Côte d’Ivoire: RDR, PDCI et consorts= RHDP

Le paysage politique ivoirien se modifie, légèrement. Car, c’est une confirmation  plutôt qu’une nouvelle naissance qui a eu lieu ce lundi 16 avril 2018. Réunis dans une  alliance depuis quelques années déja, les partis politiques membres du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et paix ( RHDP) ont décidé d’en faire un parti unifié baptisé du nom de la coalition. Le communiqué concluant la conférence des Présidents des partis membres du RHDP exprime la ferme volonté de tous les leaders des partis de poursuivre l’oeuvre de développement et l’action politique du président Félix Houphouet Boigny afin de préserver la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire.

Annoncée le 10 avril dernier au cours d’une audience au palais présidentiel par les chefs des deux partis majoritaires de la Coalition, Alassane D. Ouattara et Henri K. Bédié, cette unification a reçu l’aval des 4 autres membres. Ils ont apposé leur signature en bas d’un accord de 3 pages. Finie donc les tensions qui secouaient le RDR et le PDCI, avec en ligne de mire la prochaine présidentielle et les velléités de candidature avérées ou non  de leurs leaders. Reste cependant à convaincre les militants qui doutent encore de la pertinence de faire disparaître leurs formations au profit de ce nouveau creuset où les intérêts et les aspirations peuvent être divergents.

Côte d’Ivoire: Le feu sous la cendre

Le Front populaire ivoirien (FPI) a organisé ce week-end un grand meeting à  la place Ficgayo, suituée à  Yopougon, quartier populaire de la capitale économique Abidjan. La rencontre animée par le président par intérim du parti, Sylvain Miaka Oureto, a rassemblé des centaines de partisans. M. Oureto a fustigé la gestion actuelle du pays, dirigé depuis Mai 2011 par Alassane Dramane Ouattara, après plusieurs mois de violences postélectorales. «Les valeurs humaines ont foutu le camp en Côte d’Ivoire. Nous ne sommes plus dans un Etat démocratique. La Côte d’Ivoire marche sur la tête. Ouattara a ramené la Côte d’Ivoire a trente ans en arrière», a-t-il déclaré sous les vivas des participants. Dans son allocution, il a lancé de nombreuses piques au Rdr (parti au pouvoir) qui «ne gouverne que par la peur». Le meeting sécurisé par les forces onusiennes a très vite dégénéré. M. Oureto et ses camarades du parti ont du quitter précipitamment les lieux, étant visés par des jets de pierre. Le Front populaire ivoirien a par la suite annoncé la mort d`un de ses partisans. Dans une conférence de presse pour faire le bilan de ces violences, le président du comité d’organisation de la manifestation, Michel Amani N’Guessan, a pointé un doigt accusateur sur la mission onusienne en Côte d’Ivoire qui aurait soutenu des individus non identifiés pour attaquer les militants de l’opposition à  cette manifestation politique. Le président du comité d’organisation a révélé que l’incident avait fait un mort, 68 blessés et au moins 10 véhicules saccagés. « Tout a été planifié avec l’ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) pour supprimer l’opposition significative », a affirmé Amani N’Guessan. Pour l’ancien ministre de la Défense de Laurent Gbagbo, « la démocratie et l’Etat de droit triompheront en Côte d’Ivoire. l’ONUCI de son côté a, dans un communiqué, condamné énergiquement les incidents survenus samedi et à  rappeler son attachement à  la liberté de rassemblement et d’expression, indispensable à  la vie démocratique. l’ONUCI a invité le Gouvernement à  prendre les mesures appropriées pour déterminer les circonstances de ces incidents malheureux, en identifier les auteurs pour les arrêter et les traduire en justice conformément à  la loi en vigueur. Cet incident souligne les tensions qui subsistent en Côte d`Ivoire neuf mois après l`arrestation de l`ancien président Laurent Gbagbo et l`accession à  la présidence de son rival Alassane Ouattara au terme de plusieurs semaines de conflit. La situation socio-économique est encore instable malgré les efforts du gouvernement pour venir en aide aux populations qui ont presque tout perdu dors des violences de 2011. Sur le front politique, les choses ne sont gèure plus calmes. l’ex-parti au pouvoir souffle le chaud et le froid dans le processus de réconciliation en cours dans le pays. Tantôt partant pour des négociations, il n’a finalement plus participé aux législatives qui se sont déroulées mi-décembre 2011. Ses partisans ont été accusés d`abus lors des violences qui ont suivi l`élection présidentielle contestée de novembre 2010.

Législatives : Test réussi pour ADO?

Pour certains, il est vraiment trop tôt pour tirer des conclusions du scrutin de dimanche dernier. Il est vrai que selon les premiers résultats provisoires, C’’est le parti de Ouattara qui l’emporte haut la main en obtenant la majorité au parlement. Mais cela veut-il dire que les ivoiriens ont massivement voté pour offrir à  leur nouveau président une Assemblée qui lui soit favorable ? Non, puisque selon les chiffres avancés par la Commission électorale Indépendante, très peu se sont déplacés pour allés voter. On est très loin des 70% enregistrés lors de la présidentielle de 2010. « Lle taux de participation oscille entre 35% et 40%, pas plus », a déclaré un responsable d’un bureau de vote à  Yopougon, un fief pro-Gbagbo d’Abidjan. Les observateurs saluent la bonne tenue du scrutin, malgré quelques incidents. « Globalement, les élections se sont déroulées dans le calme dans les bureaux de vote visités à  Abidjan et dans l’intérieur du pays », a commenté Bert Koenders, représentant du secrétaire général de l’Onu pour la Côte d’Ivoire, dans un communiqué. La débâcle des pro-Gbagbo L’élection a été boycottée par le parti de l’ancien président Laurent Gbagbo qui comparaà®t devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour des accusations de crimes de guerre. Ses anciens compagnons qui ont décidé eux de participer au scrutin on tous ou presque subi des défaites. Une vingtaine d’ «indépendants pro-Gbagbo» ont ainsi perdu leur fauteuil de député. Il s’agit entres autres de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale et ancien cadre du Front Populaire Ivoirien, le professeur Mamadou Koulibaly qui s’est fait battre dans la commune de Koumassi. Des anciens ministres, Amon Tanoh et Zémogo Fofana sont également passés à  la trappe. Un vote sanction des partisans de l’ex-président qui ne leur auront pas pardonné d’avoir accepté de jouer « le jeu de Ouattara » en participant à  ce scrutin. Une victoire pour Ouattara ? Les résultats officiels ne sont pas encore tomber mais on s’attend comme l’a annoncé hier la télévision publique à  la victoire écrasante du Rassemblement des républicains (R du président Alassane Ouattara, avec 123 parlementaires sur un décompte portant sur 228 sièges. l’allié politique, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ancien président Henri Konan Bédié en obtiendrait 93. Cette victoire du RDR au premier scrutin du règne ADO va peut-être permettre de consolider son pouvoir, quelques jours après qu’il est réussi à  se débarrasser de son encombrant ancien adversaire, transféré manu militari à  la Haye fin novembre. Mais la réconciliation coutera plus cher que des législatives réussies. La détention de Laurent Gbagbo puis son transfert à  CPI de La Haye mais aussi le fait que les principaux cadres de ce parti sont actuellement emprisonnés et ce depuis le mois d’avril dernier sont encore des éléments qui poussent les observateurs à  se montrer sceptiques sur la suite du processus. Reste que la principale leçon à  tirer de cette élection est que les ivoiriens sont profondément désabusés vis-à -vis des politiques, en témoigne le faible taux de participation. Fin 2010, ils s’étaient mobilisés en masse et avec beaucoup d’espoir, et au final, ont vécu la guerre et la terreur. Le régime Ouattara a encore à  faire ses preuves pour sortir les ivoiriens de la « crise de confiance » et surtout pour cela, le temps presse…