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Témoin du cinquantenaire / Baba Ahkib Haidara : « Le monde ne va pas nous attendre ! »

Témoin du cinquantenaire Au nombre des témoins du Mali indépendant, nous avons approché le doyen Baba Akhib Haidara. L'homme est…

Témoin du cinquantenaire Au nombre des témoins du Mali indépendant, nous avons approché le doyen Baba Akhib Haidara. L’homme est sans conteste une source d’inspiration pour la nouvelle génération. Pour ce témoin oculaire du cinquantenaire, dont l’âge surplombe de loin celui du Mali, l’idée d’opter pour l’indépendance procède avant tout de la prise de conscience extraordinaire que les devanciers du Mali ont fait. Cette prise de conscience leur à  permis concevoir, d’organiser de mener le combat pour la liberté, le combat pour la restitution de la dignité africaine qui avait été longtemps piétinée et combattu par le colonialisme. Car dit-il, ceux qui ont mené ce combat sortaient de l’école coloniale. l’école coloniale avait son idéologie colonialiste. Malgré cela, il ont eu cette grande capacité, parce qu’ils avaient les éléments de culture de leur pays, mais aussi parce qu’ils étaient ouverts. Et puis l’éducation et la formation était de qualité de telle sorte que malgré les dimensions négatives du colonialisme, les gens ont eu la capacité de réfléchir aux les réalités qu’ils vivaient. Cela constitue, pour le doyen Haidara, un premier aspect sur lequel les jeunes générations doivent réaliser afin de se donner cette capacité de se soumettre à  l’auto critique. « Il ne s’agit pas seulement d’aller à  l’école, mais il s’agit pour elle de réfléchir sur cela ». « Nos devanciers voyaient ce qui était positif dans les valeurs du pays. Ils connaissaient la culture, les mœurs de leurs pays. Mais ces valeurs n’étaient pas des valeurs idéales ». Ainsi, indique-t-il, ce sont les valeurs positives qui ont permis d’amorcer le combat pour l’indépendance. « Ils savaient comment fonctionnait le monde de l’époque, qui était divisé entre les camps socialiste et capitaliste. Ce n’est pas l’esprit populiste qui prévalait ». En fait, il y’avait une volonté ferme de s’auto-critiquer pour aller de l’avant. Et en même temps, ils avaient cette culture de la modernité. Ils savaient comment fonctionnait le monde de l’époque. Et ils savaient quel est le rôle dévolu au continent africain dans ce cadre. Et ils ont été suffisamment intelligents et imaginatifs en réclamant un autre statut. Les leçons de l’indépendance « l’indépendance, nous l’avons acquise. Modibo Keita, le père de l’indépendance avait toujours été obnubilé par l’indépendance et l’unité du continent. Il était convaincu que seuls les grands ensembles pouvaient permettre aux peuples africains de conquérir le développement de façon très positive. Rien n’a réussi à  ébranler la forte conviction qu’avaient les responsables du Soudan. Nous n’avions pas à  l’époque les possibilités qui sont offertes aujourd’hui ». Pour le doyen Haidara, les conditions dans lesquelles le Mali se trouvait ont fait que le peuple n’avait d’autre choix que de réclamer l’indépendance. « Ce n’est pas avec gaieté de C’œur qu’il y’a eu ce lever de bouclier contre le colonialisme, mais C’’est tout simplement parce que le peuple avait à  C’œur de construire le pays ». Ainsi dit-il, depuis que l’indépendance fut proclamée, les partenaires au développement se bousculent au portillon de la jeune nation. En effet, ni la Banque mondiale, ni le fond monétaire, encore moins d’autres partenaires ne proposaient des programmes de développement avant 1960. « Il faut que les jeunes générations arrivent à  comprendre la logique et les contraintes qu’il y avait en son temps ». Pour une jeune nation qui venait de se libérer pour se tourner vers la construction, C’’était bien parti. Dès lors l’expression « construction nationale » résonnait sans cesse dans le panthéon des C’œurs citoyens. Utilisée dans tous les discours du président Modibo Keita, la connotation « construction nationale » avait avant tout une valeur pédagogique. Ce qui est aussi important de retenir, C’’est cette confiance que les dirigeants politiques ont mis en leur peuple et vis versa. « Ce n’était pas une confiance subjective, sentimentale, mais une confiance avec un contrôle du sens de responsabilité ». Un acteur de l’éducation nationale Le doyen Baba Ahkib, puisqu’il œuvrait dans le secteur de l’éducation a beaucoup milité en son temps pour l’avènement d’une école épanouie et debout sur les champs de l’honneur et de la responsabilité. Les deux manuels scolaires par lui produits en son temps sont une preuve tangible de son sens de patriotisme. Sur le plan de la politique interne, les choix qui avaient été fait n’étaient pas facile à  matérialiser, mais C’’est des choix qui étaient plein de dignité. «Modibo a donné à  ce pays toute sa dignité d’antan. Il lui a donné un visage, un nom : la République du Mali. Tout cela nous revigorait et nous donnait la volonté ferme de faire front pour la construction nationale ». Au fur et à  mesure que les années avançaient, notamment de 1966 à  1968, des difficultés surgissaient de part et d’autre dans la gestion du nouvel Etat si bien que certains des cadres avaient commencé à  flancher. Il y’a l’impatience, l’incompréhension, sans oublier la fatigue chez certains dirigeants. Ce qui conduit à  une certaine rupture avec les idéaux qui avaient prévalus au départ. Une nouvelle dynamique s’impose Selon Baba Akhib haidara, beaucoup de gens avaient salué cela, pas parce qu’ils mettaient en cause le régime du président Modibo Keita, mais parce qu’il y’avait eu des échecs du coté de la milice. Une entité qui était créée sur la morale, mais qui a très vite passé à  coté de la plaque. Tout le monde pensait que le vent du changement avait donc commencé et que nous allions nous retrouver à  nouveau pour partir de l’avant. Malheureusement on est tombé encore plus bas, et cela a duré pendant plus de deux décennies ». Le doyen regrette amèrement le fait que tout ce long temps n’a pas été mis à  profit pour repenser les problèmes nationaux. « On a vécu sur le mirage de l’extérieur ». Le discours très contrariant du Ministre Tiekoro Bagayoko tonne encore dans l’oreille du doyen. En effet Tiékoro disait en substance « notre ami C’’est celui qui va venir nous développer… ». Or, au départ le peuple malien était d’accord que son développement ne pouvait s’acquérir que par lui-même. «On s’est dit alors que si C’’est ça la direction nationale, on est entrain de reculer ». De l’avis du Pr. Baba Akhib, il faudra qu’aujourd’hui, que le peuple malien soit beaucoup plus objectif. «je voudrais appeler les maliens à  un sursaut d’honnêteté intellectuelle et morale. Parce que, tant qu’on n’a pas le courage de se regarder soit même, de se faire une auto6critique, C’’est en vain que nous pourrons résoudre correctement nos problèmes ». Pour Baba Akhib, l’Etat doit user de toute son autorité dans la construction du pays. « Qu’on le veuille ou non, l’Etat ne peut pas fonctionner sans force, sans autorité. Il faut que nous comprenions cela». l’école a souffert d’un cuisant manque de vision Depuis quelques décennies, la dégénérescence a commencé pour le secteur de l’éducation. A l’entendre, le manque d’autorité de l’Etat en est pour quelque chose. l’école ne marche pas, aussi bien du coté des enseignants, des étudiants, des programmes… ». Pour le cinquantenaire à  venir, Baba Akhib conseille que l’école malienne réalise véritablement des progrès. « Que le pays trouve les moyens de se doter d’un système d’éducation valable pour le 21ème siècle et non pas un système d’éducation tourné vers l’archaà¯sme ». La deuxième chose prônée par le Pr Haidara C’’est la restauration de l’Etat de droit. « Nos lois ne font pas de nous aujourd’hui un Etat de droit pour la simple raison qu’elles ne sont pas appliquées pour la plupart. Il y’a beaucoup de manquement à  la loi qui restent impunis ». Pis, pour lui, la notion de dialogue social est biaisée Des progrès notables réalisés par des patriotes convaincus Le Professeur Baba Ahkib fait remarquer qu’au terme de ses 50 ns, le Mali a enregistré certaines avancées très positives. Cela est à  l’actif de citoyens qui ont fait œuvre d’un don de soi. Sur le plan de l’agriculture notamment, le doyen Haidara salue de vive voix les efforts de recherches dont l’Institut d’économie rurale (IER) s’est vaillamment illustrée. Cette structure, dit-il, s’est toujours (de l’indépendance à  nos jours), produite avec beaucoup d’abnégation et d’efficacité avec l’invention de beaucoup de variétés culturales, et ce, bien loin des tapages médiatiques. « C’’est une structure qui a su établir des rapports extraordinaires avec les partenaires agricoles, et le monde paysans ». Des efforts déployés en matière de recherche dans le domaine de la santé (Paludisme, tuberculose…) sont beaucoup encouragés par le Professeur Baba Akhib Haidara qui y voient une ferme volonté du peuple malien à  se prendre en charge. Un autre domaine dans lequel le doyen Haidara se dit satisfait C’’est le domaine des forces armées maliennes. Pour lui le rôle que l’armée a joué depuis l’indépendance est important. « Elle a participé à  la libération. C’’est un honneur pour nous. Elle a participé à  la construction nationale. En ce qui concerne le problème du chômage, Le Professeur Haidara s’est prononcé en suggérant qu’« il faut une responsabilisation des jeunes diplômés sans emplois par rapport aux métiers qui ont de l’avenir ». Ainsi dit-il, les secteurs comme le BTP et l’Agriculture regorgent de potentialité inestimable de création d’emploi.