Biennale artistique et culturelle : un patrimoine en péril

Grande manifestation de l’art et de la culture datant de 43 ans, la Biennale, dans sa forme initiale, est à l’arrêt depuis l’édition 2010 à Sikasso. Alors que l’organisation de l’édition spéciale de 2017 avait suscité l’espoir de sa relance, elle n’a pas été pérennisée. Faisant craindre la disparation de cet évènement qui regroupait durant 10 jours à Bamako ou dans une capitale régionale les populations du Mali.

À Sévaré, depuis 2012, avec son sourire et sa main levée en guise de salutation, la statue de la Biennale artistique et culturelle attend toujours l’organisation de l’événement qui a nécessité sa construction. Après Bamako (2003), Ségou (2005), Kayes (2008) et Sikasso (2010), le Président Amadou Toumani Touré fondait l’espoir de finir son deuxième mandat avec une Biennale en 2012 dans sa ville natale, Mopti. Tel n’a pas été le cas. « Les évènements politico-sécuritaires de 2012 ont fait que la Biennale qui devait se tenir à Mopti n’a pas pu être organisée », regrette Alamouta Dagnoko, Directeur national de l’Action culturelle, structure chargée de l’organisation de la rencontre.

En 2017, « pour promouvoir le dialogue interculturel et intercommunautaire, la cohésion sociale et l’unité nationale », le ministère de la Culture avait initié une édition spéciale qui, pour diverses raisons (dont des « politico-sécuritaires encore », regrettent les acteurs culturels), n’ont pas permis de mettre en œuvre l’initiative.

Brassage

Alors que le pays est toujours confronté à l’instabilité politique et à la crise sécuritaire, la crainte de voir disparaitre la manifestation culturelle d’envergure nationale qui permettait depuis 1979 de « favoriser le brassage et l’interpénétration des populations et de contribuer à l’émergence d’une culture de paix et de citoyenneté », s’installe.

Elle inquiète d’autant plus que, sur l’aspect contenu artistique, la Biennale était une source d’émulation des savoirs culturels maliens. Elle mettait en compétition l’ensemble des régions du pays et le District de Bamako dans une large gamme de disciplines artistiques et culturelles : danse traditionnelle, orchestre, pièce de théâtre, ballet, ensemble instrumental traditionnel, orchestre moderne, exposition d’œuvres d’art, chœur, solo de chant, etc.

Ces compétitions entre les formations artistiques, les artistes et créateurs des différentes localités du Mali ont permis la création et la promotion de plusieurs orchestres locaux et nationaux : le Kanaga de Mopti, le Super Biton de Ségou, le Diaba de Tombouctou, le Kene Star de Sikasso… En outre, l’initiative a révélé de nombreux artistes maliens qui ont ensuite acquis une renommée internationale, entre autres Ali Farka Touré, Abdoulaye Diabaté, Oumou Sangaré, Babani Koné, Tata Bambo Kouyaté, Haïra Arby ou encore Kandia Kouyaté.

Relance

L’idée de l’événement, elle même, vient, de la Semaine nationale de la jeunesse initiée en 1962 par le Président Modibo Keïta. « Deux ans après l’indépendance, le Président Modibo Keïta, ayant vu l’importance, la nécessité et le rôle du patrimoine culturel national dans la conscientisation, a créé la Semaine nationale de la jeunesse, qui a existé jusqu’en 1968, année où il a été évincé du pouvoir. C’est de l’idée de ces manifestations qu’est née celle de la Biennale, créée par un arrêté en 1979 », raconte M. Dagnoko.

Le Directeur national de l’Action culturelle, pour avoir assisté « deux fois à l’arrêt puis à la relance de la Biennale (de 1968 à 1970 et de 1990 à 2003) », est optimiste quant à une « très prochaine reprise » de l’activité. « Nous sommes dans la perspective que la Biennale sera peut-être organisée en 2023. Je ne saurais le dire aujourd’hui avec exactitude, mais nous sommes dans la posture de faire en sorte que cet évènement, qui est un bien commun, une institution nationale, reprenne le plus tôt possible », assure le Directeur.

Si elle devait se tenir, ajoute-t-il, c’est sera à Mopti qui détient aujourd’hui le témoin de la Biennale. Selon Yacouba Poudiougou, de la Jeunesse régionale de Mopti, « toute la région l’attend avec impatience et ne perd pas espoir ». Tout comme la statue de la Biennale artistique et culturelle de Sévaré qui, malgré 10 ans d’attente, ne perd pas son sourire.

Au Japon, entre tradition et modernité…

Au Tokugawa Art Museum de Nagoya, la nuit est tombée sur le petit lac. Autour, une fontaine scintille et les arbres émettent un parfum délicat de fleurs. Tout est paix et sérénité dans cet endroit dédié à  la mémoire des « shoguns » ou « gouverneurs militaires» du Japon ancestral. Pendant la dynastie Edo(1603-1868), la branche Owari de la famille Tokugawa régna à  Nagoya. Le musée Tokugawa renferme leur héritage. Leur collection est de loin la plus importante et surpasse celle des autres familles «daimios» qui possédaient la terre au Japon. Du shogun Iyeasu, les Owari Tokugawa héritèrent de nombreux objets d’arts qui traversèrent les siècles… Le château de Nagoya est aussi un symbole de cette époque… La période EDO (1603-1867) sera appelée l’âge d’or du Japon. C’’est cette période que l’on peut comparer à  la Renaissance européenne : l’économie, l’architecture baroque, la culture et les traditions se sont formées et développées pendant cette période. Beaucoup de lieux de distraction (les théâtres par exemple) sont construits à  cette époque. La philosophie est aussi touchée par ce développement culturel grâce à  l’essor du néoconfucianisme. En 1583, la ville d’Edo est fondée. Edo deviendra plus tard Tokyo, la capitale actuelle du Japon. Kimonos royaux, sabres géants à  la lame acérée, théières ancestrales qui illustrent la cérémonie rituelle du thé, le Musée Tokugawa est un haut lieu de curiosité historique sur le japon féodal avec ses samurais, ces guerriers au service des shoguns. On y trouve aussi une fresque géante de faits héroà¯ques du conquérant Genji, et ce merveilleux jardin japonais, o๠rien ne peut perturber la quiétude du C’œur… A Nagoya, il y a aussi d’autres jardins. Le Shirotori, le Noritake. Des endroits o๠la sérénité dispute à  la modernité accélérée des rues du centre ville. Les rues des quartiers Sakae, Fushimi ou Kanayama station sont des lieux pleins de vie et de boutiques, de lumières et d’écrans géants. Là  vous croiserez des créatures perchées sur de hauts talons et milles et un petit restaurants o๠l’on sert des sushis, soupes de nouilles et autres légumes colorés cuits à  la japonaise… A quelques kilomètres de Nagoya dans la préfecture d’Aichi, il ya l’usine mère de Toyota, la célèbre marque de voiture, qui a envahi la planète. Là , montage, assemblage des pièces et vous voici devant une Japonaise puissante et scintillante. Et pour célébrer tout ça, n’oubliez pas de faire un tour au Toyota Commemorative Museum de Nagoya, en marge de la conférence mondiale de l’Unesco sur l’éducation au développement durable… Konnichiwa!

Le véritable rôle du griot dans la société malienne

Sociologie d’un groupe endogame Les griots politiques appartenant à  une caste sont socialement autorisés à  interpréter en public un répertoire d’épopées et de poèmes de louanges. Souvent, ils sont également la mémoire généalogique des familles importantes selon les aires culturelles. On peut citer le plus célèbre d’entre eux, l’illustre Balla Fasséké Kouyaté, griot de l’empereur Soundjata Keita. Dans ces aires culturelles différentes, le plus grand groupe endogame auquel appartiennent les griots est désigné par le terme de . Parmi les , les diverses activités économiques ne se chevauchent pas. Par exemple, le forgeron (numu) travaille le métal et sculpte le bois, tandis qu’un maroquinier (garangè) ne travaille que le cuir. Un funè ou fina est mime et poète de louanges musulmans. Le griot est un artisan de la parole impliqué dans la médiation et la communication, à  la fois entre les individus et les groupes entre les personnes de l’ici-bas et celles de l’au-delà . Familles de griots De nombreuses familles exercent le métier de griot, dont les . Tous les membres d’une famille de griots ne font pas de représentations publiques, n’ayant pas le même talent ni les mêmes aptitudes Une formation longue Comme les familles de griots sont endogames, de nombreux griots ont grandi en écoutant les représentations de leurs parents ou de griots en visite. Au Mali, les enfants sont autorisés à  assister aux représentations publiques, et s’ils montrent un quelconque talent pour jouer d’un instrument ou pour chanter de la poésie, leurs familles les encouragent à  développer ce potentiel. Un jeune homme peut commencer à  jouer d’un instrument de musique tel le ngà²ni, sorte de banjo à  quatre cordes, ou bien le balan, un xylophone fait main, et s’il est talentueux, il peut devenir l’apprenti d’un parent en dehors de sa famille directe. Trois modes d’expression Les griots peuvent utiliser trois modes d’expression dans le cadre d’une représentation : la narration, la chanson et l’accompagnement musical. Un homme seul peut se vanter d’exercer les trois talents, déclamer, chanter et jouer mais un maà®tre chanteur peut aussi se contenter de déclamer la narration et interpréter éventuellement certaines des chansons comprises dans l’épopée. Les griots femmes (jeli-musu), qui habituellement ne narrent jamais les récits, peuvent chanter les chansons d’une épopée en solo ou en chœur avec d’autres femmes lorsqu’elles s’intercalent entre les phrases narrées par le maà®tre chanteur. Les rôles traditionnels du griot Comme tous les nyamakalaw, les griots participent aussi bien de la sphère sociale que de la sphère économique. Dans le système de croyances mandingue, la parole du griot est censée avoir non seulement un pouvoir de persuasion mais aussi un pouvoir occulte (nyama). C’est pourquoi une formule sera toujours récitée lorsqu’on gratifie le griot après sa performance : (éloigne le pouvoir occulte !). La gratification du griot est donc perçue comme nécessaire pour neutraliser le nyama. Ce processus donne au griot professionnel un moyen de subsistance. Le rôle traditionnel dévolu au griot implique sa maà®trise de la parole. En tant qu’artisan de la parole, il est un arbitre du passé et du présent, remplissant les fonctions d’historien et d’interprète/analyste de l’histoire de la nation, du groupe économique, du village et/ou de la famille  » hôte « , en fonction de ses propres rattachements. Une autre mission du griot consiste en la négociation et la préservation de coutumes et de valeurs sociales. Parce que les griots appartiennent à  une caste et parce toute fonction politique leur est interdite, ils sont libres d’exprimer publiquement leurs opinions sur les comportements sociaux sans pour autant avoir à  en subir de représailles. Rites et traditions Les griots interviennent également lors des principaux rites de passage mandingues, dans les mariages et dans les cérémonies islamiques d’attribution du nom. Ils y récitent des poèmes de louange et certains épisodes tirés de récits épiques. Ils ont un rôle important en tant que médiateurs officiels dans le cas de disputes entre groupes. En effet, ils arrivent à  établir une précieuse communication indirecte entre familles, entre personnes, ou entre des anciens qui se disputent au village. Ici aussi, puisqu’ils n’ont pas le droit d’occuper un poste politique, ils ont l’autorisation sociale de rendre un avis impartial sans être soupçonnés de le faire dans le but lucratif, même s’ils sont rémunérés pour leur peine. Cette médiation peut être indirecte dans le sens o๠tout au long des négociations, le griot rencontrera chaque groupe séparément, facilitant ainsi une résolution du conflit sans qu’il n’y ait de frictions inhérentes en face à  face. De nouveaux rôles, de nouvelles situations Le rôle des griots contemporains est complexes et parfois ambigu. Ils ont évolué avec la société. Des différences régionales existent par rapport à  ce que l’on attend des griots ou ce qui leur est permis. Depuis quelques années, les griots mandingues se produisent sur scène en Europe et aux à‰tats-Unis, chantant des compositions traditionnelles ou récentes et jouant de la kora, du ngà²ni et du balafon. Certains ont des résidences aussi bien en pays mandingue qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Aujourd’hui avec l’avènement de la démocratie, les griots participent pleinement à  l’amélioration du paysage politique au Mali, une manière de consolider à  la cohésion sociale et la paix durable en tant membre de a société civile selon Monsieur Ben Sherif Diabaté.

« Yokôro » en temps de carême

Ainsi, nombreux sont-ils, à  affluer chaque année au rendez-vous vespéral très animés, et qui par delà  des appréciations, arbore un certain rattachement aux valeurs culturelles. Vivement le Yokôro! Sitôt la moitié du mois de Ramadan sonné, une foule d’enfants (filles et garçons) surgit nuitamment de tous les coins et recoins du pays. Les garçons sont munis de bâtons ou de baguettes, de vieille boites de tomate en guise d’instruments à  percussion. Quant aux filles, elles ont à  porté de main des calebasses et autres instruments ménagers pour battre la cadence. Les enfants sillonnent tout le quartier en faisant du porte à  porte pour exhiber leurs impressionnants talents en danses et chants. Même la frayeur nocturne ne les inquiète pas. La quintessence de ce vaste mouvement d’ensemble tient au fait qu’elle est héritée d’une longue et riche tradition. Pour la circonstance, ce sont toutes les contrées du pays et quartiers de la ville, qui vibrent au rythme d’une pratique léguée par les ancêtres. De quartiers en pâtés de maisons Au starting block, ils sont regroupés soit par affinité parentale ou par groupes d’amis. Une fois la prière commune du soir terminée, une multitude d’enfants prennent d’assaut les rues. C’’est la ruée dans les familles du voisinage. Ils font le porte à  porte, mais pas en qualité de mendiants, mais plutôt pour exhiber un savoir faire dans ce que les aà¯euls ont laissé. Libre à  chacun de leur donner une ou deux pièces, s’ils se sont laissés séduire par l’enthousiasme des gamins. Danses et haillons Drapé de haillons et de peinture de la tête au pied, au cours de leurs prestations musicales, ils accrochent leur auditoire en dansant de toute leur force et en chantant à  gorge déployée. Généralement les spectateurs mettent la main à  la poche, car ils résistent difficilement à  la tentation de contribuer à  l’effort déployé par ces bambins qui ne font qu’apporter leur pierre à  la continuité d’une pratique ancestrale. C’est quoi ton butin ? Ainsi, la moisson varie selon les nuits. La chasse est le plus souvent fructueuse à  Baco Djikoroni, pour le groupe de Sidiki qui n’a jamais eu en dessous de 6000 F CFA par nuit. Bravo ! Par contre, Nènè et ses copines n’ont gagné que 2000 F CFA et 1 kilo de petit mil, la nuit dernière. Le butin récolté est généralement partagé entre les « chasseurs ». Souvent les visiteurs se heurtent à  la mauvaise humeur dans certaines familles, ce qui les pousse du coup à  rebourser chemin. Comme quoi, ils ne sont pas les bienvenus partout. Et parfois les ardeurs des enfants sont émoussés face à  des gens qui méconnaissent cette tradition.

Pour ou contre le code des personnes et de la famille au Mali ?

En effet, des voix s’élèvent de plus en plus pour clouer au pilori le nouveau code des personnes et de la famille voté le 3 Aout à  l’Assemblée Nationale. Des islamistes de poids (proches de milieux fondamentalistes) voient dans les imperfections du texte une brèche pour s’agiter. Un code qui crée une vive polémique : ceux qui sont contre Des acteurs politiques comme Modibo Sangaré de l’UNPR, Mamaye Kassogué du parti PARI, projettent une marche de protestation et de dénonciation du nouveau code pour le 22 Août prochain. La quasi-totalité des personnes interviewées ont déploré l’attitude des députés pour avoir voté cette loi. Face cette tension qui fait de méfiance, les populations n’entendent pas rester bouche bée. Lors du micro trottoir que nous avons réalisé ce vendredi dans quelques « Grins », certaines familles n’ont pas manqué d’exprimer leur profonde déception d’une part et leur satisfaction d’autre part. Pour beaucoup, ce nouveau code va affecter les valeurs traditionnelles, religieuses, facteurs de stabilité et cohésion sociale. Surtout la part du code qui affirme que :« la femme ne doit plus obéissance à  l’homme » mais que « les deux conjoints doivent se vouer un respect mutuel » et qui fait déjà  l’objet de polémique chez les citoyens. On le sait le Mali est un pays très conservateur et dont il est difficile de faire évoluer les moeurs, par le simple vote d’un texte à  l’Assemblée Nationale. Un code soumis à  la volonté européenne ? Drissa Traoré, assureur dans une agence de la place, rencontré à  Sogoniko, déverse sa bile sur le gouvernement: « le gouvernement fait tout pour charmer l’opinion internationale contre la volonté des citoyens. Le Mali a adopté cette loi sous le dictat de l’Union européenne, Att n’a pas le choix sinon il sera privé des milliards de la communauté internationale, qui pleuvent sur lui et ses proches collaborateurs députés. » Toujours amer : « Maintenant le code a été voté par les députés et il reste la loi contre l’excision et la peine de mort » martèle t-il. Convaincu les députés procéderont sous peu de temps au vote de la loi contre l’excision et la peine de mort ». Sidiki Tangara médecin traditionnel et phytothérapeute pense que ce code entraà®nera l’effritement des valeurs traditionnelles dans la mesure ou les femmes seront libres comme le vent et n’auront plus besoin de respecter leur mari « Ceux qui ont voté ce code n’ont fait que dévaloriser les femmes, puisque ils ignorent que les femmes dans notre société ont été plus respectées que celles d’occident. Elles détiennent les secrets de leurs maris, parce que elles ont accepté d’être femmes, c’est-à -dire rester derrière leur mari » argue-t-il. Amadou Sylla assis devant sa boutique au grand marché de Bamako laisse exploser sa colère contre tous ceux qui ont voté cette loi :  » le contenu de ce code est contraire aux lois fondamentales de la religion musulmane. Dans le coran, il est écrit noir sur blanc que Awa (Eve) est issue de la côte de Adama (Adam). Ce qui veut dire que cette soumission de la femme à  son mari est un fait de Dieu. Mme Konta Fatoumata Sidibé, ménagère de son état n’approuve pas ce code. Selon elle la force d’une femme réside dans la soumission à  son mari. « Si ce nouveau exige que les femmes ne doivent plus respecter leur mari, cela signifie moins d’enfants enfants bénis. On ne peut trouver plus tranché que le témoignage de cette femme, l’argument religieux se confondant avec le fait traiditionnel, tout en donnant lieu à  des interprétations diverses… Ceux qui sont pour…le code Djenèba est secrétaire de direction dans une société. Elle pense que ce code est bienvenue dans la mesure ou les hommes considèrent les femmes comme des marchandises, les marient et les divorcent quand ils veulent et comme ils veulent. « La nature a été injuste envers la femme car dans toutes les sociétés du monde, C’’est la femme qui est reléguée au second rang par les hommes ».  » Auparavant dans la société indienne, le chef de famille a le droit de vie et de mort sur sa fille célibataire ». Salif Guindo est enseignant, il pense que ce code n’est pas contre l’autorité suprême des hommes, mais le moment n’était pas propice pour voter ce code. » Il fallait d’abord procéder à  une sensibilisation pour changer la mentalité, et que les gens puissent adhérer à  ses idéaux avant le vote ».

Pour ou contre la polygamie?

Si la polygamie servait autrefois à  unifier une concession, à  perpétuer la tradition d’un village, ou à  combler un veuvage, aujourd’hui, elle est parfois signe d’ostentation, ou d’utilité pour des jeunes femmes qui cherchent un statut, ou à  s’en sortir financièrement…Mais à  côté de sa voisine sénégalaise, adepte de l’union partagée, qu’est-ce qui motive la femme malienne à  entrer en polygamie ? Ou qu’est ce qui au contraire l’en empêche ? De même pour les Hommes ! D’ ou vient la polygamie ? Au Mali, la polygamie est légale et près de la moitié des hommes sont polygames. Le phénomène est d’autant plus répandu que 99 % de la population est musulmane. D’après Oumar Sissoko enseignant, un homme monogame est un homme à  demi célibataire, car le jour o๠il aura des ennuis avec sa femme, elle retournera chez ses parents et à  lui, le vagabondage sexuel ! Le retour au Camalènbaya ! D’o๠l’intérêt de la polygamie pour assurer sa tranquillité ! « Il vaut mieux avoir plusieurs femmes que de vaquer au libertinage sexuel ». Et Mr Sissoko confirme sa position : « J’accepte cette pratique parce que un polygame est un homme heureux ! Ses épouses cherchent à  lui faire plaisir en voulant devenir la préférée…». Abdourahmane Diallo, Administrateur civil, 50 ans, se base lui sur la religion et juge que si les conditions matérielles et sociales sont réunies, on peut prendre une seconde épouse, voire une troisième, pourvu qu’il y ait une équité entre elles : « Si les femmes du Prophète (PSL), s’entendaient bien, pourquoi pas le commun des mortels… » Et pourtant, Mr Diallo, a vécu une première expérience plutôt négative : « Ma seconde épouse, plus jeune, ne s’entendait pas avec la première et lors des réunions familiales, il y a eu quelques clashs ! s’en est suivi une séparation ! ». Abdoulaye B, journaliste à  Radio Guintan est lui formellement contre la polygamie de nos jours : « Autrefois, les hommes prenaient beaucoup de femmes pour assurer une descendance, avoir des bras vigoureux pour nourrir la famille ! Avant, la polygamie se basait sur une organisation sociale codifiée, mais les temps ont changé, les mentalités ont évolué, la polygamie sert maintenant le plaisir de l’homme. Dans un ménage polygame aujourd’hui, il n’y a plus d’amour, d’harmonie et la division règne. Très souvent, les enfants se détestent et leur éducation n’est plus assuré… ». Le point de vue féminin… Il y a plus de femmes que d’hommes sur terre… Est-ce une raison pour faire preuve de générosité et d’abnégation pour ne pas laisser certaines vieilles-filles seules ? Il y a bien sûr le point de vue des principales concernées : « Au Mali, affirme Aissata Diallo, journaliste dans une chaà®ne privée, si tu atteins 30 ans et que tu n’as toujours pas trouvé chaussure à  ton, pied, tu risques de finir deuxième et devenir une Sinamousso ( coépouse) ! Car la majorité des hommes au-delà  de trente ans sont mariés ! Et cela devient difficile de trouver un prince charmant de libre ; Alors il vaut mieux avoir trouvé sa moitié dès 25 ans pour ne pas finir dans un ménage polygame ! » Est-ce cependant l’unique raison qui pousse certaines à  accepter ce choix de vie ? « Moi je cherche un statut social à  travers la polygamie, explique Khady, 30 ans, commerciale. « Je vis ma vie, je vaque à  mes occupations et J’ai ma propre maison, donc je n’ai aucune raison de me brouiller avec ma coépouse ». Pour celles qui sont contres, la polygamie signifie rien de moins que des problèmes: « Les coépouses, jalouses entre elles, ont parfois recours au Marabout pour nuire les unes aux autres ! », témoigne Aminata Touré. « Pour rien au monde, je n’accepterai de partager un homme, avec une autre », lâche Seynabou, 24 ans, étudiante en Communication et déterminée, il vaut mieux éviter les problèmes… » D’autres l’acceptent à  contre C’œur à  cause de la pression familiale et l’aspect financier : « La veille de mon mariage, mon mari à  fait savoir à  mes parents qu’il souhaitait opter pour le régime monogame et aucun membre de sa famille n’était d’accord avec cette idée. Or avec la polygamie, la femme peut bénéficier des biens de son mari et C’’est ce qui m’ a poussé à  y finalement adhérer… », explique Mme Sidibé Assan Bah. Le Nouveau Code de la Famille, en cours d’ apdotion à  l’ Assemblée Nationale, prévoit le régime de Séparation des biens.  » Dans la réalité, bien des hommes n’ assument pas leur responsabilités et abandonnent les charges familiales, pour lesquels ils s’étaient engagés. Chaque coépouse se bat alors pour nourrir ses enfants. Les femmes souffrent beaucoup en polygamie et C’’est ce qui entraà®ne le vagabondage des enfants, et la délinquance juvénile…», ajoute Mme Bah. Mais la polygamie signifie t-elle souffrance seule pour les femmes ? « Maman Téné avait été délaissée par le père Benfa, dès que ce dernier avait épousé ses deux jeunes femmes, il avait transporté ses affaires chez ses nouvelles épouses… et il ne plaisantait plus avec elle, ne se confiait plus à  elle… », raconte l’écrivain malien Seydou Badian dans son roman Sous l’orage, une histoire o๠tradition et modernité se confrontent, à  travers le personnage de Kany, qui refuse d’épouser Famagan et devenir une coépouse, lorsque sa Maman, la pousse à  comprendre les souffrances et les sacrifices vécus, dans son propre ménage… Alors, que le texte de réforme du Code de la Famille et des Personnes, au Mali, est en cours d’adoption à  l’Assemblée Nationale, la polygamie soulève de nombreuses questions, celui des droits de succession et d’héritage, de la protection de la veuve, en cas de décès du mari… Le nouveau texte prévoit une protection plus solide pour la femme, qui pourra hériter des biens acquis pendant le mariage, jouir d’ une garantie de son droit d’ habitation et d’occupation des terres appartenant à  la famille ( Auparavant, la veuve était renvoyée chez ses parents sans rien). Mais le code permet aussi que l’ on applique les règles coutumières ou religieuses de partage de l’héritage… des régles qui bien souvent font primer l’ homme sur la femme! Mais qu’on soit pour ou contre cette pratique, elle est entrée dans nos mœurs, et nul ne peut juger un homme qui a décidé de prendre plusieurs épouses, ou une femme qui veut bien signer le régime polygame à  la veille de son mariage. Reste à  définir les règles d’une cohabitation harmonieuse et à  assurer l’éducation parfaite des enfants qui en naitront. Voilà  tout le défi de la polygamie aujourd’hui…