Année de la Culture : Un bilan contrasté

Décrétée « Année de la Culture » par le Président de la Transition, l’année 2025 s’est achevée avec l’organisation de la Biennale artistique et culturelle à Tombouctou, du 18 au 28 décembre. Cette décision, largement saluée par les acteurs culturels, portait l’ambition d’aller au-delà d’une succession d’événements pour repositionner durablement la culture au cœur du projet de refondation nationale.

Le lancement officiel du programme « Mali Culture 2025 », le 27 février au Centre international de conférences de Bamako, avait donné le ton. Les autorités avaient alors mis en avant la transmission des valeurs du Mali Kura à la jeunesse, la revitalisation culturelle des territoires et le rôle de la culture dans la cohésion sociale. Une conférence nationale sur la revitalisation de la culture et du tourisme, organisée en début d’année, avait également réuni professionnels et décideurs autour des défis structurels du secteur.

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Pour de nombreux acteurs, la décision de consacrer 2025 à la culture représentait avant tout un signal politique. « Il s’agit désormais de mettre la culture au centre de tout », estime Binogo Ouologuem, membre de l’association Guina Dogon, pour laquelle la culture constitue un socle dans la quête de cohésion sociale et de paix. Une culture enracinée dans les valeurs locales, mais ouverte sur le monde, est perçue comme un levier de développement à l’échelle des territoires.

Dans les faits, plusieurs manifestations ont jalonné l’année, dont la Biennale, Ségou’Art ou encore des festivals de théâtre et de marionnettes maintenus malgré un contexte sécuritaire contraignant. Ces rendez-vous ont offert une visibilité au secteur, sans toutefois combler les attentes en matière de structuration durable.

Pour les acteurs du livre, l’Année de la Culture a ravivé l’espoir d’une relance. Niaré Fatoumata Keita, écrivaine et éditrice, plaide pour des mesures concrètes, allant du soutien à l’édition à la création de bibliothèques dans les régions et les communes. Des propositions similaires ont émergé dans le cinéma, où Salif Traoré souligne la nécessité d’une véritable école de cinéma et d’une relance des circuits de distribution et de diffusion.

Au-delà des expressions artistiques, plusieurs observateurs notent que les enjeux de diplomatie culturelle, d’industrie culturelle et d’économie culturelle sont restés peu visibles. Le financement, les infrastructures et l’accès aux marchés constituent toujours des points de fragilité.

Pour beaucoup, l’Année de la Culture aura permis de replacer le sujet dans le débat public. Reste désormais à transformer cette visibilité en politiques culturelles durables, capables de faire de la culture un pilier économique, social et symbolique du renouveau national.

Mohamed Lamine Ouattara : « Il faut changer les mentalités pour refonder le Malien »

La session nationale du Dialogue multi-acteurs sur le renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali, dans le cadre du Programme de recherche et de dialogue pour la refondation (PREDIRE) de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD), s’est tenue les 24 et 25 juillet à Bamako. Dans cet entretien, Mohamed Lamine Ouattara, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Kurukanfuga de Bamako et membre de la Commission scientifique du PREDIRE, aborde les échanges et les recommandations issues de la session. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quelle est l’importance de cette phase de dialogue multi-acteurs au niveau national ?

C’est l’aboutissement d’un très long processus qui a commencé à l’initiative du NIMD, puis a été peaufiné et affiné par une Commission scientifique bien triangulée, représentant divers bords. Cela a donné lieu à un processus qui a démarré au niveau local, puis régional, pour aboutir à un niveau national. Nous avons voulu regrouper les deux grandes études menées sur les questions de démocratie et de participation citoyenne en une seule thématique intitulée : « Renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali ».

De quoi a-t-il été question lors de ces deux jours d’échanges ?

Cette session nous a permis de faire le point sur les conclusions des Plans d’action des niveaux local et régional et d’y apporter des ajouts. Nous avons effectué des modifications et formulé des recommandations qui nous ont permis d’élaborer des actions prioritaires, en désignant des responsables pour leur mise en œuvre ainsi que des acteurs associés, à travers un chronogramme stratégique.

Quels sont les défis et les actions à mener pour un engagement citoyen renforcé et une meilleure participation à la refondation ?

Le premier élément identifié en termes d’engagement citoyen et de participation politique est le faible niveau de culture démocratique dans notre pays. Cela se traduit par un corollaire, le faible niveau de civisme et de citoyenneté. Pour rehausser le niveau de culture démocratique, nous avons proposé un certain nombre d’actions prioritaires à mener. Par exemple, la création de cadres de dialogue citoyen au niveau local, entre les élus, les citoyens et des acteurs de la société civile. En ce qui concerne l’amélioration du civisme et de la citoyenneté, nous avons estimé qu’il fallait changer les mentalités pour refonder complètement le Malien. Pour cela, il faudra agir dès le plus jeune âge. Il s’agira de créer au niveau des écoles des applications et des sites web permettant de développer des manuels pédagogiques et éducatifs à la fois ludiques et modernes.