Assa Sakiliba, reporter de guerre à Gao

Journal du Mali : Pourquoi vous êtes-vous rendue dans les régions du Nord durant le mois de février ? Assa Sakiliba: Ma mission s’est déroulée du 11 au 26 février 2012. D’abord je me suis rendue à  Konna, Sévaré, Douentza puis Gao. J’ai reçu des formations sur la couverture médiatique en période de conflit. C’’est fort de cette expérience, que J’ai proposé à  ma rédaction de me rendre sur les lieux afin de rapporter l’information. C’’était une bonne occasion pour mettre en pratique ce que J’ai appris durant ces formations. Comment faisiez-vous votre collecte de l’information sur place ? En temps de conflit, ce n’est pas évident d’avoir des informations justes et fiables. Mais étant sur le terrain, cela change beaucoup. Sur place, je n’ai pas rencontré beaucoup de difficultés dans ma collecte. Les militaires étaient pour la plupart étonnés de voir une « femme » journaliste. Certains me posaient la question à  savoir « qu’est-ce que vous êtes venue faire ici ». Selon eux, même les hommes journalistes ont du mal à  plus forte raison une femme. Ils évoquaient le danger également. Partout o๠je suis passée, la collecte de l’information a été à  ma portée et on m’a beaucoup facilité la tâche en me donnant les informations justes. Pendant votre séjour à  Gao, vous avez suivi en direct une bataille entre l’armée et les jihadistes, comment avez-vous vécu la situation ? Je me rappelle de ce jour comme si C’’était hier. Le jeudi 21 février, C’’était la catastrophe à  Gao. Les premiers coups de feu ont été entendus vers 23h30, je m’apprêtais à  me coucher. J’ai du poser mon matelas sur la tête craignant d’éventuelles balles perdues. J’étais sur la terrasse de l’appartement o๠je dormais, je suis descendue rapidement. Et le lendemain, J’étais sur le lieu de combat bien protégée avec gilet par balles et casque. Très vite, les journalistes ont été conviés à  quitter les lieux pour leur propre sécurité. Ce sont des souvenirs indélébiles, J’étais là  la peur au ventre. Vous êtes la seule journaliste à  vous être rendue dans les régions Nord du Mali depuis le début du conflit, comment expliquez-vous l’absence des femmes journalistes au front ? En temps de crise, C’’est déjà  difficile pour les confrères à  plus forte raison les consœurs. Ce n’est pas par manque de moyens ou de volonté. Mais je crois que les gens ne veulent pas prendre de risque d’envoyer des femmes sur ce genre de terrain. Que représente cette étape dans votre carrière ? Cela reste ma plus grande fierté. Depuis le début de ma carrière, C’’est la première fois que je couvre de tels événements. Jusqu’à  aujourd’hui je continue de recevoir des messages de félicitations, ce n’est pas rien. J’en profite pour lancer un appel à  tous les confrères, surtout à  toutes les consœurs. Ce serait très bien de se rendre dans les régions Nord du Mali en ces périodes, ne serait-ce que pour un ou deux jours de reportage. Il faut être là  bas pour savoir réellement ce qui s’y passe.