Dominique KOUADIO: « À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes ».

Environ 3 500 nouveaux déplacés avaient été enregistrés à Macina au 23 octobre, selon Médecins Sans Frontières (MSF). Dans cet entretien écrit daté du 26 octobre 2026, le chef de mission OCP de l’organisation, Dominique KOUADIO, décrit les conditions d’accueil, les besoins sanitaires et les interventions de ses équipes.

Quel est le bilan actualisé des déplacements à Macina ?
Le chiffre de 5 000 personnes déplacées correspond au cumul des déplacements enregistrés entre 2023 et 2025. Les 3 400 nouveaux déplacés sont ceux arrivés depuis le début du mois de septembre à ce jour. À la date du 23 octobre, le nombre de nouveaux déplacés enregistrés avait atteint environ 3 500 personnes.
Combien de personnes avez-vous prises en charge et pour quelles pathologies ?
La majorité des déplacés qui viennent en consultation sont des femmes et des enfants. En quinze jours, les équipes de MSF ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants.
Les pathologies les plus dominantes restent le paludisme, les infections respiratoires, etc.
Dans quelles conditions les déplacés sont-ils hébergés ?
Les déplacés arrivés dans la nouvelle vague sont pour la plupart accueillis dans des familles d’accueil. Cette situation implique probablement des conditions de vie et d’hébergement dans la promiscuité et nous pensons que cela les expose davantage aux vecteurs du paludisme vu la période d’hivernage, mais aussi à plus de vulnérabilité aux infections respiratoires aiguës.
Rencontrez-vous des difficultés d’accès aux déplacés ?
Nos équipes sont présentes dans la ville de Macina, où se trouvent les personnes déplacées. Nos activités se déroulent au CSCOM central de Macina. Donc, nous ne rencontrons pas de difficultés d’accès aux déplacés.
Avec la nouvelle stratégie qui sera mise en place, nous prévoyons de mettre en place une équipe plus décentralisée, qui mènera des activités directement sur les sites de concentration des personnes déplacées, tandis qu’une autre équipe continuera d’intervenir au CSCOM.
En coordination avec les autres acteurs humanitaires, nous restons ouverts pour des actions plus décentralisées (cliniques mobiles) sur les sites de concentration des déplacés et en fonction de l’évolution des besoins.
Quels besoins doivent être couverts en priorité ?
Les besoins en abris, en articles de ménage, en vivres, en soutien psychologique, en protection, en approvisionnement en eau potable, en support en cash et en soins de santé primaires sont les plus urgents (besoins insuffisamment couverts au regard de la situation actuelle).

Dr Traoré Aminata Simpara : « Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins ».

Présente à Macina à travers une équipe mobile intégrée, AMSODE intervient auprès des personnes déplacées et des communautés d’accueil. Dans cet entretien à Journal du Mali, Dr Traoré Aminata Simpara, coordinatrice Santé et Nutrition de l’organisation, détaille les interventions menées, les contraintes de l’assistance humanitaire et les besoins qui restent à couvrir.

Dans quelles localités intervenez-vous actuellement auprès des déplacés et des familles d’accueil ? Êtes-vous présents à Macina ou dans d’autres zones du centre ?
AMSODE intervient dans plusieurs régions du Mali, notamment à Mopti, Ségou, Bandiagara, Douentza, Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka, Sikasso, Koulikoro, Kayes et dans le District de Bamako. Notre action s’inscrit dans une approche multisectorielle qui prend en compte les besoins des personnes déplacées, des réfugiés, des familles vulnérables et des communautés d’accueil.
À Macina, dans la région de Ségou, nous intervenons à travers une équipe mobile intégrée qui permet de rapprocher les services sociaux de base des populations affectées par le déplacement forcé. Cette approche est particulièrement importante lorsque les communautés rencontrent des difficultés d’accès aux services essentiels, surtout de santé.
Plus largement, les déplacements de populations exercent une pression supplémentaire sur les ressources et les services des localités d’accueil. Notre approche consiste donc à considérer les besoins des personnes déplacées, mais aussi ceux des familles qui les accueillent et qui peuvent elles-mêmes vivre dans une situation de vulnérabilité.
La couverture opérationnelle d’AMSODE varie selon les interventions et les ressources mobilisées. Notre priorité reste de répondre aux besoins identifiés dans nos zones d’action et de contribuer à une réponse humanitaire adaptée aux réalités des communautés.
Quelles actions avez-vous réalisées récemment dans ces localités ? Pouvez-vous préciser les dates, le nombre de bénéficiaires et les résultats obtenus ?
AMSODE met en œuvre des interventions qui répondent à différents besoins : assistance alimentaire et monétaire, accès aux soins, protection, accompagnement psychosocial, éducation et soutien aux moyens d’existence. Les modalités d’intervention dépendent du contexte et des besoins identifiés auprès des populations.
À titre d’exemple, dans la région de Mopti, 177 ménages déplacés internes à Walirdé ont bénéficié d’une assistance monétaire dans le cadre du mécanisme de réponse rapide RRM-ECHO, mis en œuvre par AMSODE et le Conseil norvégien pour les réfugiés, avec un financement de l’Union européenne. L’intervention comprenait également des séances d’information et des mécanismes de retour d’information des bénéficiaires.
En juin 2026, 216 ménages déplacés à Mabilé et Tintin-Bougou, à Bamako, ont bénéficié d’une assistance alimentaire d’urgence dans le cadre d’une intervention menée avec World Renew.
Dans le domaine de la santé, les équipes mobiles permettent également d’aller vers les populations qui rencontrent des difficultés pour accéder aux structures de soins. À titre d’illustration, entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE dans les régions de Tombouctou, Mopti, Bandiagara, Douentza, Gao, San et Ségou a permis de toucher 42 909 personnes. Elle a notamment permis de réaliser 13 269 consultations curatives gratuites, d’appuyer 272 urgences obstétricales et néonatales et d’accompagner 125 femmes enceintes par des transferts monétaires. Par ailleurs, 4 789 femmes et adolescentes ont bénéficié de services de consultations prénatales et postnatales, et 1 275 de services de planification familiale. L’intervention a également permis de dépister 1 545 enfants pour la malnutrition et de référer 64 cas compliqués vers les structures sanitaires appropriées. Au total, 1 996 enfants ont été vaccinés et 205 survivantes de violences basées sur le genre ont été appuyées. Ont également été distribués 880 kits de dignité, 281 kits d’accouchement et 365 kits d’hygiène menstruelle. Les activités de prévention et de sensibilisation ont touché 17 907 personnes.
Ces résultats montrent l’importance d’une réponse diversifiée, adaptée aux besoins des ménages. Mais ils rappellent aussi qu’une intervention ponctuelle ne suffit pas toujours à couvrir l’ensemble des besoins d’une famille déplacée, particulièrement lorsque le déplacement se prolonge et que les ressources des communautés d’accueil sont elles-mêmes limitées.
Avec quels moyens humains, matériels et financiers assurez-vous ces interventions ? Avez-vous constaté une évolution des financements disponibles en 2026 ?
Les interventions humanitaires reposent sur la mobilisation des équipes de terrain, des moyens logistiques, des partenaires opérationnels et des ressources financières nécessaires pour atteindre les populations. Pour les organisations nationales comme AMSODE, la capacité à maintenir une présence auprès des communautés dépend largement de la disponibilité et de la continuité de ces ressources.
Les chiffres du Plan de réponse humanitaire illustrent clairement la pression financière qui pèse sur le secteur au Mali. En 2025, 6,4 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire. Le plan nécessitait 771 millions de dollars, mais seulement environ 21 % de cette enveloppe a été mobilisée, soit le taux de financement le plus faible enregistré depuis dix ans. Malgré ce contexte, les partenaires humanitaires ont apporté une assistance à 1,8 million de personnes.
Pour 2026, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire prévoit 5,1 millions de personnes dans le besoin et cible 3,8 millions de personnes à assister, pour un financement requis de 577,9 millions de dollars. Au 28 septembre 2026, seulement 135,6 millions de dollars avaient été mobilisés, laissant un déficit de plus de 442 millions de dollars.
Ces chiffres montrent que les ressources disponibles restent très inférieures aux besoins identifiés. Pour les organisations humanitaires, cela signifie qu’il faut prioriser les interventions, rechercher des complémentarités entre acteurs et faire des choix difficiles alors que de nombreuses familles continuent d’avoir besoin d’aide.
Les contraintes financières ont-elles entraîné une réduction, un report ou un arrêt de certaines activités ? Si oui, lesquelles, dans quelles localités et avec quelles conséquences pour les bénéficiaires ?
Le sous-financement de la réponse humanitaire a des conséquences directes sur la capacité collective des acteurs à couvrir les besoins. En 2025, le plan humanitaire n’a été financé qu’à environ 21 %. En 2026, le déficit dépassait encore 442 millions de dollars au 28 septembre.
Lorsque les ressources sont insuffisantes, les acteurs doivent concentrer leurs moyens sur les besoins les plus urgents. Cela peut limiter le nombre de personnes assistées, réduire la durée de certaines interventions ou empêcher de répondre à des besoins pourtant identifiés. Une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie.
Il faut comprendre qu’un déplacement ne crée pas uniquement un besoin immédiat de nourriture ou d’abri. Il peut entraîner la perte des revenus, des biens et des moyens de subsistance, tout en perturbant l’accès aux soins, à l’éducation et aux autres services essentiels. Lorsque l’aide disponible ne couvre qu’une partie de ces besoins, les familles doivent continuer à faire face à des difficultés importantes.
La situation nationale montre donc que le financement est un facteur déterminant de la couverture humanitaire. Pour AMSODE, comme pour les autres acteurs, l’enjeu est de pouvoir maintenir une réponse cohérente avec les besoins identifiés et d’éviter les ruptures d’assistance lorsque les vulnérabilités persistent.
Quelles difficultés d’accès, de sécurité ou de logistique rencontrez-vous ? Comment vos équipes et vos partenaires locaux s’organisent-ils pour maintenir l’assistance ?
L’accès aux populations reste un défi majeur dans plusieurs zones du Mali. Selon le Plan des besoins et de la réponse humanitaire, 753 incidents ayant entravé l’accès humanitaire ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025, soit une hausse de 40 % par rapport à la même période en 2024. Quinze localités étaient signalées comme difficilement accessibles.
Ces contraintes affectent les populations, mais aussi les possibilités d’évaluation des besoins, d’acheminement de l’assistance et de suivi des interventions. Elles peuvent entraîner des retards et compliquer la continuité des services, notamment dans les zones éloignées ou accueillant un nombre important de personnes déplacées.
Pour maintenir l’assistance, les équipes s’appuient sur la coordination avec les partenaires et les acteurs locaux, la connaissance du contexte et l’adaptation des modalités d’intervention. Les équipes mobiles constituent notamment une approche permettant de rapprocher certains services des populations ciblées.
Mais la proximité avec les communautés ne suffit pas à elle seule. Les interventions nécessitent des moyens adaptés, des ressources disponibles et des conditions d’accès compatibles avec la sécurité des équipes et des bénéficiaires. L’assistance doit pouvoir être organisée de manière responsable, sans exposer davantage les personnes que nous cherchons à soutenir.
Quels besoins restent les moins couverts, notamment pour les femmes et les enfants ? Quelles mesures permettraient de renforcer votre réponse et de soutenir les familles d’accueil ?
Les besoins restent importants dans plusieurs secteurs. En 2026, les données de planification humanitaire font état de plus de 2 millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire, de 1,9 million de personnes exposées à des risques sanitaires importants et d’environ 3 millions de personnes privées d’un accès suffisant à l’eau potable et à l’hygiène. Par ailleurs, 1,8 million d’enfants ne peuvent pas fréquenter l’école et 1,6 million d’enfants de moins de cinq ans sont exposés au risque de malnutrition aiguë.
Ces chiffres montrent que les besoins sont étroitement liés. Une famille déplacée peut avoir besoin de nourriture, mais également de soins, d’eau, d’un abri, de protection et de moyens de subsistance. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables lorsque les ressources familiales s’épuisent et que les services essentiels deviennent difficiles d’accès.
Les familles d’accueil doivent également être prises en compte. Elles partagent leurs ressources avec les personnes déplacées alors qu’elles peuvent elles-mêmes être confrontées à des difficultés économiques. Si leur capacité à accueillir et à soutenir d’autres ménages s’affaiblit, les besoins et les tensions peuvent s’accentuer au sein des communautés.
Pour renforcer la réponse, il faut des financements plus prévisibles et mieux adaptés à la durée des crises, une assistance qui tienne compte des vulnérabilités spécifiques et un soutien aux moyens d’existence des ménages déplacés comme des familles d’accueil. Il est également essentiel de renforcer les services de proximité et de mieux articuler l’assistance d’urgence avec le relèvement et les solutions durables.
Enfin, les organisations nationales doivent disposer de moyens suffisants pour maintenir leur présence sur le terrain et participer pleinement à la définition des réponses. Elles connaissent les réalités locales et travaillent au contact des communautés. Cette proximité doit être accompagnée de ressources adaptées pour permettre une assistance continue, de qualité et redevable envers les populations.
L’objectif n’est pas seulement de répondre à une urgence immédiate, mais de permettre aux personnes déplacées et aux familles qui les accueillent de préserver leur dignité et de retrouver progressivement des conditions de vie plus stables.

Déplacés : L’aide reçue ne suffit pas

Après les attaques de septembre, Médecins sans frontières (MSF) a alerté le 20 octobre 2026 sur les besoins des déplacés de Macina. Les témoignages et les réponses recueillis par Journal du Mali racontent une assistance confrontée au manque de ressources, aux difficultés d’accès et à la persistance des besoins.

À Ségou, Mama Follé et Ba Oumou Diarra ont reçu des vivres et des kits non alimentaires. Originaires de Founou, dans le cercle de Ké-Macina, elles racontent avoir fui l’insécurité sans pouvoir emporter leurs biens. L’alimentation et les abris restent leurs priorités. Toutes deux saluent les autorités et les humanitaires, particulièrement la Croix-Rouge malienne, tout en décrivant une aide encore insuffisante.

Elles évoquent de nombreuses femmes et des enfants parmi les déplacés, ainsi que des arrivées récentes. Certaines familles sont installées depuis quelque temps, d’autres viennent de rejoindre les localités d’accueil. Selon les deux femmes, les possibilités de reprendre une activité restent limitées.

L’alerte publiée par MSF le 20 octobre, actualisée le lendemain, décrit l’urgence à Macina. Après les attaques contre Souleye le 1er septembre et Touara le 15, plus de 3 400 personnes ont rejoint une ville qui accueillait déjà plus de 5 000 déplacés. L’organisation signale le retrait de plusieurs acteurs internationaux de cette zone, faute de financements.

La majorité des déplacés sont hébergés par des familles d’accueil, tandis que d’autres vivent dans la rue, rapporte MSF. Ces ménages doivent partager des ressources déjà limitées. L’accès à l’eau, les latrines et les abris figurent parmi les besoins signalés par l’organisation.

Pour les arrivées enregistrées du 30 juillet au 16 septembre, Modibo Diarra, Coordinateur du projet humanitaire d’ALPHALOG, fait état de 475 ménages, soit 2 586 personnes, recensés par les services sociaux. Parmi elles figurent 439 enfants de moins de 5 ans. Ces familles, venues de Mérou-Daga, Souleye, Kèllè et Touara, se sont installées dans la ville de Macina.

Financement largement déficitaire

À l’échelle nationale, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire 2026 cible 3,8 millions de personnes sur 5,1 millions ayant besoin d’assistance. Selon les données OCHA citées par AMSODE, le plan nécessitait l’équivalent d’environ 338,7 milliards de francs CFA. Au 28 septembre, 79,5 milliards avaient été mobilisés, soit 23,5%. Il restait donc 259,2 milliards à trouver.

Les conséquences sont déjà décrites par le Programme alimentaire mondial. Dans sa réponse d’urgence, le PAM indique que les contraintes financières l’ont empêché d’assister plus de 200 000 personnes vulnérables en 2026. La durée de l’aide a également été ramenée de 6 à 3 mois.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) signalait pour sa propre opération au Mali un financement de 22% au 30 septembre, dans son bilan publié le 20 octobre.

ALPHALOG a vécu une interruption suivie d’une reprise. Selon Modibo Diarra, l’arrêt des financements de l’USAID a entraîné la suspension du projet le 25 janvier 2025. Les distributions et les activités de protection ont été interrompues. Les interventions ont repris le 1er avril grâce à un financement du gouvernement américain passant par son ambassade à Bamako.

Dans le cadre de son partenariat avec CECI Mali, dont la dernière période d’intervention s’est achevée le 31 mars 2026, l’ONG a réalisé d’autres distributions. À Macina, 558 ménages ont notamment reçu en janvier des rations couvrant 3 mois. Des kits de cuisine ont été distribués en février dans les communes de Macina et de Kokry.

Accès difficile

Les difficultés d’accès renchérissent aussi les interventions. ALPHALOG décrit les obstacles rencontrés pour atteindre les villages situés hors de Macina. Des activités ont été déplacées vers la ville et des distributions organisées dans les chefs-lieux de commune jugés plus sûrs. Faire venir les bénéficiaires occasionne des coûts supplémentaires, initialement absents du budget.

Pour maintenir le lien, l’organisation utilise des radios partenaires et des jeunes points focaux formés dans les villages difficiles d’accès. Les déplacements des équipes suivent un protocole de sécurité.

Un nouveau projet multisectoriel pour 2026 – 2027 doit soutenir les déplacés et les communautés d’accueil de Macina. Financé par le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, géré par OCHA, il a déjà donné lieu au versement d’une première avance de 40%, précise Modibo Diarra. Les préparatifs sont achevés. L’organisation dit attendre l’avis de non-objection de l’Administration territoriale pour démarrer.

Soins médicaux cruciaux

À Macina, AMSODE intervient avec une équipe mobile intégrée. Dr Traoré Aminata Simpara, Coordinatrice Santé et Nutrition, explique que ce dispositif rapproche les services des populations, pour lesquelles l’accès aux structures de soins est difficile.

La clinique mobile de MSF a de son côté pris en charge 2 131 personnes du 23 septembre au 7 octobre. Les équipes décrivent notamment des infections respiratoires et des cas de paludisme, dans un environnement marqué par le manque d’abris et d’équipements sanitaires.

Entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE a permis d’assurer 13 269 consultations curatives gratuites dans 7 régions, de Tombouctou à Ségou. Elle a également appuyé 272 urgences obstétricales et néonatales et dépisté 1 545 enfants pour la malnutrition.

L’appui financier peut aussi permettre un suivi médical auparavant inaccessible. Dans un témoignage transmis par AMSODE, Boura Guindo explique avoir reçu 105 000 francs CFA pour accompagner sa grossesse. Cette somme lui a permis de réaliser 3 échographies et d’autres analyses. « Sans cette somme, je n’aurais pas pu assurer correctement le suivi de ma grossesse », témoigne-t-elle.

Alimatou Karembé, dont le témoignage a également été transmis par l’organisation, a reçu le même montant. Elle explique avoir réalisé 3 échographies pendant sa dernière grossesse, alors qu’elle n’avait jamais pu bénéficier d’un suivi médical lors des précédentes.

La Coordinatrice rappelle toutefois qu’« une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie ». Elle insiste aussi sur les familles d’accueil, qui partagent leurs ressources et peuvent elles-mêmes vivre dans la précarité.

Mobilisation tous azimuts

La Croix-Rouge malienne indique assister actuellement plus de 300 ménages déplacés dans les zones de Macina et de l’interfleuve entre Mopti et Ségou. Originaires notamment de Macina et de Niono, ils reçoivent des kits d’hygiène et d’assainissement, des kits de dignité et des moustiquaires.

Les interventions s’étendent à d’autres foyers de déplacement. À Ménaka, 600 ménages ont récemment reçu une assistance financière. À Diré, dans la région de Tombouctou, 2 000 ménages ont bénéficié de transferts de 50 000 francs CFA chacun, pour une enveloppe totale de 100 millions.

Nouhoum Maïga, Directeur général de la Croix-Rouge malienne, annonce plus de 10 milliards de francs CFA mobilisés sur des besoins estimés à 12 milliards pour 2026. Parmi les appuis cités figure une contribution américaine de 3 millions de dollars au troisième trimestre, soit environ 1,8 milliard de francs CFA. Les démarches de mobilisation se poursuivent auprès de partenaires en Europe et dans les pays arabes.

Avec plus de 10 200 volontaires, l’organisation s’appuie sur ses branches et ses unités locales pour maintenir sa présence. Son Directeur plaide pour des financements prévisibles et souples, adaptés à l’évolution des besoins, ainsi que pour un soutien accru aux acteurs nationaux présents auprès des communautés.

Pour AMSODE, l’accompagnement doit aussi couvrir la protection et le soutien psychosocial. Les pertes de biens et de revenus, les séparations familiales et les difficultés d’accès à l’école prolongent les conséquences du déplacement. La Coordinatrice demande de soutenir les familles d’accueil autant que les nouveaux arrivants.

Le soutien aux moyens d’existence figure également parmi les demandes d’AMSODE. À Ségou, les deux déplacées rencontrées évoquent l’appui à la scolarisation et les petites activités que certaines femmes tentent de développer grâce aux organisations. Elles saluent ces soutiens. Mais, pour leur quotidien, elles citent toujours les mêmes priorités : des vivres et des abris.

Massiré Diop

Macina accueille plus de 3 400 déplacés après les violences de septembre

Selon Médecins sans frontières, les familles arrivées de Touara, Souleye et d’autres villages vivent principalement chez des proches. La clinique mobile de l’organisation a reçu 2 131 patients en quinze jours.

Plus de 3 400 personnes déplacées ont rejoint Macina après les violences survenues en septembre dans plusieurs localités de la région de Ségou, selon un bilan publié le 16 octobre par Médecins sans frontières.
MSF cite notamment une attaque à Souleye le 1er septembre et une autre à Touara le 15 septembre. L’identité des auteurs et le bilan humain complet restent à établir. L’organisation indique toutefois avoir fourni à l’hôpital de Macina des kits d’urgence utilisés pour la prise en charge de 25 blessés de l’attaque de Touara.
L’Agence malienne de presse avait également fait état, le 5 octobre, de déplacements provoqués par les attaques contre Kelle, Souleye et Touara. Une rencontre s’était alors tenue entre MSF, les responsables communaux et le service local du développement social afin de recenser les personnes accueillies et leurs besoins.
Des départs organisés dans l’urgence
Une habitante de Touara citée sous un prénom d’emprunt par MSF raconte avoir entendu des tirs entre 16 heures et 20 heures. Elle affirme que les hommes armés sont ensuite entrés dans le village. Les femmes et les enfants ont quitté la localité en pirogue au milieu de la nuit.
Arrivée à Macina avec sa famille, elle a trouvé refuge chez un proche qui héberge une quarantaine de personnes déplacées. Elle dit aussi que sa famille n’a pas pu retourner au village pour enterrer certains de ses proches.
La majorité des nouveaux arrivants vivent chez des familles d’accueil, d’après MSF. Certaines habitations abritent ainsi plusieurs ménages. D’autres personnes dorment dans la rue. Avant ces arrivées, Macina accueillait déjà plus de 5 000 déplacés, selon l’organisation.
Lors de la réunion du 5 octobre, les autorités locales ont recensé des besoins en nourriture, en vêtements, en eau, en produits d’hygiène et en abris. Elles ont aussi évoqué la nécessité d’un accompagnement psychosocial et de tentes pour les écoles confrontées à une augmentation de leurs effectifs.
Plus de 2 100 consultations en quinze jours
MSF déploie depuis la fin du mois de septembre une clinique mobile en appui aux structures du ministère de la Santé. L’organisation estime sa fréquentation à environ 150 patients par jour.
En quinze jours, les équipes médicales ont pris en charge 2 131 personnes, dont 662 femmes et 591 enfants. Hussein Younoussa, responsable des activités d’urgence de MSF, indique que les consultations concernent principalement des infections respiratoires et des cas de paludisme.
Selon lui, les infections respiratoires sont liées aux conditions d’hébergement des déplacés. Plusieurs familles manquent d’abris, de latrines et de points d’eau. Les femmes et les enfants représentent la majorité des patients reçus par la clinique mobile.
MSF prévoyait de maintenir cette équipe mobile pendant trois mois. Le dispositif complète les activités déjà menées par l’organisation au Centre de santé de référence et au Centre de santé communautaire de Macina.
MSF signale également le départ de plusieurs organisations humanitaires de la zone en raison de difficultés de financement. À Macina, l’assistance repose actuellement sur les services publics, les communautés d’accueil, les personnes de bonne volonté et les organisations encore présentes.
Massiré Diop