Routes locales : le transfert attend ses moyens

Le gouvernement a redéfini les responsabilités des communes, des régions et du District de Bamako en matière de routes et de transports. La clarification juridique ne produira des résultats que si les collectivités reçoivent les financements et les compétences techniques nécessaires.

Qui doit réparer une voie communale dégradée, entretenir une piste rurale ou organiser certains services locaux de transport ? La réponse, souvent confuse pour les habitants, doit être précisée par deux projets de décret adoptés en Conseil des ministres le 21 août.
Le premier fixe le détail des compétences transférées dans le domaine des infrastructures routières. Le second concerne les transports. Les responsabilités seront désormais réparties entre les Communes, les Régions et le District de Bamako, avec l’appui-conseil des services centraux et déconcentrés du ministère des Transports et des Infrastructures.
Cette réorganisation découle de la réforme territoriale de 2023. La loi du 13 mars a supprimé le Cercle en tant que collectivité territoriale, tout en le maintenant comme circonscription administrative dirigée par un préfet. Il fallait donc revoir les décrets de 2018 qui attribuaient encore certaines responsabilités routières et de transport aux conseils de Cercle.
La réforme corrige ce décalage juridique. Elle devra surtout éviter qu’une compétence auparavant exercée à l’échelle du Cercle reste sans responsable opérationnel entre la Commune et la Région.
Responsabilités
La proximité peut améliorer la gestion des routes locales. Une commune connaît mieux les voies qui desservent les écoles, les centres de santé, les marchés et les zones de production. Une région peut établir des priorités entre plusieurs axes reliant les localités et coordonner des travaux dépassant les limites communales.
Cette connaissance ne remplace cependant ni les ingénieurs, ni les engins, ni les ressources budgétaires. Confier une route à une collectivité incapable de financer son entretien reviendrait à déplacer la responsabilité administrative sans résoudre la dégradation.
Les textes complets devront préciser la classification des voies, les responsabilités d’entretien, les procédures de programmation et le partage des charges. La population doit pouvoir identifier l’autorité compétente, tandis que les collectivités doivent connaître exactement le patrimoine routier dont elles deviennent responsables.
L’État avait commencé en 2021 à transférer aux régions une partie des ressources du Fonds d’entretien routier et certains crédits destinés aux pistes agricoles. La nouvelle organisation devra clarifier la continuité de ces financements et leur répartition après la disparition du niveau de collectivité Cercle.
Ressources
Le financement représente le principal test. Les communes disposent de ressources propres très inégales et restent fortement dépendantes des transferts de l’État. Les collectivités rurales qui possèdent les réseaux les plus étendus sont souvent celles dont les recettes fiscales sont les plus faibles.
Un mécanisme de péréquation apparaît donc indispensable. Sans correction des écarts, les territoires disposant d’un marché important, d’activités économiques formelles ou d’une base fiscale solide entretiendront mieux leurs voies que les communes rurales enclavées, pourtant davantage dépendantes des pistes pour accéder aux soins, aux écoles et aux marchés.
Les financements nationaux et extérieurs consacrés aux grands corridors ne répondent qu’à une partie du problème. La Banque mondiale a approuvé en mai 2025 environ 133 milliards de FCFA pour la réhabilitation du tronçon Diéma-Sandaré et des infrastructures connexes. L’amélioration d’un corridor perd une partie de son effet si les pistes qui y conduisent restent impraticables pendant l’hivernage.
Les collectivités devront aussi être accompagnées dans la passation des marchés, le contrôle des travaux et la programmation de l’entretien préventif. Réparer une dégradation à son début coûte moins cher que reconstruire une chaussée abandonnée pendant plusieurs saisons.
La transparence sera tout aussi importante. La publication, par commune et par région, des routes transférées, des crédits reçus, des entreprises retenues et des travaux réalisés permettrait aux habitants de suivre la réforme. Elle éviterait également que chaque niveau administratif renvoie la responsabilité à un autre lorsque les voies se dégradent.
Le transfert peut rapprocher la décision des usagers et rendre l’entretien plus réactif. Il ne réussira que si les compétences juridiques, les ressources financières et les capacités techniques sont transférées ensemble. Pour les populations, la décentralisation se jugera moins à l’intitulé des décrets qu’à la possibilité de circuler toute l’année.
Massiré Diop

Administration territoriale : un nouveau découpage redessine la carte administrative

Le Mali a entériné une réorganisation de son administration territoriale qui modifie sensiblement la carte du pays à tous les niveaux. Cette réforme découle d’une loi adoptée le 13 mars 2023, qui a porté à 19 le nombre de régions, en plus du District de Bamako, et redéfini la structuration des subdivisions administratives.

Avant cette réforme, l’organisation territoriale malienne reposait sur une configuration comprenant principalement 10 régions et le District de Bamako. Cette structure était elle-même le produit d’évolutions successives : après l’indépendance, le pays comptait huit régions, auxquelles s’ajoutèrent Taoudénit et Ménaka en 2016 pour faire dix, tandis que les cercles et les communes restaient les principales subdivisions opérationnelles.
Avec le nouveau découpage, le Mali s’organise désormais en 19 régions plus le District de Bamako. Ce schéma se traduit par 159 cercles, 466 arrondissements, 815 communes et 12 712 villages, fractions et quartiers répartis sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme, voulue par les autorités de transition, vise à donner une couverture administrative plus fine et plus proche des populations, en tenant compte de critères démographiques, sociologiques et d’accessibilité des services publics. Lors de la présentation de la nouvelle carte en mai 2023, le président de la transition a affirmé que cette réorganisation devait contribuer à la refondation de l’État et à la promotion d’une gouvernance territoriale plus efficace.
Dans la pratique, certaines des nouvelles régions ont été créées par démembrement de régions existantes. Par exemple, la région de San a été formée à partir de cercles auparavant rattachés à Ségou, et la région de Dioïla a été détachée de Koulikoro pour constituer une entité administrative distincte.
Sur le terrain, la réforme suscite des débats. Plusieurs acteurs estiment que l’adaptation des structures administratives aux réalités locales peut améliorer l’accès aux services et renforcer la présence de l’État dans les zones éloignées. D’autres soulignent, en revanche, les défis liés à la mise en œuvre effective : financement des nouvelles collectivités, dotation en ressources humaines qualifiées et déploiement des services publics restent des enjeux importants pour rendre opérationnel ce nouveau cadre territorial.
Que ce soit au niveau des autorités comme au sein de la société civile, on reconnaît que ce découpage constitue une étape institutionnelle majeure pour le Mali. Son impact dépendra désormais de la capacité des acteurs à transformer ces dispositions en opportunités tangibles pour les populations.

Environnement : le Mali redistribue les compétences

Les autorités maliennes ont redéfini les compétences territoriales en matière d’assainissement et de protection de l’environnement. Lors du conseil des ministres du 7 janvier 2026, elles ont procédé à la redistribution des compétences administratives en matière d’assainissement et d’environnement entre les différentes collectivités. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans l’effectivité de la décentralisation et de nouvelles mesures dans le domaine de l’environnement.

 

Le conseil des ministres du 7 janvier 2026 a adopté deux projets de décret au compte du ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Ces nouveaux textes précisent les compétences transférées aux collectivités territoriales en matière d’environnement. La nouvelle loi de 2023 portant organisation administrative a consacré la suppression de la collectivité territoriale cercle. Cette nouvelle organisation administrative a rendu nécessaire « la relecture du Décret n°2014-0572/P-RM du 22 juillet 2014 et du Décret n°2018-0079/P-RM du 29 janvier 2018 fixant respectivement le détail des compétences transférées de l’Etat aux Collectivités territoriales en matière d’assainissement, de lutte contre les pollutions et nuisances et de gestion des ressources forestières et fauniques », justifie le conseil des ministres.

Ainsi les décrets adoptés précisent l’organisation des compétences transférées entre les communes, les régions et le district de Bamako tout en mettant l’accent sur l’appui-conseil que les services de l’Etat doivent apporter aux collectivités décentralisée s dans les domaines de l’environnement, l’assainissement et le développement durable.

Le transfert de ces compétences vise à assurer une efficacité de la gestion environnementale tout en maintenant la coordination de l’Etat. En effet, ces questions locales méritent une réponse locale ancrée dans une politique commune.

Le Mali fait face à de multiples défis environnementaux, parmi lesquels la gestion des ressources naturelles, la gestion des déchets, l’adaptation au changement climatique ou encore la transition vers une économie verte.  La répartition efficace des compétences dans ces domaines et une meilleure coordination sont les gages d’une réussite en matière de gestion environnementale. C’est en tout cas, l’objectif de ces nouveaux textes qui visent d’une part à redéfinir les responsabilités en matière environnementale entre les collectivités et l’Etat et à asseoir une meilleure application des reformes administratives entreprises depuis plusieurs années.