Enseignement secondaire : le privé largement majoritaire

En 2023, 58 % des élèves régulièrement orientés après le DEF avaient rejoint le privé. À quelques jours de la rentrée du 1er octobre 2026, la reprise des autorisations d’ouverture, le poids des orientations et les exigences de contrôle replacent au premier plan la capacité de l’État à réguler un secteur privé devenu indispensable.

À l’approche de la rentrée 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale a multiplié les rencontres avec les acteurs de l’école. Le 15 septembre, les syndicats ont notamment soulevé la disponibilité des enseignants, la sécurité des établissements, les écoles fermées et l’état d’avancement des orientations des admis au Diplôme d’études fondamentales (DEF). Le lendemain, le ministre a reçu d’autres partenaires, parmi lesquels les associations de parents d’élèves et plusieurs organisations de promoteurs d’écoles privées.

Le poids du privé n’est plus marginal. En 2022-2023, le Fondamental II comptait 3 298 établissements privés sur 5 884, soit 56,1 %. Au secondaire général, 1 169 établissements étaient privés contre 86 publics, soit 93,1 % des 1 255 structures recensées. Dans la filière technique et professionnelle, 717 des 745 écoles recensées en 2023 étaient privées, contre 26 publiques, auxquelles s’ajoutaient le Centre de formation professionnelle militaire de Bapho et le CERFILTEX de Ségou, qui assurent également des formations de niveau CAP et BT.

Cette présence se retrouve dans les orientations. En 2023, sur 72 688 élèves réguliers orientés après le DEF, 29 900 l’avaient été vers le public, soit 42 %, contre environ 41 000, soit 58 %, vers le privé. Pour l’Association des parents d’élèves du Mali, la proportion est trop importante et pose, au-delà de l’accès, les questions du coût supporté par l’État, de la qualité de l’enseignement et du respect des normes. Pour 2026-2027, les orientations étaient encore en cours de finalisation à la mi-septembre.

Accalmie

À partir de 2021, la délivrance de nouveaux arrêtés d’ouverture d’écoles privées avait été suspendue dans un contexte de contrôles et d’irrégularités relevées dans le secteur. La signature des arrêtés a repris en décembre 2025. Depuis, elle a concerné plus de 50 établissements du secondaire général, sept du fondamental et deux du préscolaire, selon les informations publiées après la décision d’août 2026.

Le 20 août, le ministère a franchi une autre étape en levant la mesure de verrouillage qui frappait des établissements privés d’enseignement secondaire. Plus de 200 structures ont ainsi retrouvé la possibilité d’accueillir des élèves orientés par l’État. Cette décision n’efface toutefois pas les exigences réglementaires : les établissements qui demeurent en situation de non-conformité disposent de 18 mois pour régulariser leur situation. À l’expiration de ce délai, ils s’exposent aux sanctions prévues par les textes.

Ce retour à une situation plus ouverte intervient après plusieurs années de fortes interrogations sur le financement du privé. Selon les paiements retracés par la Direction générale du Budget et cités par l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), l’État a versé 196,096 milliards de francs CFA aux établissements privés de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel entre les années scolaires 2017-2018 et 2020-2021, soit une moyenne annuelle de 49,023 milliards. L’OCLEI avait également recensé 1 077 écoles secondaires privées fonctionnant avec des arrêtés qu’il qualifiait de « présumés faux ». Parmi elles, 236 avaient reçu 15,565 milliards de francs CFA de subventions sur la période.

Pour Ousmane Almoudou Touré, responsable de la Synergie des syndicats signataires du 15 octobre 2016, le déverrouillage constitue une bonne chose après les différends liés notamment au financement des bourses et demi-bourses des élèves orientés dans le privé. « Le privé est massivement présent » dans le secondaire, rappelle-t-il. Toute rupture durable avec ces établissements toucherait directement des enfants qui « ont droit à l’éducation », qu’ils fréquentent le public ou le privé.

Garder le contrôle

Cette dépendance ne dispense pas l’État de contrôler. Ousmane Almoudou Touré estime que la question se pose d’abord en termes de carte scolaire. Il juge « inadmissible de ne pas avoir une carte scolaire » suffisamment appliquée pour organiser l’implantation des établissements et éviter une concentration des écoles dans certaines zones alors que d’autres restent insuffisamment couvertes. Pour lui, l’existence d’écoles privées est prévue par la loi, mais leur développement doit rester encadré.

Les contrôles ont déjà montré que le problème ne tient pas seulement au nombre d’établissements. Une vérification du Bureau du Vérificateur général, portant sur les années scolaires 2017-2018 à 2021-2022 dans le District de Bamako et le chef-lieu du cercle de Kati, a établi que 1 850 élèves initialement orientés dans le public avaient été transférés irrégulièrement vers des établissements privés. Les subventions correspondantes se sont élevées à 257,36 millions de francs CFA. La même mission a relevé que 19 des 32 établissements visités ne remplissaient pas les critères d’éligibilité pour recevoir des élèves orientés par l’État. ([SGG Mali][7])

Pour le responsable syndical, le développement du privé ne doit pas faire de l’école « juste du commerce ». Le service public de l’éducation reste chargé de former les ressources humaines dont le pays a besoin. Construire davantage d’établissements publics, recruter et mieux répartir les enseignants, tout en travaillant avec les structures privées qui respectent les règles, constitue selon lui le moyen d’éviter que l’État ne « perde la main ».

La disponibilité du personnel reste justement l’une des préoccupations de cette rentrée. Lors de la rencontre du 15 septembre, les syndicats ont évoqué l’adéquation entre les besoins des établissements et les ressources humaines disponibles, le redéploiement des enseignants détenteurs d’une licence, ainsi que plusieurs difficultés liées aux conditions d’exercice. Le ministère assure avoir engagé des actions pour améliorer l’utilisation des ressources et des infrastructures et permettre le respect du calendrier scolaire.

Attentes

Le climat social complète cette équation. Le 2 mai 2026, les syndicats signataires du 15 octobre 2016 avaient retiré leur préavis de grève de 72 heures après les événements sécuritaires du 25 avril. Ils avaient toutefois indiqué qu’un nouveau mouvement restait possible si les revendications demeuraient sans réponse. Parmi les dossiers toujours cités figurent l’application d’engagements relatifs à la prime spéciale des enseignants, la situation des détenteurs de licence et la formation à l’ENSup.

Ces attentes se heurtent aussi au besoin d’élargir l’offre publique. La période 2026-2027 a été déclarée « Année de l’Éducation et de la Culture ». En janvier, les autorités ont annoncé un programme d’investissement de 130 milliards de francs CFA comprenant notamment 26 lycées ordinaires, deux lycées d’excellence, neuf instituts de formation professionnelle, cinq instituts de formation des maîtres et la réhabilitation de 22 établissements. En juillet, le gouvernement a ratifié un accord de prêt de 48 milliards de francs CFA avec la Banque ouest-africaine de développement pour une première phase de construction, de rénovation et d’équipement d’infrastructures scolaires, principalement au secondaire, avec un volet consacré au supérieur.

Cette rentrée intervient enfin dans un contexte où une partie importante du réseau scolaire reste hors service. À fin avril 2026, le Cluster Éducation recensait 2 444 écoles non fonctionnelles, privant 733 200 élèves de cours et affectant 14 664 enseignants. Insécurité, déplacements de populations, attaques contre des villages, destructions d’infrastructures et inondations figurent parmi les causes recensées. À la mi-septembre, le ministère communiquait encore le même total de 2 444 établissements, alors présenté comme concernant le fondamental dans le centre du pays. Il s’agit donc du même ordre de grandeur, mais pas d’un nouveau comptage détaillé arrêté en septembre.

À quelques jours de l’ouverture des classes, la question n’est donc plus de savoir si le privé a une place dans le système : il l’occupe déjà largement au secondaire. Pour l’État, il s’agit désormais de contrôler les établissements, mieux encadrer les orientations, renforcer son offre propre et faire respecter les règles sans fragiliser la scolarité des élèves qui dépendent du privé.

Éducation : vers la fermeture des écoles catholiques ?

Depuis la décision des évêques du Mali le 30 juillet dernier de suspendre les activités pédagogiques de toutes les écoles catholiques à partir du 1 er octobre 2024 suite à l’arrêt annoncée de la subvention de l’Etat, les tractations se poursuivent pour trouver une issue à cette impasse. Si des pistes de solutions sont explorées au niveau gouvernemental, l’avenir des écoles catholiques du Mali reste incertain alors que la rentrée scolaire pour la nouvelle année approche à grands pas.

Un Conseil de cabinet restreint présidé par le Premier ministre s’est tenu ce lundi 19 août pour évaluer les solutions à cette situation qui seront soumises au Président de la transition, puis par la suite « annoncées et assumées par le gouvernement ».

« Nous sommes obligés de trouver une solution parce que sinon, c’est directement le Président de la transition qui va être touché par un problème technique au départ mais qui devient politique à la fin », a déclaré Choguel Kokalla Maïga, lors de son allocution d’ouverture de ce Conseil de cabinet restreint au cours duquel il est longuement revenu sur la situation actuelle des écoles catholiques.

L’Etat verse 80 % des salaires des enseignants des écoles catholiques selon une convention qui le lie à l’Eglise depuis 1972. Mais depuis quelques années, les impayés cumulés de ces subventions ont entrainé une crise au sein de l’enseignement privé catholique.

« La réalité, c’est qu’il y a des problèmes économiques et financiers, la croissance exponentielle de l’argent que l’Etat doit payer. Pendant que le pays est en guerre, les ressources s’amenuisent de plus en plus, les bailleurs de fond deviennent de plus en plus rares, il est évident qu’au niveau des finances, il y a des soucis de rationalisation. Nous sommes contraint de donner la priorité à la question de la sécurité qui prime sur tout », a expliqué le Chef du gouvernement tout en assurant que le Président de la transition prendra une décision politique dans les prochains jours dans l’intérêt supérieur du Mali et fera « en sorte que l’avenir des enfants maliens ne soit pas compromis ».

Au-delà des difficultés économiques qui justifient la décision de l’Etat de suspendre les subventions accordées aux écoles catholiques, le Premier ministre a aussi souligné un problème relatif à la laïcité de l’État. « Nous avons une nouvelle constitution qui énonce l’égalité de traitement de toutes les religions et donc l’application stricte de la laïcité. Est-ce que l’Etat peut subventionner une école d’une certaine foi, sans susciter d’autres problèmes ? », a-t-il indiqué.

Tractations en cours

En plus des échanges au niveau gouvernemental, le Conseil national de transition s’active également de son coté sur le sujet. Suite à une demande d’audience le 13 août 2024 du Directeur national de l’enseignement privé catholique avec la Commission de l’Education, de la Culture, des Technologies de l’information et de la Communication, de l’Artisanat et du Tourisme du Conseil national de transition (CNT), ce dernier a été reçu par la Commission ce lundi 19 août.

Le Syndicat national des travailleurs de l’enseignement catholique (SYNTEC) ainsi que le président de la Conférence épiscopale du Mali ont été également entendus par cette Commission dans la même journée.

Ce mardi 20 août, c’était le tour du ministre de l’Economie et des Finances alors que le passage devant la Commission du ministre de l’Education nationale qui était également prévu à la même date, a été repoussé au 29 août prochain, selon nos informations.

L’annonce de mesures définitives arrêtées au plus haut sommet de l’Etat ne se fera donc probablement pas avant cette date. En attendant, l’inquiétude grandit non seulement chez les plus de 1 613 enseignants des écoles catholiques menacés de licenciement mais aussi chez des parents d’élèves dont les enfants sont inscrits dans ces établissements.

Mohamed Kenouvi

OMC : lors de la 13ème conférence ministérielle, la question des subventions divise les membres

Plusieurs questions vont occuper les discussions lors de la 13ème conférence ministérielle de l’organisation mondiale du commerce qui se tient à Abu Dhabi du 26 au 29 février. Parmi ces questions, celle sur les subventions oppose les membres.

Alors que les délégués des différents pays enchaînent les réunions et les négociations lors de la 13ème conférence ministérielle de l’OMC ouverte hier lundi à Abu Dhabi, la question des subventions divise les Etats. Ce mardi, l’OMC a organisé trois conférences sur l’environnement, et la dernière consacrée à la réforme des subventions des combustibles fossiles a mis en évidence une partie du fossé entre les membres. Todd McClay, ministre du commerce de la Nouvelle-Zélande dont le pays fait partie des co-parrains de cette initiative espère qu’une partie de ce fossé sera réduit à l’issue de la conférence. 48 pays sur les 164 de l’OMC sont membres de cette initiative. « 24 trillions de dollars ont été dépensés ces dernières années pour subventionner les énergies fossiles. Éliminer ces subventions pourraient permettre de réduire de 3% les émissions de gaz à effet de serre » a affirmé M. McClay. Comme très souvent, ces textes peinent à avancer, bloqués par des pays qui se sentent menacés. La Chine ainsi que les Etats Unis, les deux plus grands pollueurs de la planète ne souscrivent pas à l’initiative d’une réforme des subventions des combustibles fossiles. Selon un délégué rencontré dans les coulisses, une telle réforme « voudrait dire pour la Chine qui est l’usine du monde devra réduire sa capacité de production, ce qui pour l’heure n’est pas encore envisageable ».

Lors de la cérémonie d’ouverture de la 13ème conférence le 26 février, la Directrice générale de l’OMC, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala s’est réjouie qu’un accord soit proche sur les subventions à la pêche alors que la question est débattue depuis 2001.  Un accord a déjà été adopté par consensus lors de la 12ème conférence ministérielle de l’OMC (CM12), tenue à Genève du 12 au 17 juin 2022 qui fixe de nouvelles règles multilatérales contraignantes pour lutter contre les subventions préjudiciables. Les membres s’étaient entendus en outre pour poursuivre les discussions lors de la 13ème conférence en vue de faire des recommandations. La Directrice générale a formulé le vœu d’une entrée en vigueur de cet accord d’ici son anniversaire le 13 juin prochain. « Lorsque nous y parviendrons, ce sera l’entrée en vigueur la plus rapide de tous les accords de l’OMC et je sais que nous y parviendrons », a-t-elle ajouté.

Une autre question de subvention à laquelle le Mali est directement concerné est également débattue durant cette semaine. Le groupe du Coton-4+ (Mali, Tchad, Bénin, Burkina Faso) ainsi que la Côte d’Ivoire militent pour une réforme des subventions qui entraînent selon eux une distorsion des marchés mondiaux depuis 20 ans. La Chine et les Etats-Unis ainsi que des pays européens tels la Grèce et l’Espagne allouent des subventions importantes à leurs producteurs. Grâce à ces subventions, le coton provenant de ces pays est vendu moins cher sur le marché. Ahmat Abdelkerim Ahmat, ministre du Commerce et de l’industrie du Tchad et coordinateur du C4+ a assuré que le groupe a soumis un projet de décision ministérielle pour cette conférence  « qui n’a pas été pris en compte » selon lui.