaux et intervient dans le règlement amiable de différends fonciers ou de conflits liés à la succession de chefs de village, de quartier et de fraction.
Le Projet de consolidation de la résilience et de la cohésion sociale couvre 34 villages et 15 quartiers dans sept communes, dont Gao, Ansongo et Bourem. Soumaïla Sangaré, représentant du Gouverneur, a rappelé que ces activités participaient à la paix et à la cohésion sociale.
Ces médiations ramènent la réconciliation aux réalités quotidiennes : un champ, un pâturage, une chefferie contestée, le retour d’une famille déplacée ou l’accès à un service public. Autorités communales, légitimités traditionnelles, femmes et jeunes y occupent une place essentielle.
Victimes
En juillet 2025, l’Autorité de gestion des réparations faisait état de 30 235 dépositions recueillies depuis 1960, dont 3 486 lors de consultations collectives dans 81 villages de Mopti, Gao et Kidal. Pour l’heure, il n’y a toujours pas de bilan actualisé des réparations réalisées depuis cette présentation.
La reconnaissance des préjudices, l’accès à la justice, les réparations et le retour des déplacés participent à la restauration de la confiance. Leur articulation avec la Charte, l’Observatoire et la nouvelle Agence permettra d’apprécier la portée concrète de la politique nationale.
Résultats
Le pays dispose aujourd’hui d’un texte de référence, d’un organe de suivi, d’une agence spécialisée et de relais territoriaux. Leurs ressources, leur calendrier commun et leurs premiers résultats restent cependant peu documentés publiquement.
Médiations conclues, victimes accompagnées, déplacés revenus dans leur localité et projets communautaires réalisés constituent les repères les plus concrets. Après cinq éditions de la SENARE, la réconciliation nationale dispose de plusieurs outils. Leur cohérence et les changements observés dans les localités diront ce qu’ils apportent réellement aux populations, alors que les violences et l’insécurité continuent d’affecter plusieurs régions du pays.
Burkina Faso : La citoyenneté à l’école du patriotisme
Au Burkina Faso, l’Immersion patriotique obligatoire est devenue l’un des principaux instruments de formation citoyenne. Lancé en 2025 auprès des nouveaux bacheliers, le dispositif gagne en ampleur et touche désormais d’autres catégories de la population.
Pendant un mois, quelque 65 000 nouveaux bacheliers ont suivi, entre le 28 juillet et le 27 août 2026, une formation consacrée au patriotisme, au civisme, à la discipline et à l’engagement citoyen. La deuxième édition de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO) s’est achevée au Stade du 4 Août, à Ouagadougou, en présence du Président Ibrahim Traoré.
Le dispositif est récent. L’immersion a été instituée par un décret adopté en Conseil des ministres le 2 mai 2025 pour les élèves admis au BEPC, au CAP et au Baccalauréat. Son déploiement progressif a commencé avec les nouveaux bacheliers. Les formations associent enseignements théoriques, exercices physiques et activités sportives afin de renforcer la discipline, la résilience et le sens des responsabilités.
La première cohorte avait réuni 59 179 bacheliers, dont 30 664 filles, sur 136 sites répartis dans 23 localités. Les modules portaient notamment sur le civisme, l’histoire politique du Burkina Faso, la construction de l’État, la sécurité numérique, l’entrepreneuriat et l’engagement citoyen. En 2026, les contenus pédagogiques ont été renforcés, tout comme la formation des encadreurs et le dispositif de suivi et d’évaluation.
Former le « nouveau Burkinabè »
Les autorités rattachent clairement l’exercice à leur projet de refondation. Humilité, solidarité, discipline, dignité et responsabilité figurent parmi les valeurs mises en avant. L’ambition affichée consiste à former un citoyen conscient de ses devoirs envers la Nation et disposé à servir le pays.
La démarche dépasse désormais le milieu scolaire. En avril, 508 agents de la Primature ont effectué une immersion à Loumbila, combinant activités physiques et formation civique. À partir du 30 juin, une deuxième cohorte d’environ 60 cadres de la Présidence a suivi une immersion patriotique et militaire de 21 jours. En août, le Camp de Vacances Faso Mêbo a accueilli 549 jeunes autour de la discipline et d’activités communautaires.
Le pari burkinabè consiste donc à faire du patriotisme un apprentissage organisé. À la clôture de la dernière IPO, le Capitaine Ibrahim Traoré a affirmé que le pays avait besoin de « citoyens convaincus et engagés ». L’ampleur du dispositif est établie et son efficacité durable restera à documenter après le retour des participants à l’école, à l’université, dans l’administration ou dans leur communauté.
Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »
La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.
Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?
Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.
Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.
Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.
La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.
Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.
Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.
Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.
Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.
Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.
Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?
Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.
Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.
Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.
Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?
La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.
Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.
Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.
Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.
Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.
L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.
Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?
À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.
La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.
Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.
On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.
Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.
Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?
L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.
Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.
Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.
La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.
Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.
Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.
La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.
C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.
Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.
D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.
Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.
Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.
Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.
C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.
Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.
Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.
Algérie–Sahel : le retour en force d’un voisin incontournable
La 13e Grande Commission mixte Mali–Algérie, attendue à Bamako après dix ans d’interruption, doit consacrer la détente après quinze mois de crise. Elle marque surtout le retour d’Alger dans un Sahel transformé par l’AES, le partenariat russe et la poussée marocaine.
La précédente Grande Commission mixte s’était achevée à Bamako, en novembre 2016, par treize instruments de coopération : accords, mémorandums et programme exécutif. La session suivante, annoncée pour 2018 à Alger, est de nouveau programmée dix ans plus tard, à Bamako. Entre-temps, le cadre régional a profondément changé.
Pour Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, ce rendez-vous dépasse la normalisation : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance ».
Une relation remise à plat
La confiance s’était déjà dégradée lorsque Bamako a annoncé, le 25 janvier 2024, la fin de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger. Elle a cédé en avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger soutenait que l’appareil avait pénétré son territoire. Bamako contestait cette version. Le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens ont suivi.
Le 6 avril 2025, le Mali s’est retiré avec effet immédiat du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 à Tamanrasset avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, ce dispositif coordonnait le renseignement et la lutte antiterroriste. Ce retrait a privé les deux voisins de l’un de leurs principaux cadres de coopération sécuritaire.
Birahim Soumaré rappelle que les relations diplomatiques n’ont jamais été formellement rompues : des chargés d’affaires ont continué d’assurer la représentation. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le 24 août, Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger et Assimi Goïta a accepté une invitation du président Tebboune, sans date fixée.
Plus de 1 300 kilomètres de frontière, des familles établies de part et d’autre, des transhumances, des marchés liés et des menaces communes rendent une brouille prolongée coûteuse.
Selon une estimation non officielle de Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la crise a fait chuter de 70 % le commerce informel à Tessalit et Tinzaouatène. Il évoque des familles séparées, des transhumances bloquées et des éleveurs contraints de vendre à perte.
Ses priorités sont la circulation, l’accès humanitaire, le réapprovisionnement des marchés et les laissez-passer consulaires. Il propose la réouverture contrôlée d’un poste pour le bétail et une ligne directe entre autorités locales.
Alger revient autrement
Le retour algérien s’inscrit dans un cadre différent de celui du processus de paix malien. Bamako privilégie désormais un règlement national et l’Alliance des États du Sahel a créé son propre cadre. Bréhima Ely Dicko, sociologue, voit donc l’Algérie évoluer de médiateur extérieur vers « un voisin-partenaire stratégique ». Reste à savoir si Alger travaillera avec l’AES comme ensemble régional, et pas seulement avec chacune de ses capitales.
Une défiance persiste. Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, l’Algérie est perçue par une partie des acteurs du Nord comme partie prenante, en raison du soutien prêté aux mouvements armés, plutôt que comme arbitre neutre. Alger a rejeté ces accusations. Pour le sociologue, sa facilitation demeure difficilement remplaçable faute d’alternative régionale.
L’Algérie a déjà repris l’initiative à Niamey et à Ouagadougou par l’énergie, les mines, les infrastructures et la formation. Après la mutinerie qui a visé une base aérienne de Niamey fin août, le ministère algérien de la Défense a annoncé le déploiement, à la demande du Niger, de quatre avions de combat Su-30, d’un avion de transport et d’un ravitailleur. Arrivés après la reprise de la base, les appareils algériens n’ont pas participé aux combats, auxquels l’Africa Corps russe avait directement pris part.
Ce soutien tranche avec la prudence affichée par Alger en 2023, lorsqu’elle s’opposait à une intervention militaire extérieure au Niger. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le président algérien peut décider l’envoi d’unités à l’étranger, après approbation des deux tiers de chaque chambre du Parlement. La Constitution maintient cependant la non-ingérence et encadre la participation au maintien de la paix. La doctrine est devenue plus souple, sans ouvrir un droit d’intervention illimité.
Moscou, partenaire et irritant
L’Algérie entretient avec la Russie une relation stratégique ancienne, surtout militaire. Le Mali et ses partenaires de l’AES ont fait de Moscou un appui majeur, à travers la coopération militaire et la présence de l’Africa Corps.
Cette proximité commune avec la Russie n’efface pas les divergences. Alger a publiquement critiqué le recours aux mercenaires dans son voisinage et refuse les bases militaires étrangères sur son propre territoire. Cette position coexiste avec sa coopération d’État à État avec Moscou et la présence de l’Africa Corps au Sahel.
Le Niger montre qu’une coexistence est possible en ce sens que l’Africa Corps a directement soutenu les forces nigériennes contre la mutinerie, tandis que l’Algérie a déployé ses appareils après les combats. Cette convergence ponctuelle ne règle ni les désaccords sur le Nord malien ni la place future des forces étrangères. Elle révèle surtout une Algérie plus active.
La poussée marocaine
Alger revient dans un Sahel où le Maroc progresse. L’Initiative royale d’accès à l’Atlantique a reçu l’adhésion du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Bamako et Rabat ont relancé leur Grande Commission mixte en juillet 2026. Une concurrence de débouchés se dessine à travers les ports atlantiques proposés par le Maroc et l’ouverture méditerranéenne portée par les corridors algériens.
Bréhima Ely Dicko distingue l’offre sécuritaire russe, l’offre économique et religieuse marocaine, et la relation historique, frontalière et humaine avec l’Algérie. Il recommande une « diplomatie de l’utilité », jugeant chaque partenariat sur la souveraineté, le développement local et le désenclavement.
Birahim Soumaré refuse l’idée d’un choix exclusif : « La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays ». Bamako peut ainsi préserver sa liberté et rechercher des solutions concrètes.
Le test des résultats
Les projets ne manquent pas : Route transsaharienne, branche Tamanrasset–Bamako, fibre optique, énergie, formation et commerce frontalier. Le gazoduc Nigeria–Niger–Algérie, bien qu’il ne traverse pas le Mali, complète cette stratégie d’axes nord-sud vers la Méditerranée.
Le potentiel contraste avec la faiblesse du commerce déclaré. Selon les données de l’ITC et d’UN Comtrade déclarées par l’Algérie, les échanges formels de marchandises ont atteint environ 7,6 millions de dollars en 2024, hors flux informels. Les accords de 2016 prévoyaient aussi 280 MW de centrales hybrides, dont 40 MW à Gao et 40 MW à Tombouctou. Leur état d’exécution reste à établir.
Pour le géographe Yacouba Sogoré, spécialiste du développement local et de la décentralisation, une route ne devient un corridor que lorsque douanes, sécurité, logistique, financement et services commerciaux fonctionnent ensemble. Il propose un axe pilote, avec des produits et des transporteurs identifiés, des délais mesurés et des résultats publiés. Il insiste surtout sur les retombées locales : « Un projet qui traverse un territoire doit produire des revenus, des services et des emplois pour la population qui y vit ».
En 2016, le suivi des engagements avait été confié au Comité bilatéral stratégique. Sa relance devrait s’accompagner de financements identifiés, de calendriers et de résultats accessibles. Bréhima Ely Dicko résume le défi par une formule simple : « Une route, une fibre optique, une ligne électrique ont plus d’impact qu’un protocole ».
La Grande Commission constitue ainsi un test pour une relation appelée à passer d’une coopération principalement interétatique à une coopération utile aux populations. La relance offre surtout aux deux pays l’occasion de remettre leur relation à l’épreuve du concret. Pour Bamako comme pour Alger, elle prendra tout son sens si elle se traduit par des échanges plus fluides, des déplacements facilités, des zones frontalières mieux intégrées et des projets enfin menés à terme.
Massiré DIOP
Jeunesse AES : le volontariat cherche son terrain
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont institutionnalisé leur coopération autour de la jeunesse et du volontariat. Après le premier forum de Ouagadougou, la réussite dépendra moins des rencontres annuelles que de missions concrètes, protégées et reconnues dans les trois pays.
Niger : la mutinerie qui a visé le cœur du pouvoir
AES : premiers dossiers pour le Parlement confédéral
La première session ordinaire des Parlements de l’AES s’est ouverte mercredi 26 août à Niamey. Renseignement, libre circulation et financement des médias doivent permettre d’évaluer la capacité de la nouvelle institution à dépasser le registre symbolique.
Les 45 députés confédéraux du Mali, du Burkina Faso et du Niger disposent désormais d’un règlement intérieur, de trois commissions et d’un premier ordre du jour. Après leur installation le 24 août, ils ont ouvert mercredi leur première session ordinaire, dont les travaux doivent se poursuivre jusqu’au 29 août.
Chaque pays a désigné 15 représentants issus de son institution parlementaire nationale. Le Burkinabè Ousmane Bougouma préside les Sessions confédérales, assisté notamment du président du Conseil national de Transition du Mali, le général de corps d’armée Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey.
Trois commissions ont été constituées. Le Malien Moussa Ag Acharatoumane préside celle consacrée à la Défense et à la Sécurité. Sié François d’Assise Coulibaly dirige la Commission Diplomatie, tandis que Hadizatou Samna prend la tête de la Commission Développement.
Leurs premiers sujets touchent directement à la vie de la Confédération. La coopération policière et le partage de renseignements seront examinés par la Commission Défense et Sécurité. La Commission Diplomatie travaillera sur la libre circulation des personnes et des biens. La troisième se penchera sur le modèle économique, le financement et la viabilité des médias.
Portée
La dénomination de « Parlement confédéral » peut donner l’impression d’une institution disposant déjà des pouvoirs d’une assemblée législative classique. Le protocole additionnel lui confère toutefois un rôle plus circonscrit. Les députés délibèrent et émettent des avis sur les sujets transmis par le Collège des chefs d’État ou sur les questions intéressant la Confédération.
Les propositions adoptées à Niamey doivent ainsi être soumises aux trois chefs d’État. L’institution peut organiser des séances de travail avec les ministres confédéraux et informer les populations, mais les informations rendues publiques jusqu’ici ne lui attribuent pas un pouvoir autonome d’adoption des lois directement applicables dans les trois pays.
Cette précision n’enlève pas toute utilité au mécanisme. Elle situe simplement son véritable terrain d’action. Le Parlement peut rapprocher les législations nationales, révéler les obstacles administratifs et exercer une forme de suivi politique, à condition que ses avis soient rendus publics et accompagnés de réponses des organes exécutifs.
La question de la représentation accompagnera également ses premiers travaux. Les 45 membres ont été désignés par les Parlements ou organes nationaux en tenant lieu, conformément à leurs règles internes. Ils ne sont donc pas issus d’une élection confédérale distincte. Leur capacité à consulter les populations, les collectivités, les professionnels et les organisations sociales sera essentielle pour donner un contenu concret à la représentation revendiquée.
Résultats
Sur la libre circulation, l’attente dépasse les déclarations de principe. Les populations jugeront l’intégration à travers le franchissement des frontières, la reconnaissance des documents, les contrôles routiers, le transport des marchandises et la possibilité de travailler ou de commercer dans les trois pays avec des règles compréhensibles.
Dans le domaine sécuritaire, le partage de renseignements touche à des informations sensibles. Le Parlement ne pourra naturellement pas tout rendre public. Il peut cependant demander des objectifs précis, examiner les mécanismes de coordination et suivre les résultats sans dévoiler les opérations en cours.
Le financement des médias soulève une difficulté différente. Soutenir des entreprises fragilisées par l’étroitesse du marché publicitaire peut répondre à un besoin réel. Un mécanisme crédible devra toutefois reposer sur des critères transparents, pluralistes et vérifiables afin que l’aide à la viabilité ne devienne pas un moyen de dépendance éditoriale.
Les Sessions confédérales doivent se réunir deux fois par an, en février et en août. Une telle fréquence laisse plusieurs mois entre les rendez-vous ordinaires. Le véritable enjeu résidera donc dans le travail des commissions, la publication des recommandations et le suivi de leur mise en œuvre entre deux sessions.
La réunion de Niamey complète l’architecture institutionnelle de l’AES. Elle gagnera en crédibilité si elle débouche, le 29 août, sur des propositions datées, des responsables identifiés et un mécanisme permettant aux citoyens de vérifier ce qui a réellement changé.
Massiré Diop
Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.
Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.
Une réconciliation récente mais fragile
Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.
Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.
La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique
Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.
Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger
Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.
En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Une dynamique de rivalité et de dépassement
La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.
Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie
Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :
- Adopter une approche de neutralité active et de médiation
- Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
- Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.
- Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle
- Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
- Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.
- Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun
- La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
- Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.
- Adopter une communication diplomatique prudente
- Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
- Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.
- Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires
- L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
- Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.
Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Ecrivain Spécialiste des Questions
Sociales et Sécuritaires
Bamako : le leadership féminin mobilisé pour la paix et la sécurité
Le forum régional consacré au leadership des femmes pour la paix dans les régions frontalières du Sahel et des pays côtiers s’est ouvert mercredi 26 août à Bamako. Prévue jusqu’au 28 août 2026, la rencontre vise à renforcer la participation des femmes à la prévention des conflits, à la médiation et à la consolidation de la paix.
AES : 45 députés pour donner corps à la Confédération
Niamey accueille du 24 au 29 août la session inaugurale des Sessions confédérales des Parlements de l’AES, avec 45 représentants, dont 15 issus du Conseil national de transition du Mali. Cette nouvelle instance doit adopter ses règles de fonctionnement et donner une dimension parlementaire à une Confédération jusqu’ici principalement conduite par les exécutifs.
Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou
Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.
18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé
Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.
Mouvement des populations : le Mali face à une double pression
Au 30 juin 2026, le Mali comptait plus de 414 000 déplacés internes et accueillait plus de 306 000 réfugiés, tandis que 338 369 Maliens vivaient encore dans des pays d’asile. Cette pression humanitaire s’accentue alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne disposait que de 20 % des ressources nécessaires à ses opérations dans le pays.
Le Mali est à la fois un pays de départ, de déplacement interne et d’accueil. L’insécurité continue de pousser des familles maliennes à abandonner leur localité ou à chercher refuge dans les pays voisins. Dans le même temps, des populations étrangères, principalement originaires des États frontaliers, traversent la frontière pour trouver protection sur le territoire malien.
La mise à jour opérationnelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, couvrant les mois d’avril, mai et juin 2026, recense 414 524 personnes déplacées à l’intérieur du Mali. Le pays accueille également 306 315 réfugiés, auxquels s’ajoutent 15 109 personnes non encore enregistrées. Le nombre de déplacés internes revenus dans leurs localités ou dans leurs zones d’origine est estimé à 153 132.
À l’extérieur, 338 369 réfugiés maliens demeurent dans des pays d’asile. Seulement 397 retours de réfugiés ont été recensés par les autorités maliennes pendant la période considérée. Ces données montrent que les retours restent limités par rapport à l’ampleur des déplacements.
Ces mouvements ne correspondent pas tous aux mêmes situations. Les personnes déplacées internes restent sur le territoire national, parfois à quelques kilomètres de leur village, mais sans pouvoir y retourner. Les réfugiés ont franchi une frontière pour se mettre à l’abri. D’autres personnes circulent pour des raisons économiques, familiales ou migratoires, tout en empruntant parfois les mêmes routes.
Entre avril et juin, 4 014 personnes faisant partie de ces mouvements mixtes ont été recensées dans plusieurs régions du centre et du nord. Parmi elles figuraient des réfugiés, mais aussi des Maliens et des étrangers expulsés ou refoulés de certains pays voisins. Le HCR a également identifié 1 588 personnes exposées au risque d’apatridie, faute de documents ou de reconnaissance claire de leur nationalité.
Une crise qui pèse sur les localités d’accueil
Dans la zone de Koro, un nouvel afflux de réfugiés a été observé entre la fin du mois de mai et la mi-juin. Ces arrivées ont augmenté les besoins en nourriture, en eau, en soins, en abris et en protection dans des localités qui disposent déjà de services limités.
L’accueil repose souvent en premier lieu sur les communautés locales. Des familles partagent leur logement, leurs terres, leurs points d’eau ou leurs faibles réserves avec les nouveaux arrivants. Cette solidarité permet de répondre aux premières urgences, mais elle exerce aussi une pression supplémentaire sur les écoles, les centres de santé et les activités économiques.
La protection juridique constitue l’un des premiers besoins des personnes contraintes de se déplacer. Entre avril et juin, la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR ont enregistré biométriquement 4 950 personnes, dont 2 796 femmes. Au cours de la même période, 17 806 cartes d’identité de réfugiés ont été distribuées.
Ces documents facilitent la circulation, l’accès aux services essentiels et l’exercice de certains droits. Sans pièce d’identité ou preuve d’enregistrement, une personne peut éprouver des difficultés à inscrire un enfant à l’école, à recevoir des soins, à travailler légalement ou à se déplacer sans crainte d’être interpellée.
Le problème est particulièrement sensible pour les enfants nés pendant le déplacement ou l’exil. Le HCR a soutenu l’établissement de 169 actes de naissance en faveur d’enfants menacés d’apatridie. Plus de 1 050 enfants ont aussi participé à des activités récréatives et psychosociales, tandis que 980 autres ont été sensibilisés aux risques de violence et d’exploitation. Cinq enfants victimes de violences graves ont été orientés vers des services spécialisés.
La continuité de l’éducation reste un autre défi. Plus de 500 élèves réfugiés ont reçu un appui financier pour couvrir leurs frais scolaires et 82 étudiants ont bénéficié d’une aide pour poursuivre leurs études supérieures. Le premier centre d’apprentissage numérique destiné aux réfugiés et aux communautés hôtes a également été inauguré au Lycée sportif de Kabala, à Bamako.
Les femmes demeurent particulièrement exposées. Quatre-vingt-dix femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont été identifiées dans les régions de Mopti, San, Douentza et Koro. Trente-quatre victimes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’une prise en charge adaptée. Près de 500 personnes ont reçu un soutien psychosocial et 2 363 autres ont participé à des actions de sensibilisation.
Des réponses concrètes freinées par le manque de moyens
La réponse humanitaire ne se limite pas aux distributions d’urgence. Dans le cercle de Koro, plusieurs initiatives cherchent à permettre aux réfugiés et aux communautés d’accueil de retrouver des revenus.
Des motoculteurs ont été remis à des coopératives agricoles mixtes et à une association de réfugiés. Des producteurs ont reçu des semences, tandis que des parcelles maraîchères ont été aménagées. Une campagne agricole a également été lancée sur 35 hectares au profit de quatre coopératives.
Ces activités permettent aux familles de produire une partie de leur alimentation et de réduire leur dépendance à l’assistance. Elles peuvent aussi limiter les tensions avec les habitants lorsque les projets bénéficient à la fois aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.
Dans le domaine du logement, 767 réfugiés ont reçu un appui financier pour accéder à un abri d’urgence. Des articles ménagers essentiels ont été distribués à 3 906 réfugiés et déplacés internes dans les communes de Koro, Mopti et Tombouctou.
L’accès aux soins demeure toutefois difficile. Soixante-treize personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’une prise en charge médicale, tandis que 221 femmes et enfants ont été orientés vers des services pour le traitement du paludisme. Le HCR envisage également l’adhésion de 145 ménages à une mutuelle de santé afin de faciliter un accès plus régulier aux soins.
Ces interventions restent modestes au regard du nombre de personnes concernées. Au 30 juin, le programme du HCR au Mali n’était financé qu’à hauteur de 20 %, sur un besoin annuel estimé à 90,4 millions de dollars. Quatre cinquièmes des ressources recherchées restaient donc à mobiliser.
Ce déficit menace la continuité de plusieurs activités. Lorsque les financements manquent, les distributions sont réduites, les abris tardent à être construits et les opérations de documentation ou de protection couvrent moins de personnes. Les communautés d’accueil doivent alors supporter une part plus importante de la charge.
Les retours volontaires restent eux aussi limités. Neuf réfugiés ont été accompagnés vers la République centrafricaine durant le deuxième trimestre. La Commission tripartite réunissant le Mali, le Burkina Faso et le HCR a tenu sa quatorzième session à Bamako le 14 avril afin de renforcer la coopération transfrontalière.
Un retour ne peut cependant être durable que si la sécurité, le logement, l’école, les soins et les possibilités de travail sont disponibles dans la zone d’origine. En leur absence, les familles risquent de repartir ou de se retrouver dans une situation plus précaire.
Derrière les statistiques se trouvent des personnes qui ont laissé une maison, un champ, une école ou une activité professionnelle. Pour elles, une carte d’identité, une place en classe, un toit ou quelques outils agricoles ne sont pas de simples résultats administratifs. Ils représentent les premiers moyens de retrouver une stabilité et de reprendre le contrôle de leur vie.
CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale
À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.
Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.
Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.
Dégel
D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.
À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.
Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.
Passerelles
L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.
Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.
L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.
Sécurité
La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.
Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.
Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.
Horizon
Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.
Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.
La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.
Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets
Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.
« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.
Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.
La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.
Affectations
Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.
Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.
Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.
Mohamed Kenouvi
Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret
Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.
Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.
À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Une intégration qui prend forme
En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.
Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.
Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».
Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.
Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.
Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.
Des ambitions à concrétiser
Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.
À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.
Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.
Mohamed Kenouvi
AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare
Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.
Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.
Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.
Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.
Une position commune avant le dialogue
Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.
À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.
L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.
Des défis avant l’ouverture des discussions
Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.
« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.
Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.
Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.
Mohamed Kenouvi
Deux et trois roues : Un encadrement renforcé en Afrique de l’Ouest
Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs pays ouest-africains ont renforcé ces dernières années l’encadrement des deux et trois roues. Une évolution qui traduit la volonté des États de mieux suivre un parc en pleine expansion.
Les motos occupent aujourd’hui une place centrale dans les déplacements quotidiens à travers l’Afrique de l’Ouest. Face à leur multiplication, plusieurs États ont engagé des réformes destinées à mieux identifier les engins en circulation et leurs propriétaires.
Au Sénégal, cette volonté s’est traduite, début 2025, par une vaste campagne de régularisation des deux-roues motorisés. Les propriétaires ont été invités à obtenir les documents nécessaires et à faire immatriculer leurs engins, sous peine de sanctions. Face à l’affluence, les délais accordés aux usagers ont même été prolongés afin de permettre au plus grand nombre de se conformer aux exigences réglementaires.
Du côté du Niger, les autorités nationales ont également renforcé les contrôles des engins circulant sans plaque ou sans documents réglementaires. Cette politique s’accompagne, depuis le 22 octobre 2024, de mesures destinées à faciliter les démarches administratives et à encourager la mise en règle des propriétaires.
Même logique d’encadrement
Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Si l’immatriculation des motos y est obligatoire depuis plusieurs années, le gouvernement a renforcé depuis novembre dernier les mécanismes d’identification des engins. Les vendeurs sont notamment tenus d’accomplir certaines formalités administratives avant la remise des motos à leurs acquéreurs, limitant ainsi les risques de circulation sans identification.
Sur le littoral ouest-africain, la Côte d’Ivoire poursuit des objectifs similaires. Les motos doivent être enregistrées et disposer de documents permettant d’identifier clairement leurs propriétaires. Cette politique accompagne les efforts de formalisation d’un secteur en pleine croissance, notamment dans les grandes villes, où les deux-roues occupent une place croissante dans les activités de transport et de livraison.
D’un pays à l’autre, les modalités diffèrent, mais les objectifs poursuivis restent largement les mêmes. Les États cherchent à mieux connaître leur parc roulant, à faciliter l’identification des propriétaires en cas de vol ou d’infraction et à renforcer le suivi administratif d’un secteur longtemps marqué par l’informel.
À mesure que les motos et tricycles s’imposent dans les économies ouest-africaines, leur encadrement apparaît de plus en plus comme un enjeu de gouvernance, de mobilité et de modernisation des services publics.
Mohamed Kenouvi
Arrivées de réfugiés vers Koro : Moins de nouveaux arrivants
Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et le Gouvernement du Mali , à travers la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) avaient recensé depuis juin, 1 419 ménages soit 4 257 personnes arrivées du Burkina Faso vers le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara. Depuis, certaines d’entre elles sont retournées au Burkina Faso et d’autres se sont rendues dans d’autres villes du Mali, mais le nombre de nouvelles arrivées est en baisse, selon le HCR.
Dans une note publiée ce 18 juin 2026, le HCR indique que certains réfugiés ont quitté la ville de Koro pour le Burkina Faso, notamment vers Dédougou et Bobo-Dioulasso, alors que
d’autres ont choisi différentes localités du Mali, dont Bankass, Mopti, Ségou et Sikasso.
« De nouvelles arrivées continuent d’être enregistrées à Koro, mais à un rythme inférieur à celui observé fin mai et début juin », ajoute le HCR.
Pour les nouveaux arrivants, ce sont des contraintes liées au transport qui avaient retardé leur arrivée dans la ville de Koro. Ils sont aussi nombreux à ne pas vouloir quitter leurs localités d’accueil (Mopti, Koro) à court terme. La plupart d’entre eux, ayant été dépouillés de leurs biens, ce qui souligne l’importance des besoins de protection et d’assistance.
Au 16 juin 2026, l’exercice de préenregistrement effectué par le HCR et le Gouvernement a permis de dénombrer 1 008 ménages soit 3 336 personnes, indique le HCR. Ces données partagées avec les partenaires, permettent d’établir la planification des besoins prioritaires, notamment dans les domaines de l’eau, l’hygiène, l’assainissement, la santé et l’assistance alimentaire.
Par ailleurs, les sites initialement occupés par les réfugiés ont été libérés, suite au retour vers le Burkina Faso et le départ vers d’autres villes du Mali, ainsi que l’accueil des nouveaux arrivants dans les familles hôtes, à Koro et environs.
Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations
La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.
La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel
Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.
Une marée noire venue du désert
Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.
La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.
Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.
Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.
L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable
Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).
Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.
Une coopération à inventer au-delà des clivages
Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.
Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.
La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.
Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques
Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.
Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »
La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.
Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel
La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.
Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières
La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.
Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables
La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.
S’engager résolument dans une guerre de l’information
Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.
La survie ou l’implosion
L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.
Mohamed Abdellahi Elkhalil
Spécialiste des Questions Sociales et
Sécuritaire du Sahel/Écrivain
Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée
Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.
Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »
À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.
Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?
D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.
Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?
Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.
Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?
Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.
Que gagnera la lauréate ?
La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.
Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?
Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.
Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat
Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.
Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.
Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).
Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.
Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.
« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.






























