Rwanda : Le pari d’un contrôle sans blocage de l’aide

Kigali a construit un cadre qui permet à l’État de suivre les financements extérieurs sans freiner les ONG et les partenaires humanitaires. L’expérience rwandaise montre qu’il est possible de concilier pilotage national et continuité des interventions.

Souvent cité parmi les modèles africains en matière de gouvernance publique, le Rwanda a progressivement mis en place un dispositif qui lui permet de garder la maîtrise des financements venus de l’extérieur tout en maintenant un espace opérationnel pour les ONG, les fondations et les partenaires de l’aide.

Le choix fait par les autorités repose moins sur une ponction directe des ressources que sur une organisation rigoureuse du suivi. Dès 2006, la politique nationale de l’aide pose un principe clair indiquant que les interventions financées de l’extérieur doivent s’aligner sur les priorités définies par l’État. L’objectif n’est pas d’entraver l’action des partenaires, mais de s’assurer que les fonds mobilisés répondent effectivement aux besoins identifiés au niveau national.

Ce cadre s’est ensuite renforcé avec un système centralisé de déclaration et de suivi. Les organisations intervenant dans le pays doivent communiquer les montants reçus, les secteurs concernés, les zones d’intervention et les résultats attendus. Ce mécanisme offre aux autorités une visibilité précise sur les flux financiers et la répartition des projets sur le territoire.

Fiscalité ciblée

L’un des enseignements les plus parlants concerne la fiscalité. Plutôt qu’une retenue uniforme sur les financements, Kigali a privilégié un régime d’exemptions encadrées pour les programmes de développement et les opérations humanitaires. Concrètement, les aides provenant des États partenaires, des institutions internationales ou des agences multilatérales peuvent bénéficier d’allègements sur la TVA, les droits de douane et certaines charges liées aux importations ou à l’exécution des projets, ce qui permet de préserver les ressources destinées aux bénéficiaires tout en maintenant un contrôle étroit des flux financiers. L’État conserve ainsi la maîtrise administrative, exige le reporting et l’alignement sur les priorités nationales, sans amputer directement les budgets alloués à la santé, à la nutrition, à l’eau ou à l’assistance d’urgence.

Pour de nombreux observateurs, c’est cet équilibre qui fait la force du dispositif, à savoir un contrôle fondé sur la traçabilité, l’enregistrement et l’évaluation des résultats, plutôt que sur une ponction directe des fonds. L’expérience rwandaise montre ainsi qu’il est possible de renforcer la souveraineté financière et les exigences de transparence sans compromettre l’efficacité de l’aide aux populations vulnérables.

Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit

Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.

Ces réactions interviennent après l’adoption, le 4 mars 2026 en Conseil des ministres, de textes liés à la réorganisation du dispositif de suivi et de contrôle des associations et fondations.
Plusieurs faîtières de la société civile malienne et des organisations non gouvernementales actives dans l’humanitaire et le développement ont réagi aux mesures récemment annoncées par les autorités. Dans un communiqué rendu public à Bamako, ces organisations affirment soutenir les efforts visant à améliorer la transparence et la redevabilité dans la gestion des projets de développement.
Les signataires estiment toutefois que certaines dispositions pourraient avoir des conséquences sur la mise en œuvre des programmes conduits par les associations et ONG dans différentes régions du pays.
Les inquiétudes portent notamment sur l’introduction d’une contribution financière liée aux activités de suivi et de contrôle des organisations. Selon les organisations signataires, les discussions autour de la réforme évoquent la possibilité d’un prélèvement sur les ressources des projets destinées aux actions de développement.
Pour ces organisations, une telle mesure pourrait réduire les moyens consacrés directement aux activités menées au profit des communautés bénéficiaires. Elles rappellent également que les projets financés par les partenaires techniques et financiers comportent déjà des mécanismes de suivi et d’évaluation intégrés dans leurs budgets.
Les signataires soulignent que les associations et ONG jouent un rôle important dans l’appui aux populations dans plusieurs domaines, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau ou encore la protection des personnes déplacées.
Dans plusieurs localités du pays, ces organisations interviennent aux côtés des services publics et des collectivités territoriales pour soutenir les communautés confrontées à des difficultés économiques ou à des situations d’urgence.
Les organisations rappellent également que les programmes humanitaires et de développement génèrent des retombées économiques locales à travers l’emploi de personnel national, les achats de biens et services auprès d’entreprises locales et les partenariats avec des organisations communautaires.
Les signataires affirment rester ouverts à la concertation avec les autorités afin de trouver des solutions permettant de renforcer la transparence et la coordination des actions de développement tout en préservant l’efficacité des programmes menés au bénéfice des populations.
Pour ces organisations, un dialogue entre l’État, la société civile et les partenaires techniques et financiers pourrait permettre de trouver un équilibre entre les exigences de contrôle et la nécessité de maintenir un environnement favorable à l’action humanitaire et aux initiatives de développement.

Abdramane Niama Togora : « L’arrêt n’a pas beaucoup impacté le monde humanitaire »

Il y a maintenant plus de six mois que l’aide publique française au développement a été suspendue au Mali. Cela a-t-il eu un impact sur le monde humanitaire ? Abdramane Niama Togora, Coordinateur national des sites de déplacés internes à la Direction nationale du Développement social répond à nos questions.                                                   

Quel est votre constat sur le fonctionnement des ONG humanitaires qui bénéficiaient de l’appui de la France depuis l’arrêt des financements de l’AFD au Mali ?

Suite à l’arrêt des activités des ONG qui opéraient sur financement français, nous avons tout de suite fait une évaluation et il s’est avéré qu’il y en avait à l’époque une vingtaine. Mais très peu opéraient dans le monde humanitaire, dans lequel nous évoluons. Il y avait des programmes dont les sources de financement étaient variées, donc, du coup nous n’avons pas constaté d’arrêt d’ONG qui avaient un financement français. D’autres partenaires financiers se sont proposés pour soutenir celles qui opéraient dans le monde humanitaire.

Quelle a été votre stratégie pour éviter tout impact ?

Après la décision, on a tenu une réunion rapidement avec OCHA, le Bureau de  coordination des affaires humanitaires des Nations unies au Mali pour évaluer l’impact que cela pouvait avoir. Il s’est trouvé qu’il y avait très peu d’impact. Nous évoluons dans un système de clusters, c’est-à-dire si un acteur se trouve dans l’incapacité de soutenir une population malgré ses engagements, un autre acteur  peut se positionner pour combler le vide. C’est avec ce système qu’on a vraiment pu soutenir les populations qui étaient dans le besoin suite à l’arrêt des financements français.

Quelles sont les ONG qui bénéficiaient de ces financements ?

Les financements étaient surtout orientés vers des ONG qui étaient là généralement pour soutenir les collectivités dans les actions de développement, comme la réalisation d’infrastructures communautaires ou des activités sociales.

Quel sont les rapports actuels entre l’État et les ONG ?

Ces ONG continuent d’évoluer. Récemment, on a une réunion de coordination autour des sites de Bamako, où il y a beaucoup d’ONG qui ont des staffs français et qui ont leur siège social en France. Mais ce n’est pas un problème, parce que les ONG sont là pour soutenir le gouvernement dans la protection générale de sa population. Il n’y a pas de rapport ambigu. Ces ONG continuent d’évoluer normalement, même si certaines ont quand même dû libérer un certain nombre de personnes parce qu’à leur niveau le recrutement est lié à des financements.