Visas pour la Chine : les demandeurs maliens renvoyés vers trois capitales

À compter du 15 septembre, les ressortissants maliens devront déposer leurs demandes à Dakar, Abidjan ou Rabat. Présentée comme temporaire, cette organisation est liée à la reconstruction de la section consulaire chinoise à Bamako, dont la date de réouverture n’est pas annoncée.

Obtenir un visa chinois nécessitera bientôt un déplacement hors du Mali. À partir du 15 septembre, les demandes présentées par les ressortissants maliens seront traitées par les représentations diplomatiques de Chine au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Maroc.
L’ambassade de Chine au Mali a annoncé cette organisation dans un avis publié le 3 septembre. Elle l’explique par la reconstruction de sa section consulaire à Bamako, devenue nécessaire en raison de travaux routiers. Plusieurs publications maliennes rattachent la situation au chantier d’aménagement de la Route nationale 27 entre Bamako et Koulikoro.
La fermeture temporaire du service avait été annoncée le 14 août pour un « cas de force majeure ». Aucune date de reprise de la délivrance des visas à Bamako n’a encore été communiquée.
La mesure concerne exclusivement les demandes de visa déposées par des ressortissants maliens. Les services d’authentification et de légalisation des documents doivent reprendre à Bamako le 15 septembre. Les passeports, titres de voyage et actes notariés concernant les ressortissants chinois continueront également d’y être traités selon des horaires aménagés.
Une formalité transformée en voyage
Les demandeurs devront désormais choisir entre Dakar, Abidjan et Rabat. Avant même d’obtenir l’autorisation de se rendre en Chine, ils devront financer un déplacement international, un hébergement et les frais liés au séjour nécessaire au dépôt du dossier.
Un second déplacement pourrait être nécessaire pour récupérer le passeport. Cette éventualité dépendra des modalités fixées par chaque représentation diplomatique. L’ambassade n’a pas encore indiqué publiquement si un dossier peut être transmis par un mandataire, un service de courrier sécurisé ou un centre de collecte agréé.
La mesure touchera des profils très différents. Des étudiants et bénéficiaires de bourses doivent obtenir leur visa dans des délais compatibles avec la rentrée universitaire. Des commerçants se déplacent pour rencontrer des fournisseurs ou participer à des foires. Des techniciens, entrepreneurs et responsables de projets voyagent dans le cadre des relations économiques entre les deux pays.
Pour un demandeur résidant en région, le trajet sera encore plus long. Il pourra être nécessaire de rejoindre d’abord Bamako avant de poursuivre vers l’une des trois capitales désignées. Les coûts de transport risquent ainsi de dépasser largement les frais administratifs du visa lui-même.
La procédure peut aussi poser une difficulté liée au passeport. Le document doit généralement rester auprès du service chargé d’instruire la demande. Le demandeur se trouvant à l’étranger devra savoir s’il peut attendre la décision sur place, rentrer au Mali sans ce document ou autoriser une personne à le récupérer.
Ces questions appellent des informations précises de la part des représentations concernées. Les délais moyens, les modalités de rendez-vous, la liste des pièces, les moyens de paiement et la procédure de restitution des passeports devraient être publiés avant le 15 septembre.
Une reprise sans calendrier
La Chambre de commerce et d’industrie du Mali a abordé la question avec l’ambassade de Chine dès le 28 août. Une délégation conduite par son secrétaire général, Mahamadou Sanogo, a rencontré le premier conseiller de l’ambassade, Liu Kaiyuan.
Selon le compte rendu publié après cette rencontre, le diplomate a expliqué que les infrastructures nécessaires au traitement des dossiers n’étaient plus opérationnelles. Il a assuré que des dispositions étaient envisagées pour rétablir le service dans les meilleurs délais. Aucun calendrier n’a cependant été rendu public.
Le transfert vers trois pays évite un arrêt complet de la délivrance des visas. Il maintient une possibilité d’accès à la Chine pour les déplacements considérés comme indispensables. Cette solution reste toutefois difficilement accessible à une personne qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour financer le voyage préalable.
La durée de la reconstruction devient donc une donnée essentielle. Une interruption de quelques semaines et une fermeture de plusieurs mois ne produiraient pas les mêmes conséquences sur les études, les contrats commerciaux ou les projets de coopération.
Une solution temporaire à Bamako pourrait réduire ces contraintes si les conditions techniques et de sécurité le permettent. Elle pourrait prendre la forme d’un centre extérieur chargé de recevoir les pièces et les données biométriques, ou d’un système de dépôt encadré par un prestataire. À ce jour, aucun dispositif de ce type n’a été officiellement annoncé.
La réorganisation intervient dans une relation économique active. D’après des chiffres présentés en mai 2026 par l’ambassadeur de Chine au Mali, Li Xiang, les échanges entre les deux pays ont atteint environ 1,63 milliard de dollars en 2025. Cette donnée, communiquée par la partie chinoise, illustre le volume des relations susceptibles de générer des déplacements.
Les services diplomatiques de l’ambassade continuent de fonctionner à Bamako. La suspension ne constitue donc pas une fermeture de la représentation chinoise ni une interruption de la coopération bilatérale.
À compter du 15 septembre, les demandeurs devront néanmoins organiser leur procédure en dehors du territoire national. Deux informations détermineront la portée réelle de cette période transitoire : la possibilité ou non de déposer les dossiers à distance et la date de réouverture de la section consulaire de Bamako.
Massiré Diop

Suspension de visas pour la France : des étudiants maliens dans le désarroi

La France a suspendu début août la délivrance des visas pour les ressortissants du Mali, du Burkina Faso et du Niger en raison de la crise diplomatique qui sévit entre elle et ces trois pays. Cette décision impacte des étudiants maliens qui s’apprêtaient à aller poursuivre leurs études dans l’Hexagone.

« J’avais postulé à Campus France. J’avais fait toutes les démarches et j’avais eu une acceptation. Il ne me restait plus qu’à faire la demande de visa. Mais avec la situation géopolitique tout est chamboulé », se désole un étudiant malien qui a requis l’anonymat.

« Cela a commencé en août quand ils ont fermé le centre Capago (Centre de délivrance des visa français, Ndlr). Nous étions en attente de voir l’évolution de la situation. Mon rendez-vous était prévu vers fin août et j’avais pratiquement rassemblé tous mes documents. Malheureusement, il y a eu cette décision et je n’ai pas pu faire la demande », raconte-t-il, déplorant « une année de perdue » pour les étudiants en raison de la rentrée qui a déjà eu lieu en France. Selon une source à l’ambassade de France au Mali, des discussions sont en cours au sein de certains ministères français pour alléger la mesure de suspension pour les étudiants et les artistes. Des arbitrages sont attendus, assure-t-elle.

L’AEEM s’implique

Depuis le début cette situation, l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) a mené des démarches auprès des autorités françaises présentes au Mali et des maliennes pour tenter de trouver des solutions pour les étudiants maliens concernés.

« Au niveau du Bureau de coordination nationale, comme démarche nous avons entrepris des demandes au niveau des autorités françaises d’ici pour voir la possibilité pour nos étudiants d’avoir accès au visa dans d’autres pays, comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Malheureusement, nos démarches ont été vaines », explique Alfousseyni Niamassé Dissa, Secrétaire à l’Information du Bureau national de l’AEEM.

À l’en croire, ne pouvant rien face à ce problème diplomatique, le Bureau s’est appesanti auprès des autorités éducatives sur les mesures à prendre pour le bien-être des étudiants maliens déjà présents sur le sol français et l’orientation des autres bénéficiaires de la Bourse d’excellence vers d’autres pays.

Appelant les autorités à tirer leçon de ce cas de figure, l’AEEM estime qu’il est temps pour le Mali d’investir massivement dans la formation sur le territoire malien. « Le fait d’envoyer des Maliens étudier à l’extérieur est une bonne chose, mais le fait aussi de créer les conditions nécessaires ici au Mali pour leur permettre d’exploiter le génie en eux ne pourrait être que bénéfique », plaide Alfousseyni Niamassé Dissa.

Suspension de visas : le Mali applique la réciprocité à la France

Nouvel épisode de tension entre la France et le Mali. La France a suspendu en début de semaine la délivrance de ses visas après avoir placé le 7 août tout le Mali, y compris Bamako, en zone rouge, « formellement déconseillée » aux voyageurs, au risque d’enlèvement et d’insécurité de manière générale. Capago qui est le centre de dépôt de visa est par ailleurs fermé. Selon une source diplomatique française, tout rendez-vous fixé après le 3 août ne sera pas honoré et les personnes seront remboursées. Hier mercredi dans la soirée, le ministère des Affaires étrangères a décidé d’appliquer la réciprocité. Il a donc décidé de suspendre à son tour la délivrance de visas, jusqu’à nouvel ordre, par les services diplomatiques et consulaires du Mali en France.

D’une source diplomatique, les services consulaires français à Bamako ont traité en 2022, 22 000 demandes de visa et donné 12 000 réponses positives. Par ailleurs, environ 7 000 Français vivent au Mali dont 5 500 Franco-Maliens.

Pour rappel, les relations entre le Mali et la France se sont fortement détériorées depuis mai 2021 et la prise de pouvoir du Colonel Assimi Goita. En 2022, l’ambassadeur de France a été expulsé, les médias français RFI et France24 suspendus, Barkhane et Takuba poussés vers la sortie. Il faut également noter l’arrêt des activités des ONG fonctionnant sur financement français. La France de son côté a retiré plusieurs de ses coopérants et arrêté des projets de développement.

Dans le Sahel, au-delà du Mali, la tension entre la France et ses anciennes colonies ne cesse de s’accentuer et touche aujourd’hui le Burkina Faso et le Niger, tous actuellement dirigés par des gouvernements de transition. Sur le site internet de Capago, prestataire traitant les demandes de visa de France, où cette suspension de visa a été émise, Paris a également suspendu la délivrance de visas par ses services au Burkina. Air France a de son côté suspendu ses vols vers le Mali et le Burkina Faso jusqu’au 11 août inclus.