81ème Assemblée générale de l’ONU : Le Mali porte ses priorités et celles de l’AES

Du 22 au 28 septembre à New York, la délégation malienne a défendu les priorités nationales sur le développement, la paix, la sécurité et la coopération. Le discours du ministre Abdoulaye Diop a conclu une semaine également marquée par plusieurs rencontres bilatérales et par une présence coordonnée de l’AES.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale conduisait la délégation au nom du Président de la Transition, Assimi Goïta. Le ministre de la Santé et du Développement social ainsi que la Conseillère spéciale du Chef de l’État chargée des questions diplomatiques ont également participé aux travaux.

Une réunion de coordination tenue le 21 septembre à la Mission permanente du Mali avait permis d’examiner les rendez-vous présentant un intérêt pour le pays. L’agenda associait réunions thématiques, consultations avec les partenaires, activités de l’AES et échanges avec la communauté malienne.

La déclaration nationale, prononcée le 28 septembre, coïncidait avec le 66ème anniversaire de l’admission du Mali aux Nations unies, 6 jours après son indépendance. Elle a achevé une participation qui ne s’est pas limitée à la tribune de l’Assemblée générale.

Plaidoyers

Lors de la réunion de haut niveau du 23 septembre consacrée au 40ème anniversaire de la Déclaration sur le Droit au Développement, Abdoulaye Diop a affirmé que ce droit « n’est pas une question de charité, mais d’autonomisation et de participation ». Il a présenté la Vision Mali Kura 2063 et appelé à accélérer les Objectifs de Développement Durable.

À la réunion ministérielle des Pays les Moins Avancés, le ministre a défendu une mobilisation collective en faveur d’un développement durable et équitable. Devant la Commission de consolidation de la paix, il a insisté sur l’appropriation nationale des processus de paix, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation et l’investissement dans la jeunesse. Il a demandé la rééligibilité du Mali à un nouveau cycle du « Peacebuilding and Recovery Facility ».

Devant l’Organisation de la Coopération Islamique, Abdoulaye Diop a dénoncé les soutiens extérieurs dont bénéficieraient les groupes terroristes au Sahel et mis en cause l’Ukraine. Kyiv rejette ces accusations.

Partenariats

Les consultations bilatérales ont commencé avec le Nigeria et le Ghana. Elles se sont poursuivies avec le Qatar, le Royaume-Uni, le Congo, l’Égypte, l’Algérie, Cuba et le Nicaragua. Le ministre Diop s’est également entretenu avec le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la situation politique et sécuritaire au Mali et au Sahel.

L’AES a aussi présenté une position commune. Le 22 septembre, ses ministres des Affaires étrangères ont rencontré leurs homologues d’Allemagne, d’Italie et de Suisse. Le 24 septembre, les ministres de l’AES et leur homologue russe, Sergueï Lavrov, ont examiné leur coopération, la situation au Sahel et la préparation du troisième Sommet Russie – Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou.

Le 25 septembre, un événement consacré à la sécurité et au développement au Sahel a réuni l’AES et plusieurs partenaires. Des représentants du Maroc, du Togo, de l’Algérie, du Congo, du Royaume-Uni, de la Russie, des États-Unis, de l’ONU, de l’Union africaine et de la CEDEAO y ont pris la parole.

Tribune

Dans son discours du 28 septembre, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’attachement du Mali au respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence. Il a cité les attaques des 25 avril et 4 juillet parmi les manifestations de la menace sécuritaire et défendu la Force unifiée de l’AES ainsi que la coopération avec la Russie.

Le ministre a rappelé que l’État gardait « la main tendue » vers les combattants disposés à déposer les armes et à rejoindre la République. « La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a-t-il déclaré, en l’étendant aux choix économiques, à la valorisation des ressources naturelles et à l’emploi des jeunes.

Il a également abordé la Palestine, l’adaptation climatique, l’intelligence artificielle et les migrations, présentées comme une richesse plutôt qu’une menace. Le Mali a enfin demandé une ONU réformée, plus représentative et accordant une place plus importante à l’Afrique. Cette semaine new-yorkaise aura donc servi à défendre les priorités nationales maliennes tout en installant davantage l’AES comme interlocuteur collectif.

Éthiopie : Sept groupes annoncent une alliance contre Abiy Ahmed

Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, l’Éthiopie connaît une nouvelle escalade des violences dans le Nord. Sept groupes armés et politiques, dont le TPLF et le mouvement national Fano de l’Amhara, ont annoncé une alliance visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et à mettre en place une transition.

Les combats ont repris au Tigré avant de gagner l’Afar et l’Amhara. L’Union africaine a confirmé la saisie et l’occupation par les forces tigréennes des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire, qu’elle juge contraires aux engagements de Pretoria. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers ces villes. L’organisation continentale a appelé à une désescalade immédiate, à la reprise du dialogue direct et a demandé à Olusegun Obasanjo de soutenir les efforts diplomatiques.

Le Tigray People’s Liberation Front occupe une place centrale dans cette nouvelle offensive. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne avant l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, avait combattu le gouvernement fédéral de 2020 à 2022. L’accord de Pretoria avait mis fin aux principales hostilités, sans régler entièrement le retour des déplacés, les territoires contestés de l’ouest du Tigré ni le désarmement des forces tigréennes.

Alliance fragile

La coalition réunit le TPLF, le mouvement national Fano de l’Amhara et des groupes issus notamment de l’Oromia, de l’Afar, de la région somalienne et du Benishangul-Gumuz. Elle dit vouloir remplacer le gouvernement fédéral par une administration de transition.

Cette convergence ne signifie pas encore commandement militaire commun ni projet politique partagé. Fano rassemble plusieurs factions, tandis que Tigréens et Amhara restent opposés sur des territoires disputés. Des analystes soulignent l’éloignement géographique des groupes, la faiblesse de certains et leurs divergences politiques. Leur rapprochement apparaît davantage comme une entente tactique contre Abiy Ahmed que comme une force unifiée capable de conquérir puis d’exercer le pouvoir. Addis-Abeba accuse par ailleurs l’Érythrée de soutenir cette alliance, ce qu’Asmara dément.

La crise dépasse le Tigré. Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine et l’Éthiopie est un acteur majeur de la Corne de l’Afrique. La reprise des combats a perturbé les réseaux internet et téléphoniques dans le Tigré et provoqué de nouveaux déplacements. Le précédent conflit aurait fait des centaines de milliers de morts, selon plusieurs estimations. Pour des civils encore marquées par la guerre de 2020-2022, les coupures de réseau, les mouvements de population et la crainte de nouvelles pénuries ravivent le souvenir d’un conflit dont les conséquences sont toujours visibles.

Unité africaine : Les origines du rêve

Bien avant la création de l’Union africaine, l’idée d’une Afrique unie a traversé les luttes anticoloniales, les mouvements intellectuels et les combats pour les indépendances. Une longue marche historique qui continue de façonner le destin politique du continent.

L’histoire du panafricanisme commence loin du continent africain. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, des intellectuels noirs américains et caribéens développent l’idée d’une solidarité entre les peuples africains et afrodescendants face à l’esclavage, à la colonisation et au racisme.

Des figures comme Henry Sylvester-Williams ou William Edward Burghardt Du Bois, dit W.E.B. Du Bois, organisent les premiers congrès panafricains et posent les bases d’un mouvement réclamant l’émancipation politique de l’Afrique.

Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que le panafricanisme prend une dimension plus politique. En 1945, le Congrès panafricain de Manchester marque un tournant historique. Plusieurs futurs leaders africains y participent ou s’en inspirent, parmi lesquels Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta ou Hastings Kamuzu Banda. L’idée d’une Afrique libre et unie gagne progressivement les mouvements indépendantistes.

Pères des indépendances et projet d’unité

Au lendemain des indépendances, le panafricanisme devient un véritable projet politique, porté par plusieurs chefs d’État africains. Le Président ghanéen Kwame Nkrumah défend alors l’idée des « États-Unis d’Afrique », convaincu que seule l’unité politique du continent permettra de résister aux influences extérieures et d’assurer le développement africain.

D’autres dirigeants comme Modibo Keita au Mali, Gamal Abdel Nasser en Égypte, Ahmed Sékou Touré en Guinée ou Julius Nyerere en Tanzanie partagent également cette ambition, même si des divergences apparaissent rapidement sur la forme que doit prendre cette unité.

Ces débats aboutissent finalement, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) par 32 États africains indépendants. L’organisation se donne alors plusieurs missions : soutenir les luttes de libération encore en cours, défendre la souveraineté des jeunes États africains et promouvoir la solidarité continentale.

De l’OUA à l’Union africaine

Durant plusieurs décennies, l’OUA a lutté contre l’apartheid et le colonialisme, tout en étant critiquée pour son inefficacité face aux crises et aux conflits armés. Réformée, elle cède la place à l’Union africaine en 2002, avec des ambitions élargies d’intégration, de sécurité et de poids diplomatique. Depuis, le panafricanisme continue d’évoluer, mais l’idéal d’unité africaine demeure central.

Mohamed Kenouvi

Kenya : Le nouveau pari africain de Paris

À Nairobi, la France cherche à redéfinir sa relation avec l’Afrique. Le sommet Africa Forward a mis l’économie au premier plan, dans un contexte marqué par le recul de son ancien dispositif militaire.

Le sommet Africa Forward s’est tenu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, sur le thème « Partenariats Afrique-France pour l’innovation et la croissance ». Coprésidé par William Ruto et Emmanuel Macron, il a rassemblé plus de trente dirigeants africains, des institutions financières, des entreprises et des acteurs de l’innovation. Le choix du Kenya marque une inflexion. Pour la première fois, ce format est organisé dans un pays africain anglophone, loin du cadre francophone qui a longtemps structuré les relations politiques de Paris avec le continent.

Cette orientation intervient après plusieurs années de tensions avec les pays du Sahel central. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’AES, ont rompu avec la présence militaire française et développé un discours souverainiste de plus en plus frontal. D’autres pays ont aussi réorganisé leur coopération militaire avec Paris. La France ne dispose plus du même maillage de bases permanentes en Afrique de l’Ouest et du Centre. Son principal point d’appui permanent reste Djibouti, avec environ 1 500 soldats, sur un axe stratégique reliant la Mer Rouge, le Golfe d’Aden, Bab el-Mandeb et le Moyen-Orient.

À Nairobi, la réponse française a été d’abord économique. Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d’euros d’investissements mobilisés pour le continent, dont 14 milliards venant d’acteurs français et 9 milliards d’acteurs africains. Parmi les projets cités figure un engagement de 700 millions d’euros de CMA CGM pour moderniser un terminal du port de Mombasa. Les secteurs avancés concernent l’énergie, la finance, l’agriculture, l’intelligence artificielle, l’économie bleue, la santé et l’industrialisation.

Ces annonces ont donné au sommet une portée qui dépasse la diplomatie protocolaire. Elles devront toutefois être évaluées à travers les décaissements, les emplois créés, les transferts de compétences et la place accordée aux entreprises africaines. Face à la Chine, la Russie, la Turquie, les pays du Golfe, les États-Unis et l’Union européenne, Paris tente de rester présent par une méthode moins militaire et plus économique. Ce déplacement vers Nairobi montre aussi l’importance croissante de l’Afrique anglophone dans les équilibres diplomatiques. Il place le Kenya au centre d’une position où les partenariats se jugeront désormais sur les résultats concrets. Pour Paris, l’enjeu consistera à transformer ces annonces en coopérations mesurables pour les populations africaines.

UA : Conakry désignée siège du Centre africain de développement minier

La Guinée a été officiellement choisie pour abriter le siège du Centre africain de développement minier (CADM), à l’issue du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba. Cette décision confère à Conakry un rôle stratégique dans la gouvernance du secteur extractif continental.

Créé dans le cadre de la Vision minière africaine adoptée en 2009, le CADM accompagne les États dans l’élaboration de politiques minières favorisant la transformation locale et la création de valeur. Le secteur minier représente environ 10 % du PIB africain et plus de 40 % des recettes d’exportation de plusieurs pays du continent. L’Afrique détient près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, notamment le cobalt, le manganèse, la bauxite et le lithium.

Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a indiqué que son pays assumera pleinement ses responsabilités financières et techniques pour assurer le fonctionnement du Centre. La commissaire de l’UA chargée du Développement économique a salué une étape majeure pour renforcer l’expertise africaine face à la compétition mondiale autour des ressources stratégiques.

Premier producteur mondial de bauxite et détenteur d’importantes réserves de fer et d’or, la Guinée consolide ainsi sa position dans la chaîne de valeur minière africaine. Cette désignation intervient alors que la demande mondiale en minerais critiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies numériques, connaît une forte progression.

39e sommet de l’UA : sécurité et eau au cœur des priorités

Réunis les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont défini les grandes orientations politiques du continent. Au terme du 39e Sommet de l’Union africaine, la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et l’accès durable à l’eau se sont imposés comme des priorités majeures.

Le sommet s’est achevé dans la capitale éthiopienne sur une série d’engagements visant à consolider l’intégration africaine et à renforcer la voix du continent sur la scène internationale. Dans un contexte marqué par des crises multiples, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de préserver l’unité africaine face aux défis sécuritaires et économiques.
Sur la question des changements anticonstitutionnels de gouvernement, les chefs d’État ont réaffirmé le principe de tolérance zéro inscrit dans les textes de l’organisation. Plusieurs interventions ont rappelé que la multiplication des coups d’État ces dernières années fragilise les institutions et compromet les efforts de développement. Sans annoncer de nouvelles sanctions spécifiques, le sommet a souligné l’importance d’appliquer rigoureusement les mécanismes existants de l’Union africaine et de renforcer l’Architecture africaine de paix et de sécurité.
La progression des menaces terroristes a également occupé une place centrale dans les discussions. Du Sahel à la Somalie, en passant par certaines parties de l’Afrique centrale, les dirigeants ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’expansion des groupes armés et à l’aggravation de l’insécurité. Les débats ont mis l’accent sur la nécessité d’une meilleure coordination entre États membres, d’un partage accru du renseignement et d’un financement plus prévisible des missions africaines de soutien à la paix. L’Union africaine a insisté sur l’urgence de rendre plus opérationnelle la Force africaine en attente afin de répondre plus efficacement aux crises.
Parallèlement à ces enjeux sécuritaires, le sommet a confirmé que l’année 2026 sera consacrée à l’eau et à l’assainissement durables. Ce thème, en cohérence avec l’Agenda 2063, vise à placer la gestion des ressources hydriques au centre des stratégies de développement. Les chefs d’État ont appelé à mobiliser davantage d’investissements, à renforcer la coopération transfrontalière et à réduire les inégalités d’accès à l’eau potable, un enjeu majeur pour la santé publique et la sécurité alimentaire.
La réforme de la gouvernance mondiale a constitué un autre axe fort des échanges. Les États membres ont réaffirmé leur position commune en faveur d’une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. L’intégration récente de l’Union africaine au G20 a été saluée comme une avancée diplomatique significative, tout en soulignant la nécessité de maintenir une position africaine unifiée dans les négociations internationales.
Les progrès de la Zone de libre-échange continentale africaine ont également été examinés. Les dirigeants ont insisté sur l’accélération de sa mise en œuvre, notamment à travers la levée des barrières non tarifaires et l’harmonisation des politiques commerciales, afin de stimuler le commerce intra-africain et de renforcer la résilience économique du continent.
Dans un registre plus politique et mémoriel, les chefs d’État ont évoqué la question de la justice historique, examinant la possibilité d’une qualification juridique de la colonisation et de certains crimes liés à l’esclavage, dans une perspective de reconnaissance et de réparation.
Enfin, les discussions ont porté sur la réforme interne de l’organisation, avec la volonté affichée de bâtir une Union africaine plus efficace, plus autonome financièrement et davantage centrée sur les populations.
À Addis-Abeba, l’Union africaine a esquissé une feuille de route ambitieuse, centrée sur la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et la gestion durable des ressources stratégiques. Reste désormais à transformer ces engagements en actions concrètes, dans un environnement continental et international toujours plus exigeant.

Crises africaines : L’Union africaine face au défi de l’action

Plusieurs conflits armés demeurent actifs en République démocratique du Congo, au Soudan, dans le Sahel et dans la Corne de l’Afrique, avec des conséquences humaines et sécuritaires majeures. Dans ce contexte, l’Union africaine peine à s’imposer comme un acteur central, tandis que les initiatives diplomatiques et sécuritaires sont largement portées par des puissances extérieures.

De l’est de la République démocratique du Congo au Soudan, les dynamiques de violence continuent de s’intensifier ou de se fragmenter. En RDC, les affrontements impliquant des groupes armés aux ramifications régionales provoquent des déplacements massifs de populations et fragilisent davantage un État déjà sous pression. Malgré des cadres de dialogue existants et des accords successifs, les combats se poursuivent, mettant en évidence l’incapacité des mécanismes africains à imposer une désescalade durable.

Au Soudan, le conflit déclenché en 2023 a entraîné l’effondrement quasi total des structures étatiques. Les violences récurrentes, y compris contre des installations humanitaires et onusiennes, illustrent une guerre devenue incontrôlable, où les appels de l’Union africaine à un cessez-le-feu restent sans effet concret. La situation humanitaire y est aujourd’hui l’une des plus graves au monde, avec des millions de déplacés et de réfugiés.

Au Sahel, la persistance des groupes armés et la recomposition des alliances régionales traduisent une instabilité durable. Face au relatif effacement de l’Union africaine, certaines organisations sous-régionales, dont la CEDEAO, tentent de s’affirmer sur la gouvernance, les transitions politiques et la sécurité, malgré des divergences internes et des capacités opérationnelles inégales.

Face à ces crises, l’Union africaine apparaît souvent en retrait, les médiations les plus visibles étant menées par des acteurs extérieurs comme les États-Unis, le Qatar ou certaines puissances européennes. Si ces initiatives maintiennent parfois le dialogue, elles restent largement guidées par des intérêts stratégiques liés aux ressources, à l’énergie, à la sécurité maritime et à l’influence géopolitique.

Cette situation alimente le sentiment d’une marginalisation de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Cantonnée à un rôle surtout normatif, l’Union africaine peine à traduire ses positions en actions concrètes, tandis que la multiplication des conflits interroge quant à sa capacité réelle à prévenir et résoudre les crises.

Le sommet de l’Union africaine de février 2026 est attendu comme un test de la capacité de l’organisation à renforcer son rôle opérationnel dans la gestion des crises, notamment sur les mécanismes de prévention, de médiation et de financement de la paix, à l’épreuve de conflits persistants.

Massiré Diop

L’Union africaine appelle à une réponse urgente à la crise au Mali

Face aux attaques récurrentes et aux blocages qui perturbent l’accès aux biens essentiels, l’Union africaine exprime son inquiétude et appelle à une mobilisation internationale coordonnée. Le contexte sécuritaire demeure sous fortes tensions dans plusieurs régions du pays.

Depuis Addis-Abeba, le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a fait part le 9 novembre de sa préoccupation concernant l’aggravation de la situation au Mali, marquée par des blocus imposés dans certaines zones, la perturbation des approvisionnements et une pression croissante sur les civils. L’organisation souligne que ces attaques visent directement les populations et affectent l’accès aux produits essentiels, aggravant une crise humanitaire déjà fragile.
L’Union africaine condamne également les récents enlèvements, dont celui de trois ressortissants égyptiens, survenus dans un contexte où plusieurs travailleurs étrangers ont été ciblés depuis le début de l’année. Elle demande leur libération immédiate, rappelant que ces actes constituent des violations graves du droit international humanitaire.
Dans son communiqué, la Commission appelle les partenaires régionaux et internationaux à renforcer leur coordination, notamment à travers le partage de renseignements et le soutien aux dispositifs de sécurité déjà existants. Le rappel fait référence à la résolution adoptée lors de la réunion ministérielle du Conseil Paix et Sécurité du 30 septembre 2025, qui prévoyait une assistance accrue aux pays du Sahel.
L’Union africaine réaffirme enfin sa disponibilité à accompagner les autorités maliennes et les États voisins dans leurs efforts de stabilisation, estimant que la lutte contre les groupes armés nécessite à la fois des moyens sécuritaires et un appui durable aux populations affectées.

Sommet africain sur le climat : la déclaration de Nairobi adoptée

Ouvert le lundi, le premier sommet africain sur le climat a pris fin hier mercredi. Il s’est achevé par l’adoption de la déclaration de Nairobi qui est destinée à concrétiser le potentiel du continent dans une croissance verte.         

Ce premier sommet africain sur le climat visait à mettre en valeur les ressources inexploitées pour les énergies renouvelables, afin de permettre aux pays africains de se développer économiquement tout en participant à la lutte contre le réchauffement climatique, dont ils sont une des principales victimes. Les dirigeants africains ont appelé hier mercredi la communauté internationale à les aider à faire fructifier le potentiel du continent dans la lutte contre le réchauffement climatique, via des investissements et une réforme du système financier international, en clôture d’un sommet historique

« L’Afrique possède à la fois le potentiel et l’ambition d’être un élément essentiel de la solution mondiale au changement climatique », affirment les participants dans leur déclaration finale commune, baptisée « Déclaration de Nairobi ». Ils ont ajouté qu’il faudra une nette augmentation des financements pour libérer son potentiel à une échelle susceptible de contribuer de manière significative à la décarbonations de l’économie mondiale. Lesdits participants demandent notamment pour cela une nouvelle architecture de financement adaptée aux besoins de l’Afrique y compris la restructuration et l’allégement de la dette, dont le fardeau pèse lourdement sur leurs économies.

Un total de 23 milliards de dollars d’investissements internationaux ont également été promis durant les trois jours de sommet, a déclaré le président du Kenya, William Ruto, dont 4,5 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros) venant des Emirats arabes unis pour les énergies propres en Afrique.

Selon le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat, cette déclaration de Nairobi, adoptée à l’unanimité, servira de base à la position commune de l’Afrique dans le processus mondial sur le changement climatique jusqu’à la COP28 et au-delà.

 

Niger : l’Union africaine suspend le pays et prend note du possible recours à la force de la CEDEAO

L’Union africaine (UA) a annoncé mardi 22 août 2023 suspendre le Niger de ses institutions après le coup d’État dans ce pays et affiché une position réservée sur une éventuelle intervention militaire ouest-africaine, selon un communiqué de son Conseil de Paix et de sécurité (CPS).

Le CPS «prend note de la décision de la CEDEAO», l’organisation régionale ouest-africaine, «de déployer une force» au Niger et demande à la Commission de l’UA d’«entreprendre une évaluation des implications économiques, sociales et sécuritaires» d’un tel déploiement, explique le CPS, sur fond de fortes divergences au sein de l’UA à ce sujet. L’Union africaine dans son communiqué réaffirme « sa pleine solidarité avec la CEDEAO en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel par des moyens diplomatiques ». L’UA va nommer un haut représentant pour encourager les efforts de médiation de la CEDEAO. La Commission de l’UA et la CEDEAO, ont été invités à soumettre d’urgence une liste de membres de la junte militaire et de leurs partisans militaires et civils, y compris ceux impliqués dans la violation des droits de l’homme de M. Bazoum et d’autres détenus, en vue de sanctions ciblées, précise le communiqué.

Union africaine : 60 ans après, quel bilan ?

La date est symbolique. Ce 25 mai 2023, le continent célèbre les 60 ans de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue l’Union africaine (UA) en 2002. Avec quelques avancées, même si elle peine encore dans la mise en œuvre de ses priorités stratégiques, dont le cap est fixé à l’horizon 2063, l’Union africaine doit aujourd’hui également faire face à d’autres défis.

« Notre Afrique, notre futur ». Ce slogan, consacré pour la célébration de la Journée de l’Afrique cette année, où le continent fête les six décennies de la création de l’Organisation de l’unité africaine, montre à quel point l’espoir d’un avenir meilleur pour l’Afrique reste encore une priorité, même s’il l’était déjà lorsque les Pères des indépendances africaines portaient l’Organisation sur les fonts baptismaux le 25 mai 1963.

Des avancées

Certains analystes soulignent des avancées dans la marche du continent vers le progrès et l’unité depuis 1963. Pour Seidik Abba, journaliste et écrivain, elles sont beaucoup plus visibles sur les plans de l’intégration des communautés économiques régionales et de la volonté politique des États-membres.

À l’en croire, les choses sont lentes, mais elles avancent. « Il y a beaucoup de résultats qui ont été obtenus depuis que l’Union africaine a remplacé l’Organisation de l’unité africaine en 2002 », soutenait-il en juillet dernier sur un média étranger lors des 20 ans de l’UA.

Dr. Abdoul Sogodogo, spécialiste des relations inter-États, est du même avis. « On constate un changement de paradigme. Si l’OUA avait mis la focale sur l’indépendance du continent, l’UA a travaillé à la mise en place d’un système de sécurité collective sur le continent africain et initié un Nouveau partenariat pour le développement (Nepad). Le Nepad et les mécanismes de sécurité collective (Aspa) marquent la volonté du continent de prendre en main son destin ».

Dans son rapport de mandat 2017 – 2021, la Commission de l’Union africaine faisait ressortir en matière d’intégration régionale, son attachement à stimuler le commerce intra-africain, à faciliter la libre circulation des personnes et à renforcer les mécanismes de responsabilisation dans le domaine de l’agriculture.

Comme étapes importantes vers cette intégration, le rapport mettait en exergue l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine ( Zlecaf), le lancement du Marché unique du transport aérien africain (Saatm), la création du Mécanisme africain de coopération policière (Afripol), dont le siège est en Algérie, l’adoption du Protocole sur la libre circulation et du passeport africain et la mise en place du Mécanisme d’examen biennal pour l’Agriculture.

Encore du chemin

Si l’OUA avait montré ses limites dans l’atteinte de ses objectifs et donné naissance à l’UA, qui a depuis pris le relais, cette dernière a été vite confrontée aussi à un handicap majeur, celui de la multiplication des conflits sécuritaires sur le continent. Au début des années 2000, il n’y avait pas de crise aussi grave que celle que connaît le Sahel aujourd’hui. Cette situation a, selon certains observateurs, ralenti les efforts de l’Union dans d’autres domaines vers l’atteinte de ses objectifs, puisque désormais la résolution des crises sécuritaires sur le continent s’est imposée en priorité au fil des années.

Par ailleurs, selon Dr. Abdoul Sogodogo, l’unité du continent, l’un des objectifs majeurs de l’Union africaine, n’a pas encore été atteinte et l’organisation reste dépendante d’autres puissances mondiales. « L’Afrique est encore un objet du jeu international. D’autres acteurs, plus influents sur la scène internationale, sont encore déterminants dans les choix politiques et économiques de l’UA. En fait, l’UA reste dépendante du financement des puissances occidentales (UE, OCDE, USA, etc.) et même asiatiques (Sommet Chine – Afrique) », regrette le Vice-Doyen de la Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako (FSAP).

Pour autant, cet enseignant-chercheur n’est pas pour une réforme de l’Union africaine. « Je ne pense pas que des réformes soient nécessaires. Il faut juste plus de courage politique aux dirigeants africains, surtout aux chefs d’États », préconise-t-il