Déplacés : L’aide reçue ne suffit pas

Après les attaques de septembre, Médecins sans frontières (MSF) a alerté le 20 octobre 2026 sur les besoins des déplacés de Macina. Les témoignages et les réponses recueillis par Journal du Mali racontent une assistance confrontée au manque de ressources, aux difficultés d’accès et à la persistance des besoins.

À Ségou, Mama Follé et Ba Oumou Diarra ont reçu des vivres et des kits non alimentaires. Originaires de Founou, dans le cercle de Ké-Macina, elles racontent avoir fui l’insécurité sans pouvoir emporter leurs biens. L’alimentation et les abris restent leurs priorités. Toutes deux saluent les autorités et les humanitaires, particulièrement la Croix-Rouge malienne, tout en décrivant une aide encore insuffisante.

Elles évoquent de nombreuses femmes et des enfants parmi les déplacés, ainsi que des arrivées récentes. Certaines familles sont installées depuis quelque temps, d’autres viennent de rejoindre les localités d’accueil. Selon les deux femmes, les possibilités de reprendre une activité restent limitées.

L’alerte publiée par MSF le 20 octobre, actualisée le lendemain, décrit l’urgence à Macina. Après les attaques contre Souleye le 1er septembre et Touara le 15, plus de 3 400 personnes ont rejoint une ville qui accueillait déjà plus de 5 000 déplacés. L’organisation signale le retrait de plusieurs acteurs internationaux de cette zone, faute de financements.

La majorité des déplacés sont hébergés par des familles d’accueil, tandis que d’autres vivent dans la rue, rapporte MSF. Ces ménages doivent partager des ressources déjà limitées. L’accès à l’eau, les latrines et les abris figurent parmi les besoins signalés par l’organisation.

Pour les arrivées enregistrées du 30 juillet au 16 septembre, Modibo Diarra, Coordinateur du projet humanitaire d’ALPHALOG, fait état de 475 ménages, soit 2 586 personnes, recensés par les services sociaux. Parmi elles figurent 439 enfants de moins de 5 ans. Ces familles, venues de Mérou-Daga, Souleye, Kèllè et Touara, se sont installées dans la ville de Macina.

Financement largement déficitaire

À l’échelle nationale, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire 2026 cible 3,8 millions de personnes sur 5,1 millions ayant besoin d’assistance. Selon les données OCHA citées par AMSODE, le plan nécessitait l’équivalent d’environ 338,7 milliards de francs CFA. Au 28 septembre, 79,5 milliards avaient été mobilisés, soit 23,5%. Il restait donc 259,2 milliards à trouver.

Les conséquences sont déjà décrites par le Programme alimentaire mondial. Dans sa réponse d’urgence, le PAM indique que les contraintes financières l’ont empêché d’assister plus de 200 000 personnes vulnérables en 2026. La durée de l’aide a également été ramenée de 6 à 3 mois.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) signalait pour sa propre opération au Mali un financement de 22% au 30 septembre, dans son bilan publié le 20 octobre.

ALPHALOG a vécu une interruption suivie d’une reprise. Selon Modibo Diarra, l’arrêt des financements de l’USAID a entraîné la suspension du projet le 25 janvier 2025. Les distributions et les activités de protection ont été interrompues. Les interventions ont repris le 1er avril grâce à un financement du gouvernement américain passant par son ambassade à Bamako.

Dans le cadre de son partenariat avec CECI Mali, dont la dernière période d’intervention s’est achevée le 31 mars 2026, l’ONG a réalisé d’autres distributions. À Macina, 558 ménages ont notamment reçu en janvier des rations couvrant 3 mois. Des kits de cuisine ont été distribués en février dans les communes de Macina et de Kokry.

Accès difficile

Les difficultés d’accès renchérissent aussi les interventions. ALPHALOG décrit les obstacles rencontrés pour atteindre les villages situés hors de Macina. Des activités ont été déplacées vers la ville et des distributions organisées dans les chefs-lieux de commune jugés plus sûrs. Faire venir les bénéficiaires occasionne des coûts supplémentaires, initialement absents du budget.

Pour maintenir le lien, l’organisation utilise des radios partenaires et des jeunes points focaux formés dans les villages difficiles d’accès. Les déplacements des équipes suivent un protocole de sécurité.

Un nouveau projet multisectoriel pour 2026 – 2027 doit soutenir les déplacés et les communautés d’accueil de Macina. Financé par le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, géré par OCHA, il a déjà donné lieu au versement d’une première avance de 40%, précise Modibo Diarra. Les préparatifs sont achevés. L’organisation dit attendre l’avis de non-objection de l’Administration territoriale pour démarrer.

Soins médicaux cruciaux

À Macina, AMSODE intervient avec une équipe mobile intégrée. Dr Traoré Aminata Simpara, Coordinatrice Santé et Nutrition, explique que ce dispositif rapproche les services des populations, pour lesquelles l’accès aux structures de soins est difficile.

La clinique mobile de MSF a de son côté pris en charge 2 131 personnes du 23 septembre au 7 octobre. Les équipes décrivent notamment des infections respiratoires et des cas de paludisme, dans un environnement marqué par le manque d’abris et d’équipements sanitaires.

Entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE a permis d’assurer 13 269 consultations curatives gratuites dans 7 régions, de Tombouctou à Ségou. Elle a également appuyé 272 urgences obstétricales et néonatales et dépisté 1 545 enfants pour la malnutrition.

L’appui financier peut aussi permettre un suivi médical auparavant inaccessible. Dans un témoignage transmis par AMSODE, Boura Guindo explique avoir reçu 105 000 francs CFA pour accompagner sa grossesse. Cette somme lui a permis de réaliser 3 échographies et d’autres analyses. « Sans cette somme, je n’aurais pas pu assurer correctement le suivi de ma grossesse », témoigne-t-elle.

Alimatou Karembé, dont le témoignage a également été transmis par l’organisation, a reçu le même montant. Elle explique avoir réalisé 3 échographies pendant sa dernière grossesse, alors qu’elle n’avait jamais pu bénéficier d’un suivi médical lors des précédentes.

La Coordinatrice rappelle toutefois qu’« une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie ». Elle insiste aussi sur les familles d’accueil, qui partagent leurs ressources et peuvent elles-mêmes vivre dans la précarité.

Mobilisation tous azimuts

La Croix-Rouge malienne indique assister actuellement plus de 300 ménages déplacés dans les zones de Macina et de l’interfleuve entre Mopti et Ségou. Originaires notamment de Macina et de Niono, ils reçoivent des kits d’hygiène et d’assainissement, des kits de dignité et des moustiquaires.

Les interventions s’étendent à d’autres foyers de déplacement. À Ménaka, 600 ménages ont récemment reçu une assistance financière. À Diré, dans la région de Tombouctou, 2 000 ménages ont bénéficié de transferts de 50 000 francs CFA chacun, pour une enveloppe totale de 100 millions.

Nouhoum Maïga, Directeur général de la Croix-Rouge malienne, annonce plus de 10 milliards de francs CFA mobilisés sur des besoins estimés à 12 milliards pour 2026. Parmi les appuis cités figure une contribution américaine de 3 millions de dollars au troisième trimestre, soit environ 1,8 milliard de francs CFA. Les démarches de mobilisation se poursuivent auprès de partenaires en Europe et dans les pays arabes.

Avec plus de 10 200 volontaires, l’organisation s’appuie sur ses branches et ses unités locales pour maintenir sa présence. Son Directeur plaide pour des financements prévisibles et souples, adaptés à l’évolution des besoins, ainsi que pour un soutien accru aux acteurs nationaux présents auprès des communautés.

Pour AMSODE, l’accompagnement doit aussi couvrir la protection et le soutien psychosocial. Les pertes de biens et de revenus, les séparations familiales et les difficultés d’accès à l’école prolongent les conséquences du déplacement. La Coordinatrice demande de soutenir les familles d’accueil autant que les nouveaux arrivants.

Le soutien aux moyens d’existence figure également parmi les demandes d’AMSODE. À Ségou, les deux déplacées rencontrées évoquent l’appui à la scolarisation et les petites activités que certaines femmes tentent de développer grâce aux organisations. Elles saluent ces soutiens. Mais, pour leur quotidien, elles citent toujours les mêmes priorités : des vivres et des abris.

Massiré Diop

Cyanure : six tonnes et une filière à remonter

Deux opérations douanières ont permis de saisir 6,1 tonnes de cyanure en deux mois. Au-delà des cargaisons interceptées, l’enquête doit maintenant remonter les circuits d’approvisionnement et identifier leurs destinataires.

Dans la nuit du 22 août, vers 1 h 30, la Brigade mobile d’intervention des Douanes a découvert à Badalabougou 22 sacs contenant 1 100 kilogrammes de cyanure. Cette interception survient exactement deux mois après une saisie beaucoup plus importante effectuée à Sécoro, dans la région de Ségou.

Le 22 juin, les douaniers avaient retrouvé 100 sacs de 50 kilogrammes, soit environ cinq tonnes, dans un véhicule. La marchandise avait été dissimulée sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis. Les deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume de cyanure retiré de circuits présentés comme frauduleux.

Le cyanure n’est pas interdit dans tous ses usages. Il est employé légalement dans certaines activités industrielles, notamment pour le traitement du minerai d’or. Son importation au Mali est néanmoins soumise à une autorisation des services des Mines ou de la Santé. Son transport, son stockage et son utilisation nécessitent des précautions strictes.

Traçabilité

Une exposition importante au cyanure peut empêcher l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène et provoquer rapidement des atteintes au cerveau, au cœur et aux poumons. Une cargaison transportée sans documents, sans emballage approprié ou sans dispositif d’intervention constitue donc un risque pour les manutentionnaires, les riverains et les milieux naturels.

Les saisies apportent une réponse immédiate, mais elles ne suffisent pas à démanteler une filière. Les Douanes n’ont pas encore publié l’origine de la cargaison de Badalabougou, sa destination, l’identité de ses propriétaires ou les autorisations éventuellement présentées. Aucun élément public ne permet donc d’affirmer qu’elle était destinée à un site minier déterminé.

Une étude publiée en 2021 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime avait déjà décrit l’expansion, en Afrique de l’Ouest, de circuits clandestins alimentant certains sites d’extraction artisanale. Ce constat régional apporte un contexte, mais ne prouve pas que les cargaisons saisies en 2026 empruntaient les mêmes itinéraires.

L’enjeu est désormais de retracer les achats, les moyens de paiement, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux. Une investigation associant Douanes, Mines, Santé, Environnement et services judiciaires permettrait de dépasser le simple décompte des sacs.

Les autorités devraient également préciser les conditions de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation après interception est aussi importante que l’opération douanière elle-même.

Ségou : couvre-feu reconduit sur fond d’insécurité persistante

Décidée le 8 décembre 2025, l’autorité régionale de Ségou a prorogé pour trente jours le couvre-feu instauré en juin dernier. La mesure s’applique chaque nuit de 23 h à 5 h du matin sur l’ensemble de la région.

Par la décision n° 2025-505/GRS-CAB en date du 8 décembre 2025, le gouverneur de la région de Ségou a prorogé le couvre-feu institué par la décision n° 2025-233/GRS-CAB du 4 juin 2025. Le texte prévoit une nouvelle période de trente jours, reconductible, allant du lundi 8 décembre 2025 au mardi 6 janvier 2026, de 23 h à 5 h, sur tout le territoire régional.

La décision rappelle que, pendant la durée du couvre-feu, la liberté de circulation des personnes et de tous les engins de transport est restreinte. Seuls les véhicules et autres engins des forces de défense et de sécurité, ainsi que les ambulances bénéficiant d’un ordre de mission, ne sont pas concernés par la mesure. Le document précise que le couvre-feu prend effet à compter de sa date de signature et qu’il doit être publié et communiqué partout où le besoin se fait sentir.

L’acte énumère les autorités chargées de l’application de la mesure : le commandant de la zone de Défense n° 2, le commandant de la région de Gendarmerie n° 5, le commandant de la quatrième région de la Garde nationale, ainsi que les directeurs régionaux de la Police nationale et de la Protection civile. Chacun est mandaté, dans son domaine de compétence, pour veiller à l’exécution du couvre-feu. La décision est signée au nom du gouverneur par le directeur de cabinet, membre du corps préfectoral.

Cette prorogation intervient après plusieurs mois de restrictions nocturnes. Une première décision de couvre-feu avait été prise début juin 2025, pour une durée initiale de trente jours, renouvelable, avec des limitations de circulation visant les personnes, les motos et les véhicules sur l’ensemble de la région. Les reconductions successives traduisent la volonté des autorités d’encadrer les déplacements nocturnes dans un contexte que les services de sécurité décrivent comme marqué par la multiplication d’incidents dans plusieurs zones de la région.

Les données collectées sur le premier semestre 2025 illustrent ce climat sous tension. Une note du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) consacrée aux restrictions sécuritaires et de mouvement au Mali, arrêtée au 30 juin 2025, indique que la région de Ségou a enregistré 323 incidents sécuritaires et 736 victimes civiles entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin 2025. Le même document précise qu’un couvre-feu y a été instauré à partir du 4 juin 2025, avec des restrictions de circulation pour les personnes, les motos et les véhicules, assorties d’exceptions pour les forces de défense et de sécurité et les ambulances, et la possibilité d’autorisations spéciales.

En reconduisant le couvre-feu jusqu’au début du mois de janvier 2026, les autorités régionales de Ségou maintiennent ainsi un dispositif qui combine limitation des mouvements nocturnes et mobilisation des forces de défense et de sécurité, dans une région où les indicateurs de sécurité du premier semestre ont mis en évidence un nombre élevé d’incidents et de victimes civiles.

Deux personnalités majeures disparaissent le même jour

Le jeudi 2 octobre 2025, deux figures de premier plan de la vie publique malienne sont décédées à quelques heures d’intervalle. Il s’agit de Me Hassane Barry, avocat de renom, ancien ministre et acteur influent de la communauté peule, et de Cheikh Abdoul Djalil Haïdara, guide spirituel, ancien député de Ségou et promoteur de la chaîne Ségou-TV.

Selon un communiqué du Barreau du Mali, Me Hassane Barry est décédé à son domicile à Bamako. Juriste reconnu, il a marqué plusieurs décennies par son expertise et son rôle actif dans la défense des droits. Il a occupé des fonctions ministérielles sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré (1992-2002), avant d’être nommé ambassadeur du Mali en Angola, fonction qu’il a exercée du 12 mars 2012 au 2 septembre 2014. Son parcours ne s’est pas limité aux sphères gouvernementales : il a été un acteur clé de l’association Tabital Pulaku, dédiée à la promotion de la culture et de la solidarité peule. Son décès représente une perte importante pour le monde juridique et pour l’ensemble de la communauté nationale.
Le même jour, Cheikh Abdoul Djalil Haïdara a trouvé la mort lors d’une attaque armée sur l’axe Tigui–Konobougou, alors qu’il se rendait de Ségou vers Fana. L’incident s’est produit aux environs de 16 heures, lorsqu’il a tenté de dépasser un véhicule intercepté par des assaillants. Son véhicule a été la cible de tirs à bout portant, et il est décédé sur place. L’information a été confirmée par plusieurs sources locales ainsi que par un communiqué officiel du ministère des Affaires religieuses, publié le 3 octobre.
Cheikh Abdoul Djalil Haïdara était une personnalité influente dans les domaines religieux et politique. Fils du respecté Cheikh Mansour Haïdara, il avait consacré sa vie à la transmission des valeurs spirituelles et à la promotion de la paix et de la cohésion sociale. Il a également siégé à l’Assemblée nationale durant la 5e législature (2013-2018), après avoir été élu député sous les couleurs du RPM, avant d’être réélu en 2020 lors des élections législatives de la 6e législature. Son action ne se limitait pas à la politique et à la religion : il avait fondé Ségou-TV, une chaîne régionale destinée à valoriser les initiatives locales et à donner une tribune aux acteurs communautaires. Il s’était aussi distingué par des investissements significatifs dans des projets sociaux, humanitaires et religieux.
Les deux décès ont suscité une onde d’émotion dans tout le pays. Le Barreau du Mali a rendu hommage à Me Hassane Barry, saluant « une vie dédiée à la justice, à la défense des droits et au service de l’État ». Le ministère des Affaires religieuses a, pour sa part, salué « un homme dont l’existence fut consacrée à la foi, à la cohésion et à la paix sociale ». Plusieurs organisations politiques, associations communautaires et institutions religieuses ont présenté leurs condoléances aux familles endeuillées.
Ces disparitions marquent la fin du parcours de deux hommes dont les contributions ont profondément marqué l’histoire récente du Mali. Leur héritage politique, juridique, religieux et social continuera d’inspirer les générations à venir.

Ségou : saisie de 178 briques de cannabis par la Douane

La Section Recherches et Interventions (SRI) des Douanes maliennes à Ségou a saisi, le lundi 8 septembre, 178 briques de cannabis soigneusement dissimulées sous des bidons d’huile à bord d’un camion en provenance de Koutiala.

L’opération, menée en pleine journée, a permis de déjouer une tentative de contrebande sophistiquée. Le camouflage sous des bidons d’huile illustre la ruse grandissante des trafiquants qui cherchent à tromper la vigilance des contrôles douaniers.

Cette saisie intervient alors que le Mali est devenu un point clé du trafic régional de drogue. Entre juin 2024 et juin 2025, plus de 127 tonnes de drogues ont été saisies par les forces maliennes, parmi lesquelles une part importante de cannabis, principalement sur les routes stratégiques reliant les régions du sud. Avec plus de 262 interpellations au premier semestre 2025, les opérations de lutte contre le narcotrafic s’intensifient dans tout le pays.

Le trafic de cannabis cible particulièrement la jeunesse malienne, provoquant des problèmes de santé publique et fragilisant le tissu social. Le Directeur Général des Douanes a salué cette opération, rappelant que les services restent vigilants sur tous les fronts — routes, frontières, fleuves — pour protéger l’économie nationale.

Toutefois, la sophistication croissante des réseaux de trafiquants pose un défi majeur aux autorités maliennes, qui doivent renforcer leurs moyens humains et techniques pour faire face à ce fléau. La lutte contre le narcotrafic est également compliquée par l’implication de groupes armés non étatiques, qui tirent profit de l’insécurité pour faciliter leurs activités illégales.

Les autorités maliennes réaffirment leur engagement à combattre ces réseaux, en collaboration avec les partenaires internationaux, afin de préserver la stabilité et la sécurité du pays.

Ségou: le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, assassiné sur l’axe Diabaly–Dogofry

Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, a été assassiné le samedi 30 août 2025 sur l’axe reliant Diabaly à Dogofry, dans le cercle de Niono, région de Ségou. Son chauffeur a également été tué dans l’attaque menée par des hommes armés.
L’attaque s’est produite dans l’après-midi du 30 août, sur un tronçon situé entre Diabaly et Dogofry, à une quinzaine de kilomètres de Farabougou. Les assaillants ont ouvert le feu sur le véhicule du maire, provoquant la mort immédiate de l’élu et de son chauffeur. L’incident confirme une fois de plus la vulnérabilité de cette route devenue un corridor de violence.
Cet assassinat intervient dans un contexte explosif. Le 19 août 2025, des assaillants affiliés au JNIM – filiale sahélienne d’Al-Qaïda, ont attaqué des positions des Forces armées maliennes (FAMa) à Farabougou et Biriki-Wèrè. Ces attaques ont provoqué une désorganisation de l’outil de défense de la zone et ont marqué une nouvelle étape dans l’emprise des groupes armés sur le centre du Mali.
Depuis 2020, Farabougou vit sous un blocus imposé par des jihadistes. Ce siège, qui avait suscité une large médiatisation à l’époque, s’est renforcé après les événements du 19 août 2025. Les habitants font état d’un contrôle accru du JNIM, limitant sévèrement l’accès aux champs, aux marchés et aux services de base.
L’assassinat du maire de Dogofry illustre la gravité de la situation sécuritaire dans le cercle de Niono. Après le blocus de Farabougou, les attaques répétées contre les FAMa et désormais l’exécution d’un élu local, la région de Ségou s’impose comme l’un des foyers les plus instables du Mali.
Cet acte confirme la stratégie des groupes armés visant à frapper les représentants de l’État, accentuer l’insécurité et démontrer leur contrôle territorial. La disparition de Modibo Kimbiri, figure communale de Dogofry, marque un tournant supplémentaire dans l’enracinement de la violence au cœur du pays.

Mopti : le général Daouda Dembélé prend officiellement les commandes d’une région sous tension

La cérémonie d’installation du nouveau gouverneur de la région de Mopti s’est tenue le jeudi 12 juin 2025 dans un climat solennel mais chargé d’attentes. Le général de brigade Daouda Dembélé, officier supérieur de l’Armée de l’Air, a prêté serment dans une région marquée à la fois par les défis sécuritaires, le ralentissement économique et les espoirs d’un renouveau administratif.

Originaire de San, âgé de 53 ans, le général Dembélé n’est pas un inconnu pour les habitants du centre du Mali. Militaire chevronné, il a occupé plusieurs postes de commandement dans la région avant de prendre la tête de l’état-major de l’Armée de l’Air. Nommé gouverneur le 21 mai 2025 par décret présidentiel, il était jusque-là PDG des Aéroports du Mali. Sa carrière mêle rigueur stratégique, expérience du terrain et connaissance fine des dynamiques régionales. Ce profil singulier suscite aujourd’hui de nombreux espoirs parmi les acteurs locaux.

Dans son allocution après avoir prêté serment, le général Dembélé a évoqué avec gravité les enjeux de sa mission, plaçant la sécurité, la cohésion sociale et la relance économique au cœur de ses priorités. La région de Mopti, longtemps considérée comme un carrefour culturel et agricole, fait face depuis plusieurs années à une situation sécuritaire instable, marquée par les incursions de groupes armés, la fermeture d’écoles, la fragilité des routes et la détresse de certaines populations déplacées.

Le choix d’un militaire pour gouverner cette région n’est pas anodin. À Bamako comme à Sévaré, beaucoup y voient un signal fort. La présence d’un officier supérieur à la tête de l’administration régionale est perçue comme un moyen de restaurer l’autorité de l’État dans les zones les plus exposées. Elle cristallise aussi une volonté de coordination accrue entre les forces armées et les services déconcentrés de l’État.

Dans les rues de Mopti, les avis oscillent entre prudente confiance et attentes fermes. Certains habitants espèrent que l’arrivée du général marquera un tournant dans la gestion quotidienne des dossiers urgents, notamment la sécurisation des axes, le retour des services sociaux de base et la stabilisation des activités économiques, aujourd’hui fragilisées par l’insécurité.

D’autres, plus sceptiques, rappellent que plusieurs gouverneurs se sont succédé sans parvenir à enrayer les dynamiques de violence, souvent liées à l’absence de réponse rapide de l’administration face aux alertes communautaires ou à la lenteur dans la mise en œuvre des projets de développement.

Pour l’heure, les premiers pas du général Dembélé sont observés avec attention. L’installation rapide de son équipe, le contact direct avec les leaders locaux, ainsi que les premières décisions en matière de sécurité intérieure seront déterminants pour imprimer une dynamique nouvelle.

À Mopti, où la population a souvent le sentiment d’être reléguée à la marge du processus de reconstruction nationale, l’arrivée d’un gouverneur expérimenté, ancré dans le tissu local et fort d’une légitimité militaire, pourrait bien créer les conditions d’un regain de confiance. À condition que la parole officielle se traduise vite en actes tangibles.

Situation sécuritaire préoccupante à Bandiagara et Ségou : Appel des acteurs politiques à l’action

La situation sécuritaire dans les régions de Bandiagara et Ségou, plus particulièrement dans les cercles de Bankass et Ké-Macina, connaît une dégradation alarmante. Les récentes attaques, notamment celle survenue dans le village de « Digny Yolo » situé dans la commune de Ségué, cercle de Bankass, témoignent d’une intensification de l’insécurité.

Cette situation a provoqué une onde de choc parmi les populations locales, les responsables politiques et les groupes de défense communautaire, suscitant des réactions de soutien et d’appel à l’action pour assurer la sécurité dans ces zones fortement touchées.
Le 5 novembre 2024, le village de Digny Yolo a été la cible d’une attaque orchestrée par des groupes terroristes, engendrant des combats d’une violence inouïe qui se sont prolongés sur quatre jours, jusqu’au 8 novembre. Ce drame a causé la mort de sept personnes, dont cinq civils et deux chasseurs venus secourir les habitants. Le bilan fait également état de sept blessés. Le Mouvement Patriotique pour l’Unité et la Sauvegarde du Cercle de Bankass (MPUSCB), par la voix de son président Abdalah Togo, a fermement condamné cette attaque qu’il qualifie de barbare et exprime ses condoléances aux familles endeuillées, ainsi que ses vœux de rétablissement aux blessés.
Le MPUSCB a rendu hommage aux chasseurs locaux qui, malgré des moyens limités, se sont battus avec courage pour défendre leur communauté. Ces attaques récurrentes contraignent de nombreuses familles à abandonner leurs terres, générant un afflux de déplacés qui exacerbe davantage la crise humanitaire dans la région.
Face à l’escalade de la violence, le MPUSCB et d’autres leaders politiques ont exprimé leur vive inquiétude. Le mouvement déplore la situation sécuritaire le long de l’axe Bandiagara-Bankass, et en particulier au niveau du pont Parou-Songobia, devenu un point critique. Le MPUSCB appelle les autorités de la transition à déployer des efforts significatifs pour sécuriser la région de Bandiagara et à renforcer la protection sur cet axe stratégique.
Les déclarations de soutien et d’appel à l’action se multiplient également parmi les personnalités politiques nationales. Yeah Samaké, dans un message solennel de solidarité, a exprimé sa compassion pour les habitants des cercles de Bankass et Bandiagara, rappelant le droit inaliénable de chaque citoyen à la paix et à la sécurité. Samaké exhorte les autorités nationales et locales à intensifier les mesures de sécurité dans les zones affectées et encourage les organisations de la société civile à se mobiliser en faveur des communautés touchées.
De son côté, Moussa Mara, figure politique de premier plan, a exprimé sa solidarité envers les populations sinistrées. Il a appelé les autorités centrales et locales à déployer tous les moyens pour protéger les populations et a lancé un appel aux bonnes volontés pour soutenir les familles en détresse. Ces messages de solidarité visent non seulement à attirer l’attention des autorités, mais aussi à encourager une réponse collective pour alléger les souffrances des personnes impactées.
Le Parti de la Convergence pour le Développement du Mali (CODEM), réuni en séance ordinaire le 9 novembre 2024, a également fait part de ses préoccupations quant à l’évolution de la crise sécuritaire dans le pays. Le CODEM a exprimé son inquiétude face aux attaques répétées visant les populations civiles dans la région de l’inter-fleuve et dans le Centre du Mali. Le parti a lancé un appel pressant aux autorités pour qu’elles engagent des actions urgentes, dans le but de permettre aux populations de vivre en sécurité dans leurs localités d’origine. Le CODEM a aussi réaffirmé son soutien et sa solidarité envers toutes les victimes de la crise sécuritaire qui affecte le pays.
Enquête et actions antiterroristes
Le MPUSCB a également soulevé une question relative à l’approvisionnement en carburant des groupes terroristes. En effet, le mouvement invite le gouvernement à diligenter des enquêtes afin d’identifier et de poursuivre les individus impliqués dans la fourniture de carburant aux terroristes. Cette démarche vise à couper les sources de soutien logistique des groupes armés, un élément essentiel pour affaiblir leur capacité de nuisance.
Depuis un certain temps, la sécurité dans les régions de Bandiagara et Ségou est devenue une priorité nationale qui nécessite une réponse coordonnée et ferme. Les populations civiles attendent désormais des actes concrets et efficaces pour leur permettre de retrouver une vie paisible et digne.

Grave accident sur la RN6 près de Fana: 8 morts et 19 blessés graves

Ce lundi 7 octobre 2024, aux alentours de 10 heures du matin, un accident tragique s’est produit sur la RN6, à proximité du village de Laminabougou, situé à environ 3 km de la commune rurale de Tingolé, dans le cercle de Fana. Selon un communiqué officiel du ministère des Transports et des Infrastructures, c’est une collision frontale qui est survenue entre un car de la compagnie « Air Zana Transport » en direction de Bamako et un autre de la société « Daou Trans », voyageant en sens inverse. Le bilan provisoire est de huit morts et dix-neuf blessés graves.

Cet événement tragique s’inscrit dans un contexte de sécurité routière alarmant au Mali, en particulier sur l’axe routier de Ségou qui traverse Fana. Cette route est régulièrement le théâtre d’accidents graves, souvent causés par des infrastructures routières en mauvais état, un manque d’entretien des véhicules et un non-respect généralisé des règles de conduite. Les excès de vitesse et l’imprudence des conducteurs sont des facteurs aggravants qui augmentent considérablement les risques d’accidents mortels sur cet axe très fréquenté.

Plus tôt cette année, en février 2024, un accident majeur a causé la mort de 31 personnes lorsqu’un bus a chuté d’un pont sur cette même route alors qu’il se dirigeait vers le Burkina Faso. Ce drame avait soulevé les problèmes persistants liés à l’état des infrastructures et la nécessité de renforcer les mesures de sécurité pour les usagers de la route.

En juillet 2024, un autre accident tout aussi tragique a eu lieu à Ouan, dans la région de San, lorsqu’une collision frontale entre deux bus a fait 16 morts et 48 blessés, dont plusieurs grièvement atteints. Les autorités locales ont attribué cet accident à une vitesse excessive et à une conduite imprudente, des causes qui sont souvent citées dans les accidents de la région.

Face à ces incidents répétés, le ministre des Transports et des Infrastructures a exprimé « ses condoléances aux familles endeuillées » et a renouvelé son appel « au respect strict des règles de la circulation ». Il a insisté sur le fait que « la vigilance et la prudence sont essentielles pour réduire les accidents sur les routes ».

Le ministre a également rappelé que ceux qui « enfreignent les règles de la circulation » s’exposent à des sanctions sévères, conformément aux lois en vigueur.

 

 

« Paix et Santé pour le Mali » : après la fin de la 2ème phase, place à la consolidation des acquis

Un atelier d’échanges et de partage d’expérience entre les 4 districts sanitaires d’intervention de l’initiative Paix par la Santé  dans les régions de Mopti et Ségou s’est ouvert ce mercredi 21 août 2024 à Bamako. Durant deux jours, les participants du niveau national, régional, district et aire de santé vont passer en revue les résultats et réalisations de la 2ème phase du projet dont la mise en œuvre vient de s’achever.

Plus d’une centaine de personnes dont des représentants des communautés et des professionnels de la santé des 4 districts cibles du projet dans le centre du Mali prennent part à cet atelier d’échanges et de partage d’expérience dont l’ouverture a été présidée par un représentant du ministère de la Santé, aux côtés du Représentant résident du Centre Carter au Mali et du Préfet du cercle de Macina.

Les objectifs visés sont, entre autres, de faire le bilan de la mise œuvre du projet et des leçons apprises, permettre à chaque district de partager ses expériences avec le projet en mettant l’accent sur les activités réalisées, les résultats obtenus, les défis rencontrés et les recommandations pour une meilleure appropriation de l’initiative par les communautés locales, et d’amener les participants à réfléchir sur certaines thématiques à l’instar de la prévention et atténuation des conflits, des sensibilités aux Genre-VBG et inclusion des jeunes et des femmes dans le cas du Centre du Mali ou encore la promotion du leadership et du dialogue notamment chez les jeunes et femmes  des 4 districts.

« Le projet est né pour pouvoir contribuer à renforcer la surveillance en matière de ver de guinée. Et aujourd’hui le défi reste  l’éradication de cette maladie, dans un contexte d’insécurité. Le projet vise également à renforcer la cohésion sociale pour parvenir à cette éradication mais aussi pour que les différents services techniques puisse circuler librement dans ces zones », explique Moussa Sadi, Représentant résident du Centre Carter au Mali.

Activités diverses

Pendant un an, de juillet 2023 à aout 2024, plusieurs activités ont été réalisées lors de  la 2ème phase du projet « Paix et santé pour le Mali » qui intervient dans les districts sanitaires de Tenenkou et Youwarou dans la région de Mopti ainsi que les districts sanitaires de Tominian et de Macina, dans la région de Ségou.

Des mobilisations communautaires ont eu lieu dans les aires de santé du district de Tominian et de Macina en décembre 2023, suivies de 4 ateliers de formation en santé mentale et soutien psycho-social entre février et avril 2024 à Sévaré et à Tenenkou et d’une évaluation des ateliers début août 2024 à Tenenkou.

Entre mai et juin 2024, des ateliers sur les sensibilités aux Genre-VBG ont été organisés à Macina et à Tomininan et d’autres ateliers de formation en dialogue et leadership au profit des jeunes et des femmes se sont tenus dans les 4 districts sanitaires à Youwarou, Tenenkou, Tomininan et Macina. Une étude sur l’analyse basée sur le genre dans les 4 districts a également été réalisée entre août et septembre 2023 et des « paquets de santé » sont également en cours de réalisation.

Mis en œuvre par le  ministère de la Santé et du Développement social en partenariat avec le Centre Carter depuis  2019, le projet « Paix et Santé pour le Mali » est une stratégie conjointe pour promouvoir la construction d’une paix durable et un meilleur accès aux soins pour des populations affectées par la violence dans les régions de Mopti et Ségou.

Le projet privilégie une approche d’identification et de programmation décentralisés des besoins et des activités de santé à travers le renforcement de capacités des communautés ( Chefs traditionnels, représentants des jeunes, des femmes, de la société civile), des agents de l’Etat sur la  prévention et la gestion des conflits, la mobilisation communautaire et la sensibilisation et le développement d’une approche santé mentale et soutien psycho-social.

Mohamed Kenouvi

Inondations : Aller au-delà des plans d’urgence

33 inondations dans 9 régions et le District de Bamako ont été enregistrées en ce début de mois d’août. Plus de 2 000 ménages ont été touchés et plus de 22 000 personnes sinistrées, avec 8 décès à la date du 5 août 2024. Une situation préoccupante, qui inquiète les populations concernées et appelle à des solutions pérennes.

Les ressortissants du cercle de Bla ont procédé à une première remise de dons le 13 août 2024. Constitué de 10 tonnes de céréales, d’huile, des colis d’habits, d’un montant de 3 000 000 de francs CFA et de médicaments de lutte contre le paludisme et les maladies pédiatriques, ce lot est une action de solidarité des ressortissants de la ville, située dans la région de Ségou. Destinée à mobiliser l’ensemble des 17 communes du cercle de Bla et les chefs de village, la remise a servi de cadre pour assister les sinistrés mais aussi pour « sonner l’alerte, parce que l’eau continue à monter », s’inquiète M. Markatié Daou, Président du Comité de crise des ressortissants de Bla.

« Il faut expliquer aux habitants les réflexes à adopter pour réagir face à la situation, notamment quand il pleut la nuit ». La ville a enregistré 1 décès suite à la pluie diluvienne de ce 13 août, un homme d’une cinquantaine d’années parti pêcher et emporté par les flots. Depuis la première grande inondation le 22 juillet 2024, la ville voit grossir le nombre de ses sinistrés, estimé entre 7 000 et 8 000 personnes et plus de 1 600 ménages touchés. Des sinistrés en outre privés de cultiver leurs champs, envahis par l’eau. Une partie du don mobilisé par l’association Terre solidaire a été distribué à une centaine de personnes et le reste réservé à d’autres sinistrés, car malheureusement l’hivernage n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière.

« Solution définitive »?

Pour les localités touchées par ces inondations, au-delà du constat et de l’aide d’urgence, il faut surtout envisager des solutions à long terme. Plus qu’un appel à la solidarité, le responsable du Comité de crise des ressortissants de Bla plaide donc pour « une solution définitive » pour la ville, confrontée à cette situation depuis des années. Pour prévenir la répétition de ce phénomène, elle a besoin d’un collecteur qui doit s’étendre sur une trentaine de kilomètres, selon les estimations des experts. Le Comité s’est déjà engagé afin de trouver des partenaires, y compris l’État, pour réaliser l’étude nécessaire à la réalisation de cet investissement, vital pour la survie des populations.

Fatoumata Maguiraga